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Full text of "Recueil des travaux scientifiques"

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RECUEIL 


TRAVAUX  SCIENTIFIQUES 


LÉON  FOUCAULT 


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RECUEIL 


DES 


TRAVAUX  SCIENTIFIQUES 


DE 


^^^y  ^^-yP.o^^.-O)   LÉON    F.OUCAULT 

(y^  VeUBRE    DE    L*INST1TDT 


PHYSICIBM    DE    L'OBSERVATOinB    DE   PARIS 
COIRBSPONDANT     DE    LA     SOCI<Tâ     ROYALE     DE     LONDRES,    DE     L*AGADéMIE     DE     BERLIN- 
DE    L*ACAD1SmIE.  DE    SAlNT-PéTERSDOORG,    ETC.,    ETC. 

PUBLIÉ  PAR  MADAME  VEUVE  FOUCAULT  SA  MÈRE 

MIS  EN   ORDRE 

G. -M.     ^ARIEL 

Ingénieur  det  Ponts  et  Chaussées 
Proresseur  agrégé  de  Phyiique  à  la  Faculté  de  Médecine  de  Paris . 

ET    PRÉCÉDÉ    d'une    NOTICE    SUR   LES    OEUVRES    DR    L.  FOUCAULT 

(f  j/be:rtrand 

Secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des  Sciences. 


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0 


PARIS 


GAUTHIER-VILLARS,    IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

DL'    BUREAU    DES    LONGITUDES,   DE    L'ÉCOLE    POLYTECHNIQUE 
80CGESSETTR  DE  MALLET-BACHELIER 

Quai  des  Aiigustins,  S5 

1878 

(Tous  droits  réservés.) 


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HOV  3  Ï880 


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AVERTISSEMENT. 


En  acceptant  la  pieuse  mission  de  présenter  au  inonde  savant  le  recueil 
des  Mémoires  de  Léon  Foucault,  j'avais  songé  d'abord  à  tracer  le  rapide 
résumé  des  ingénieuses  inventions  qui  lui  sont  dues.  Un  tel  travail  serait 
sans  utilité;  la  simplicité  et  la  neltelé  sont  les  qualités  dominantes  des  pages 
qui  vont  suivre,  et  il  suffit  de  dire  au  lecteur  curieux  :  Lisez  et  jugez.  Le 
temps  n'est  plus  où  il  fallait,  pour  défendre  le  génie  inventif  de  Léon 
Foucault,  en  montrer  le  principe  et  le  guide  dans  une  science  exacte  et  pro- 
fonde; au  moment  où  une  mort  prématurée  nous  l'a  enlevé,  il  avait  depuis 
bien  des  années  déjà,  conquis  le  rang  élevé  que  la  postérité  doit  lui  conserver. 

L'histoire  de  ses  études  est  celle  de  ses  découvertes.  Il  apprenait  en 
inventant  et  consultait  la  science  suivant  ses  besoins  et  dans  la  mesure 
nécessaire  seulement;  bien  souvent  au  début  d'une  recherche  nouvelle,  il 
avait  recours  à  l'érudition  de  ses  amis,  et  en  se  faisant  enseigner,  sans 
aucun  embarras,  les  premiers  éléments  d'une  théorie  classique»  il  prenait 
l'indication  des  ouvrages  à  consulter.  Quelques  mois  après,  ceux  qu'il  avait 
surpris  par  l'absence  des  notions  élémentaires  dans  nos  écoles,  le  retrou- 
vaient riche  d'une  invention  ingénieuse  et  brillante,  prêt  à  en  discuter  les 
conséquences  et  les  principes,  aussi  bien  préparé  à  tenir  tête  aux  savants 
qu'à  éclairer  les  ignorants. 

Léon  Foucault  ne  fut  élève  d'aucune  école;  les  études  classiques  sem- 
blaient dans  son  enfance  trop  fatigantes  pour  son  esprit  rêveur  ;  il  fut  un 
écolier  médiocre,  et  jugea  nécessaire,  à  la  fin  de  ses  études,  de  se  faire  aider 
par  un  répétiteur  pour  préparer  l'examen  du  baccalauréat. 


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11 


Il  commença  ses  études  en  médecine,  mais  un  cours  de  microscopie 
dont  il  devint  l'auditeur  assidu,  et  bientôt  après  Thabile  préparateur, 
lui  révéla  ses  facultés  d'expérimentateur.  Le  professeur  était  le  docteur 
Donné,  qui,  sachant  apercevoir  dans  ce  jeune  homme  si  habile  à  monter  un 
appareil,  un  esprit  aussi  droit  que  pénétrant,  le  présenta,  dès  Tannée  1845, 
comme  son  successeur,  à  la  rédaction  scientifique  du  Journal  des  Débats. 
Foucault  avait  alors  vingt-six  ans. 

La  tâche,  périlleuse  à  plus  d'un  titre,  exigeait  beaucoup  de  science, 
et  Foucault  se  proposait  d'en  acquérir;  beaucoup  de  prudence  en  même 
temps  et  de  sens  critique;  il  y  mêla  beaucoup  de  hardiesse.  Toujours  attentifà 
ne  pas  se  compromettre  par  des  jugements  erronés  ou  douteux,  ses  appré- 
ciations n'avaient  rien  de  banal.  Entre  tant  de  travaux,  non  moins  différents 
par  le  but  que  par  la  méthode,  il  marquait  nettement  ses  préférences,  non 
sans  quelque  dédain  pour  la  science,  si  élevée  qu'elle  fût,  quand  elle  se 
déployait  sans  résultat  immédiat  et  précis. 

Malgré  l'importance  croissante  de  ses  propres  travaux,  il  n'abandonna 
jamais  complètement  cette  tâche  qu'il  aimait  et  dans  laquelle  la  franchise 
de  ses  jugements,  toujours  pleins  cependant  de  convenance  et  de  courtoisie, 
a  éveillé  plus  d'une  rancune  et  par  là  peut-être  retardé  ses  succès. 

Léon  Foucault,  associé  bientôt  à  un  collaborateur  digne  de  lui,  tourna 
ses  premières  recherches  vers  la  photographie,  puis  vers  les  questions  les 
plus.élevées  de  la  théorie  de  la  lumière,  en  faisant  faire  à  l'expérience  fon- 
damentale des  interférences  un  progrès  aussi  considérable  qu'inattendu. 
Cette  admirable  expérience,  si  justement  célèbre  dans  l'histoire  de  la 
science,  fait  paraître,  on  le  sait,  des  raies  complètement  obscures  à  la  ren- 
contre de  deux  rayons  dont  chacun,  s'il  était  seul,  donnerait  une  lumière 
brillante  et  pure.  L'explication  depuis  longtemps  n'est  plus  douteuse; 
l'éther,  dont  les  vibrations  propagent  la  lumière,  est  excité  en  sens  opposé 
au  point  de  rencontre  des  deux  rayons  qui  se  contrarient  et  se  détruisent; 
il  suffit  pour  cela  que  la  différence  des  chemins  parcourus  depuis  la  source 
commune  corresponde  à  une  différence  de  phase.  Dans  les  expériences 
antérieures  de  Fresnel  et  de  Thomas  Young,  cette  différence  de  marche 
correspondait  à  un  petit  nombre    de  longueurs   d'onde;  MM.  Fizeau  et 


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Foucault,  par  une  disposition  ingénieuse  et  simple,  l'ont  portée  jusqu'à 
huit  mille  longueurs  d'onde,  en  ajoutant  une  preuve  nouvelle  et  bril- 
lante à  la  parfaite  précision  de  la  théorie.  Arago,  si  bon  juge  de  ces 
matières,  et  glorieusement  mêlé  lui-même  à  l'histoire  de  ces  mémorables 
découvertes,  fit  à  cet  élégant  travail  le  plus  chaleureux  accueil  et  com- 
mença à  espérer  que  Fresnel  aurait  des  successeurs. 

MM.  Flzeau  et  Foucault  étaient  trop  ingénieux  l'un  et  l'autre  à  inven- 
ter de  belles  expériences,  trop  habiles  en  même  temps  à.  les  réaliser, 
pour  avoir  besoin  d'aide  et  d'appui.  Leur  collaboration,  quoique  très-fruc- 
tueuse pour  leur  commune  renommée,  dut  cesser  cependant  le  jour  où 
chacun  d'eux,  en  pressentant  des  découvertes  de  premier  ordre  et  se  sentant 
la  force  de  les  réaliser  seul,  voulut  s'en  réserver  la  gloire  tout  entière. 
Leur  séparation,  en  effet,  fut  suivie,  pour  tous  deux,  d'expériences  aussi  bril- 
lantes que  neuves  dont  le  retentissement  fut  immense.  Je  n'ai  pas  à  faire  con- 
naître ici  les  admirables  travaux  de  M.  Fizeau;  il  est  moins  nécessaire  encore 
d'analyser,  en  tête  de  ce  volume  où  elles  sont  si  bien  exposées,  les  décou- 
vertes presque  simultanées  de  Foucault,  dirigées  bientôt  vers  des  régions 
entièrement  différentes  ;  on  me  pardonnera  cependant  de  reproduire  ici  une 
notice  écrite  en  186A  dans  le  but  très-hautement  proclamé  d'aider  Léon 
Foucault  dans  une  candidature  académique.  Le  jugement  que  j'y  porte, 
relu  après  quatorze  ans,  me  semble  strictement  équitable;  mon  amitié  n'a 
rien  exagéré;  il  sera  ratifié,  j'en  ai  le  ferme  espoir,  par  le  suffrage,  aujourd'hui 
impartial,  de  tous  les  juges  compétents.  Je  ne  veux  rien  changer  à  ces 
pages  qui  ont  procuré  à  Foucault,  je  suis  heureux  de  citer  ses  propres 
expressions,  une  des  joies  de  sa  vie. 

CiCttejoie,  hélas!  fut  une  des  dernières.  Lorsque  tout  semblait  lui  sourire 
et  que,  compté  parmi  les  maîtres  de  la  science,  il  éprouvait  et  retrempait  ses 
forces  dans  une  lutte,  toujours  heureuse,  avec  les  difficultés  pratiques  des 
problèmes  industriels,  quelques  jours  après  le  succès  d'une  expérience 
décisive,  il  tombait  terrassé  par  un  mal  sans  espoir.  Un  voile  chaque  jour 
plus  épais  enveloppait  sa  pensée  intacte  jusqu'au  dernier  jour,  en  l'obscur- 
cissant sans  l'éteindre,  et  l'isolant  sans  l'affaiblir;  quand  elle  perçait  le 
nuage  qui  l'entourait,  la  mémoire  des  mots  lui  manquait;  tout  en  lui  était 


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IV 

frappé  à  la  fois  :  sa  vue  rapidement  affaiblie  lui  permettait  à  peine  de 
reconnaître  les  amis  qu  il  invitait  encore  à  venir  causer  devant  lui.  «  Je 
comprends  tout  »,  disait-il  avec  effort;  et,  par  un  geste  désespéré,  il  mar- 
quait à  la  fois  la  fermeté  de  sa  pensée,  F  impossibilité  de  Texprimer  et  la 
triste  certitude  d'une  fin  prochaine.  Il  n'avait  pas  achevé  sa  tâche  :  de 
nouvelles  et  précieuses  inventions  étaient  entrevues  et  ébauchées  ;  malheu- 
reusement il  écrivait  peu,  et  sa  famille,  en  publiant  leis  courtes  notes  inédiles 
qu'il  a  laissées,  aura  seulement  la  triste  consolation  de  montrer  que  la  science, 
en  même  temps  qu'elle,  a  fait  une  perte  irréparable  et  profonde  *. 

J.    Bertrand. 

4.  Jean-Bernard-LéoQ  Foucault  naquit  à  Paris  le  49  septembre  4819;  il  était  fils  d'ua  libraire 
que  d'intéressantes  publications  sur  l'histoire  de  France  ont  fait  connaître.  Sa  vie  ne  présente  d'autres 
événements  à  rapporter  que  les  découvertes  qu'il  a  faites;  quelques  dates  suffiront  pour  compléter 
tous  les  renseignements  qui  peuvent  être  intéressants  pour  la  postérité  et  qui  n'ont  pas  été  consignés 
dans  la  notice  précédente. 

Après  avoir  passé  sa  thèse  de  docteur  es  sciences  physiques  sur  la  détermination  de  la  vitesse  de 
la  lumière  en  4853,  L.  Foucault  fut  nommé  physicien  à  l'Observatoire  en  4834  rcet>e  place  fut  créée  pour 
lai  d'après  les  idées  de  l'empereur  Napoléon  U[.  En  4862,  il  devint  membre  du  Bureau  des  longitudes. 

Il  avait  reçu  la  croix  de  la  Légion  d'honneur  après  l'expérience  du  pendule  (4854)  et  il  était  nommé 
officier  en  4862. 

En  4  857  il  se  présentait  à  TAcadémie  des  sciences  et  il  obtenait  assez  de  voix  pour  qu'il  y  eût 
ballottage  :  il  échouait  cependant.  11  l'emportait,  en  revanche,  après  une  lutte  qui  se  traduisit  par  trois 
scrutins  successifs,  lorsqu'il  posa  sa  candidature  une  seconde  fois  en  4865  :  il  succédait  àClapeyron. 

U  était  membre  correspondant  de  la  Société  royale  de  Londres  qui  lui  décerna  en  4855  une  des 
plus  hautes  récompenses  qu'un  savant  puisse  ambitionner:  la  grande  médaille  d'or  de  Copley;  les 
académies  de  Berlin,  de  Saint-Péteràbourg  et  la  plupart  des  corps  savants  de  l'étranger  l'appelèrent 
successivement  dans  leur  sein. 

En  4867,  l'installation  de  son  dernier  modèle  de  régulateur  à  l'Exposition  universelle  Pavait 
vivement  préoccupé  par  suite  des  difficultés  exceptionnelles  qu'il  avait  rencontrées  dans  la  nature  des 
machines  dont  il  s'agissait  de  régler  la  marche  :  une  machine  à  tisser  et  une  machine  à  travailler  le 
bois;  les  opérations  du  Jury  des  récompenses  dont  il  faisait  partie  avaient  également  contribué  à  le 
fatiguer.  Une  cruelle  maladie  vint  le  frapper  dans  le  courant  du  mois  de  juillet  :  la  paralysie  se  mani- 
festa d'abord  par  un  léger  engourdissement  de  la  main.  Il  ne  se  fit  pas  illusion  sur  son  état  et,  dès  les 
premiers  symptômes,  comprit  qu'il  était  perdu.  Peu  à  peu  la  parole  s'embarrassa,  la  vue  fut  atteinte,  et 
après  sept  mois  d'un  long  martyre  il  mourut  le  44  février  4868. 

Après  sa  mort,  une  Commission  composée  de  MM.  Rolland,  directeur  général  des  manufactures  de 
l'État;  J.  Regnault,  directeur  de  la  Pharmacie  centrale,  professeur  à  la  faculté  de  médecine;  Wolf, 
astronome  à  l'Observatoire  impérial;  Ad.  Martin,  docteur  es  sciences;  Lissajous,  professeur  au  lycée 
Saint-Louis,  fut  chargée  de  préparer  la  publication  des  œuvres  de  L.  Foucault,  par  les  ordres  de  l'em- 
pereur. Les  événements  malheureux  de  4870  ont  mis  fin  à  ces  projets. 

La  mère  de  L.  Foucault,  qui  conserve  pour  la  mémoire  de  son  fils  un  pieux  et  tendre  souvenir,  a 
repris  l'idée  abandonnée  par  suite  de  ces  désastreuses  circonstances  :  par  son  ordre,  et  à  ses  frais,  tes 
travaux  scientifiques  de  L.  Foucault  ont  été  réunis  et  elle  a  assuré  leur  publication,  souhaitant  seule- 
ment, et  ce  souhait  a  été  rempli,  de  vivre  assez  pour  voir  la  réalisation  complète  de  cette  pensée  qui 
sauvegardera  l'héritage  scientifique  d'un  homme  dont  les  découvertes  ont  enrichi  la  science. 

C.  M.G. 


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DES   PROGRÈS 

DE  LA  MÉCANIQUE* 


M.    LÉON    FOUCAULT. 


L'Évangile  a  dit  :  «  Celui  qui  croit  ne  sera  pas  jugé.  »  Les  savants 
devraient  s'inspirer  de  cette  maxime  et  dire  à  leur  tour  :  Celui  qui  trouve 
ne  sera  pas  jugé.  Toute  méthode  qui  fait  trouver  doit  être  accueillie  avec 
reconnaissance,  et  quiconque  apporte  une  vérité  nouvelle  doit  toujours 
être  bien  reçu.  Les  voies  de  la  science  sont  inûnies,  et  le  plus  grand 
préjudice  que  l'on  puisse  lui  porter  est  d'en  proscrire  quelques-unes  en 
décourageant  par  un  injuste  dédain  ceux  qui  les  suivent  ou  les  développent. 
Plus  large  et  plus  féconde  sera  la  voie  dans  laquelle  un  grand  homme  aura 
engagé  ses  contemporains  ou  la  postérité,  plus  méritants  et  plus  utiles 
seront  souvent  les  esprits  rebelles  qui,  refusant  le  joug,  persisteront  dans 
les  vieilles  méthodes  ou  sauront  s'en  créer  de  nouvelles. 

Deux  puissants  génies  ont,  à  des  époques  différentes,  changé  la  face 
de  la  géométrie  et  celle  de  la  mécanique.  Descartes  et  Lagrange,  à  deux 
siècles  d'intervalle,  ont  créé,  l'un  la  géométrie  analytique,  l'autre  la 
mécanique  analytique;  ils  ont  montré  comment  le  calcul  algébrique  et 
l'analyse  infinitésimale  embrassent  dans  leurs  combinaisons  la  solution  de 
tous  les  problèmes  de  géométrie  et  de  mécanique,  sans  qu'il  soit  nécessaire 

4.  Voir  Revue  des  Deux  Mondes,  4*'  mai  4864. 


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Yi  DES  PROGAËS  DE  LA  MÉCANIQUE. 

de  recourir  aux  raisonnements  faits  sur  la  figure  ou  inspirés  par  l'étude 
profonde  des  mécanismes^  comment  on  peut  espérer  d'obtenir  la  proportion 
des  figures  et  des  mouvements  au  moyen  de  règles  uniformes  qui  rempla- 
ceraient le  génie  du  géomètre  par  la  patience  du  calculateur. 

La  mécanique  a  été  renfermée  dans  une  seule  formule,  mais  il  est 
difficile  de  Ten  faire  sortir  :  cette  haute  vérité,  qui  contient  toutes  les 
autres,  ne  les  montre  facilement  que  lorsqu'on  les  connaît  à  l'avance.  La 
raison  soumise,  avant  d'être  éclairée,  y  trouve  rarement  la  vue  distincte 
de  chaque  résultat  particulier,  et  ce  n'est  pas  par  là  que  ceux  qui  ne  voient 
pas  commenceront  à  voir.  Parce  que  Lagrange  s'est  élevé,  par  un  admirable 
effort  de  génie,  jusqu'à  la  source  de  toutes  les  vérités  de  la  science, 
n'a-t-on  plus  qu'à  se  confier  au  courant  en  abandonnant  le  gouvernail  pour 
se  laisser  doucement  et  paisiblement  descendre?  Ce  n'est  pas  ainsi  qu'il  le 
faut  entendre.  Le  fleuve  n'est  pas  navigable,  et  il  n'est  pas  donné  à  tous  de 
le  parcourir  sans  rencontrer  bien  des  écueils.  En  présence  de  cette  formule 
maîtresse  qui  contient  tout,  il  reste  beaucoup  à  chercher,  et  pour  la  trans- 
former en  vérités  sensibles,  il  faut  être  doué  d'un  génie  spécial  qui  n'est, 
à  proprement  parler,  ni  celui  de  la  mécanique  ni  celui  de  la  géométrie. 

Lors  même  que  les  géomètres,  réussissant  dans  cette  grande  entreprise, 
atteindraient  le  but  vers  lequel,  depuis  plus  d'un  demi-siècle,  ils  s'avancent 
incessamment,  et  qui  dépasse  peut-être  la  portée  de  l'esprit  humain,  la 
mécanique  ne  serait  pa'S  absorbée  par  l'analyse;  les  deux  sciences,  unies 
d'un  lien  de  plus  en  plus  étroit,  n'en  resteraient  pas  moins  distinctes  et 
grandiraient  l'une  par  Vautre  en  se  prêtant  un  mutuel  secours.  La  per- 
fection des  méthodes,  pas  plus  là  qu'ailleurs,  ne  pourra  jamais  suppléer  à 
la  puissance  du  talent,  et  les  grands  génies,  quoi  qu'il  arrive,  conserveront 
la  possibilité  de  faire  de  grandes  découvertes. 

«  Toutes  les  grandes  choses  ont  leur  excès  »,  a  dit  un  illustre  écrivain; 
cela  est  vrai,  même  dans  la  science.  Quoique  l'on  ne  soit  jamais  allé  jusqu'à 
rejeter  Fétude  directe  des  questions  particulières,  on  s'est  trop  souvent 
élevé  au-dessus  d'elles;  les  belles  méthodes  générales  de  la  mécanique 
analytique  ont  été,  pendant  quelque  temps,  suivies  d'une  manière  trop 
exclusive ,  et  en  s'altachant  à  montrer  ce  que  les    divers  problèmes  on 


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DES    PROGRÈS   DE    L\    MÉCANIQUE.  tu 

d'identique,  on  s'est  exposé  à  perdre  de  vue  ce  qui  les  dislingue  les  uns  des 
autres.  Les  géomètres  purs,  en  embrassant  avec  une  savante  monotonie 
rinûnie  variété  des  détails  connus  dans  l'application  des  formules,  en  van- 
tant l'élégance  et  l'uniformité  de  leurs  méthodes,  en  y  pliant  peu  à  peu 
l'enseignement  tout  entier  de  la  science  dans  tous  les  pays,  ont  acquis  à 
leurs  procédés  préférés  une  autorité,  je  dirai  presque  une  tyrannie,  sous 
laquelle  les  méthodes  opposées,  plongées  dans  un  sommeil  que  nul  ne  trou- 
blait plus,  semblaient  mourir  faute  d'aliments. 

On  raconte  qu'il  y  a  une  trentaine  d'années  à  peine,  un  professeur, 
curieux  des  vieilles  traditions,  avait  eu  recours  aux  méthodes  du  géomètre 
grec  Apollonius  pour  démontrer  par  la  géométrie  pure  les  propriétés 
principales  des  sections  coniques  ;  ses  élèves,  avancés  déjà  dans  la  science, 
mais  habitués  à  rattacher  toutes  leurs  recherches  à  la  méthode  de  Descartes, 
exclusivement  suivie  jusque-là,  furent  charmés  de  l'élégance  de  ces  idées 
nouvelles  à  leurs  yeux  et  de  la  facilité  inattendue  avec  laquelle,  disaient- 
ils  ,  l'application  de  Valgèbre  à  la  géométrie  pouvait  se  traiter  sans  algèbre* 

Trois  hommes  supérieurs  ont  réagi,  surtout  à  notre  époque,  contre  cette 
exagération  d'une  idée  grande  et  féconde  et  contre  l'abandon  des  procédés 
les  plus  fins  et  les  plus  brillants  de  l'esprit  humain  :  M.  Poncelet,  dans  son 
Traité  des  propriétés  projectives,  et  M.  Chasles  dans  ses  nombreux  et  admirables 
écrits,  ont  gagné,  vraisemblablement  pour  toujours,  la  cause  des  méthodes 
qui  les  ont  conduits  si  haut,  tandis  que  M.  Poinsot,  dans  une  série  de 
mémoires  qui  resteront  d'impérissables  modèles  d'élégance  et  de  pro- 
fondeur, montrait  que,  dans  la  mécanique,  rien  ne  dispense  de  considérer 
les  choses  en  ellesrmêmes,  sans  jamais  les  perdre  de  vue  dans  le  cours  du 
raisonnement.  L'étude  des  beaux  travaux  que  je  viens  de  citer  serait  inté- 
ressante et  instructive  à  plus  d'un  titre;  mais  chaque  jour  voit  augmenter 
le  nombre  des  lecteurs  sérieux  qui  les  considèrent  à  bon  droit  comme 
classiques,  et  celui  qui  voudrait  aujourd'hui  chercher  à  les  défendre  contre 
une  appréciation  inintelligente  et  injuste  arriverait  une  trentaine  d'années 
trop  lard.  Les  chefs-d'œuvre  sont  peu  à  peu,  quoi  qu'on  fasse,  acceptés 
comme  ils  doivent  l'être;  ils  ne  changent  pas  toujours  les  esprits,  mais  ils 
^'imposent  à  leur  attention.  Nul  n'oserait,  par  exemple,  aujourd'hui  con- 


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Tiii  DES   PROGRÈS   DE    LA  MÉGANIQUE. 

tester  rîmportance  et  la  hauteur  des  travaux  mécaniques  de  Poinsot  :  il 
semble  évident  déjà  que  la  postérité  doit  placer  Tillustre  auteur  de  la 
Statique  bien  au-dessus  des  contemporains,  jadis  plus  célèbres,  qui  l'ont 
s  longtemps  méconnu.  Poisson  disait,  au  sein  même,  je  crois,  du  Bureau 
des  longitudes  :  «  Si  Poinsot  se  présentait  à  l'École  polytechnique,  ma  con- 
science ne  me  permettrait  pas  de  l'y  admettre.  »  La  section  de  géométrie, 
en  1813,  était  moins  sévère  dans  son  jugement  et  consentait  à  l'inscrire  au 
troisième  rang  sur  la  liste  des  candidats  à  la  succession  de  Lagrange  : 
l'Académie  le  nomma,  et  fit  bien.  Une  exposition  de  l'ensemble  de  ses 
travaux  et  des  idées  neuves  qu'il  a  apportées  dans  la  science  aurait 
été  alors  une  œuvre  utile  et  méritante;  sans  avoir  aujourd'hui  la  même 
raison  d'à-propos,  elle  offrirait  encore  un  intérêt  sérieux. 

Les  travaux  que  je  veux  signaler  aujourd'hui  sont  dus  à  un  esprit 
fin  et  délicat  dont  l'analogie  avec  celui  de  Poinsot  m'a  souvent  frappé. 
Les  voies  qu'ils  suivent  sont  très-différentes  :  la  science  de  l'un  tend  à  la 
pratique,  celle  de  l'autre  à  la  contemplation;  mais  ils  ont  tous  deux 
le  même  sentiment  profond  de  la  réalité;  ils  témoignent  pour  les  routes 
battues  le  même  éloignement,  poussé  parfois  jusqu'à  l'injustice;  ils  consi- 
dèrent tous  deux,  avec  un  dédain  que  je  ne  partage  pas,  les  travaux 
estimables  qui,  de  près  ou  de  loin,  ressemblent  au  devoir  d'un  bon 
écolier,  et  pour  ajouter  enfin  un  dernier  trait  qui  leur  est  commun,  tout 
ce  qui  dans  la  science  ne  leur  semble  pas  clair  n'existe  pas  à  leurs  yeux. 
M.  Léon  Foucault  se  sent  capable  d'inventer;  absorbé  par  l'exploitation  de 
ses  idées,  qu'il  creuse  consciencieusement,  sans  se  décourager  jamais ,  il 
ne  se  croit  pas  toujours  le  temps  d'amasser  des  vérités  dont  l'usage 
semble  encore  lointain,  et  pour  combler  les  lacunes  d'une  instruction 
mathématique  très-solide,  mais  peu  étendue,  il  attend  systématiquement 
que  le  besoin  s'en  fasse  impérieusement  sentir. 

On  lit  dans  Galilée  un  passage  très-curieux  où,  après  avoir  énoncé  le 
principe  des  vitesses  virtuelles,  il  déclare,  pour  toute  démonstration,  que 
quiconque  niera  le  théorème  ou  conservera  seulement  le  plus  léger  doute, 
prouvera  qu'il  ne  comprend  rien  à  la  théorie  des  machines.  M.  Foucault  pro- 
nonce avec  la  même  conviction  des  analhèmes  du  même  genre  contre  ceux 


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DES    PROGRÈS    DE    LA  MÉCANIQUE.  i\ 

qui  contestent  l'exactitude  de  ses  conceptions;  il  va  tout  droit  où  le  con- 
duit sa  vue,  et  comme  il  est  fort  clairvoyant,  il  n'admet  pas  qu'on  le  soit 
moius  que  lui  :  ses  contradicteurs  sont  pour  lui  rebelles  à  la  vérité,  et  il 
les  accuse  de  nier  l'évidence.  S'il  se  trompait  souvent  ou  seulement 
quelquefois,  on  pourrait  lui  reproclier  l'ignorance  volontaire  des  formes 
classiques;  mais  ses  assertions,  qui  ont  tant  occupé  les  géomètres,  s'étant 
toujours  trouvées  exactes,  je  vois  dans  cette  ignorance  même  la  preuve 
d'un  mérite  original  et  tn'\s-supérieur. 

I. 

La  première  invention  mécanique  de  M.  Foucault  est  l'éclaUiute 
démonstration  qu'il  a  donnée  du  mouvement  de  la  terre,  en  le  rendant 
sensible  à  tous  les  yeux  au  moyen  d'un  pendule  librement  suspendu  à  un 
fil.  L'influence  que  la  rotation  de  la  terre  devrait  exercer  sur  les  phéno- 
mènes observables  à  sa  surface  a  été  l'une  des  premières  objections  adres- 
sées à  Copernic.  On  énumérait  des  conséquences  très-dures  à  admettre, 
qu'il  semblait  impossible  d'éviter  après  avoir  accepté  le  principe;  mais  ses 
partisans  ont  facilement  dissipé  ces  vaines  et  chimériques  préoccupations, 
et  fait  triompher  la  vérité  par  des  réponses  complètement  décisives.  Ils 
ont  montré  que,  malgré  la  rotation  de  la  terre,  les  oiseaux  peuvent 
s'élever  au  plus  haut  des  airs  et  redescendre  tranquillement  vers  leur  nid 
sans  que  chaque  minute  les  en  éloigne  de  plusieurs  lieues;  qu'une  pierre 
lancée  verticalement  de  bas  en  haut  ne  doit  pas  retomber  à  une  centaine 
de  pas  vers  l'ouest,  et  qu'une  armée  peut  envoyer  des  balles  et  des 
boulets  de  canon,  des  flèches  même  et  des  javelots  contre  un  ennemi  situé 
à  l'est,  sans  que  la  rotation  de.  la  terré  le  dérobe  à  ses  coups.  Galilée  a 
répondu  à  ces  objections,  mais  il  a  légèrement  dépassé  le  but  :  suivant  lui, 
tous  ces  phénomènes  sont  absolument  illusoires,  et  le  mouvement  rapide 
(jui  nous  emporte  tous  est  rigoureusement  et  mathématiquement  insensible. 

Si  la  terre  était  entraînée  par  un  mouvement  de  translation,  quelque 
rapide  qu'on  voulût  le  supposer,  pourvu  qu'il  fût  uniforme,  il  n'exercerait 
aucune  influence,   petite  ou   grande,   sur  les  phénomènes  qui  s'accom- 


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XI  DES   PROGRÈS   DE    LA  MÉCANIQUE. 

plissent  autour  de  nous;  mais  la  terre  tournant  autour  de  son  axe,  cette 
rotation  doit  produire  de  petites  perturbations  qui  n'ont  été  analysées  que 
plus  tard  et  peu  à  peu,  et  dont  M.  Foucault  a  montré  pour  la  première 
fois  les  effets  avec  une  incontestable  évidence. 

Varignon  paraît  avoir  signalé  le  premier,  en  1707,  la  contradiction 
géométrique  des  lois  de  Galilée  sur  la  chute  des  corps  avec  l'hypothèse 
de  la  rotation  de  la  terre  et  celle  d'une  pesanteur  constante;  il  se  borne  à 
montrer  que  la  réunion  de  ces  trois  hypothèses  implique  contradiction 
sans  oser  décider  celle  qui  doit  être  modifiée,  et  sans  indiquer  même  ses 
conjectures  ;  il  est  à  croire  d'ailleurs  que  s'il  se  fût  prononcé,  il  n'eût  pas 
bien  choisi  ;  son  ouvrage  sur  la  cause  de  la  pesanteur  le  montre  fort  mal 
préparé  à  traiter  de  telles  questions.  On  voit  sur  le  frontispice  une  petite 
vignette  fort  élégante  représentant  deux  personnages,  un  militaire  et  un 
religieux,  auprès  d'un  canon  braqué  vers  le  zénith;  ils  regardent  en  l'air 
comme  pour  suivre  le  boulet  qui  vient  d'être  lancé.  Sur  la  gravure  même 
on  lit  ces  mots  :  «  Retombera-t-il?  »  Le  religieux  est  le  célèbre  père 
Mersenne,  et  son  compagnon  est  M.  Petit,  intendant  des  fortifications.  Ils 
ont  répété  plusieurs  fois  cette  dangereuse  expérience,  et  comme  ils  ne 
furent  pas  assez  adroits  pour  faire  retomber  le  boulet  sur  leur  tête ,  ils 
crurent  pouvoir  en  conclure  qu'il  était  resté  en  l'air,  où  sans  doute  il 
demeurerait  longtemps.  Varignon  ne  conteste  pas  le  fait,  mais  il  s'en 
étonne  :  «  Un  boulet  suspendu  au-dessus  de  nos  têtes,  en  vérité,  dit-il, 
cela  doit  surprendre!  »  Les  deux  expérimentateurs,  s'il  est  permis  de  les 
nommer  ainsi,  firent  part  à  Descartes  de  leurs  essais  et  du  résultat 
obtenu  :  on  sait  que  l'intrépide  philosophe  ne  demeurait  jamais  court; 
c'était  un  oracle  toujours  prêt  qui  répondait  à  tous  et  à  tout.  Il  ne  vit  dans 
le  fait  supposé  exact  qu'une  confirmation  de  ses  subtiles  rêveries  sur  la 
pesanteur.  Plus  d'un  siècle  après;  d'Alembert,  qui  analysa  très-nettement 
le  phénomène,  calcula  la  déviation  du  boulet,  en  faisant  abstraction  de  la 
résistance  de  l'air.  Un  projectile,  lancé  verticalement  de  bas  en  haut  avec 
une  vitesse  de  1,800  pieds  par  seconde,  doit  être  dévié  vers  l'est  et 
retomber  à  600  pieds  de  son  point  de  départ;  et  c'est,  suivant  lui,  pour 
l'avoir  cherché  trop  près,  que  Mersenne  et  Petit  n'ont  pas  retrouvé  leur 


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DES  PROGRÈS   DE  L\  MÉCANIQUE.  xi 

boulet;  mais  cette  explication  n'est  pas  même  admissible  :  la  résistance  de 
l'air,  négligée  par  d'Alembert ,  exerce  une  très-grande  influence.  D'après 
les  calculs  de  Poisson,  une  balle  de  fusil  lancée  avec  une  vitesse  de  400  mè- 
tres par  seconde,  qui  dans  le  vide  retomberait  à  50  mètres  de  son  point 
de  départ,  ne  serait  déviée  dans  l'air  que  de  quelques  centimètres.  L'expé- 
rience de  Mersenne  prouve  donc  seulement  la  difficulté  de  lancer  un  boulet 
dans  une  direction  rigoureusement  verticale  :  une  balle  de  fusil  serait  plus 
facile  à  diriger,  mais  l'erreur  de  pointage,  ajoutée  à  l'influence  des  courants 
d'air,  produirait  certainement  des  déviations  plus  considérables  encore  que 
celles  qu'il  faut  mesurer.  D'Alembert  indiqua  dans  la  même  dissertation  les 
elTets  du  mouvement  de  la  terre  sur  les  projectiles  lancés  dans  une  direc- 
tion quelconque  et  sur  la  chute  verticale  d'un  corps  pesant  abandonné  à 
lui-même.  Laplace  a  repris  la  question  dans  la  Mécanique  céleste  y  et  trouvé 
des  résultats  semblables.  L'illustre  Gauss  s'en  est  également  occupé. 
Poisson  enfin  y  a  consacré  deux  longs  mémoires,  dont  la  conclusion  géné- 
rale est  que  les  déviations  sont  toujours  fort  petites  et  exigeraient  pour 
être  constatées  des  expériences  minutieuses,  presque  toutes  irréalisables. 
Les  plus  célèbres  et  les  plus  exactes  ont  été  faites,  en  1833,  dans  les 
mines  de  Freyberg  par  M.  le  professeur  Reech;  il  laissait  tomber  librement 
un  poids  et  mesurait  la  déviation  vers  l'est;  la  hauteur  de  chute  était  de 
158  mètres;  la  moyenne  de  cent  six  expériences  a  donné  une  déviation  de 
28  millimètres  environ  et  trop  faible  pour  être  dégagée  avec  certitude  de 
toutes  les  influences  perturbatrices ,  en  sorte  que  l'évidence  du  résultat 
n'est  pas  assez  frappante  pour  fermer  la  bouche  aux  incrédules.  C'est  à 
l'occasion  de  faits  de  ce  genre  et  des  déductions  logiques  qui  y  conduisent 
que  Laplace  écrivait  :  «  Quoique  la  rotation  de  la  terre  soit  établie  avec 
toute  la  certitude  que  les  sciences  physiques  comportent,  une  preuve 
directe  de  ce  phénomène  doit  intéresser  les  géomètres  et  les  astronomes.  » 
Cette  preuve  sans  réplique,  M.  Foucault  l'a  apportée  à  l'Académie  des 
sciences  le  3  février  1851,  et  comme  l'avait  prévu  Laplace,  elle  intéressa 
vivement  les  astronomes  et  les  géomètres  :  elle  n'apprit  à  personne  que  la 
terre  tourne  et  que  sa  rotation  peut  modifier  les  phénomènes  dynamiques 
à  la  surface,  mais  elle  en  montra  un  effet  très-net,  très-facile  à  observer, 


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XII  DES  PROGRÈS    DE  L\  MÉCAINQUE. 

et  qui,  grandissant  avec  le  temps,  ne  pouvait  être  ni  attribué  à  aucun  autre 
principe,  ni  masqué  par  les  perturbations  accidentelles. 

Nous  croyons  devoir  reproduire  les  termes  mêmes  de  la  communi- 
cation de  M.   Foucault  : 

u  Les  observations  si  importantes  et  si  nombreuses  dont  le  pendule  a  été  jusqu'ici 
l'objet  sont  surtout  relatives  à  la  durée  des  oscillations  ;  celles  que  je  me  propose  de  faire 
connaître  à  l'Académie  ont  principalement  porté  sur  la  direction  du  plan  d'oscillation, 
qui,  se  déplaçant  graduellement  d'orient  en  occident,  fournit  un  signe  sensible  de  la 
rotation  de  la  terre. 

«  Afin  d'arriver  à  justifier  celte  interprétation  d'un  résultat  constant,  je  ferai  abstrac- 
tion du  mouvement  de  translation  de  la  terre,  qui  est  sans  influence  sur  le  phénomène 
que  je  veux  mettre  en  évidence,  et  je  supposerai  que  l'observateur  se  transporte  au  pôle 
pour  y  établir  un  pendule  réduit  à  sa  plus  grande  simplicité,  c'est-à-dire  un  pendule 
composé  d'une  masse  pesante  homogène  et  sphérique,  suspendu  par  un  fil  flexible  à  un 
point  absolument  fixe;  je  supposerai  même  tout  d'abord  que  ce  point  de  suspension 
est  exactement  sur  le  prolongement  de  Taxe  de  rotation  du  globe,  et  que  les  pièces 
solides  qui  le  supportent  ne  participent  pas  au  mouvement  diurne.  Si,  dans  ces  circon- 
stances, on  éloigne  de  sa  position  d'équilibre  la  masse  du  pendule,  et  si  on  Fabandonne 
à  l'action  de  la  pesanteur  sans  lui  communiquer  aucune  impulsion  latérale,  son  centre 
de  gravité  repassera  par  la  verticale,  et ,  en  vertu  de  la  vitesse  acquise ,  il  s'élèvera  de 
l'autre  côté  à  une  hauteur  presque  égale  à  celle  d'oi  il  est  parti.  Parvenu  en  ce  point,  sa 
vitesse  expire,  change  de  signe,  et  le  ramène  en  le  faisant  encore  passer  par  la  verticale, 
un  peu  au-dessous  de  son  point  de  départ.  Ainsi  Ton  provoque  un  mouvement  oscillatoire 
delà  masse  suivant  un  arc  de  cercle  dont  le  plan  est  nettement  déterminé,  et  auquel 
l'inertie  de  la  matière  assure  une  position  invariable  dans  l'espace.  Si  donc  ces  oscilla- 
tions se  perpétuent  pendant  un  certain  temps,  le  mouvement  de  la  terre,  qui  ne  cesse  de 
tourner  d'occident  en  orient,  deviendra  sensible  par  le  contraste  de  l'immobilité  du  plan 
d'oscillation  dont  la  trace  sur  le  sol  semblera  animée  d'un  mouvement  conforme  au 
mouvement  apparent  de  la  sphère  céleste,  et  si  les  oscillations  pouvaient  se  perpétuer 
pendant  vingt-quatre  heures,  la  trace  de  leur  plan  exécuterait  dans  le  même  temps  une 
révolution  entière  autour  de  la  projection  verticale  du  point  de  suspension. 

«  Telles  sont  les  conditions  idéales  dans  lesquelles  le  mouvement  de  rotation  du 
globe  deviendrait  évidemment  accessible  à  l'observation;  mais  en  réalité  on  est  obligé  de 
prendre  un  point  d'appui  sur  un  sol  mouvant;  les  pièces  rigides  où  s'attache  l'extrémité 
supérieure  du  fil  ne  peuvent  être  soustraites  au  mouvement  diurne,  et  l'on  pouvait 
craindre  à  première  vue  que  le  mouvement  communiqué  au  fll  et  à  la  masse  pendulaire 


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DES   PROGRÈS   DE   LA    MÉCAî^lQUE.  xiii 

n'altérât  la  direction  du  plan  d'oscillation.  Toutefois  la  théorie  ne  montre  pas  là  une  dif- 
ficulté sérieuse  et,  de  son  côté,  l'expérience  m'a  montré  que,  pourvu  que  le  fil  soit  rond 
et  homogène,  on  peut  le  faire  tourner  assez  rapidement  sur  lui-même,  dans  un  sens  ou 
dans  l'autre,  sans  influer  sensiblement  sur  la  position  du  plan  d'oscillation,  de  sorte  que 
l'expérience,  telle  que  je  viens  de  la  décrire,  doit  réussir  au  pôle  dans  toute  sa  pureté. 
«  Mais  quand  on  descend  vers  nos  latitudes,  le  phénomène  se  complique  d'un  élé- 
ment assez  difficile  à  apprécier,  et  sur  lequel  je  désire  bien  vivement  d'attirer  l'attention 
des  géomètres.  A  mesure  que  l'on  s'approche  de  l'équateur,  le  plan  de  l'horizon  prend 
sur  Taxe  de  la  terre  une  position  de  plus  en  plus  oblique,  et  la  verticale,  au  lieu  de  tour- 
ner sur  elle-même  comme  au  pôle,  décrit  un  cône  de  plus  en  plus  ouvert;  il  en  résulte 
un  ralentissement  dans  le  mouvement  apparent  du  plan  d'oscillation,  mouvement  qui 
s'annule  à  l'équateur  pour  changer  de  sens  dans  l'autre  hémisphère,  Pour  déterminer 
la  loi  suivant  laquelle  varie  ce  mouvement  sous  les  diverses  latitudes,  il  faut  recourir  soit 
à  l'analyse,  soit  à  des  considérations  mécaniques  et  géométriques  que  ne  comporte  pas 
l'étendue  restreinte  de  cette  noie.  Je  dois  donc  me  bornera  dire  que  les  deux  méthodes 
s'accordent  en  négligeant  certains  phénomènes  secondaires,  à  montrer  le  déplacement 
angulaire  du  plan  d'oscillation  comme  égal  au  mouvement  angulaire  de  la  terre  dans  le 
même  temps  multiplié  par  le  sinus  de  la  latitude.  » 

M.  Foucault  décrit  ensuite  Texpérience  dont,  comnne  chacun  sait,  la 
réalisation  est  des  plus  faciles.  Dès  la  séance  suivante,  un  géomètre  habile, 
membre  de  la  section  de  géométrie,  s'empressa  de  montrer  «  comment 
l'expérience  importante  de  M.  Foucault  aurait  pu  être  indiquée  par  les 
équations  du  mouvement  interprétées  sans  inadvertance.  »  Les  équations , 
qui  auraient  pu  indiquer  l'expérience  de  M.  Foucault,  avaient  en  effet  été 
formées  depuis  longtemps  :  elles  indiqueraient  bien  d'autres  choses  encore, 
si  on  savait  les  faire  parler;   mais,  interrogées  par  le  célèbre  géomètre 
Poisson,  elles  lui  avaient  répondu  que  «  la  force  perpendiculaire  au  plan 
d'oscillation  est  trop  petite  pour  écarter  sensiblement  le  pendule  de  son 
plan  et  avoir  aucune  influence  appréciable  sur  son  mouvement  ».  Dubuat, 
Clairaut    et    Poléni    avaient,   avant   Poisson,   étudié   mathématiquement 
l'influence  du  mouvement  de  la  terre  sur  les  oscillations  du  pendule.  Le 
phénomène  si  simple  et  si  concluant  qui  a  tout  d'abord  frappé  M.  Foucault, 
à  peine  entrevu  par  Poléni ,  était  resté  complètement  inaperçu  de  Clairaut 
et  de  Poisson. 


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XIV  DES   PROGHfcS   DE    LA   MÉCANIQUE. 

L'expérience  attira  l'attention  des  savants  les  plus  illustres,  autant  et 
plus  encore  peut-être  que  celle  des  ignorants  :  la  table  des  Comptes 
rendus  de  l'Académie  porte,  en  1851,  vingt-six  articles  au  mot  Petidule; 
il  n'y  en  avait  pas  un  seul  en  1850.  MM.  Binet^  Sturm,  Poncelet,  Plana, 
Bravais,  Hansten,  Quet,  Dumas,  en  ont  fait  successivement  le  sujet  de  leur 
éludes  analytiques.  Leurs  travaux  sont  de  grande  valeur  sans  doute,  mais 
l'explication  la  plus  nette  et  la  plus  élégante  du  phénomène  reste  encore 
celle  que  M.  Foucault  donnait  à  ses  amis,  en  s'aidant,  pour  plus  de  clarté, 
d'une  petite  boule  de  bois  sur  laquelle  il  avait  tracé  les  lignes  qui  l'on 
aidé  à  trouver  la  loi  du  phénomène. 

Si  l'expérience  pouvait  se  faire  au  pôle,  il  n'y  aurait  aucune  diflicultë; 
la  question  est  purement  géométrique  :  le  plan  d'oscillation  est  invariable. 
L'observateur,  qui  tourne  avec  la  terre  sans  en  avoir  conscience,   doit 
attribuer  à  ce  plan  fixe  Un  mouvement  égal  et  contraire,  et  le  voir  par 
conséquent  exécuter  en  vingt-quatre  heures  une  révolution  complète,  en 
tournant  dans  le  même  sens  que  les  étoiles;  mais  à  toute  autre  latitude  la 
difficulté  est  plus  grande  ;  le  plan  d'oscillation  ne  reste  pas  immobile.  On 
peut  en  effet  regarder  comme  évident  qu'il  doit  être  constamment  vertical, 
et  comme  la  verticale  change  de  direction,  qu'elle  décrit  en  vingt-quatre 
heures  un  cône  plus  ou  moins  ouvert,  suivant  qu'on  est  plus  ou  moins  près 
de  l'équateur,  le  plan  qui  la  contient  à  chaque  instant  est  nécessairement 
un  plan  mobile  dans  l'espace.  Les  apparences  sont  donc  produites  ici  par 
la  combinaison  du  mouvement  de  la  terre  avec  le  mouvement  inconnu  que 
va  prendre  le  plan  du  pendule,   et  qu'il  faut  déterminer.   Or,  pour  y 
parvenir,  M.  Foucault  invoque  un  principe  dont  la  démonstration  rigou- 
reuse n'a  pas  été  donnée  jusqu'ici ,  mais  qui  lui  semble  évident,  comme  à 
Galilée  le  principe  des  vitesses  virtuelles,  et  comme  à  Huyghens  les  postu- 
lala  sur  lesquels  il  a  fondé  la  théorie  du  pendule.   Le  plan  d'oscillation , 
tout  en  restant  vertical,  doit,  selon  M.  Foucault,  se  placer  à  chaque  instant 
de  maiiière  à  faire  le  plus  petit  angle  possible  avec  la  position  qu'il  occupait 
dans  l'instant  qui  précède.  Si  l'on  se  donne,  en  un  mot,  la  position  du  plan 
d'oscillation  à  un  certain  moment,  pour  savoir  ce  qu'il  est  devenu  après  un 
temps  très-court,  un  millionième  de  seconde  par  exemple,  il  faut  déter- 


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DES    PROGRÈS  DE   LA  MÉCANIQUE.  xv 

miner  la  position  nouvelle  qu'a  prise  la  verticale  par  suite  de  la  rotation 
terrestre,  et  chercher,  parmi  tous  les  plans  qui  passent  par  cette  direction, 
celui  qui  forme  avec  le  plan  primitif  le  plus  petit  angle  possible.  Cette 
ingénieuse  hypothèse  conduit  très-simplement  à  la  loi  tant  de  fois  confirmée  : 
la  rotation  du  plan  d'oscillation  est  proportionnelle  au  sinus  de  la  latitude. 

La  belle  expérience  fut  rapidement  répétée  dans  l'Europe  entière.  Les 
professeurs  de  Florence  l'exécutèrent  dès  qu'ils  en  eurent  communication, 
et,  par  une  association  bien  naturelle  d'admiration,  opérèrent  à  côté 
même  de  la  tribune  de  Galilée.  Ils  voulurent  ensuite  chercher  dans  les 
procès-verbaux  inédits  de  l'Académie  del  Cimento  si,  parmi  les  nombreuses 
observations  faites  sur  le  pendule,  il  ne  s'en  trouverait  pas  qui  eussent 
trait  à  l'expérience  nouvelle.  Ils  trouvèrent  en  effet  les  lignes  suivantes, 
écrites  par  Vivian i  :  Osservammo  che  tutti  i  penduli  da  un  sol  fib  deviano 
dal  primo  verticale  e  sempre  per  il  medesimo  verso. 

L'assertion  est  très-claire.  ïl  n'est  pas  supposable  que  les  acadé- 
miciens del  Cimento  n'aient  pas  cherché  la  cause  d'un  eff'et  aussi  extraor- 
dinaire; niais  c'était  une  matière  délicate,  où  il  était  dangereux  de  prendre 
parti  :  ils  avaient  connu  Galilée,  les  aventures  de  leur  illustre  compatriote 
étaient  encore  récentes,  et  derrière  la  question  du  mouvement  de  la  terre 
ils  entrevoyaient  le  saint-office.  On  connaissait  son  aversion  opiniâtre 
pour  certaines  vérités,  et  la  critique  moderne  n'avait  pas  encore  révélé 
toute  sa  bienveillante  mansuétude.  Tout  en  gardant  le  silence  sur  la  cause 
présumée,  l'Académie  a  donné  dans  ses  mémoires  imprimés  l'indication, 
moins  précise  il  est  vrai,  du  même  phénomène,  et  la  déclaration  d'une 
ignorance,  peut-être  volontaire,  sur  la  nature  des  causes  qui  le  produisent; 
elle  propose  de  mesurer  le  temps  en  comptant  directement  les  oscillations 
d'un  pendule;  mais  elle  conseille  de  le  suspendre  à  deux  fils,  parce  que  le 
pendule  à  un  seul  fil,  quelle  qu'en  soit  la  cause ,  s'écarte  insensiblement  de 
sa  direction  primitive,  et  son  mouvement  ne  se  fait  plus  bientôt  dans  un 
arc  vertical,  mais  par  une  spirale  allongée  dans  laquelle  les  vibrations  ne 
se  distinguent  plus.  Comme  le  remarque  d'ailleurs  avec  équité  le  direc- 
teur de  l'institut  polytechnique  de  Florence,  ces  citations  inédites  ou 
obscures  et  oubliées  n'enlèvent  rien  au  mérite  du    nouvel  inventeur, 


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XVI  DES  PROGRÈS  DE  LA  MÉCANIQUE. 

auquel  elles  étaient,  comme  à  tous  les  physiciens,  restées  complètement 
Inconnues. 

Rien  n'est  plus  ordinaire  que  de  voir  des  inventeurs,  persuadés  qu'ils 
ont  atteint  le  but  aussitôt  qu'ils  en  ont  approché,  s'arrêter  en  laissant  à 
d'autres  le  soin  de  suivre  les  conséquences  de  leur  idée  et  de  perfectionner 
leur  œuvre.  Un  premier  succès  éteint  leur  ardeur  et  satisfait  leur  curiosité. 
D'autres  au  contraire,  plus  persévérants  et  plus  forts,  regardent  un  premier 
résultat  comme  l'occasion  d'un  nouveau  travail  :  ils  marchent  avec  ardeur 
vers  les  vérités  entrevues,  en  montrant  incessamment,  par  l'heureuse 
abondance  de  leurs  développements  et  par  des  preuves  continuelles 
d'habileté,  que  le  hasard  n'est  pas  leur  guide. 

C'est  à  cette  seconde  classe  d'inventeurs  qu'appartient  l'auteur  de 
l'expérience  du  pendule.  Après  avoir  heureusement  résolu  un  problème 
réputé  si  diflicile,  et  mis  dans  une  lumière  éclatante  une  expérience 
inaperçue  jadis,  dont  il  ne  restait  que  quelques  traces  obscures,  il  a 
cherché  dans  des  combinaisons  nouvelles  des  preuves  plus  sensibles 
encore  du  mouvement  de  la  terre;  et,  par  une  exacte  analyse  des  forces 
mises  en  jeu,  il  est  parvenu  à  les  diriger,  en  leur  faisant  produire  des 
eifets  aussi  brillants  qu'inattendus.  Un  homme,  enfermé  sans  boussole  dans 
une  chambre  et  n'apercevant  pas  le  ciel ,  peut  trouver  la  direction  du 
nord  et  la  latitude  du  lieu  qu'il  occupe.  Tels  sont  les  résultats  extraor- 
dinaires démontrés  et  réalisés  aujourd'hui,  et  que  tous  les  savants,  il  y  a 
vingt  ans,  auraient,  sans  hésiter,  déclarés  impossibles. 

Frappé,  comme  tous  les  géomètres,  par  l'expérience  du  pendule, 
M.  Poinsot  avait  porté  son  attention  sur  le  moyen  de  la  rendre  plus  nette 
encore,  en  substituant  au  plan  idéal  dans  lequel  se  meut  le  fil,  un  objet 
matériel,  dont  la  rotation  de  la  terre  déterminât  le  mouvement.  La  dispo- 
sition qu'il  proposa  ne  semble  pas  réalisable,  mais  elle  fut  peut-être 
l'occasion  de  l'invention  du  gyroscope.  Le  but  primitif  de  cet  instrument 
est  de  suspendre  un  corps  de  telle  sorte  qu'il  reste  indépendant  de  la 
rotation  de  la  terre,  et  que  les  supports,  tout  en  entraînant  son  centre  de 
gravité,  ne  changent  nullement  sa  direction  absolue  dans  l'espace.  Il  est 
clair  que  cette  immobilité  réelle  contrastant  avec  la  rotation  terrestre,  dont 


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DES  PROGRÈS   DE   LA    MËGANIQUE,  xvii 

nous  n'avons  pas  conscience,  produira  un  mouvement  relatif  qui  mettra 
celle-ci  en  évidence  ;  mais  il  faut  pour  cela  que  le  système  de  suspension , 
permettant  au  corps  tous  les  mouvements  possibles  autour  de  son  centre, 
ne  puisse  par  cela  même  lui  en  imposer  aucun.  Les  moyens  de  réaliser  celte 
condition  sont  connus  depuis  longtemps  :  la  recherche  n'en  était  d'ailleurs 
qu'un  jeu  pour  un  mécanicien  aussi  expérimenté  que  M.  Foucault,  et  son 
gyroscope  y  satisfait  avec  un  art  parfait.  Si  l'on  se  borne  cependant  à 
suspendre  une  masse  de  cette  manière,  l'expérience  ne  donne  aucun 
résultat  :  le  mouvement  relatif  ne  se  produit  pas ,  et  c'est  le  frottement  qui 
l'empêche.  On  ne  peut  en  effet  affranchir  le  corps  de  toute  attache;  si 
mobile  que  soit  le  support,  il  faut  bien  qu'il  soit  appuyé  sur  quelque  chose, 
et  malgré  la  finesse  de  l'exécution ,  lé  frottement  intervient  toujours  dans 
le  mouvement  relatif  des  pièces  en  contact  pour  le  ralentir  ou  pour 
l'arrêter.  Pour  éviter  cet  inconvénient,  d'autant  plus  grave  que  les  forces 
qu'il  s'agit  de  mettre  en  évidence  sont  plus  petites,  M.  Foucault,  avant  de 
suspendre  son  gyroscope,  lui  imprime  une  vitesse  de  deux  à  trois  cents 
tours  par  seconde;  cette  rotation  n'augmente  pas  la  pression  sur  les  sup- 
ports et  les  frottements  restent  les  mêmes ,  mais  elle  accroît  la  résistance 
qui  serait  nécessaire  pour  empêcher  le  mouvement  relatif  que  l'on  veut 
observer,  et  l'axe  du  corps  peut  alors  s'arrêter,  en  semblant  par  là  se  mou- 
voir, puisque  tout  tourne  autour  de  lui. 

L'idée  de  faire  tourner  un  corps  pour  affermir  la  stabilité  de  son 
orientation  dans  l'espace  est  extrêmement  ingénieuse;  elle  repose  sur  un 
principe  que  l'auteur  regarde  comme  évident,  et  qu'il  justifie  d'ailleurs 
par  des  expériences  très- faciles  et  très-claires.  Quelques  explications 
semblent  cependant  nécessaires  pour  le  mettre  dans  tout  son  jour. 

Les  géomètres  anciens  ont  méconnu  la  loi  d'inertie;  c'est  pour  cela  que 
la  mécanique  est  une  science  toute  moderne.  Un  point  matériel  isolé  se 
meut  en  ligne  droite  et  d'un  mouvement  uniforme  tant  qu'aucune  cause 
étrangère  ne  vient  le  troubler.  Nego  ullum  molum  perennem  non  rectum  a  Deo 
conditum  esse,  a  dit  Kepler,  et  les  géomètres  ont  fait  de  cet  axiome  la  base 
solide  de  la  science  du  mouvement;  toutefois,  en  voulant  appliquer  ce 
principe,  on  rencontre  dès  les  premiers  pas  bien  des  difficultés.  Les  points 


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XVIII  DES  PROGRÈS  DE   LA  MÉCANIQUE 

d'un  même  corps  sont  solidaires,  leur  distance  doit  rester  invariable;  si 
donc  on  les  lance  dans  des  directions  différentes,  ce  qui  a  lieu  lorsqu'on 
imprime  au  corps  une  rotation,  il  faut  absolument  qu'ils  réagissent  les  uns 
sur  les  autres,  en  s'imposant  en  quelque  sorte  des  concessions  mutuelles, 
sinon  le  corps  se  brise  et  vole  en  éclats;  c'est  ce  qui  arrive,  par  exemple , 
lorsque  dans  une  machine  la  roue  du  volant  se  trouve  lancée  avec  une  trop 
grande  vitesse.  Mais  les  corps  solides  des  géomètres  ne  se  brisent  jamais  ; 
ils  trouvent  dans  leur  rigidité ,  inflexible  par  hypothèse,  la  force  nécessaire 
pour  écarter  incessamment  chaque  point  de  la  ligne  droite  qu'il  tend  à 
suivre  et  qui  le  séparerait  des  autres.  Le  mouvement  général  qui  concilie 
tout  est  fort  compliqué  lorsqu'il  s'agit  d'un  corps  irrégulier,  et  l'on  ne  s'en 
fait  tout  d'abord  qu'une  idée  fort  obscure.  Poinsot  l'a  beaucoup  éclaircie  ; 
c'est  là  une  des  questions  qui  l'ont  le  plus  occupé,  et,  comme  il  le  dit  lui- 
même,  une  des  choses  qu'il  a  le  plus  désiré  de  savoir  en  mécanique.  Dans 
le  cas  d'un  corps  régulier  tournant  autour  de  son  axe  de  figure,  le  phéno- 
mène devient  d'une  extrême  simplicité;  la  rotation  persiste  indéfiniment 
avec  la  même  vitesse,  et  se  fait  toujours  autour  du  même  axe  tant 
qu'aucune  influence  extérieure  n'intervient.  Pour  changer  la  direction  de 
l'axe,  il  faut  changer  celle  de  toutes  les  vitesses  qui  animent  les  différents 
points;  Teffort  nécessaire  grandit  avec  ces  vitesses,  et  l'on  peut  faire  en 
sorte  que,  dans  l'expérience  du  gyroscope,  les  frottements  qui  restent  les 
mêmes  n'aient  plus  la  puissance  de  le  développer.  Le  corps,  suspendu 
comme  nous  l'avons  dit  et  animé  d'un  mouvement  rapide  de  rotation, 
conservera  donc  la  même  direction  dans  l'espace;  il  est  soustrait  ainsi  à  la 
rotation  de  la  terre,  son  centre  seul  y  participe;  mais  selon  notre  façon  de 
juger  les  choses,  nous  verrons  son  axe  décrire  un  cône  de  révolution  avec 
une  vitesse  telle  que  si  l'expérience  se  prolongeait,  il  accomplirait  un  tour 
en  vingt-quatre  heures. 

Le  système  de  suspension,  légèrement  modifié,  permet  de  retirer  peu  à 
peu  à  l'instrument  la  liberté  absolue  qu'on  lui  laisse  dans  la  première 
expérience;  on  peut  à  volonté  fixer  l'axe  du  corps  dans  un  plan  horizontal 
ou  vertical  d'où  il  ne  peut  plus  sortir,  en  restant  toutefois  absolument  libre 
de  s'y  mouvoir  en  tout  sens.  Lorsque  le  plan  choisi  est  horizontal ,  l'axe  du 


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DES    PROGRÈS  DE  LA  MÉCANIQUE.  xix 

gyroscope  ne  peut  y  rester  en  équilibre  qu'en  se  dirigeant  vers  le  nord ,  et 
c'est  autour  de  cette  direction  qu'on  le  voit  immédiatement  osciller,  for- 
mant ainsi  une  sorte  de  boussole  mécam'que  dans  laquelle  le  magnétisme 
ne  joue  aucun  rôle.  En  forçant  l'axe  du  gyroscope  à  rester  dans  le  plan 
méridien,  on  obtient  un  résultat  non  moins  remarquable  :  on  le  voit  se 
diriger  parallèlement  à  l'axe  du  monde,  et  il  donne  la  latitude  approchée 
du  lieu  indépendamment  de  toute  observation  astronomique. 

A  ces  curieux  phénomènes  qu'il  a  expliqués  et  prévus,  M.  Foucault  en 
adjoint  un  grand  nombre  d'autres  dont  il  serait  malaisé  de  faire  ici  l'énu- 
mération  et  qui  font  de  son  instrument  le  moyen  le  plus  élégant  et  le  plus 
net  d'étudier  la  rotation  des  corps  ;  les  lois  suivant  lesquelles  les  phéno- 
mènes se  composent  sont  rendues  visibles  en  quelque  sorte ,  et  l'autorité 
infaillible  de  l'expérience  confirme,  quelquefois  même  à  l'avance,  les  déduc- 
tions très-assurées,  mais  souvent  très-cachées ,  de  la  géométrie  la  plus 
profonde. 

II. 

Tout  en  continuant  ses  travaux  sur  la  rotation,  M.  Foucault  pour* 
suivait  de  belles  recherches  de  physique  entreprises  depuis  longtemps.  Je 
ne  veux  parler  ici  que  de  ses  inventions  mécaniques,  mais  toutes  les 
parties  de  la  science  sont  étroitement  unies  :  les  vérités  se  prêtent  une 
clarté  mutuelle,  et  la  connaissance  profonde  d'une  théorie  augmente  sur 
tous  les  autres  points  la  puissance  et  les  ressources  d'un  esprit  ingénieux. 

M.  Foucault  avait  appliqué  son  génie  inventif  à  la  construction  des 
miroirs.  Les  lunettes  dans  lesquelles  la  lumière  des  astres  est  transmise  à 
l'œil  par  réfraction  étaient  préférées  depuis  longtemps  aux  télescopes  dans 
lesquels  elle  est  réfléchie.  La  construction  des  miroirs  présentait  en  effet  de 
grandes  difficultés  :  les  moindres  inégalités  ont  sur  la  netteté  de  l'image 
une  influence  bien  plus  grande  que  celle  d'une  incorrection  semblable  dans 
la  construction  de  l'objectif  delà  lunette.  La  substitution  du  verre  au  métal 
dans  la  construction  des  lunettes  a  été  un  véritable  événement  dont 
l'initiative  appartient  en  grande  partie  à  M.  Foucault.  Il  a  montré  l'éton- 


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XX  DES  PROGRÈS  DE  LA  MÉGANIQUE. 

nante  efficacité  des  retouches  locales  pour  perfectionner  indéfiniment, 
sans  les  recommencer,  les  surfaces  de  verre,  qui  ensuite,  argentées  chimi- 
quement, fonctionnent  à  la  manière  des  plus  beaux  miroirs  et  donnent  à 
leur  foyer  d'excellentes  images.  Pour  Texploration  du  ciel,  un  télescope 
ainsi  constitué  peut  lutter  avec  une  lunette  achromatique  de  même 
diamètre  et  coûte  environ  six  fois  moins.  La  matière  du  miroir  est  en  verre 
commun,  tandis  que  les  cristaux  de  haut  prix  doivent  former  les  éléments 
de  l'objectif  achromatique;  le  miroir,  en  outre,  n'a  qu'une  surface  et 
l'objectif  en  a  quatre;  la  distance  focale  de  la  lunette  étant  enfin  trois  ou 
quatre  fois  plus  grande  que  celle  du  télescope,  les  frais  de  montage  et 
d'abri  sont  augmentés  par  là  dans  une  proportion  qui  rend  l'achat  de 
l'instrument  inaccessible  aux  particuliers.  Le  télescope  sera  donc  souvent 
préféré  et  tend  chaque  jour  à  l'être  davantage. 

Une  fois  construit  cependant,  il  faut  le  diriger  vers  le  ciel  pour  y  con- 
templer l'astre  que  l'on  veut  étudier,  et  comme  le  champ  de  la  vision  est 
malheureusement  très-borné,  il  faut  lui  imprimer  un  mouvement  continu 
pour  suivre  les  astres,  qui,  se  déplaçant  à  chaque  instant,  ne  seraient  visi- 
bles dans  un  instrument  fixe  que  pendant  quelques  secondes;  le  télescope 
doit  donc  tourner,  comme  les  astres,  d'orient  en  occident,  en  faisant  un 
tour  en  vingt-quatre  heures.  Si  l'on  songe  que  le  grand  télescope  construit 
récemment  pour  l'observatoire  de  Marseille  [pèse  1,000  kilogrammes,  on 
comprend  toute  la  difficulté  d'un  tel  problème. 

La  solution  obtenue  par  un  mécanisme  d'horlogerie  serait  complè- 
tement insuffisante  ;  les  impulsions  successives  séparées  nécessairement 
par  des  temps  d'arrêt  donneraient  à  la  lunette  un  tremblement  continuel, 
en  faisant  pour  ainsi  dire  sautiller  l'astre  observé  autour  du  fil  auquel  on 
doit  rapporter  son  mouvement,  et  un  tel  instrument  ne  saurait  suffire  aux 
observations  scrupuleuses  et  assidues  de  nos  astronomes.  Les  systèmes  le 
plus  habituellement  employés  peuvent  être  comparés  à  des  tournebroches 
plus  ou  moins  perfectionnés  et  ne  donnent  aucune  précision.  11  faut  citer 
néanmoins  d'une  manière  spéciale  l'élégant  mécanisme  appliqué  par  Gam- 
bey  au  petit  équatorial  qu'il  a  construit  pour  l'observatoire  de  Paris;  mais 
tout  en  admirant  cette  ingénieuse  solution,  les  constructeurs  l'ont  trouvée 


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DES  PROGRÈS  D£  LA  MÉGANIQUE.  XXi 

généralement  trop  indirecte  et  trop  dispendieuse  pour  chercher  à  Timiter. 
A  Greenwich  le  nouvel  appareil  est  mis  en  mouvement  par  un  mécanisme 
dont  on  dit  beaucoup  de  bien,  et  qui  cependant  ne  semble  pas  pouvoir  être 
adopté  :  c'est  une  petite  turbine  à  eau  dont  la  valve  est  gouvernée  par  un 
pendule  conique;  mais  la  nécessité  d*un  cours  d'eau  et  la  possibilité  de  la 
gelée  sont  des  inconvénients  graves  devant  lesquels  la  plupart  des  obser- 
vatoires reculeront  très-certainement. 

Peu  satisfait  de  ces  appareils  et  de  quelques  autres  proposés  ou  essayés 
jusqu'ici,  M.  Foucault  ne  désespéra  pas  de  pouvoir  résoudre  plus  simple^ 
ment  ce  problème  si  dii&cile  :  il  y  est  parvenu  à  l'aide  d'un  principe  dont 
les  applications  doivent  s'étendre  dans  toutes  les  branches  de  l'industrie* 
Tout  le  monde  connaît  les  boules  massives  que  l'on  voit  tourner  dans 
toutes  les  machines  à  vapeur,  et  qui,  s'écartant  lorsque  la  rotation  s'accé- 
lère, diminuent  l'orifice  d'admission  de  la  vapeur  en  modérant  la  force  dès 
qu'elle  est  devenue  trop  grande.  L'efficacité  de  cette  disposition  est  malheu^ 
reusement  trop  douteuse  et  trop  lente  :  on  corrige  l'efFet  que  l'on  veutcom* 
battre  en  lui  faisant  produire  un  effet  contraire;  les  deux  causes  opposées 
se  choquent  confusément,   mais   rien  n'établit  entre  elles  un  équilibre 
rigoureux  et  ne  balance  exactement  leur  contrariété  pour  donner  une 
solution  précise.  La  vitesse,  d'ailleurs,  ne  peut  être  modérée  queparl'écar- 
tement  des  boules,  qui  en  suppose  l'accroissement  préalable.  L'inégalité  est 
donc  imparfaitement  corrigée,  et  elle  n'est  pas  prévenue.  M.  Foucault, 
profitant  d'une  idée  déjà  émise  par  l'habile  constructeur  M.  Meyer,  de 
Mulhouse,  s'est  proposé  de  rendre  la  vitesse  de  rotation  de  l'appareil  indé- 
pendante de  l'angle  d'écartement,  et  de  diminuer  pour  cela  le  poids  des 
boules  par  un  contre-poids  dont  l'action  augmente  quand  l'écart  est  plus 
grand;  il  a  trouvé  les  conditions  précises  d'une  compensation  rigoureuse, 
et  des  dispositions  diverses  permettent  de  les  réaliser  mathématiquement 
avec  une  parfaite  justesse  :  il  suffirait,  par  exemple,  de  faire  descendre  le 
contre-poids  sur  la  courbe  tant  de  fois  rencontrée  depuis  Huyghens  par  les 
mécaniciens  géomètres,  et  que  l'on  nomme  cycloKde.  Celte  disposition  don- 
nerait un  instrument  théoriquement  parfait  comme  le  pendule  cycloïdal 
d'Huyghens,  mais  il  n'a  pas  plu  à  M.  Foucault  de  l'adopter  ;  c'est  chez  lui 


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XXII  DES    PROGRÈS    DE    LA  MÉCANIQUE. 

une  maxime  absolue,  que  dans  un  appareil  durable  et  précis  on  ne  doit 
employer  ni  chaînes,  ni  cordages,  ni  poulies,  ni  courbes,  ni  coulisses,  ni 
galets,  ni  flotteurs,  ni  liquides,  rien  autre  chose  enfln  que  des  contre-poids 
guidés  par  des  droites  articulées.  C'est  à  ces  pièces  solides  et  inflexibles 
qu'il  réduit  ce  que  Fontenelle  appelait  la  matière  machinale.  N'acceptant  donc 
ni  les  courbes  ni  les  fils,  il  a  remplacé  la  cycloïde  par  un  système  de 
leviers,  préférant  à  la  perfection  théorique  une  disposition  plus  efficace 
et  plus  solide,  qui,  sans  atteindre  rigoureusement  le  même  but,  satisfait 
pleinement  à  toutes  les  convenances  de  la  pratique. 

L'organe  principal  du  régulateur  étant  mis  en  relation  avec  la  machine, 
indiquera  si  la  vitesse  est  plus  grande  ou  plus  petite  que  celle  qui  lui  con- 
vient. Les  boules  seront  folles,  et  la  plus  légère  variation  de  vitesse  les  for- 
cera à  s'élever  au  plus  haut  ou  à  se  rapprocher  jusqu'à  toucher  la  tige.  On 
pourra  dire  alors,  en  un  certain  sens,  que  l'appareil  est  régulier  par  essence 
et  capable  d'une  seule  vitesse  ;  mais  comment  lui  donner  la  force  néces- 
saire pour  imposer  cette  vitesse  toujours  égale  et  toujours  permanente,  et 
communiquer  son  uniformité?  M.  Foucault  y  parvient  en  adaptant  aux 
boules  un  levier  qui,  guidé  par  elles,  ouvre  ou  ferme  la  communication 
d'un  ventilateur  avec  l'air  extérieur,  en  lui  faisant  consommer  plus  ou 
moins  de  travail.  De  là  une  résistance  qui,  croissant  aussi  rapidement  que 
l'on  veut,  surveille  pour  ainsi  dire  la  vitesse  avec  une  continuelle  vigi- 
lance, la  gouverne  par  des  efforts  toujours  efficaces  tant  qu'ils  ne  sont  pas 
poussés  à  l'extrême,  et  témoigne  de  sa  constance  en  conservant  les  boules 
entre  les  limites  d'écartement  arbitrairement  fixées.  Lorsque  l'une  des 
limites  est  atteinte,  l'appareil  abdique,  et  l'on  est  averti  de  son  impuis- 
sance; mais  jusque-là  le  remède  précède  le  mal,  la  résistance  n'attend  pas 
pour  s'accroître  que  le  changement  de  vitesse  se  soit  produit,  et  la  machine, 
qui  semble  douée  d'une  prévoyance  instinctive,  se  raidit  ou  se  relâche 
avec  une  admirable  souplesse  pour  soulager  la  puissance  motrice  ou  la 
tenir  en  bride  en  lui  mesurant  la  résistance  avec  la  plus  précise  exactitude. 

La  fonderie  de  Fourchambault,  l'usine  de  M.  Sautter,  constructeur  de 
phares,  et  les  ateliers  de  la  maison  Gail  ont  appliqué  déjà  le  régulateur. 
Les  conditions  deviennent  ici  très-différentes  :  la  force  motrice  étant  la  va- 


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DES   PROGRÈS    DE   LA  xMÉGANIQUE.  xxiii 

peur  et  non  un  poids^  il  est  facile  de  la  réprimer  directement  en  réglant 
l'admission  à  l'aide  du  système  des  boules  sans  recourir  à  l'emploi  du 
ventilateur,  qui  ne  serait  d'aucune  utilité.  Le  succès  a  été  décisif;  on  peut 
arrêter  tout  à  coup  le  travail,  les  boules  sont  agitées  un  instant,  mais  la 
machine,  sans  ressentir  aucun  trouble,  continue  à  tourner  tranquillement 
avec  une  inflexible  régularité. 

M.  Foucault  a  transformé  très-heureusement  son  appareil  en  vue  d'une 
application  plus  importante  encore.  Sur  les  bateaux  à  vapeur,  les  régula- 
teurs ordinaires  sont  complètement  inefficaces;  l'action  delà  pesanteur, 
dérangée  à  chaque  moment  par  les  oscillations  du  navire,  ne  peut  plus 
donner  de  résultat  utile,  et  si  pour  quelques  instants  seulement  la  tempête 
soulève  l'hélice  au-dessus  de  l'eau,  la  puissante  machine,  qui  conserve  sa 
force  tout  entière,  ne  rencontre  plus  d'obstacles,  et  lance  les  ailes  avec 
une  violence  tellement  furieuse  qu'elles  se  brisent  parfois  en  retombant 
sur  la  mer.  La  disposition  adoptée  concilie  l'exactitude  avec  la  simplicité 
si  nécessaire  et  si  difficile  à  obtenir  dans  les  appareils  de  ce  genre.  Le  man- 
chon auquel  sont  attachées  les  tiges  qui  portent  les  boules,  au  lieu  d'être 
fixe,  glisse  librement  le  long  de  l'axe,  et,  par  un  renversement  ingénieux, 
c'est  le  sommet  opposé  du  parallélogramme  articulé  qui  sert  de  point  fixe. 
Ce  système  oblige  les  boules,  quel  que  soit  l'écartement  des  tiges,  à  rester 
dans  un  même  plan  horizontal;  leur  poids  devient  alors  sans  influence  sur 
le  mouvement,  et  l'elTet  de  la  pesanteur  est  annulé.  Pour  que  le  cercle 
décrit  par  elles  soit  toujours  parcouru  dans  le  même  temps,  on  démontre 
alors  très-aisément  que  la  force  centripète  qui  les  sollicite  doit  être  pro- 
portionnelle au  rayon  de  ce  cercle,  c'est-à-dire  à  la  distance  des  boules  à 
l'axe,  et  cette  condition  est  très-heureusement  et  très-simplement  remplie  à 
l'aide  de  ressorts  dont  l'énergie  augmente  avec  l'écartement,  et  peut,  dans 
les  limites  d'écart  que  permet  la  machine,  lui  être  considérée  comme  pro- 
portionnelle. L'isochronisme  une  fois  obtenu,  on  achève  de  résoudre  le 
problème  comme  dans  le  cas  des  machines  installées  à  terre. 


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XXIV 


D£S    PROGRÈS    DE  LA  MÉGANIQUE. 


III. 


Pour  connaître  un  écrivain,  il  suffit,  a-t-on  dit,  d'en  lire  une  page.  Ce 
jugement,  qui  est  fort  juste,  peut  s'étendre  à  toutes  les  œuvres  de  l'esprit  : 
la  faculté  maîtresse,  comme  dit  M.  Taine,  apparaît  dans  toute  production 
originale  et  personnelle,  et  pour  la  retrouver  dans  les  autres  travaux  de 
même  origine,  il  n'est  nécessaire  d'aucun  parti  pris. 

La  physique  a  occupé  M.  Foucault  plus  longtemps  que  la  mécanique 
et  avec  un  succès  presque  égal.  Ce  n'est  pas  mon  dessein  de  passer  en  revue 
ses  recherches  sur  l'optique  et  sur  l'électricité;  dans  des  sujets  divers  on 
retrouve  le  même  esprit,  et  j'aurais  peu  de  traits  nouveaux  à  signaler  dans 
sa  manière  d'aborder  les  questions  et  de  les  résoudre. 

En  physique  comme  en  mécanique,  il  montre  plus  de  sagacité  que  de 
profondeur  :  il  ne  fait  pas  de  travaux  d'ensemble,  mais  des  inventions;  il 
n'apporte  pas  de  théories,  mais  des  faits  décisifs  et  inattendus  qui  éclairent 
et  confirment  les  principes.  Sans  embrasser  dans  de  vastes  systèmes  l'uni- 
versalité des  causes,  il  étudie  la  nature,  moins  pour  en  démêler  les  énigmes 
que  pour  en  approprier  à  notre  usage  les  forces  les  plus  cachées,  et  il 
cherche  moins  curieusement  enfin  à  contempler  la  lumière  et  à  la  montrer 
qu'à  la  suivre.  Il  est  difficile  aujourd'hui  d'enseigner  la  physique  sans  le 
citer  souvent  avec  honneur  et  sans  manier  les  appareils  qu'il  a  inventés 
et  construits.  Ses  travaux  sur  la  vitesse  de  la  lumière  ont  eu  un  grand 
retentissement;  il  a  cherché  d'abord  à  faire  réussir  une  expérience  très- 
importante  mais  complètement  irréalisable,  imaginée  par  Arago.  D'après  le 
programme  de  l'illustre  physicien,  l'observation  devait  porter  sur  un  rayon 
de  lumière  réfléchi  par  un  miroir  tournant  avec  une  vitesse  de  mille  tours 
par  seconde  et  lancé  par  ce  miroir  à  tout  hasard  pour  aller  rencontrer,  s'il 
avait  ce  bonheur,  un  autre  miroir  dont  la  rotation  n'était  pas  moins  rapide  ; 
après  ces  deux  réflexions,  un  observateur  attentif  et  assidu  pouvait,  suivant 
un  calcul  de  M.  Babinel,  nourrir  l'espoir  fondé  d'apercevoir  le  rayon  une  fois 
en  trois  ans  dans  les  conditions  d'une  bonne  expérience.  L'appareil  avait 
été  monté,  mais  ceux  qui  avaient  regardé  n'avaient  rien  vu,  et  douze  ans 


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DES    PROGRÈS    DE    LA  MÉCANIQUE.  xi? 

s'étaient  écoulés  sans  que  les  physiciens  parvinssent  à  saisir  les  rayons  fu- 
gitifs :  on  considérait  le  projet  d'Arago  comme  une  ingénieuse  et  brillante 
chimère.  M.  Foucault  Ta  réalisé;  il  a  renvoyé  le  rayon  dans  une  direction 
fixe  en  rendant  par  là  l'expérience  très-facile  et  très-sûre.  C'est  à  Arago 
que  revient  sans  contredit  l'honneur  des  belles  conséquences  qui  s'en 
déduisent  et  qu'il  avait  prévues;  mais  sans  M.  Foucault  nous  les  attendrions 
peut-être  encore.  Après  avoir  atteint  le  but  et  forcé  Tadmiration  des  plus 
difficiles,  lui  seul  ne  fut  pas  satisfait.  «  Il  est  douteux,  disait-il,  que  les  expé- 
riences faites  à  la  surface  de  la  terre  puissent  déterminer  jamais  la  vitesse 
de  lumière  avec  la  même  exactitude  que  la  discussion  des  observations 
astronomiques.  »  Ce  doute  Ta  tourmenté  pendant  treize  ans,  et  de  perfec- 
tionnement en  perfectionnement,  il  est  parvenu  enfin  à  assigner  une 
vitesse  de  72,500  lieues  par  seconde  que  les  physiciens  ne  contestent  pas, 
et  que  les  astronomes  les  plus  autorisés  acceptent  comme  base  de  calculs 
importants,  qui  ne  vont  à  rien  moins  qu'à  diminuer  de  plus  d'un  million 
de  lieues  la  distance  présumée  de  la  terre  au  soleil. 

Citons  encore,  sans  y  insister,  puisque  la  mécanique  seule  nous 
occupe,  l'interruption  des  courants  électriques  obtenus  en  faisant  plonger 
dans  un  bain  de  mercure,  recouvert  d'une  couche  d'alcool,  le  conducteur 
mû  par  un  ressort  métallique  qui  vibre  sous  l'influence  d'un  électro-aimant 
en  fermant  et  rétablissant  le  courant  avec  une  régularité  parfaite  une 
soixantaine  de  fois  par  seconde.  La  substitution  de  cet  interru{>teur  aux 
pièces  solides  qui,  dans  les  mêmes  conditions,  seraient  hors  de  service  en 
quelques  minutes,  est  l'une  des  inventions  qui  ont  permis  au  célèbre  et  ha- 
bile M.  RuhmkorlT  la  construction  de  ses  beaux  appareils  d'induction.  11  est 
impossible  enfin  de  ne  pas  rappeler,  en  terminant,  l'appareil  régulateur  de 
la  lumière  électrique  qui,  construit  d'abord  pour  imiter  le  soleil  dans  le 
troisième  acte  du  Prophète^  a  été  trop  souvent  employée  depuis  pour  que 
l'on  songe  encore  à  en  citer  l'inventeur.  Ces  travaux  si  divers  mont.ent  tous 
l'alliance  heureuse  et  bien  rare  de  deux  qualités  que  M.  Foucault  possède 
excellemment:  la  pratique  la  plus  délicate  et  la  plus  ingénieuse,  unie  aux 
vues  théoriques  les  plus  exactes  et  les  plus  sûres. 

Les  industriels  ont  profité  de  ses  inventions;  les  géomètres   les  ont 


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XXVI  DES   PROGRÈS    DE    LA    MÉCANIQUE. 

prises  pour  thèmes  de  calculs  justement  admirés;  mais  ses  assertions  pre- 
mières ont  été  confirmées;  elles  subsistent  dans  toute  leur  étendue,  et  il 
serait  injuste  d'oublier  ou  de  méconnaître  les  idées  simples  dont  elles  sont 
nées.  Quoique  la  renommée  de  M.  Foucault  soit  égale  à  son  mérite,  on  n'a 
pas  jusqu'ici  rendu  pleine  justice  à  son  esprit  éminemment  mathématique. 
Les  mathématiques,  considérées  comme  un  pur  exercice  de  Tintelligence, 
l'avaient  d'abord  peu  attiré,  et  il  n'est  pas  impossible  que  les  vérités  abs- 
traites les  plus  curieuses  ne  lui  aient  semblé  autrefois  que  de  vaines  et 
stériles  subtilités;  mais  il  a  bien  vite  reconnu  le  lien  immédiat  et  sensible 
qui  les  unit  aux  applications;  il  a  vu  en  elles  la  source  d'une  lumière  supé* 
rieure  et  pure  qui  éclaire  les  principes  de  la  physique  sans  en  corrompre  la 
simplicité.  Il  a  demandé  des  conseils  et  des  inspirations  aux  beaux  travaux 
de  Poinsot  :  le  commerce  de  ce  grand  esprit  a  élargi  les  vues  et  grandi  le 
cercle  de  ses  méditations.  Son  goût  très-prononcé  pour  la  logique  naturelle 
subsiste  toujours,  mais  il  n'est  plus  exclusif  :  les  procédés  de  pure  intui- 
tion ne  pouvaient  suffire  à  un  inventeur  aussi  actif  et  aussi  bien  doué.  Il  a 
compris  que  toutes  les  vérités  s'éclairent  mutuellement  sans  se  gêner  jamais, 
et  que,  comme  l'a  dit  Fontenelle,  «  il  est  plus  aisé  d'apprendre  les  mathé- 
matiques que  d'aller  loin  sans  leur  secours  ».  Nul  peut-être  ne  saurait  dire 
avec  plus  de  précision  jusqu'où  peuvent  conduire  les  chemins  courts  et 
faciles  qu'il  affectionne,  et  comment  les  principes  sûrs  et  infaillibles  de  la 
théorie  éclairent  un  esprit  bien  fait,  en  lui  servant  de  guide  et  de  flambeau. 
Sans  eux  le  génie  le  plus  heureux,  conduit  seulement  par  sa  pénétration  e 
par  la  logique  naturelle^  demeure  suspendu  dans  une  incertitude  conti- 
nuelle et  trouve  rapidement  des  bornes  étroites  auxquelles  M.  Foucault  s'est 
heurté  autrefois,  mais  qu'il  a  franchies  depuis  longtemps.  On  lui  a  reproché 
de  manquer  de  rigueur,  et  sans  rigueur,  nul  ne  le  conteste,  il  n'y  a  plus  de 
géométrie;   c'est  là  une  fausse  accusation.    M.  Foucault,   on  ne  doit  pas 
l'oublier,  ne  professe  pas;  il  ignore  l'art  de  présenter  ses  inventions  selon 
les  formes  de  l'école  ;  il  persuade  contre  les  règles,  et  ne  sait  pas  réduire 
démonstrativement  ses  contradicteurs  au  silence.  Cependant,  à  prendre  ses 
expressions  dans  la  juste  étendue  de  leur  sens  véritable,  toutes  ses  asser- 
tions sont  exactes  dans  les  termes  mêmes  où  il  les  énonce  :  il  sait  toutes  les 


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DES  PROGRÈS  DE  LA  MÉCANIQUE.  xxvn 

routes  de  la  science  du  mouvement,  il  a  pénétré  au  fond  de  ses  théories  les 
plus  abstraites,  et  pour  Tembrasser  tout  entière,  il  ne  lui  manque  que  la 
manière  de  savoir.  La  langue  algébrique  lui  est  peu  familière;  il  la  com- 
prend, mais  ne  la  parle  pas,  et  ne  sait  trop  que  répondre  quand  on  lui 
montre  ses  vérités  nouvelles  préexistant  dans  de  vieilles  formules  et  décou- 
vertes une  seconde  fois,  comme  le  disait  Poinsot,  par  la  méthode  qu'on 
lui  dit  être  la  bonne  et  la  véritable.  C'est  pour  cela  que,  sans  être  plus 
modeste  qu'il  ne  faut,  il  a,  je  crois,  besoin  qu'on  lui  répète  très-haut  et 
très-publiquement  qu'il  est  dans  une  voie  excellente  et  irréprochable  et 
qu'il  serait  bien  fâcheux  qu'il  en  changeât.  Ses  travaux  n'empruntent  rien 
aux  découvertes  récentes  de  la  science  analytique;  la  savante  simplicité 
de  ses  méthodes  aurait  été  accessible  il  y  a  deux  cents  ans,  c'est  là  son  ori- 
ginalité à  notre  époque  et  la  preuve  décisive  d'un  rare  mérite.  Lorsque  le 
terrain  sur  lequel  on  se  place  a  été  longtemps  parcouru  par  des  chercheurs 
aussi  instruits  qu'empressés,  il  faut  beaucoup  de  bonheur  pour  y  découvrir 
des  voies  nouvelles;  si  ce  bonheur  n'accompagne  pas  toujours  le  talent,  on 
comprend  que  sans  lui  il  serait  impossible,  et  lorsqu'il  est  plusieurs  fois 
renouvelé,  le  sentiment  équitable  des  juges  éclairés  lui  accorde  un  autre 
nom  que  l'avenir  ne  contestera  pas,  j'en  ai  la  conviction,  à  l'ensemble 
des  travaux  de  M.  Foucault. 

Faut-il  pour  cela  le  choisir  pour  guide,  et  conseiller  aux  jeunes  gens 
qui  cherchent  leur  voie  de  suivre  son  exemple  et  d'appliquer  la  méthode 
d'étude  et  de  recherche  qui  lui  a  si  bien  réussi?  Ce  serait  les  engager 
dans  une  difficile  entreprise  et  oublier  qu'il  a  été  dit  :  qui  aime  le  péril  y 
périra;  l'étude  du  passé  est  le  guide  le  plus  sûr  de  Tavenir.  A  aucune  époque 
peut-être  l'instruction  scientifique  n'a  été  plus  fortement  organisée  que  de 
nos  jours  ;  nos  grandes  écoles,  gardiennes  des  traditions  les  plus  élevées, 
la  répandent  avec  abondance  et  fortifient  leurs  élèves  par  des  exercices 
continuels  et  savammant  gradués;  des  cours  publics,  conduisant  leur 
auditeurs  jusqu'aux  dernières  cimes  de  la  science,  leur  permettetit  de  sa- 
tisfaire presque  sans  travail  une  légitime  et  nécessaire  curiosité;  les  théo- 
ries, exposées  et  discutées  au  moment  même  où  elles  viennent  de  prendre 
naissance,  sont  rendues  claires  et  intelligibles  à  tous.  On  signale  les  progrès 


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XXVIII  DES    PROGRÈS   DE    LA   MÉCANIQUE. 

qui  restent  à  accomplir,  les  calculs  qu'il  serait  utile  d'entreprendre,  les 
expériences  qui  décideraient  un  point  douteux,  et  chacun  peut^  selon  ses 
goûts,  ses  forces  et  son  degré  d'instruction,  choisir  sa  tâche  et  contribuer 
à  l'œuvre  commune.  Tout  travailleur  de  bonne  volonté  est  accueilli  avec 
bienveillance;  on  lui  montre  la  trace  de  ceux  qui  l'ont  devancé,  en  lui 
livrant,  pour  l'aider  à  la  suivre,  toutes  les  richesses  qu'ils  ont  acquises  ;  des 
méthodes  sûres  et  longuement  éprouvées  lui  donnent  en  quoique  sorte  la 
certitude  du  succès;  il  peut,  s'il  le  veut,  avec  de  tels  soutiens,  apporter  au 
progrès  son  modeste  contingent  et  faire  les  premiers  pas  dans  la  route  où 
l'on  devient  célèbre.  Un  débutant  doit  profiter  de  ces  précieux  secours  : 
c'est  le  seul  conseil  prudent  que  l'on  puisse  lui  donner,  en  souhaitant  peut- 
être  tout  bas  qu'il  se  sente  assez  fort  pour  ne  pas  le  suivre. 


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OPTIQUE,   PHOTOGRAPHIE 


METHODE  POUR  APPLIQUER   LE  BROME 


A    LA 


PRODUCTION  DES  ÉPREUVES  DAGUERRIENNES 

(1"  Doyembre  1841.) 


Le  brome  est,  de  toutes  les  substances  connues%  celle  qui  active  le  plus 
la  sensibilité  des  plaques  iodées,  et  cette  précieuse  propriété  lui  aurait  déjà 
généralement  attiré  la  préférence,  si  son  emploi  ne  présentait  des  inconvé- 
nients qui  contrebalancent  bien  ses  avantages. 

Ces  inconvénients  résultent  principalement  de  la  grande  difficulté  qu'on 
éprouve  à  préparer  plusieurs  plaques  douées  de  la  même  sensibilité,  de 
façon  que  les  expériences  faites  sur  les  premières  puissent  servir  à  guider 
pour  les  suivantes.  M.  Fizeau,  auquel  on  doit  de  connaître  cette  intéressante 
propriété  du  brome,  a  paré  jusqu'à  un  certain  point  à  ces  irrégularités. 
Lorsque  je  commençai  à  employer  cette  substance,  voici  les  renseignements 
que  je  reçus  de  lui  : 

!•  Faire  par  avance  une  dissolution  saturée  de  brome  dans  Teau; 

2*  Prendre  un  volume  connu  et  fixe  de  cette  dissolution  et  l'étendre 

4.  Cette  note  a  paru  dans  une  brochure  publiée  par  M.  Ch.  Chevalier  sous  le  titre  :  Nouvelles 
imtruciions  sur  Vusage  du  daguerréotype,  Paris,  4844,  in-8%  50  p. 

t.  Le  bromure  d'iode  n'agit  que  par  le  brome  qui  entre  dans  sa  composition. 

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—  2  — 

dans  un  volume  constant  d'eau  filtrée  de  rivière,  de  façon  à  oblenir  à  peu 
près  la  teinte  de  Teau-de-vie  ; 

S""  Prendre  de  celte  dissolution  une  quantité  constante  et  suffisante 
pour  couvrir  le  fond  d'une  capsule,  d'une  soucoupe,  d'un  vase  plat  quel- 
conque,  elle  recouvrir  immédiatement.  On  place  cette  capsule  au  fond 
d'une  boîte  destinée  à  maintenir  la  planchette  qui  supporte  la  plaque  environ 
à  un  décimètre  et  demi  de  la  surface  libre  de  la  dissolution  de  brome; 

k""  Exposer  la  plaque  iodée  h  l'émanation  de  la  dissolution  pendant 
un  espace  de  temps  qu'on  doit  déterminer  par  Texpérience,  Avec  un 
appareil  bien  réglé,  le  temps  doit  se  limiter  entre  vingt  secondes  et  une 
minute. 

Après  chaque  expérience  on  doit  jeter  la  dissolution  quia  servi,  et  pour 
l'épreuve  suivante  on  reprend  une  égale  quantité  de  la  même  dissolution, 
et  ainsi  l'on  obtient  des  résultats  comparables. 

Comme  on  le  voit,  d'après  M.  Fizeau,  on  ne  doit  point  consulter  la 
teinte  de  la  plaque;  c'est  uniquement  le  temps  qui  doit  guider  l'expéri- 
mentateur pour  faire  absorber  à  la  plaque  la  quantité  voulue  de  brome. 

Avec  ces  renseignements  l'emploi  du  brome  devient  praticable,  mais 
je  ne  sais  pourquoi  ils  sont  restés  généralement  ignorés.  On  conçoit  com- 
bien celte  idée  de  renouveler  la  dissolution  pour  chaque  épreuve  est  heu- 
reuse et  importante;  c'est  là  un  grand  point  sans  lequel  on  n'aurait  jamais 
pu  arriver  k  l'exactitude.  Cependant  tout  cela  ne  suffit  p«is,  les  plaques  ainsi 
préparées  au  brome  sont  encore  loin  de  présenter  l'identité  des  plaques 
seulement  iodées.  Voyons  quelles  sont  les  difficultés  que  l'on  rencontre 
encore  et  nous  dirons  ensuite  comment  nous  en  avons  triomphé  : 

!•  Il  est  difficile  de  faire  en  différents  temps  des  dissolutions  saturées 
de  brome  identiques  entre  elles.  Elles  varient  par  la  nature  de  l'eau,  parle 
temps  depuis  lequel  elles  sont  faites,  surtout  si  elles  demeurent  en  présence 
d'un  excès  de  brome,  probablement  par  la  formation  d'acide  bromhydrique 
qui  dissout  le  brome  en  plus  grande  quantité;  elles  varient  encore  selon  la 
température.  Si  donc  le  point  de  départ  est  variable,  les  dissolutions 
étendues  le  seront  aussi  et  ce  sera  une  première  cause  d'erreur.  Ajoutons 
qu'il  faut  environ  vingt-quatre  heures  pour  que  l'eau  se  sature  de  brome, 


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—  3  — 

ce  qui  est  un  inconvénient  quand  on  veut  opérer  immédiatement  et  que  Ton 
ne  s'y  est  pas  pris  à  Favance. 

2*  Pendant  qu'on  verse  la  dissolution  dans  un  vase  large  et  plat,  elle 
s'évapore  et  change  de  force.  Elle  s'évapore  aussi  pendant  le  temps  qu'on 
la  découvre  et  qu'on  ajuste  au-dessus  d'elle  la  plaque  iodée.  Enfin  une  botte 
qui  maintient  cette  plaque  à  un  décimètre  et  demi  au-dessus  de  la  surface 
liquide  rappelle  bien  pour  le  volume  les  anciennes  boîtes  à  l'iode  qu'on 
s'est  empressé  d'éliminer  des  appareils  devenus  plus  portatifs.  En  outre,  cette 
grande  botte  a  l'inconvénient  de  permettre  à  la  vapeur  de  brome  de  s'égarer 
dans  un  si  grand  espace  avant  que  d'arriver  à  la  plaque  et  d'être  quelque* 
fois  absorbée  par  un  des  côtés  de  la  botte  plutôt  que  par  l'autre;  c'est  une 
circonstance  fâcheuse  qu'il  faut  éviter. 

3""  On  rencontre  en  outre,  chemin  faisant,  quelques  autres  causes 
d'erreur  dont  il  est  bon  d'être  prévenu  et  dont  je  vais  avertir  en  décrivant 
l'opération  telle  que  je  la  pratique. 

La  dissolution  de  brome  est  tellement  variable,  sa  force  d'émanation 
est  tellement  modifiée  par  tous  les  agents,  en  apparence  les  plus  inoffensifs, 
que  toute  précaution  qui  tendra  à  amener  l'identité  entre  les  diverses  expé- 
riences devra  être  adoptée.  C'est  en  partant  de  ce  principe  que  je  me  suis 
fait  une  méthode. 

J'emploie  une  dissolution  beaucoup  plus  faible  qu'on  ne  le  fait  d'ordi- 
naire. Elle  a  l'avantage  d'agir  plus  également  en  évitant  les  bouffées  et  de 
répandre  moins  d'odeur;  cela  permet  aussi  d'employer  une  boite  beaucoup 
plus  plate.  Je  la  prépare  en  mêlant  directement  5  décigrammes  de  brome 
dans  1,000  grammes  d'eau  de  rivière  filtrée^. 

Je  mesure  cette  quantité  de  brome  non  en  la  pesant,  mais  en  l'aspirant 
dans  une  petite  pipette  que  l'on  fait  en  effilant  un  tube  à  la  lampe,  puis  en 
le  tirant  près  de  la  même  extrémité  afin  de  déterminer  entre  ces  deux  rétré- 
cissements une  capacité  égale  au  volume  du  poids  de  brome  indiqué.  Pour 
opérer  avec  exactitude,  et  cela  est  important,  11  faut  faire  une  petite  marque 

4.  Il  serait  plus  exact  d'employer  toujours  de  Teau  distillée,  mais  c'est  s'astreindre  à  une  circon- 
stance gênante  ;  en  tous  cas,  après  avoir  pris  une  décision  il  faut  éviter  de  changer,  parce  qu'on  éprou- 
verait de  grandes  différences. 


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-  4  - 

à  l'endroit  le  plus  étroit  de  Télranglement,  puis  on  aspire  le  brome  jusque  un 
peu  au-dessus  de  cette  marque*.  On  ferme  alors  avec  le  doigt  l'extrémité 
qu'on  avait  dans  la  bouclie  et  on  fait  baisser  peu  à  peu  le  niveau  du  brome 
jusqu'à  la  marque  en  faisant  toucher  à  plusieurs  reprises  l'extrémité  effilée 
contre  la  paroi  intérieure  du  goulot  du  flacon  au  brome.  Ainsi  on  est  bien 
sûr  de  mesurer  toutes  les  fois  la  même  quantité;  il  ne  reste  plus  qu'à  mêler 
ce  brome  au  poids  d'eau  indiqué,  et  en  agitant  fortement  pendant  quelques 
instants  la  dissolution  est  complète  et  prête  à  être  employée. 

On  a  l'habitude  dans  les  laboratoires  de  conserver  le  brome  en  versant 
par-dessus  une  couche  d'acide  sulfurique  ;  il  faut  éviter  d'employer  ce 
brome  ou  le  débarrasser  complètement  de  cette  couche  acide,  parce  que,  en 


FIg.  1. 

opérant  comme  je  viens  de  le  dire  pour  faire  sa  dissolution,  il  reste  adhérent 
après  la  pipette  plus  ou  moins  de  cet  acide  qui  se  mêlant  ensuite  à  l'eau 
change  sa  puissance  de  dégagement. 

Comme  il  est  assez  difficile  de  faire  une  petite  pipette  contenant  juste 
5  décigrammes  de  brome,  il  suffit  de  l'obtenir  d'une  dimension  approchant; 
on  pèse  ce  qu'elle  contient  de  brome  et  en  faisant  une  proportion  on  a  le 
poids  d'eau  dans  lequel  ce  contenu  doit  être  dissous. 

Ainsi  obtenue,  la  dissolution  de  brome  est  d'un  jaune  clair.  On  l'emploie 

4.  Les  personnes  qui  craindraient  que  cette  aspiration  du  brome  ne  fût  dangereuse  pourraient  déter- 
miner d'abord  l'ascension  de  quelques  gouttes  d'eau  et  aspirer  ensuite  le  brome  avec  cet  intermédiaire; 
mais  je  trouve  que  pour  peu  que  le  tube  ait  SI  ou  3  décimètres  de  long,  il  est  impossible  que 
pendant  un  temps  aussi  court  la  vapeur  puisse  parvenir  jusqu'à  la  bouche. 


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—  5  — 

dans  un  appareil  fort  simple,  qui  consiste  dans  une  botte  construite  en  glace 
et  mastiquée  de  façon  à  tenir  l'eau  bromée  et  à  ne  pas  être  attaquée  par 
elle  (fig.  1).  Sa  hauteur  intérieure  est  d'environ  3  centimètres;  elle  est  pro- 
tégée à  l'extérieur  par  une  autre  botte  en  bois  dans  laquelle  elle  entre  juste. 
Cette  seconde  botte  est  construite  de  façon  à  laisser  glisser  sur  les  épais- 
seurs de  la  glace  une  trappe  également  en  glace  qui  ferme  convenablement; 
elle  est  telle  en  longueur  et  largeur  qu'elle  puisse  admettre  la  planchette 
qui  vient  se  poser  sur  des  tasseaux  situés  à  la  hauteur  convenable  pour 
maintenir  la  surface  de  la  plaque  tout  près  de  la  trappe  sans  cependant 
qu'elle  risque  d'y  toucher. 

Sur  l'un  des  côtés,  à  la  distance  d'un  centimètre  du  bord  supérieur  de 
la  glace,  se  trouve  percé  un  trou  dans  la  glace  même,  destiné  à  livrer  passage 
à  un  tube  par  lequel  arrive  la  dissolution  que  par  ce  moyen  l'on  ne  verse 
qu'après  avoir  fermé  la  trappe.  Dans  l'un  des  angles  il  y  a  encore  un  autre 
trou  dans  lequel  on  mastique  un  petit  bout  de  tube  de  verre  habituellement 
bouché  et  destiné  à  faire  écouler  la  dissolution  qui  a  servi.  Le  tout  est 
supporté  par  trois  vis  calantes  qui  servent,  avec  un  niveau  à  bulle  d'air,  à 
placer  l'appareil  dans  une  position  horizontale. 

11  y  a  encore  un  tube  de  verre  recourbé  qui  s'ajuste  dans  l'orifice  situé 
sur  le  côté.  Il  faut  aussi  avoir  un  flacon  contenant  pour  l'appareil  à  grandes 
plaques  environ  100  grammes  d'eau  et  un  petit  entonnoir. 

Voyons  maintenant  comment  faire  usage  de  tout  cela. 

On  commence  par  ioder  la  plaque  à  la  manière  ordinaire,  ce  que  l'on 
ait  très-aisément,  car  on  ne  doit  pas  avoir  peur  du  jour;  l'action  de  la 
lumière  telle  qu'elle  se  trouve  répandue  dans  un  appartement  ne  nuit  pas 
aux  plaques  qui  doivent  être  soumises  à  l'évaporalion  du  chlorure  d'iode 
ou  du  brome,  elle  n'augmente  pas  non  plus  leur  sensibilité  quoi  qu'en  aient 
dit  certains  amateurs  empressés  d'annoncer  du  nouveau  et  de  l'extraordi- 
naire. Si  cette  action  était  trop  prolongée,  la  {flaque  se  voilerait  et  offrirait 
à  des  yeux  inexpérimentés  l'aspect  d'une  épreuve  passée  :  c'est  à  cette  cir- 
constance qu'il  faut  attribuer  l'erreur  grossière  que  je  viens  de  signaler. 
La  plaque  une  fois  iodée  avec  précisions  on  la  met  dans  le  châssis  où  elle 

4.  Par  ioder  avec  précision,  j'entends  ioder  bien  uniformément  et  toujours  de  la  môme  leinle  dans 


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—  6  -^ 

peut  attendre  un  temps  très-long,  plusieurs  heures^  ce  qui  peut  être  fort 
commode  quand  ou  guette  le  moment  favorable,  un  rayon  de  soleil,  une 
circonstance  quelconque.  Quand  on  veut  la  bromer,  on  emplit  de  dissolution 
au  moyen  de  l'entonnoir  le  flacon  dont  j'ai  parlé,  ce  que  Ton  fait  vivement 
afin  que  le  brome  ne  s'évapore  pas.  Alors  on  met  l'entonnoir  sur  le  tube 
recourbé,  et,  ayant  eu  soin  de  fermer  la  trappe  de  glace,  on  verse  rapide- 
ment la  dissolution  dans  la  boite. 

Ici  se  présente  une  précaution  assez  particulière  ;  à  partir  du  moment 
où  l'on  voit  couler  les  dernières  gouttes  jusqu'à  celui  où  l'on  tire  la  trappe, 
il  est  important  de  laisser  écouler  toujours  le  même  temps,  une  demi- 
minute  par  exemple.  On  satisfait  aisément  à  cette  condition  en  comptant 
en  soi-même  jusqu'à  un  certain  nombre  et  en  même  temps  on  agite 
légèrement  la  boite,  afin  que  la  dissolution  en  mouille  bien  tout  le  fond, 
et  l'on  place  la  planchette  sur  les  tasseaux  destinés  à  la  recevoir.  La  demi- 
minute  écoulée,  on  tire  vivement  la  trappe  et  on  compte  non  plus  en  soi- 
même  parce  que  cela  n'est  pas  assez  exact,  mais  au  moyen  d'un  compteur 
ou  d'un  balancier  de  pendule,  ou  de  tout  autre  instrument  exact,  un  certain 
nombre  de  secondes  qu'il  faudra  déterminer  pour  chaque  appareil,  mais  qui 
doit  se  limiter  entre  20  secondes  et  une  minute  ^  On  reconnaîtra  que  l'on 
est  resté  trop  longtemps  ou  que  la  plaque  a  absorbé  trop  de  brome,  lorsque 
l'épreuve  se  voilera  sous  l'influence  du  mercure.  A  mesure  qu'une  plaque 
iodée  absorbe  du  brome,  sa  sensibilité  s'accroît  jusqu'à  une  certaine  limite, 
celle  ou  le  moindre  excès  cause  un  voile  sur  l'épreuve.  C'est  à  cette  limite 
qu'il  faut  arriver  pour  avoir  le  maximum  de  sensibilité,  et  il  n'y  a  que  le 
tâtonnement  qui  puisse  y  faire  parvenir.  Si  l'on  se  tient  en  deçà,  la  plaque 
n'est  pas  assez  sensible,  mais  on  n'en  acquiert  la  certitude  que  par  d'autres 
expériences.  Si  l'on  a  été  au  delà,  le  voile  de  l'épreuve  vous  l'indique 
immédiatement.  Le  temps  convenable  écoulé,  on  lève  aussitôt  la  planchette 
qu'on  replace  immédiatement  dans  le  châssis  et  la  plaque  est  prête  à  recè- 


des expériences  successives;  la  couleur  jaune  d'or,  telle  que  Ta  indiquée  M.  Daguerre,  est  celle  qui 
convient  dans  le  plus  grand  nombre  des  cas. 

4.  Ce  nombre  de  secondes  ne  varie  qu'assez  peu  avec  les  changements  de  température;  l'expérience 
seule  apprendra  les  limites  de  celte  influence. 


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—  7  — 

voir  rimpression  de  la  lumière.  Ainsi  Ton  voit  que  dans  celte  opération  il 
faut  compter  ses  temps  et  ses  mouvements,  et  cette  précaution  de  laisser 
écouler  à  peu  près  le  même  nombre  de  secondes  après  que  l'on  a  versé  la 
dissolution  jusqu'au  moment  où  Ton  tire  la  plaque,  cette  précaution,  dis-je, 
qui  semble  superflue,  je  la  recommande  tout  particulièrement,  parce  qu'elle 
est  extrêmement  importante  et  que  sans  elle  tout  le  reste  serait  peine  perdue. 
Ce  n'est  que  du  moment  que  je  m'y  suis  astreint  que  je  compte  la  méthode 
pour  complète,  11  faut  bien  songer  qu'il  reste  sous  la  glace  un  espace  consi- 
dérable qui  se  sature  aux  dépens  de  cette  dissolution  si  faible  et  en  si  petite 
quantité,  et  que  cette  saturation  plus  ou  moins  avancée  doit  influer  sur 
l'activité  avec  laquelle  la  plaque  s'empare  du  brome. 

Gomme  la  boite  se  trouve  presque  complètement  fermée  par  la  plan- 
chette, il  n'est  pas  nécessaire  de  se  plonger  dans  une  obscurité  complète  ; 
ce  n'est  réellement  que  l'instant  où  l'on  retire  la  planchette  pour  la  remettre 
dans  le  châssis,  qui  demande  quelque  précaution.  Tout  ce  que  je  viens  de 
m'efforcer  de  démontrer  peut  donc  se  résumer  ainsi  : 

i"*  Préparer  au  moyen  de  la  pipette  une  dissolution  constante  :  5  déci- 
grammes  de  brome  pour  1,000  grammes  d'eau; 

2*  loder  la  plaque  avec  précision  ; 

•V  Mesurer  dans  un  flacon  d'une  capacité  convenable  une  certaine 
quantité  de  dissolution; 

h^  Verser  cette  quantité  dans  la  boite  au  brome,  après  avoir  préalablement 
fermé  la  trappe;  laisser  écouler  environ  une  demi-minute,  pendant  laquelle 
on  agite  légèrement  la  boite  et  on  ajuste  la  planchette  sur  les  tasseaux; 

5*  Tirer  rapidement  la  trappe  et  compter  un  certain  nombre  de  secondes 
au  moyen  d'un  instrument  exact  après  lesquelles  on  enlève  la  planchette 
qu'on  replace  aussitôt  dans  le  châssis. 

En  opérant  ainsi,  j'ose  avancer  qu'on  arrive  à  la  même  précision  qu'avec 
l'iode  seul.  Souvent  même  on  peut  compter  sur  une  plus  grande  exactitude, 
car  en  l'espace  de  quelques  secondes  qu'il  faut  pour  impressionner  conve- 
nablement une  plaque  préparée  au  brome,  le  temps  ne  peut  éprouver  d'aussi 
grandes  variations  que  pendant  la  durée  de  l'exposition  des  plaques  iodées 
seulement.  Cette  grande  rapidité  présente  encore  l'avantage  de  permettre 


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—  8  — 

de  faire  coup  sur  coup  plusieurs  expériences  avant  que  les  circonstances 
atmosphériques  aient  pu  changer  notablement. 

Que  dire  donc  du  chlorure  d'iode,  qui  ne  présente  ni  Texactitude  de 
riode  seul,  ni  la  rapidité  du  brome?  C'est  une  substance  cependant  bien 
généralement  employée  ;  il  faut  l'attribuer  aux  difficultés  que  Ton  rencon- 
trait avec  le  brome,  difficultés  qui  me  semblent  vaincues  et  qui  ne  doivent 
plus  nous  priver  de  ses  avantages.  Mais,  je  dois  le  redire  en  terminant,  c'est 
à  M.  Fizeau  qu'appartient  l'idée  importante,  l'idée  capitale,  celle  de  renou- 
veler la  dissolution  pour  chaque  épreuve. 

Je  ne  crois  pas  avoir  à  redouter  la  découverte  de  quelque  nouvelle 
substance  plus  sensible  encore,  car  plus  elle  serait  impressionnable,  plus 
elle  exigerait  de  précaution  et  plus  il  serait  défendu  de  s'en  rapporter  à 
l'inspection  de  la  plaque  pour  guider  la  préparation.  Je  dis  cela  pour  les 
personnes  qui,  comptant  sur  de  nouveaux  progrès,  hésiteraient  à  adopter 
une  méthode  qu'elles  considéreraient  comme  trop  spéciale.  Celle  que  je 
viens  de  décrire  a  au  contraire  l'avantage  d'être  générale.  Car  dans  l'état 
actuel  des  choses,  elle  est  applicable  au  chlore  qu'on  pourrait  employer  en 
dissolution  pour  remplacer  le  chlorure  d'iode,  au  brome  comme  il  vient 
d'être  dit,  et  à  la  dissolution  de  bromure  d'iode  que  M.  Gandin,  dans  son 
illusion  d*inventeur,  considère,  mais  à  tort,  comme  plus  actif  que  le  brome. 
Il  y  a  déjà  longtemps  que  M.  Fizeau  a  fait  connaître  la  manière  d'agir 
du  chlorure  et  du  bromure  d'iode.  Le  chlorure  est  une  façon  d'appliquer 
le  chlore  et  donne  la  sensibilité  que  donnerait  le  chlore,  et  le  bromure 
est  une  manière  d'appliquer  le  brome  et  fournit  la  sensibilité  particulière 
au  brome. 

Ce  n'est  qu'après  trois  mois  d'expérience  de  cette  manière  d'opérer,  et 
après  l'avoir  appliquée  à  la  production  de  grandes  épreuves,  que  j'ose  la 
proposer  au  public,  tout  disposé  que  je  suis  à  accepter  toutes  les  modifica- 
tions qui  seraient  appuyées  par  la  production  de  résultats  meilleurs. 


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DE  LA 
PRÉPARATION  DE  LA  COUCHE  SENSIBLE 

QUI    DOIT   RECEVOIR 

L'IMAGB  DE  LA  CHAMBRE  NOIRE^ 

(Académie  des  sciences,  14  août  i8i3.) 


M.  Daguerre  a  signalé  Fexistence  d*une  couche  de  matière  organique 
à  la  surface  d*une  plaque  d'argent  polie  et  desséchée  par  les  procédés 
usuels.  II  a  considéré  cette  matière  organique  comme  un  obstacle  impor- 
tant à  la  formation  de  l'image;  et  il  a  proposé  un  procédé  dont  le  but, 
sinon  le  résultat,  était  de  dépouiller  entièrement  la  surface  métallique 
de  toute  matière  étrangère,  pour  Texposer  chimiquement  pure  à  la  vapeur 
d'iode. 

Nos  expériences  tendent  à  montrer  que  cette  couche  de  matière  orga- 
nique, dont  l'existence  ne  saurait  faire  doute,  est  loin  d'exercer  sur  la 
formation  de  l'image  l'influence  fâcheuse  que  lui  a  attribuée  M.  Daguerre. 
Cette  influence  paraît,  au  contraire,  êlre  toute  favorable;  à  ce  point 
qu'il  y  a  quelque  lieu  de  douter  si  l'image  daguerrienne  pourrait  se 
produire  dans  toute  sa  perfection  sur  une  surface  métallique  chimique- 
ment pure. 

Cette  donnée  admise,  on  comprend  que  l'opération  principale  du  pro- 
cédé de  M.  Daguerre,  la  préparation  de  la  surface  de  l'argent,  change 
entièrement  de  caractère,  cette  opération    n'ayant    plus   pour   but   de 


4.  En  coHaboratîon  avec  M.  Belfield  Lefèvre.  —  Voir  C.  R.  de  l'Ac,  des  Sc.^  t.  XVII,  p.  260. 

2 


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dépouiller  cette  surface  de  tout  corps  étranger,  mais  bien  d'y  étendre 
uniformément  une  couche  de  vernis  infiniment  mince. 

Voici  un  mode  assez  simple  d'atteindre  à  ce  dernier  but  :  ayant  fait 
choix  d'une  surface  d'argent  dont  la  planimétrie  et  la  continuité  soient 
suffisamment  parfaites,  on  la  polit  superficiellement  à  l'aide  d'une  poudre 
de  ponce  desséchée  et  de  quelques  gouttes  d'essence  de  térébenthine  non 
rectifiée.  L'évaporation  de  la  portion  volatile  de  l'esse^jce  laisse  pour  résidu 
à  la  surface  de  la  plaque  une  couche  pulvérulente  grisâtre,  dont  elle  se 
dépouille  avec  une  facilité  extrême,  et  au-dessous  de  laquelle  elle  apparaît 
parfaitement  nette  et  brillante.  Il  ne  reste  plus  qu'à  atténuer  la  pellicule 
résineuse  adhérente,  soit  en  en  dissolvant  une  portion  à  l'aide  de  l'alcool 
absolu,  soit  en  l'usant  mécaniquement  à  l'aide  des  poudres  sèches.  Les 
personnes  qui  ont  coutume  d'interroger  les  surfaces  métalliques  à  laide  du 
souffle  condensé  sauront  facilement  reconnaître  les  moindres  défauts  dans 
la  continuité  de  la  couche  résineuse.  Un  peu  de  poudre  d'amidon  pourra 
être  employée  à  égaliser  en  dernier  lieu  la  surface  du  vernis. 

Exposée  à  la  vapeur  de  l'iode,  la  plaque  ainsi  vernie  se  comporte 
exactement  comme  une  plaque  préparée  et  desséchée  avec  le  plus  grand 
soin  par  les  procédés  ordinaires.  Les  teintes  se  succèdent  avec  la  même 
rapidité  dans  le  même  ordre,  et  les  nuances  ont  la  même  valeur.  D'ailleurs 
les  tons  seront  d'autant  plus  chauds  et  plus  francs,  la  série  sera  d'autant 
plus  nette  et  plus  tranchée,  que  la  pellicule  organique  sera  plus  mince  et 
plus  exempte  de  toute  trace  de  vapeur  d'eau. 

Soumise  à  l'action  de  la  lumière  dans  la  chambre  noire,  la  couche 
sensible  ainsi  préparée  se  comporte  exactement  comme  la  couche  iodurée 
obtenue  par  les  méthodes  usuelles.  L'image  s'y  produit  de  la  même  manière 
et  dans  le  même  temps. 

Mais  l'exposition  de  la  couche  iodurée  ainsi  préparée  à  la  vapeur  du 
brome  présente  cette  particularité  remarquable,  qu'un  léger  excès  dans  la 
quantité  de  vapeur  absorbée  ne  donne  plus  naissance  au  phénomène  dési- 
gné sous  le  nom  de  voile  de  brome.  Un  faible  excès  de  brome  ne  s'annonce 
que  par  l'aspect  de  grisaille  que  prend  l'image  sous  la  vapeur  du  mercure, 
aspect  qui  devient  de  plus  en  plus  prononcé,  jusqu'à  ce  que  l'image  s'éteigne 


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—  li- 
sons une  cendrée  blanch&lre.  Toutefois  une  exposition  prolongée  à  un  grand 
excès  de  brome,  désorganise  entièrement  la  couche  sensible,  et  la  vapeur 
du  mercure  n'y  fait  plus  apparaître  que  de  larges  taches  d'un  brun  rou- 
geàtre  et  à  bords  déchiquetés. 

De  Tensembie  de  nos  expériences  nous  pensons  pouvoir  conclure  : 
i""  Que  l'image  daguerrienne  se  forme  dans  l'épaisseur  d'une  couche 
organique  étendue  par  le  polissage  à  la  surface  de  l'argent; 

2'  Que  cette  couche  organique  suffisamment  épaisse  et  convenable- 
ment choisie  prévient  la  formation  du  voile  de  brome,  et  permet  ainsi  de 
donner  toujours  son  maximum  de  sensibilité  à  la  couche  impressionnable. 


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NOTES  SUR  QUELQUES  EXPERIENCES 


TENTEES    POUR    OBTENIR 


DES  ÉPREUVES  D'OBJETS  MICROSCOPIQUES' 

(  7  octobre  1843.  —  3  février  i844.) 


Les  images  que  fournit  le  microscope  sont  dans  les  circonstances  ordi- 
naires d'une  intensité  si  faible  que  jusqu'à  présent  ce  n'est  qu'en  utilisant 
la  lumière  directe  du  soleil  qu'on  a  obtenu  des  résultats  satisfaisants.  Cepen- 
dant, pour  des  travaux  suivis,*]a  difficulté  de  réunir  les  échantillons  conve- 
nables et  un  ciel  parfaitement  pur  a  naturellement  suggéré  l'idée  de  faire 
des  essais  avec  une  lumière  artificielle.  Et  d'abord,  la  lumière  de  nos  lampes 
aidées  de  toutes  les  ressources  de  l'optique,  dans  plusieurs  tentatives 
agissant  pendant  trois  quarts  d'heure  ou  une  heure,  n*a  donné  aucune  trace. 
Dès  lors  il  fut  inutile  d'aller  plus  loin,  car  déjà,  dans  un  temps  aussi  long, 
la  plupart  des  objets  se  déformeraient  ou  se  déplaceraient  par  la  dessic- 
cation. 

La  lumière  de  la  pile  qui  se  trouvait  alors  sous  la  main  fut  essayée,  et 
en  six  secondes  une  épreuve  fut  obtenue  et  complètement  venue  avec  un 
grossissement  considérable;  la  netteté  n'était  pas  parfaite,  mais  la  cause  en 
était  connue.  Quant  au  maniement  de  cette  lumière  appliquée  à  ce  but,  il 
est  extrêmement  difficile  à  cause  du  déplacement  presque  constant  du  point 
le  plus  intense;  en  outre,  l'embarras  et  la  dépense  qu'entraîne  la  pile  en 

4 .  Notes  inédites. 


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—  13  — 

activité  sont  aussi  considérables,  c'est  pourquoi  il  a  fallu  songer  à  la 
lumière  des  gaz  oxygène  et  hydrogène  brûlant  sur  la  chaux.  Moyennant 
certaines  précautions  nouvelles  cette  lumière  se  gouverne  assez  bien;  les 
résultats  paraissent  assez  sûrs,  mais  cinq  minutes,  huit  et  dix,  tels  sont  les 
temps  que  cela  exige  et  cependant  il  s'écoule  bien  du  gaz!  Ici  comme  dans 
le  cas  de  l'épreuve  obtenue  par  la  pile  les  objets  n'étaient  pas  bien  nets;  ce 
n'est  pas  étonnant,  l'appareil  optique  était  le  même;  une  lentille  conver- 
gente très-Kîonvexe,  collée  sur  un  prisme  rectangle  donnant  la  réflexion 
totale,  rendait  vertical  le  faisceau  convergent  qui  sans  cela  fût  resté  hori- 
zontal, ce  qui  eût  obligé  à  placer  les  bandes  de  verre  verticalement,  cir- 
constance dans  laquelle  il  est  presque  impossible  d'avoir  un  liquide  en 
repos;  une  seconde  lenlille  achromatique  achevait  de  faire  converger  la 
lumière  sur  l'objet.  Eh  bien,  il  résulte  clairement  de  l'observation  que 
lorsque  le  faisceau  est  trop  convergent,  les  images  sont  moins  nettes,  et,  si 
l'on  se  place  dans  la  direction  de  l'écran,  on  peut  voir,  en  regardant 
les  lentilles  objectives,  une  image  virtuelle  de  la  dernière  lentille  con- 
vergente occupant  presque  tout  le  champ  des  lentilles  objectives;  c'est 
là  une  mauvaise  condition;  cela  produit  l'effet  d'une  chambre  noire  dont  le 
verre  n'est  pas  assez  diaphragmé;  on  remarque,  en  outre,  que  cette  image 
virtuelle  n'est  pas  uniformément  éclairée,  que  les  points  les  plus  brillants 
sont  le  cenlre  et  le  bord;  cet  effet  est  produit  par  l'aberration  de  sphéricité 
des  lentilles  collectrices,  c'est  pour  cela  que  j'ai  essayé  d'y  substituer  la 
réflexion  si  régulière  du  miroir  concave;  mais  il  est  probable  qu'il  faudra 
revenir  aux  lentilles  différemment  combinées,  qui  d'ailleurs  perdent  moins 
de  lumière. 


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OBSERVATIONS 

CONCERNANT  L'ACTION  DES  RAYONS  ROUGES 

SUR  LES  PLAQUES  DAGUERRIENNES* 


(Lettre  adressée  à  M.  Àrago,  secréuire  perpétuel  de  rAcadémie  des  sciences, 
le  5  août  1846».} 


Monsieur, 

Dans  la  dernière  séance  vous  avez  transmis  à  TAcadémie  une  obser- 
vation qui  a  paru  Tintéresser  et  qui  avait  été  faite  récemment  par  M.  Lere- 
bours;  elle  porte  sur  Taclion  retardatrice  exercée  par  les  rayons  rouges 
lorsque  ceux-ci  agissent  concurremment  avec  les  autres  rayons  reconnus 
efficaces  dans  les  opérations  photographiques.  Gomme  nous  avons  eu  occa- 
sion, M.  Fizeau  et  moi,  il  y  a  bientôt  deux  ans,  de  recueillir  une  observation 
analogue,  mais  dans  des  conditions  plus  nettes  et  plus  favorables  à  Tétude, 
permettez-moi  de  vous  adresser  une  réclamation  à  ce  sujet  et  de  vous 
inviter  à  ouvrir  le  paquet  cacheté  dont  l'Académie  a  accepté  le  dépôt,  le 
9  décembre  i8/i4.  Vous  y  trouverez  consignée  Faction  neutralisante  que  les 
rayons  rouges  et  d'autres  moins  réfrangibles  encore  exercent  sur  les 
couches  sensibles  lorsque  la  lumière  blanche  a  préalablement  agi  sur  elles. 
Ces  propriétés  nouvelles  des  radiations  peu  réfrangibles  soumises  par  nous 

4.  En  collaboration  avec  M.  Fizeau. 

2.  Voir  C.  R.del'Ac.  des  Se,  t.  XXHI,  p.  679.  —  Une  note  sur  cette  question  a  également  été 
présenlée  à  la  Société  philomalhique,  le  46  janvier  4847.  Voir  le  Journal  l'Institut^  et  Pr.  —  Verbaux 
de  la  Soc.  phil,,  4847,  p.  6. 


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à  une  étude  attentive  devaient  faire  l'objet  d'un  prochain  mémoire.  Gomme 
toutes  nos  expériences  sont  faites  et  que  l'absence  de  mon  collaborateur, 
M.  Fizeau,  pourrait  apporter  quelque  retard  à  la  rédaction  définitive  de 
notre  travail,  je  vais,  pour  prendre  date,  transcrire  ici  le  résumé  de  nos 
principaux  résultats. 

Nous  avons  formé  comme  d'habitude  une  couche  sensible  sur  une 
surface  d*argent  poli,  par  l'action  successive  de  l'iode  et  du  brome,  puis 
nous  l'avons  exposée  librement  à  la  lumière  d'une  lampe  pendant  un  temps 
surfisant  pour  l'altérer  au  point  de  la  rendre  capable  de  condenser  les 
vapeurs  mercurielles  en  une  demi-teinte  parfaitement  uniforme.  Sur  cette 
couche  ainsi  altérée^  mais  avant  l'exposition  au  mercure,  nous  avons  fait 
tomber  un  spectre  bien  pur  que  nous  avons  laissé  agir  pendant  un  temps 
déterminé.  Alors  seulement  la  plaque  a  été  soumise  aux  vapeurs  mercu- 
rielles et,  en  la  retirant,  il  nous  a  été  permis  d'examiner  comment  se  com- 
portent dans  ces  circonstances  les  divers  rayons  simples.  Â  partir  de  la  raie 
G  en  allant  jusqu'au  violet  extrême,  on  remarque  que  les  rayons  orangé, 
jaune,  vert,  bleu,  indigo  et  violet  ont  laissé  une  impression  qui  sedétacheen 
blanc  d'une  intensité  variable  sur  le  fond  gris  de  la  plaque;  mais  de  l'autre 
côté  de  cette  raie,  l'impression  laissée  par  le  rouge  et  par  d'autres  rayons 
moins  réfrangibles  encore  et  invisibles  se  dessine  en  une  teinte  foncée  qui 
se  termine  en  mourant  et  par  son  extrémité  libre  et  par  celle  qui  s'engage 
dans  le  reste  du  spectre.  En  examinant  la  plaque  en  reflet  on  s'assure 
aisément  que  la  place  frappée  par  le  rouge  est  devenue  capable  de  con- 
denser les  vapeurs  mercurielles  et  que  la  surface  du  métal  est  à  nu.  L'im- 
pression première  produite  par  la  lampe  a  donc  élé  comme  détruite  ou 
neutralisée  par  l'action  des  radiations*  qui  avoisinent  le  rouge. 

Gonsidérant  une  plaque  daguerrienne  impressionnée  à  un  degré 
déterminé  par  de  la  lumière  blanche,  comme  offrant  au  physicien  une 
couche  sensible  particulière,  lorsqu'on  dirige  'sur  elle  le  spectre  entier, 
celui-ci  se  partage,  quant  à  la  manière  dont  il  se  comporte,  en  deux  parties 
bien  distinctes  :  l'une  qui  agit  pour  accroître  l'intensité  du  fond,  l'autre  pour 
la  diminuer;  ces  effets,  qui  sont  de  sens  opposés,  motivent  le  terme  d'action 
négative  que  nous  avons  adopté  ï>our  désigner  la  manière  d'agir  parti- 


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culière  à  l'extrémité  rouge  du  spectre  conservant  l'expression  d'action 
positive  pour  les  autres  rayons  sur  l'efficacité  desquels  repose  tout  Fart 
photographique.  Si  d'ailleurs  on  voulait  représenter  par  une  courbe  les 
intensités  propres  des  divers  rayons  simples  relatives  à  une  couche  sensible 
impressionnée  d'avance,  cette  courbe  devrait  nécessairement  croiser  Taxe 
des  abscisses  vers  la  limite  du  rouge  et  de  l'orangé;  et  à  partir  de  ce  point 
jusqu'à  l'extrémité  la  moins  réfrangible  du  spectre,  les  ordonnées  auraient 
des  valeurs  négatives. 

Ainsi  que  l'on  devait  s'y  attendre,  dans  cette  portion  ombrée  de  nos 
épreuves,  les  raies  de  la  partie  rouge  se  détachent  en  clair;  en  effet,  les 
points  de  la  surface  métallique  où  tombent  ces  raies  sont  peu  ou  point 
affectées  par  les  radiations;  conséquemment  l'effet  de  l'impression  primitive 
y  devait  persister.  Parmi  elles  nous  avons  distingué  aussitôt  la  raie  A  et 
nous  avons  appris  à  la  connaître  avec  son  véritable  caractère.  C'est  à  tort 
qu'elle  est  ordinairement  représentée,  même  dans  le  dessin  donné  par 
Fraunhofer,  comme  une  ligne  fine  et  simple.  Nous  l'avons  trouvée  double 
et  la  plus  grosse  du  spectre  après  la  raie  H. 

Mais  dans  la  partie  située  au  delà  du  rouge,  qui  lui  est  à  peu  près  égale 
et  que  notre  vue  ne  saurait  atteindre,  il  existe  également,  sinon  des  raies, 
du  moins  des  changements  brusques  d'intensité  en  des  points  que  nous 
avons  dû  désigner  provisoirement  par  les  numéros  i,  2,  3,  4,  afin  d'indivi- 
dualiser ces  nouvelles  radiations  dans  les  différentes  expériences  auxquelles 
nous  voulons  les  soumettre. 

Celles  qui  se  sont  présentées  naturellement  à  notre  esprit  consistent  à 
faire  varier  :  1°  le  temps  ou  l'intensité  de  l'impression  primitive  ;  2*  l'in- 
tensité du  spectre  ou,  ce  qui  revient  au  même,  le  temps  pendant  lequel  il 
agissait  sur  la  couche  sensible  préalablement  impressionnée. 

La  première  série  d'expériences  a  seulement  influé  sur  l'éclat  du  fond 
sans  modifier  autrement  les  résultats. 

La  seconde  a  fait  varier  le  lieu  qu'occupe  le  maximum  d'action  négative 
et  nous  a  clairement  montré  qu'entre  les  rayons  agissant  franchement 
d'une  manière  positive  et  ceux  agissant  franchement  delà  manière  inverse, 
il  existe  une  classe  de  rayons  qui  se  comportent  de  l'une  ou  de  l'autre  façon. 


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selon  leur  intensité  ou  selon  la  durée  de  leur  action.  Ces  rayons,  confinés 
particulièrement  dans  Torangé,  donnent  un  résultat  négatif  quand  ils 
sont  faibles  ou  qu'ils  agissent  peu  de  temps  ;  dans  le  cas  contraire,  ils 
donnent  un  résultat  positif.  En  un  mot,  ils  se  comportent  par  rapport  à 
une  couche  déjà  impressionnée  par  la  lumière  blanche,  dans  laquelle  pho- 
tographiquement  le  violet  domine,  comme  si  d'abord  ils  devaient  détruire 
son  effet  pour  ensuite  modifier  cette  couche  à  leur  manière  propre  et 
spéciale. 

Ceci  explique  des  apparences  singulières  et  qui  paraissent  contradic- 
toires dans  nos  diverses  épreuves.  C'est  ainsi  que  chez  celles  qui  ont  été 
faites  rapidement,  la  raie  C  se  détache  en  clair,  tandis  qu'elle  apparaît  en 
noir  chez  celles  pour  lesquelles  l'exposition  au  spectre  a  été  plus  longtemps 
prolongée.  Cela  explique  encore  pourquoi  dans  la  pénombre  qui  forme 
presque  toujours  les  bords  supérieurs  et  inférieurs  du  spectre,  on  voit  se 
dessiner  un  bord  noir  attestant  une  action  négative  qui,  dans  quelques-unes 
de  nos  épreuves,  s'étend  presque  jusqu'au  vert. 

Nous  avions  intérêt  à  rechercher  si  le  phénomène  singulier  dont  je 
vous  entretiens  en  ce  moment  se  manifesterait  sur  d'autres  couches  sen- 
sibles; nous  avons  reconnu  qu'il  se  produit  sur  toutes  celles  que  l'on  peut 
produire  à  la  surface  de  l'argent,  avec  l'iode,  le  chlore  elle  brome,  et  nous 
montrerons  dans  notre  Mémoire  que  les  combinaisons  impressionnables 
que  Ton  peut  produire  à  leur  aide  ne  laissent  pas  que  d'être  assez  nom- 
breuses. 

Pour  rendre  notre  Mémoire  plus  substantiel  et  plus  utile,  il  nous 
restait  à  interroger  les  papiers  sensibles,  à  construire,  à  l'aide  des  chiffres 
nombreux  que  nous  avons  relevés,  les  courbes  représentant  l'intensité  de  la 
puissance  chimique,  des  diverses  espèces  de  radiations  rapportées  aux 
couches  sensibles  les  plus  intéressantes.  Il  nous  restait  enOn  à  développer 
les  faits  que  je  viens  de  vous  exposer  rapidement  et  à  y  joindre  la  des- 
cription succincte  des  procédés  photographiques  que  nous  avons  adoptés 
pour  obtenir  des  résultats  comparables. 

Pardonnez-moi,  monsieur  le  Secrétaire,  d'avoir  usé  envers  l'Académie 
d'un  mode  de  communication' anticipée,  blâmable  en  général,  mais  qui,  dans 


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—  18  — 

ce  cas  particulier,  trouvera  son  excuse  dans  les  circonstances  qui  lui  ont 
donné  lieu. 

Aussitôt  le  retour  de  mon  collaborateur,  M.  Fizeau,nous  nous  mettrons 
à  l'œuvre  pour  entreprendre  et  terminer  le  plus  promptement  possible  la 
rédaction  de  notre  Mémoire,  afin  de  satisfaire  avant  peu  à  l'espèce  d'enga- 
gement que  je  suis  obligé  de  prendre  aujourd'hui  envers  l'Académie. 

Veuillez  agréer,  monsieur  le  Secrétaire,  l'expression  de  mon  respect  et 
de  ma  haute  considération. 


A  la  suite  de  cette  lecture,  M.  Foucault  présenta  à  rAcadémie  une  plaque  daguerrienne 
offrant  l'image  du  spectre  telle  qu'elle  est  indiquée  dans  le  Mémoire  (pi.  1.  fig.  h)- 

Le  paquet  cacheté  déposé  dans  la  séance  du  9  décembre  iSkk  par  MM.  Fizeau  et  Fou- 
cault fut  ouvert  ensuite,  et  il  fut  donné  lecture  de  la  note  qui  y  était  contenue  et  qui 
comprenait  seulement  Texposé  succinct  des  faits  développés  dans  le  mémoire  précédente 


<.  Voir  Comptes  rendus  de  l'Ac,  des  Se,  t.  XXllF,  p.  682. 


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ÉTUDES  SUR  L'ACTION  SPÉCIALE 
EXERCÉE  PAR  L'EXTRÉMITÉ  LA  MOINS  RÉFRANGIBLE  DU  SPECTRE 


SUR    LES 


SUBSTANCES  IMPRESSIONNABLES  A  LA  LUMIÈRE* 


La  lumière  naturelle  étant  composée  d'éléments  hétérogènes,  les  phy- 
siciens, désireux  d'étudier  l'altération  qu'elle  détermine  dans  les  substances 
sensibles,  ont  été  conduits  à  la  faire  agir  sur  ces  substances  après  l'avoir 
décomposée  et  Tavoir  étalée  en  un  spectre  bien  pur.  Par  ce  moyen,  les 
divers  rayons  simples,  séparés  les  uns  des  autres,  ont  pu  agir  isolément 
et  le  résultat  final  étant  rapproché  du  spectre  lui-même,  on  a  bientôt 
reconnu  que  l'activité  photographique  des  diverses  radiations  n'est  pas 
proportionnelle  à  leur  intensité  optique.  Si  Ton  s'en  tient  aux  préparations 
fort  nombreuses  que  l'on  compose  avec  les  sels  d'argent,  on  peut  dire 
d'une  manière  générale  que  les  rayons  les  plus  actifs  à  les  modifier  sponta- 
nément appartiennent  à  la  partie  la  plus  réfrangible  du  spectre,  tandis 
que  les  rayons  les  moins  réfrangibles  n'agissent  que  peu  ou  point  sur  les 
mêmes  substances.  Toutes  les  fois  que,  sur  une  couche  sensible  et  homo- 
gène soigneusement  préparée  à  l'abri  de  la  lumière,  on  vient  à  faire  tomber 
un  spectre  bien  pur,  on  voit  l'action  commencer  dans  le  bleu,  s'étendre  peu 
à  peu,  d'une  part  dans  le  violet  et  au  delà,  et,  d'autre  part,  vers  l'extrémité 
opposée  du  spectre,  mais  sans  jamais  l'atteindre.  Si  donc  l'on  compare 

4 .  En  commun  avec  M.  H.  Fizeau.  —  Mémoire  inédit. 


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Tune  à  l'autre  Timage  visible  du  spectre  et  Timage  imprimée  qui  s'est 
formée  sous  son  influence,  on  trouve  que  leurs  maximums  ne  se  corres- 
pondent pas  et  Ton  remarque,  en  outre,  que,  vers  l'extrémité  la  plus  réfran- 
gible,  l'impression  s'étend  bien  au  delà  des  derniers  rayons  visibles  et  que, 
vers  l'extrémité  opposée,  les  derniers  rayons  visibles  se  prolongent  au  delà 
du  point  où  l'impression  vient  mourir.  Les  résultats  ainsi  énoncés,  personne 
ne  les  conteste  aujourd'hui.  Tout  au  plus  arrive-t-il  en  employant  des  pré- 
parations différentes  que  le  maximum  de  l'altération  se  déplace  tant  soit 
peu  et  que  les  extrémités  de  l'image  s'étendent  plus  ou  moins  loin.  Vers 
l'extrémité  rouge  du  spectre  se  trouvent  des  rayons  visibles  et  qui  n'agissent 
pas;  au  delà  du  violet^  il  existe  des  rayons  qui  agissent  et  qui  ne  se  voient 
pas;  entre  les  deux,  on  rencontre  une  série  de  rayons  actifs  et  visibles 
et  dont  l'aptitude  à  former  épreuve  n'est  pas  proportionnelle  à  l'intensité 
optique  et  dépend  de  la  nature  de  la  substance  employée.  Les  choses  se 
passent  donc  de  la  manière  la  plus  nette  quand  une  substance  impression- 
nable et  inaltérée  ne  subit  en  chaque  point  que  l'action  d'une  lumière 
simple;  mais  les  résultats  se  compliquent  et  deviennent  plus  difficiles  à 
interpréter  lorsque  l'on  combine  les  divers  éléments  de  la  lumière  pour  les 
faire  agir  soit  simultanément,  soit  successivement.  Dirige-t-on  sur  une 
matière  déjà  modifiée  par  la  lumière  les  rayons  que  nous  avons  reconnus 
inactifs,  on  les  trouve  capables  d'agir  de  deux  manières  opposées,  soit  pour 
continuer  l'altération  commencée,  soit  pour  la  détruire  et  rétablir  la  couche 
sensible  dans  son  état  primitif.  Les  fait-on  agir  sur  une  substance  non 
impressionnée  concurremment  avec  d'autres  rayons  efficaces  par  eux- 
mêmes,  on  trouve  qu'ils  se  comportent  de  manière  à  activer  ou  à  entraver 
l'action  produite  par  ces  derniers.  Aussi  les  observateurs  ont-ils  noté 
et  annoncé  d'une  manière  absolue  les  résultats  les  plus  contradictoires. 
Dans  ce  Mémoire,  nous  nous  proposons  de  prouver  que  l'extrémité 
la  moins  réfrangible  du  spectre  possède  réellement  la  propriété  d'in- 
fluencer les  sels  impressionnables  d'argent,  de*  manière  à  produire  une 
action  opposée  à  celle  exercée  par  les  rayons  les  plus  réfrangibles.  Nous 
exposerons  les  effets  de  continuation  tels  que  nous  les  avons  observés  dans 
le  spectre;  et,  en  discutant  ces  deux  ordres  de  phénomènes,  nous  en  ferons 


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—  21  — 

ressortir  tout  naturellement  l'explication  des  principaux  faits  annoncés  par 
les  observateurs  et  qui  semblaiient  incompatibles. 

Wollaston  a  émis  le  premier,  au  commencement  de  ce  siècle,  l'idée 
que  les  deux  extrémités  du  spectre  pouvaient  agir  en  sens  opposés  sur  les 
substances  impressionnables.  Ayant  fait  tomber  un  trait  de  lumière  solaire 
dispersé  par  le  prisme  sur  un  papier  imprégné  de  résine  de  gaïac  et  préa- 
lablement bleui  au  grand  jour,  il  a  vu  les  portions  de  la  feuille  influencées 
par  le  rouge  s'éclaircir  peu  à  peu  et  reprendre  insensiblement  leur  pre- 
mière teinte  jaune  clair.  Mais,  peu  après,  ayant  reconnu  que  cette 
interversion  de  teinte  s'opérait  également  par  une  simple  élévation  de 
température,  il  en  a  conclu  que  si  dans  le  spectre  son  papier  virait  au 
jaune,  cet  effet  était  dû  à  réchauffement  produit  par  le  rouge  et  non  à  la 
radiation  elle-même. 

Longtemps  après,  c'est-à-dire  en  1840,  M.  John  Herschell,  expérimen- 
tant l'action  du  spectre  sur  les  préparations  d'argent,  a  reconnu  aux  rayons 
rouges  une  propriété  protectrice.  Un  spectre  intense  était  projeté  sur  un 
papier  imprégné  de  sel  d'argent;  et,  tandis  que  les  divers  rayons  simples, 
régulièrement  réfractés,  se  rendaient  sur  des  portions  limitées  de  la  sur* 
face  sensible,  une  certaine  quantité  de  lumière  diffuse,  dispersée  aux 
surfaces  des  appareils  optiques,  se  répandait  sur  toute  l'étendue  de  la 
feuille  soumise  à  l'expérience.  Au  bout  d'un  certain  temps,  celte  lumière 
diffuse  finit  par  impressionner  l'écran  d'une  manière  générale  et  par  y 
développer  une  demi-teinte  sur  laquelle  le  spectre  se  détachait  en  noir 
dans  les  parties  correspondant  aux  rayons  les  plus  réfractés  et  en  clair 
dans  les  portions  correspondant  aux  rayons  rouges. 

Dans  les  points  atteints  par  le  rouge,  la  couche  sensible  avait  conservé 
la  teinte  première;  elle  avait  été  préservée  de  l'altération  que  la  lumière 
diffuse  tendait  à  lui  faire  subir  :  les  rayons  rouges  les  avaient  protégés. 
Pour  caractériser  leur  manière  d'agir  en  ces  circonstances,  M.  Herschell  les 
appela  protecUng  rays.  C'était  le  cas  de  recourir  à  l'expérience  de  Wollaston. 
M.  Herschell  tenta  de  la  reproduire  et  sur  le  gaïac  et  sur  les  sels  d'argent. 
Le  gaïac  bleui  au  grand  jour  revint  au  jaune  clair  sous  l'action  des  rayons 
rouges,  il  fut  reconstitué  (restoraled)  dans  son  état  primitif.  Mais  les  sels 


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d'argent  noircis  à  la  lumière,  les  sels  d'argent  qui  perdent  alors  un  élément 
volatil,  ne  purent  pas,  sous  la  seule  action  des  rayons,  reprendre  leur  appa- 
rence première;  tout  ce  qu'on  put  obtenir,  ce  fut  de  les  faire  tourner  vers 
une  teinte  rousse  particulière  et  différente  de  celle  que  leur  aurait  com- 
muniquée un  surcroît  de  lumière  naturelle. 

La  résine  de  gaïac  est  donc  la  seule  substance  qui  ait  réussi  entre  les 
mains  de  M.  Herscliell  à  manifester  l'action  négative  que  les  rayons  rouges 
sont  susceptibles  de  produire;  toutefois  le  résultat  fut  assez  net  pour  que  le 
savant  anglais  pût  s'apercevoir  que  le  point  où  elle  s'exerce  avec  le  plus 
d'énergie  est  loin  de  coïncider  avec  celui  où  le  spectre  offre  son  maxi- 
mum de  température.  Alors  il  abandonne  l'opinion  deWoUaston;  mais 
en  présence  des  résultats  que  lui  offrent  les  sels  d'argent,  soit  qu'on  les 
dépose  sur  le  papier  ou  qu'on  les  forme  à  la  surface  de  l'argent  métallique, 
il  demeure  indécis,  il  hésite  et  finit  par  proposer  l'expression  de  rayons 
parathermiques  pour  désigner  ceux  des  rayons  du  spectre  qui  n'agissent 
pas  à  la  manière  ordinaire;  il  reconnaît  ainsi  deux  classes  de  rayons 
capables  d'influencer  les  substances  sensibles  et  de  produire  sur  elles  des 
actions  différentes  mais  non  opposées  {not  opposed^  but  différent).  Ces 
rayons,  dit  encore  M.  John  Herschell,  produisent  apparemment  leur  effet 
par  le  moyen  d'une  espèce  particulière  de  chaleur  développée  par  eux. 
They  are  no  way  entitled  to  be  called  light...  but...  are  entitled  to  be  regarded 
as  heat. 

A  peu  près  à  la  même  époque,  M.  Draper,  professeur  de  chimie  à 
l'Université  de  New- York,  obtenait,  en  opérant  sur  des  plaques  daguer- 
riennes,  des  résultats  qu'il  publia  en  18^2,  et  qui  présentaient  de  l'analogie 
avec  ceux  que  M.  Herschell  avait  constatés  au  moyen  des  papiers.  Toutefois, 
les  expériences  de  ce  chimiste  sont  bien  moins  probantes  que  celles  du 
physicien  anglais,  et  l'on  peut  dire  qu'il  n'a  fait  qu'entrevoir  l'action  pro- 
tectrice des  rayons  rouges.  En  effet,  l'apparence  noirâtre  que  présentaient 
ses  plaques  dans  les  points  exposés  au  rouge  se  manifestait  également 
dans  l'extrémité  violette  et  régnait  encore  tout  autour  de  l'image  du 
spectre ,  laquelle  se  trouvait  ainsi  cernée  d'un  bord  noir.  Ces  apparences 
accidentelles   doivent  être  attribuées   à  une    mauvaise  préparation   des 


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plaques ,  ce  qui  n'offre  rien  de  surprenant  quand  on  se  reporte  à  l'époque 
où  ses  expériences  ont  été  faites.  Celle  manière  de  voir  devient  plus 
probable  encore  quand  on  considère  que  M.  Draper  dit  avoir  obtenu  dans 
ses  images  du  spectre  des  traces  de  raies  qui  ne  correspondaient  pas  aux 
raies  de  Fraunhofer.  A  la  vue  de  ces  images  complexes,  le  chimiste 
américain,  au  lieu  de  s'en  prendre,  ce  qui  était  le  plus  simple,  à  une 
mauvaise  préparation  des  plaques,  a  donné  essor  à  son  imagination  et, 
pour  signaler  une  action  étrange,  qu'il  attribuait  à  une  nouvelle  classe  de 
radiations,  il  a  lancé  dans  la  science  une  expression  nouvelle  et  qui  n'est  pas 
encore  très-connue;  il  attribue  à  la  tithonicité  l'action  spéciale  qui  faisait 
noircir  ses  plaques  soit  sur  les  bords,  soit  aux  deux  extrémités  du  spectre. 
Ce  ne  fut  que  bien  plus  tard  qu'il  eut  l'idée  plus  étrange  encore  de  rat- 
tacher ces  phénomènes  à  la  théorie  des  interférences. 

Quant  à  l'idée  que  les  portions  extrêmes  du  spectre  seraient  capables 
de  produire  une  action  négative,  il  n'en  est  pas  fait  mention  dans  les  écrits 
de  M.  Draper,  antérieurs  à  l'époque  où  nous  avons  fait  notre  première 
communication  à  ce  sujet. 

En  France,  on  était  bien  loin  de  marcher  dans  cette  voie.  Le  travail 
remarquable  de  M.  Ed.  Becquerel  avait  produit,  en  1843,  une  sensation 
assez  vive,  et  Ton  était  loin  de  soupçonner  qu'au  delà  et  tout  auprès  des 
rayons  qui  agissent  pour  continuer,  il  pût  s'en  trouver  qui  agissent  pour 
détruire.  Le  travail  de  M.  Becquerel  est  trop  connu,  il  a  été  appuyé  par  un 
rapport  académique  trop  bien  raisonné  pour  qu'il  soit  nécessaire  de  lui 
donner  place  dans  cet  historique  autrement  qu'en  le  citant,  et  ses  conclu- 
sions principales  n'auront  à  subir  de  Texposé  de  nos  recherches  que  des 
modifications  assez  légères. 

Ce  que  M.  Herschell  avait  obtenu  sur  des  papiers  et  M.  Draper  sur 
des  plaques  en  employant  tous  deux  les  couleurs  prismatiques,  M.  Lere- 
bours  l'a  reproduit  en  opérant  avec  des  verres  colorés  ;  ainsi  il  a  remarqué 
que  l'activité  photographique  d'un  faisceau  de  lumière  blanche  s'accroît 
d'une  manière  sensible  par  son  passage  à  travers  un  verre  bleu  clair.  Les 
rayons  rouges  étant  retenus  et  absorbés  par  le  verre  bleu,  les  autres  rayons 
n'en  agissent  que  mieux;  donc,  quand  il  est  conservé,  le  rouge  agit  comme 


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retardant  Faction  des  autres  couleurs.  Celte  remarque  intéressante,  confir- 
mative  des  expériences  précédemment  citées,  ne  porte  encore  que  sur  le 
résultat  final  produit  par  un  mélange  de  rayons  agissant  simultanément. 
Mais,  déjà  à  cette  époque,  nous  nous  étions  assurés  que  non-seulement  les 
rayons  les  moins  réfrangibles  se  comportent  comme  il  vient  d'être  dit, 
mais  en  outre  nous  avions  constaté,  comme  un  dépôt  cacheté  en  fait  foi, 
que  ces  rayons  tombant  sur  une  couche  déjà  impressionnée,  possèdent  la 
singulière  propriété  de  la  reconstituer  dans  son  état  primitif.  Les  premiers 
résultats  démonstratifs  ont  été  obtenus  sur  les  plaques  que  Ton  rend  sen- 
sibles en  les  exposant  aux  vapeurs  d'iode  et  de  brome  ;  mais  nous  avons  eu 
hâte  de  nous  assurer  que  cette  action  se  produisait  sur  toutes  les  couches 
sensibles  que  l'on  peut  produire  à  la  surface  de  Targent,  ainsi  que  sur 
les  papiers  sensibles  au  chlorure  d'argent.  Pour  procéder  méthodiquement 
dans  le  récit  de  nos  expériences,  nous  parlerons  d'abord  des  effets  qu'on 
observe  sur  les  plaques  iodées  seulement;  puis  nous  dirons  ce  qui  arrive 
quand  on  emploie  soit  des  plaques  plus  sensibles  iodées  et  chlorées,  soit 
des  plaques  plus  sensibles  encore  iodées  et  bromées.  Enfin,  nous  rapporte- 
rons les  quelques  essais  que  nous  avons  tentés  pour  manifester  le  même 
phénomène  sur  les  papiers  préparés  au  chlorure  d'argent. 

Toutes  les  expériences  entreprises  dans  le  but  de  reconnaître  la  part 
d'action  que  prend  chaque  rayon  simple  dans  l'altération  totale  produite 
par  la  lumière  blanche^  toutes  ces  expériences,  disons-nous,  ne  sauraient 
être  concluantes  si,  d'une  part,  le  spectre  n'a  été  amené  par  la  perfection 
des  appareils  à  une  grande  pureté  et  si  on  ne  s'est  assuré,  d'autre  part,  des 
moyens  de  préparer  des  couches  sensibles  identiques  à  elles-mêmes. 

Nous  ne  nous  arrêterons  pas  à  décrire  les  moyens  bien  connus  aujour- 
d'hui des  physiciens,  par  lesquels  on  arrive  à  former  par  projection  un 
spectre  assez  net  pour  que  les  raies  propres  à  la  lumière  solaire  appa- 
raissent distinctes.  Mais  nous  croyons  utile  d'indiquer  d'une  manière 
sommaire  les  procédés  de  préparation  qui  nous  ont  constamment  réussi 
pour  former  à  la  surface  de  l'argent  différentes  couches  sensibles,  homo- 
gènes dans  toute  leur  étendue  et  douées  d'une  sensibilité  déterminée. 

Dans  tous  les  cas,  nous  avons  adopté  le  polissage  à  l'essence  de 


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lavande  et  au  tripoU  indiqué  par  l'un  de  nous  comme  facilitant  la  rapidité 
des  opérations  et  laissant  la  surface  des  plaques  dans  l'état  le  plus 
convenable  à  l'accomplissement  des  réactions  successives  qui  permettent 
de  constater  et  de  conserver  avec  le  plus  d'éclat  les  impressions  photo- 
graphiques. 

La  plaque  dont  on  veut  faire  usage  est  traitée  comme  il  suit,  qu'elle 
soit  dans  son  neuf  ou  qu'elle  ait  déjà  servi. 

On  saupoudre  la  surface  de  tripoli  réduit  en  poudre  impalpable  et 
Ton  y  verse  quelques  gouttes  d'essence  de  lavande  ordinaire  du  commerce; 
puis,  avec  un  tampon  de  coton,  on  frotte  dans  tous  les  sens  la  plaque  dont 
la  surface  est  bientôt  renouvelée.  On  enlève,  en  renouvelant  le  coton,  le 
cambouis  noir  qui  s'est  formé,  et  en  rajoutant  du  tripoli  et  en  polissant  à 
sec,  on  fait  réapparaître  le  brillant  de  la  plaque  qui  se  trouve  ainsi  prête  à 
recevoir  la  couche  sensible. 

Pour  soumettre  la  plaque  aux  vapeurs  d'iode  et  former  à  sa  surface  la 
couche  jaune  d'or  qui  doit  servir  de  point  de  départ  pour  former  les  diffé- 
rentes couches  sensibles,  nous  employons  un  appareil  dit  botte  à  l'iode, 
qui  diffère  à  peine  de  celles  qu'on  emploie  le  plus  communément.  Cette 
boîte  est  plate;  elle  ne  porte  environ  que  5  centimètres  de  haut,  elle  est 
garnie  à  l'intérieur  de  verre  à  vitre  fixé  sur  les  parois  par  de  la  colle  forte. 
Dans  le  fond,  on  a  étendu  uniformément  une  couche  d'iode  grossièrement 
pulvérisé;  à  une  petite  distance  du  fond  on  a  disposé  une  tablette  de  plâtre 
fin  gâché  à  l'eau,  portant  7  ou  8  millimètres  d'épaisseur,  à  faces  parallèles 
et  dressées.  C'est  à  travers  cette  sorte  de  diaphragme  qui  reste  à  demeure 
dans  la  botte  que  les  vapeurs  d'iode  se  tamisent  et  se  rendent  sur  la  plaque 
que  Ton  place  parallèlement  et  à  la  distance  de  i  centimètre  environ.  A  la 
température  qui  règne  ordinairement  dans  les  appartements,  la  couche 
jaune  d'or  se  forme  ainsi  très-rapidement,  et  en  moins  de  deux  minutes 
nous  la  voyons  apparaître  d'une  manière  uniforme. 

Quand  nous  voulons  faire  agir  les  substances  accélératrices,  le  chlore 
ou  le  brome,  nous  les  employons  en  solution  titrée;  le  brome  surtout  se 
manie  d'une  manière  très-régulière.  On  dissout  directement  un  déci- 
gramme  de  brome  dans  1,000  grammes  d'eau  commune  et  aiguisée  de 

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quelques  gouUes  d'acide  nitrique;  on  obtient  ainsi  une  liqueur  titrée,  légè- 
rement colorée  en  jaune  et  toujours  comparable  à  elle-même,  pourvu  que 
le  peu  d'acide  ajouté  soit  plus  que  suffisant  pour  décomposer  les  carbo- 
nates préexistants  qui,  sans  cette  précaution,  absorberaient  une  partie  ou 
même  la  totalité  du  brome  dissous.    Cette  dissolution  s'emploie  dans  un 
appareil  ou  boîte  à  brome,  par  petites  parties  que  l'on  renouvelle  à  chaque 
opération.  Sans  vouloir  décrire  en  détail  notre  boîte  à  brome*,  nous  dirons 
qu'elle  consiste  essentiellement  en  une  boîte  rectangulaire  en  porcelaine 
ou  en  glaces  mastiquées,  dont  les  bords  rodés  peuvent  recevoir  un  obtura- 
teur en  glace  ;  cette  boîte  est  protégée  par  une  enveloppe  en  bois,  pourvue 
de  rainures  pour  faire  glisser  l'obturateur  et  pour  admettre  la  planchette 
qui  porte  la  plaque. 

Au  moment  de  bromer  une  plaque,  on  introduit  dans  la  boîte  fermée 
et,  par  une  ouverture  latérale,  une  certaine  quantité  de  dissolution  titrée, 
50  grammes  par  exemple.  On  agite  pendant  quelque  temps;  il  en  résulte 
qu'en  quelques  secondes  seulement  les  vapeurs  très-rares  de  brome  se 
dégagent^   se   répandent  dans   l'espace  qui   surmonte  la   dissolution   et 
acquièrent  une  tension  maximum  qui  fait  équilibre  aux  portions  de  brome 
restées  dissoutes.  C'est  alors  seulement  que  la  plaque  ayant  été  déposée  en 
sa  place,  sa  surface  est  démasquée  par  la  soustraction  de  l'obturateur  et  se 
trouve  exposée  au  contact  direct  des  vapeurs  qui  s'étaient  répandues  dans 
la  boîte  et  qui  avaient  acquis  une  tension  déterminée.  La  durée  de  cette 
exposition  aux  vapeurs  de  brome  est  la  seule  condition  qu'il  soit  utile  de 
faire  varier  pour  faire  prendre  à  la  plaque  des  quantités  plus  ou  moins 
grandes  de  celte  substance  accélératrice.  Dans  nos  expériences,  elle  s'est 
toujours  trouvée  limitée  entre  15  et  30  secondes.  Ce  n'est  qu'en  nous 
assujettissant  à  opérer  delà  sorte,  que  nous  sommes  arrivés  à  préparer  des 
plaques  à  coup  sûr  et  à  leur  communiquer  cette  sensibilité  extrême  et 
cette  homogénéité  si  indispens.ible  pour  mener  à  bonne  fin  de  pareilles 
recherches. 

1.  Voir  page  5. 


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ACTION     DU     SFECTAE    SOLAIRE    SUA     LES     PLAQUES     PRÉPARÉES     A     l'iODE 
ET     AU     BROUE     ET    PRÉALABLEMENT     IMPRESSIONNÉES 

Les  plaques  préparées  comme  il  vient  d'être  dit  et  qui,  par  une 
absorption  de  brome  convenablement  dirigée,  ont  acquis  la  plus  grande 
sensibilité  possible,  commencent  à  éprouver  une  légère  altération  lorsqu'on 
les  expose  pendant  3  secondes  et  à  la  distance  de  3  décimètres  au 
rayonnement  d'une  flamme  de  Carcel  à  bec  dit  de  11  lignes.  Après  une 
aussi  courte  exposition  à  cette  lumière  artificielle,  la  plaque  soumise  au 
contact  des  vapeurs  mercurielles  commence  à  blanchir  d'une  manière 
sensible,  et  pour  peu  que  l'action  de  la  lampe  ait  duré  une  douzaine  de 
secondes,  la  condensation  des  vapeurs  devient  assez  abondante  pour  mon- 
trer que  la  couche  sensible  a  subi  précisément  ce  degré  d'altération 
qui  la  rend  propre  aux  expériences  que  nous  voulions  tenter. 

Soit  donc  une  plaque  polie,  iodée,  bromée  et  impressionnée  à  point; 
on  la  place,  pendant  un  certain  temps,  comme  écran  dans  le  plan  focal 
où  se  rendent  les  rayons  qui  concourent  à  former  un  spectre  solaire  bien 
pur,  puis  on  la  porte  dans  la  boite  à  mercure  où  apparaît,  comme  résultat 
final,  une  image  composée  de  la  manière  suivante  :  le  fond  de  la  plaque 
est  une  demi-teinte  grise,  et  qui  régnerait  uniform^ément  sur  toute  la  sur- 
face si  le  spectre  n'avait  pas  agi;  mais  il  a  laissé  sa  trace,  et  dans  les 
points  frappés  par  les  rayons  orangé,  jaune,  etc.,  et  jusque  bien  au  delà 
du  violet  la  teinte  de  fond  a  gagné;  elle  a  été  modifiée  en  plus  avec  une 
intensité  particulière  correspondant  à  chaque  rayon  simple  ;  dans  les 
points*  atteints  par  le  rouge  et  par  d'autres  rayons  moins  réfrangibles 
encore,  la  teinte  de  fond  a  perdu  :  elle  a  été  modifiée  en  moins  et  même 
elle  a  disparu  complètement  dans  une  certaine  étendue  correspondant 
aux  rayons  qui  ont  produit  le  maximum  d'effet.  Ces  deux  parties  de  l'image 
du  spectre  se  fondent  insensiblement  l'une  dans  l'autre  et  viennent  aboutir 
à  une  zone  étroite  qui  possède  une  intensité  égale  à  celle  du  fond 
lui-même .  La  trace  laissée  par  les  rayons  peu  réfrangibles  est  ombrée  et 
se  détache  en  noir,  l'impression  produite  par  les  autres  rayons  se  déta- 


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cherait  en  clair  dans  toute  son  étendue  s'il  ne  survenait  une  complication 
qui  nuit  à  la  symétrie  de  l'image,  mais  qui  ne  peut  embarrasser  que  les 
personnes  étrangères  aux  opérations   photographiques.  Cette  portion  de 
l'image  qui  a  pris  naissance  sous  l'influence  des  rayons  compris  entre 
l'orangé  et  l'extrémité  la  plus  réfrangible  présente  ainsi,  dans  son  milieu, 
une  teinte  noirâtre  (PI.  4,  fig.  ft),  mais  c'est  la  teinte  caractéristique  des 
parties  solarisées,  et  elle  indique  qu'en  ce  point  la  lumière  a  agi  plus  éner- 
giquement  que  partout  ailleurs.  Cette  teinte,  quoique  foncée  à  l'œil,  a  pour 
le  physicien  le  même  sens  que  si  elle  brillait  du  plus  vif  éclat  et  sa  pré- 
sence donne  le  point  correspondant  aux  rayons  les  plus  actifs.  Laissant  donc 
de  côté  une  anomalie  qui  n'est  qu'apparente,  tous  les  rayons  que  nous 
avons   reçus   sur  une  plaque  impressionnée  se  partagent  en  deux  caté- 
gories :  les  uns  dont  l'effet  s'ajoute  à  celui  de  l'impression  première  et 
les  autres  qui  agissent  pour  détruire  l'effet  de  cette  impression.  Si  l'on 
tient  à  mettre  en  évidence  ces  actions  distinctes  et  opposées,  il  faut  de  toute 
nécessité  opérer  sur  une  couche  sensible  préalablement  altérée  par  une  expo- 
sition convenablement  prolongée  à  une  lumière  riche  en  rayons  réfrangibles. 
Celte    couche  devient  alors   un  réactif  particulier  sur  lequel  les  rayons 
empruntés  aux  deux  extrémités  du  spectre  produisent  des  effets  inverses. 
C'est  pour  représenter  nettement  à  l'esprit  les  deux  manières  différentes 
et    opposées  dont  se  comportent   les   deux   classes  de  rayons  rendues 
distinctes  dans  nos  expériences,  que  nous  avons  adopté  l'expression  d'action 
négative  pour  désigner  celle  que  produit  l'extrémité  la  moins  réfrangible 
du  spectre,  considérant  comme  positive  l'action  antérieurement  connue  et 
sur  laquelle  se  fonde  tout  Fart  photographique. 

Le  seul  fait  de  l'impressionnabilité  des  différentes  matières  sensibles 
aujourd'hui  connues,  sous  Tinfluence  de  la  lumière  blanche,  montre  que, 
dans  cette  lumière,  les  rayons  qui  agissent  positivementl'emportent  sur  ceux 
qui  agissent  négativement,  et,  quand  on  cherche  à  apprécier  par  l'expé- 
rience directe  le  rapport  des  effets  qui  peuvent  être  produits  simultanément 
dans  les  deux  sens  par  les  rayons  de  diverses  sortes  et  tels  qu'ils  sont 
répartis  dans  la  lumière  blanche,  on  trouve  que  l'activité  négative  des  uns 
est  beaucoup  moindre  que  l'activité  positive  des  autres;  ceux-ci  Tem- 


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portent  tellement  sur  ceux-là,  qu*il  ne  faut  pas  s^élonner  si,  dans  les 
expériences  courantea  de  la  photographie,  la  coopération  négative  des 
rayons  rouges  passe  inaperçue.  On  peut,  jusqu^à  un  certain  point, 
apprécier  le  rapport  de  leurs  activités  respectives,  en  recevant  un  spectre 
solaire  sur  une  plaque  rendue  sensible  et  impressionnée  et  en  cherchant 
par  voie  de  tâtonnement  les  durées  d'exposition  nécessaires  à  Tapparition 
des  premières  traces  des  actions  positive  et  négative  avec  nos  plaques 
bromées;  si  les  rayons  bleus  marquent  en  blanc  au  bout  de  deux  secondes, 
il  ne  faut  pas  moins  de  deux  secondes  pour  que  les  rayons  rouges  puissent 
diminuer  sensiblement  la  teinte  du  fond. 

Après  avoir  constaté  ces  faits  d*une  manière  générale,  il  importait 
d'entrer  dans  le  détail  des  phénomènes  et  de  varier  les  expériences 
de  diverses  manières. 

C'est  encore  à  l'aide  des  plaques  iodées  et  bromées  que  nous  avons 
procédé  à  l'examen  de  ces  qucsî'oiis  de  détail,  non-seulement  à  cause 
de  la  célérité  que  leur  extrême  sensibilité  permet  d'apporter  dans  l'expé- 
rimentation, mais  surtout  à  cause  de  la  comparabilité  des  résultats 
obtenus  dans  un  temps  assez  court  pour  que  les  conditions  atmosphé- 
riques n'aient  pu  varier  et  influencer  d'une  manière  sensible  Tinlensité 
de  la  lumière  solaire. 

11  nous  a  semblé  utile  de  rechercher  en  premier  lieu  quelle  pouvait 
être  Tinfluence  d'une  altération  plus  ou  moins  avancée  de  la  couche 
sensible  avant  qu'elle  ne  fût  exposée  au  spectre;  nous  avons  examiné  en 
second  lieu  comment  varient  les  effets  produits  sur  une  couche  impres- 
sionnée lorsqu'on  Texpose  à  un  spectre  plus  ou  moins  intense  ou  qu'on 
laisse  agir  plus  ou  moins  longtemps* 

INFLUENCE    DU    DEGRlî    D*ALTÉRATION    DÉVELOPPÉ 
PAR    l'IUPAESSION    PRIMITIVE. 

Nous  avons  impressionné  par  bandes  parallèles  une  plaque  lodo- 
bromée,  et  nous  avons  fait  tomber  successivement  le  spectre  sur  toutes 
ces  bandes   pour  le  laisser  agir  sur  chacune  d'elles  pendant  un  temps 


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donné.  La  plaque  était,  par  exemple,  partagée  en  quatre  bandes  :  la 
première  était  conservée  à  Fabri  de  toute  lumière;  sur  la  seconde  on 
laissait  agir  le  rayonnement  de  la  lampe  pendant  li  secondes  ;  sur  la  troi- 
sième pendant  12  secondes  et  sur  la  quatrième  pendant  36  secondes.  Ces 
diverses  parties  d'une  même  plaque  étaient  ensuite  exposées  au  spectre 
pendant  3  minutes,  et,  au  sortir  de  la  boite  au  mercure,  la  plaque  montrait 
à  sa  surface  quatre  images  du  spectre  :  Tune  apparaissslit  sur  un  fond 
tout  à  fait  noir,  c'était  l'image  ordinaire  du  spectre,  telle  qu'on  l'obtient 
sur  une  plaque  non  impressionnée  ;  les  trois  autres  se  détachaient  sur  des 
fonds  de  plus  en  plus  clairs,  qui  s'étaient  formés  par  suite  d'une  exposition 
de  plus  en  plus  prolongée  à  la  lumière  de  la  lampe.  Ces  trois  images 
étaient  semblables  quant  à  l'étendue  de  l'action  négative  et  quant  aux  lieux 
occupés  par  le  maximum  de  cette  action  (pi.  1,  fig.  6,  n^  II);  elle  com- 
mençait et  elle  finissait  exactement  au  même  point,  et  la  ligne  neutre  qui 
établit  toujours  la  transition  de  l'impression  positive  à  Timpression  néga- 
tive occupait  la  même  position  dans  ces  trois  images;  de  plus,  en  compa- 
rant l'une  quelconque  de  ces  trois  images  à  la  première,  on  remarquait 
que  celle-ci,  entièrement  positive,  se  prolongeait  aussi  loin  par  son  extré- 
mité la  moins  réfrangible  que  la  partie  positive  des  trois  autres  images  ; 
il  n'y  avait  pas  eu  ainsi  manifestation  sensible  d'action  continuatrice  pour 
les  [plaques  bromées  au  point  de  présenter  le  maximum  de  sensibilité,  il 
n'y  avait  pas  de  rayons  continuateurs.  Ce  résultat  concorde  avec  les  obser- 
vations des  artistes  en  photographie ,  qui  n'ont  jamais  pu  appliquer  avec 
succès  les  verres  continuateurs  à  la  formation  des  images  daguerriennes 
sur  des  plaques  déjà  rendues  par  le  brome  éminemment  sensibles. 

Mais  revenons  à  nos  trois  images  négatives  et,  au  lieu  de  considérer 
leur  étendue  et  leurs  positions  relatives,  comparons-les  au  point  de  vue 
de  l'intensité  avec  laquelle  elles  se  détachent  sur  leurs  fonds  respectifs, 
et  nous  apercevrons  des  différences  qui  méritent  d'être  mentionnées. 

Tandis  que  l'image  n°  2,  formée  sur  un  fond  léger  résultant  d'une 
impression  qui  n'a  duré  que  k  secondes,  est  saillante  et  bien  marquée; 
tandis  qu'en  son  milieu  la  teinte  du  fond  a  complètement  disparu  et  que  la 
couche   sensible  a   été  rétablie  (restorated)    dans  son  état  primitif,  nous 


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trouvons  que  les  deux  autres  images  n*  3  et  n*  4  sont  moins  apparentes,  la 
dernière  surtout,  et  qu'en  aucun  point  de  ces  images  le  fond  n'a  été  com- 
plètement effacé;  qu'il  n'y  a  pas  eu  neutralisation  complète  de  l'impression 
produite  par  la  lampe;  que  la  couche  sensible  enfin  n'est  pas  revenue  com- 
plètement à  son  premier  état.  11  n'y  a  rien  dans  ce  résultat  qui  doive  nous 
surprendre  ;  il  était  tout  naturel  qu'une  substance  impressionnable,  ayant 
subi  une  certaine  altération,  exigeât  de  la  part  des  rayons  capables  de  la 
ramener  à  son  premier  état  unfe  action  de  plus  en  plus  prolongée  pour 
neutraliser  une  altération  de  plus  en  plus  avancée. 

Cette  expérience  a  été  répétée  au  moins  trois  fois,  en  variant  les  durées 
d'impression  et  d'exposition  au  spectre,  et  toujours  les  résultats  ont  parlé 
dans  le  même  sens.  On  peut  donc  en  tirer  les  conclusions  suivantes  : 

Le  degré  plus  ou  moins  avancé  de  l'altération  première  *  n'a  pas 
d'influence  sur  l'étendue  de  l'image  négative  produite  par  le  spectre, 
ni  sur  la  position  de  son  maximum  d'intensité. 

Pour  les  plaques  bromées  et  douées  du  maximum  de  sensibilité,  il  n'y 
a  pas  de  rayons  continuateurs. 

Plus  une  couche  sensible  a  été  impressionnée,  plus  il  faut  de  temps 
aux  rayons  capables  d'agir  négativement  pour  la  ramener  h  son  état 
primitif. 


INFLUENCE     DE     l'aCTION     PLUS     OU     MOINS     PROLONGÉE     DU     SPECTRE 
SUR    UNE    COUCHE    PRIÉAL ABLEMENT    IMPRESSIONNÉE. 

Dans  cette  série  d'expériences,  nous  n'avions  plus  à  faire  varier  la 
durée  de  l'impression  primitive;  c'est,  au  contraire,  le  spectre  qui  devait 
agir  plus  ou  moins  longtemps  sur  les  différentes  parties  d'une  même 
plaque.  Nous  avons  donc  préparé  comme  à  l'ordinaire  la  couche  éminem- 
ment sensible  que  l'iode  et  le  brome  forment  à  la  surface  de  l'argent,  et 
nous  l'avons  impressionnée  uniformément  en  la  tenant  démasquée  pendant 

4.  Ceci  n'est  vrai  qu'aulant  que  l'impression  n'est  pas  poussée  jusqu'au  point  de  solariser  la 
plaque. 


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—  32  — 

15  secondes  à  la  distance  de  3  décimètres  en  face  notre  lampe  Carcel, 
puis  nous  l'avons  portée  dans  la  chambre  noire,  au  foyer  du  système 
réfringent  qui  forme  le  spectre.  La  plaque  était  assez  large,  comparée  à 
la  hauteur  du  spectre,  pour  que  Ton  pût  obtenir  de  celui-ci  cinq  images 
parallèles  et  distantes  les  unes  des  autres  de  quelques  millimètres.  Les 
temps  employés  à  former  ces  diverses  images  ont  varié  comme  il  suit  : 

Pour  la  première,  120  secondes;  pour  la  deuxième,  60  secondes; 
pour  la  troisième,  25  secondes;  pour  la  quatrième,  10  secondes;  pour  la 
cinquième,  5  secondes. 

Après  l'action  du  mercure,  nous  avons  pu  comparer  entre  eux  les 
résultats  de  ces  diverses  impressions ,  que  nous  représenterons  par  la 
figurée,  pL  l,n*  III. 

Quand  on  rapproche  Tune  de  Tautre  les  images  1  et  5,  on  aperçoit 
entre  elles  certaines  différences  :  dans  l'image  1  la  partie  négative  est 
moins  étendue  que  dans  l'image  5  et  elle  répond  à  une  portion  moins 
réfrangible  du  spectre;  en  même  temps,  les  maximums  ne  se  corres- 
pondent pas  et  celui  de  la  première  image  est  plus  reculé  vers 
l'extrême  rouge  que  celui  de  la  dernière.  Si  l'on  jette  ensuite  un  coup  d'oeil 
sur  les  images  2,  3  et  4,  on  trouve  que,  parleurs  caractères  intermédiaires, 
elles  établissent  une  transition  entre  la  première  et  la  cinquième.  En 
remontant  de  l'image  qui  n'a  exigé  que  5  secondes  pour  se  produire,  vers 
celle  qui  s'est  formée  en  120  secondes,  on  voit  le  maximum  de  l'action 
négative  apparaître  d'abord  vers  la  raie  C,  puis  se  reculer  jusqu'au  point 
de  se  placer  à  peu  près  à  la  moyenne  distance  entre  A  et  B.  Par  des  expé- 
riences isolées  et  longtemps  prolongées,  nous  nous  sommes  assurés  que  ce 
maximum  continue  à  rétrograder  vers  le  rouge  extrême  à  mesure  que 
l'action  du  spectre  continue  d'agir;  nous  l'avons  vu  plusieurs  fois  atteindre 
et  même  dépasser  la  raie  A. 

La  durée  de  l'exposition  du  spectre  a  aussi  une  influence  marquée 
sur  la  position  qu'occupe  la  ligne  neutre  qui  sépare  les  parties  positives 
et  négatives  de  l'image.  D'abord  située  dans  le  vert  au  moment  de  la 
première  impression,  cette  limite  recule  successivement  dans  le  jaune  et 
l'orangé,  par  suite  d'une  exposition   de  plus  en   plus  prolongée  de  la 


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—  33  — 

plaque  à  la  radiation  prismatique.  La  variabilité  de  position  occupée  par 
cette  ligne  nous  a  semblé  un  fait  digne  de  remarque;  en  effet,  puisque 
celte  limite  n'est  pas  fixe,  elle  vient  se  placer  tantôt  au  delà,  tantôt  en 
deçà  de  certains  points  de  l'épreuve  qui  se  trouvent  par  là  même  rejetés 
tantôt  dans  la  partie  positive,  tantôt  dans  la  partie  négative,  et  les  rayons 
qui  leur  correspondent  présentent  les  propriétés  singulières  de  produire 
un  résultat  positif  ou  négatif,  selon  leur  intensité  propre  et  selon  la  durée 
de  leur  action.  Ces  rayons,  à  réaction  variable,  occupent  dans  le  spectre 
précisément  la  position  que  leur  assignent  leurs  propriétés  mixtes;  ils  sont 
situés  dans  le  jaune  et  dans  l'orangé,  entre  les  rayons  qui  agissent  toujours 
d'une  manière  positive  et  ceux  qui  exercent  toujours  une  action  négative. 
Dans  l'effet  produit  par  les  rayons  mixtes,  l'action  négative  précède 
toujours  l'action  positive,  ainsi  que  l'indique  le  sens  même  dans  lequel 
se  transporte  la  ligne  neutre;  et,  comme  tout  est  continu  dans  le  spectre, 
ceux  des  rayons  mixtes  qui  sont  le  plus  réfrangibles  produisent  un  effet 
négatif  peu  durable  et  qui  est  bientôt  remplacé  par  l'effet  positif,  tandis  que 
ceux  qui  sont  le  moins  réfrangibles  produisent  un  effet  négatif  plus 
persistant  et  qui  ne  le  cède  à  l'effet  inverse  que  par  suite  d'une  radiation 
vive  et  longtemps  prolongée.  On  peut  se  représenter  géométriquement  la 
série  de  ces  phénomènes,  en  supposant  que  la  courbe  5,  représentant  la 
première  impression  du  spectre,  se  modifie  graduellement  en  passant 
successivement  par  les  états  indiqués  en  3  et  2,  pour  acquérir  définiti- 
vement la  forme  qu'on  lui  voit  en  1. 

Le  rôle  des  rayons  mixtes  ayant  été  analysés  de  la  sorte,  on  ne 
s'étonnera  plus  de  certaines  particularités  que  présentent  nos  épreuves  et 
qui  auraient  semblé,  au  premier  abord,  difficiles  à  expliquer.  Dans  la  partie 
positive,  les  raies  propres  du  spectre  se  détachent  en  noir  comme  dans  la 
nature  ;  dans  la  partie  négative,  au  contraire,  les  raies  apparaissent  en 
clair,  car  elles  laissent  persister  la  teinte  du  fond;  exemple  la  raie  A  qui, 
dans  toutes  nos  épreuves,  se  montre  sous  la  forme  d'une  double 
ligne  blanche.  Mais,  puisque  les  parties  positives  et  négatives  ne  sont 
pas  toujours  contenues  dans  les  mêmes  limites,  il  y  a  certaines  raies 
qui    doivent   figurer   tantôt  dans  Tune,    tantôt  dans  l'autre,    tantôt   en 

5 


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noir,  tantôt  en  blanc;  c'est  ce  qui  arrive  notamment  à  la  raie  D^  laquelle, 
très-distincte  par  elle-même,  se  distingue  en  blanc  dans  les  images  peu 
avancées  et  tire  ensuite  au  noir  dans  les  images  engendrées  par  une  expo- 
sition de  longue  durée. 

C'est  encore  à  la  même  cause  qu'il  faut  rapporter  le  bord  noir  qui, 
dans  certaines  épreuves,  prend  naissance  à  la  partie  négative  et  s'étend  en 
cernant  la  partie  positive  jusque  dans  le  rayon  du  vert  et  au  commence- 
ment du  bleu. 

Il  est  rare,  à  moins  de  recourir  à  des  précautions  toutes  spéciales, 
qu'on  obtienne  un  spectre  dont  les  raies  soient  nettes  en  même  temps  que 
les  bords,  et,  dans  la  mise  au  point,  on  a  l'habitude  de  sacrifier  celles-ci  à 
ceux-là.  L'image  prismatique  reçue  sur  la  plaque  ne  possède  plus  alors  la 
même  intensité  dans  toute  sa  hauteur,  l'action  marche  plus  vite  au  milieu 
de  l'image  où  l'intensité  prédomine  que  sur  ses  limites  inférieure  et  supé- 
rieure; il  en  résulte  tout  naturellement  que  les  bords  de  l'image,  faible* 
ment  affectés,  en  restent  à  la  période  d'action  négative  et  conservent  une 
teinte  foncée,   tandis   que  les   points  plus  en  pleine  lumière,  quoique 
exposés  aux  mêmes  radiations,  traversent  rapidement  cette  période  d'action 
négative  et  prennent  une  teinte  plus  ou  moins  avancée.  Pour  preuve  de 
l'exactitude  de  cette  explication,  nous  ajouterons  que  l'on  prévient  sûre- 
ment la  formation  du  liséré  noir  dès  qu'on  s'astreint  à  mettre  exactement 
au  point  les  bords  supérieur  et  inférieur  du  spectre.  Des  expériences  que 
nous  venons  de  décrire  et  de  la  discussion  à  laquelle  nous  les  avons  sou- 
mises nous  pouvons  conclure  : 

Que  la  durée  de  l'exposition  au  spectre  influe  aussi  bien  que  la  viva- 
cité de  la  radiation  sur  la  nature  de  Timage  produite  sur  une  plaque  iodo- 
bromée  et  convenablement  impressionnée  ; 

Que  la  partie  négative  de  l'image  se  déplace  et  se  transporte  vers 
l'extrémité  la  moins  réfrangible  du  spectre  au  fur  et  à  mesure  que  grandit 
la  somme  d'action  photogénique  exercée  sur  la  plaque;  qu'en  même  temps 
cette  image  se  retient  quelque  peu  et  que  son  maximum  visible  recule 
comme  elle,  ainsi  que  la  limite  ou  ligne  neutre  qui  la  sépare  de  l'image 
positive; 


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—  35  — 

Que  le  déplacement  de  cette  ligne  neutre  révèle  entre  les  deux  espèces 
de  rayons  qui  agissent  toujours  d'une  manière  positive  ou  négative,  une 
troisième  classe  de  rayons  susceptibles  d'agir  successivement  d'une  et 
d'autre  sorte; 

Que  toujours  l'action  négative  précède  l'action  positive,  en  sorte  que 
ces  rayons  intermédiaires  confinés  dans  le  vert,  le  jaune  et  l'orangé  se 
comportent,  par  rapport  à  la  couche  impressionnée,  comme  s'ils  devaient 
d'abord  détruire  l'effet  produit  par  d'autres  rayons,  pour  modifier  ensuite 
cette  couche  à  leur  manière  propre  et  spéciale  ; 

Que  celte  classe  de  rayons  une  fois  reconnue  et  admise,  on  explique 
facilement  pourquoi  certaines  raies,  la  raie  D,  par  exemple,  se  détache 
tantôt  en  clair,  tantôt  en  noir,  suivant  la  quantité  d'action  lumineuse  qui 
a  concouru  à  former  l'épreuve  ;  qu'on  explique  également  la  formation  du 
liséré  foncé  qui  entoure  une  portion  de  Timage  positive  d'un  spectre  dont 
les  bords  manquaient  de  netteté. 

Après  avoir  reconnu,  dans  certains  rayons,  la  propriété  singulière 
d'agir  successivement  en  deux  sens  opposés,  nous  ne  pouvions  guère  nous 
en  tenir  à  la  simple  constatation  de  ce  fait;  nous  avons  recherché,  par  des 
moyens  rationnels,  à  lui  donner  plus  d'importance  et  de  généralité  et 
nous  nous  sommes  posé  les  questions  suivantes  : 

Chaque  rayon  simple  ne  serait-il  pas  doué  d'une  spécialité  d'action 
qui  le  rendrait  incapable  de  continuer  l'altération  commencée  par  d'autres 
rayons  d'une  réfrangibilité  plus  ou  moins  différente,  auquel  cas  l'extrême 
violet  devrait  commencer  par  agir  négativement  sur  une  plaque  impres- 
sionnée par  l'orangé  ou  le  rouge?  Les  expériences  que  nous  décrivons 
plus  loin  nous  ont  bientôt  montré  qu'il  n'en  est  pas  ainsi.  Jamais  nous 
n'avons  pu  obtenir  d'impression  négative  en  faisant  agir  sur  une  môme 
plaque  des  r.iyons  de  plus  en  plus  réfrangibles.  Mais,  en  suivant  l'ordre 
inverse,  on  produit  assez  facilement  ces  sortes  d'impression*  Il  nous  restait 
donc  encore  à  examiner  si,  sur  une  plaque  impressionnée  exclusivement 
par  les  rayons  les  plus  réfrangibles,  la  partie  négative  de  l'image  foncée 
par  le  spectre  ne  présenterait  pas  une  plus  grande  étendue.  En  d'autres 
termes,  nous  nous  sommes  demandé  si,  dans  les  rayons  peu  réfrangibles, 


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—  36  — 

Faptitude  à  produire  une  impression  négative  n'était  pas  tellement  liée  à  la 
nature  de  l'impression  première,  qu'on  ne  pût  manifester  la  même  apti- 
tude dans  des  rayons  de  plus  en  plus  avancés  dans  le  spectre,  en  les  faisant 
tomber  sur  une  couche  impressionnée  par  des  radiations  de  plus  en  plus 
réfrangibles.  Sur  ce  point  encore  nos  expériences  n'ont  pas  donné  les 
résultats  aussi  saillants  que  ce  que  nous  avions  prévu;  nous  allons  toute- 
fois faire  connaître  la  manière  dont  nous  avons  procédé. 


PROClâDlâ  EMPLOYÉ  POUR  IMPRESSIONNER  UNIFORMIÉMENT  UNE  PLAQUE 
AVEC  DES  RAYONS  DE  RÉFRANGIRILITÉ  DÉTERMINJÎE.  —  EFFETS 
QUI     EN     RÉSULTENT. 

La  lumière  de  la  lampe  est  d'un  emploi  très-commode  et  convient 
parfaitement  dans  les  cas  où  l'on  se  propose  de  projeter  sur  une  plaque 
une  lumière  uniforme  et  sensiblement  blanche  ;  mais  du  moment  où  nous 
nous  sommes  proposé  d'impressionner  nos  plaques  avec  des  lumières 
colorées,  il  a  fallu  songer  à  emprunter  au  spectre  lui-même  les  éléments 
lumineux  dont  nous  voulions  faire  usage  et  à  les  étaler  uniformément  sur 
une  large  surface,  comparable  en  étendue  à  celle  de  nos  plaques.  C'est 
ainsi  que  nous  avons  été  conduits  à  disposer  un  système  réfringent  spécia- 
lement destiné  à  impressionner  les  couches  sensibles.  Nous  allons  en  faire 
connaître  la  composition;  ce  sera  une  occasion  pour  nous  de  décrire  avec 
quelques  détails  une  des  belles  expériences  qu'on  puisse  faire  en  optique, 
et  qu'un  professeur  puisse  dans  un  cours  mettre  sous  les  yeux  des  élèves. 

Un  faisceau  de  lumière  rendu  fixe  et  horizontal  pénètre  dans  la  chambre 
noire  par  la  fente  verticale  F  (fig.  2),  large  d'un  millimètre  au  moins.  A 
un  mètre  et  demi  de  distance,  ce  faisceau,  qui  s'est  dilaté  en  chemin  par 
suite  de  la  grandeur  de  l'angle  solaire,  tombe  sur  une  surface  du  prisme 
vertical  P  et  ressort  par  la  face  opposée  suivant  une  direction  nouvelle. 
Reçu  sur  un  écran  opaque  E,  aussitôt  après  sa  sortie  du  prisme,  ce  faisceau 
y  trace  une  image  presque  entièrement  blanche,  sauf  sur  les  bords  latéraux, 
où  l'on  commence  à  distinguer  des  bandes  irisées.  Perçons  donc  cet  écran 


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—  37  — 

d'une  ouverture  quadrangulaire  de  dimension  à  laisser  passer  la  partie 
blanche  du  faisceau  et  à  retenir  les  portions  colorées  et  nous  serons  sûr 
qu'au  niveau  de  cette  ouverture  la  lumière  qui  passe  est  encore  indécom- 
posée. Laissons  ce  faisceau  continuer  sa  route,  et  30  centimètres  plus  loin 
recevons-le  en  totalité,  quoique  déjà  dispersé  sur  la  surface  d'une  lentille 
convergente  de  24  centimètres  de  foyer  L.  A  la  distance  focale  principale  de 
cette  lentille  se  formera  un  petit  spectre  solaire  assez  pur  pour  laisser  voir 
les  principales  raies  de  Fraunhofer;  mais  à  une  distance  beaucoup  plus 


Fig.  2. 


grande,  à  la  distance  de  l'",20  environ,  il  se  formera  dans  l'espace  une 
image  amplifiée  de  l'ouverture  rectangulaire  du  diaphragme,  et  si,  à  partir 
de  cette  ouverture  tous  les  rayons  ont  suivi  librement  leur  trajet,  si  aucun 
d'eux  n'a  été  intercepté  en  route,  l'image  amplifiée  de  l'ouverture  sera 
parfaitement  et  uniformément  blanche,  comme  le  faisceau  lui-même  au 
moment  où  il  passe  au  niveau  du  diaphragme.  Ainsi  notre  faisceau  de 
lumière  se  dégage  parfaitement  blanc  de  l'ouverture  rectangulaire  du 
diaphragme,  puis  il  se  disperse  et  va  se  constituer  au  foyer  de  la  lentille  L 
en  un  petit  spectre  r  t;  que  l'on  peut  étudier  sur  un  écran;  puis  continuant 
leur  route,  les  rayons  des  diverses  couleurs  vont  îi  la  rencontre  les  uns 
des  autres,  malgré  la  dilatation  toujours  croissante  du  faisceau,  et  à  une 
certaine  distance  dans  l'espace,  la  lumière  blanche  est  recomposée  en  une 
image  amplifiée  de  l'ouverture  d'où  elle  est  partie.  Là  vous  pouvez  placer 
un  écran  et  vous  y  verrez  se  dessiner  une  image  blanche  et  rectangulaire 
dont  les  dimensions  sont  données  par  la  loi  des  foyers  conjugués.  Jusque- 
là  nous  ne  faisons  qu'assister  à  une  décomposition  et  à  une  recomposition 
très-nette  et  très-complète  de  la  lumière  bLinche.  Tous  les  rayons  partis 
d'un  point  se  séparent,  se  disposent  en  spectre  et  vont  converger  vers  un 
nouveau  point  de  concours.  Mais,  de  tous  ces  rayons  qui  partent  ensemble, 


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—  38  — 

rien  n'est  plus  facile  que  d'arrêter  une  partie  en  route  et  de  laisser  les 
autres  continuer  leur  marche  ;  il  n'y  a  qu'à  placer  dans  le  plan  focal  du 
petit  spectre  un  obstacle  configuré  de  manière  à  arrêter  certaines  couleurs 
et  à  laisser  passer  les  autres;  le  spectre  se  trouvera  partagé  de  la  sorte  en 
parties  nécessairement  complémentaires,  dont  une  seulement  concourra  à 
former  l'image  terminale,  laquelle  revêtira  aussitôt  les  plus  vives  couleurs. 
On  dispose  du  petit  spectre  d'une  manière  tout  à  fait  arbitraire  :  les  raies 
sont  là  qui  servent  de  point  de  repère  ;  on  peut  absolument  laisser  passer 
tel  rayon  qu'on  veut;  on  peut  même  disposer  de  l'intensité  de  chacun 
d'eux  en  les  diminuant  sur  leur  hauteur;  par  conséquent  on  peut  donner 
à  l'image  rectangulaire  toutes  les  teintes  imaginables,  qui  ne  cesseront  pas 
d'être  uniformes  tant  que  les  obstacles  opposés  aux  rayons  du  spectre 
seront  placés  exactement  au  foyer.  Cette  image  est  très-propre  à  remplir 
le  but  que  nous  nous  étions  proposé,  car  elle  est  susceptible  de  prendre 
toutes  les  teintes  possibles;  elle  est  étendue  et  uniforme,  et  en  la  laissant 
tomber  sur  une  plaque  daguerrîenne,  on  est  sûr  de  produire  une  impres- 
sion due  exclusivement  à  l'action  des  rayons  qu'on  a  laissés  passer.  Mais, 
indépendamment  de  l'application  spéciale  qui  nous  a  porté  à  disposer  ainsi 
un  appareil  réfringent,  qu'il  nous  soit  permis  de  faire  remarquer  le  parti 
que  l'on  peut  tirer  de  ce  système  optique  pour  étudier  la  manière  dont  les 
teintes  se  composent.  Tous  les  rayons  simples  sont  rangés  par  ordre  dans 
ce  petit  spectre,  comme  les  couleurs  sur  la  palette  d'un  peintre,  et  le 
physicien  peut  faire  son  choix;  il  peut  à  volonté  prendre  tels  et  tels  rayons, 
les  étaler  en  surface,  les  combiner  ensemble  sur  l'écran  en  toute  propor- 
tion et  procéder  dans  cette  opération  d'une  manière  aussi  sûre,  aussi 
positive  que  l'artiste  quand  il  prend  ses  couleurs  matérielles  et  qu'il  les 
mélange  pour  les  jeter  sur  la  toile*. 

Nous  avons  donc  eu  recours  à  ce  mode  d'expérimentation,  d'abord  pour 
impressionner  une  plaque  iodo-bromée  avec  la  lumière  rouge,  dans  le  but 
de  rechercher  si,  dans  ces  conditions,  les  rayons  les  plus  réfrangibles  ne 
produiraient  pas  une  action  négative.  Les  rayons  employés  pour  produire 

4 .  Voir  ci-après  :  Sur  la  recomposition  des  couleurs  du  spectre  en  teintes  plates. 


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—  39  — 

sur  la  couche  sensible  cette  impression  uniforme  étaient  ceux  compris 
entre  les  raies  B  et  D.  Comme  ils  sont  par  eux-mêmes  peu  actifs,  II  n'a  pas 
fallu  moins  de  29  minutes  pour  compléter  cette  opération  préalable. 
Ensuite  on  a  fait  tomber  pendant  60  secondes  le  spectre  entier  sur  cette 
couche  ainsi  impressionnée.  Cette  expérience,  plusieurs  fois  reproduite,  a 
donné  pour  résultat  une  image  ordinaire  du  spectre,  dépourvue  d'impres- 
sion négative  à  Tune  et  à  l'autre  de  ses  extrémités  (pi.  I,  fig.  6,  n*  IV). 
Les  rayons  les  moins  réfrangibles ,  qui  d'ordinaire  manifestent  ce  genre 
d action,  sont  restés  impuissants  à  la  produire  sur  une  couche  impres- 
sionnée seulement  par  les  rayons  rouges;  les  plus  réfrangibles  ont  con- 
tinué à  agir  comme  d'habitude. 

Ainsi  sur  la  couche  sensible  formée  par  l'iode  et  le  brome  à  la  surface 
de  l'argent  et  préalablement  impressionnée  par  le  rouge,  l'image  du 
spectre  vient  tout  entière  positive. 

Pour  les  expériences  suivantes,  nous  avons  fait  nos  impressions  de 
fond  avec  des  rayons  empruntés  à  des  régions  de  plus  en  plus  voisines 
de  l'extrémité  la  plus  réfractée  du  spectre.  En  nous  servant  des  rayons 
orangés  et  jaunes  compris  entre  C  et  E,  nous  avons  impressionné  une 
plaque  sur  laquelle  l'action  prolongée  du  spectre  a  fait  poindre  une 
impression  négative  correspondant  à  l'espace  A  B. 

Passant  aux  rayons  bleus  compris  entre  G  et  H  pour  produire  l'impres- 
sion primitive,  nous  avons  déterminé,  sur  la  plaque,  un  commencement 
d'altération  générale  assez  comparable  à  celui  qu'occasionne  la  lumière 
blanche,  car  ces  rayons  sont  ceux  qui  possèdent  le  maximum  d'activité 
photographique,  et,  en  effet,  le  spectre,  en  tombant  sur  la  couche  ainsi 
modifiée,  a  fourni  des  résultats  qui  rappellent  ceux  obtenus  sur  les  plaques 
impressionnées  à  la  lampe.  L'action  négative  s'est  d'abord  montrée  à  partir 
de  la  raie  A,  s'étendant  jusqu'à  la  moyenne  distance  entre  D  et  E;  puis, 
à  mesure  que  le  spectre  continuait  d'agir,  cette  action  semblait  reculer  vers 
l'extrémité  la  moins  réfrangible  (pi.  1,  Hg.  6,  n**  V). 

Enfin,  nous  avons  impressionné  une  plaque  avec  les  rayons  gris- 
lavande  presque  invisibles  situés  au  delà  de  H.  Sur  la  couche  ainsi  mo- 
difiée, la  partie  négative  de  l'image  du  spectre  s'est  avancée  plus  loin  que 


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jamais  vers  le  milieu  du  spectre,  elle  s*est  étendue  jusqu'à  la  raie  E 
(pi.  1,  fjg.  6^  no  VI). 

On  ne  peut  donc  se  refuser  à  admettre  qu'il  existe  sur  la  limite  de 
Torangé,  dans  le  jaune  et  au  commencement  du  vert,  des  rayons  suscep- 
tibles d'agir  en  deux  sens  opposés;  qu'en  tombant  sur  une  lame  déjà 
impressionnée  par  des  radiations  d'une  réfrangibililé  inférieure,  égale  ou 
peu  supérieure,  ces  rayons  agissent  immédiatement  d'une  manière  posi- 
tive ;  mais  que  si  l'impression  préalable  est  due  à  l'influence  de  radiations 
d'une  réfrangibilité  suffisamment  élevée,  ces  mêmes  rayons  commencent 
par  agir  négativement  et  persistent  d'autant  plus  dans  ce  mode  d'action 
que  la  source  lumineuse  employée  à  produire  l'impression  première  émet 
des  radiations  d'une  réfrangibilité  plus  forte. 

En  recourant,  pour  impressionner  nos  plaques^  à  un  procédé  qui  nous 
permettait  d'employer  exclusivement  telle  ou  telle  lumière  simple,  nous 
nous  attendions  à  reconnaître  que  tout  rayon  simple  agit  positivement  par 
rapport  à  ceux  qui  le  précèdent,  et  négativement  par  rapport  à  ceux  qui  le 
suivent  dans  l'ordre  de  leurs  réfrangibilités  respectives,  et  nous  espérions 
étendre  ainsi  à  la  majorité  des  rayons  du  spectre  cette  variabilité  d'action 
que  nous  avons  bien  réellement  reconnue  à  une  petite  portion  seulement 
d'entre  eux.  Mais  quelque  soin  que  nous  ayons  mis  à  varier  ces  expé- 
riences, nous  ne  sommes  arrivés  à  confirmer  ces  actions  successives 
qu'entre  les  limites  étroites  où  elles  s'étaient  d'abord  montrées  à  nous, 
alors  que  nous  nous  bornions  à  produire  en  des  temps  variables  une  série 
d'épreuves  du  spectre  sur  une  plaque  impressionnée  en  blanc. 

Les  rayons  susceptibles  d'agir  ainsi  en  deux  sens  opposés  nous  ont 
paru  se  localiser  dans  le  jaune,  dans  la  fin  de  l'orangé  et  le  commencement 
du  vert.  C'est  en  opérant  sur  des  plaques  iodées  et  bromées  que  nous 
avons  reconnu  et  étudié  leur  manière  d'agir.  Il  est  très-probable  que  des 
phénomènes  analogues  se  produiraient  sur  d'autres  couches  sensibles;  il 
est  très-probable  aussi  qu'ils  ne  seraient  pas  dus  aux  mêmes  radiations; 
nous  n'avons  pas  cru  devoir  en  faire  l'objet  de  recherches  spéciales.  Ce 
qu'il  y  avait  d'important  pour  nous,  c'était  de  démontrer  que  l'action  néga- 
tive de  l'extrémité  la  moins  réfrangible  du  spectre ,  si  facile  à  mettre  en 


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-41  -^ 

évidence  quand  on  opère  sur  les  plaques  bromées,  se  reproduit  également 
sur  la  plupart  des  matières  impressionnables  à  la  lumière,  pourvu  qu'on, 
ait  recours  aux  précautions  que  réclame  leur  moindre  sensibilité. 

Nous  avons  opéré  sur  les  plaques  simplement  iodées  de  M.  Daguerre, 
puis  sur  les  plaques  iodées  et  rendues  plus  sensibles  par  Tapplication  du 
chlore;  nous  avons  employé  encore  deux  nouvelles  couches  sensibles,  peu 
connues,  qu'on  obtient  par  l'application  du  chlore  et  du  brome  en  excès; 
enfin,  nous  avons  expérimenté  sur  des  papiers  enduits  de  chlorure  d'ar^ 
gent;  toujours  le  même  effet  s'est  reproduit  sous  l'influence  plus  où  moins 
prolongée  des  rayons  peu  réfrangibles.  II  nous  reste  h  faire  connaître, 
comment  nous  avons  procédé. 


£SSAIS    SUR    DIVERSES     COUCHES    SENSIRLES» 

C'est  particulièrement  sur  la  couche  simple  d'iodure  d'argent  telle 
que  M.  Daguerre  la  formait,  que  nous  avons  eu  hâte  de  retrouver  l'appa- 
rition du  phénomène  précédemment  étudié  sur  les  plaques  bromées.  Le 
défaut  de  sensibilité  de  cette  substance  nous  arrêta  d'abord;  mais  ayant 
augmenté  graduellement  la  durée  d'exposition  de  nos  plaques  au  spectre 
solaire,  nous  avons  bientôt  reconnu  qu'au  bout  d'un  temps  très-long  et 
surtout  en  donnant  au  spectre  toute  l'intensité  possible,  la  lumière,  diffusée 
aux  surfaces  de  nos  appareils,  devenait  assez  puissante  pour  impressionner 
notre  plaque  en  dehors  même  de  l'image  du  spectre,  assez  puissante  aussi 
pour  masquer  l'action  négative  qui  tendait  à  se  produire.  Renonçant  donc 
à  recevoir  le  spectre  entier,  nous  avons  placé  sur  la  fente  qui  admettait  la 
lumière  solaire  deux  épaisseurs  d'un  verre  rouge  clair  qui  supprimait  loqs 
les  rayons  les  plus  réfrangibles  à  partir  de  l'orangé.  Le  spectre  visible 
ainsi  réduit  à  la  partie  rouge,  nous  l'avons  fait  tomber  sur  une  plaque  4 
riode  que  nous  avions  impressionnée  tout  simplement  à  la  luniière  du  jour, 
et,  après  une  heure  d'une  pareille  exposition,  la  plaque  a  donné  au  mer- 
cure une  image  partie  positive,  partie  négative.  La  partie  négative  était  à 
la  fois  très-manifeste  et  très-limitée;  elle  commençait  au  delà  de  la  raie  A, 

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s'étendait  à  une  très-petite  distance  et  correspondait  à  des  rayons  à  peu 
près  invisibles  (pi.  1,  fig.  6,  n"  Vil). 

Les  rayons  capables  de  produire  une  action  négative  sur  les  plaques 
préparées  à  l'iode  seul  et  impressionnées  sont  donc  en  très-petite  quantité 
et  situés  au  delà  du  rouge  extrême.  L'énorme  prédominance  des  rayons 
qui;  sur  les  plaques  à  l'iode  agissent  d'une  manière  positive,  rend  suffi- 
samment compte  de  la  nécessité  de  recourir  au  verre  rouge  pour  arrêter 
la  partie  diffusée  de  ces  rayons,  qui  viendraient,  sans  cette  précaution,  se 
mêler  à  la  petite  quantité  des  rayons  agissant  à  la  manière  inverse  et 
masqueraient  leur  effet.  Cette  particularité  explique  aussi  pourquoi  la 
couche  simple  d'iodure  d'argent  a  semblé,  pour  quelques  expérimentateurs, 
ne  pouvoir  se  prêter  à  chercher  l'action  photographique  spéciale  qui  fait 
l'objet  de  ce  mémoire. 

Tout  en  poursuivant  ces  recherches,  nous  ne  perdions  pas  de  vue 
l'action  continuatrice  annoncée  par  M.  Edmond  BecquereL  Sur  les  plaques 
bromées,  elle  ne  s'est  jamais  manifestée;  sur  les  plaques  à  l'iode,  au 
contraire,  elle  s'est  toujours  montrée  d'une  manière  évidente.  Qu'un 
spectre  tombe  sur  une  plaque  iodée  non  impressionnée,  il  y  trace  une 
image  qui  commence  à  la  moyenne  distance  comprise  entre  F  et  G  et  qui 
s'étend,  comme  on  le  sait,  bien  au  delà  du  violet;  mais,  pour  peu  que  la 
plaque  ait  déjà  subi  une  impression  faible,  toute  la  partie  visible  du  spectre 
restée  inaclive  dans  le  premier  cas,  devient  capable  de  former  une  image 
positive  dont  le  mîiximum  est  en  D.  Malgré  son  peu  de  sensibilité ,  la 
plaque  iodée  de  M.  Daguerre  permet  donc  de  con.stater  les  trois  modes 
d'action  annoncés  jusqu'ici.  Action  négative  correspondant  à  des  radia- 
tions invisibles  situées  au  delà  de  A,  action  continuatrice  positive  due  aux 
rayons  compris  entre  la  raie  A  et  la  demi-distance  entre  F  et  G  ;  action 
immédiatement  positive  due  aux  rayons  les  plus  réfrangibles  compris  à 
partir  de  ce  point. 

Plaques  préparées  à  Viode  et  au  chlore.  —  On  emploie  souvent,  pour 
augmenter  la  sensibilité  des  plaques  iodées,  une  substance  moins  efficace 
que  le  brome,  le  chlorure  d'iode,  qui  n'agit  évidemment  que  par  le  chlore 
qu'elle  contient.  Nous  nous  sommes  proposé  de  faire  quelques  expériences 


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sur  cette  couche  sensible  que  le  fréquent  usage  qu'on  en  fait  ne  nous 
permettait  pas  de  négliger,  mais  au  lieu  de  la  former  par  Tapplication 
successive  de  l'iode  et  du  chlorure  d'iode,  nous  avons  préféré  recourir 
isolément  à  l'iode  et  au  chlore  en  mettant  en  pratique,  pour  ce  dernier 
corps,  la  méthode  qui  nous  réussissait  si  bien  pour  l'emploi  du  brome. 
Débarrassés  des  incertitudes  inhérentes  à  l'emploi  du  chlorure  d'iode, 
nous  sommes  bientôt  arrivés  en  lui  substituant  une  solution  titrée  de 
chlore  à  préparer  des  plaques  identiques  entre  elles  et  à  les  rendre  à  coup 
sûr  aussi  sensibles  que  possible.  Cette  méthode  d'application  du  chlore 
étant  calquée  de  tous  points  sur  celle  qui  nous  sert  pour  le  brome,  nous 
ne  nous  arrêterons  pas  à  la  décrire  et  nous  passons  aux  résultats  obtenus. 
Sous  tous  les  rapports,  la  plaque  chlorée  vient  se  placer  entre  la 
plaque  iodée  et  la  plaque  bromée,  elle  est  cinq  ou  six  fois  plus  sensible 
que  la  première  et  beaucoup  moins  sensible  que  la  seconde,  aussi  sommes* 
nous  arrivés  assez  promptement  à  constater  qu'elle  est  apte  comme  l'une 
et  l'autre  à  manifester  l'action  inverse  des  rayons  les  moins  réfrangibles. 
Il  a  fallu  l'impressionner  30  ou  &0  secondes  h  la  lampe  et  l'exposer  au 
spectre  pendant  10  minutes  pour  obtenir  une  épreuve  du  faisceau  dispersé, 
terminée  à  l'extrémité  la  moins  déviée  par  une  ombre  bien  sensible  cor- 
respondant en  son  milieu  à  la  raie  A  s'étendant  d'une  part  jusqu'à  a  et 
gagnant  d'autre  part  la  région  des  rayons  invisibles. 

Plaques  iodées  traitées  par  le  chlore  et  le  brome  en  excès.  —  Outre  les 
couches  sensibles  que  nous  venons  de  passer  en  revue  on  peut  encore 
en  former  d'autres  sur  les  plaques  qui  se  distinguent  par  des  propriétés 
spéciales  et  qui,  à  ce  titre,  méritaient  aussi  de  fixer  notre  attention; 
on  s'arrête  ordinairement  dans  l'application  du  brome  et  du  chlore  aux 
plaques  iodées  h  une  certaine  limite  que  l'on  a  crue  longtemps  infran- 
chissable, cette  limite  est  posée  par  un  accident  qui  survient  presque 
constamment  quand  on  la  dépasse.  Fait-on  absorber  aux  plaques  iodées 
une  quantité  de  chlore  ou  de  brome  un  peu  supérieure  à  celle  reconnue 
convenable  pour  lui  donner  le  maximum  de  sensibilité,  il  se  produit  dans 
la  pellicule   dont  l'argent  s'est  recouvert  une   révolution  telle   qu'elle 


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semble  perdre  brusquement  sa  sensibilité,  son  aspect  physique  ne  change 
pas  pour  cela,  elle  continue  dé  noircir  au  grand  jour,  mais  elle  a  perdu  la 
faculté  de  condenser  la  vapeur  de  mercure  en  'quantité  proportionnelle 
à  la  somme  d'action  du  fluide  lumineux,  elle  n^est  plus  propre  à  former 
épreuve  et  mise  en  présence  des  vapeurs  mercurielles ,  elle  s'en  recouvre 
uniformément  et  prend  un  aspect  chatoyant  et  irisé,  c'est  ce  que  les  artistes 
en  photographie  appellent  le  voile  de  brome  et  de  chlore.  L*apparilion  de  ce 
voile  est  donc  Tindice  certain  d'un  léger  excès  de  vapeur  accélérative 
brome  ou  chlore.  Mais,  chose  singulière,  l'un  de  nous  en  commun  avec 
M.  BelGeld  Lefèvre  a  montré^  en  septembre  18ù6,  qu'un  excès  de  brome 
plus  considérable  encore  reconstituait  la  couche  daguerrienne  dans  un 
nouvel  état  qui  la  rendait  de  nouveau  sensible. 

i  La  dose  de  brome  nécessaire  à  la  production  de  ce  singulier  résultat 
est  égale  à  trois  fois  la  dose  ordinaire,  à  trois  fois  celle  qui  convient  pour 
porter  une  plaque  au  maximum  de  sensibilité;  mais  il  est  à  remarquer 
qu'en  prenant  trois  fois  plus  de  brome,  la  plaque  devient  trois  fois  moins 
sensible.  Nous  avons  reconnu  depuis  que  le  chlore  donne  lieu  aux  mêmes 
phénomènes.  Nous  avons,  dès  lors,  à  notre  disposition  deux  nouvelles 
couches  sensibles  qui  se  distinguent  à  plusieurs  égards  de  celles  qu'on 
emploie  communément.  Soumises  comme  les  autres  à  l'expérience,  elles 
ont  également  rendu  manifeste  l'activité  négative  de  l'extrémité  la  moins 
réfrangible  du  spectre  photographique.  Sur  les  plaques  bromées  à  triple 
dose  dont  la  sensibilité  est  encore  très-grande,  l'image  négative  s'est  mon- 
trée sans  peine,  son  maximum  correspondait  à  la  raie  A  (pi.  l,fig.6,  n**  IX). 

Mais  les  plaques  chlorées  à  triple  dose,  dont  la  sensibilité  n'est  que 
peu  supérieure  à  celle  des  plaques  préparées  à  l'iode  seul,  ont  résisté  plus 
longtemps  à  nos  efforts,  il  a  fallu  recourir  au  verre  rouge  pour  supprimer 
la  diffusion  des  rayons  réfrangibles  et  pour  faire  apparaître  l'image  néga- 
tive qui  se  trouve  reléguée  comme  sur  les  plaques  à  l'iode  seul  au  delà  de 
la  raie  A  (pU  1,  fig.  6,  n*  VIII).  Enfin,  comme  dernier  trait  de  ressem- 
blance, nous  avons  constaté  une  action  continuatrice  sensible. 

Voici  donc  cinq  couches  impressionnables  à  la  lumière  qui  diffèrent 
entre  elles  par  leur  sensibilité,  par  leur  composition  chimique  et  qui  toutes 


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accusent  des  propriétés  opposées  dans  les  extrémités  du  spectre.  En  les 
énumérant  dans  Tordre  de  leur  variabilité  ^  la  plaque  bromée  à  la  manière 
ordinaire  se  présente  en  première  ligne,  vient  ensuite  la  plaque  bromée 
en  excès,  la  plaque  chlorée  vient  après,  puis  la  plaque  chlorée  à  triple 
dose  et  enfin  la  plaque  préparée  à  Tiode  seul.  Il  est  à  remarquer  que  ces 
différentes  couches  se  rangent  encore  dans  le  môme  ordre,  si  on  les  consi^ 
dère  au  point  de  vue  de  la  facilité  avec  laquelle  elles  se  prêtent  à  traduire 
Faction  spéciale  des  rayons  peu  réfrangi blés;  ainsi  sur  les  plaques  bromées 
ordinaires  cette  action  n'est  plus  contestée  par  personne;  sur  la  plaque  iodée 
elle  a  été  contestée  jusqu'ici  par  les  expérimentateurs  qui  n'ont  pas  eu 
l'idée  de  recourir  au  verre  rouge.  Le  phénomène  de  continuation  parait 
être,  au  contraire,  incompatible  avec  une  grande  sensibilité,  car  il  ne  se 
montre  que  sur  la  couche  d'argent  iodé  et  sur  celle  qui  la  suit  immédia-* 
temen^  dans  l'ordre  croissant  de  la  sensibilité. 

Papier  enduit  de  chlorure  d'argent.  —  Les  diverses  préparations  exami- 
nées jusqu'ici  se  forment  toutes  à  la  surface  de  l'argent  métallique  et 
les  épreuves  sur  plaques,  que  nous  obtenions  à  leur  aide,  n'ont  pas  sem* 
blé  pour  tout  le  monde  aussi  concluantes  que  possible  ;  on  a  supposé  que 
l'éclat  du  métal  était  un  obstacle  à  la  saine  appréciation  de  l'éUit  de  la 
couche  déposée  à  la  surface,  on  a  cru  que  nous  pouvions  confondre  l'état 
solarisé  et  l'état  primitif  d'une  plaque  non  impressionnée.  On  s'est  surtout 
effrayé  de  voir  employer  concurremment  l'iode  et  le  brome,  l'iode  et  le 
chlore,  et  l'on  nous  a  renvoyé  aux  papiers  en  nous  affirmant  que  les  phé- 
nomènes seraient  tout  autres.  Nous  ne  demandions  pas  mieux  que  de 
soumettre  les  propriétés  du  speclre  à  ce  nouveau  genre  d'épreuve.  Nous 
savions  bien  pourtant,  d'après  MM.  Herschell  et  Seebeck,  que  le  chlo* 
rure  d'argent  noirci  à  la  lumière  ne  peut  pas,  dans  les  rayons  rouges, 
retrouver  le  chlore  qu'il  a  perdu  et  que,  dans  ces  circonstances,  il  ne  fait 
que  prendre  une  teinte  rosée  particulière. 

Mais  nous  avons  pressenti  qu'en  exposant  momentanément  à  la 
lumière  du  chlorure  d'argent  et  qu'en  le  soustrayant  à  cette  influence 
bien  avant  l'époque  à  laquelle  le  chlorure  change  sensiblement  de  teinte, 


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nous  provoquerions  dans  cette  substance  une  modification  dans  la  teinte 
qui  pourrait  s'annuler  sous  l'influence  des  rayons  rouges;  nous  comptions 
d'ailleurs  sur  l'acide  gallique  pour  rendre  sensible  à  l'œil  le  résultat  final 
de  ces  deux  opérations  successives. 

Voici  comment  l'expérience  a  été  conduite  :  nous  avons  déposé  le  chlo- 
rure d'argent  sur  l'une  des  surfaces  d'une  feuille  de  papier,  en  nous  fondant 
sur  la  double  décomposition  qui  s'opère  dans  le  tissu  même  delà  feuille  lors- 
qu'on l'imprègne  d'abord  de  chlorure  de  sodium  et  qu'après  l'avoir  laissée 
sécher  on  la  dépose  sur  la*surface  libre  d'une  dissolution  étendue  de  nitrate 
d'argent.  Après  l'avoir  fait  sécher  de  nouveau  par  pression  entre  plusieurs 
doubles  de  papier  buvard ,  nous  l'avons  fixée  sur  une  tablette  en  bois 
comme  une  plaque  et  nous  l'avons  exposée  pendant  cinq  minutes  au 
rayonnement  de  la  lampe.  Le  chlorure  ne  paraissait  nullement  altéré,  le 
papier  avait  conservé  toute  sa  blancheur.  Nous  savions,  par  expérience, 
qu'il  fallait  quatre  fois  plus  de  temps  pour  modifier  sensiblement  sa 
teinte.  Ainsi  impressionnée,  nous  l'avons  placée  au  foyer  du  spectre  et  l'y 
avons  maintenue  pendant  une  heure.  Peu  à  peu  l'action  photographique 
s'est  exercée  avec  une  intensité  particulière  et  correspondant  à  chaque 
rayon  simple,  et,  quand  nous  avons  retiré  la  feuille,  elle  présentait  une 
image  nuancée  du  spectre  qui  se  détachait  en  foncé  sur  le  blanc  inaltéré 
du  papier,  le  point  le  plus  marqué  correspondait  au  bleu,  une  des  extré- 
mités de  l'image  s'étendait  comme  d'habitude  bien  au  delà  du  violet, 
l'autre  s'avançait  en  mourant  jusque  auprès  du  rouge.  C'est  alors  seu- 
lement qu'on  a  fait  intervenir  l'acide  gallique  qui,  suivant  une  observation 
importante  de  M.  Talbot,  jouit  de  la  propriété  de  mettre  en  évidence  les 
modifications  les  plus  légères  imprimées  par  la  lumière  à  la  constitution 
des  sels  d'argent.  A  l'égard  des  papiers  sensibles,  l'acide  gallique  joue  le 
même  rôle  que  la  vapeur  de  mercure  à  l'égard  des  plaques,  il  fait  appa- 
raître des  images  qui,  sans  lui,  resteraient  latentes.  Notre  épreuve  a  été 
plongée  dans  une  dissolution  saturée  d'acide  gallique,  elle  est  devenue  le 
siège  d'un  phénomène  de  réduction  presque  général.  Tout  le  fond,  qui, 
malgré  le  rayonnement  de  la  lampe,  avait  conservé  jusque-là  son  blanc 
parfait,  a  bientôt  noirci  uniformément  dans  toute  son  étendue,  excepté 


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dans  les  points  qui  avaient  été  frappés  par  les  rayons  rouges  du  spectre  et 
qui  prolongeaient  son  image  en  une  petite  traînée  blanchâtre.  La  conser* 
vation  de  cette  partie  claire  est  une  nouvelle  mani(estation  de  celte  action 
inverse  qui  s'est  montrée  si  souvent  dans  le  cours  de  nos  expériences. 
Quelle  que  soit  la  modification  imprimée  par  la  lumière  au  chlorure 
d'argent,  cette  modification  est  réelle  et  incontestable,  puisqu'elle  devient 
la  cause  de  la  réduction  que  ce  corps  éprouve  ultérieurement  en  présence 
de  l'acide  gallique;  il  est  également  incontestable  que  cette  modification 
est  neutralisée  par  les  rayons  rouges  et  autres  moins  réfrangibles  encore, 
puisque  les  parties  soumises  à  leur  influence  prolongée  se  conservent 
intactes  dans  l'acide  gallique  tout  comme  celles  qui  sont  restées  à  l'abri 
de  toute  espèce  de  lumière.  Les  résultats  fournis  pour  les  papiers  et 
étudiés  par  l'acide  gallique  sont  donc  en  tout  point  comparables  à  ceux 
qu'on  produit  sur  les  plaques  avec  le  concours  des  vapeurs  mercurielles. 

Conclusion.  —  Sur  les  papiers  enduits  de  chlorure  d'argent  aussi  bien 
que  sur  les  plaques  daguerriennes,  les  rayons  les  moins  réfrangibles  du 
spectre  exercent  une  action  négative  capable  de  neutraliser  un  com- 
mencement d'altération  due  à  l'effet  des  autres  rayons. 


CONSIDERATIONS    SUR    LA    NATURE    DES    MODIFICATIONS    PRODUITES 
PAR    LA    LUMIÈRE    SUR    LES    SUBSTANCES    IMPRESSIONNABLES. 

Ce  mémoire  est  consacré  tout  entier  à  la  démonstration  d'un  fait 
nouveau,  à  savoir,  que  la  modification  produite  sur  les  substance  simpres- 
sionnables  par  l'action  des  radiations  réfrangibles  peut  s'effacer  sous 
l'influence  d'autres  radiations  moins  réfrangibles  pourvu  que  cette  modifi- 
cation n'ait  pas  été  poussée  au  delà  de  certaines  limites.  Ce  fait,  observé 
par  nous  d'abord  sur  les  plaques  bromées,  a  perdu  les  apparences  d'un 
phénomène  accidentel  pour  revêtir  un  caractère  de  généralité  du  moment 
où  nous  l'avons  vu  se  reproduire  sur  des  couches  sensibles  différentes  ; 
les  conséquences  qui   en  découlent  prennent  elles-mêmes  une  certaine 


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importance  et  méritent  qu'on  les  expose  avec  quelque  développement. 
Les  changements  survenus  sous  Finfluence  prolongée  de  la  lumière  dans 
les  substances  impressionnables  ont  généralement  été  rapportés  à  une 
action  chimique.  Quand  le  chlorure  d'argent,. en  particulier,  noircit  au 
soleil,  on  ne  saurait  nier  qu'il  subit  une  décomposition  chimique  bien 
réelle,  puisque  le  dégagement  du  chlore  ou  de  composés  chlorés  tombe 
sous  le  sens  de  l'odorat,  puisqu'à  la  longue  ce  chlorure  d'argent  perd  de 
son  poids,  cesse  de  disparaître  dans  ses  dissolvants  et  finit  par  reprendre 
l'aspect  métallique.  Mais,  de  celte  réaction  franche  et  poussée  à  l'extrême, 
comment  oser  conclure  à  ce  qui  se  passe  sur  une  plaque  ou  sur  un  papier 
qui  ne  fait  qu'entrevoir  le  jour,  qui  ressort  de  la  chambre  noire  sans  modi- 
fication directement  appréciable?  Qui  pourrait  affirmer  que,  dans  ce  cas 
comme  dans  l'autre,  il  y  ait  décomposition?  où  est  le  produit  dégagé?  qui 
a  constaté  une  diminution  de  poids?  il  n'y  a  même  pas  de  changement 
sensible  dans  l'aspect  physique  de  la  couche  sensible.  C'est  donc  en  rai- 
sonnant par  analogie,  et  par  une  analogie  bien  éloignée,  qu'on  en  est  venu 
à  rapporter  à  une  action  chimique  la  formation  des  images  latentes  du 
daguerréotype  et  des  papiers  dits  calotypés.  Toutefois,  si  rien  ne  démontrait 
qu'il  y  eût  action  chimique,  rien  non  plus,  il  faut  en  convenir,  ne  démon- 
trait que  cette  action  n'avait  pas  lieu.  La  manifestation  des  propriétés 
négatives  de  certains  rayons  nous  semble  le  premier  fait  incompatible 
avec  une  théorie  qui,  dans  la  formation  des  images  photographiques, 
rapporterait  tout  à  l'action  chimique.  Si,  en  effet,  les  couches  d'iodure,  de 
bromure  ou  de  chlorure  d'argent  perdent,  dès  le  moment  du  premier 
contact  de  la  lumière,  un  de  leurs  éléments,  un  élément  volatil,  comment 
concevoir  que,  sous  l'influence  de  certains  rayons  simples,  cette  couche 
soit  restituée  dans  son  état  primitif?  comment  concevoir  qu'elle  recouvre 
l'élément  qu'elle  a  perdu?  cela  n'est  pas  possible.  Une  expérience,  publiée 
par  M.  Claudel,  vient  encore  déposer  contre  la  possibilité  d'un  chan- 
gement survenu  dans  le  rapport  des  éléments  constituants  de  la  couche 
sensible.  Cette  expérimentation  a  montré  qu'après  avoir  été  réparée  par 
les  rayons  peu  réfrangibles,  la  matière  impressionnable  était  encore  apte 
à  être  modifiée  par  la  lumière  ordinaire,  confirmant  ainsi  la  proposition 


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avancée  par  nous;  que  cette  matière  était  reconstituée  dans  son  état 
primitif.  Cette  curieuse  expérience  a  été  poussée  plus  loin  encore. 
M.  Claudet  affirme  avoir  fait  agir  alternativement,  et  un  grand  nombre 
de  fois,  des  rayons  excitateurs  et  des  rayons  réparateurs  sur  une  même 
plaque  bromée  qui,  toujours  sous  l'influence  de  ces  derniers,  redevenait 
telle  qu'elle  était  à  Torigine. 

U  nous  semble  de  plus  en  plus  difficile  de  concilier  ces  faits  avec  les 
principes  d'une  théorie  qui  rapporterait  exclusivement  à  une  action 
chimique  toutes  les  variations  qui  surviennent  dans  les  affinités  des 
substances  impressionnables  &  la  lumière.  Sans  doute  nous  croyons  qu'à  la 
longue  le  rayonnement  lumineux  les  modifie  chimiquement,  nous  sommes 
même  très-portés  à  croire  que  leur  composition  élémentaire  varie  dès 
l'instant  où  leur  couleur  s'altère;  mais  bien  avant  cette  époque  leurs 
affinités  se  modifient,  leur  stabilité  diminue,  et  cette  première  altération 
nous  semble  devoir  être  attribuée  à  un  changement  dans  leur  état  physique 
soit  mécanique,  soit  électrique.  Parmi  les  corps  indécomposables  à  la 
lumière,  il  en  est  bien  qui  sont  modifiés  par  cet  agent,  les  substances 
phosphorescentes  entre  autres  :  les  sulfures  de  calcium  et  de  baryum 
calcinés  sont  vivement  impressionnés  aux  plus  faibles  lueurs  sans  qu'on 
puisse  soupçonner  un  changement  de  composition,  il  y  a  purement  action 
physique.  Pourquoi  les  iodures,  les  bromures,  les  chlorures  ne  seraient-ils 
pas  aussi,  eux,  physiquement  impressionnés  avant  que  d'être  chimiquement 
altérés?  Il  y  aurait  ainsi,  dans  la  série  des  altérations  que  ces  substances 
peuvent  subir,  au  moins  deux  périodes  à  distinguer,  une  période  d'action 
physique  et  une  période  d'action  chimique.  L'action  physique  se  produirait 
d'abord,  surviendrait  ensuite  l'action  chimique.  Tant  que  l'étal  physique  seul 
serait  troublé,  les  rayons  reconnus  capables  d'agir  négativement  se  montre- 
raient capables  de  réparer  l'atteinte  portée  par  l'impression  lumineuse;  du 
moment  que  la  décomposition  chimique  commencerait  à  s'effectuer,  ces 
rayons  deviendraient  impuissants  à  ramener  le  corps  altéré  à  son  premier 
état.  C'est  bien  réellement  ainsi  que  les  choses  se  passent  tant  que  les 
papiers  ou  les  plaques  ne  sont  que  faiblement  impressionnés  ;  le  spectre,  en 
s'y  imprimant ,  donne  facilement  une  image  qui,  mise  complètement  en 

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—  50  — 

évidence  par  les  réactifs  appropriés,  présente  toujours  une  partie  néga- 
tive. Mais ,  du  moment  que  Timpression  première  a  été  poussée  jusqu'au 
point  de  devenir  directement  sensible  à  l'œil,  il  y  a  lieu  de  penser  que  la 
décomposition  a  déjà  eu  lieu  et  les  rayons  qui,  tout  à  Fheure,  paraissaient 
doués  de  propriétés  réparatrices  ont  perdu  leur  puissance.  Le  rapproche- 
ment que  nous  avons  établi  entre  les  phénomènes  de  phosphorescence  et 
ceux  qui  caractérisent  la  première  période  des  actions  photographiques  ne 
laisse  pas  que  d'être  favorable  à  liotre  manière  de  voir.  Par  sa  manière 
d'agir  sur  les  phosphores  de  Canton  et  de  Bologne,  le  spectre  se  partage 
aussi  en  deux  parties  dont  l'une,  la  plus  réfrangible,  provoque  la  phospho- 
rescence et  dont  l'autre  l'éteint.  De  même  qu'il  y  a  une  action  photogénique 
négative,  il  y  a  aussi  une  action  phosphorogénique  négative;  il  n'est  pas 
possible  de  méconnaître  l'analogie  qui  réunit  étroitement  ces  deux  ordres 
de  faits. 

Dans  le  courant  de  nos  recherches,  nous  n*avons  eu  que  très-rarement 
occasion  de  constater  l'action  continuatrice  découverte  par  M.  Ed.  Bec- 
querel; quand  elle  a  lieu  elle  se  rapporte  à  une  classe  de  rayons  situés 
entre  les  rayons  qui  agissent  immédiatement  d'une  manière  positive  et 
ceux  qui  manifestent  des  propriétés  inveftes.  Ces  effets  de  continuation, 
nous  ne  voulons  donc  pas  les  mettre  en  doute,  nous  croyons  même  qu'ils 
se  produisent  d'une  manière  assez  générale^  ïnais  nous  sommes  disposés  à 
les  rapporter  à  la  période  d'action  chimique.  Les  choses  se  passeraient 
alors  dans  un  ordre  facile  à  concevoir.  Les  rayons  les  plus  réfrangibles 
seraient  doués  de  la  propriété  de  constituer  les  couches  sensibles  dans  cet 
état  physique  particulier  qui  doit,  selon  nous,  précéder  toujours  la  décom- 
position chimique  ;  les  rayons  les  moins  réfrangibles  posséderaient  la  pro- 
priété inverse  ;  entre  ces  deux  classes  de  rayons,  il  s'en  trouverait  une 
troisième  dont  les  aptitudes,  à  l'effet  physique ,  seraient  peu  développées, 
mais  qui  posséderaient,  comme  les  plus  réfrangibles,  une  grande  activité 
chimique,  ils  deviendraient  par  là  même  des  rayons  continuateurs, 
aussitôt  qu'ils  trouveraient  occasion  de  s'exercer  sur  une  matière  déjà 
physiquemeilt  modifiée. 


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SUR 

LA  RECOMPOSITION  DES  COULEURS  DU  SPECTRE 

EN    TEINTES    PLATES*. 


Je  suis  depuis  plusieurs  années  "  en  possession  d'une  méthode  expé- 
rimentale qui  permet  d'opérer  en  teintes  uniformes  le  mélange  de  rayons 
simples  quelconques  arbitrairement  choisis  dans  le  spectre.  Cette  méthode 
me  paraissant  très-propre  à  vérifier  les  résultats  intéressants  nouvellement 
énoncés  par  M.  Helmholtz,  je  crois  utile  de  la  faire  connaître  et  de  rappeler 
qu'elle  a  été  enseignée  et  expérimentée  publiquement  en  18i9  par 
M.  Pouillet  dans  l'une  de  ses  leçons  de  physique  à  la  Sorbonne. 

On  prend  pour  source  lumineuse  l'image  linéaire  du  soleil  formée  par 
une  lentille  cylindrique  C  à  court  foyer  (pi.  3,  fig.  8)  ;  les  rayons  se  rendent 
en  divergeant  sur  une  lentille  simple  L,  faisant  fonction  de  collimateur,  et 
tombent  ensuite  parallèlement  sur  un  prisme  P  en  flint  très-blanc  et  très- 
pur.  D  est  un  diaphragme  placé  sur  le  trajet  du  faisceau  réfracté  et  dont 
l'ouverture  laisse  voir  une  partie  de  la  surface  du  prisme  ;  puis  vient  un 
objectif  achromatique  0  à  large  surface  et  placé  à  une  distance  OD  plus 
grande  que  sa  distance  focale  principale.  Les  rayons  dispersés  qui  tombent 
sur  cet  objectif  peuvent  être  considérés  comme  venant  d'une  image  vir- 
tuelle du  spectre  placée  à  l'infini  en  avant  du  prisme,  et  donnent  en  consé- 
quence un  spectre  réel  très-net  v  r  au  foyer  principal  de  l'objectif.  Mais  en 

4.  Cosmos.  T.  II,  4853,  p.  232. 
2.  Voir  ci  dessus,  p.  36. 


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passant  au  niveau  du  diaphragme  D,  le  faisceau  est  encore  complètement 
blanc,  car  ce  diaphragme  élimine  de  part  et  d'autre  les  portions  dispersées, 
en  sorte  qu*à  une  distance  01  égale  à  celle  du  foyer  conjugué  de  D,  se 
forme  une  image  également  blanche  de  l'ouverture  du  diaphragme  formée 
par  la  recomposition  des  mêmes  rayons,  qui,  à  une  distance  moindre,  se 
disposent  en  spectre. 

Comme  ce  spectre  v  r  peut  être  obtenu  très-net,  on  est  à  même  de 
limiter  par  des  obstacles  ou  par  des  fenles  variables  en  largeur  et  en  hau- 
teur les  rayons  simples  que  l'on  veut  laisser  passer,  et  le  résultat  de  leur 
composition  se  produit  en  teintes  plates  dans  l'image  uniforme  I  reçue  sur 
un  écran. 

Pour  obtenir  un  spectre  complet,  pour  respecter  les  rapports  d'in- 
tensités naturelles  des  rayons  qui  le  composent,  aussi  bien  que  pour  opérer 
leur  recomposition  en  teintes  réellement  uniformes,  il  y  a  surtout  deux 
précautions  essentielles  à  prendre  :  il  faut  d'une  part  que  l'objectif  0  soit 
assez  grand  pour  recevoir  la  totalité  des  rayons  dispersés  qui  ont  passé 
au  travers  du  diaphragme  ;  il  faut,  en  outre,  que  l'ouverture  de  ce  dia- 
phragme soit  assez  rétrécie  pour  n'admettre  à  passer  outre  que  la  partie 
moyenne  du  faisceau  qui,  en  raison  de  la  proximité  du  prisme,  n'a  pas 
encore  subi  de  décomposition. 

L'expérience  telle  que  je  viens  de  la  décrire  permet  de  reproduire 
avec  éclat  toutes  les  teintes  imaginables,  et  me  parait  susceptible  d'être 
répétée  dans  les  cours  à  propos  de  la  théorie  des  couleurs;  de  plus,  elle 
me  semble  éminemment  propre  à  vérifier  tout  ce  qu'on  a  dît  jusqu'ici  de 
la  combinaison  des  couleurs,  car  elle  donne  un  moyen  simple  pour  com- 
poser ensemble,  et  en  proportions  quelconques,  toute  espèce  de  rayons 
simples  et  déterminés  par  leur  position  dans  le  spectre,  avec  autant  de 
rigueur  et  de  facilité  que  s'il  s'agissait  de  mélanger  des  couleurs  maté- 
rielles. 


Parmi  les  instruments  qui  ont  été  laissés  par  L.  Foucault  et  dont  il  n'a  pas  donné 
de  description,  nous  en  avons  trouvé  un  qui  se  rapporte  à  l'expérience  relatée  ci- 


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dessus  :  c'est  un  écran  à  fentes  variables,  permettant  de  laisser  passer,  pour  donner  une 
image  colorée  sur  un  écran,  deux  portions  quelconques  du  spectre. 

Cet  appareil  (pi.  3,  flg.  9  et  10)  consiste  en  un  cadre  ah  c  d  monté  sur  un  pied  ; 
dans  ce  cadre  peuvent  se  mouvoir,  à  l'aide  de  vis  de  rappel  u^  v',  deux  plaques  m  n,  m'  n 
'  dans  lesquelles  sont  pratiquées  des  fentes  p  q,  p'  g',  dont  on  peut  à  volonté  faire  varier 
la  largeur  et  la  hauteur  en  faisant  mouvoir,  à  l'aide  de  boutons  g,  g',  h,  h\  des  lames 
métalliques  constituant  l'un  des  bords  latéraux  et  le  bord  Inférieur  de  chaque  fente. 
Les  bords  n  o,  n'  o'  des  deux  plaques  mobiles  sont  reliés  par  deux  volets  à  charnière 
nol,  n'  o'  l,  susceptibles,  par  la  varialion  de  l'angle  qu'ils  font  entre  eux,  de  masquer 
complètement  l'ouverture  n  o,  n'  o'  et  de  s'opposer  au  passage  de  rayons  qui  viendraient 
toml)er  sur  cette  partie  sans  empêcher  le  passage  des  faisceaux  qui,  ayant  traversé  les 
fentes  p  g  et  p'  q,  vont  converger  sur  l'écran. 

Pour  se  servir  de  cet  appareil ,  on  limite  à  l'avance  les  dimensions  des  fentes  p  q, 
p'  q';  puis,  plaçant  le  cadre  dans  le  plan  où  se  forme  le  spectre  v  r  (flg.  8),  on  agit  sur 
les  vis  de  rappel  jusqu'à  ce  que  les  fentes  correspondent  absolument  aux  parties  du 
spectre  que  l'on  veut  composer  en  une  teinte  plate  unique. 


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NOTE 


SUR 


LES  PLAQUES  BROMÉES  AU  SECOND  DEORÉ* 

TAcadémie  des  Sciences,  12  octobre  1816.) 


Après  que  M.  Daguerre  eut  fait  connaître  sa  brillante  découverte,  les 
amateurs  et  les  artistes  n'ont  pas  tardé  à  s'apercevoir  que  la  plaque  iodée 
n'est  pas  apte  à  reproduire  l'image  complète  de  toute  espèce  de  sujets.  11 
suffit  que  les  diverses  parties  d'un  même  point  de  vue  possèdent  des  inten- 
sités notablement  diflFérenles,  pour  que  dans  l'épreuve  obtenue  avec  une 
plaque  iodée  ces  parties  ne  puissent  venir  simultanément  avec  des  tons 
correspondants  à  leurs  intensités  respectives.  11  faut  choisir:  il  faut  ou 
s'arrêter  au  point  convenable  pour  donner  aux  clairs  leur  véritable  valeur, 
auquel  cas  les  détails  des  parties  obscures  n'apparaîtront  pas  ;  ou  bien  il 
faut  prolonger  l'action  pour  favoriser  l'apparition  de  ces  détails  et  alors  les 
parties  claires  se  confondront  les  unes  avec  les  autres  et  elles  seront,  comme 
on  dit,  brûlées. 

L'emploi  des  substances  accélératrices  est  venu  modifier  heureusement 
cet  état  de  choses.  En  même  temps  qu'elles  permirent  d'opérer  plus  rapi- 
dement, elles  offrirent  à  l'expérimentateur  une  couche  sensible  capable 
d'embrasser  des  degrés  plus  éloignés  dans  l'échelle  de  tons.  Toutefois  ces 
degrés  sont  encore  bien  loin  d'atteindre  ceux  mêmes  que  l'œil  de  l'homme 

1.  En  collaboration  avec  M.  Belûeld-Lefèvre.  —  Voir  C.  R,  de  l'Àc.  des  Se.  T.  XXIU,  p.  713. 


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peut  apprécier  en  tnéme  temps^r  Et  si  quelque  réaction  nouyelle  peut,  san» 
être  favorable  à  la  sensibilité  des  plaques,  augmenter  leur  aplilnde  à  con- 
server distincte  Temprelnte  des  tons  les  plus  disparates,  il  ne  sera  pas-inutile 
d'y  recourir  en  certain  cas.  Si  d'ailleurs  le  pttotographistesait  manier  habi- 
lement ces  différentes  couches  sensibles  sans  s'adonner  exclusivement  <^  la 
plus  impressionable,  il  pourra  dans  l'exercice  de  son  art  maîtriser  et  varier 
ses  effets;  il  pourra,  selon  les  cas,  tempérer  la  dureté  d'un  soleil  trop  cru 
frappant  en  plein  sur  des  objets  inégalement  réfléchissants,  ou  bien  rehaus- 
ser la  vigueur  d'un  sujet  uniforme  ou  manquant  de  relief. 

Cest  dans  l'intention  de  concourir  à  accroître  ces  ressources,  que  nous 
nous  décidons,  M.  Belfield  et  moi,  à  faire  connaître  un  nouveau  mode  de 
préparation  de  la  couche  qui  a  précisément  pour  effet  de  donner  aux 
plaques  cette  qualité  dont  nous  venons  de  parler  et  qui  les  rapproche  en 
quelque  sorte  de  la  rétine  de  l'homme. 

Notre  méthode  exige  l'emploi  de  l'iode  et  du  brome  et  réussira  faci- 
lement entre  les  mains  des  personnes  qui  ont  l'habitude  d'employer  ces 
substances  isolément.  Elle  consiste  à  polir  les  plaques  et  à  les  ioder  comme 
à  l'ordinaire,  puis  à  leur  faire  absorber  par  un  procédé  quelconque  une 
quantité  de  vapeur  de  brome  égale  à  trois  fois  celle  que  l'usage  et  la  pra- 
tique ont  reconnue  susceptible  de  communiquer  aux  plaques  le  maximum 
de  sensibilité.  Tandis  que  la  dose  ordinaire  de  brome  ne  change  pas  sensi- 
blement la  teinte  de  la  couche  iodurée,  celle  que  nous  recommandons 
ici  lui  fait  acquérir  une  teinte  foncée  d'un  violet  bleuâtre. 

La  sensibilité  des  plaques  ainsi  surchargées  de  brome  se  trouve  réduite 
au  tiers  de  ce  qu'elle  serait  si  l'on  s'était  arrêté  à  la  dose  ordinaire,  mais 
elles  sont  devenues  aptes  à  donner  une  épreuve  complète  et  détaillée  des 
sujets  qui  présentent  les  plus  grandes  variétés  de  tons.  On  en  jugera  par 
rinspection  du  petit  tableau  que  nous  présentons  et  qui  a  été  fait  par  un 
temps  de  soleil.  On  y  voit,  à  la  fois,  des  nuages  au  ciel,  des  maisons  blanches 
avec  des  ombres  portées  transparentes  et  des  arbres  dont  le  feuillage  se 
dessine  par  groupes,  à  peu  près  comme  un  artiste  les  aurait  indiqués. 

Nous  recommandons  de  tripler  la  quantité  de  brome  parce  que  si  l'on 
n'observait  pas  franchement  ce  nouveau  dosage,  si  l'on  se  tenait  en  deçà,  on 


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serait  presque  sûr  d'obtenir  une  image  complètement  voilée;  il  ne  faudrait 
pas  non  plus  aller  au  delà  :  la  plaque  aurait  de  la  peine  à  condenser  le  mer- 
cure et  limage  serait  moins  apparente. 

Cette  propriété  nouvelle  et  bien  constatée  qu'un  excès  de  brome  com- 
munique aux  plaques  iodées  pourra  fournir  quelques  applications  utiles  ; 
mais,  en  outre,  il  nous  a  semblé  qu'au  point  de  vue  physique  et  chimique 
ces  faits  n'étaient  pas  sans  intérêt;  c'est  ce  qui  nous  a  engagés  à  les  com- 
muniquer à  l'Académie. 


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F'   '^-5= 


NOTE 


SDR 


L'EMPLOI  D'UN  DIAPHRAGME  ÉTOILE^ 

POUR    L'OBTENTION    DES   FONDS   DÉGRADÉS    DANS   LES    ÉPREUVES 

DAGUBRRIENNES 

(Sans  date.) 


L'aberration  de  sphéricité  est  un  défaut  des  instruments  d*optique,  et 
particulièrement  de  la  chambre  noire»  que  Ton  s'est  efforcé,  dans  ces  der- 
niers temps,  de  combattre  par  toutes  les  combinaisons  possibles.  Cependant, 
il  est  certain  que  dans  l'application  du  daguerréotype  au  portrait,  ce  phé- 
nomène peut,  employé  dans  de  certaines  limites,  produire  des  effets  imi- 
tant les  productions  de  l'art.  On  peut  donc,  en  agrandissant  peu  à  peu  les 
diaphragmes,  s'arrêter  au  moment  où  Ton  trouve  les  contours  suffisamment 
estompés  ;  c'est  ce  que  l'on  s'est  borné  à  faire  jusqu'à  présent. 

Mais  n'ayant  pu  par  ce  moyen  obtenir  tous  les  effets  désirables,  sentant 
bien  qu'il  y  avait  de  ces  nuances  indéfinissables  de  modèle  que  je  n'obtenais 
pas,  j'ai  pensé  qu'en  modifiant  d'une  manière  différente  l'aberration  de 
sphéricité,  j'obtiendrais  peut-être  les  effets  désirés  et  j'eus  l'idée  d'employer 
un  diaphragme  découpé,  mais  toujours  régulièrement  inscrit  dans  un  cer- 
cle; ainsi  j'obtins  une  image  nette,  entourée  d'un  nuage  imperceptible,  mais 
qui  suffit  pour  détruire  la  sécheresse  des  contours  et  les  rugosités  de  la 

4.  Note  inédite. 


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peau.  Maïs  ce  n'est  pas  là  un  résultat  empirique;  on  se  rend  bien  compte 
de  la  manière  d'agir  de  ce  diaphragme.  Si  l'on  marque  les  découpures 
sans  aller  au  delà,  on  aura  un  diaphragme  circulaire  qui  donne  une  image 
nette  et  sèche  ;  si  l'on  augmente  le  diamètre  de  ce  diaphragme  de  façon  à 
atteindre  la  profondeur  des  découpures,  on  a  la  précédente  image  perdue 
dans  un  nuage  d'aberration  trop  lumineux  où  elle  se  trouve  noyée.  Mais 
que  l'on  ménage  les  découpures  telles  que  je  les  indique  ici  et  l'on  obtient 
une  image  nette  et  lavée  dans  un  nuage  qui  s'étend  aussi  loin  que  dans 
les  cas  précédents,  mais  qui  étant  moins  lumineux  laisse  apercevoir  les 
contours  et  les  détails  et  tend  seulement  à  les  adoucir. 

Ce  principe  une  fois  reconnu,  rien  de  plus  simple  que  de  varier  les 
effets;  en  faisant  les  découpures  plus  profondes,  le  nuage  s'étend  plus  loin; 
en  les  élargissant  davantage  et  rendant  par  conséquent  les  séparations  plus 
étroites  on  augmente  l'intervalle  de  ce  nuage  et  on  se  rapproche  davantage 
des  circonstances  du  diaphragme  circulaire  à  grand  diamètre.  On  peut  en 
outre  varier  leur  forme,  faire  dominer  les  parties  plus  ou  moins  rappro- 
chées du  centre,  etc. 

On  comprend  dès  lors  qu'un  pareil  diaphragme,  dont  l'application  dans 
les  autres  instruments  serait  une  grande  faute,  peut,  grâce  aux  exigences 
particulières  du  daguerréotype,  prendre  sa  place  parmi  les  modifications 
utiles  des  appareils  optiques. 


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OBSERVATIONS 

SUR    LA   LUMIÈRE  ÉLECTRIQUE* 

(7  octobre  1843.  -  11  février  1844.) 


Soixante  couples  de  Bunsen  sont  montés  et  attelés  en  une  seule 
série;  l'acide  nitrique  marque  20°  et  l'acide  sulfurique  est  étendu  de  qua- 
torze fois  son  volume  d'eau.  L'expérience  est  disposée  de  manière  à  essayer 
l'effet  du  charbon  des  usines  à  gaz  ù  l'air  libre.  Ce  charbon  est  taillé  en 
bâtons  carrés  de  3  millimètres  de  côté  qui  sont  montés  chacun  dans  deux 
demi-cylindres  de  coke  dans  lesquels  on  a  ménagé  leur  place  ;  ces  deux 
demi-cylindres  sont  maintenus  rapprochés  l'un  de  l'autre  par  un  porte- 
crayon,  lequel  est  vissé  sur  une  tige  capable  de  glisser  suivant  sa  longueur; 
les  deux  charbons  sont  montés  de  même.  Pour  la  facilité  de  l'expérience, 
l'extrémité  des  conducteurs,  au  lieu  de  s'accrocher  directement  sur  les 
tiges  dont  ils  tendraient  par  leur  poids  à  changer  la  direction,  viennent 
aboutir  à  l'extrémité  des  ressorts,  qui,  par  leur  élasticité,  maintiennent 
leur  autre  extrémité  en  contact  avec  les  tiges. 

Le  tout  ainsi  disposé,  le  courant  fut  mis  en  circulation;  aussitôt  éclata 
une  vive  lumière  qu'on  a  tenté  d'utiliser  pour  la  production  des  épreuves 
d'objets  microscopiques,  et  il  n'a  pas  fallu  plus  de  six  secondes  pour  obtenir 
une  épreuve  complète,  l'appareil  n'étant  pas  encore  disposé  de  la  manière 
la  plus  favorable,  et  l'objet  étant  très-petit  et  fortement  grossi.  C'étaient 
les  écailles  de  Forbium. 

Remarquant  que  les  charbons  s'usaient  assez  rapidement  et  deman- 

4.  Notes  inédites. 


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—  60  — 
daient  à  être  constamment  rapprochés,  il  était  convenable  d'estimer 
la  rapidité  de  cette  combustion  :  un  bâton  comme  ceux  qui  ont  été 
indiqués,  long  de  0",05  centimètres,  placé  au  pôle  positif  et  un  autre 
de  0'",25  placé  à  l'autre  pôle  ont  donné  20  minutes  de  lumière  cons- 
tante; les  bâtons  qui  ont  servi  présentent  cette  singularité  que  l'extrémité 
sur  laquelle  a  agi  le  courant  trace  sur  le  papier  comme  la  plombagine  et 
devient  en  môme  temps  luisante,  l'autre  extrémité  conservant  sa  texture 
ordinaire  sur  le  sommet.  —  Ophthalmie  intense  jusqu'à  trois  heures  et  qui 
n'a  cédé  qu'au  bain  de  pied. 

44  octobre  4843. 

Soixante  couples  de  Bunsen  ont  donné  au  microscope  solaire  de  beaux 
effets;  on  yoy^ii  très-bien  les  écailles  de  Forbium  à  l'",50  de  distance 
avec  la  série  forte  sans  verre  concave.  Une  personne  était  chargée  de  la 
direction  des  charbons.  Les  effets  ont  été  assez  beaux  pour  qu'on  pût  s'aper- 
cevoir d'un  défaut  grave,  c'est  la  coloration  du  champ  en  bleu  ou  en  rouge, 
selon  qu'on  opérait  après  ou  avant  la  réunion  des  rayons  au  foyer  des 
objectifs  collecteurs.  De  là  l'indication  d'employer  des  verres  achromatiques; 
mais  leur  prix  élevé  a  fait  que  j'ai  tenté  de  me  retourner  vers  le  miroir 
étamé  concave;  immédiatement  l'essai  fut  fait  de  réunir  en  un  foyer  la 
lumière  émise  par  la  pile  et  il  fut  facile  de  constater  le  triple  avantage 
d'avoir  une  image  plus  grande,  plus  lumineuse  et  achromatique.  Ces  résul- 
tats ne  sont  pas  complètement  empiriques;  ils  résultent  tous  de  la  pro- 
priété des  miroirs  concaves  à  égalité  de  courbures,  de  rassembler  plus 
puissamment  les  rayons,  ce  qui  fait  qu'avec  un  miroir  concave  on  peut 
recevoir  une  valeur  angulaire  des  rayons  émanés  d'un  point  lumineux 
beaucoup  plus  considérable. 

7  novembre  4843. 

Soixante  couples  de  Bunsen  attelés  en  une  série  de  façon  à  donner  la 


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—  61  — 

lumière  ordinaire.  L*essai  fut  fait  de  l'appliquer  au  microscope  en  tentant 
de  remplacer  les  objectifs  collecteurs  non  achromatiques  par  un  miroir 
concave  ;  le  miroir  avait  0*,08  de  foyer  et  O^^OS  aussi  de  diamètre.  Le 
point  lumineux  était  placé  à  0'%13  et  l'image  un  peu  amplifiée  se  faisait 
dans  l'espace  à  une  distance  de  0^,22;  cette  image  était  très-brillante  et 
achromatique,  la  température  même  y  était  notablement  élevée.  En  plon- 
geant dans  cette  image  un  objet  microscopique  et  plaçant  au  devant,  à  la 
distance  convenable,  la  série  forte  du  microscope  solaire  de  Chevalier,  on 
obtenait  à  2  mètres  une  image  assez  brillante  pour  qu'on  pût  distinguer  en 
mettant  au  point  les  détails  de  l'écaillé  de  Forbium,  quoique  tout  l'appa- 
reil fût  situé  dans  la  même  pièce  et  l'inondât  de  lumière. 


49  novembre  4843. 

Nouvel  essai  avec  soixante  couples  de  Bunsen,  la  source  de  lumière  et 
le  miroir  concave  étant  séparés  du  lieu  d'observation  par  une  cloison.  Dans 
ces  circonstances,  l'écailIe  de  podure,  observée  à  2  mètres  de  distance 
avec  la  série  forte  et  le  verre  concave,  se  distinguait  très-bien,  et  malgré 
cette  amplification  la  lumière  était  encore  plus  intense  qu'elle  ne  l'est  au 
microscope  à  gaz  avec  les  grossissements  les  plus  faibles. 

L'image  du  charbon  positif  passait  à  travers  une  ouverture  de  S/k  de 
centimètre  de  diamètre,  et  celle  du  pôle  négatif  et  celle  du  pôle  se  faisant 
à  quelque  distance  de  là,  ne  passaient  pas  par  l'ouverture  et  tombaient  dans 
une  cloison  de  bois  blanc;  la  température  se  trouvait  tellement  élevée, 
qu'en  cet  endroit  le  bois  fut  complètement  carbonisé;  on  tenta  de  produire 
le  même  effet  avec  des  lentilles,  mais  tout  ce  qu'on  put  faire  fut  d'allumer 
une  allumette  chimique. 

27  novembre  4843. 

D'après  les  résultats  satisfaisants  fournis  par  l'emploi  d'un  miroir  con- 
cave, un  appareil  régulier  a  été  disposé,  à  l'aide  de  mécanismes  situés  sous 


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—  62  — 

la  maiii  de  Topérateur  ;  les  charbons  pouvant  être  rapprochés  graduellement 
l'un  de  Tautre  à  mesure  qu'ils  s'usaient,  ils  pouvaient  aussi  par  un  mouve- 
ment prompt  être  approchés  ou  éloignésl'un  de  Tautre,  afin  d'établir  et  d'in- 
terrompre le  courant,  ces  manœuvres  pouvant  être  constamment  observées 
par  l'opérateur  à   travers  un  verre  noir  qui  permettait  d'apercevoir  les 
extrémités  lumineuses,  mais  ne  laissait  pas  passer  assez  de  lumière  pour 
nuire  à  l'eiFet.  Le  miroir  concave,  monté  sur  un  pied  maintenu  dans  une 
coulisse,  était  susceptible  d'être  approché  ou  éloigné,  de  façon  à  faire  varier 
par  suite  la  position  de  l'image  du  point  lumineux  et  à  remplacer  ainsi  Teffet 
du  focus  dans  le  microscope  solaire.  Le  système  de  lentilles  et  l'engrenage 
étaient  portés  sur  une  planchette  indépendante  du  système  éclairant,  et 
douée  de  deux  petits  mouvements  de  haut  en  bas  et  de  droite  à  gauche 
pour  suivre  facilement  les  petits  déplacements  imprévus  de  la  lumière. 

La  pile  fut  portée  à  112  couples  disposés  en  deux  séries  pour  doubler 
la  surface,  les  effets  au  microscope  étant  très-beaux,  très-lumineux  et  passa- 
blement fixes,  la  fixité  semblant  dépendre  du  volume  du  courant,  mais  le 
porte-objets  s'échauffant  promptement  et  cassant  même  assez  facilement,  ac- 
tion très-différente  de  ce  qu'on  remarque  au  microscope  solaire  où  le  verre 
ne  s'échauffe  pas,  et  où  la  température  élevée  se  fait  particulièrement  sentir 
sur  les  objets  plus  ou  moins  opaques  placés  sur  le  passage  des  rayons,  ce  qui 
indique  une  différence  dans  la  nature  des  radiations  calorifiques  qui  accom- 
pagnent ces  deux  radiations  lumineuses.  Ceci  indique  aussi  quelques  essais 
à  faire  pour  absorber  par  des  écrans  une  partie  de  cette  chaleur  contraire 
aux  expériences. 

La  quantité  du  courant  jouant  un  rôle  très-important,  il  sera  avantageux 
d'avoir  une  pile  donnant  un  courant  plus  que  suffisant  et  de  modérer  cette 
quantité  au  moyen  d'un  fil  d'un  diamètre  et  d'une  longueur  appropriés  ou 
de  deux  lames  métalliques  plongeant  plus  ou  moins  dans  un  liquide  con- 
ducteur. 

3  décembre  4  843. 

Répétition  des  expériences  précédentes  devant  M.  Donné,  plus  le  régu- 


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—  63  — 

Jateur  à  lame  de  platine  et  eau  acidulée  et  la  glace  pour  arrêter  les  rayons 
calorifiques.  Succès  complet  ;  néanmoins  encore  un  peu  trop  de  chaleur  au 
foyer  du  miroir.  Aussi  à  la  prochaine  expérience  sera-t-il  bon  de  placer 
une  seconde  glace  immédiatement  derrière  1  objet  que  Ton  observe,  et  puis- 
que la  chaleur  s'accumule  dans  le  porte-objet,  il  est  probable  qu'une  partie 
s'arrêtera  dans  la  glace  que  Ton  aura  soin  de  laisser  mobile,  afin  de  la  dé- 
placer à  mesure  qu'elle  s'échauffera.  Dans  cette  dernière  expérience,  le 
champ  se  trouvait  limité  par  un  diaphragme  porté  au  bout  d'un  tube  à 
tirage,  monté  sur  la  pièce  qui  porte  les  objectifs  ;  à  la  faveur  du  tirage,  on 
pouvait  approcher  ou  éloigner  ce  diaphragme^  ce  qui  limitait  le  champ  à 
volonté. 


44  février  4844. 


Dans  l'espérance  d'avoir  une  lumière  plus  fixe,  j'ai  fait  passer  le  cou- 
rant fourni  par  46  couples  de  Bunsen  d'une  pointe  de  charbon  de  gaz  sur 
de  l'argent  fin;  à  peine  l'argent  était-il  fondu,  que  le  courant  s'interrom- 
pait. Ayant  repris  Texpérience  en  sens  inverse,  l'argent  se  mit  à  fondre  et 
promptement,  et  à  fournir  un  arc  verdâtre  très-fixe  et  que  l'on  pouvait 
étendre  jusqu'à  plus  d'un  centimètre.  Dans  ces  circonstances,  le  courant 
n'avait  aucune  tendance  à  quitter  le  globule  d'argent  pour  passer  par  le 
charbon  qui  le  supportait,  lors  même  qu'une  plus  courte  distance  aurait  pu 
le  faire  croire.  Ces  deux  phénomènes  si  opposés  ne  pourraient-ils  pas  s'ex- 
pliquer, en  admettant  que  dans  le  premier  cas  l'arc  est  formé  par  du  char- 
bon transporté,  et  dans  le  second  par  de  l'argent?  l'interruption  du  courant, 
dans  le  premier  cas,  ne  proviendrait-elle  pas  de  ce  que  Tare  du  charbon 
au  contact  de  l'argent  fondu  serait  brûlé  et  interrompu  par  l'oxygène  dis- 
sous et  condensé  par  l'argent?  l'arc  si  étendu  que  Ton  obtient  dans  le  second 
cas  ne  pourrait-il  pas  être  attribué  à  une  plus  grande  volatilité  de  l'argent^ 
propriété  démontrée  par  l'expérience  même  pendant  laquelle  se  dégageaient 
d'énormes  quantités  de  vapeur  d'argent  ? 


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-64- 
La  longueur  de  Tare  ne  serait-elle  pas  dépendante  à  la  fois  de  la  quan- 
tité, de  la  tension  du  courant  et  de  la  volatilité  du  pôle  positif?  la  Jargeur 
de  cet  arc  ne  serait-elle  pas  influencée  par  le  milieu  ambiant  susceptible 
d'agir  chimiquement  sur  la  substance  de  Tare? 


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APPLICATION 


DE     LA 


LUMIÈRE  VOLTAIQUE    AU   MICROSCOPE   SOLAIRE' 

(Paquet  cacheté  déposé  à  rAcadémie  des  Sciences,  par  M.  Al.  Donné,  le  18  décembre  1843.) 


L'application  de  la  lumière  vol  laïque  au  microscope  solaire  est  devenue 
possible  entre  nos  mains  à  l'aide  des  conditions  suivantes  : 

1**  Substituer  aux  cônes  de  charbon  employés  jusqu'ici  des  solides  de 
ce  même  corps  présentant  la  même  section  dans  toute  la  longueur  de  la 
partie  qui  doit  subir  l'incandescence  ; 

2**  Opérer  à  l'air  libre  et  non  dans  le  vide,  ni  même  en  vase  clos  ; 

3*»  Employer  pour  développer  la  lumière  le  charbon  dense  et  brillant 
qui  se  dépose  à  la  longue  sur  les  parois  des  cylindres  où  l'on  distille  la 
houille  pour  produire  le  gaz  d'éclairage.  Le  charbon  à  cet  état  possédant 
les  deux  propriétés  précieuses  d'être  très-conducteur  et  presque  incombus- 
tible à  l'air,  peut,  sans  inconvénient,  être  réduit  en  bâtons  carrés  portant 
OMO  de  longueur  et0™,003  de  côté; 

4*"  Réparer  incessamment  l'usure  irrégulière  causée  par  la  combustion 
et  surtout  par  le  transport,  au  moyen  d'un  mécanisme  à  portée  de  l'opé- 
rateur ; 

5*  Rassembler  la  lumière  ainsi  produite  en  un  cône  convergeant  sur 
l'objet  à  observer  par  un  miroir  étamé  concave,  donnant  une  image  un  peu 

4.  En  collaboration  avec  M.  AI.  Donné.  —  Note  inédite. 


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—  66  — 

grossie  du  point  lumineux,  un  peu  au  delà  et  au-dessous  du  centre  de 
courbure,  tandis  que  le  point  lumineux  se  trouve  un  peu  en  deçà  et  au- 
dessus  de  ce  même  point; 

6^  Modérer  l'intensité  de  la  chaleur  concentrée  au  même  lieu  que  la 
lumière  par  l'interposition  de  deux  glaces  planes  et  épaisses,  l'une  située 
devant  le  miroir,  l'autre  placée  immédiatement  derrière  l'objet  soumis  à 
l'observation.  Cette  dernière  est  mobile,  afin  de  pouvoir  être  déplacée  à 
mesure  qu'elle  s'échauffe  ; 

T  Engendrer  le  courant  au  moyen  d'une  pile  de  Bunsen  de  120  couples 
attelés  en  deux  séries  réunies  pôle  à  pôle.  Pour  la  durée  de  l'effet  et  la  con- 
servation des  zincs  amalgamés,  l'acide  sulfurique  doit  être  au  moins  à  » 
et  l'acide  nitrique  à  20  degrés  au  plus  ;  circonstance  importante,  qui  per- 
mettra de  modifier  plus  tard  la  disposition  de  cette  pile  afin  d'en  rendre 
le  service  prompt  et  facile  ; 

8°  Enrayer  le  courant  au  moyen  d'un  régulateur  placé  à  portée  de 
l'opérateur,  formé  de  deux  lames  de  platine  triangulaires  maintenues  à 
distance  plongeant  la  pointe  en  bas  dans  un  liquide  conducteur. 

Sur  ces  données,  nous  avons  disposé  un  instrument  fonctionnant  actuel- 
lement et  permettant  d'observer  des  objets  délicats  à  une  distance  de  plus 
de  3  mètres. 


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NOTICE 


Sl-B 


LE    MICROSCOPE    PHOTO-ÉLECTRIQUE' 

(Académie  des  Scien:cs,  15  avril,  1844)*. 


Aujourd'hui,  personne  n'ignore  qu'il  existe  un  instrument  pour  peindre 
en  grand,  sur  un  écran,  les  objets  très-petits  au  moyen  de  la  lumière  du 
soleil  :  c'est  le  microscope  solaire  inventé  par  Lieberkûhn,  en  1738,  et  qui 
fit,  à  cette  époque,  une  grande  sensation.  Avec  cet  instrument,  une  réunion 
nombreuse  peut  contempler  à  loisir  des  détails  minutieux  qui,  au  micro- 
scope ordinaire,  ne  sont  vus  que  par  un  seul  individu. 

A  son  début,  comme  tout  ce  qui  parait,  le  microscope  solaire  était 
fort  imparfait;  depuis,  il  a  reçu  de  grandes  améliorations;  mais  à  mesure 
qu'il  se  perfectionnait,  il  semblait  se  reléguer  au  nombre  des  objets  de 
pure  curiosité.  Toutefois,  dans  ces  dernières  années,  la  microscopie  ayant 
pris  un  grand  développement,  on  a  compris  qu'il  y  aurait  de  l'intérêt  à  tirer 
de  son  abandon  le  microscope  solaire,  non  pour  en  faire  un  instrument 
de  recherches,  mais  pour  mettre  sous  les  yeux  du  public  les  résultats  de 
la  science. 

Malheureusement,  dans  notre  climat,  le  soleil  est  bien  rare;  pendant 

4.  Cet  appareil,  inventé  par  MM.  Donné  et  Léon  Fouoault,  a  été  présenté  à  la  Société  d'encoura- 
gement en  484»  :  des  expériences  ont  été  faites  avec  ce  microscope  dans  la  séance  extraordinaire 
du  42  mars  4845. 

«.  Voir  :  C.  R.  de  VAc,  des  Se.  .  XVIII,  p.  696.  BulL  de  la  Soc,  d'encouragement,  4845, 
p.    389. 


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—  68  — 

une  grande  partie  de  Tannée  il  se  montre  à  peine,  et  même  pendant  la  belle 
saison  il  n'est  pas  possible  de  décider  à  l'avance  le  jour  où  l'on  devra  se 
réunir  pour  observer  les  effets  du  microscope  solaire. 

Ces  considérations  devaient  amener  des  tentatives  qui  auraient  pour 
but  de  remplacer  la  lumière  du  soleil  par  quelque  foyer  artificiel,  dont  on 
pourrait  disposer  à  son  gré.  C'est  en  Angleterre  qu'on  a  construit  le 
premier  microscope  à  gaz,  et  pour  cela  on  a  mis  à  profit  la  lumière  de 
M.  Drummond;  mais  véritablement  l'effet  est  resté  trop  au-dessous  de  ce 
que  l'on  voulait  obtenir. 

Bien  avant  M.  Drummond,  Davy  avait  su  produire,  au  moyen  d'une 
forte  pile,  une  lumière  que  l'on  disait  comparable  à  celle  du  soleil;  mais  il 
fallait  des  appareils  si  puissants,  qu'on  ne  pouvait  répéter  l'expérience  dans 
toute  sa  splendeur  qu'à  l'Institut  royal  de  Londres.  Ce  que  l'on  faisait  dans 
nos  cours  n'en  était  qu'une  pâle  représentation,  quand  M.  Bunsen  inventa 
la  pile  à  charbon  et  mit  entre  les  mains  des  physiciens  une  source  éner- 
gique d'électricité  dynamique  ;  alors  l'expérience  de  Davy  fut  répétée  de 
tous  côtés,  et  dans  tios  amphithéâtres  on  fut  ébloui  des  torrents  de  lumière 
versés  par  les  cônes  de  charbon. 

Il  n'y  avait  plus  à  hésiter,  et  ce  qu'on  avait  fait  avec  la  lumière  de 
Drummond,  il  fallait  le  tenter  avec  celle  de  Davy,  bien  plus  brillante,  mais 
bien  moins  facile  à  gouverner.  Ainsi  le  problème  que  nous  nous  propo- 
sions était  celui-ci  : 

i^  Régulariser  une  source  lumineuse  ; 

2**  Modifier  l'appareil  optique  d'une  façon  appropriée  à  la  nature  de 
cette  lumière. 

Et  c'est  en  exposant  les  taoyens  par  lesquels  on  a  satisfait  à  ces  deux 
conditions  que  nous  croyons  donner  la  meilleure  description  du  nouvel 
instrument  que  nous  avons  présenté  sous  le  nom  de  microscope  photo^-élec- 
trique. 

Dans  les  expériences  que  l'on  fait  ordinairement  avec  la  pile  et  les 
pointes  de  charbon,  la  lumière  produite  est  tout  à  fait  impropre  aux  expé- 
rience d'optique  :  1°  parce  qu'elle  varie  continuellement  en  couleur  et  en 
intensité;  2"  parce  que  les  parois  du  ballon  où  elle  se  produit  se  ternissent 


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en  peu  dlnslants;  et  3*  parce  que  les  surfaces  irrégulières  de  ce  ballon 
troublent  considérablement  la  marche  des  rayons. 

On  est  arrivé  à  triompher  de  ces  obstacles  par  le  choix  qu'on  a  fait  du 
charbon  dense  qui  se  dépose  dans  les  appareils  où  se  fait  la  distillation  de 
la  houille.  Le  charbon,  aussi  compacte  que  possible  et  exempt  de  fissures, 
est  réduit,  par  un  lapidaire,  en  bâton  prismatique,  à  base  carrée  de  0'*',003 
de  côté  sur  une  longueur  de  0'",10  à  0™,12. 

Quand  on  fait  éclater  la  lumière  électrique  entre  les  extrémités  de  ces 
baguettes  de  charbon,  on  remarque  :  i""  que  la  lumière  a  gagné  en  fixité, 
blancheur  et  intensité  ;  2^  que  ce  charbon  est  très-bon  conducteur,  et 
•V  que  sa  combustion  à  l'air  libre  est  très-lente  et  très-difficile. 

Il  ne  reste  donc  plus,  pour  que  le  phénomène  persiste,  qu'à  rappro- 
cher les  charbons  à  mesure  qu'ils  se  consument. 

Ceci  ne  peut  être  confié  à  un  mouvement  d'horlogerie  dont  la  vitesse 
uniforme  ne  saurait  s'accommoder  à  l'usure  irrégulière  des  charbons.  Dans 
l'appareil  dont  il  s'agit,  ces  charbons  peuvent  être  continuellement  rappro- 
chés et  maintenus  vis-à-vis  l'un  de  l'autre  par  un  mécanisme  placé  à  la 
portée  de  l'opérateur  et  sans  qu'ils  cessent  un  seul  instant  d'être  en  com- 
munication  avec  la  pile. 

Après  avoir  ainsi  régularisé  le  foyer  de  lumière,  on  pouvait  croire 
qu'il  ne  restait  plus  qu'à  présenter  au-devant  le  système  optique  tel  qu'il  est 
disposé  au  microscope  à  gaz.  Cependant  cela  ne  fournit  pas  de  bons  résul- 
tats; en  voici  la  raison  :  pour  transformer  en  rayons  très-convergents  des 
rayons  très-divergenls,  on  a  coutume  d'employer  deux  fortes  lentilles  de 
crown-glass;  mais  comme  l'extrémité  lumineuse  du  charbon  est  un  point 
très-petit,  l'image  de  ce  point  formée  au  foyer  des  lentilles  est  tellement 
enuchée  d'aberrations  de  sphéricité  et  de  réfrangibilité,  qu'il  aurait  fallu 
essayer  de  nouvelles  courbures  et  achromatiser  les  objectifs  collecteurs.  11 
a  paru  plus  simple  de  se  servir  d'un  miroir  étamé  concave,  de  façon  que 
le  point  lumineux  placé  au-devant  de  ce  miroir,  et  un  peu  au-dessus  de 
son  axe,  vint  former  une  image  amplifiée  plus  nette  et  achromatique  un 
peu  plus  loin  et  au-dessous  de  cet  axe. 

Ainsi  on  a  fait  construire  un  miroir  de  0*",08  de  foyer  principal  et  de 


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—  70  — 

0",10  de  diamètre  :  placé  à  0'",15  des  charbons,  il  en  forme  une  image  dans 
Tespace,  à  20  et  quelques  centimètres,  un  peu  amplifiée,  achromatique  et 
suffisamment  nette,  quoique  les  rayons  opposés  du  cône  convergent  fassent 
entre  eux  un  angle  de  25  à  30  degrés,  condition  importante  d'où  dépend 
réclairement  des  objets,  et  à  laquelle  il  eût  été  difficile  de  parvenir  avec 
des  lentilles. 

La  lumière  émanée  du  charbon  positif  rassemblée  ainsi  en  un  foyer 
sur  un  papier  blanc  est  tellement  brillante,  que  l'œil  peut  à  peine  en  sup- 
porter l'éclat;  mais  aussi  les  radiations  calorifiques  qui  suivent  le  même 
chemin  y  élèvent  tellement  la  température,  que  les  substances  organiques 
y  sont  presque  aussitôt  carbonisées.  Toutefois,  en  observant  de  plus 
près,  on  s'aperçut  que  cette  chaleur  rayonnante  n'est  pas  identique  avec 
celle  provenant  du  soleil  et  qu'il  serait  plus  facile  de  lui  barrer  le  pas- 
sage. 

A  cet  effet,  nous  avons  placé  devant  le  miroir  une  boite  à  faces  paral- 
lèles en  glaces  blanches  et  polies  et  remplie  d'une  solution  d'alun  saturée 
et  limpide.  Par  cette  disposition,  la  masse  liquide  deux  fois  traversée  par 
la  lumière  la  dépouille  en  grande  partie  de  la  chaleur  qui  l'accompagne,  et 
les  observations  peuvent  être  prolongées  aussi  longtemps  qu'on  le  juge 
à  propos. 

Tels  sont  les  moyens  à  l'aide  desquels  nous  avons  pu  réaliser  ce  nou- 
veau genre  d'expériences. 

Dans  l'exécution  de  l'appareil,  on  a  réservé  la  mobilité  du  miroir 
d'avant  en  arrière,  et  réciproquement,  afin  de  pouvoir  faire  varier  dans  le 
même  sens  la  distance  à  laquelle  se  forme  le  foyer,  ce  qui  remplace  le 
verre  focus  des  microscopes  solaires;  de  plus,  la  facilité  qu'on  s'est  ména- 
gée de  faire  tourner  le  miroir  autour  de  son  diamètre  horizontal  permet  de 
parer  au  déplacement  que  le  point  lumineux  pourrait  subir  suivant  la  ver- 
ticale; mais  pour  ceux  qu'il  éprouverait  dans  le  sens  horizontal,  c'est  tout 
le  système  de  lentilles  accompagné  de  la  platine  du  microscope,  qui  se 
transporte  tout  d'une  pièce  et  va  au-devant  du  foyer  lumineux. 

Enfin  tout  ce  qui  concerne  la  production  de  la  lumière  a  été  enfermé 
dans  une  boîte  à  laquelle  on  a  ménagé  des  jours  garnis  de  verres  colorés 


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—  71  — 

très-foncés  qui  laissent  à  l'expérimentateur  la  surveillance  de  cette  lumière 
qu'il  peut,  du  reste,  éteindre  ou  rallumer  à  son  gré. 

Pour  prévenir  Taccumulation  de  l'énorme  chaleur  dégagée  par  l'in- 
candescence des  charbons,  on  a  formé  le  dessus  et  le  dessous  de  la  boite 
de  deux  séries  de  lames  métalliques,  obliques  et  placées  dans  le  sens  le 
plus  convenable  pour  laisser  circuler  l'air  et  empêcher  que  la  lumière  ne 
se  répande  au  dehors. 

Le  courant  qui  alimente  l'appareil  est  fourni,  comme  nous  l'avons 
dit,  par  une  pile  à  charbons  de  Bunsen.  11  faut  au  moins  60  couples. 
Gomme  cette  pile  n'est  pas  à  effet  constant  et  qu'elle  fournirait,  dans  les 
premiers  instants,  une  trop  grande  quantité  d'électricité  pour  ensuite  ne 
plus  donner  seulement  le  nécessaire,  il  a  fallu  mettre  sur  le  chemin  du 
courant  un  régulateur  situé  sous  la  main  de  l'opérateur.  Ce  régulateur  est 
formé  de  deux  lames  de  platine  triangulaires,  maintenues  à  une  petite  dis- 
tance l'une  de  l'autre  par  un  corps  non  métallique,  et  qui  plongent  plus 
ou  moins,  la  pointe  en  bas,  dans  une  eau  légèrement  acidulée;  par  ce 
moyen,  on  peut  régler  la  quantité  d'électricité,  qui  doit  être  proportionnée 
à  la  grosseur  des  charbons. 

Après  avoir  spécialement  destiné  cet  appareil  aux  démonstrations 
microscopiques,  nous  nous  sommes  livrés  à  quelques  expériences  d'optique, 
et  les  résultats  que  nous  avons  obtenus  nous  font  penser  qu'il  ne  faudrait 
pas  de  grandes  modifications  pour  le  rendre  apte  à  répéter  les  expériences 
qui  réclamaient  jusqu'à  présent  la  lumière  solaire. 

Tout  l'appareil,  sauf  la  pile,  a  été  construit  par  M.  Charles  Chevalier, 
et  la  coopération  de  cet  habile  artiste  a  singulièrement  facilité  la  tâche 
que  nous  nous  étions  imposée. 

En  résumé,  l'application  de  la  lumière  voltaïque  aux  démonstrations 
microscopiques  s'est  réalisée,  entre  nos  mains,  à  l'aide  des  artifices 
suivants  : 

1°  Substituer  aux  cônes  de  charbon  employés  jusqu'ici  des  prismes  du 
imême  corps,  afin  qu'ils  présentent  une  égale  section  dans  toute  la  longueur 
où  ils  doivent  subir  l'incandescence  ; 

S"*  Opérer  à  l'air  libre  et  non  dans  le  vide,  ni  même  en  vase  clos  ; 


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3°  Employer,  pour  développer  la  lumière,  le  charbon  dit  charbon  de 
gaz,  qui  est  à  la  fois  le  plus  conducteur  et  le  moins  combustible  ; 

&•  Réparer  incessamment  l'usure  irrégulière  des  charbons  et  les  main- 
tenir presque  en  contact  au  moyen  d'un  mécanisme  à  portée  de  l'opé- 
rateur; 

5°  Rassembler  la  lumière  ainsi  produite  en  un  cône  convergent  sur 
l'objet  à  observer,  au  moyen  d'un  miroir  étamé  concave  ; 

6''  Modérer  l'intensité  de  la  chaleur  concentrée  aux  mêmes  points  que 
la  lumière,  par  l'interposition  d'une  boite  à  faces  parallèles  en  glace,  et 
remplie  d'une  solution  saturée  d'alun  ; 

T"  Enfermer  dans  une  boîte  irès-perméable  à  l'air  les  charbons  incan- 
descents, afin  qu'aucun  autre  rayon  que  ceux  qui  concourent  à  l'effet 
optique  ne  sj^  répande  au  dehors  ; 

8'  Engendrer  le  courant  au  moyen  d'une  pile  de  Bunsen  de  60  couples 
au  moins  ; 

9'  Enrayer  le  courant  par  un  régulateur  consistant  en  deux  lames  de 
platine  triangulaire  plongeant  dans  une  eau  faiblement  acidulée. 

C'est  avec  un  appareil  construit  sur  ces  principes  que  nous  avons 
répété  devant  la  Société  d'encouragement  toutes  les  expériences  du  micro- 
scope solaire. 

DESCRIPTION    DL     MICROSCOPE    PHOTO-ÉLECTRIQt  E    DE    MM.    DONNÉ 

ET    LÉON     FOUCAULT*. 

La  figure  1,  planche  2,  représente  le  microscope  vu  de  face.  La 
figure  2  est  une  section  verticale  et  transversale  prise  sur  la  ligne  A  B  de 
la  section  longitudinale,  figure  3. 

La  figure  4  est  une  section  verticale  du  miroir  et  la  figure  5  l'objectif 
et  l'assemblage  des  lentilles  achromatiques  formant  l'appareil  amplificateur 
du  microscope  :  ces  deux  figures  sont  dessinées  sur  une  plus  grande  échelle. 

Une  partie  de  l'appareil  est  destinée  à  éclairer  vivement  l'objet  qu'on 

1.  Voir  :  Bull,  de  la  Soc,  d'encoiirageynenl,  1845,  p.  578. 


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veut  soumettre  à  l'observation,  le  reste  effectue  le  grossissement,  d'après 
les  principes  anciennement  connus,  et  a  été  emprunté  au  microscope 
solaire  ordinaire. 

Les  diverses  pièces  dont  se  compose  le  nouvel  appareil  sont  groupées 
tant  à  l'intérieur  qu'à  l'extérieur  de  la  boîte  A;  celles  qui  concourent  à 
l'éclairage  de  l'objet  sont  plus  particulièrement  reléguées  à  l'intérieur;  on 
les  voit  dans  les  figures  2  et  3  :  nous  allons  en  donner  l'énumération  et 
indiquer  leur  destination  spéciale. 

La  lumière  fournie  par  la  pile  éclate  au  point  a,  à  l'extrémité  de  la 
baguette  de  charbon  qui  est  en  communication  avec  le  pôle  positif  d'une 
forte  pile.  En  face  de  ce  charbon,  on  en  voit  un  autre  semblable  o! ,  qui 
communique  avec  le  pôle  négatif  :  ces  charbons,  très-grêles,  sont  montés 
chacun  dans  une  espèce  de  porte-crayon  par  l'intermédiaire  de  deux  demi- 
cylindres  de  coke  agglutiné  h,  V y  qui  s'engagent  dans  les  viroles  métal- 
liques CyC;  ces  viroles  sont  soutenues  chacune  par  des  queues  c,  à,  qui  se 
prolongent  jusqu'en  d  d/. 

Les  porte-crayons  ou  plutôt  les  porte-charbons  ne  sont  point  adhé- 
rents à  l'appareil  et  peuvent  être  retirés  à  la  main  toutes  les  fois  qu'on  a 
besoin  de  changer  les  charbons;  cependant  ils  sont,  pendant  l'expérience, 
en  communication  chacun  avec  un  des  pôles  delà  pile;  en  outre,  pour 
réparer  l'écartement  qui  résulte  de  la  combustion  des  charbons,  et  pour 
établir  ou  interrompre  à  volonté  le  passage  du  courant,  ils  ont  besoin 
d'exécuter  chacun  deux  espèces  de  mouvement.  On  a  satisfait  à  ces  condi- 
tions par  la  disposition  suivante  : 

k,  Ij  figure  3,  sont  les  supports  des  porte-charbons  pourvus  l'un  et 
l'autre  de  deux  rebords  e^ef;  aux  points  qu'indiquent  ces  lettres  on  a  pra- 
tiqué des  encoches  dans  lesquelles  viennent  s'engager  les  tiges  des  porte- 
charbons  ;  dans  la  position  verticale  de  l'appareil,  ceux-ci  tomberaient 
dans  l'intérieur  de  la  boîte,  s'ils  n'étaient  maintenus  en  place  par  les 
ressorts  ^  f,  qui  sont  en  communication  métallique  directe  avec  les 
anneaux  o,  d ^  lesquels  communiquent  eux-mêmes  avec  les  pôles  de  la  pile. 
Aussi,  dès  que  le  contact  s'établit  entre  les  extrémités  des  charbons,  l'élec-^ 
tricité  entre  en  circulation. 

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Quoique  pressés  par  les  ressorts,  les  porte-charbons  peuvent  se  mou* 
voir  de  diverses  manières.  Le  support  /  est  fixé  sur  un  axe  vertical  h 
autour  duquel  il  peut  tourner  quand  l'opérateur  agit  sur  un  petit  levier 
qu'on  y  a  fixé  ;  ce  levier,  qui  fait  saillie  à  la  face  antérieure  de  la  boite,  est 
terminé  par  un  bouton  v',  figure  i  ;  il  en  résulte  que  Textrémilé  du  char- 
bon a'  se  meut  en  décrivant  horizontalement  un  arc  de  cercle  ayant  son 
centre  sur  l'axe  i. 

Le  support  kj  au  contraire,  tourne  autour  d'un  axe  horizontal  tr^s- 
court  fj  quand  l'opérateur  saisit  le  bouton  v'',  qui  termine  au  dehors  de  la 
boite  l'extrémité  d'un  petit  levier  inhérent  à  ce  même  support.  Gomme 
conséquence  de  ce  mouvement,  il  arrive  que  l'extrémité  du  charbon  a 
décrit  dans  un  plan  vertical  un  arc  de  cercle  ayant  son  centre  au  point  x. 

Or,  si  les  pointes  a^  a'  sont  suffisamment  prolongées,  il  est  évident  que, 
à  l'aide  des  deux  mouvements  qu'on  vient  de  décrire,  elles  peuvent  s'entre- 
choquer; mais  ces  pointes  se  consument  par  suite  de  la  vive  combustion 
dont  elles  sont  le  siège,  et,  quoique  mises  en  contact  au  commencement 
de  l'expérience,  peu  d'instants  suffisent  pour  établir  entre  elles  une  dis- 
tance telle  qu'elle  devient  un  obstacle  insurmontable  au  courant  :  il  a  donc 
fallu  songer  à  combler  cette  distance,  et  voici  comment  on  y  est  parvenu. 
Les  tiges  des  porte-charbons  étant  cylindriques,  peuvent  glisser  dans  les 
encoches  des  supports,  quoique  pressés  par  leurs  ressorts  respectifs,  et 
sans  cesser  d'être  en  contact  avec  eux.  Si  donc,  par  suite  de  la  combustion, 
les  pointes  charbonneuses  a,  a'  s'éloignent  l'une  de  l'autre,  il  suffit  de 
presser  sur  les  extrémités  libres  c'j  d!  des  tiges,  pour  neutraliser  aussitôt 
cet  effet.  L'action  est  produite  du  dehors  par  l'intermédiaire  d'un  méca- 
nisme composé  de  deux  barres  métalliques  h,  K  dentées  sur  leur  bord  supé- 
rieur, et  dans  lesquelles  engrènent  des  pignons  dont  les  têtes  i',  i'  font 
saillie  au-devant  de  la  boite.  Ces  crémaillères  se  meuvent  horizontalement, 
en  s'éloignant  ou  en  s'approchant  l'une  de  l'autre. 

Sur  la  surface  des  barres  qui  regarde  dans  l'intérieur  de  la  boite  A,  on 
voit  s'élever  perpendiculairement  deux  plans  métalliques  g,  g,  qui  font 
saillie  d'une  manière  assez  prononcée  pour  que,  entraînés  par  le  mouve- 
ment de  la  barre,  ils  chassent  devant  eux  les  porte-charbons,  à  mesure  que 


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le  besoin  l'exige.  On  conçoit  que  la  course  de  l'engrenage  doit  être  égale  à 
la  longueur  des  charbons. 

Telles  sont  les  dispositions  qu'on  a  dû  prendre  pour  faire  naître  et 
pour  entretenir  au  point  a  la  lumière  électrique. 

Nous  allons  nous  occuper  maintenant  de  la  manière  d'employer  celte 
lumière  le  plus  utilement  possible. 

11  faut,  pour  les  besoins  du  microscope  que  l'on  voit  de  profil,  figure  2, 
en  avant  de  la  boîte,  qu'un  faisceau  conique  de  lumière  intense  vienne 
s'engager  dans  l'ouverture  m  et  que  son  axe  coïncide  avec  l'axe  de  l'instru- 
ment. Cependant  on  voit  que  le  point  a  est  bien  au-dessus  de  cet  axe  ; 
aussi  n'est-il  destiné  à  fournir  aucune  lumière  directe,  et  ce  n'est  qu'après 
avoir  été  réfléchis  sur  le  miroir  concave  C  que  les  rayons  se  réuniront 
en  un  foyer  m  et  tomberont  sur  l'objet  à  observer. 

La  position  du  foyer  m  est  très-importante  ;  de  plus,  elle  dépend  de 
celle  du  point  a  que  l'opérateur  ne  peut  pas  maintenir  rigoureusement 
fixe  :  il  faut  donc  obvier  aux  déplacements  qui  pourraient  survenir. 

Le  foyer  m  tend-il  à  s'avancer  ou  à  se  reculer,  le  miroir  C,  porté  sur 
la  colonne  horizontale  D,  peut  être  reculé  ou  avancé  au  moyen  du 
pignon  E,  qui  mord  dans  un  engrenage  ;  si  le  foyer  m  monte  ou  descend, 
le  miroir  concave,  qui  peut  tourner  autour  de  son  diamètre  horizon- 
tal nf  vl y  est  plus  ou  moins  incliné  par  l'action  d'une  vis  sans  fin  cachée 
dans  le  tube  carré  G  et  traversant  la  colonne  D  ;  cette  vis  engrène  dans  un 
secteur  ^,  fixé  sur  la  monture  du  miroir.  La  rotation  est  imprimée  à  la  vis 
par  la  tête  moletée  ;. 

Reste  encore  un  déplacement  possible  du  foyer  m,  c'est  celui  qui  le 
ferait  tomber  soit  à  droite,  soit  à  gauche  de  l'axe  du  microscope.  A  cet 
effet,  le  microscope  est  porté  sur  une  planche  P,  suspendue  par  un  bou- 
lon N,  qui  est  le  centre  des  petits  mouvements  nécessaires  pour  suivre  le 
foyer  dans  cette  dernière  espèce  de  déplacement. 

Ainsi  voilà  l'objet  vivement  éclairé  ;  il  ne  reste  plus,  pour  obtenir  une 
image  amplifiée,  qu'à  placer  au-devant  le  système  de  lentilles  achroma- 
tiques et  à  court  foyer  du  microsqope  solaire;  encore  faut-il  placer  l'objet 
bien  au  milieu  du  champ,  l'engager  sous  des  pinces  destinées  à  le  soute- 


>»5^^'SC*.  .'>... 


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—  Te- 
nir, mettre  Tinstruinent  au  point,  tout  en  surveillant  la  lumière,  en 
repoussant  les  charbons  ou  en  replaçant  le  foyer,  etc.  On  voit  que  c'est 
bien  de  l'occupation  pour  un  seul  expérimentateur;  cependant  la  chose  est 
possible,  et  nous  Tavons  prouvé  maintes  fois.  Ce  n'était  pourtant  pas  une 
raison  pour  s'abstenir  de  recourir  aux  moyens  auxiliaires  qui  auraient  pu 
se  présenter,  et  j'ai  pensé  que,  en  bien  des  occasions,  on  ne  serait  pas  fâché 
de  faciliter  celte  tâche  en  se  la  partageant;  c'est  là  ce  qui  motive  l'emploi 
de  quelques  pièces  additionnelles  dont  il  n'a  pas  encore  été  parlé. 

Ainsi  l'on  voit  en  i\  i"^  figure  3,  deux  têtes  de  pignons  semblables  à 
celles  qui  ont  été  indiquées  sur  le  devant  de  la  boîte  ;  par  leur  moyen,  une 
personne  placée  derrière  la  boite  peut,  en  écartant  modérément  les  bras, 
s'affecter  exclusivement  à  entretenir  et  à  diriger  la  lumière. 

Au-dessous  de  ces  têtes  de  pignons  on  voit,  dans  la  figure  3,  deux  bou- 
tons plus  petits  /',  f,  reliés,  par  les  tringles p^  joyaux  boutons  v' ,  r%  situés 
également  sur  le  devant  de  la  boite  et,  comme  eux,  destinés  à  imprimer 
aux  supports  des  charbons  les  mouvements  dont  ils  sont  susceptibles.  La 
personne  placée  derrière  la  boîte  a  donc  sous  la  main  ces  quatre  pièces 
importantes,  à  l'aide  desquelles  elle  dirigera  les  charbons,  à  condition,  tou- 
tefois, qu'elle  puisse  voir  ce  qu'elle  fait. 

C'est  pour  cela  qu'on  a  pratiqué  en  0  une  petite  porte  à  jour  garnie 
d'un  verre  noir  qui  amortit  presque  complètement  l'éclat  de  la  lumière,  et 
n'en  laisse  passer  que  ce  qu'il  faut  pour  juger  de  la  situation  et  de  l'état 
des  charbons.  Si  la  personne  préposée  à  gouverner  la  lumière  s'acquitte 
bien  de  son  office,  celle  qui  est  en  avant  de  la  boîte  et  qui  manie  le  micro- 
scope n'aura  pas  plus  à  faire  que  si  elle  opérait  avec  un  microscope  solaire. 
Dans  notre  appareil,  le  microscope  proprement  dit  L,  porté  sur  la 
planche  P,  se  compose  d'une  colonne  carrée  à  engrenage  ^  figure  2,  sur 
laquelle  se  meut,  à  la  faveur  d'un  pignon  u,  une  boîte  r,  portant  un  jeu  de 
lentilles  achromatiques  y,  y,  dont  on  voit  la  composition  détaillée,  figure  5. 
Le  mouvement  communiqué  par  l'engrenage  étant  un  peu  brusque,  on 
a  ajouté  un  mouvement  lent  qui  permet  de  mettre  au  point  avec  précision, 
ce  qu'on  fait  en  tournant  l'écrou  à  tête  x' . 

Sur  l'extrémité  de  la  colonne  t  glisse  à  frottement  un  seconde  boîte 


:  ^ 


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carrée  qui  porte  un  diaphragme  circulaire/):,  qui  limite  le  champ  d'obser- 
vation et  arrête  les  rayons  les  plus  obliques;  un  écran  q  est  fixé  au-devant 
de  ce  diaphragme. 

En  n  on  voit  une  espèce  de  lorgnon  garni  d'un  verre  presque  noir  :  il 
répond  à  une  ouverture  pratiquée  dans  la  planche  P  et  permet,  sans  être 
ébloui,  de  surveiller  les  charbons;  quand  on  veut  regarder  directement 
dans  l'appareil,  il  suffit  de  pousser  sur  la  queue  pour  le  faire  tourner  autour 
de  la  vis  n^-  et  alors  l'ouverture  sous-jacente  se  trouve  complètement 
dégagée. 

Pour  soutenir  les  objets  de  toute  espèce  que  Ton  se  propose  d'obser- 
ver, on  utilise  ensemble  ou  séparément  les  différentes  pinces  à  ressort  r,  /^ 
qui,  toutes,  prennent  leur  point  d'appui  sur  la  planche  P. 

L'énorme  quantité  de  chaleur  rayonnante  qui  accompagne  la  lumière 
serait  venue,  comme  elle,  se  concentrer  au  point  m,  si  on  ne  l'arrêtait  en 
grande  partie  par  l'interposition  d'une  botte  F,  à  faces  parallèles,  en  glace 
blanche  et  polie,  dans  laquelle  on  verse  une  dissolution  d'alun  saturée  et 
limpide.  Ainsi  traversée  deux  fois  pajr  la  lumière,  la  masse  liquide  arrête  en 
grande  partie  la  chaleur  rayonnante,  qui,  sans  cette  précaution,  désorga- 
nise les  substances  et  brise  les  verres  que  l'on  place  au  foyer. 

Ce  même  développement  de  chaleur  nous  a  déterminés  à  ne  pas  fermer 
complètement  la  boîte  et  à  en  garnir  le  dessus  et  le  dessous  de  deux 
doubles  rangées  de  lames  de  tôle  obliques  K,  figure  2.  La  lumière  ne  sau- 
rait donc  parvenir  au  dehors,  et  cependant  l'air  se  renouvelle  et  circule 
librement  dans  l'intérieur  de  la  botte. 

Ainsi  disposé,  l'appareil  serait  complet  si  nous  possédions  une  pile  à 
courant  énergique  et  constant.  La  pile  de  Bunsen^  qui  seule,  jusqu'à  ce  jour, 
peut  suffire  à  ces  sortes  d'expériences,  jette,  dans  les  premiers  instants,  un 
feu  qu'il  faut  modérer  et  même  économiser. 

A  cet  effet,  il  y  a,  sous  la  boite,  un  régulateur  formé  de  deux  lames  de 
platine  6'^  ¥'y  figure  2,  terminées  en  pointe  et  soutenues,  à  hauteur 
variable,  par  un  support  à  engrenage  S  :  une  de  ces  lames  ¥'  communique, 
par  une  lanière  métallique  H  et  par  l'anneau  o%  avec  le  pôle  positif  de  la 
pile,  et  l'autre,  6%  par  une  lanière  H'  avec  l'anneau  o;  ces  deux  lames 


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—  78  — 

peuvent,  par  conséquent,  plonger  plus  ou  moins  dans  Teau  légèrement 
acidulée  contenue  dans  le  vase  I.  Il  est  important  que  ces  lames  de  pla- 
tine soient  fixées  sur  une  pièce  v!  non  métallique  et  non  conductrice,  parce 
que  le  courant,  forcé  d'aller  d'une  lame  à  l'autre,  par  le  conducteur  liquide 
intercepté  entre  elles,  se  proportionne  à  la  section  de  ce  conducteur. 

Indiquons  de  nouveau  le  chemin  passablement  compliqué  que  doit 
suivre  le  courant  voltaïque  ;  prenons-le  à  la  sortie  de  la  pile  au  pôle  positif 
qui  vient  s'accrocher  à  l'anneau  o\  Par  ce  point,  il  fait  son  entrée  dans  le 
régulateur,  se  rend  par  un  chemin  tout  métallique  jusqu'à  la  lame  6^';  il 
la  quitte,  traverse  le  liquide  pour  aller  se  jeter  sur  la  lame  V y  et,  conti- 
nuant par  la  lanière  de  cuivre  jusqu'à  Fanneau  o,  il  trouve  encore  une  voie 
non  interrompue  jusqu'au  point  Xy  où  il  quitte  le  ressort  pour  entrer  dans 
le  porte-charbon  et  dans  le  charbon  lui-même  ;  arrivé  à  l'extrémité,  il 
s'élance  sur  le  charbon  opposé,  et  c'est  là  qu'il  produit  l'effet  qu'on  en 
attend.  Rendu  dans  le  second  charbon,  il  retrouve  une  voie  analogue  à 
celle  par  laquelle  il  est  venu,  porte-charbon,  ressort,  conducteur  métal- 
lique jusqu'en  o\  où  l'on  accroche  le  pôle  négatif  de  la  pile. 

L'appareil  est  porté  sur  un  tréteau  B,  qui  l'élève  à  la  hauteur  conve- 
nable. R  est  une  tablette  qui  sert  à  porter  le  régulateur  et  sur  laquelle  se 
posent  tous  les  menus  objets  qui  doivent  servir  aux  expériences. 

A  8  mètres  en  avant,  on  tendra  un  écran  blanc  de  1",50  de  diamètre 
au  moins;  on  emploiera  de  préférence  du  papier  blanc  un  peu  fort  et  bien 
tendu. 

Pour  obtenir  un  courant  suffisamment  énergique,  nous  nous  sommes 
servis,  jusqu'à  présent,  d'une  pile  de  Bumen  de  60  couples  au  moins,  comme 
M.  Deleuil  les  construit.  Si  l'on  voulait  dépasser  ce  nombre  afin  d'avoir  un 
peu  plus  d'intensité,  et  surtout  opérer  plus  longtemps,  il  faudrait  le  porter 
brusquement  à  120.  Dans  ce  cas,  on  ferait  deux  piles  ayant  chacune  son 
pôle  positif  et  son  pôle  négatif;  on  réunirait  entre  eux  les  pôles  semblables, 
et  les  quatre  conducteurs  se  réduiraient  à  deux,  dont  on  disposerait 
comme  de  ceux  d'une  pile  simple  ordinaire.  Dans  la  pile  de  Bunsen^  le  pôle 
positif  est  l'extrémité  terminée  par  un  élément  charbon,  et  le  pôle  négatif 
est  l'extrémité  terminée  par  un  élément  zinc. 


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Cette  manière  d'atteler  ensemble  deux  piles  de  même  force  produit  le 
même  résultat  que  si  Ton  doublait  la  surface  des  éléments  sans  en 
augmenter  le  nombre. 

Les  petites  baguettes  charbonneuses  a,  a'  doivent  être  composées  d'une 
nature  de  charbon  toute  particulière;  il  faut  les  prendre  dans  ces  masses 
denses  et  compactes  qui  se  déposent  à  la  surface  interne  des  parois  des 
cylindres  où  Ton  distille  la  houille  pour  en  obtenir  le  gaz  d'éclairage. 

Ces  blocs  de  charbon  sont  très-durs  et  très-difficiles  à  attaquer,  et, 
pour  les  débiter,  il  faut  recourir  aux  procédés  dont  on  se  sert  pour  enta- 
mer les  pierres  précieuses;  on  les  réduit  en  baguettes  carrées  de  0"40  de 
long  et  0'%003  seulement  de  large  sur  chaque  face. 

Quand  on  veut  opérer,  l'essentiel  est  de  centrer  l'appareil.  Je  suppose 
que  l'on  soit  au  moment  où  la  pile  es  prête  et  où  les  pôles  ont  été  accro- 
chés à  leurs  anneaux  respectifs  c/,  &\  On  tient  à  la  main  les  porte^cbarbons 
garnis  de  baguettes  neuves  :  pour  les  mettre  en  place,  on  commence  par 
éloigner  le  plus  possible  l'une  de  l'autre  les  barres  métalliques  h,  h,  au 
moyen  des  boutons  t'^  t';  par  suite,  les  petits  plans  g^  g  présentent  entre 
eux  un  grand  écartement  et  viennent  s'appliquer  jusque  contre  les  parois 
de  la  boîte.  Alors,  en  ouvrant  une  des  portes  T  ou  T',  qui  ont  été  prati- 
quées sur  les  côtés  de  la  botte,  on  pénètre  et  on  voit  librement  dans  l'inté- 
rieur. Il  est  donc  facile  de  saisir  les  porte- charbons,  d'engager  les  extré- 
mités (/,  rf'  de  leurs  tiges  sous  les  ressorts  /*,  f,  de  les  soulever  un  peu,  et 
d'abandonner  la  pièce  lorsqu'elle  se  trouve  vis-à-vis  des  encoches  e^  é  ; 
en  même  temps  on  repousse  ces  porte-charbons  jusqu'à  ce  que  les  extré- 
mités c',  d'  viennent  buter  contre  les  plans  g,  g. 

Si  les  baguettes  de  charbon  ont  été  choisies  de  longueur  convenable, 
il  doit  exister,  dans  cette  position,  une  certaine  distance  entre  leurs  extré- 
mités a^  a';  c'est  le  moment  de  se  placer  devant  la  boite,  figure  1,  de  sou- 
lever la  planche  P  autour  du  boulon  N  ou  de  l'enlever  tout  à  fait,  afin  de 
démasquer  l'ouverture  V,  figure  2,  et,  par  suite,  les  charbons  que  l'on 
aperçoit  les  premiers.  On  saisit  les  têtes  des  pignons  et  on  agit  sur  eux 
pour  combler  l'intervalle  qui  sépare  les  extrémités  a  et  a^  des  charbons^ 
mais  on  fait  prédominer  l'action  de  l'un  ou  de  l'autre  de  ces  pignons  de 


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façon  que  le  contact  des  charbons   s'opère   sensiblement   dans  le  plan 
niédian  de  l'appareil. 

Les  choses  en  cet  état,  si  le  contact  a  lieu,  la  lumière  doit  jaillir,  et, 
pour  le  faire  cesser,  il  suffit,  en  poussant  le  boulon  v'^ d'éloigner  le  char- 
bon négatif  à  une  distance  infranchissable  au  courant.  Pour  rallumer,  il 
n'y  aura  qu'à  agir  en  sens  contraire  sur  ce  bouton,  afin  de  ramener  le 
charbon  négatif  en  contact  avec  l'autre,  et,  si  cela  ne  suffisait  pas,  à  agir 
sur  l'un  des  boutons  i^  i"'. 

Cela  fait,  on  remet  la  planche  P  en  place,  dans  une  situation  à  peu 
près  verticale,  puis  on  fait  paraître  la  lumière,  et  on  regarde  par  la  porte  T 
si  le  faisceau  réfléchi  tombe  dans  l'ouverture  m;  s'il  n'y  tombait  pas,  on  l'y 
amènerait  soit  en  variant  l'inclinaison  du  miroir  par  le  bouton  j,  soit  en 
obliquant  légèrement  la  planche  P,  mobile  autour  du  boulon  N. 

Quand  le  faisceau  de  lumière  réfléchi  s'engage  dans  l'ouverture  m^  on 
voit  le  champ  de  l'instrument  se  projeter  lumineux  sur  l'écran,  et,  pour 
obtenir  le  maximum  d'intensité,  il  n'y  a  plus  qu'à  faire  avancer  ou  reculer 
le  miroir  C  au  moyen  du  bouton  E. 

Pendant  tous  ces  préparatifs,  les  lames  du  régulateur  ne  doivent  plon- 
ger qu'à  peine  dans  l'eau  acidulée  du  vase  I,  et  ce  n'est  qu'au  moment 
d'opérer  définitivement  qu'on  les  fait  plonger  un  peu  plus. 

Quelques  tâtonnements  seront  nécessaires  la  première  fois  qu'on  fera 
fonctionner  l'appareil,  afin  d'acquérir  la  notion  de  l'intensité  que  l'on  doit 
donner  au  courant,  intensité  qui  dépend,  d'une  part,  de  l'énergie  de  la 
pile,  et,  d'autre  part,  de  la  position  du  régulateur. 

Si  l'intensité  est  trop  forte,  les  charbons  se  consument  avec  rapidité, 
et  il  se  dégage  une  telle  chaleur,  que  les  parties  voisines  de  l'appareil  ne 
tarderaient  pas  à  être  compromises  ;  ai  l'intensité  est  trop  faible,  la  lumière 
est  faible  aussi  et  surtout  vacillante,  parce  que  la  moindre  trace  d'impu- 
reté ou  de  cendre  devient  un  obstacle  au  passage  du  courant. 

Par  suite  de  la  facilité  qu'on  a  d'éteindre  et  de  rallumer  à  volonté  la 
lumière  électrique,  on  ne  la  laisse  jamais  briller  inutilement,  et,  pendant 
ces  interruptions,  l'appareil  et  l'assemblée  seraient  plongés  dans  une  obscu- 
rité complète.  On  échappe  à  cet  inconvénient  en  plaçant  dans  l'intérieur  de 


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la  boite  une  bougie  allumée  ;  la  disposition  des  lames  obliques  K  fait  qu*elle 
y  brûle  très-bien  et  qu'elle  ne  fond  même  pas  sous  Taction  de  la  chaleur. 
On  peut  aussi  voir  à  tout  moment,  dans  Tintérieur  de  la  botte,  où  en  sont 
les  choses,  lors  même  que  Télectricité  ne  l'éclairé  pas  ;  il  suffit,  pour  cela, 
de  détourner  le  lorgnon  n  ou  d'ouvrir  la  petite  porte  0. 

Lorsque  tout  est  prêt  et  qu'on  se  propose  de  faire  définitivement 
l'expérience,  l'opérateur  principal  se  place  devant  l'appareil  et  à  droite  : 
dans  cette  position^  il  a  sous  la  main  toutes  les  pièces  importantes  ;  il  voit 
ce  qui  se  passe  au  dedans  à  travers  le  lorgnon  n,  et  il  peut  aussi  jeter  les 
yeux  sur  l'écran  ;  il  fait  donc  apparaître  la  lumière  au  moyen  du  bouton  v'^ 
en  ayant  soin  de  maintenir  le  charbon  positif  a  un  peu  en  avant  du  char- 
bon négatif  a^  puis  il  l'amène  au  maximum  d'intensité  par  les  diverses 
manœuvres  que  nous  avons  décrites.  On  place  l'objet  sous  la  pince  r^  en 
s'aidant,  s'il  le  faut,  des  autres  plus  petites  /,  /,  et  on  met  au  point  comme 
pour  tout  instrument  d'optique. 

Tant  que  dure  l'observation,  il  faut  rapprocher  les  charbons  souvent 
et  à  petits  coups  ;  c'est  ce  que  doit  faire  l'opérateur,  s'il  est  seul,  au  moyen 
des  têtes  de  pignons  i\  i\ 

S'il  a  recours  à  un  aide,  celui-ci  se  place  derrière  la  boîte,  et,  en  écar- 
tant les  bras,  il  atteint  aux  têtes  des  pignons  i*^  et  i^'  et  aux  boutons  V,  V;  en 
même  temps  il  voit,  à  travers  le  verre  noir  de  la  porte  0,  la  combustion 
des  charbons  et  peut  en  apprécier  le  résultat  en  regardant  l'écran  par- 
dessus l'appareil  ;  même  il  peut  disposer  du  courant  à  son  gré,  puisqu'il  a 
le  régulateur  sous  la  main. 

Un  appareil  construit  suivant  cette  disposition  a  fonctionné  devant  la 
Société  d'encouragement  dans  sa  séance  du  12  mars  iS&S,  et  nous  a  servi 
à  dérouler  devant  une  assemblée  nombreuse,  non-seulement  les  images 
amplifiées  d'objets  conservés  et  préparés  d'avance,  mais  aussi  celles  de  la 
cristallisation  des  sels,  d'animalcules  vivants  et  de  la  circulation  du  sang 
s'opérant  chez  un  animal  vivant. 

Le  même  appareil  nous  a  encore  servi  à  peindre  sur  l'écran  l'image 
agrandie  des  extrémités  incandescentes  des  charbons  ;  dans  cette  expérience 
nouvelle,  le  foyer  de  la  lumière  est  devenu  lui-même  l'objet  à  observer. 

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Enfin  nous  avons  fait  voir  à  Timproviste  quelques  phénomènes  de 
lumière  polarisée,  afin  de  montrer  de  quel  secours  serait,  pour  renseigne- 
ment, un  appareil  de  ce  genre;  il  faudrait,  pour  cela,  lui  faire  subir 
quelques  modifications  et  surtout  des  simplifications  :  nous  nous  en  occu- 
pons et  nous  avons  Tespoir  que,  en  facilitant  ainsi  les  expériences  et  les 
démonstrations,  nous  réussirons  à  présenter  aux  commençants  la  belle 
science  de  l'optique,  avec  tous  les  attraits  qui,  d'ordinaire,  ne  se  mani- 
festent qu'au  petit  nombre  d'adeptes  qui  ont  le  courage  d'affronter  l'aridité 
de  ses  éléments. 

La  lumière  électrique  possède  une  propriété  perfide  dont  il  faut  être 
bien  prévenu  :  dans  les  premiers  instants  qu'elle  frappe  directement  la  vue, 
elle  éblouit  vivement  et  l'on  n'est  pas  tenté  de  la  regarder  fixement,  mais 
peu  à  peu  on  s'y  habitue,  et  c'est  là  le  danger;  malheur  à  qui  se  laisse 
aller  à  contempler  attentivement  et  à  nu  le  radieux  spectacle  de  la  lumière 
électrique,  car,  dans  la  nuit  qui  suivra  cette  action  imprudente,  il  sera  pris 
d'une  ophthalmie  des  plus  intenses  et  des  plus  douloureuses.  Jusqu'à  pré- 
sent, cet  accident  n'a  pas  eu  de  suites  fâcheuses  chez  les  personnes  qui 
l'ont  éprouvé;  mais,  encore  une  fois,  c'est  un  service  à  rendre  à  ceux  qui 
croiraient  pouvoir  impunément  regarder  les  charbons  incandescents,  que 
de  leur  faire  savoir  qu'il  se  passe  alors,  au  fond  de  l'œil  et  à  leur  insu,  une 
altération  dont  ils  éprouveront,  plusieurs  heures  après,  les  terribles  effets. 
On  arrive  facilement,  par  l'emploi  de  verres  colorés  plus  ou  moins  foncés, 
à  se  mettre  à  l'abri  d'accidents  aussi  graves*. 

4.  Voir  ci-après  les  Mémoires  sur  les  Régulateurs  de  ia  lumière  électrique. 


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ATLAS  DU  COURS  DE  MICROSCOPIE  COMPLEMENTAIRE 

DES   ÉTUDES   MÉDICALES ' 


DESCRIPTION   DU    MICROSCOPE-DAGUERRÉOTYPE 

ET    DES 

PROCÉDÉS    PHOTOGRAPHIQUES    EMPLOYÉS 

DANS    l'exécution    DE    CET    ATLAS 


C'est  à  la  belle  découverte  de  M.  Daguerre  qu'on  a  eu  recours  pour 
obtenir  les  dessins  originaux  d'après  lesquels  ont  été  copiés  fidëlenaent  les 
planches  qui  composent  cet  Atlas.  Mais  une  application  aussi  spéciale 
demandait  quelque  chose  de  plus  que  les  méthodes  qui  suffisent  chaque 
jour  entre  des  mains  exercées  à  produire  les  plus  belles  épreuves.  Il  fal- 
lait, pour  remplir  notre  cadre,  des  moyens  photographiques  presque  sûrs 
et  donnant  des  résultats  assez  prompts  pour  que  les  objets  délicats  soumis 
à  l'expérience  n'eussent  pas  le  temps  de  s'altérer  ni  même  de  se  déplacer. 
Il  fallait,  en  outre,  un  appareil  optique  susceptible  de  donner  de  belles 
images  d'un  grossissement  déterminé,  depuis  20  jusqu'à  liOO  fois. 

Au  point  où  en  est  parvenue  la  photographie  en  fait  de  système,  on 
n'a  vraiment  que  Tembarras  du  choix.  Pour  fixer  le  nôtre,  nous  nous 
sommes  attachés  à  bannir  autant  que  possible  l'incertitude  et  le  tâtonne- 
ment. Nous  nous  sommes  efforcés  de  réunir  un  ensemble  de  procédés  qui 

4.  Un  vol.  in-folio  de  iO  planches  comprenant  86  figures.  Paris,  J.-B.  Baillière,  4845.  En  collabo- 
ration avec  M.  Al.  Donné. 

Cet  atlas,  qui  est  le  complément  du  Cours  de  tnicroscopie  de  M.  AI.  Donné,  comprend  la  repro- 
duction gravée  d'images  obtenues  par  le  microscope-daguerréotype  et  se  rapportant  à  un  certain 
nombre  d'objets  divers  dont  la  connaissance  complète  est  nécessaire  aux  médecins. 


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nous  permit  de  profiter  du  beau  temps  dès  qu'il  se  montrait.  Après  avoir 
fait  quelques  essais  sur  des  objets  faciles  et  préparés  d'avance,  nous  nous 
sommes  mis  à  l'œuvre,  en  procédant  de  la  manière  suivante  : 

La  plaque,  placée  sur  quelques  doubles  de  papier,  est  polie  à  la  ponce 
et  à  l'essence  de  lavande  au  moyen  d'un  fort  tampon  de  coton  ;  quand, 
après  quelques  instants,  la  formation  d'un  cambouis  noir  indique  que  l'ac- 
tion a  été  suffisamment  prolongée,  on  change  le  tampon  et  le  papier;  puis, 
avec  de  nouvelle  ponce,  on  fait  reparaître  le  brillant  de  la  plaque;  il  suffit 
alors  de  continuer  à  polir  légèrement  à  sec  pour  amener  la  plaque  à  un 
état  parfait  en  moins  de  cinq  minutes. 

De  là,  cette  plaque,  montée  sur  la  planchette,  est  portée  sur  la  boite  à 
l'iode  et  menée  jusqu'à  la  teinte  jaune  légèrement  rosée. 

C'est  alors  qu'il  faut  appliquer  la  substance  dite  accélératrice.  Malgré 
tout  ce  qu'on  a  proposé,  nous  nous  en  sommes  tenus  au  brome  et  au 
brome  seul,  c'est-à-dire  simplement  dissous  dans  l'eau  à  la  dose  d'un  dix- 
millième.  Avec  cette  substance,  on  peut  facilement,  et  dans  la  pratique 
ordinaire,  centupler  la  sensibilité  de  la  plaque  iodée.  Il  suffit  pour  cela 
d'employer  l'appareil  que  nous  avons  décrit^  sous  le  nom  de  boite  à  brome, 
et  de  pousser  l'absorption  jusqu'au  maximum  de  sensibilité. 

Quand  on  est  arrivé  là  avec  la  plaque  et  l'objet  que  l'on  veut  repro- 
duire, il  faut  mettre  l'instrument  au  point  avec  précision,  en  faisant  la  part 
de  la  différence  existant  presque  toujours  entre  les  foyers  des  radiations 
lumineuses  et  chimiques  ;  puis  on  substitue  à  la  glace  dépolie  la  plaque 
nouvellement  préparée,  et  on  laisse  agir  la  lumière  pendant  un  temps 
qui,  dans  nos  expériences,  s'est  trouvé  compris  entre  k  et  20  secondes. 

Après  cela,  il  ne  reste  plus  qu'à  mettre  la  plaque  au  mercure,  et,  dans 
le  cas  où  l'expérience  a  réusfd,  à  la  laver  et  à  la  fixer  par  le  procédé  si 
copnu  du  chlorure  d'or. 

L'appareil  optique  n'est,  à  vrai  dire,  qu'un  microscope  solaire  à  court 
foyer. 

Le  miroir  plan  réflecteur»  la  lentille  destinée  à  faire  converger  les 

4 .  Voy.  Nouvelles  instructions  sur  l'usage  du  daguerréotype. 


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rayons  sur  Tobjet  et  la  platine  du  microscope  sont  tous  trois  portés  sur  une 
colonne  verticale,  sur  laquelle  ils  peuvent  occuper  des  distances  variables. 
Ces  différentes  pièces  se  meuvent  suivant  Taxe  commun  des  lentilles  objec* 
tives,  montées  au-dessus  d'elles  d'une  manière  fixe.  D'après  cela,  l'image 
semblerait  devoir  se  faire  dans  un  plan  horizontal;  mais  aussitôt  après  leur 
sortie  dos  lentilles  objectives,  les  rayons  éprouvent  une  réflexion  totale  à 
l'intérieur  d'un  prisme  rectangle,  comme  dans  le  microscope  de  M.  Amici, 
et  continuent  leur  marche  horizonlalement  pour  aller  former  leur  image 
au  fond  d'une  chambre  obscure  ordinaire,  à  la  distance  variable  de  2  à 
l\  décimètres. 

Trois  jeux  de  lentilles  de  rechange  servent  à  varier  le  grossissement; 
en  outre,  une  lentille  achromatique  concave,  située  à  une  petite  distance 
des  premières,  sert,  en  augmentant  la  divergence  des  faisceaux  lumineux, 
à  accroître  le  grossissement  et  à  remédier  aux  aberrations.  La  distance  de 
cette  lentille  influe  sur  le  pouvoir  amplifiant  aussi  bien  que  celle  à  laquelle 
on  reçoit  l'image;  et  la  possibilité  de  les  varier  toutes  deux,  combinée  avec 
le  changement  des  jeux  de  lentilles,  permet  toujours  d'obtenir  avec  préci- 
sion un  grossissement  quelconque  et  un  champ  d'une  étendue  convenable. 

Au  reste,  avant  d'arriver  sur  le  miroir  propre  du  microscope,  la  lumière 
solaire  est  déjà  réfléchie  dans  une  direction  constante  par  un  héliostat; 
et,  dans  les  beaux  jours  d'été,  malgré  ces  deux  réflexions,  la  chaleur  qui 
accompagne  la  lumière  est  parfois  ^assez  vive  pour  désorganiser  les  parti- 
cules placées  au  foyer,  ou  tout  au  moins  pour  exciter  des  mouvements  dans 
les  liquides  où  elles  sont  plongées.  Pour  parer  à  cet  inconvénient,  nous 
avons  été  forcés  de  placer  sur  le  chemin  de  ces  rayons  un  écran  en  verre 
bleu  foncé,  qui  arrête  avec  la  chaleur  rayonnante  une  portion  de  lumière 
peu  active  et  laisse  passer  le  bleu  et  le  violet,  qui  possèdent  presque  à  eux 
seuls  le  pouvoir  photographque. 

D'après  ce  mode  d'observation,  il  est  évident  que  les  résultats  obtenus 
de  la  sorte  sont  doués  d'un  grossissement  absolu,  et  que,  si  l'objet  a  des 
dimensions  connues,  la  comparaison  de  ces  dimensions  avec  celles  de  son 
image  donne  le  pouvoir  amplifiant  de  l'instrument.  C'est  pourquoi  nous 
avons  fait;  avec  deux  des  grossissements  les  plus  employés  dans  le  cours  de 


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cet  ouvrage,  les  épreuves  de  deux  micromètres;  et  en  nous  arrangeant  de 
manière  à  ce  que  telle  division  dans  l'image  occupât  un  espace  de  200  ou 
liOO  fois  plus  grand  que  celui  qu'occupe  réellement  la  même  division 
du  micromètre,  il  est  clair  que  les  épreuves  reproduites  dans  les  mêmes 
circonstances  représentent  aussi  l'objet  grossi  200  ou  100  fois.  Par  suite, 
connaissant  le  grossissement  de  ces  images,  on  comprend  avec  quelle  faci- 
lité on  en  déduit  les  dimensions  réelles  des  objets  qu'elles  représentent. 

Au  lieu  de  la  lumière  solaire,  on  peut  aussi  se  servir,  pour  obtenir  les 
images  daguerriennes  au  microscope,  d'une  lumière  artificielle  très-vive, 
telle  que  celle  qui  résulte  de  l'incandescence  du  charbon  sous  l'influence 
d'un  courant  électrique.  Nous  avons  produit  des  images  de  cette  manière, 
que  nous  donnerons  comme  échantillons,  à  l'aide  d'un  appareil  analogue  à 
celui  dont  nous  nous  servons  pour  certaines  démonstrations  dans  nos  cours 
de  microscopie. 


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RECHERCHES  SUR  L'INTENSITE 


DE 


LA    LUMIÈRE    ÉMISE    PAR    LE    CHARBON 


DANS    L'EXPÉRIENCE    DE    DAVY^ 

Académie  des  Sciences,  22  avril  184 i. 


On  sait  avec  quelle  facilité  l'on  peut  répéter  aujourd'hui  l'expérience 
de  l'incandescence  du  charbon  par  la  pile,  au  moyen  du  puissant  instru- 
ment que  M.  Bunsen  a  mis  récemment  entre  les  mains  des  physiciens  ;  dès 
lors  il  nous  a  semblé  possible  de  tenter  quelques  expériences  dans  le  but 
de  comparer  cette  source  lumineuse  aux  autres  sources  les  plus  remar- 
quables par  leur  intensité.  Nous  avons  choisi  pour  cette  comparaison  la 
lumière  solaire  et  la  lumière  produite  par  la  chaux  placée  dans  la  flamme 
du  chalumeau  à  gaz  oxygène  et  hydrogène. 

Notre  but  n'étant  pas  de  comparer  entre  elles  les  quantités  de  lumière 
versées  par  ces  différentes  sources,  mais  de  comparer  leurs  intensités 
mêmes,  le  choix  du  procédé  photométrique  devenait  difficile  ;  nous  avons 
donc  pensé  à  avoir  recours  aux  propriétés  chimiques  de  la  lumière.  Celte 
application  des  procédés  photographiques,  indiquée,  il  y  a  plusieurs  années, 
par  M.  Arago,  n'a  pas  encore  été  tentée,  ce  qui  nous  oblige  à  exposer  en 
quelques  mots  les  principes  sur  lesquels  nous  nous  sommes  appuyés. 

Il  est  certain,  d'après  ce  que  l'on  sait  aujourd'hui  sur  les  propriétés 

i.  En  collaboration  avec  M.  Fizeau,  Voy.  Compte  rendu  de  VAcad.  de»  Se,  t.  XVIIÏ,  p.  746 
et  860.  ^  BiUl.  de  la  Soc.  d^encouragement,  4845,  p.  393. 


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—  88  — 

chimiques  delà  lumière,  que  Ton  ne  peut  pas  confondre  en  général  l'in- 
tensité chimique  des  radiations  avec  leur  intensité  optique;  de  sorte  que  l'oa 
peut  concevoir  deux  faisceaux  lumineux  tels  que,  le  premier  possédant  une 
intensité  optique  supérieure  à  celle  du  second,  le  second,  au  contraire, 
l'emporte  sur  le  premier  en  intensité  chimique. 

Il  suit  de  là  qu'un  procédé  photométrique  fondé  sur  les  propriétés 
chimiques  de  la  lumière  ne  doit  être  considéré  que  comme  donnant  la 
mesure  de  l'intensité  chimique  des  sources  lumineuses.  C'est  donc  dans  ce 
sens  qu'il  convient  d'interpréter  ce  que  nous  allons  dire  sur  les  moyens  de 
comparer  les  intensités  de  deux  sources  lumineuses  parleurs  effets  sur  les 
substances  impressionnables. 

Si  l'on  expose  une  couche  sensible  à  Tinfluence  de  l'image  formée  par 
un  objet  lumineux  au  foyer  d'une  lentille,  le  degré  d'altération  qu'elle 
subit  dépend  du  temps  d'exposition  et  de  l'intensité  de  l'image  focale. 

Si  dans  deux  expériences  ce  temps  et  cette  intensité  focale  restent 
constants,  le  degré  d'altération  sera  le  même;  si,  le  temps  étant  le  même, 
on  obtient  le  même  degré  d'altération,  on  en  pourra  conclure  que  l'inten- 
sité focale  est  la  même.  Or  cette  intensité  i  de  l'image  focale  est  liée  à  l'in- 
tensité I  de  l'objet  lumineux,  au  rayon  d'ouverture  de  la  lentille  r  et  à  la 
distance  focale  d  par  la  relation 

(1)  '  i=^=Ilang««. 

2a  étant  l'angle  sous  lequel  on  verrait  l'ouverture  en  se  plaçant  au  foyer. 
Par  conséquent,  si  dans  un  même  temps  on  obtient  le  même  degré  d'altéra^ 
tion  dans  deux  mêmes  couches  sensibles  placées  aux  foyers  de  deux  len- 
tilles pour  lesquelles  les  angles  a  et  c/  seront  différents  et  que  l'on  aura  diri- 
gées vers  deux  objets  lumineux  d'intensités  I  et  F,  on  en  pourra  conclure 
l'égalité  des  intensités  focales  t  =  i',  ou  bien,  par  suite  de  la  relation  (1) 

I  tang'  a  =  r  tang*  a' , 

d'où  l'on  tire 

r*^  Ung«  *  » 


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—  89  — 

or,  ces  tangentes  étant  données  par  la  mesure  directe  des  ouvertures  et 
des  distances  focales  des  deux  lentilles,  on  aura  donc  le  rapport  entre  les 
intensités  des  deux  sources  lumineuses. 

Dans  ces  sortes  d'expériences,  il  est  quelquefois  difficile  de  disposer 
les  ouvertures  et  les  distances  focales  de  manière  à  obtenir  un  même  degré 
d'altération  dans  le  même  temps;  il  était  donc  important  de  pouvoir  arri- 
ver au  rapport  I  :  T  en  obtenant  un  même  degré  d'altération  dans  des 
temps  différents.  Pour  cela,  il  suffirait  d'admettre,  ce  qui  d'abord  semble 
probable,  qu'il  y  a  égalité  d'action  chimique  lorsque  les  temps  sont  en  rai- 
son inverse  des  intensités.  Il  fallait  rechercher  jusqu'à  quel  point  ce  prin- 
cipe était  vrai  ;  c'est  ce  que  nous  avorxs  fait  dans  les  expériences  suivantes  : 

Nous  avons  dirigé  une  chambre  obscure  sur  une  lampe  à  lumière  bien 
fixe,  puis,  en  faisant  varier  l'intensité  focale  avec  des  diaphragmes 
variables,  nous  avons  obtenu  sur  une  couche  sensible  une  série  d'images 
de  la  lampe;  la  durée  de  l'impression  pour  chaque  image  était  en  raison 
inverse  de  l'intensité  focale. 

Nous  avons  trouvé  que  les  images  successives  ainsi  obtenues  sont  sen- 
siblement égales  tant  que  les  temps  et  les  intensités  varient  entre  les 

t      t' 
limites  1  et  10,  c'est-à-dire  tant  que  les  rapports  t,  =  -  n'atteignent  pas 

une  valeur  plus  grande  que  10.  Si  l'on  continue  à  faire  varier  l'intensité  et 
le  temps  au  delà  de  cette  limite,  on  s'aperçoit  bientôt  que  les  images  ne 

sont  plus  égales;  pour  les  valeurs  tf  =60t  et  t'  =  g^,  l'image  obtenue  avec 

l'intensité  t'  et  le  temps  tf  est  incontestablement  plus  faible  que  celle  qui  a 
été  produite  par  l'intensité  t  et  le  temps  t. 

Il  n'est  donc  pas  rigoureusement  exact  de  dire  qu'il  y  a  égalité  d'action 
chimique  lorsque  les  temps  varient  en  raison  inverse  des  intensités  ;  mais 
nos  expériences  nous  ont  montré  que  Ton  pouvait  sans  erreur  sensible 
admettre  ce  principe  entre  des  limites  de  temps  telles  que  l'on  ait  ^<  10^- 

c'est-à-dire  qu'entre  ces  limites,  si  ronai=-j,  on  aura  égalité  d'action 

chimique. 

Réciproquement,  si  l'on  a  égalité  d'action  chimique  dans  des  temps  tf 

42 


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—  oo  — 
renfermés  entre  ces  limites,  on  en  pourra  conclure  le  rapport  entre  les 
intensités  focales  i'  et  t, 

î     r 

ou  bien,  d*après  la  relation  i  =  \  tang*  a, 

I  tangua  _r        ,,    .     I  _  l' tang»  g- 
rtang*a'~t  '    "^"   I'—  ttang*«  ' 

ce  qui  permet  d'obtenir  le  rapport  entre  les  intensités  de  deux  sources 
lumineuses  dans  le  cas  plus  général  où,  les  temps  d'exposition,  les  ouver- 
tures et  les  foyers  des  lentilles  étant  différents,  on  a  obtenu  un  même 
degré  d'altération  dans  deux  mêmes  couches  sensibles. 

Il  s'agit  donc,  en  dernière  analyse,  de  déterminer,  dans  la  série  des 
altérations  qu'éprouvent  les  couches  sensibles,  un  point  fixe  qui  permette 
de  reconnaître  qu'elles  ont  subi  un  même  degré  d'altération. 

La  couche  sensible  qui  nous  a  paru  le  mieux  se  prêter  à  cette  détermi- 
nation, en  raison  de  sa  préparation  assez  facilement  constante,  est  la  couche 
d'iodure  d'argent  de  M.  Daguerre  ;  et  le  point  fixe  que  nous  avons  adopté  est 
le  degré  d'altération  auquel  la  couche  sensible  commence  à  condenser  la 
vapeur  du  mercure;  c'est  là  le  point  auquel  commence  à  naître  l'image 
photographique. 

Cette  couche  d'iodure  d'argent,  quoique  peu  impressionnable  en  com- 
paraison des  couches  sensibles  employées 'aujourd'hui,  nous  a  présenté  de 
graves  difficultés  par  la  rapidité  avec  laquelle  elle  s'est  impressionnée  sous 
l'influence  des  radiations  très-intenses  que  nous  voulions  étudier.  On  com- 
prendra cependant  que  nous  ayons  rejeté  l'emploi  de  papiers  sensibles, 
moins  impressionnables  il  est  vrai,  mais  aussi  d'une  préparation  difficile- 
ment constante  et  surtout  ne  présentant  pas  dans  la  série  de  leurs  altéra- 
tions un  point  fixe  aussi  facile  à  reconnaître  que  celui  que  nous  venons  de 
signaler  dans  la  couche  d'iodure  d'argent.  Cependant  nous  devons  dire  que 
cette  dernière  couche  sensible  elle-même  doit  être  préparée,  pour  des  expé- 
riences comparatives,  par  des  moyens  absolument  identiques  et  par  la 
même  personne,  des  différences  en  apparence  insignifiantes  dans  son  mode 


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—  91  — 

de  préparation  pouvanl  faire  varier  sa  sensibilité  d'une  manière  très- 
notable. 

Les  expériences  étaient  faites  de  la  manière  suivante  :  une  chambre 
obscure  était  dirigée  vers  la  source  lumineuse,  le  corps  lumineux  formait 
ainsi  son  image  au  foyer  de  la  lentille;  cette  image  ayant  de  petites  dimen- 
sions dans  nos  expériences,  on  pouvait,  en  déplaçant  un  peu  Taxe  de 
l'instrument,  la  déplacer  elle-même  dans  le  plan  focal. 

La  lentille  étant  couverte  par  un  écran,  on  plaçait  la  plaque  sensible 
dans  le  plan  focal,  on  soulevait  alors  l'écran  pendant  un  temps  compté  avec 
soin,  puis,  ayant  déplacé  un  peu  Taxe  de  l'instrument,  on  soulevait  de 
nouveau  l'écran,  pendant  un  temps  un  peu  différent,  et  ainsi  de  suite  on 
obtenait  cinq  ou  six  impressions  successives  correspondant  à  des  temps 
différents. 

La  plaque  étant  alors  soumise  aux  vapeurs  du  mercure,  on  voyait 
nattre  une  série  d'images  décroissantes  correspondant  aux  diff^érents  temps 
de  l'impression;  si  l'expérience  avait  réussi,  la  série  était  incomplète, 
l'altération  de  la  couche  sensible,  pendant  les  temps  les  plus  courts,  n'ayant 
pas  été  suffisante  pour  la  rendre  apte  à  agir  sur  la  vapeur  de  mercure.  On 
notait  le  temps  correspondant  à  la  première  image,  c'est-à-dire  à  l'image 
naissante,  puis  on  mesurait  l'ouverture  de  la  lentille  et  sa  distance  focale. 

En  opérant  de  la  même  manière  sur  une  autre  source  lumineuse,  on 
avait  de  même  le  temps  correspondant  à  l'image  naissante,  l'ouverture  de 
la  lentille  et  la  distance  focale. 

De  ces  quantités  on  déduit,  par  la  relation  (2),'  le  rapport  I  :  F.  Nous 
avons  ainsi  opéré  :  1*  sur  le  soleil  ;  2*  sur  les  charbons  incandescents  d'une 
pile;  3""  sur  un  fragment  de  chaux  placé  dans  la  flamme  du  chalumeau  à 
gaz  oxygène  et  hydrogène. 

l""  Pour  le  soleil,  nous  avons  fait  usage  d'une  chambre  obscure,  munie 
d'une  lentille  achromatique  de  l'",4l3  de  foyer;  l'ouverture  était  limitée 
par  des  diaphragmes  compris  entre  1"*",3  et  3  millimètres  ; 

2""  Pour  les  charbons  de  la  pile  et  la  chaux  du  chalumeau  à  gaz,  nous 
avons  fait  usage  de  lentille  d'un  foyer  principal  plus  court;  plaçant  alors 
la  lentille  à  une  distance  de  la  source  lumineuse  égale  au  double  de  la 


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—  92  — 

distance  focale  principale,  nous  pouvions  opérer  sur  une  image  dont  les 
dimensions  étaient  celles  du  corps  lumineux  lui-même.  Le  peu  d'étendue 
de  ces  sources  lumineuses  rendait  nécessaire  une  telle  disposition.  La 
dislance  focale  déterminée  par  cette  position  de  l'objet  était  de  0"*,56 
dans  nos  premières  expériences,  et  fut  portée,  dans  les  suivantes,  à  l'°,125. 
L'ouverture  du  diaphragme  varia  entre  17  et  3  millimètres. 

Dans  toutes  nos  expériences  les  temps,  correspondant  à  la  naissance 
de  l'image,  furent  compris  entre  trois  secondes  et  trois  cinquièmes  de 
seconde;  on  comptait  les  quarts  ou  les  cinquièmes  de  seconde. 

Lumière  solaire.  —  Les  expériences  relatives  à  la  lumière  solaire  ont 
été  faites  dans  le  mois  d'août  et  septembre  derniers,  et  répétées  dans  les 
premiers  jours  d'avril  courant. 

Il  fallait  opérer  par  un  temps  très-pur  et  à  des  heures  voisines  de 
midi,  conditions  auxquelles  il  a  été  rare  de  pouvoir  satisfaire  simulta- 
nément. 

Deux  séries  ont  réussi  :  l'une,  le  2  avril  à  onze  heures  quinze  minutes, 
par  un  temps  d'une  pureté  remarquable,  nous  a  donné  la  plus  grande 
intensité;  nous  la  représentons  par  1  000. 

L'expérience,  répétée  le  même  jour  à  midi  quarante  minutes,  a  donné 
le  même  nombre  :  1  000. 

L'autre,  le  20  septembre,  à  deux  heures,  par  un  ciel  d'un  bleu  pâle, 
adonné  une  intensité  plus  faible  :  751. 

11  sera  intéressant  de  répéter  comparativement  ces  expériences  vers  le 
solstice  d'été,  ainsi  qu'à  des  heures  variables  de  la  journée  ;  c'est  ce  que 
nous  nous  proposons  de  faire. 

Lumière  de  la  pile.  —  Pour  la  lumière  des  charbons  de  la  pile,  nous 
avons  fait  nos  premiers  essais  en  plaçant  nos  charbons  dans  le  vide;  mais 
nous  avons  été  obligés  de  renoncer  à  ce  moyen,  par  la  rapidité  avec 
laquelle  les  parois  intérieures  du  globe  de  verre  se  ternissent.  Dans  un  gaz 
non  combustible  le  même  effet  se  fût  produit;  il  fallait  donc  opérer  à  l'air 
libre  et  cependant  éviter  la  combustion  rapide  que  les  charbons  ordinaire- 
ment employés  subissent  dans  ce  cas.  L'un  de  nous,  M.  Foucault,  a  atteint 
ce  but  par  l'emploi  du  charbon  provenant  de  la  distillation  de  la  houille; 


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—  93  — 

ce  charbon  permet  d'obtenir  à  l'air  libre  une  lumière  fixe  et  surtout 
durable,  à  cause  de  la  lenteur  de  sa  combustion;  toutes  nos  expériences 
ont  été  faites  avec  ce  charbon. 

Dès  nos  premiers  essais  nous  avons  remarqué  une  différence  notable 
dans  la  distribution  des  surfaces  lumineuses  sur  les  deux  pôles  de  la  pile, 
le  pôle  positif  l'emportant  de  beaucoup  en  surface  lumineuse  et  môme  en 
intensité,  sur  le  pôle  négatif. 

Le  premier  présente  une  surface  circulaire  de  2  ou  3  millimètres  de 
diamètre  douée  d'un  éclat  à  peu  près  uniforme;  en  dehors  de  cet  espace 
rintensité  décroit  rapidement;  le  second  ne  présente  qu'une  surface  plus 
petite  et  qui  nous  a  paru  moins  brillante;  l'arc  lumineux  qui  les  unit 
émet  une  lumière  d'un  bleu  pourpré  et  d'une  intensité  optique  évidemment 
inférieure  à  celle  des  deux  pôles. 

Le  pôle  positif  se  prêtait  donc  le  mieux  à  nos  expériences  ;  c'est  sur  lui 
que  nous  avons  opéré. 

La  pile  était,  comme  nous  l'avons  dit,  une  pile  de  Bunsen  dont  les 
dimensions  étaient  telles  que  les  cylindres  de  charbon  d'un  diamètre  inté- 
rieur de  5''",5  plongeaient  dans  l'acide  de  9  centimètres;  l'acide  nitrique 
employé  marquait  20  degrés  à  l'aréomètre,  et  l'acide  sulfurique  15  degrés. 

Dans  ces  conditions,  nous  avons  obtenu  les  nombres  suivants  : 

46  couples  ont  donné  pour  intensité 235 

80  couples  ont  donné 238 

Si  l'intensité  ne  varie  pas  d'une  manière  notable  avec  le  nombre  des 
couples,  ,elle  s'accroît  beaucoup  avec  leur  surface,  comme  on  pouvait  le 
prévoir. 

46  couples  simples  ayant  donné 235 

Trois  séries  semblables  réunies  pôle  à  pôle,  ou  46  couples  à  grandes  surfaces, 
la  pile  fonctionnant  depuis  une  heure,  ont  donné 385 

Ce  qui  nous  a  empêchés  de  varier  ces  expériences  autant  que  nous 
l'aurions  désiré,  c'est  l'affaiblissement  assez  rapide  qu'éprouve  la  pile  lors- 
qu'elle est  montée  depuis  quelque  temps  lors  môme  que  le  circuit  n'est 
pas  fermé. 


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-  94  -^ 
Ainsi , 

80  couples  ayant  donné  pour  intensité 238 

Les  mêmes  80  couples»  trois  heures  après,  ont  donné 4  59 

46  couples  ayant  donné 235 

40  couples,  une  autre  fois,  la  pile  étant  montée  depuis  deux  heures,  ont  donné.  4  36 
Deux  séries  semblables  pôle  à  pôle,  ou  40  couples  doubles,  dans  les  mêmes  cir- 
constances    238 

L'augmentation  d'intensité  avec  la  surface  est  ici  remarquable. 

La  moyenne  des  deux  premiers  nombres  235  et  238  doit  être  regardée 
comme  l'expression  de  l'intensité  produite  par  une  série  de  couples  de 
Bunsen  de  la  dimension  indiquée  en  nombre  compris  entre  &6  et  80,  et 
dans  les  premiers  temps  de  leur  action;  il  faut  ajouter  la  condition  que  le 
circuit  sera  fermé  par  le  charbon  très-dense  que  nous  avons  employé; 
car  il  nous  a  paru  que  les  charbons  d'une  densité  moindre  produisaient 
une  intensité  moindre  aussi. 

Cette  intensité  peut  être  prise  pour  unité  et  comparée  alors  à  l'inten- 
sité solaire  du  2  avril;  on  a  le  rapport  1  :  &,23;  la  plus  grande  intensité 
385  produite  par  /i6  couples  à  grande  surface,  comparée  de  la  même 
manière,  donnerait  le  rapport  1  :  2,59;  mais  le  nombre  385  est  certaine- 
ment trop  faible,  car  il  a  été  obtenu  lorsque  la  pile  fonctionnait  depuis  une 
heure  et,  dès  lors,  avait  dû  s'affaiblir.  Nous  pensons  rester  au-dessous  de 
la  correction  à  faire  en  donnant  le  rapport  1  :  2,5. 

Lumière  produite  par  le  gaz  oxygène  et  hydrogène  projeté  sur  la  chaux.  — 
Nous  avons  trouvé  pour  son  intensité  un  nombre  d'une  faiblesse  inattendue; 
en  effet, 

L'intensité  solaire,  le  2  avril  étant 4  000 

L'intensité  de  la  lumière  du  chalumeau  à  gaz  a  été  trouvée 6,85 

Ce  nombre  est  le  plus  grand  que  nous  ayons  pu  obtenir  en  augmen- 
tant la  pression  sous  laquelle  s'échappait  le  gaz  autant  que  le  permettait 
l'appareil  dont  nous  disposions  ;  cette  pression  était  produite  par  un  poids 
de  20  kilogrammes  sur  une  surface  de  430  centimètres. 


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-  95  — 

Quand  on  diminue  la  pression  ou  que  l'on  retarde  par  quelque  obstacle 
la  vitesse  d'écoulement  du  gaz,  l'intensité  décroît  rapidement;  en  effet, 
nous  avons  substitué  un  orifice  plus  étroit,  et  l'intensité  trouvée  dans  ce 
cas  n'a  plus  été  que  S,  &. 

Au  lieu  de  diminuer  l'orifice  du  chalumeau,  nous  avons  réduit  le  poids 
à 8  kilogrammes;  l'intensité  est  descendue  à  0,86. 

Avec  le  même  orifice  et  le  même  poids,  l'addition  d'un  tube  de  sûreté 
en  plomb,  qui  permettait  de  placer  le  réservoir  du  gaz  dans  une  pièce 
voisine,  a  réduit  l'intensité  à  0,5/i. 

En  prenant  pour  unité  l'intensité  maximum  6,85  et  la  comparant  à 
celle  de  la  lumière  solaire  et  de  la  lumière  de  la  pile,  on  trouve, 

Avec  rintensité  solaire,  le  rapport 4  :  U6 

Pour  46  couples  à  grande  surface 1  :    56 

Pour  46  couples  ordinaires 4  :    34,3, 

Le  procédé  photométrique  sur  lequel  reposent  ces  déterminations 
d'intensité  donne  en  réalité  la  mesure  des  intensités  chimiques  des  sources 
lumineuses,  comme  nous  l'avons  dit;  or,  la  faible  intensité  trouvée  pour  la 
lumière  produite  par  le  gaz  pouvait  être  expliquée  en  admettant  que  les 
intensités  chimiques  seraient  très-différentes  des  intensités  optiques  dans 
les  sources  lumineuses  que  nous  comparions;  nous  avons  donc  été 
conduits  à  tenter  la  mesure  des  intensités  optiques  par  la  voie  ordinaire  des 
comparaisons  simultanées. 

Des  difficultés  de  mise  en  expérience  nous  ont  empêchés  de  donner  à 
celte  partie  de  notre  travail  l'étendue  qu'elle  méritait;  cependant  nous 
avons  obtenu,  dans  la  comparaison  optique  de  la  lumière  produite  par  le 
gaz  avec  celle  des  charbons  de  la  pile,  des  résultats  assez  nets. 

Sans  décrire  en  détail  la  disposition  photométrique  que  nous  avons 
adoptée,  nous  dirons  qu'au  moyen  d'une  lentille,  les  images  des  deux 
sources  lumineuses  venaient  se  former  Tune  à  côté  de  l'autre  sur  un  écran 
translucide,  avec  des  dimensions  égales  à  celles  des  objets  lumineux; 
chacun  des  faisceaux  lumineux  qui  formait  des  images  était  limité  par  un 
diaphragme;  l'ouverture  de  l'un  de  ces  diaphragmes  pouvait  varier  par 


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-  96  ~ 

degrés  insensibles,  de  manière  à  permettre  d'amener  les  deux  images  à  la 
même  intensité.  Cette  égalité  étant  obtenue,  le  rapport  inverse  des  surfaces 
des  diaphragmes  donnait  le  rapport  entre  les  intensités  lumineuses. 

Les  deux  surfaces  lumineuses  avaient,  dans  nos  expériences,  des 
dimensions  sensiblement  égales. 

Les  intensités  optiques  de  la  lumière  émise  par  le  chalumeau  à  gaz 
comparé  à  la  lumière  produite  par  46  couples,  ont  été  trouvées,  par  cette 
méthode,  dans  les  rapports  suivants  : 

A  :  26,5 

1  :  33,6 

4  :  37,7 

Les  intensités  chimiques  avaient  été  trouvées 4  :  34,3 

Bien  que  ces  nombres  soient  assez  différents,  nous  pensons  que  Ton 
peut  en  conclure  que  ces  deux  sources  lumineuses  possèdent  des  intensités 
optiques  et  des  intensités  chimiques  qui  sont  sensiblement  dans  le  même 
rapport. 

Si  Ton  considère  la  grande  différence  d'intensité  qui  existe  entre  ces 
deux  sources  de  radiations,  et  surtout  la  nature  très-différente  des  causes 
physiques  qui  leur  ont  donné  naissance ,  on  est  conduit  à  généraliser  ce 
résultat  et  à  regarder  comme  très-probable  que  les  radiations  lumineuses 
émanées  de  sources  différentes,  mais  qui  produisent  de  la  lumière  blanche, 
possèdent  des  intensités  optiques  et  des  intensités  chimiques  qui  sont  dans 
le  même  rapport. 

Si  Ton  admet  ce  principe,  les  mesures  d'intensité  chimique  que  nous 
avons  données  dans  ce  travail,  et  qui  se  rapportent  à  la  lumière  solaire,  à 
celle  des  charbons  de  la  pile  et  à  celle  du  gaz  oxygène  et  hydrogène  projeté 
sur  de  la  chaux,  seraient  également  les  mesures  des  intensités  optiques  de 
ces  sources  lumineuses. 

(Académie  des  Sciences,  6  mai  i84i.) 

Nous  avons  observé,  dans  le  cours  de  ce  travail,  quelques  faits  que  nous 
allons  rapporter. 


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—  97  — 

l^  Images  solaires.  —  Le  diamètre  de  l'image  solaire  avec  la  distance 
focale  dont  nous  disposions  (l'%&13)  avait  seulement  13  millimètres  de 
diamètre,  et  cependant,  vers  Li  fin  d*aoùt,  nous  avons  eu,  d'une  manière 
très-distincte,  l'image  d'une  tache  assez  grande  qui  traversait,  à  cette 
époque,  le  disque  solaire.  Nous  ne  doutons  pas  qu'à  l'aide  d'appareils 
optiques  convenables,  on  n'obtienne  ainsi  des  dessins  précieux  de  certaines 
taches  remarquables  par  leur  forme  et  leur  étendue. 

Un  autre  fait  s'est  constamment  présenté  à  nous  :  c'est  un  faible 
décroissement  dans  Tintensité  des  images  du  centre  à  la  circonférence, 
mais  surtout  près  des  bords.  Ce  fait  touchant  à  l'importante  question  des 
intensités  relatives  des  bords  et  du  centre  du  soleil,  nous  nous  proposons 
de  répéter  nos  expériences  à  ce  point  de  vue  :  nous  comprenons,  en  effet, 
que  cette  simple  remarque,  faite  incidemment  dans  nos  recherches,  n'a 
pas  une  valeur  proportionnée  à  l'importance  de  la  question  ' . 

2""  Arcs  lumineux  de  la  pile.  —  La  lumière  d'un  bleu  pourpré  qui  se 
produit  entre  les  charbons  possède  une  intensité  chimique  égale  à  un  tiers 
environ  de  celle  que  possède  la  lumière  émise  par  le  pôle  positif. 

La  formation  de  l'arc  lumineux  entre  quelques'métaux  nous  a  présenté 
les  résultats  suivants  avec  80  couples  : 

Tous  les  métaux  que  nous  avons  employés  comme  pôles  ont  produit 
des  arcs  de  couleurs  et  d'intensités  variables  :  le  phline  forgé  comme  les 
autres  métaux  ;  nous  devons  dire  que  M.  de  la  Rive  a  observé  le  contraire 
avec  ce  corps. 

Des  particularités  intéressantes  se  présentent  lorsqu'un  des  pôles  est 
terminé  par  du  charbon,  et  l'autre  par  un  métal.  Le  pôle  positif  étant  de 

4.  A  la  suite  des  recherches  qui  les  avaient  conduits  à  signaler  un  faible  |décro issement  dans 
l'intensité  des  images  daguerriennes  du  soleil,  du  centre  à  la  circonférence,  MM.  Fizeau  et  Foucault 
firent  des  expériences  comparatives  directes,  dans  lesquelles  ils  obtenaient,  après  des  temps  variables 
de  pose,  d'une  part  des  images  du  soleil,  d'autre  part  des  images  d'un  disque  de  carton  blanc  placé  en 
pleine  lumière  à  une  certaine  distance  de  l'objectif.  Nous  devons  à  l'obligeance  de  M.  H.  Fizeau  de 
pouvoir  reproduire  (pi.  4,  fig.  S  et  3]  les  images  correspondant  à  une  série  d'expériences.  La  figure  S, 
qui  montre  des  images  successives  du  soleil  après  des  temps  de  poâe  variables,  présente  sur  le  bord  de 
chaque  disque  un  décroissement  d'intensité  lumineuse  que  l'on  ne  retrouve  en  aucune  façon  dans  la 
figure  3,  qui  reproduit  les  images  d'un  disque  blanc  après  les  mêmes  temps  de  pose. 

13 


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-  98  - 
l'argent  et  le  négatif  du  charbon,  Tare  se  forme  facilement;  bientôt 
l'argent  fond  et  distille  abondamment;  dès  lors  on  peut  éloigner  davantage 
le  charbon  négatif  sans  rompre  l'arc  lumineux  qui  est  d'une  fixité  et  d'une 
beauté  remarquables.  Si  l'on  intervertit  les  pôles,  le  phénomène  n'est  plus 
le  même.  Dans  les  premiers  instants,  l'arc  se  forme,  comme  précédemment, 
du  charbon  positif  à  l'argent  négatif;  mais,  lorsque  l'argent  est  entré  en 
fusion,  l'arc  se  brise.  Si  l'on  cherche  à  le  rétablir,  on  éprouve  beaucoup 
de  difficultés;  lorsqu'on  y  parvient  pendant  quelques  instants,  la  partie  de 
l'arc  qui  touche  au  globule  d'argent  s'agite  avec  un  bruit  particulier. 

Le  platine  et  le  charbon  présentent  un  phénomène  analogue,  mais  à  un 
degré  beaucoup  moins  marqué. 

Ce  fait  nous  semble  devoir  être  rattaché  aux  phénomènes  de  transport 
du  pôle  +  au  pôle  —,  étudiés  avec  tant  de  soin  par  M.  de  la  Rive.  Pour 
l'argent  qui,  comme  l'on  sait,  absorbe  de  l'oxygène  lorsqu'il  est  en  fusion, 
la  rupture  de  Tare  pourrait  être  attribuée  à  la  combustion  du  charbon 
transporté  au  contact  même  de  l'argent;  la  crépitation  singulière  dont 
nous  avons  parlé  appuierait  cette  manière  de  voir. 

S**  L'explication  que  donna  Davy  de  la  pâture  des  flammes  éclairantes 
nous  a  conduits  à  essayer  de  fermer  le  circuit  d'une  pile  de  40  couples  par 
la  flamme  d'une  bougie;  on  observe  alors  les  faits  suivants  :  un  faible 
courant  s'établit,  mais  sans  lumière,  et  l'on  voit  peu  à  peu  le  pôle  négatif 
se  couvrir  d'un  charbon  très-léger  qui  se  dépose  sous  forme  d'arborisations. 

Avec  une  pile  de  80  couples,  le  charbon  se  dépose  de  plus  sur  le  pôle 
positif  avec  les  mêmes  apparences,  mais  en  moindre  quantité  que  sur  le 
pôle  négatif. 

4*  Un  phénomène  particulier  de  lumière  se  présente  lorsque  l'on 
décompose  l'eau  avec  des  fils  métalliques  assez  fins  et  une  pile  de 
80  couples  ;  les  fils  s'échaufifent  sans  rougir,  s'ils  sont  d'un  diamètre  suffi- 
sant, mais  les  gaz  qui  les  enveloppent  sont  alors  lumineux,  leur  dégage- 
ment étant  accompagné  d'un  bruit  particulier.  Le  phénomène  est  le  plus 
marqué  au  pôle  négatif;  on  remarque  que  tant  que  les  gaz  sont  ainsi  lumi- 


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—  99  — 

neux,  rintensité  du  courant  est  beaucoup  diminuée.  Ce  fait  doit-il  être 
rattaché  aux  phénomènes  des  arcs  lumineux?  aurait-on  ainsi,  au  pôle 
négatif,  un  arc  formé  par  l'hydrogène  ? 

5""  Nous  terminerons  en  appelant  Taltention  sur  une  modification 
remarquable,  éprouvée  par  le  charbon  lorsqu'il  a  supporté  la  très-haute 
température  qui  se  développe  pendant  Tincandescence  des  pôles  de  la  pile. 

Le  charbon  très-dense  qui  provient  de  la  distillation  de  la  houille,  et 
que  nous  avons  employé,  a  des  caractères  physiques  qui  le  rapprochent 
de  l'espèce  minérale  appelée  anthracite;  en  examinant,  après  les  expériences 
d'incandescence,  le  charbon  transporté  au  pôle  négatif  et  l'extrémité  du 
pôle  positif  lui-même,  nous  avons  remarqué  que  ses  caractères  physiques 
sont  alors  changés. 

Ce  charbon  est  mou,  traçant;  sa  surface  étant  frottée,  devient  d'un 
gris  plombé  métallique.  Ces  caractères  l'assimilent  complètement  à  l'espèce 
minérale  appelée  graphite;  cette  modification  se  fait  très-rapidement,  et 
s'obtient  également  avec  d'autres  espèces  de  charbons  conducteurs.  Il 
suffit  de  promener  l'arc  lumineux  sur  la  surface  d'un  des  pôles  de 
charbon  pour  que  cette  surface  soit  à  l'instant  revêtue  d'une  couche  de 
graphite. 

Cette  formation  de  graphite,  sous  Tinfluence  d'une  température  très- 
élevée,  nous  semble  devoir  jouer  un  rôle  important  dans  l'étude  des  masses 
minérales  où  se  rencontre  si  fréquemment  cette  variété  de  charbon. 


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PHOTOMÈTRE    A    COMPARTIMENT^ 


Je  me  suis  occupé  d'organiser  un  appareil  agissant  par  illumination 
directe,  et  qui  permit  à  l'observateur  de  profiter  de  toute  la  sensibilité  de 
Torgane  de  la  vue. 

En  disposant  le  nouvel  appareil,  je  me  suis  préoccupé  seulement 
d'illuminer  les  deux  parties  d'un  même  écran  par  le  rayonnement  direct 
des  deux  sources  que  Ton  veut  comparer,  en  satisfaisant  à  cette  condition 
expresse  que  les  deux  régions  soumises  aux  rayonnements  différents 
fussent  exactement  contiguës  sans  interposition  d'aucune  pénombre  visible. 
La  sensibilité  du  procédé  dépend  de  la  disparition  plus  ou  moins 
complète  de  toute  limite  perceptible  entre  les  deux  régions  éclairées  au 
moment  où  les  deux  rayonnements  deviennent  également  intenses  de 
part  et  d'autre.  L'appareil  que  je  vais  décrire  permet  de  réaliser  assez 
commodément  cette  parfaite  continuité  d'un  même  champ  illuminé  locale- 
ment par  deux  sources  différentes. 

Il  consiste  en  une  boite  cubique  (Fig.  3),  qu'une  cloison  mobile  dans 


\ .  Extrait  d'un  Rapport  sur  le  pouvoir  éclairant  des  produits  gazeux  fournis  par  la  distil- 
lation de  la  tourbe,  par  Léon  Foucault,  physicien  de  rObservatoire  de  Paris.  —  Petit  in-8  de  28  pages; 
Paris,  4855. 

En  dehors  de  la  description  du  photomètre  à  compartiments,  ce  rapport  ne  contient  que  des 
données  numériques  sans  intérêt,  relatives  au  pouvoir  éclairant  du  gaz  fourni  par  la  distillation  de 
la  tourbe. 


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—  101  — 

son  propre  plan  partage  en  deux  compartiments  égaux  :  le  fond  de  la  boite 
qui  fait  face  à  l'observateur  est  formé  par  un  écran  très-mat,  dont  j'indi- 
querai la  composition ,  et  qui  joue  à  peu  près  le  rôle  de  la  glace  dépolie 
dans  la  chambre  noire  ordinaire.  La  paroi  opposée  fait  défaut,  et  c'est  par 
là  que  les  rayonnements  des  deux  sources  pénètrent  librement  et  isolément 


Figare  3. 


dans  leurs  compartiments  respectifs.  On  met  naturellement  l'appareil  dans 
une  position  symétrique,  de  manière  à  ce  que  la  cloison  médiane  partage 
en  deux  parties  égales  l'angle  formé  par  les  rayons  des  deux  sources  qui 
convergent  sur  le  milieu  de  Técran. 

Dans  cette  situation,  il  peut  arriver  que  les  ombres  portées  de  part  et 
d'autre  par  la  cloison  sur  l'écran  se  trouvent  séparées  par  un  espace  lumi- 
neux, ou  bien,  au  contraire,  que  ces  deux  ombres  empiètent  l'une  sur 
l'autre;  dans  tous  les  cas,  leurs  bords  intérieurs  seront  très- nettement 
terminés.  Or,  comme  la  cloison  peut  êlre  mue  dans  son  propre  plan  au 
moyen  d'un  bouton  qui  fait  saillie  au  dehors,  on  lui  donnera  la  position 
nécessaire  pour  amener  exactement  les  deux  ombres  au  contact.  On  saisit 
alors  avec  une  facilité  surprenante  le  moindre  excès  d'intensité  d'un 
rayonnement  sur  l'autre,  et  comme  on  dispose  des  positions  des  deux 
flammes,  on  arrive  à  déterminer  avec  précision  les  distances  respectives 
qui  égalisent  à  l'œil  les  deux  moitiés  du  champ,  en  faisant  disparaître  leur 
limite  commune.  Quand  cette  espèce  d'équilibre  se  trouve  réalisée,  il  ne 


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—  102  — 

reste  plus  qu'à  mesurer  directement  les  distances  des  objets  lumineux, 
pour  en  déduire  le  rapport  des  pouvoirs  éclairants- 

Il  ressort  de  cette  description  que  l'effet  produit  sur  l'écran  s'observe 
par  transparence,  comme  les  images  de  la  chambre  obscure  ordinaire 
pendant  la  mise  au  point.  L'analogie  semblait  conseiller  l'emploi  du  verre 
dépoli  :  cependant  j'ai  bientôt  reconnu  que  cette  sorte  d'écran  ne  possède 
pas  assez  de  pouvoir  diffusif,  qu'il  est  trop  transparent;  que,  par  suite, 
l'effet  optique,  contemplé  à  sa  surface,  dépendait  trop  de  la  position  de 
l'observateur,  et  qu'on  serait  exposé  à  porter  de  faux  jugements.  Sous  ce 
rapport,  le  papier  aurait  mieux  convenu;  mais  les  inégalités  de  sa  struc- 
ture auraient  masqué  des  différences  que  l'œil  eût  saisi  sur  une  trame  plus 
fine  et  plus  homogène.  J'en  suis  donc  arrivé  à  former  cet  écran  d'une 
couche  d'amidon  suspendu  dans  l'eau  et  déposé  par  le  repos  sur  une  lame 
de  glace.  Cet  écran  possède  toutes  les  qualités  requises;  on  peut  le  rendre 
aussi  diffusif  que  le  papier,  et,  de  plus,  il  offre  à  l'œil  toute  la  finesse, 
toute  l'homogénéité  désirables.  Le  choix  d'un  bon  écran  n'était  pas  sans 
importance  :  en  le  formant  d'une  couche  mate  et  fortement  diffusive,  on 
rend  l'appréciation  des  intensités  lumineuses  à  peu  près  indépendante  du 
lieu  de  l'observation.  On  peut,  sans  bouger  la  tête,  se  servir  indifféremment 
d'un  œil  ou  de  l'autre;  on  peut,  par  conséquent,  observer  avec  les  deux 
yeux  à  la  fois,  ce  qui  permet  d'asseoir  le  jugement  d'une  manière  plus 
certaine. 

Le  nouvel  appareil  ne  requiert  aucune  des  subtilités  de  l'optique 
moderne;  la  manière  dont  il  fonctionne  est  accessible  à  tout  le  monde;  il 
isole  et  rapproche  les  éclairements  des  sources  proposées,  il  permet  de  les 
ramener  à  l'égalité  par  de  simples  variations  de  distance,  et  il  fournit  par 
suite  le  moyen  d'évaluer  en  nombre  les  pouvoirs  éclairants  :  le  tout  se 
réalise  au  moyen  d'une  simple  boîte  qu'en  raison  de  son  emploi  et  de  sa 
construction  j'appellerai  photomètre  à  compartiments. 


J'arrive  maintenant  à  la  recherche  d'un  moyen  pratique  pour  déter- 
miner la  valeur  photométrique  d'un  gaz  en  valeur  absolue*  ou  du  moins 


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—  103  — 
pour  rapporter  cette  valeur  à  quelque  unité  suffisamment  constante  et 
facile  à  se  procurer  en  tout  temps.  On  a  depuis  longtemps  proposé  la 
bougie  comme  unité  photométrique;  mais  les  variations  de  cette  source 
lumineuse  sont  tellement  considérables  qu'elles  sautent  aux  yeux.  Si  Ton 
prend  deux  bougies  dans  le  même  paquet»  et  qu'on  les  mette  à  des  dis- 
tances égales  au-devant  du  photomètre  à  compartiments,  on  reconnaît  que 
l'équilibre  ne  se  réalise  que  très-accidentellement;  à  chaque  instant  la 
supériorité  d'éclat  passe  de  l'une  à  l'autre,  et  l'instrument  accuse  presque 
constamment  une  inégalité  choquante.  Cependant  cette  fixité  que  l'on  cher- 
cherait vainement  dans  une  bougie  isolée  se  réalise  assez  convenablement 
dans  un  système  de  bougies,  et  elle  est  d'autant  plus  parfaite  que  le  groupe 
est  plus  nombreux.  J'ai  pensé  qu'en  réunissant  en  faisceau  plusieurs  de  ces 
éléments  dont  l'instabilité  m'avait  d^abord  frappé,  on  réussirait  à  former 
une  source  multiple  qui  donnerait  au  photomètre  le  même  effet  qu'une 
flamme  simple  et  qui  déjà  présenterait  en  pratique  assez  de  stabilité  pour 
être  utilement  employé  comme  terme  de  comparaison.  Des  bougies  au 
nombre  de  sept  se  groupent  naturellement  en  faisceau  hexagonal,  et  si  l'on 
a  soin  de  maintenir  entre  elles  une  distance  d'un  centimètre,  on  trouve 
qu'elles  brûlent  avec  une  remarquable  fixité;  des  courants  d'air  s'éta- 
blissent qui  tendent  les  flammes  et  leur  donnent  plus  de  stabilité  que  lors- 
qu'elles brûlent  isolément.  J'ai  pris  au  hasard  14  bougies  de  l'Étoile 
et  les  ayant  formées  en  deux  faisceaux,  j'ai  placé  ceux-ci  à  des  disfcmces 
égales  en  avant  du  photomètre.  L'effet  sur  l'écran  a  été  satisfaisant,  non 
pas  que  l'équilibre  ait  été  complètement  et  constamment  maintenu,  mais 
les  différences  qui  se  sont  montrées  étaient  de  l'ordre  de  celles  qui  appa- 
raissent d'elles-mêmes,  lorsqu'on  met  deux  becs  de  gaz  dans  les  mêmes 
conditions. 

Pour  reconnaître  jusqu'à  quel  point  on  pourrait  compter  sur  ce  mode 
d'évaluation,  nous  avons  employé  une  séance  (11  décembre  1854)  à  évaluer 
les  deux  gaz  en  bougies  de  l'Étoile  au  moyen  du  photomètre  à  comparti- 
ments; la  moyenne  de  cinq  déterminations  a  donné  le  bec  de  gaz  de 
tourbe  comme  équivalent  à  23  bougies  1/4  :  le  même  bec  alimenté  par  le 
gaz  de  la  ville,   à  la  suite  du  même  genre  d'épreuves,  a  paru  égal  à 


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—  106  — 

6  bougies  8/10;  divisés  Tun  par  Tautre,    ces  deax  nombres  de  bougies 
donnent  pour  le  gaz  de  tourbe  â/i2,  celui  de  la  ville  étant  100* 

Nous  avons  ensuite  comparé  directement  les  deux  gaz  et  nous  avons 
trouvé  331,  c'est-à-dire  le  même  nombre  à  1/30  près. 


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SUR   LE   PHENOMENE 

DBS 

INTERFÉRENCES   ENTRE   DEUX   RAYONS   DE    LUMIÈRE 

DANS  LE  CAS  DE  GRANDES  DIFFÉRENCES  DE  MARCHE 

ET     SUR 

-  LA    POLARISATION  CHROMATIQUE 
PRODUITE    PAR     LES     LAMES     ÉPAISSES    CRISTALLISÉES» 
(Académie  des  Scieaces,  24  novembre  1845  et  9  mars  1846.  ) 


PREMIÈRE    PARTIE. 

Lorsque  deux  rayons  de  lumière  se  rencontrent  dans  les  conditions 
d'interférence,  si  Ton  augmente  par  degrés  leur  différence  de  marche,  on 
arrive  toujours  à  une  limite  où  le  phénomène ,  après  s'être  affaibli  progres- 
sivement, finit  par  cesser  d'être  appréciable.  L'existence  de  cette  limite 
s'explique  naturellement  par  la  non -homogénéité  des  faisceaux  interfé- 
rents,  et  est,  en  effet,  d'autant  plus  reculée  que  ces  faisceaux  sont  consti- 
tués par  la  lumière  plus  simple. 

Cependant  la  théorie  indique  encore  une  autre  cause  qui,  tôt  ou  tard, 
doit  mettre  un  terme  aux  phénomènes  d'interférence,  cause  tout  à  fait 

4.  Eo  commun  avec  M.  Fizeau. 

A  ]a  suite  d'un  rapport  présenté  par  H.  Babinet,  l'Académie  décida  l'insertion  de  ce  travail  dans  les 
Mémoires  des  savants  étrangers.  (Voir  C.  R.  de  VAc.  des  Sc.^  t.  XXVI,  p.  680);  celte  insertion  n'eut 
d'ailleurs  pas  lieu.  —  Voir  C.  R.  del'Ac.  des  Se.,  t.  XXI,  p.  4455  et  t^XXH,  p.  4t2  ;  Ann.  de  Ch.  et 
de  Ph.  [3],  t.  XXVI,  p.  438,  et  t.  XXX,  p.  446. 

44 


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—  106  — 

indépendante  de  la  complexité  de  la  lumière,  et  qui  se  rattache  au  mode 
même  suivant  lequel  se  produisent  les  mouvements  lumineux* 

En  eflfet,  la  non-interférence  des  rayons  émanés  de  sources  différentes, 
et  celle  de  deux  rayons  de  même  origine,  d'abord  polarisés  à  angle  droit, 
puis  ramenés  dans  un  même  plan  de  polarisation,  mais  sans  avoir  été 
préalablement  polarisés  dans  un  plan  unique,  ont  conduit  à  considérer  le 
mouvement  lumineux  comme  soumis  à  des  perturbations  très-fréquentes, 
lesquelles  produiraient  de  tels  changements  dans  la  lumière  envoyée  suc- 
cessivement par  un  même  point  que ,  si  la  différence  de  marche  de  deux 
rayons  inlerférents  émanés  de  ce  point  devenait  suffisamment  grande,  il 
n'y  aurait  plus  aucun  rapport  persistant  entre  les  deux  mouvements  qui  se 
superposeraient;  dès  lors  le  phénomène  cesserait  entièrement. 

Cette  cause  aurait-elle  quelque  influence  sur  la  cessation  des  phéno- 
mènes d'interférence  dans  les  conditions  où  on  les  observe  ordinairement, 
ou  bien  la  complexité  de  la  lumière  étant  la  seule  cause  influente,  quelle 
est  la  limite  de  différence  de  marche  que  la  simplicité  toujours  imparfaite 
de  la  lumière  permet  d'établir  entre  deux  rayons  sans  rendre  insensible 
l'interférence? 

Ces  questions ,  intéressantes  pour  la  théorie  de  la  lumière ,  sont  le 
principal  sujet  de  ce  travail.  Cependant  le  mode  d'observation  que  nous 
avons  employé,  permettant  de  suivre  le  phénomène  d'interférence  produit 
par  les  rayons  ordinaire  et  extraordinaire  des  corps  doués  de  la  double 
réfraction  dans  le  cas  de  grandes  épaisseurs,  nous  donnait  en  même  temps 
le  moyen  d'observer  toutes  les  circonstances  de  la  polarisation  chroma- 
tique alors  si  complexe;  nous  n'avons  pas  négligé  cette  étude,  qui  se  rat- 
tachait d'ailleurs  directement  à  notre  sujet.  Ce  mode  d'observation  est 
fondé  sur  les  principes  suivants  : 

Si  un  même  lieu  de  l'espace  est  éclairé  par  deux  faisceaux  de  lumière 
blanche  émanant  d'une  même  source,  mais  dont  l'un  est  en  retard  sur 
l'autre,  le  phénomène  des  interférences  ne  peut  être  observé  dans  ce  lieu 
que  dans  le  cas  où  le  retard  est  peu  considérable.  Au  lieu  de  regarder 
immédiatement  ce  lieu  lui-même,  on  peut  le  prendre  comme  centre  de 
rayonnement,  en  isoler  une  partie  limitée  par  un  écran  percé  d'une  fente 


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—  107  — 

et,  au  moyea  d'un  système  réfringent  convenable,  former  un  spectre  très- 
pur  de  la  lumière  qui  en  émane  ;  ce  spectre,  dans  lequel  on  distinguera 
toutes  les  raies  de  Fraunhofër,  si  c'est  de  la  lumière  solaire  que  l'on 
emploie,  pourra  être  considéré  comme  constitué  par  la  juxtaposition  d'un 
nombre  presque  infini  d'images  de  la  fente  rayonnante,  chacune  desquelles 
sera  formée  par  des  rayons  d'une  longueur  d'ondulation  particulière,  mais 
les  plus  homogènes  que  l'on  puisse  obtenir;  chacun  des  éléments  du 
spectre  représentera  donc,  par  l'intensité  des  rayons  particuliers  qui  le 
composent ,  le  résultat  de  l'interférence  de  ces  mêmes  rayons  dans  le  lieu 
de  l'espace  dont  il  est  l'image  ;  en  observant  le  spectre  entier,  on  observera 
donc  simultanément  dans  toutes  les  espèces  de  lumière  simple,  les  phéno- 
mènes produits  par  la  rencontre  de  deux  faisceaux  lumineux  dans  un 
même  lieu  de  l'espace. 

Ces  spectres  d'interférence  sont  généralement  formés  par  des  bandes 
obscures  et  des  bandes  lumineuses  parallèles  aux  lignes  fixes,  et  qui  se 
succèdent  alternativement  dans  toute  la  longueur  du  spectre,  en  nombre 
d'autant  plus  grand  que  la  différence  de  marche  est  plus  grande  entre  les 
faisceaux  interférents.  Plus  resserrées  vers  l'extrémité  rouge,  ces  bandes  se 
dilatent  de  plus  en  plus  en  atteignant  la  partie  la  plus  dispersée  qui  se 
termine  au  violet  :  le  passage  des  unes  aux  autres  se  fait  par  degrés  insen- 
sibles, le  milieu  des  bandes  lumineuses  présentant  un  éclat  maximum  qui 
décroît  par  degrés  jusqu'au  milieu  des  bandes  obscures  où,  dans  les  cir- 
constances les  plus  favorables,  il  y  a  absence  complète  de  lumière.  Si  l'on 
observe  les  phénomènes  successifs  qui  prennent  naissance  lorsque  l'on 
fait  croître  d'une  manière  continue  le  retard  de  l'un  des  faisceaux  sur 
l'autre,  on  voit  les  bandes  obscures  et  brillantes  naître  alternativement  à 
l'extrémité  violette,  traverser  successivement  les  espaces  occupés  par  les 
différentes  couleurs,  et  disparaître  en  semblant  sortir  du  spectre  par 
l'extrémité  rouge.  D'abord  assez  larges  pour  qu'une  seule  d'entre  elles 
couvre  entièrement  le  spectre,  elles  se  resserrent  de  plus  en  plus  par  l'effet 
du  ralentissement  que  leur  mouvement  éprouve  à  mesure  qu'elles  se  rap- 
prochent de  l'extrémité  rouge;  ces  bandes  sillonnent  les  diverses  parties 
du  spectre  en  nombre  toujours  croissant,  et  peuvent  devenir  tellement 


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—  108  — 

nombreuses,  que  nous  avons  réussi  à  en  compter  près  de  mille  semblables 
dans  la  longueur  du  spectre  solaire ,  et  même  à  les  apercevoir  en  nombre 
encore  plus  grand* 

Nous  allons  maintenant  rapporter  les  expériences  que  nous  avons 
faites  par  cette  méthode  dans  les  diverses  circonstances  où  nous  avons  pu 
l'appliquer,  et  les  nombres  que  nous  avons  obtenus  pour  la  différence  de 
marche  des  faisceaux  interférents. 

INTERFÉRENCES     PRODUITES     PAR     i/aPPAREIL     DES     MIROIRS. 

Considérons  le  système  des  deux  miroirs  de  Fresnel,  disposé  devant  le 
foyer  radieux  d'une  lentille  cylindrique  éclairée  par  le  soleil ,  de  manière  à 
donner  à  une  certaine  distance,  dans  l'espace,  des  franges  symétriques 
d'une  certaine  largeur  ;  .recevons  ces  franges  sur  un  écran  percé  d'une 
fente  très-fine,  et  faisons  correspondre  la  fente  au  milieu  même  de  la 
frange  centrale;  recevons  maintenant  la  lumière  qui  traversera  la  fente 
dans  un  système  réfringent  destiné  à  dilater  cette  lumière  en  un  spectre 
très-pur  que  l'observateur  regardera  dans  l'espace  au  moyen  d'une  loupe, 
la  frange  centrale  pour  laquelle  la  différence  de  marche  des  deux  rayons 
réfléchis  est  nulle  fournissant  alors  la  lumière,  le  spectre  sera  le  spectre 
ordinaire  avec  ses  lignes  fixes.  Maintenant ,  si  tout  restant  en  cet  état,  on 
fait  avancer  l'un  des  miroirs  parallèlement  à  lui-même  (le  plus  éloigné  de 
la  source  lumineuse  convient  le  mieux),  on  déplacera  la  frange  centrale 
qui  sera  remplacée  par  une  autre  frange  d'un  ordre  d'autant  plus  élevé  que 
le  mouvement  du  miroir  aura  été  plus  grand  ;  l'observateur  verra  le  spectre 
se  couvrir  des  bandes  obscures  et  brillantes  dont  nous  avons  parlé,  et  l'on 
pourra  les  resserrer  de  plus  en  plus  en  faisant  continuer  le  mouvement 
du  miroir. 

On  remarquera  que  les  lignes  fixes  existant  simultanément  dans  le 
spectre,  il  est  possible  de  compter  le  nombre  de  bandes  semblables  qui  se 
trouvent  entre  deux  quelconques  d'entre  elles  à  chaque  moment  de  l'expé- 
rience. Nous  verrons  tout  à  l'heure  que  ce  nombre  permet  de  calculer  la 
différence  de  marche  correspondante. 


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—  109  — 

Dans  ces  conditions,  l'observation  nous  a  donné  les  résultats  suivants  : 

Le  nombre  des  bandes  peut  devenir  considérable  sans  qu'elles  cessent 
d'être  observables  dans  toute  l'étendue  du  spectre.  Lorsque  l'on  en  compte 
66  entre  les  raies  E  et  F,  le  phénomène  est  encore  très-beau  et  très-net; 
le  spectre  entier  en  contient  alors  près  de  500.  Lorsque  leur  nombre 
s'accroît  beaucoup  au  delà,  elles  commencent  à  ne  plus  être  aperçues  vers 
l'extrémité  rouge,  puis  dans  l'orangé,  puis  dans  le  jaune,  en  reculant  vers 
l'extrémité  la  plus  réfrangible,  où  l'on  peut  les  apercevoir  longtemps 
encore;  le  nombre  le  plus  élevé  que  nous  ayons  obtenu  entre  E  et  F  est 
m.  Nous  les  avons  vues  plus  resserrées  encore,  mais  sans  pouvoir  en 
apprécier  le  nombre  à  cause  de  la  faible  intensité  de  la  lumière  qui,  dans 
cette  disposition,  concourt  à  la  formation  du  spectre. 

La  disparition  progressive  des  bandes,  en  commençant  par  la  partie  la 
moins  réfrangible  du  spectre,  lorsque  la  différence  de  marche  devient  de 
plus  en  plus  grande,  est  un  phénomène  qui  s'observe  constamment, 
quel  que  soit  le  moyen  employé  pour  produire  l'interférence.  Si  l'on 
remarque  toutefois  qu'il  ne  commence  à  se  manifester  que  lorsque  les 
bandes  sont  devenues  d'une  finesse  extrême,  et  si  l'on  se  rappelle  qu'en 
vertu  de  la  dispersion  décroissante  du  violet  an  rouge,  la  lumière  est  de 
moins  en  moins  pure  en  se  rapprochant  de  l'extrémité  rouge,  on  est 
conduit  à  attribuer  ce  fait  à  l'imparfaite  séparation  des  rayons  simples, 
qui  doit  toujours  devenir  sensible  à  une  certaine  limite. 

Nous  avons  dit  que  la  différence  de  marche  pouvait  être  déduite  du 
nombre  de  bandes  comprises  entre  deux  lignes  fixes  dont  on  connaît  les 
longueurs  d'ondulation  X  et  V. 

En  effet,  en  vertu  de  l'égal  retard  de  l'un  des  faisceaux  sur  l'autre 
pour  toutes  les  couleurs,  on  a 

nx  =  n*x', 

n  et  n'  étant  les  nombres  d'onduladons  X  et  V  qui  mesurent  ce  retard.  Mais 
on  a  observé  que,  dans  le  spectre,  il  existait  des  intervalles  terminés  par 
des  bandes  semblables,  en  allant  de  la  raie  qui  a  X  pour  longueur  d'ondu- 


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—  110  — 

lation  à  celle  qui  a  V.  Or,  si  Ton  suppose  V  plus  grand' que  \  on  en  con- 
clura le  nombre  n'  =  n  —  m.  Substituant  cette  valeur  de  n'  dans  l'équa- 
tion précédente,  on  trouve 

Pour  les  raies  E  et  F  on  a  le  rapport  ^r^Tx''^  12,32;  ainsi,  pour  les 
deux  valeurs  m  =  66  et  m  =  141  trouvées  précédemment,  on  a  n  =  813, 
et  pour  la  seconde  observation  n  =  1737.  Ces  nombres  correspondent  à  la 
raie  F,  c'est-à-dire  au  milieu  du  bleu  ;  pour  le  violet  correspondant  à  la 
raie  G,  on  trouve  les  nombres  encore  plus  élevés  n  -=  917,  n  =  1960. 

Au  lieu  d'augmenter  la  différence  de  marche  en  faisant  avancer  Tua 
des  miroirs  parallèlement  à  lui-même,  nous  avons  placé,  suivant  la 
méthode  de  M.  Arago,  une  lame  mince  sur  le  trajet  de  l'un  des  faisceaux, 
et  nous  avons  vu  de  même  notre  spectre  se  couvrir  de  bandes  d'autant  plus 
nombreuses  que  la  lame  était  plus  épaisse;  cependant,  n'ayant  pas  eu  à 
notre  disposition  une  série  de  lames  assez  parfaitement  travaillées  pour  cet 
usage,  nous  n'avons  pas  été  aussi  loin  par  ce  moyen  que  par  le  précédent. 

Pour  une  petite  glace  d'environ  0°",5  d'épaisseur,  nous  avons  trouvé 
pour  le  nombre  de  bandes,  toujours  entre  E  et  F,  le  nombre  48. 

Pour  en  déduire  la  différence  de  marche,  il  faut  changer  la  formule 
qui  a  été  trouvée,  pour  le  cas  des  miroirs  seuls,  en  cette  autre 

mx' 


v-xfr'-^' 


r  —  i 


r^etr  étant  les  indices  de  réfraction  des  rayons  V  et  1  pour  la  substance 
dont  la  lame  est  formée;  cette  quantité  n>  qui  se  déduit  encore  facilement 
de  l'épaisseur  de  la  lame,  a  été  trouvée  pour  la  raie  F,  n  =  512. 


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—  111  — 


INTERFÉRENCES    PRODUITES    PAR    RlÉFLEXION    SUR     DES     LAMES    MINCES. 

Si  l'on  fait  tomber  perpendiculairement  sur  une  lentille  cylindrique  à 
court  foyer  un  faisceau  de  lumière  solaire,  il  se  produit  derrière  la  lentille, 
et  à  la  distance  focale  principale,  une  sorte  d'image  linéaire  du  soleil; 
mais  si  l'on  place  derrière  la  lentille,  parallèlement  à  son  plan,  et  à  la 
moitié  de  sa  distance  focale,  une  lame  mince  transparente,  chacune  des 
surfaces  de  cette  lame  réfléchit  vers  la  lentille  une  portion  du  faisceau 
convergent.  La  lumière  provenant  de  ces  deux  réflexions  va  converger 
vers  l'intérieur  de  la  lentille,  la  traverse  en  formant  deux  foyers  linéaires 
situés  l'un  devant  l'autre,  et  trës*voisins  si  la  lame  est  très-mince,  puis 
continue  sa  route  en  sens  contraire  du  faisceau  incident ,  comme  si  elle 
émanait  de  ces  foyers  mêmes.  Si  donc  un  observateur  pouvait  se  placer 
dans  ce  faisceau  de  lumière  solaire  qui  tombe  sur  la  lentille,  il  apercevrait 
à  l'intérieur  même  de  cette  lentille  un  foyer  linéaire  rayonnant,  qui  résul- 
terait de  la  superposition  des  deux  images  très-voisines  situées  l'une 
devant  l'autre. 

En  inclinant  un  peu  le  faisceau  incident,  l'observailion  devient  pos- 
sible; on  peut  donc  aussi  former  bn  spectre  avec  la  lumière  émise  par  ce 
foyer  rayonnant;  et  comme  ce  foyer  est  constitué  par  deux  faisceaux 
réfléchis  aux  deux  surfaces  d'une  lame  mince,  le  spectre  dervra  se  couvrir 
de  bandes  d'interférences  dont  le  nombre  dépendra  de  l'épaisseur  et  de  la 
nature  de  la  lame  réfléchissante.  Nous  avons  observé,  à  l'aide  de  cette 
disposition,  les  interférences  produites  par  la  réflexion  aux  deux  surfaces 
d'une  petite  glace  dont  l'épaisseur  était  0"~,537. 

Les  bandes  d'une  ténuité  extrême,  mais  très-distinctes,  entre  les  raies 
F  et  G,  n'ont  pu  être  comptées,  à  cause  de  leur  Onesse  extrême;  mais  on 
peut  calculer  le  nombre  d'ondulations  qui  constitue  la  différence  de 
marche,  au  moyen  de  l'épaisseur  de  la  lame  qui  a  été  mesurée  très-exac* 

temem  :  la  formule  est  dans  ce  cas,  n  =  -j-. 

On  trouve  alors  pour  la  raie  F,  n  =  3406,  et  pour  la  raie  G,  n  =  3859. 


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—  112  — 


INTERFÉRENCES  PRODUITES 
AU  MOYEN  DE  LU     DOUBLE  RÉFRACTION. 

Si  Ton  place  sur  le  trajet  d'un  faisceau  dé  lumière  solaire,  d'abord 
un  prisme  de  Nicol,  puis  une  lame  d'un  corps  biréfringent  dans  une  posi- 
tion convenable,  puis  un  second  prisme  de  Nicol  dont  le  plan  polarisant 
soit  parallèle  ou  perpendiculaire  à  celui  du  premier,  puis  enfin  une  fente 
derrière  laquelle,  et  à  la  dislance  convenable,  sera  disposé  l'appareil 
réfringent  destiné  à  former  le  spectre,  on  observera  dans  le  spectre  le 
résultat  de  l'interférence  du  rayon  ordinaire  avec  le  rayon  extraordinaire. 

En  plaçant  entre  les  deux  prismes  polarisants  des  lames  de  gypse 
d'épaisseurs  croissantes ,  nous  avons  vu,  comme  dans  les  circonstances 
précédentes,  un  nombre  croissant  de  bandes  se  former  dans  le  spectre; 
pour  une  épaisseur  de  gypse  de  15  millimètres,  le  phénomène  est  très- 
beau  :  le  défaut  seul  de  transparence  des  cristaux  dont  nous  disposions  ne 
nous  a  pas  permis  d'augmenter  encore  l'épaisseur. 

Un  morceau  de  quartz  à  faces  parallèles  à  l'axe ,  dont  l'épaisseur  était 
de  54"",6,  a  produit  un  spectre  sillonné  d'environ  six  cents  bandes  noires  ; 
entre  E  et  F,  nous  en  avons  compté  quatre-vingt-neuf. 

Une  lame  de  spath,  aussi  parallèle  à  l'axe,  et  d'une  épaisseur  de  4"^,79, 
en  donne  environ  mille  pour  l'étendue  du  spectre,  car  entre  E  et  F  nous  en 
avons  compté  cent  cinquante-cinq. 

Les  différences  de  marche  pour  ces  diverses  expériences  sont  évidem- 
ment moindres  que  celles  que  nous  avons  déjà  obtenues;  on  les  calcule 
d'une  manière  très-approchée  par  la  formule 

/  et  r  étant  les  indices  de  réfraction  ordinaire  et  extraordinaire;  en  cal- 
culant pour  la  raie  F,  on  a  avec  le  quartz  n  =  1082 ,  et  avec  le  spath 
n  =  1692. 


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—  113  — 

Nous  avons  observé  encore  les  phénomènes  produits  par  plusieurs 
lames  diversement  épaisses  de  cristal  de  roche  perpendiculaires  à  Taxe, 
et  nous  avons  vu  la  même  série  d'apparences  se  manifester  dans  le  spectre. 

Nous  allons  montrer  maintenant  comment  on  peut  déduire  de  ce 
mode  d'observation  des  données  précises  sur  la  dispersion  de  double 
réfraction,  en  appelant  ainsi  la  variation  que  subit  la  différence  de  marche 
des  rayons  ordinaire  et  extraordinaire  pour  les  diverses  couleurs. 

En  effet,  on  a  dans  tous  les  cas  le  nombre  n  d'ondulations  X  qui  mesure 
cette  différence  de  marche  par  la  formule 


n:= 


€  étant  l'épaisseur,  /  et  r  les  indices  de  réfraction  ordinaire  et  extraor- 
dinaire pour  la  couleur  X.  Or,  si  l'on  parvient  à  connaître  n  par  l'observa- 
tion directe  pour  les  diverses  couleurs,  on  en  déduira  pour  chacune  d'elles 
la  valeur  de  ?'-r. 

Pour  montrer  que  l'on  peut  trouver  le  nombre  n  directement,  suppo- 
sons que  les  prismes  polarisants  étant  croisés  à  angle  droit,  une  lame 
cristallisée  soit  convenablement  placée  dans  l'intervalle  qui  les  sépare. 

Supposons  de  plus  que,  pour  observer  le  spectre,  on  fasse  usage  d'un 
oculaire  à  fils  croisés  qui  permette  de  considérer  un  jpoint  déterminé  de 
l'espace,  et  fixons  l'intersection  de  ces  fils  sur  le  milieu  d'une  bande  noire  ; 
le  nombre  n  correspondant  à  ce  point  sera  un  nombre  entier.  Si  Ton 
pouvait  alors  faire  décroître  l'épaisseur  de  la  lame  par  degrés  insensibles 
jusqu'à  la  rendre  nulle,  on  verrait  le  point  considéré  passer  par  des  états 
périodiques  d'éclat  et  d'obscurité;  mais  il  est  clair  que,  pour  chaque 
retour  à  l'obscurité  première,  il  y  aurait  une  interférence  de  moins  dans 
la  différence  de  marche,  de  sorte  que  l'on  aurait  pour  ces  périodes  suc- 
cessives n,  n— 1,  n— 2,  et  enfin  n—n  pour  une  épaisseur  nulle  :  le  nombre 
de  ces  périodes  ferait  connaître  le  nombre  cherché.  Or,  l'on  est  parvenu  à 
construire  des  systèmes  de  deux  prismes  glissant  l'un  sur  l'autre,  qui  per- 
mettent précisément  d'obtenir  des  épaisseurs  continuement  variables  dans 

15 


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—  iu- 
les cristaux,  et  l'on  peut  mâme,  par  certains  artifices  de  compensation, 
faire  décroître  l'épaisseur  active  jusqu'à  la  rendre  nuHe,  Il  est  doncpos&ible 
d'arriyer  à  la  détermination  directe  du  nombre  d'ondulations  qui  mesure 
la  différence  de  marche  pour  une  couleur  donnée.  Ayant  obtenu  ce  nombre 
n  pour  une  couleur,  on  trouve  aisément  le  nombre  n'  correspondant  i  une 
autre  couleur  V,  en  comptant  sur  le  spectre  même  le  nombre  entier  ou 
fractionnaire  d'intervalles  séparés  par  des  bandes  noires  que  l'on  rencontre 
en  allant  du  premier  point  au  second.  Soit  m  ce  nombre;  si  yi  est  plus 
grand  que  >,  on  aura 


—  H  —  W. 


On  pourra  donc  aussi,  pour  un  cristal  donné,  calculer  la  quantité 
(/ — r)  pour  les  divers  points  du  spectre  dont  on  connaît  la  longueur 
d'ondulation.  Cette  étude  offrira  un  intérêt  particulier  dans  le  cas  de  la 
double  réfraction  circulaire  du  cristal  de  roche;  car,  selon  la  remarque  de 
Fresnel,  il  résulterait  de  la  loi  trouvée  par  M.  Biot  pour  la  rotation  des 
plans  de  polarisation  des  diverses  couleurs  produite  par  cette  double  réfrac- 
tion, que  la  quantité  (/ — r)  devrait  varier  alors  suivant  une  loi  simple,  et 
en  raison  inverse  de  la  longueur  d'ondulation  de  chaque  couleur. 

Dans  la  seconde  partie  de  ce  travail,  nous  considérerons  les  effets 
produits  sur  la  lumière  polarisée  par  les  cristaux  biréfringents,  non  plus 
précisément  sous  le  point  de  vue  des  interférences,  mais  sous  le  rapport 
des  modifications  imprimées  par  eux  à  la  polarisation  primitive,  et  l'on 
verra  avec  quelle  facilité  on  peut  étudier  dans  le  spectre  les  phénomènes 
si  complexes  de  la  polarisation  chromatique  dans  les  plaques  épaisses. 


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—  115 


SECONDE   PARTIE. 

Au  lieu  de  cansidérer  les  interférences  qui  se  produisent  lorsqu'on 
ramène,  dans  un  même  plan  de  polarisation,  les  deux  rayons  ordinaire  et 
extraordinaire  résultant  de  la  transmission ,  à  travers  une  lame  biréfrin- 
gente, d*u'n  rayon  primitivement  polarisé,  on  peut  considérer  Tétat  même 
de  polarisation  du  rayon  après  son  passage  à  travers  la  lame ,  alors  qu'il 
est  constitué  par  la  superposition  des  faisceaux  ordinaire  et  extraordinaire* 
Les  états  de  polarisation  que  prennent,  dans  cette  circonstance,  les  divers 
rayons  simples,  produisent  les  phénomènes  variés  de  la  polarisation  chro- 
matique; phénomènes  que  la  théorie  définit  de  la  manière  la  plus  précise, 
mais  qui  ne  se  présentent  généralement  à  l'observation  que  d'une  manière 
très-complexe  par  suite  de  la  non-homogénéité  de  la  lumière.  Étudiés  par 
la  méthode  décrite  dans  la  première  partie  de  ce  travail ,  ces  phénomènes, 
si  compliqués,  prennent  un  caractère  de  simplicité  remarquable,  qui 
permet  de  soumettre  à  l'observation  les  conséquences  variées  de  la  théorie. 

Supposons  donc  placés  sur  le  trajet  d'un  faisceau  lumineux ,  d'abord 
un  prisme  de  Nicol,  puis  une  lame  bi-réfringente  dont  l'axe  soit  conve- 
nablement incliné,  puis  un  écran  percé  d'une  fente,  enfin  le  système 
réfringent  destiné  à  former  le  spectre  ;  le  prisme  qui  réfracte  la  lumière 
dans  ce  dernier  système  ayant  une  certaine  action  polarisante  qui  compli- 
querait les  phénomènes ,  on  place  près  de  la  fente  une  petite  glace  à  faces 
parallèles,  et  inclinée  de  telle  manière  qu'elle  exerce  une  action  polari- 
sante contraire  à  celle  du  prisme.  En  l'inclinant  plus  ou  moins,  on  arrive 
à  produire  une  compensation  exacte;  de  sorte  que  la  lumière  qui,  après 
avoir  traversé  la  lame  cristalline^  sort  de  la  fente,  puis  est  transformée  en 
un  spectre  par  la  réfraction,  ne  subit,  en  dernier  résultat,  aucune  action 
polarisante  accidentelle. 

De  même  donc  que  les  interférences  subies  par  les  divers  rayons 
simples,  dans  le  lieu  de  l'espace  occupé  par  la  fente,  se  manifestaient 


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—  116  — 
précédemment  dans  le  speclre,  de  même  ici  l'état  de  polarisation  que  pos- 
sèdent les  divers  rayons  simples  au  moment  où  ils  traversent  la  fente  se 
conservera  dans  le  spectre  qu'ils  formeront,  après  avoir  été  séparés  par  la 
réfraction. 

On  produit  ainsi  des  spectres  polarisés  chromatiquement  de  la  manière 
la  plus  curieuse,  et  qui  jouissent,  en  général,  des  propriétés  suivantes  : 
observés  immédiatement  à  l'œil  nu,  ou  au  moyen  d'un  oculaire,  ces 
spectres  ne  diffèrent  pas  du  spectre  ordinaire,  et  les  raies  de  Fraunhofër 
s'y  distinguent  avec  la  même  netteté.  Si  l'on  place  au  devant  de  Toeil  un 
analyseur,  on  reconnaît  que  les  divers  rayons  simples  sont  dans  des 
états  de  polarisation  divers  et  que  le  même  état  de  polarisation  se  repro- 
duit périodiquement  dans  la  longueur  du  spectre  un  nombre  de  fois 
d'autant  plus  grand  pour  une  même  lame  cristalline  que  son  épaisseur 
est  plus  grande. 

La  reproduction  périodique  du  même  état  de  polarisation  dans  la  lon- 
gueur du  spectre  suit  les  mêmes  lois  que  la  reproduction  périodique  des 
bandes  d'interférence  que  nous  avons  vues  se  manifester  dans  le  spectre, 
lorsque  les  rayons  ordinaire  et  extraordinaire  étaient  ramenés  dans  un 
plan  commun  de  polarisation. 

C'est  qu'en  effet  la  théorie  montre  que  ces  deux  ordres  de  phéno- 
mènes sont  intimement  liés  l'un  à  l'autre,  et  qu'ils  dépendent  tous  deux  de 
la  même  cause;  c'est-à-dire  de  l'état  d'accord  ou  de  désaccord  dans  lequel 
se  trouvent  les  rayons  ordinaire  et  extraordinaire  de  chaque  couleur 
simple,  par  suite  de  leur  inégale  vitesse  dans  la  lame  cristallisée. 

Nous  allons  décrire  les  plus  intéressants  de  ces  spectres  polarisés 
chromatiquement,  et  rapporter  les  observations  que  nous  avons  faites  pour 
constater  les  états  variés  de  polarisation  des  divers  rayons  simples. 

Cas  où  la  section  principale  de  la  lame  cristallisée  est  à  45  degrés 
du  plan  primitif  de  polarisation. 

Soient  OP,  fig.  4,  le  plan  primitif  de  polarisation,  et  OS  le  plan  de 
la  section  principale  de  la  lame  que  nous  supposerons  douée  de  la  double 


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-  117  — 

réfraction  attractive.  Comme  on  le  voit,  nous  supposons  le  plan  de  la 
section  principale  situé  «^  droite  du  plan  primitif.  Soit  AH  le  spectre 
produit  avec  la  lumière  qui  a  traversé  la  lame  cristallisée.  La  réfraction 
qui  lui  donne  naissance  est  supposée  produite  dans  un  plan  perpendiculaire 
au  plan  primitif  de  polarisation.  La  direction  de  ce  plan  primitif  consi- 
déré dans  le  spectre  et  pour  les  divers  rayons  simples,  sera  donc  donnée 
par  la  direction  même  des  lignes  fixes. 


H 
8, 


VioUt 

Indigo 

Bleu 

Virt 

Jaune     Orangé    fiouge     . 



_               

_              _ 

__ 

_           _     1     _     K 

/  / 


Pig.  4. 


Sil  'on  analyse  ce  spectre  en  plaçant  devant  l'œil  un  prisme  de  Nicol, 
dont  on  fait  varier  la  position,  on  reconnaît  d'abord  que  certains  rayons 
simples  sont  complètement  polarisés,  les  uns  dans  le  plan  primitif  de  pola- 
risation, les  autres  dans  un  plan  rectangulaire.  I^  fig.  K  représente,  pour 
une  certaine  épaisseur  de  la  lame,  la  position  de  ces  rayons  et  la  direction 
de  leur  polarisation. 

Les  points  intermédiaires  ne  sont  pas  complètement  polarisés,  mais 
présentent,  les  uns  l'apparence  d'une  polarisation  partielle,  les  autres  celle 
d'une  dépolarisalion  complète. 

Le  phénomène  étant  périodique  dans  la  longueur  du  spectre,  il  suffit 
d'examiner  les  propriétés  des  rayons  compris  entre  deux  points  qui  se 
trouvent  polarisés  de  la  même  manière. 

Soient  /,  l,  fig.  ft,  la  portion  du  spectre  considérée;  en  l'analysant 
avec  un  prisme  de  Nicol,  tourné  dans  les  différents  azimuts,  on  lui  recon- 
naît une  constitution  qui  peut  être  figurée  par  les  lignes  rectangulaires 
tracées  en  L,  fig.  5,  dont  les  longueurs  indiquent  les  intensités  lumineuses 
des  différents  rayons  dans  deux  positions  de  la  section  principale  du  prisme 
analyseur,  l'une  parallèle,  l'autre  perpendiculaire  au  plan  primitif. 

En  /  et  ^  la  polarisation  est  complète,  et  son  plan  correspond  au  plan 


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—  118  — 

primitif;  en  m  et  s^  on  trouve  que  la  lumière  est  polarisée  partieliemeut 
dans  le  plan  primitif;  en  n  et  r,  on  ne  trouve  aucune  trace  de  polarisa- 
tion; suivant  deux  directions  rectangulaires  quelconques,  le  prisme 
transmet  la  même  quantité  de  lumière;  en  o  et  q,  la  lumière  est  de  nou- 
veau polarisée  partiellement,  mais  dans  un  plan  perpendiculaire  au 
plan  primitif;  enfin  en  p,  la  polarisation  est  de  nouveau  complète,  mais 
son  plan  est  perpendiculaire  au  plan  primitif. 


a' 


lit      n 


/'  r 


r 


;  ! 

\  +  + 


+  + 


•              '  '  !  I 

;             !  I  I  I 

:          !  1  !  I 

.    .    M  !  i  !    , 


Fig.  5. 

Pour  les  rayons  intermédiaires  à  ceuic  que  nous  venons  de  considérer, 
on  trouve  des  états  de  polarisation  intermédiaires  formant  des  transitions 
insensibles  entre  les  différents  états  que  nous  venons  de  décrire. 

Cet  examen,  fait  au  moyen  du  prisme  de  Nicol,  fixe,  d'une  manière 
certaine,  la  nature  de  la  polarisation  des  rayons  situés  en  /,  p  et  /;  c'est  la 
polarisation  ordinaire,  celle  que  Fresnel  a  appelée  recliligne.  Mais  il  n'en 
est  pas  de  même  à  l'égard  des  autres  points,  qui  tantôt  présentent  les  appa- 
rences de  la  lumière  partiellement  polarisée,  tantôt  celle  de  la  lumière 
naturelle.  En  effet,  Fresnel  a  fait  connaître  deux  états  particuliers  de  la 
lumière,  qu'il  a  désignés  sous  les  noms  de  polarisation  elliptique  et  de  pola- 
risation circulaire^  et  les  propriétés  que  possède  la  lumière  dans  l'un  et 
l'autre  de  ces  états  sont  telles,  que  les  analyseurs  ordinaires  au  moyen  des- 


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-^  119  — 

quels  on  étudie  la  polarisation  rectiligne  ne  peuvent  suffire  à  les  constater. 

De  la  lunaiëre  polarisée  elliptiquement,  par  exeiople,  étant  analysée 
par  le  moyen  d'un  prisme  de  Ni  col,  présentera  toutes  les  a.pparences  de 
la  lumière  partiellement  polarisée,  et  de  la  lumière  polarisée  circulaire* 
ment  étant  analysée  par  le  même  moyen,  se  confondra  complètement  avec 
de  la  lumière  naturelle. 

Les  apparences  de  polarisation  partielle  ou  nulle,  observées  au  moyen 
d'un  analyseur  ordinaire,  ne  déterminent  donc  pas  Télat,  de  polarisation 
d*un  rayon,  il  faut  rechercher  de  plus  s'il  possède  les  caractères  de  la  pola*- 
risation  elliptique  ou  circulaire. 

Ces  caractères  sont  les  suivants  ; 

Un  rayon  polarisé  elliptiquement  étant  transmis  à  travers  le  paralléli- 
pipède  deFresnel,  dans  lequel  il  subit,  comme  on  le  sait,  deux  réflexions 
totales  sous  l'angle  5/i''  30^  et  dans  le  même  plan,  il  y  h  toujours  deux  posi- 
tions rectangulaires  du  plan  de  réflexion  pour  lesquelles  le  rayon  sortira 
polarisé  rectilignement,  et  il  n'y  en  a  que  deux. 

Un  rayon  polarisé  circulairement  étant  transmis  à  travers  le  même 
parallélipipède,  en  sortira  toujours  polarisé  rectilignement,  quel  que  soit 
Tazimut  du  plan  de  réflexion. 

Ces  caractères  sont  propres  à  ces  deux  états  de  polarisation,  qu'ils 
permettent,  par  conséquent,  de  connaître  d'une  manière  certaine. 

Pour  soumettre  à  ce  mode  d'analyse  les  rayons  qui  nous  occupent,  il 
faut  placer  le  parallélipipède  devant  le  prisme  de  Nicol,  dont  nous  avons 
fai4  usage  précédemment,  et  faire  mouvoir  dans  les  diCTérents  azimuts 
tantôt  le  premier,  tantôt  le  second  de  ces  appareils.  On  trouve  ainsi  : 

1*  Qu'en  n  et  r  la  lumière  a  les  caractères  de  la  polarisation  circulaire; 
car,  pour  l'un  et  l'autre  de  ces  points,  quelle  que  soit  la  position  du  paral- 
lélipipède, la  lumière  qui  l'a  traversé  est  polarisée  rectilignement; 

2*  Qu'en  w>  o>  q,  s^  la  lumière  a  les  caractères  de  la  polarisation  ellip- 
tique; car,  pour  chacun  de  ces  points,  il  y  a  deux  positions  rectangulaires 
du  parallélipipède  pour  lesquelles  la  polarisation  devient  rectiligne,  et  il  n'y 
en  a  que  deux  :  on  observe  de  plus  que  ces  deux  positions  sont  les  mêmes 
pour  ces  différents  points.,  et  telles,  que  dans  l'une  le  plan  suivant  lequel 


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—  120  — 

la  réflexion  se  fait  dans  le  parallélipipède  coïncide  avec  le  plan  primitif 
de  polarisation,  et  que  dans  l'autre  il  lui  est  perpendiculaire; 

3"  Que  tous  les  points  compris  entre  l^  m,  n,  o,  p,  y,  r^  5  et  /  possèdent 
également  la  polarisation  elliptique,  et  avec  la  même  particularité  que  les 
précédents,  c'est-à-dire  qu'ils  se  polarisent  tous  rectilignement  lorsque  le 
plan  de  réflexion  du  parallélipipède  est  parallèle  ou  perpendiculaire  au 
plan  primitif. 

Il  résulte  de  là  que,  dans  ces  deux  positions  particulières  du  parallé* 
lipipède,  tous  les  rayons^  sans  exception^  seront  polarisés  rectilignement;  car, 
d'une  part,  la  polarisation  circulaire  trouvée  pour  les  points  n  et  r  devient 
rectiligne  dans  une  position  quelconque  du  parallélipipède,  et  d'autre 
part  la  polarisation  rectiligne  trouvée  pour  les  rayons  /,  p  et  ^  ne  sera  pas 
altérée,  puisque,  pour  chacune  des  deux  positions  dont  il  s'agit,  les 
plans  de  polarisation  de  ces  rayons  seront  parallèles  ou  perpendiculaires 
au  plan  de  réflexion  dans  le  parallélipipède. 

Les  fig.  M  et  N  indiquent  les  azimuts  des  plans  de  polarisation  des 
divers  rayons  pour  ces  deux  positions  du  parallélipipède,  les  azimuts  étant 
intermédiaires  pour  les  rayons  intermédiaires  à  ceux  qui  sont  représentés, 
a  étant  une  coupe  du  parallélipipède,  la  ligne  aa'  indique  la  direction  du 
plan  de  réflexion. 

On  voit  par  ces  flgures  : 

1**  Que,  dans  l'intervalle  compris  entre  /  et  t^  la  polarisation  rectiligne 
produite  par  le  parallélipipède  dans  les  deux  positions  indiquées,  a  lieu 
dans  les  plans  différents  pour  les  différents  rayons,  et  qu'il  n'y  a  pas  deux 
rayons  qui  soient  polarisés  dans  le  même  azimut; 

2*"  Que,  pour  les  points  n  et  Tj  auxquels  nous  avons  trouvé  la  polari- 
sation circulaire,  le  plan  de  polarisation  se  trouve  également  incliné  sur  le 
plan  primitif,  pour  l'un  vers  la  droite  et  pour  l'autre  vers  la  gauche;  cette 
symétrie  s'observe  aussi,  à  l'égard  des  points  m  eis,  0  et  q^  et  est  même 
générale  dans  tout  l'intervalle  Ij  t,  à  l'égard  des  points  situés  à  des  distances 
sensiblement  égales  du  point  p; 

3*^  Que  la  flg.  N  jouit  de  la  même  symétrie  par  rapport  à  M. 

Les  propriétés  variées  et  siulngières  des  différents  i^ayons  compris  entre 


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—  121  — 

l  et  l,  s'accordent  de  la  manière  la  plus  complète  avec  la  constitution  que 
la  théorie  des  ondulalions  leur  assigne.  Celte  constitution  théorique,  qui 
se  déduit  des  principes  posés  par  Fresnel  pour  la  composition  des  mouve- 
ments vibratoires,  est  représentée  en  P.  Les  lignes  tracées  représentent 
la  nature  du  mouvement  lumineux,  tantôt  rectiligne,  tantôt  elliptique  ou 
circulaire  de  droite  à  gauche,  tantôt  elliptique  ou  circulaire  de  gauche  à 
droite.  La  théorie  assigne  à  ces  divers  états  de  la  lumière  des  propriétés 
précisément  identiques  avec  celles  que  nous  avons  constatées  précé- 
demment. 

Dans  ce  qui  précède,  nous  avons  supposé  la  section  principale  de  la 
lame  cristallisée  placée  à  45  degrés  à  droite  du  plan  primitif,  mais  nous 
avons  également  examiné  le  cas  où  la  section  principale  est  à  i5  degrés  à 
gauche  de  ce  même  plan.  Pour  représenter  ce  cas,  il  suffit,  dans  la  fig.  P, 
d'intervertir  le  sens  des  mouvements  indiqués  par  la  direction  des  flèches; 
le  même  changement  représentera  ce  qui  arrive  lorsqu'à  une  lame  douée 
de  la  double  réfraction  attractive  on  substitue  une  autre  lame  douée  de  la 
double  réfraction  répulsive.  L'observation  conflrme  encore  exactement  ces 
indications  théoriques. 

En  isolant  dans  le  spectre  l'intervalle  /  t  pour  examiner  avec  détail 
les  états  de  polarisation  des  différents  rayons  simples  qui  le  composent, 
nous  avons  admis,  d'après  les  indications  fournies  par  le  prisme  de  Nicol, 
que  les  états  divers  de  polarisation  se  renouvelaient  périodiquement  dans 
toute  la  longueur  du  spectre;  et,  en  effet,  toutes  les  propriétés  que  nous 
avons  trouvées  pour  l'un  de  ces  intervalles  se  retrouvent  identiquement 
les  mêmes  pour  un  autre  intervalle  quelconque  compris  entre  deux  poinls 
<lu  spectre  qui  ont  conservé  la  polarisation  primitive.  Cette  périodicité  est 
encore  une  conséquence  immédiate  de  la  théorie. 

Pour  l'épaisseur  particulière  de  la  lame  indiquée  plus  haut,  le  nombre 
des  périodes  ou  des  retours  à  un  même  état  de  polarisation  est  peu  consi- 
dérable; mais,  l'épaisseur  de  la  lame  venant  à  croître,  ce  nombre  croît 
aussi,  et  peut  devenir  aussi  considérable  que  celui  des  bandes  d'interfé- 
rence obtenues  avec  les  lames  cristallisées  et  décrites  dans  la  première 
partie.  Au  reste,  quelque  nombreuses  que  soient  ces  périodes,  et,  par 

46 


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—  122  — 

conséquent ,  quelque  resserré   que   soit  l'intervalle  que  chacune  d'elles 

occupe  dans  le  spectre,  chacun  de  ces  intervalles  présente  toujours  la 

même  série  d'états  variés  de  polarisation.  Avec  la  plaque  de  cristal  de 

roche  parallèle  à  l'axe  dont  nous  avons  déjà  fait  usage,  le  nombre  des 

retours  périodiques  au  même  état  de  polarisation  est,  pour  le  spectre 

entier,  d'environ  six  cents.  On  a  donc  alors  un  spectre  dans  lequel  mille 

deux  cents  rayons  simples  sont  polarisés  rectilignement  et  alternativement 

dans  un  plan  primitif  et  dans  un  plan  rectangulaire  ;  un  même  nombre  de 

rayons  présente  la  polarisation  circulaire,  et  alternativement  de  droite  i 

gauche  et  de  gauche  à  droite  ;  le  reste  enfin  est  polarisé  elliptiquement  de  l 

la  manière  la  plus  variée.  Si  l'on  resserre,  par  la  pensée,  un  tel  spectre  i 

dans  le  sens  de  sa  longueur,  de  manière  à  concevoir  un  rayon  de  lumière 

blanche  formé  par  la  superposition  de  tous  les  rayons  colorés,  on  aura  \ 

reconstitué  la  lumière  blanche  dans  toute  la  complexité  mécanique  que 

lui  avait  imprimée  son  passage  à  travers  le  corps  biréfringent.  t 

CAS    ou     L\     SECTION     PRINCIPALE    DE    LA    LAME    CRISTALLISÉE    FAIT,  j 

AVEC    LE     PLAN     PRIMITIF,  j 

UN    ANGLE     DIFFÉRENT     DE     0,     45     ET     90     DEGRÉS. 

Sans  entrer  dans  les  détails  que  nous  avons  donnés  précédemment 
pour  le  cas  où  l'angle  était  de  45  degrés,  nous  allons  indiquer  les  princi-  ' 

paux  résultats  que  nous  avons  obtenus  dans  cette  seconde  circonstance. 


Fig.  6. 


Soient  OP,  figure  6,  le  plan  primitif  de  polarisation,  et  OT  celui  de  la 
section  principale;  nous  supposons  que  la  lame  est  la  même  que  précé- 
demment; et  soit  i  l'angle  compris  entre  les  deux  plans. 


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—  123  — 

En  analysant  avec  le  prisme  de  Nicol  le  spectre  produit  dans  cette 
circonstance,  on  reconnaît  qu'il  est  constitué  comme  l'indique  la  figure  K% 
c'est-à-dire  qu'il  présente  la  polarisation  reetiligne  aux  mêmes  points  que 
dans  le  cas  précédent;  mais  les  plans  de  polarisation,  au  lieu  d'être  alter- 
nativement parallèles  ou  perpendiculaires  au  plan  primitif,  sont  alternati- 
vement parallèles  à  ce  plan,  ou  inclinés  sur  lui  d'un  angle  2  i. 

En  employant  le  parallélipipëde  pour  étudier  les  rayons  intermédiaires, 
on  reconnaît  qu'aucun  d'entre  eux  ne  possède  la  polarisation  circulaire, 
mais  que  tous,  sans  exception,  possèdent  la  polarisation  elliptique.  Pour 
chacun  d'eux,  en  effet,  il  y  a  deux  positions  rectangulaires  du  paralléli- 
pipède  qui  produisent  la  polarisation  reetiligne,  et  il  n'y  en  a  que  deux. 

On  remarque,  de  plus,  que  ces  positions  sont  différentes  pour  les  dif- 
férents rayons,  de  sorte  qu'on  ne  peut  pas  polariser  rectilignement  tous  les 
rayons  à  la  fois,  comme  cela  était  possible  dans  le  cas  précédent.  Ces 
résultats  répondent,  aussi  bien  que  les  précédents,  aux  déductions  de  la 
théorie. 


CAS   D   IMi    LAME    DE    CRISTAL    DE    AOCilE 
TAILLÉE       PEIIPENDICULAIREMENT       A      l'aXE. 

Dans  ce  cas  on  reconnaît  immédiatement,  à  l'aide  du  prisme  de  Nicol, 
que  tous  les  rayons  simples  qui  composent  le  spectre  sont  polarisés  recti- 
lignement et  dans  des  plans  diversement  inclinés  sur  le  plan  primitif.  Si 
l'on  considère  l'intervalle  compris  entre  deux  points  pour  lesquels  la  pola- 
risation a  lieu  dans  le  plan  primitif,  on  trouve  que  les  divers  plans  sont 
inclinés  comme  le  représente  la  figure  M,  si  la  lame  est  tirée  d'un  cristal 
tournant  à  gauche,  et  la  figure  N.  si  c'est  d'un  cristal  tournant  à  droite  *. 
Cette  constitution  est  parfaitement  en  harmonie  avec  ce  que  l'on  sait  sur 


4.  Il  est  à  peine  nécessaire  de  faire  remarquer  que  nous  supposons  toujours  ces  figures  rapportées 
au  spectre  A. ..H  dans  lequel  la  réfrangibiiité  croît  de  droite  à  gauche;  il  est  facile  de  déduire  de  là 
ce  qui  arriverait  dans  le  cas  où  la  réfraction  se  faisant  en  sens  contraire,  la  réfrangibiiité  viendrait  à 
croître  de  gauche  à  droite. 


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—  121  — 
la  polarisation  chromatique    produite   par   le    cristal  de  roche  dans  la 
direction  de  son  axe. 


VOLARISATION     CHROMATIQUE     MODIFIÉE    PAR    LE     PARALLÉLIIMPËDB 

A    REFLEXION     TOTALE. 

Il  résulte  des  propriétés  que  Fresnel  a  assignées  à  son  parallélipipëde 
diverses  conséquences  curieuses,  relatives  aux  modifications  diverses 
qu'un  faisceau  polarisé  chromatiquement  doit  éprouver  par  son  passage  à 
travers  cet  instrument. 

Nous  nous  bornerons  h  énoncer  les  plus  remarquables  d'entre  ces 
modiOcations,  qui  toutes  s'observent  dans  le  spectre  avec  une  grande 
facilité. 

l""  Si  un  faisceau  lumineux,  sortant  d'une  lame  cristallisée  dont  la 
section  principale  est  à  45  degrés  du  plan  primitif  de  polarisation,  traverse 
le  parallélipipëde  de  manière  à  ce  que  le  plan  des  réflexions  totales  soit 
parallèle  ou  perpendiculaire  à  ce  plan  primitif,  ce  faisceau  se  comportera 
comme  un  faisceau  polarisé  qui  aurait  traversé  un  corps  doué  du  pouvoir 
rotatoire,  et  la  rotation  des  plans  de  polarisation  aura  lieu  vers  la  gauche 
ou  vers  la  droite,  suivant  que  le  parallélipipëde  sera  dans  l'une  ou  dans 
l'autre  position.  Le  sens  de  la  rotation  sera  également  interverti  en  tour- 
nant de  90  degrés  la  section  principale  de  la  lame  cristallisée, 

S"*  Si,  dans  les  mêmes  circonstances,  on  ajoute  un  second  paralléli- 
pipëde de  façon  à  soumettre  le  faisceau  à  quatre  réflexions  totales  dans  le 
même  plan,  les  phénomènes  rotatoiros  disparaissent,  et  l'elTet  produit  par 
ces  quatre  réflexions  est  simplement  celui  qu'on  obtiendrait  en  tournant 
de  90  degrés  la  section  principale  de  la  lame  cristallisée. 

S""  Si  un  faisceau ,  sortant  d'une  lame  de  cristal  de  roche  perpendicu- 
laire à  l'axe,  traverse  un  parallélipipède  de  manière  que  le  plan  de 
réflexion  soit  parallèle  ou  perpendiculaire  au  plan  primitif  de  polarisation, 
les  phénomènes  rotatoires  disparaissent,  et  sont  remplacés  par  ceux  que 


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—  125  — 

présenterait  une  lame  cristallisée  dont  la   section    principale   serait    à 
As  degrés  à  droite  ou  à  gauche  du  plan  primitif. 

&''  Si,  dans  les  mêmes  circonstances,  on  ajoute  un  second  parallélipi- 
pède,  les  phénomènes  rotatoires  reparaissent,  mais  l'effet  produit  par  les 
quatre  réflexions  est  d'intervertir  le  sens  des  rotations;  de  sorte  qu'une 
lame  tournant  à  gauche  présentera  les  phénomènes  d'une  lame  tournant  à 
droite,  et  vice  versa. 


ADDITION, 

Pendant  les  beaux  jours  qui  ont  marqué  la  fin  de  cet  hiver  (18/i6), 
nous  avons  pu  faire  de  nouvelles  observations  sur  les  interférences  dans  le 
cas  de  grandes  différences  démarche,  et  nous  sommes  parvenus  à  des 
nombres  encore  plus  élevés  que  ceux  que  nous  avons  cités  dans  la  première 
partie  de  ce  travail.  Pour  obtenir  ce  résultat,  nous  avons  cherché 
observer  les  bandes  d'interférence  dans  un  spectre  plus  pur  encore  que 
celui  que  nous  avions  pu  produire.  Ce  but  est  facile  à  atteindre  par  l'emploi 
de  plusieurs  prismes  au  lieu  d'un  seul. 

Dans  nos  premières  expériences,  nous  avions  trouvé  avantageux  de 
placer  une  lentille  entre  la  source  de  lumière  et  le  prisme,  afin  de  rendre 
parallèles  les  faisceaux  envoyés  par  chaque  point  de  cette  source  de 
lumière  avant  leur  passage  à  travers  le  prisme*.  On  voit  que,  dans  ce  cas, 
chaque  faisceau  de  lumière  simple  est  dévié  parle  prisme  suivant  sa  réfran- 
gibilité  propre,  mais  reste  parallèle  comme  il  était  avant  la  réfraction. 
Il  résulte  de  là  que,  si  l'on  place  un  second  prisme  après  le  premier,  de 
manière  à  ce  que  leurs  réfractions  se  fassent  dans  le  même  sens,  chaque 
faisceau  de  lumière  simple  recevra  un  accroissement  de  déviation,  mais 
restera  parallèle  comme  il  était  avant  la  seconde  et  la  première  réfraction. 
Un  troisième  prisme  ne  fera,  comme  le  deuxième,  que  disperser  la  lumière 
davantage,  sans  troubler  le  parallélisme  des  faisceaux;  de  sorte  que  l'on 

4.  Il  y  avait,  eo  outre,  la  lentille  que  Ton  emploie  toujours  lorsqu'on  veut  avoir  un  spectre  pur 
elle  était  placée  comme  à  Tordinaire,  entre  l'observateur  et  le  prisme,  près  de  ce  dernier. 


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—  126  — 

peut  ainsi,  en  employant  plusieurs  prismes ,  obtenir  des  spectres  de  plus 
en  plus  étendus,  et  dans  lesquels  les  éléments  de  lumière  simple  sont  de 
plus  en  plus  dispersés. 

Le  succès  de  cette  disposition  dépend,  comme  on  le  voit,  du  parallé- 
lisme des  faisceaux  avant  leur  réfraction;  ce  qui  explique  pourquoi  l'on 
trouve  ordinairement  peu  d'avantage  à  l'emploi  de  plusieurs  prismes  lors- 
qu'on veut  obtenir  des  spectres  très- purs. 

Nous  avons  observé,  par  ce  moyen,  les  interférences  produites  par  ia 
réflexion  aux  deux  surfaces  de  petites  glaces  à  faces  parallèles,  dont  les 
épaisseurs  en  millimètres  ont  été  trouvées,  telles  qu'elles  sont  dans  le 
tableau  ci-dessous. 

Les  différences  de  marche  calculées  d'après  les  épaisseurs,  et  pour  les 
raies  F  et  G,  entre  lesquelles  les  bandes  sont  le  plus  nettement  aperçues, 
par  suite  de  la  dispersion  de  cette  région  du  spectre,  sont  les  suivantes,  en 
nombre  d'ondulations  : 


^ 

NH, 

N»  t. 

N*>3. 

Épaisseur  des  lames  en  millimètres. . 

0,674 
4  256 

4  8S4 

0,903 

5  728 

6  489 

4,029 

6  627 

7  394 

Pour  la  raie  F 

Pour  la  raie  G 

ni 

SSUMÉ. 

Il  résulte  des  faits  rapportés  dans  la  première  et  la  seconde  partie  de 
ce  travail,  que  Tinfluence  mutuelle  que  deux  rayons  de  lumière  exercent 
l'un  sur  l'autre  a  pu  être  manifestée  par  l'analyse  prismatique  dans  les 
circonstances  importantes  où  cette  influence  n'avait  pas  été  constatée. 

Le  phénomène  des  interférences,  qui  n'était  observable  que  pour  les 
différences  de  marche  d'un  petit  nombre  d'ondulations,  a  pu  être  constaté 
lorsque  la  différence  s'élevait  à  plus  de  sept  mille  ondulations. 

Les  phénomènes  de  polarisation  chromatique  des  lames  cristallisées 
ont  pu  être  observés  dans  un  état  de  simplicité  remarquable  avec  des  lames 


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—  127  — 

relativement  épaisses,  puisque  les  nouvelles  épaisseurs  peuvent  être  cent 

fois  et  au  delà  plus  grandes  que  celles  qui  rendaient  jusqu'ici  les  phéno- 
mènes insensibles  à  l'observateur. 

Nous  concluons  de  ces  faits  que  les  limites  de  différence  de  marche 
fort  restreintes  au  delà  desquelles  on  ne  pouvait  plus  manifester  l'influence 
mutuelle  de  deux  rayons  ne  dépendaient  que  de  la  complexité  de  la 
lumière.  En  employant  la  lumière  la  plus  simple  que  l'on  puisse  obtenir, 
ces  limites  peuvent  être  considérablement  reculées. 

L'existence  de  ces  phénomènes  d'influence  mutuelle  entre  deux  rayons, 
dans  le  cas  de  grande  différence  de  marche,  est  intéressante  pour  la 
théorie  de  la  lumière,  en  ce  qu'elle  révèle  dans  l'émission  des  ondes  suc- 
cessives une  régularité  persistante  qu'aucun  phénomène  n'indiquait 
jusqu'ici. 


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INSTRUCTIONS 
SUR   LA   MANIÈRE   DE    PRODUIRE   LES    INTERFÉRENCES 

A    GRANDES    DIFFÉRENCES    DE    MARCHE*. 


R  esl  un  faisceau  de  lumière  parallèle  pénétrant  dans  la  chambre 
obscure  (fig.  7). 

L  est  une  lentille  cylindrique  de  0'",01  de  foyer;  son  axe  est  placé  ver- 
ticalement. 

A  1  niètre  du  foyer /"sont  les  miroirs  de  Fresnel  M  et  M';  c'est  le 
miroir  M'  qui  pendant  Texpérience  doit  prendre  l'avance  sur  Tautre.  Quelle 
que  soit  cette  avance  du  miroir  M'  sur  le  miroir  M,  il  faut  toujours  que 
ceux-ci  fassent  entre  eux  un  angle  tel  que  les  faisceaux  réfléchis  empiètent 
légèrement  Tun  sur  l'autre  comme  dans  la  figure. 

A  l'",50  environ  des  miroirs  et  au  milieu  de  l'espace  où  les  faisceaux 
réfléchis  se  pénètrent,  on  place  une  fente  verticale  F  dont  la  largeur  doit 
être  très-petite  par  rapport  à  celles  des  franges  visibles  ou  invisibles  sur 
ses  bords. 

Le  mince  pinceau  qui  traverse  cette  fente  va  tomber  en  divergeant  à 
1"',50  de  distance  sur  une  lentille  sphérique  1/  non  achromatique  jouant  le 
rôle  de  collimateur  et  ayant  en  conséquence  l'",50  de  foyer. 

De  là,  le  faisceau  rendu  parallèle  traverse  successivement  un  ou  plu- 
sieurs prismes  P,  P',  etc.,  puis  va  tomber  à  la  surface  d'une  lentille  achro- 
matique U  de  0'",50  de  foyer  et  qui  a  pour  effet  de  réunir  en   un  spectre 

1.  Note  inédite. 


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—  129  — 

focal  y  R  le  faisceau  dispersé.  Enfin  l'on  observe  ce  speclre  dans  l'espace 
au  moyen  d'un  oculaire  0  monté  sur  un  support  que  l'on  promène  à  la 
main  pour  examiner  les  bandes  d'interférence  dans  les  différentes  cou- 
leurs. La  lentille  U'  et  l'oculaire  0  jouent  ici  le  rôle  d'une  véritable  lunette 
et  rien  ne  s'oppose  à  ce  qu'on  les  monte  à  demeure  sur  un  tube;  mais  il 
faudrait  alors  que  le  corps  de  l'instrument  eût  un  mouvement  angulaire 
autour  d'un  point  c  dont  la  position  n'a  pas  besoin  d'être  déterminée  avec 
une  grande  précision,  mais  qui  doit  être  située  au  moins  entre  l'objec- 
tif U  et  le  dernier  prisme. 


(vA.;:/^:: 


Fig.  7. 


Il  est  évident  qu'à  partir  de  la  lentille  collimateur  L'  le  système  des 
prismes  et  de  la  lunette  peut  être  placé  symétriquement  d'un  côté  ou  de 
l'autre  à  volonté. 

Quand  on  veut  pousser  aussi  loin  que  possible  l'observation  des  bandes 
d'interférence  dans  le  spectre,  il  est  bon  de  placer  à  l'origine  du  faisceau 
incident  deux  lentilles  cylindriques  à  axes  parallèles  et  à  distance  variable  ; 
l'on  obtient  ainsi  l'image  de  l'image  linéaire  du  soleil  et  l'on  peut  l'amener 
progressivement  à  un  état  de  finesse  extrême. 


47 


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RECHERCHES 


SUR    LES 


INTERFÉRENCES  DES   RAYONS   CALORIFIQUES' 


(  Académie  des  Sciences,  27  septembre  1847.) 


Les  expériences  qui  font  le  sujet  de  ce  mémoire  ont  eu  pour  but  de 
rechercher  si  les  rayons  calorifiques  possèdent,  comme  les  rayons  lumi- 
neux, la  propriété  d'interférer  ou  de  s'influencer  mutuellement,  de  manière 
à  s'ajouter  et  à  se  détruire  suivant  les  conditions  dans  lesquelles  ils  se 
rencontrent. 

Le  procédé  d'observation  employé  consiste  à  étudier  la  distribution  de 
la  chaleur  dans  les  divers  phénomènes  qui  prennent  naissance  lorsque  les 
rayons  lumineux  interfèrent.  Les  franges  qui  se  produisent  dans  ces  cir- 
constances étant  de  leur  nature  peu  intenses  et  de  petites  dimensions,  il  a 
fallu  recourir  à  des  moyens  thermoscopiques  très-délicats. 

Nous  avons  employé  pour  cette  étude  des  thermomètres  à  alcool, 
auxquels  on  peut  donner  des  dimensions  très-petites  et  en  même  temps  une 
grande  sensibilité;  les  mouvements  de  la  colonne  étaient  observés  au 
microscope  et  des  divisions  placées  dans  l'oculaire  servaient  à  les  mesurer. 

Le  meilleur  thermomètre  que  nous  ayons  pu  nous  procurer  pour  ces 
recherches  a  un  réservoir  sphérique  dont  la  dimension  n'excède  pas  1"'M  ; 
la  valeur  de  1  degré  centigrade  sur  la  tige  est  cependant  encore  de  O^jOOS. 

4.  Extrait  d'un  mémoire  présenté  en  commun  avec  M.  H.  Fizeau,  et  reproduit  ci-après,  page  133. 
Voir  Comptes  rendus  de  l'Ac.  des  Se,  t.  XXV,  p.  447,  483. 


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—  13<  — 

En  plaçant  dans  l'oculaire  du  microscope  un  micromètre  divisé  en  dixièmes 
de  millimètre,  on  s*est  assuré  que  chaque  division  parcourue  par  la 
colonne  équivalait  à  ^  de  degré. 

L'instrument  était  placé  dans  une  enceinte  exactement  close,  afin  qu'il 
fût  à  l'abri  des  mouvements  de  l'air  et  des  changements  brusques  de  la 
température.  Plusieurs  ouvertures  fermées  par  des  glaces  permettaient 
d'introduire  les  rayons  soumis  à  Fexpérience  et  d'observer  la  colonne  avec 
le  microscope  placé  extérieurement.  Une  disposition  particulière  permet- 
tait, en  outre,  d'observer  avec  exactitude  la  position  du  thermomètre  au 
milieu  des  franges  lumineuses. 

Des  observations  successives  faites  dans  des  points  très-rapprochés 
faisaient  connaître  la  distribution  de  la  chaleur.  Pour  chaque  point,  l'ob* 
servation  était  double  :  l'une  faite  en  admettant  les  rayons,  l'autre  en  les 
interceptant;  la  moyenne  des  deux  nombres  obtenus  donnait  l'élévation  de 
température  due  à  l'action  des  rayons.  Les  changements  de  température 
de  l'enceinte  étant  toujours  lents  et  réguliers,  leur  influence  se  trouvait 
ainsi  annulée. 

Nous  avons  étudié  de  cette  manière  la  répartition  de  la  chaleur  dans 
les  principaux  phénomènes  où  les  interférences  des  rayons  lumineux  se 
manifestent.  Après  quelques  essais,  nous  avons  reconnu  que,  malgré  la 
sensibilité  de  nos  moyens  thermométriques,  cette  étude  n'était  possible 
qu'en  employant  la  lumière  solaire  pour  la  production  de  ces  phénomènes, 
toutes  les  autres  sources  de  lumière  et  de  chaleur  étant  beaucoup  trop 
faibles. 


1*  Franges  produites  au  moyen  de  deux  miroirs  inclinés  Vun  sur  l'autre.  — 
En  produisant  ces  franges  dans  des  dimensions  assez  grandes  pour  que  le 
réservoir  du  thermomètre  n'occupât  que  le  quart  d'une  frange  brillante, 
nous  avons  trouvé  des  signes  d'interférence  incontestables  dans  le  voisi- 
nage de  la  frange  centrale  blanche.  Dans  une  des  observations  rapportées 
dans  le  mémoire,  on  a  trouvé  les  nombres  suivants  pour  les  élévations  de 
température  en  divisions  du  micromètre  :  20;  9;  35;  9;  20.  Le  nombre  le 


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—  132  — 

plus  élevé  correspond  à  la  frange  centrale  et  les  deux  plus  petits  à  la  pre- 
mière frange  obscure  qui  limite  à  droite  et  à  gauche  la  précédente. 

Les  expériences  ont  été  variées  de  plusieurs  manières  et  toutes  s'ac- 
cordent à  montrer  que,  dans  ce  phénomène,  il  existe  des  franges  calori- 
fiques de  dimensions  semblables  à  celles  des  franges  lumineuses. 

^  Spectres  à  bandes  brillantes  et  obscures  obtenues  en  analysant  par  le  prisme 
les  phénomènes  d'interférence  produits  dans  la  lumière  polarisée  par  les  lames  cris- 
iallisées.  —  Lorsqu'on  forme  un  spectre  avec  de  la  lumière  modifiée  par 
rinfluence  combinée  de  la  polarisation  et  de  la  double  réfraction  dans  les 
circonstances  où,  pour  de  petites  épaisseurs  du  corps  biréfringent,  se  mani- 
festeraient les  couleurs  des  lames  cristallisées,  on  donne  naissance  à  un 
spectre  discontinu  formé  de  bandes  alternativement  brillantes  et  obscures, 
dues  aux  interférences  des  deux  rayons  produits  par  la  double  réfraction 
de  la  lame  cristallisée. 

Cette  expérience  a  été  décrite  avec  détail  dans  un  précédent  travail 
sur  le  phénomène  des  interférences  dans  le  cas  de  grandes  différences  de 
marche.  Nous  rappellerons  seulement  que,  dans  cette  circonstance,  bien 
que  Tobservalion  porte  simultanément  sur  les  rayons  de  toutes  les  cou- 
leurs, c'est  comme  si  Ton  observait  dans  de  la  lumière  simple,  car  les  effets 
de  l'interférence  sont  distincts  et  séparés  pour  chaque  rayon  simple. 

La  recherche  de  la  distribution  de  la  chaleur  dans  ces  spectres  présen- 
tait un  intérêt  particulier,  surtout  parce  qu'il  devenait  possible  d'étudier, 
sous  le  point  de  vue  des  interférences,  les  rayons  calorifiques  obscurs 
découverts  par  Herschell  au  delà  de  l'extrémité  rouge  du  spectre  visible. 
Nous  rapportons  avec  détail  les  résultats  de  cette  étude  dans  le  cas 
d'une  lame  de  gypse  de  0"",  83.  Une  lame  de  celte  épaisseur  produit  dans 
le  spectre  huit  bandes  obscures;  la  largeur  des  bandes  brillantes  qui  les 
séparent  était  telle  que  le  thermomètre  occupait  un  sixième  de  la  bande 
située  dans  le  jaune.  Pour  la  partie  du  spectre  calorifique  formée  par  les 
rayons  invisibles  situés  au  delà  du  rouge,  la  position  du  thermomètre  a 
été  relevée  à  chaque  observation  et  rapportée  au  spectre  visible. 

Il  résulte  de  cette  étude  que  la  chaleur  est  distribuée  comme  la 


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—  133  — 

lumière  dans  le  spectre  visible,  le  centre  des  bandes  lumineuses  présen- 
tant un  maximum  de  chaleur  et  le  centre  des  bandes  obscures  un  mini- 
mum ;  dans  la  région  invisible  du  spectre,  la  distribution  est  analogue  :  on 
a  fixé  la  position  de  quatre  bandes  non  calorifiques  séparées  par  des  bandes 
calorifiques. 

Pour  distinguer  de  ces  bandes  d'interférence  trouvées  dans  la  région 
calorifique  invisible  les  inégalités  d'intensité  signalées  dans  cette  région 
par  J.  Herschell,  on  a  constaté  qu'elles  disparaissaient  en  tournant  de 
&5  degrés  la  section  principale  de  la  lame  de  gypse.  Nous  avons  trouvé  que 
cette  intensité  varie,  en  elTet,  d'une  manière  très-irrégulière  :  à  une  dis- 
tance de  la  raie  A,  égale  à  celle  qui  sépare  cette  raie  de  la  raie  D,  nous 
avons  reconnu  l'existence  d'une  raie  très-large  où  il  n'existe  aucune  cha- 
leur sensible. 

En  tournant  l'un  des  plans  de  polarisation  de  90  degrés,  on  donne 
naissance  à  un  spectre  complémentaire  du  précédent  et  qui  a  été  étudié 
de  la  même  manière.  Les  bandes  calorifiques  sont  alors  remplacées  par  des 
bandes  non  calorifiques  et  réciproquement. 

En  substituant  à  la  lame  de  gypse  une  lame  de  cristal  de  roche  per- 
pendiculaire à  Taxe,  on  peut  observer  dans  le  spectre  les  rotations  que  les 
plans  de  polarisation  des  couleurs  éprouvent  de  la  part  de  ce  cristal;  le 
phénomène  consiste  en  des  bandes  semblables  aux  précédentes  ;  la  distri- 
bution de  la  chaleur  est  semblable  aussi. 

En  ajoutant  aux  modifications  que  subissent  les  rayons  dans  les  circon- 
stances qui  viennent  d'être  rapportées  celles  qui  résultent  de  la  réflexion 
totale  dans  le  parallélipipède  de  Fresnel,  on  produit  des  phénomènes 
d'interférence  qui  se  manifestent  toujours  dans  le  spectre  par  des  bandes 
diversement  situées;  la  distribution  de  la  chaleur  suit  tous  ces  chan- 
gements. 

Ainsi  l'on  trouve  toujours  :  1**  que  des  bandes  d'interférence  se  mani- 
festent dans  toute  l'étendue  du  spectre  calorifique  toutes  les  fois  qu'il  s'en 
produit  dans  le  spectre  lumineux  ;  2""  que,  dans  toute  l'étendue  du  spectre 
lumineux,  les  bandes  lumineuses  coïncident  avec  les  bandes  calori- 
fiques. 


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—  154  — 

3*  Diffraction  produite  par  un  bord  rectiligne  unique.  —  Nous  avons,  de 
plus,  étudié  le  cas  le  plus  simple  de  la  diffraction,  celui  où  l'on  produit  des 
franges  par  Tin  terposi lion  d'un  écran  terminé  par  un  bord  rectiligne  :  ce 
phénomène  étant  nécessairement  très-petit,  son  étude  a  présenté  des  diflS- 
cultes  assez  grandes  ;  cependant  nous  avons  obtenu  des  résultats  intéres- 
sants en  produisant  les  frangQs  dans  des  dimensions  telles  que  le  thermo- 
mètre occupât  la  moitié  de  l'espace  compris  entre  la  première  et  la  seconde 
frange  obscure,  telles  qu'on  les  voit  avec  un  verre  rouge.  La  position  de  la 
limite  géométrique  de  l'ombre  avait  été  déterminée  par  un  procédé  parti* 
culier. 

Lorsque  le  thermomètre,  d'abord  situé  dans  l'intérieur  de  l'ombre, 
pénètre  graduellement  dans  l'espace  éclairé,  on  observe  qu'il  commence  à 
monter  avant  d'atteindre  la  limite  géométrique  de  l'ombre  ;  il  continue  à 
monter  rapidement  en  pénétrant  dans  la  première  frange  brillante,  atteint 
un  maximum  vers  le  bord  de  cette  frange  voisin  de  la  première  frange 
noire,  puis  descend  d'une  manière  continue  à  mesure  qu'il  pénètre  dans 
l'espace  éclairé  pour  atteindre  bientôt  un  état  stationnaire.  Ainsi,  dans  le 
lieu  occupé  par  la  première  frange  brillante,  il  existe  une  frange  calori- 
fique de  diffraction  dans  laquelle  la  température  est  plus  élevée  que  dans 
les  points  où  les  rayons  parviennent  directement  sans  avoir  été  influencés 
par  l'écran. 


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RECHERCHES 
SUR   LES    INTERFÉRENCES   CALORIFIQUES' 

(Académie  des  Sciences,  27  septembre  i8i7.) 


Les  expériences  que  nous  allons  rapporter  ont  été  entreprises  afin  de 
rechercher  si  les  rayons  calorifiques  donnent  lieu,  comme  les  rayons 
lumineux^  à  des  phénomènes  d'interférence.  Cette  classe  de  phénomènes, 
qui  résulte  des  influences  mutuelles  que  deux  rayons  exercent  l'un  sur 
Tautre  et  en  vertu  desquelles  ces  rayons  peuvent  s'ajouter  ou  se  détruire 
mutuellement,  acquiert  une  importance  considérable  par  les  conséquences 
qui  en  résultent  relativement  à  la  nature  de  l'agent  qui  les  produit.  Ce 
sont,  en  efifet,  ces  phénomènes  qui  ont  conduit  à  abandonner  la  théorie  de 
l'émission  de  la  lumière,  et  à  considérer  celle-ci  comme  constituée  par  des 
mouvements  ondulatoires  se  propageant  dans  un  fluide  universellement 
répandu. 

Les  analogies  nombreuses  révélées  par  l'expérience  entre  les  pro- 
priétés des  rayons  calorifiques  et  celles  des  rayons  lumineux,  ont  amené  à 
étendre  l'idée  des  mouvements  ondulatoires  aux  rayons  calorifiques.  Cette 
manière  de  voir  est  généralement  admise  aujourd'hui,  et  cependant  elle 
n'est  fondée  que  sur  des  analogies,  car  aucune  des  propriétés  observées 
jusqu'ici  dans  les  rayons  calorifiques  ne  révèle  en  eux  une  nature  ondula- 
toire. L'existence  de  phénomènes  d'interférence  serait  décisive  dans  cette 
question  et  fournirait  à  la  théorie  de  la  chaleur  rayonnante  une  base  aussi 
solide  que  celle  sur  laquelle  repose  la  théorie  de  la  lumière. 

4.  En  commun  avec  M.  H.  Fizeau.  —Nous  devons  à  M.  Fizeau  de  pouvoir  donner  le  texte  et  les 
ûgures  de  ce  mémoire  qui  n'a  pas  été  publié. 


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—  136  — 

La  recherche  de  phénomènes  d'interférence  dans  les  rayons  calori- 
fiques devait,  en  outre,  jeter  un  grand  jour  sur  la  question  distincte  de  la 
précédente  et  également  importante,  celle  de  savoir  si  la  chaleur  rayon- 
nante et  la  lumière  doivent  être  considérées  comme  étant  d'une  nature 
diiTérente  ou  identique.  Les  premières  expériences  de  M.  Melloni  avaient 
révélé  des  dilTérences  considérables  et  même  des  oppositions  entre  les  pro- 
priétés des  deux  agents;  ainsi  des  corps  transparents  pour  la  lumière 
arrêtaient  la  chaleur,  et  des  corps  opaques  la  laissaient  passer.  Ces  phéno- 
mènes ne  parurent  explicables  qu'en  admettant  une  différence  de  nature 
entre  la  chaleur  et  la  lumière;  toutefois,  dans  ces  derniers  temps,  ce  même 
savant  a  fait  de  nouvelles  expériences  qui  ont  donné  à  la  théorie  con- 
traire des  résultats  plus  favorables.  Dans  ses  derniers  mémoires,  il  se  déclare 
même  formellement  partisan  de  la  théorie  de  l'identité.  On  verra  par  la 
suite  de  ce  mémoire  combien  les  résultats  de  nos  expériences  sont  favo- 
rables à  cette  manière  de  voir. 

Si  les  interférences  des  rayons  calorifiques  n'ont  pas  encore  été  consta- 
tées jusqu'ici,  on  doit  en  rechercher  la  cause  dans  les  difficultés  que  pré- 
sentent ces  recherches,  difficultés  dont  nous  devons  dire  quelques  mots, 
afin  d'expliquer  la  nécessité  des  dispositions  qui  ont  été  adoptées  dans  les 
expériences.  Il  faut  dire  d'abord  que  les  seules  circonstances  dans  lesquelles 
il  nous  ait  paru  possible  de  tenter  cette  étude  sont  celles  dans  lesquelles 
les  rayons  lumineux  interfèrent  ;  ainsi  le  procédé  d'observation  a  consisté  à 
chercher  quelle  est  la  distribution  de  la  chaleur  dans  les  divers  phénomènes  d'inter- 
férence de  la  lumière.  Mais,  l'on  sait  combien  ces  phénomènes  sont  délicats 
à  produire,  puisqu'ils  dépendent  de  quantités  aussi  petites  que  les  lon- 
gueurs d'ondulation,  longueurs  qui,  pour  les  rayons  situés  au  milieu  du 
spectre  solaire,  ne  dépassent  pas  un  demi-millième  de  millimètre.  Les 
alternatives  de  couleurs  ou  d'éclat  et  d'obscurité  qui  constituent  les  franges 
d'interférence  se  produisent  en  général  dans  des  points  très-rapprochés 
les  uns  des  autres  :  ce  sont  de  petits  phénomènes  qu'il  faut  observer  de 
près  et  souvent  à  la  loupe. 

L'intensité  des  rayons  qui  concourent  à  la  production  des  franges  est 
encore  une  cause  de  difficultés  ;  la  source  d'où  la  lumière  émane  ne  doit 


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—  137  — 

avoir  que  de  petites  dimensions  et,  par  suite,  l'intensité  est  nécessairement 
très-limitée. 

Ainsi  les  expériences  devaient  consister  à  comparer  les  élévations  de 
température  produites  par  des  rayons  d'une  faible  intensité  et  dans  des 
points  très- voisins  les  uns  des  autres. 

Les  instruments  thermoscopiques  que  l'on  emploie  pour  étudier  l'ac- 
tion calorifique  de  rayons  trës-faibi£s,  tels  que  le  thermomètre  différen- 
tiel à  air  et  la  pile  thermo-électrique  de  M.  Melloni,  ne  pouvaient  pas  con- 
venir dans  ces  circonstances;  ces  instruments  présentent  une  surface  trop 
étendue,  et  il  ne  nous  a  pas  paru  possible  d'en  modifier  la  construction  de 
manière  à  les  rendre  propres  à  ces  recherches. 

Nous  avons  fait  usage  de  thernwmètres  à  liquides  auxquels  on  peut  don- 
ner des  dimensions  très-petites  en  leur  conservant  une  grande  sensibilité. 

Les  mouvements  delà  colonne  étaient  observés  au  microscope  et  mesurés 
au  moyen  de  divisions  placées  dans  l'oculaire.  Parmi  plusieurs  thermo- 
mètres très-petits  qui  ont  été  essayés,  le  n°  5  s'est  trouvé  supérieur  aux 
autres;  c'est  celui  qui  a  été  employé  pour  les  expériences  rapportées  dans 
ce  travail.  (PI.  III,  fig.  5.) 

Ce  thermomètre  est  à  alcool,  le  réservoir  est  sphérique  et  de  1""",1  de 
diamètre  ;  la  moitié  de  la  surface  sphérique  a  été  couverte  de  noir  de  fumée  ; 
c'est  sur  cette  surface  que  tombaient  les  rayons. 

Malgré  ses  petites  dimensions,  l'instrument  est  encore  très-sensible  ; 
pour  l  degré  centigrade,  la  colonne  parcourt  une  étendue  d'environ  0",008, 
et  cette  valeur  est  sensiblement  la  même  pour  plusieurs  degrés  successifs. 

Lorsque  l'on  observe  les  mouvements  de  la  colonne  au  moyen  du 
microscope,  les  indications  de  l'instrument  acquièrent  une  délicatesse  bien 
plus  grande. 

Le  micromètre  placé  dans  l'oculaire  étant  divisé  en  dixièmes  de  milli- 
mètre, on  a  placé  au  foyer  du  microscope,  au  lieu  du  thermomètre,  une 
échelle  divisée,  et  l'on  a  trouvé  qu'un  demi-millimètre  de  cette  échelle 
occupait  sensiblement 25  divisions  de  l'oculaire;  or  un  degré  occupant  sur 
la  lige  du  thermomètre  une  étendue  de  0'",008,  on  voit  que  chaque  division 
de  l'oculaire  parcourue  par  la  colonne  vaut  7^  de  degré. 

18 


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La  chaleur  d'une  bougie  placée  à  une  distance  de  0'%50,  sans  écran 
intermédiaire,  produit  dans  la  colonne  un  mouvement  de  7  divisions. 
L'instrument  possède,  en  outre,  la  propriété  de  donner  des  indications  dans 
un  temps  trës*court.  Dans  nos  expériences,  le  temps  nécessaire  pour  que 
la  colonne  parvint  à  son  état  stationnaire  a  toujours  été  compris  entre 
30'  et  60'. 

Pour  apprécier  ces  faibles  changements  de  température,  il  a  fallu 
garantir  l'instrument  des  mouvements  de  Tair  et  de  l'influence  calorifique 
de  l'observateur.  La  figure  2  (PI.  3)  représente  la  disposition  adoptée. 

Le  thermomètre  fixé  sur  un  support  (fig.  1)  était  placé  en  t  dans  une 
enceinte  en  bois  exactement  close  ;  quatre  ouvertures  a,  6,  c,  d  percées  dans 
les  parois  de  cette  enceinte  étaient  fermées  avec  des  glaces. 

Une  lampe  placée  en  L  éclairait  la  tige  de  l'instrument  à  travers  la 
glace  a  qui  était  dépolie. 

L'éclairement,  dans  ce  cas,  est  bien  meilleur;  une  lentille  servait  à 
concentrer  la  lumière  sur  cette  glace. 

Par  la  glace  b,  on  observait,  au  moyen  du  microscope  M  ;  les  rayons 
soumis  à  l'expérience  pénétraient  à  travers  la  glace  c,  rencontraient  la 
boule  du  thermomètre  en  t  qui  formait  écran  pour  une  partie  d'entre  eux 
et  sortaient  par  la  quatrième  glace  d. 

Dans  ces  expériences,  il  était  nécessaire  de  connaître  exactement  la 
position  du  thermomètre  dans  le  phénomène  lumineux  soumis  à  l'examen  ; 
on  a  satisfait  à  cette  condition  en  plaçant  sur  le  trajet  des  rayons  à  leur 
sortie  de  l'appareil  d'abord  une  lentille  m^  puis  un  écran  blanc  N  à  des 
distances  relatives  telles  qu'il  se  formait  sur  l'écran  une  image  nette  de  la 
boule  du  thermomètre;  on  pouvait  ainsi  observer  sur  l'écran  la  position 
du  thermomètre  par  rapport  aux  franges,  comme  si  l'écran  avait  été  placé 
au  lieu  même  occupé  par  le  thermomètre. 

Dans  cette  disposition,  l'on  voit  que  le  thermomètre  ne  pouvait  pas 
être  déplacé  pour  explorer  les  diverses  franges;  c'était,  au  contraire,  le 
système  des  franges  qui  était  mobile  et  que  l'on  faisait  passer  sur  la  boule 
du  thermomètre. 

Les  élévations  de  température  observées  dans  ces  circonstances   sont 


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—  139  — 

en  général  très-petites;  parement  elles  atteignent  ftO  divisions  et  n'ont 
jamais  dépassé  50;  ainsi,  en  général,  elles  sont  inférieures  à  ^  de  degré. 
Pour  des  excès  de  température  compris  dans  des  limites  aussi  restreintes, 
on  doit  regarder  comme  certain  que  les  excès  sont  proportionnels  aux 
intensités  des  rayons  qu'ils  produisent;  ainsi  la  mesure  des  élévations  de 
température  donne  immédiatement  les  intensités  des  rayons. 

Si  la  température  de  l'enceinte  où  est  placé  le  thermomètre  pouvait 
être  maintenue  parfaitement  stationnaire,  la  mesure  dont  nous  parlons 
serait  facile  et  certaine;  mais  il  n'en  est  pas  ainsi,  et  cette  température 
varie  toujours  un  peu  ;  aussi  la  colonne  thermométrique  n'est  jamais  par- 
faitement immobile  ;  elle  est  toujours  animée  d'un  mouvement  d*élévation 
ou  d'abaissement  qui  toutefois  n'a  jamais  lieu  que  d'une  manière  lente  et 
uniforme. 

Ce  mouvement  propre  de  la  colonne  tantôt  s'ajoute  au  mouvement  dû 
à  l'action  calorifique  des  rayons,  tantôt  s'en  retranche;  mais  comme  il  est 
sensiblement  uniforme,  il  est  facile  de  rendre  son  influence  nulle.  Pour 
cela,  on  fait  deux  observations  :  l'une  par  élévation,  en  admettant  les 
rayons;  l'autre  par  abaissement  en  les  interceptant.  La  demi-somme  des 
deux  nombres  obtenus  est  l'élévation  de  température  due  à  l'action  seule 
des  rayons. 

Les  phénomènes  lumineux  qui  ont  été  soumis  à  ces  moyens  d'obser- 
vation sont  : 

1*  Les  franges  d'interférence  produites  au  moyen  de  deux  miroirs 
inclinés  l'un  sur  l'autre; 

2**  Les  spectres  à  bandes  obtenus  en  analysant  par  le  prisme  les  phé- 
nomènes d'interférence  produits  dans  la  lumière  polarisée  par  les  lames 
cristallisées. 

L'étude  de  la  répartition  de  la  chaleur  dans  ces  spectres  devait  présen- 
ter beaucoup  d'intérêt  ;  car  non-seulement  elle  devait  permettre  de  décider 
si  les  bandes  alternativement  brillantes  et  obscures  que  l'interférence  y 
produit  sont  communes  au  spectre  lumineux  et  au  spectre  calorifique, 
mais  encore  si  les  rayons  calorifiques  invisibles  qui  existent  au  delà  de 
l'extrémité  rouge  possèdent,  comme  la  lumière,  la  propriété  d'interférer. 


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3»  Enfin  nous  avons  étudié  également  le  phénomène  de  la  diffraction 
produite  par  un  bord  rectîligne  unique.  La  doctrine  des  interférences 
jouant  un  rôle  important  dans  l'explication  théorique  de  la  diffraction, 
cette  étude  se  rattachait  naturellement  à  notre  sujet. 

1**  Franges  (T interférence  produites  au  moyen  de  deux  miroirs  inclinés  l'un 
sur  Vautre.  —  Nous  rappellerons  seulement  en  quelques  mots  les  conditions 
dans  lesquelles  cet  important  phénomène  se  produit,  afin  de  pouvoir  expli- 
quer les  dispositions  particulières  que  nos  recherches  ont  rendues  néces- 
saires. 

Lorsque  l'on  reçoit  la  lumière  émanée  d'une  source  lumineuse  de 
petites  dimensions  sur  un  système  de  deux  miroirs  plans  inclinés  l'un  sur 
l'autre  sous  un  angle  peu  différent  de  180%  de  manière  à  produire  après  la 
réflexion  un  entre-croisement  des  rayons  réfléchis  par  l'un  et  l'autre  miroir, 
on  voit  apparaître,  dans  le  lieu  de  l'espace  où  les  deux  faisceaux  se  ren- 
contrent ainsi,  des  lignes  alternativement  lumineuses  et  obscures,  sensible- 
ment rectilignes  et  parallèles  entre  elles  lorsqu'on  ne  les  observe  que  dans 
une  petite  étendue. 

Ces  franges  ont  une  largeur  particulière  dans  chaque  espèce  de 
lumière  simple  et  sont  d'autant  plus  resserrées  que  les  rayons  qui  les  pro- 
duisent sont  plus  réfrangibles;  il  en  résulte,  lorsque  l'on  emploie  la 
lumière  blanche,  un  phénomène  compliqué  de  la  superposition  de  tous  les 
systèmes  de  franges  produits  parles  rayons  simples  de  diverses  couleurs. 

Dans  cette  circonstance,  les  franges  sont  colorées  d'une  manière 
variée  et  disposées  symétriquement  des  deux  côtés  d'une  frange  blanche 
centrale.  Quelques  essais  nous  ont  bientôt  fait  voir  que  l'emploi  de  la 
lumière  blanche  était  nécessaire  pour  produire  le  phénomène  avec  l'inten- 
sité convenable  à  l'étude  thermbmétrique  que  nous  voulions  faire. 

La  grandeur  des  franges  était  une  condition  très-importante;  il  fallait 
qu'elles  fussent  beaucoup  plus  larges  qu'elles  ne  sont  ordinairement 
lorsque  l'on  produit  le  phénomène  dans  le  but  d'observer  seulement  les 
interférences  des  deux  faisceaux  ou  de  mesurer  les  longueurs  d'ondulation, 
comme  l'a  fait  Fresnel;  car  évidemment  leurs  dimensions  devaient  surpas- 


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—  m  — 

ser  celles  du  thermomètre  destiné  à  donner  la  température  de  leurs  diverses 
parties.  Le  raisonnement  et  l'expérience  montrent  que  plusieurs  éléments 
influent  sur  cette  grandeur;  d'abord  la  distance,  à  laquelle  on  observe  le 
phénomène  :  plus  on  s'éloigne  de  l'appareil  des  miroirs  et  plus  les  franges 
se  dilatent^  mais  en  perdant  de  l'intensité  ;  en  second  lieu,  la  distance  qui 
sépare  l'appareil  des  miroirs  de  la  source  de  lumière  :  plus  on  diminue 
cette  distance  et  plus  les  franges  se  dilatent  sans  perdre  d'intensité,  mais 
en  devenant  moins  nettes;  enfin  l'angle  que  forment  entre  eux  les  deux 
miroirs  :  plus  cet  angle  s'approche  de  180°  et  plus  les  franges  sont  larges. 
Mais  en  augmentant  la  valeur  de  cet  angle,  on  introduit  une  autre  cause  de 
complication  qui  dépend  de  la  diffraction  que  la  lumière  éprouve  sur  les 
bords  des  miroirs;  lorsque  les  deux  miroirs  sont  presque  dans  le  même 
plan,  les  deux  faisceaux  ne  se  rencontrent  que  dans  une  petite  étendue,  et 
la  portion  de  chaque  faisceau  qui  seule  contribue  à  la  formation  des  franges 
est  justement  celle  qui  a  été  réfléchie  sur  le  bord  du  miroir  et,  par  consé- 
quent, troublée  dans  sa  marche  par  l'effet  de  la  diffraction. 

Si  l'on  remarque  que  la  diffraction  consiste  surtout  en  des  change- 
ments considérables  dans  l'intensité  des  rayons  et  que  le  phénomène  des 
interférences  exige  pour  se  reproduire  avec  netteté  une  intensité  égale 
dans  les  deux  faisceaux  qui  se  rencontrent,  on  voit  combien  l'influence  de 
cette  cause  doit  compliquer  le  phénomène  des  interférences.  Nous  avons 
bientôt  reconnu  qu'il  n'était  pas  possible  de  s'affranchir  de  cette  difficulté 
et  en  même  temps  de  produire  des  franges  d'une  largeur  convenable;  il  a 
donc  fallu  renoncer  à  produire  un  système  de  franges  et  à  placer  successi- 
vement le  thermomètre  dans  ses  diverses  parties;  les  résultats  obtenus 
dans  des  circonstances  aussi  complexes  eussent  été  peu  utiles  à  la  solution 
de  la  question  qui  nous  occupe. 

Le  moyen  que  nous  avons  employé  et  qui  nous  a  donné  des  résultats 
nets  et  réguliers  est  fondé  sur  les  faits  suivants  : 

Lorsque  l'appareil  des  miroirs  est  bien  réglé,  la  frange  centrale 
blanche  est  située  juste  au  milieu  de  l'espace  éclairé  par  les  deux 
faisceaux;  dans  cette  position,  les  deux  rayons  qui  se  rencontrent  se 
sont  réfléchis  à  des  distances  égales  des  bords  des  miroirs  ;  malgré  la  dif- 


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—  142  — 

fraction,  ils  ont  donc  la  même  intensité,  ce  qui  est  la  condition  la  plus 
favorable  aux  interférences. 

Mais  au  lieu  de  la  frange  centrale  blanche,  on  peut  produire  dans  le 
même  lieu  une  frange  d'un  autre  ordre  sans  changer  sensiblement  les 
autres  circonstances.  Il  suffit  de  mouvoir  l'un  des  miroirs  parallèlement  à 
lui-même  d'une  quantité  très-petite;  on  établit  ainsi  une  différence  de 
marche  entre  les  deux  rayons  qui  permet  de  faire  passer  successivement 
les  franges  des  divers  ordres  dans  le  même  lieu;  pour  remplacer  ainsi  la 
frange  centrale  par  celles  des  premiers  ordres  dont  l'étude  promettait  le 
plus  de  résultats,  le  mouvement  est  si  petit  que  les  autres  conditions 
peuvent  être  regardées  comme  n'ayant  pas  sensiblement  varié. 

Dans  le  fait,  nous  n'avons  fait  que  nous  rapprocher  de  ce  cas 
théorique.  Il  est  très-difficile  de  donner  à  l'un  des  miroirs  un  mouvement 
tel  qu'il  reste  parallèle  à  lui-même  ;  dans  l'appareil  dont  nous  disposions, 
ce  déplacement  se  compliquait  d'un  petit  mouvement  angulaire;  mais  en 
se  bornant  à  l'étude  des  deux  ou  trois  premières  franges,  l'inconvénient 
qui  en  résulte  est  insensible. 

La  disposition  générale  de  l'expérience  était  la  suivante  :  un  faisceau 
de  lumière  solaire  était  introduit  horizontalement  dans  une  chambre  noire 
et  maintenu  fixe  au  moyen  d'un  héliostat;  afin  d'avoir  une  plus  grande 
intensité,  on  a  muni  cet  instrument  d'un  prisme  dans  lequel  la  lumière 
subissait  la  réflexion  totale. 

Dans  l'ouverture  du  volet  de  la  chambre  noire,  le  faisceau  de  lumière 
rencontrait  une  lentille  cylindrique  biconvexe  de  0'",01  de  foyer  et  placée 
verticalement;  le  foyer  linéaire  produit  ainsi  était  la  source  de  lumière. 
A  0'",23  de  la  lentille  se  trouvait  l'appareil  des  miroirs,  disposé  de  manière  à 
produire  une  réflexion  très-oblique.  Ces  miroirs  étaient  de  petites  glaces 
parfaitement  planes,  noircies  à  leur  seconde  surface.  Le  thermomètre 
placé  au  milieu  de  son  enceinte  et  au  devant  du  microscope  était  éloigné 
des  miroirs  de  2'",68. 

Entre  les  miroirs  et  le  thermomètre,  à  0'",/i8  de  ce  dernier,  il  y  avait 
une  lentille  cylindrique  disposée  de  manière  à  contracter  les  franges  dans 
le  sens  de  leur  longueur,  afin  d'augmenter  leur  intensité.  Au  delà  du  ther- 


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—  143  — 

momètre,  à  0°',33,  les  rayons  rencontraient  la  lentille  sphérique;  enfin,  à 
1  mètre  plus  loin,  l'écran  blanc  sur  lequel  venait  se  peindre  Hmage  du 
thermomètre  et  des  franges  dans  lesquelles  il  se  trouvait  plongé. 

Comme  les  franges  colorées  ne  présentent  pas  de  point  de  repère  bien 
déterminé,  on  observait  sur  Técran  en  regardant  à  travers  un  verre  rouge. 
Dans  ce  qui  suit,  la  position  du  thermomètre  est  rapportée  aux  franges 
brillantes  et  obscures  formées  par  les  rayons  rouges;  mais  c'étaient  tou- 
jours les  franges  produites  par  la  lumière  blanche  qui  étaient  reçues  sur 
Tinstrument,  excepté  dans  un  cas  dont  nous  parlerons  plus  loin. 

L'observation  a  donné  les  résultats  suivants  : 

Dans  la  première  frange  brillante  ou  centrale,  la  colonne  du  thermo- 
mètre monte. 

Dans  la  première  frange  obscure,  elle  redescend,  mais  d'une  quantité 
inférieure  à  celle  dont  elle  avait  monté  dans  la  frange  centrale. 

Dans  la  seconde  frange  brillante,  elle  monte  de  nouveau,  mais  beau- 
coup moins  que  dans  la  première. 

Dans  la  seconde  frange  obscure,  elle  baisse,  mais  d'une  manière  à 
peine  sensible. 

Dans  la  troisième  frange  brillante,  elle  continue  à  baisser  d'une  petite 
quantité. 

Il  n'a  pas  été  possible  d'aller  plus  loin,  et  déjà  pour  ces  dernières 
franges  le  déplacement  subi  par  le  miroir  trouble  le  phénomène  d'une 
manière  sensible,  car  le  thermomètre  ne  se  trouve  plus  exactement  au 
milieu  de  l'espace  où  les  deux  faisceaux  s'entre-croisent,  et  même  l'entre- 
croisement des  faisceaux  a  changé  par  l'effet  du  mouvement  angulaire  dont 
nous  avons  parlé.  Mais  pour  les  trois  premières  franges,  le  résultat  obtenu 
nous  parait  à  l'abri  de  toute  difficulté;  les  expériences  ont  été  répétées  à 
plusieurs  reprises  avec  quelques  différences  dans  la  disposition  des  pièces, 
et  le  résultat  a  été  très-régulièrement  Je  même  ;  en  faisant  passer  successi- 
vement sur  le  thermomètre  les  trois  premières  franges,  on  fait  monter, 
redescendre  et  monter  de  nouveau  la  colonne  et  le  minimum  correspond  à 
la  frange  obscure. 

Le  tableau  suivant  renferme  les  élévations  de  température  observées 


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sous  rinfluence  de  ces  diverses  franges  d'après  la  méthode  rapportée  plus 
haut,  et  dans  trois  circonstances  différentes.  La  série  Â  a  été  obtenue  avec 
la  disposition  que  nous  venons  de  décrire  :  le  thermomètre  occupait  envi- 
ron le  quart  de  la  frange  centrale.  Pour  la  série  B,  on  a  dilaté  ces  franges 
au  moyen  d'une  lentille  cylindrique  divergente  placée  après  les  miroirs,  ce 
qui  a  produit  une  diminution  d'intensité.  Enfin  la  série  C  a  été  obtenue 
dans  les  mêmes  conditions  que  A,  mais  avec  l'addition  d'un  verre  rouge 
qui  ne  laissait  passer  que  les  rayons  les  moins  réfrangibles. 


1" 

4" 

2« 

2« 

3e          1             POSITIONS 

^  DU  TBBRVOMfeTRB   RAPPORTÉES 

BRILLANTE.. 

1            AUX   FRANGES   ROUGES. 

BRILLANTE 

OBSCURE. 

BRILLANTE. 

OBSCURE. 

CENTRALE. 

À 

35,2 

9,2 

20 

49,2 

47,5            Elévations  de  température 

c 

B 

40,5 

«,7 
5,5 

7 
9,5 

4,7 
9,2 

.  ^          en  divisions  du  micromètre 

9                                   X 

Plusieurs  autres  séries  n'ont  pu  être  obtenues  d'une  manière  com- 
plète par  suite  de  quelques  dérangements  dans  les  appareils  ou  parce  que 
des  nuages  sont  survenus  pendant  les  expériences;  mais  ces  résultats 
incomplets  nous  ont  néanmoins  permis  de  contrôler  les  nombres  précé- 
dents et  de  nous  assurer  de  leur  exactitude. 

On  voit  en  comparant  ces  nombres,  que  les  différences  obtenues  pour 
les  intensités  calorifiques  des  premières  franges  sont  trop  considérables  et 
trop  constantes  pour  que  Ton  puisse  les  attribuer  à  des  erreurs  d'observa- 
tion ;  les  résultats  fournis  par  le  verre  rouge  montrent  aussi  que  lorsque  la 
lumière  est  plus  simple,  ces  différences  sont  plus  sensibles;  pour  la  série  B, 
il  faut  remarquer  que  la  lentille  divergente  placée  sur  le  passage  des 
rayons  introduit  une  cause  de  complication  par  la  dispersion  qu'elle 
exerce  sur  les  rayons  simples;  les  couleurs  des  franges  en  sont  un  peu 
modifiées.  Cependant,  dans  ce  cas  encore,  les  différences  d'intensité  calo- 
rifique sont  incontestables. 


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—  U5  — 

Nous  croyons  pouvoir  conclure  de  ces  expériences  :  que  dans  le  phéno- 
mène des  franges  d'interférence  produites  avec  l'appareil  des  miroirs,  il  existe  des 
franges  calorifiques  de  dimensions  semblables  à  celles  des  franges  lumineuses;  que 
ces  franges  calorifiques  paraissent  être  d'autant  plus  marquées  que  la  lumière  est  plus 
simple. 

2'  Spectres  à  bandes  brillantes  et  obscures  obtenus  en  analysant  par  le  prisme 
les  phénomènes  d'interférence  produits  dans  la  lumière  polarisée  par  les  lames  cris- 
tallisées.  —  Cette  classe  de  phénomènes,  qui  se  rattache  à  la  découverte  de 
M.  Arago  sur  les  couleurs  des  lames  cristallisées  dans  la  lumière  polarisée, 
a  été  décrite  avec  détails  dans  un  précédent  travail.  Rappelons  seulement 
en  quelques  mots  les  circonstances  dans  lesquelles  ces  phénomènes 
prennent  naissance  et  les  principaux  caractères  qu'ils  présentent. 

Supposons  que  Ton  ait  formé  par  les  procédés  connus  un  spectre  dans 
lequel  les  radiations  diversement  réfrangibles  soient  assez  séparées  pour 
que  les  raies  se  distinguent  nettement  :  si  l'on  place  sur  le  trajet  du  rayon 
de  lumière  un  système  composé  de  deux  polariseurs,  dont  les  plans  de  pola- 
risation soient  parallèles  ou  perpendiculaires  entre  eux,  et  d'une  lame  biré- 
fringente comprise  entre  les  deux  et  dont  la  section  principale  soit  située 
dans  l'azimut  45'  par  rapport  à  l'un  de  ces  plans,  on  voit  le  spectre  se  cou- 
vrir de  bandes  alternativement  obscures  et  brillantes  dont  le  nombre  est 
d'autant  plus  grand  que  la  lame  cristallisée  est  plus  épaisse. 

Ces  bandes  sont  le  résultat  de  l'interférence  variable  pour  chaque 
rayon  simple  des  deux  systèmes  d'ondes,  l'ordinaire  et  l'extraordinaire, 
produits  par  la  double  réfraction  dans  la  lame  cristallisée. 

Parmi  les  positions  diverses  que  l'on  peut  donner  à  la  lame  et  relatives 
aux  polariseurs,  nous  considérerons  les  trois  suivantes  : 


l""  Les  deux  plans  de  polarisation  parallèles  entre  eux  et  parallèles  au 
plan  de  la  section  principale  de  la  lame.  Dans  ce  cas,  il  n'y  a  qu'un  seul 
système  d'ondes  ;  l'ordinaire.  11  n'y  a  donc  pas  d'interférence  et  le  .spectre 
ne  présente  aucune  bande. 

49 


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—  146  — 

2"*  Les  deux  plans  de  polarisation  parallèles  entre  eux,  section  princi- 
pale de  la  lame  à  45\  Dans  ce  cas,  il  y  a  deux  systèmes  d'ondes  d'inten- 
sités égales;  c'est  la  condition  la  plus  favorable  pour  manifester  l'interfé- 
rence; aussi  les  bandes  sont-elles  très-app.irentes,  et  le  centre  des  bandes 
obscures  parfaitement  noir. 

3""  Les  deux  plans  de  polarisation  à  angle  droit,  section  principale  de 
la  lame  h  45\  Ce  cas  ne  diffère  du  précédent  que  par  le  fait  du  croisement 
à  angle  droit  des  deux  plans  de  polarisation.  Cette  circonstance  produit 
dans  l'un  des  systèmes  d'ondes  un  changement  correspondant  à  la  perte 
d'une  demi-ondulation;  le  spectre  est  alors  complémentaire  du  précédent; 
les  bandes  obscures  remplacent  les  bandes  brillantes,  et  réciproquement. 

Dans  nos  expériences,  nous  avons  employé  comme  lame  biréfringente 
des  lames  de  gypse  de  différentes  épaisseurs.  Celle  qui  nous  a  paru  la  plus 
convenable  pour  Tétude  que  nous  nous  proposions  a  0"*"',83  d'épaisseur; 
les  spectres  obtenus  avec  cette  lame  dans  les  trois  cas  précédents  sont 
représentés  (fig.  3,  pi.  3)  en  S,  S',  S^*.  Celte  partie  de  la  figure  représente 
le  spectre  lumineux  de  A  en  H,  depuis  son  extrémité  rouge,  où  se  voit  la 
raie  A,  jusqu'à  son  extrémité  violette,  où  se  voit  la  raie  H. 

Pour  la  recherche  de  la  distribution  de  la  chaleur  dans  chacun  de  ces 
spectres,  il  fallait  que  le  thermomètre  occupât  successivement  toutes  les 
positions  possibles,  non-seulement  dans  la  partie  visible  du  spectre,  mais 
dans  la  partie  moins  réfrangible  que  le  rouge  où  se  trouvent  les  rayons 
calorifiques  obscurs.  Le  thermomètre  étant  nécessairement  fixe  dans  son 
enceinte  et  au  devant  du  microscope,  il  restait  à  faire  mouvoir  le  spectre 
dans  le  sens  de  sa  longueur.  Cet  effet  pouvait  être  obtenu  de  deux  manières 
différentes,  soit  en  tournant  le  prisme  réfracteur  autour  d'un  axe  vertical, 
soit  en  faisant  subir  au  faisceau  lumineux,  à  sa  sortie  du  prisme,  une 
réflexion  totale  dans  l'intérieur  d'un  second  prisme  qui  seul  serait  mobile 
autour  d'un  axe  vertical;  le  premier  moyen,  que  nous  avons  employé 
d'abord,  a  le  grave  inconvénient  d'altérer  les  dimensions  du  spectre  et 
même  les  distances  relatives  des  rayons  simples  à  chaque  observation. 

4.  La  réfraction  était  pro4pite  par  un  prisme  équilatère  de  flint  dans  la  position  du  iniDimum 
de  déviation  pour  les  rayons  violets  extrêmes  situés  au  delà  de  la  raie  H. 


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—  147  — 

Celte  complication^  très-nuisible  surtout  à  l'étude  de  la  partie  obscure, 
devait  être  évitée;  nous  avons  donc  préféré  recourir  au  second  moyen,  à  la 
réflexion  totale  dans  V intérieur  d'un  second  prisme;  car  en  faisant  tourner  ce 
prisme  réûecteur,  on  peut  Taire  tomber  successivement  sur  le  thermomètre 
tous  les  points  de  la  longueur  du  spectre,  et  dans  ces  mouvements  le 
spectre  n'éprouve  aucun  changement  dans  ses  dimensions  ni  dans  les 
distances  relatives  de  ses  diverses  parties. 

Il  fallait  de  plus  que  Ton  connût  exactement  la  position  du  thermo- 
mètre dans  le  spectre  à  chacune  des  observations  successives.  Pour  toute 
la  parlie  occupée  par  les  rayons  visibles,  il  suffisait  d'observer  cette  posi- 
tion sur  l'écran  extérieur,  comme  dans  l'expérience  des  miroirs.  Mais  pour 
ta  partie  occupée  par  les  rayons  obscurs^  l'observation  devenait  impos  - 
sible;  nous  avons  employé  l'artifice  suivant  : 

Le  thermomètre  étant  seulement  à  quelques  centimètres  de  la  paroi 
antérieure  de  l'enceinte,  le  spectre  était  encore  assez  net  au  niveau  de 
cette  paroi  pour  qu'on  pût  y  distinguer  les  bandes  et  même  les  lignes 
fixes;  un  écran  composé  d'une  feuille  do  papier  collée  sur  une  glace  étant 
appliqué  sur  cette  paroi,  on  y  pouvait  tracer  au  crayon  ces  bandes  et  les 
lignes  fixes  de  manière  à  relever  un  dessin  exact  du  spectre  visible.  Ce 
dessin  étant  obtenu,  on  traçait  encore  sur  la  paroi  elle-même,  à  une  petite 
distance  de  la  fenêtre,  une  ligne  de  repère  verticale;  enfin  l'on  amenait  le 
spectre  dans  une  position  telle  que  le  thermomètre  occupât  le  centre  d'une 
bande  noire  déterminée,  la  dernière  du  côté  rouge,  par  exemple;  rappor- 
tant alors  le  dessin  dans  le  spectre  de  manière  à  produire  une  superposition 
exacte,  on  prenait  la  distance  D  de  la  bande 'à  la  ligne  de  repère.  Lorsque 
Ton  avait  déplacé  le  spectre  de  manière  que  le  thermomètre  se  trouvât  dans 
la  partie  obscure,  on  obtenait  une  autre  distance  D';  la  distance  à  laquelle 
le  thermomètre  se  trouvait  de  la  dernière  bande  était  donnée  par  la  diffé- 
rence D'  —  D. 

Avec  quelques  précautions  qu'il  serait  trop  long  de  détailler,  ce  moyen 
est  susceptible  d'une  grande  exactitude.  11  nous  a  permis  de  relever  dans 
chaque  observation  la  position  du  thermomètre  et  de  la  rapporter  au 
.spectre  visible. 


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—  U8  — 

Passons  mnintenant  aux  résultats  observés. 

Dans  le  premier  des  trois  cas  distingués  plus  haut,  celui  où  la  section 
principale  de  la  lame  est  parallèle  aux  deux  plans  de  polarisation  et  où  il  n'y 
a  pas  interférence,  on  observe  ce  qui  suit  : 

L'action  calorifique  commence  à  être  sensible  dans  les  rayons  situés  à 
l'extrémité  du  violet  au  delà  de  H  ;  son  intensité  va  en  croissant  à  mesure 
que  l'on  pénètre  dans  le  spectre  visible  en  se  rapprochant   des  rayons 
rouges  ;  elle  atteint  son  maximum  dans  les  rayons  extérieurs  voisins  de  la 
raie  A,  puis  commence  à  décroître  à  mesure  que  l'on  pénètre  dans  la  partie 
obscure  et  finit  par  être  insensible  à  une  distance  de  la  raie  A  égale  à  celle 
qui  sépare  cette  raie  de  la  raie  E.  Ce  décroissement  d'intensité  dans  la 
partie  obscure  présente  des  particularités   importantes;   il  a  lieu  d'une 
manière  irrégulière  et  présente  plusieurs  maximums  et  minimums.  Parmi 
ces  derniers,  l'un  est  une  véritable  lacune  assez  limitée,  mais  complète;  on 
l'a  représentée  en  pdans  la  figure;  elle  a  tous  les  caractères  d'une  ligne 
fixe  existant  dans  les  rayons  solaires  obscurs,  et  nous  nous  sommes  assu- 
rés de  son  existence  dans  le  spectre  normal  sans  lame  cristallisée  ni  pola- 
riseurs.  L'ensemble  de  ces  résultats  est  représenté  dans  la  figure  par  la 
courbe  ponctuée  dont  les  ordonnées  représentent  les  intensités  des  diverses 
parties  du  spectre  calorifique  dans  les  circonstances  où  nous  nous  sommes 
placés.  Les  indications  du  thermomètre,  pour  quelques  points  a,  b^  c,  cf.... 
sont  données  dans  le  tableau  suivant  : 


« 

h 

c 

d 

e 

f 

9' 

h 

% 

3 

k 

/ 

POSITIONS 

DU    THBRMOMàTRB. 

4 

6 

20,6 

36,6 

58,6 

n 

40,6 

47,6 

31 

0 

23,6 

0 

Blévation   de  températare   en 
divisions  du  micromètre  — — — 

En  tournant  la  lame  cristallisée  à  /iS'',  on  passe  au  second  cas,  celui 
dans  lequel  les  bandes  d'interférence  se  produisent.  Alors,  dans  ce  cas,  si 
l'on  fait  tomber  successivement  sur  le  thermomètre  toutes  les  parties  du 
spectre  calorifique,  on  voit  la  colonne  thermométrique  monter  et  redescendre 


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—  U9  — 

alternativement  un  grand  nombre  de  fois,  aussi  bien  dans  la  partie  obscure 
que  dans  la  partie  lumineuse;  d'où  Ton  doit  conclure  à  r existence  de  bandes 
aUernativement  calorifiques  et  incalorifiques  dans  le  spectre  tout  entier. 

Dans  la  partie  lumineuse,  on  trouve  que  le  thermomètre  monte  lors- 
qu'il est  dans  une  bande  brillante  et  redescend  lorsqu'il  est  dans  une  bande 
noire;  ainsi  les  bandes  calorifiques  coïncident  avec  les  bandes  lumineuses. 

11  était  important  de  déterminer  exactement  la  position  des  bandes 
calorifiques  dans  la  partie  obscure;  mais  comme  cette  partie  est  constituée 
(Inné  manière  irrégulière,  cette  détermination  devenait  difficile  directe- 
ment, car  on  pouvait  confondre  une  bande  d'interférence  avec  un  mini- 
mum normal  de  l'intensité  calorifique.  Pour  obtenir  cette  détermination, 
on  a  fait  un  grand  nombre  d'observations  dans  des  points  très-voisins  les 
uns  des  autres;  pour  chacun  d'eux,  on  notait  les  indications  du  thermo- 
mètre dans  chacune  des  deux  positions  de  la  lame  cristallisée  à  A5''  et  à  0"". 
On  obtenait  ainsi  deux  séries  de  nombres,  l'une  correspondante  au  cas  où 
l'interférence  se  produit,  l'autre  au  cas  où  elle  n'a  pas  lieu;  en  divisant 
respectivement  les  nombres  de  la  première  série  par  ceux  de  la  seconde, 
on  a  une  suite  de  rapports  qui  oscillent  périodiquement  de  0  à  l'unité. 
Les  points  pour  lesquels  ce  rapport  se  rapproche  le  plus  de  0  sont  les 
bandes  non  calorifiques  et  ceux  pour  lesquels  il  se  rapproche  le  plus  de 
l'unité  sont  les  bandes  calorifiques. 

La  figure  S'  représente  les  positions  que  nous  avons  ainsi  trouvées 
pour  les  bandes  situées  dans  la  partie  calorifique  obscure  de  A  en  0.  Ces 
bandes  ont  été  par  analogie  représentées  de  la  même  manière  que  celles 
qui  existent  dans  la  partie  visible,  l'accroissement  de  l'ombre  représentant 
alors  la  diminution  de  l'intensité  calorifique. 

Nous  avons  réuni  dans  le  tableau  suivant  les  rapports  pour  les  points 
occupés  par  les  bandes  calorifiques  et  par  les  bandes  non  calorifiques  dans 
la  partie  obscure  et  dans  la  partie  visible  du  spectre  : 


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--  150  — 


BANDES 

BANDES 

RAPPORT 

BANDES 

BANDES 

RAPPORT 

non 

CALORIFIQUES. 

CALOBIFIQCBS. 

r 

non 

CALORIFIQUES. 

CALORIFIQUES. 

T 

b. 

» 

0 

0 

/. 

0.998 

c. 

» 

0 

m. 

» 

0,079 

d. 

» 

0 

» 

n. 

0,847 

e. 

» 

0,023 

0. 

» 

0,134 

r 

• 

0,032 

)> 

P- 

0,673 

9- 

» 

0,056 

9- 

j» 

0,<97 

» 

h. 

0,906 

» 

r. 

0,«)32 

t. 

» 

0,137 

8. 

» 

0,230 

» 

j- 

0,931 

» 

L 

0,936 

k. 

» 

0,068 

Cette  série  n'est  complète  que  pour  la  partie  obscure,  dans  laquelle  il 
était  Important  de  fixer  la  position  des  bandes.  Pour  la  partie  visible,  cette 
détermination  n'a  pu  être  faite  que  sur  un  certain  nombre  de  bandes.  Les 
lettres  b  c...  s  et  t  correspondent  à  celles  de  la  figure  et  indiquent  la  posi- 
tion des  bandes. 

Les  deux  plans  de  polarisation  sont  à  angle  droit.  La  section  princi- 
pale de  la  lame  est  à  li5^.  Pour  passer  du  cas  précédent  à  celui-ci,  il  suffit 
de  tourner  l'un  des  polariseurs  de  90**;  les  bandes  brillantes  et  obscures  se 
changent  alors  les  unes  dans  les  autres  en  donnant  lieu  à  un  spectre  com- 
plémentaire du  précédent. 

L'analyse  thermométrique  nous  a  fait  reconnaître  que  le  spectre  calo- 
rifique subit  par  l'effet  de  ce  changement  du  plan  de  polarisation  les 
mêmes  modifications  que  le  spectre  lumineux  ;  les  bandes  calorifiques  ont 
pris  la  place  des  bandes  non  calorifiques,  et  réciproquement,  dans  la  partie 
invisible  aussi  bien  que  dans  la  partie  visible;  par  conséquent,  dans  cette 
dernière  partie,  les  bandes  calorifiques  coïncident  exactement  avec  les 
bandes  lumineuses,  comme  dans  le  cas  précédent.  La  figure  S^  représente 
cette  nouvelle  distribution  de  l'action  calorifique  dans  toute  l'étendue 
du  spectre. 

Nous  joindrons  à  ces  résultats  ceux  que  nous  avons  obtenus  en 
étudiant  de  la  même  manière  deux  autres  phénomènes  <Vun  grand  intérêt. 


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—  161  — 

«.  Cristal  de  roche  perpendiculaire  à  Faxe.  —  Tout  restant  disposé  comme 
dans  les  pr<^cédentes  expériences,  si  l'on  substitue  à  la  lame  de  gypse  une 
lame  de  cristal  de  roche  taillée  perpendiculairement  à  l'axe  et  d'une 
épaisseur  suffisante,  on  voit  également  le  spectre  lumineux  se  couvrir  de 
bandes  ;  mais  avec  cette  particularité  qu'elles  ne  disparaissent  pour  aucune 
position  relative  des  deux  plans  de  polarisation,  et  si  l'on  tourne  d'une 
manière  continue  dans  le  même  sens  l'un  des  polarisateurs,  les  bandes  per- 
sistent; mais  on  les  voit  se  déplacer  d'une  manière  continue  en  paraissant 
parcourir  toute  la  longueur  du  spectre. 

Toutes  ces  apparences  résultent  des  rotations  différentes  que  le  cristal 
de  roche  imprime  aux  plans  de  polarisation  des  divers  rayons  simples, 
lorsqu'il  est  traversé  dans  la  direction  de  son  axe;  les  lois  expérimentales 
de  ces  rotations  ont  été  l'objet  d'importantes  recherches  de  la  part  de 
M.  Biot.  Fresnel  a  découvert  la  cause  de  cette  rotation  elle-même  :  il  a 
montré  qu'elle  dépend  d'une  double  réfraction  particulière,  la  double 
réfraction  circulaire  qui  se  produit  le  long  de  l'axe  du  cristal  en  donnant 
naissance  à  deux  systèmes  d'ondes  polarisés  circulairement  en  sens  contraire 
et  doués  de  vitesses  inégales;  par  cette  découverte,  Fresnel  a  fait  rentrer 
ces  faits  curieux  dans  la  classe  des  phénomènes  d'interférence. 

Nous  dirons  tout  de  suite  que.  dans  cette  circonstance,  nous  avons 
encore  constaté  que  le  spectre  calorifique  est  constitué  dans  toute  son  étendue 
comme  le  spectre  lumineux^  et  que  les  bandes  visibles  coïncident  avec  les  bandes 
calorifiques. 

p.  tnfluence  de  la  réflexion  totale.  —  Nous  avons  enfin  obtenu  exactement 
les  mêmes  résultats  en  étudiant  de  la  même  manière  un  cas  dans  lequel  le 
phénomène  de  la  réflexion  totale  intervient  pour  modifier  l'interférence  ;  le 
cas  que  nous  avons  choisi  est  celui  dans  lequel  on  combine  leparallélipipèdeà 
deux  réflexions  totales  avec  une  lame  biréfringente^une  lame  de  gypse,  par  exemple. 
Le  parallélipipède  étant  placé  sur  le  trajet  du  rayon,  entre  la  lame  et  le 
second  polariseur,  dans  un  azimut  tel  que  le  plan  commun  des  deux 
réflexions  totales  coïncide  avec  le  premier  plan  de  polarisation  et  la  lame 
étant  à  1x5'',  les  deux  systèmes  d'ondes  à  vitesses  inégales  dans  la  lame 
biréfringente  se  trouvent  transformés  par  Teflet  des  réflexions  totales  en 


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—  152  — 

deux  systèmes  polarisés  circulairement  en  sens  contraire.  Cesl  le  cas  du 
cristal  de  roche;  et  en  effet,  le  résultat  final  de  Tinlerférence  observé  dans 
le  spectre  présente  les  mêmes  caractères,  bandes  toujours  visibles,  quelle 
que  soit  la  position  du  second  plan  de  polarisation,  mais  mobile  avec  lui. 
Aussi  l'analyse  thermométrique  donne-t-elle  exactement  les  mêmes  résultats 
que  dans  le  cas  du  cristal  de  roche.  Nous  avons  encore  constaté  que  ces 
phénomènes  d'interférence    calorifique  produits  par  la  double  rëfi-action 
disparaissent  comme  ceux  de  la  lumière,  lorsque  Ton  supprime  Tun  des 
deux  polariseurs  entre  lesquels  est  placée  la  lame  cristallisée,  ou  tous  les 
deux  à  la  fois.  Nous  n'avons  pas  cru  nécessaire  de  varier  davantage  les 
conditions  d'interférence,  les  résultats  obtenus  dans  les  cas  précédents 
sont  assez  nelsetassez  concordants  pour  permettre  de  prévoir  avec  certitude 
ce  qui  arriverait  dans  toule  autre  circonstance. 

Ainsi  nous  avons  vu  constamment  :  l""  des  bandes  d'interférence  se  mani- 
fester dans  toute  l'étendue  du  spectre  calorifique,  toutes  les  fois  qu'il  s'en 
produit  dans  le  spectre  lumineux;  S""  dans  toute  l'étendue  du  spectre  lumi- 
neux, les  bandes  lumineuses  coïncider  avec  les  bandes  calorifiques,  en 
d'autres  termes,  tous  les  rayons  de  réfrangibilités  diverses  qui  composent 
le  spectre  calorifique  dans  les  circonstances  décrites  plus  haut,  sont  capables 
de  produire  des  phénomènes  d'interférence,  et  dans  toute  l'étendue  du 
spectre  visible,  l'interférence  se  manifeste  simultanément  dans  les  mêmes 
points  pour  la  lumière  et  pour  la  chaleur. 

3"  Diffraction  produite  par  un  bord  rectiligne  unique.  Lorsque  l'on  place 
sur  le  trajet  des  rayons  émanant  d'une  source  lumineuse  de  petites  dimen- 
sions, un  écran  terminé  par  un  bord  rectiligne,  on  donne  naissance  au  phé- 
nomène le  plus  simple  de  la  diffraction.  Ce  phénomène  consiste  dans  une 
distribution  particulière  de  la  lumière  vers  la  limite  qui  sépare  l'espace 
éclairé  de  l'espace  obscur,  distribution  qui  n'est  nullement  celle  qu  affecte- 
raient des  rayons  se  mouvant  en  ligne  droite.  Dans  cette  hypothèse,  en  effet, 
la  lumière  devrait  s'éteindre  brusquement  à  la  limite  géométrique  déter- 
minée par  une  ligne  droite  passant  par  le  point  lumineux  et  rasant  le  bord 
de  récran  ;  au  lieu  de  cette  extinction  brusque,  on  voit  la  lumière  éprouver 


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—  153  — 

plusieurs  changements  d'intensité  près  de  cette  limite  et  décroître  ensuite 
graduellement  en  pénétrant  dans  l'intérieur  de  l'ombre  géométrique.  Ces 
franges  de  diffraction  sont  nombreuses  et  alternativement  brillantes  et  obs- 
cures dans  la  lumière  simple;  dans  la  lumière  blanche,  elles  sont  colorées 
et  bien  moins  nombreuses,  alors  la  première  du  côté  de  l'ombre  est  surtout 
remarquable:  elle  est  relativement  large  et  plus  brillante  que  le  reste  du 
champ  lumineux  :  c'est  le  phénomène  tel  qu'il  se  reproduit  dans  la  lumière 
blanche,  que  nous  avons  étudié  avec  le  thermomètre  ;  dans  la  lumière 
simple ,  l'intensité  est  toujours  beaucoup  trop  faible  pour  produire  dans 
l'instrument  des  changements  notables  de  température;  l'expérience  a  été 
disposée  de  la  manière  suivante  : 

Un  faisceau  de  lumière  fixé  par  l'héliostat  était  reçu  sur  une  lentille 
cylindrique  à  court  foyer;  l'axe  étant  placé  verticalement,  l'image  linéaire 
que  ces  sortes  de  lentilles  produisent  à  leur  foyer  était  prise  comme  source 
rayonnante. 

A  3  décimètres  de  la  lentille,  les  rayons  rencontraient  un  écran  formé 
d'une  lame  mince  de  métal,  terminée  par  un  bord  vertical  parfaitement 
rectiligne;  une  vis  microinétrique  permettait  de  mouvoir  lentement  cet 
écran  dans  son  plan ,  de  manière  à  faire  avancer  ou  reculer,  par  degrés 
insensibles,  le  bord  rectiligne  sans  changer  sa  distance  à  la  lentille;  on 
avait  la  possibilité  de  déplacer  à  volonté  les  franges  de  diffraction  sans  rien 
changer  à  la  nature  du  phénomène  ;  par  ce  mouvement,  le  thermomètre 
étant  fixe  dans  son  enceinte  et  au  devant  de  la  lunette,  c'étaient  les  franges 
que  Ton  faisait  mouvoir  en  déplaçant  l'écran  par  degrés,  et  l'instrument 
pouvait  de  cette  manière  occuper  toutes  les  positions  possibles  par  rapport 
aux  franges.Comme  dans  les  précédentes  expériences,  une  lentille  cylindrique 
placée  devant  le  thermomètre  augmentait  l'intensité  des  franges  en  les 
contractant  ;  la  distance  du  thermomètre  à  l'écran  était  d'environ  3  mètres; 
les  positions  du  thermomètre  par  rapport  aux  franges  ont  été  relevées 
avec  soin  sur  l'écran  blanc.  Pour  plus  d'exactitude,  on  regardait  sur  l'écran 
avec  un  verre  rouge;  les  franges  sont  alors  plus  nombreuses  et  plus 
distinctes,  et  fournissent  des  points  de  repère  mieux  déterminés. 

La  figure  k  représente  l'^cnect  des  franges  vues  avec  le  verre  rouge 


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—  154  — 

et  la  grandeur  relative  de  la  boule  du  thermomètre.  On  voit  que  la  figure 
reproduit  ce  phénomène  dans  des  dimensions  plus  grandes  que  celles  qu'il 
occupait,  le  diamètre  de  la  boule  tracée  en  T  n'avait  en  réalité  que  i"*",!  ; 
la  ligne  ponctuée  /  est  la  limite  géométrique  de  l'ombre;  cette  position 
ne  doit  être  regardée  que  comme  une  approximation ,  c'est  une  moyenne 
entre  cinq  déterminations  dont  les  écarts  extrêmes  sont  marqués  en  m  et  n. 
Voici  ces  distances  en  nombre  ainsi  que  celles  qui  séparent  les  trois  pre- 
mières franges  noires  lorsque  l'on  observe  avec  un  verre  rouge  ces  distances 
se  rapportant  au  milieu  des  franges. 

De  la  troisième  frange  noire  à  la  deuxième 6 

De  la  deuxième  frange  noire  à  la  première 8,7 

120  \ 

45  I 

49,5  >      46,7 

42,5  I 

46,5  / 

Moyenne 46,7 

Pour  obtenir  cette  détermination  de  la  limite  géométrique  de  l'ombre, 
on  place  une  lentille  achromatique  de  manière  à  former,  dans  le  lieu 
occupé  par  le  thermomètre,  une  image  de  la  source  rayonnante,  on  marque 
la  position  de  cette  image  par  une  ligne  tracée  sur  l'écran  blanc,  on  fait 
ensuite  mouvoir  l'écran  noir  au  bord  duquel  se  produit  la  diffraction 
jusqu'à  ce  que  l'image  de  son  bord  coïncide  exactement  avec  la  ligne  tracée 
précédemment.  D'après  les  lois  de  la  réfraction  pour  les  lentilles ,  cette 
ligne  est  précisément  la  limite  géométrique  de  l'ombre  projetée  par 
l'écran. 

En  enlevant  la  lentille,  le  phénomène  de  la  distraction  apparatt,  et 
l'on  peut  relever  la  position  des  franges  par  rapport  à  cette  limite.  Ce 
procédé  théoriquement  exact  présente  quelques  difficultés  pratiques  que 
nous  n'avons  pas  pu  éviter  entièrement,  et  qui  s'opposent  à  une  détermi- 
nation précise  de  la  limite  cherchée;  cependant,  malgré  son  incertitude, 
cette  détermination  nous  a  paru  présenter  assez  d'intérêt  pour  être 
rapportée  ici.  Passons  aux  résultats  obtenus. 


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—  155  — 

Lorsque  le  thermomètre,  d'abord  situé  dans  l'intérieur  de  l'ombre 
très-loin  de  la  première  frange,  pénètre  graduellement  dans  l'espace 
éclairé,  on  observe  qu'il  commence  à  monter  à  une  grande  distance  de 
celle  frange  et  avant  d'atteindre  la  limite  géométrique  de  l'ombre;  il  con- 
tinue à  monter  rapidement  en  pénétrant  dans  la  première  frange  brillante, 
atteint  un  maximum  vers  le  bord  de  cette  frange  voisin  de  la  première 
frange  noire,  puis  descend  d'une  manière  continue,  à  mesure  qu'il 
pénètre  dans  l'espace  éclairé,  pour  atteindre  enfin  un  état  stationnaire  vers 
la  quatrième  ou  cinquième  frange  noire  ;  la  courbe  de  la  figure  ù  repré- 
sente l'ensemble  de  ces  résultats  ;  la  grandeur  relative  du  thermomètre  est 
représentée  en  T.  On  voit,  d'après  cette  grandeur,  que  la  figure  représente 
le  phénomène  lumineux  amplifié. 

Les  franges  représentées  sont  celles  que  l'on  obtient  en  interposant 
un  verre  rouge  sur  le  trajet  des  rayons,  mais  les  résultats  se  rapportent  à 
la  lumière  blanche  ;  cette  courbe  a  été  tracée  d'après  deux  séries  d'expé- 
riences assez  concordantes  dans  lesquelles  les  températures  ont  été  prises 
dans  des  points  très-rapprochés. 

Le  tableau  suivant  renferme  quelques-uns  des  nombres  obtenus  indi- 
quant la  position  du  centre  du  thermomètre. 


éLéVATlON 

ELEVATION 

de  température  en  dirisions 

de  température  en  diTÏaions 

n-\-n' 
do  micromètre  ^-^ — 

du  micromètre  ^^ — 

a. 

4,6 

A 

33,5 

b. 

3 

9* 

S9 

c. 

Î0,5 

h. 

«7,5 

d. 

34 

i. 

Î5,5 

e. 

37 

y- 

84,5 

.  Nous  avons  aussi  fait  l'expérience  avec  le  verre  rouge  ;  mais  dans  ce 
cas  l'intensité  calorifique  est  réduite  à  peu  près  au  tiers  de  ce  qu'elle  était 
avec  la  lumière  blanche,  les  différences  de  température  deviennent  alors 
trop  petites  pour  donner  des  résultats  bien  certains  ;  cependant,  dans  ce 


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—  156  — 

cas  encore  nous  avons  reconnu,  d'une  manière  indubitable,  Texistence 
d'un  maximum  de  chaleur  dans  la  première  frange  brillante  près  de  la 
première  frange  obscure. 

On  peut  conclure  de  ces  expériences  que  dans  le  phénomène  de  la 
diffraction  produite  par  un  bord  rectiligne  avec  la  lumière,  blanche,  la 
chaleur  présente  une  distribution  analogue  à  celle  de  la  lumière,  et  que, 
dans  le  lieu  occupé  par  la  première  frange  brillante  des  rayons  rouges,  il 
existe  une  frange  calorifique  de  diffraction  ^  dans  laquelle  la  température  est 
plus  élevée  que  dans  les  points  auxquels  les  rayons  parviennent  direc- 
tement sans  avoir  été  influencés  par  Técran. 


REMARQUES    SUR     LES     EXPÉRIENCES    PRÉCÉDENTES. 

Avant  de  résumer  les  résultats  obtenus  dans  ces  expériences,  il  con- 
vient d'examiner  une  cause  de  complication  inhérente  au  mode  d'observa- 
tion et  d'apprécier  son  influence  ;  on  a  vu  que  toutes  les  expériences  qui 
viennent  d*étre  rapportées  ont  été  faites  en  employant  les  rayons  solaires 
et  que  toujours  ces  rayons  avaient  à  traverser  des  écrans  de  verre  avant 
de  parvenir  au  thermomètre,  dans  le  cas  des  lames  cristallisées  où  les 
rayons  devaient  être  polarisés;  il  y  avait  en  outre  sur  le  trajet  des  rayons  une 
certaine  épaisseur  de  spath  calcaire  et  une  lame  de  gypse  ou  de  cristal  de 
roche.  Or,  il  résulte  des  recherches  de  M.  Melloni  sur  l'absorption  des 
rayons  de  chaleur  par  les  écrans  de  différentes  matières  que,  dans  de  sem- 
blables circonstances,  les  divers  éléments  qui  constituent  la  chaleur  solaire 
subissent  des  absorptions  importantes  ;  considérés  dans  un  spectre  pour  la 
formation  duquel  on  n'aurait  employé  aucune  autre  substance  que  le  sel 
gemme,  ce  sont  les  rayons  les  moins  réfrangibles  situés  dans  la  région 
obscure  qui  subissent  l'absorption  la  plus  forte  par  le  fait  de  l'interposition 
de  ces  écrans,  l'absorption  est  même  totale  pour  ceux  qui  occuperaient 
l'extrémité  de  cette  région;  il  résulte  également  des  recherches  du  même 
auteur  que  ces  rayons  obscurs  peu  réfrangibles  qui  accompagnent  la 
lumière  solaire  et  qui   sont    arrêtés  par  les  écrans  de  verre  de  spath. 


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—  157  — 

doivent  être  assimilés  aux  rayons  calorifiques  émis  par  les  corps  dont  la 
température  est  peu  élevée  *. 

Ce  rapprochement,  qui  parait  très-légitime,  est  fondé  sur  la  similitude 
des  absorptions  que  ces  deux  espèces  de  rayons  éprouvent  dans  leur  pas- 
sage à  travers  différentes  substances.  Ainsi  ce  n'est  pas  sur  la  totalité  des 
éléments  de  la  chaleur  solaire  que  les  expériences  précédentes  ont  porté; 
certains  rayons  ont  été  absorbés  par  les  milieux  qull  a  fallu  placer  sur 
leur  trajet  pour  produire  le  phénomène  des  interférences ,  et  ont  ainsi 
échappé  aux  recherches.  Telle  est  réellement  la  seule  influence  fâcheuse 
que  l'absorption  de  la  chaleur  par  les  écrans  ait  exercée  sur  les  résultats; 
certains  autres  rayons  ont  été  sans  doute  modifiés  dans  leur  intensité 
par  la  même  cause ,  mais  en  considérant  Tensemble  des  expériences,  on 
voit  que  ces  modifications  d'intensité  sont  de  peu  d'importance  et  que  les 
faits  observés  ne  sont  pas  de  nature  à  être  expliqués  par  une  semblable 
influence. 


aésuifé. 

Les  expériences  qui  précèdent  peuvent  être  rapportées  à  deux  caté- 
gories distinctes. 

La  première  comprend  les  expériences  faites  sur  les  spectres  à  bandes 
d'interférence  que  l'on  obtient  en  analysant  par  le  prisme  les  effets 
produits  dans  la  lumière  polarisée  par  les  lames  cristallisées  douées  de  la 
double  réfraction. 


i.  Nous  avons  fait  querques  tentatives  pour  substitaer  à  la  chaleur  solaire  celle  d'un  fil  de 
platine  maintenu  incandescent  par  le  passage  d'un  courant  électrique,  et  nous  avons  trouvé  cette 
source  de  chaleur  beaucoup  trop  faible  pour  les  moyens  thermométriques  que  nous  possédions;  ce 
n'est  qu*à  la  distance  de  O^'S  du  fil  de  platine  que  le  thermomètre  commençait  à  être  infiuencé 
d'une  manière  sensible,  les  rayons  n'ayant  ë  traverser  aucun  écran,  et  pour  produire  les  phéno- 
mènes d'interférence  avec  des  dimensions  convenables,  il  aurait  fallu  s'é'oigner  de  la  source  rayon* 
naote  d'environ  3  mètres;  dans  le  cas  où  le  fil  est  simplement  chaud  sans  être  lumineux,  son 
rayonnement  est  moins  sensible  encore.  On  voit  combien  nous  sommes  loin  de  pouvoir  faire  ces 
expériences  dans  de  semblables  conditions,  et  quel  degré  de  sensibilité  il  faudrait  donner  aux  instru- 
naents  pour  que  ces  expériences  devinssent  possibles. 


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—  158  — 

Dans  ces  circonstances  le  résultat  de  Tinterférence  est  rendu  indépen- 
dant du  mélange  des  rayons  de  réfrangibilités  différentes  et  se  manifeste 
d'une  manière  distincte  et  séparée  pour  chacun  d'eux;  ce  sont  des  expé- 
riences faites  sur  des  rayons  simples. 

La  seconde  comprend  l'étude  des  franges  obtenues  avec  l'appareil  des 
miroirs  et  celle  de  la  diffraction  produite  par  un  bord  rectiligne.  Dans  ces 
deux  cas,  les  phénomènes  sont  troublés  par  la  superposition  des  effets  dus 
aux  différents  rayons  et  l'on  n'observe  que  des  résultats  complexes. 

Cependant  on  va  voir  que  les  résultats  obtenus  dans  ces  circonstances 
sont  d'accord  avec  les  précédents  lorsque  l'on  a  égard  au  mélange  des 
rayons  simples. 

Les  expériences  de  la  première  catégorie  montrent  que  tous  les  rayons 
qui  composent  le  spectre  calorifique  dans  la  région  lumineuse  comme  dans  la  région 
obscure  ont  la  propriété  d'interférer  et  que  dans  la  région  lumineuse  les  interférences 
se  manifestent  simultanément  aux  mêmes  points  pour  les  rayons  lumineuco  et  pour 
les  rayons  calorifiques;  c'est  ce  qui  résulte  de  l'existence  des  bandes  calori- 
fiques dans  toute  l'étendue  du  spectre  et  de  leur  coïncidence  avec  les 
bandes  lumineuses  dans  la  région  des  rayons  visibles. 

Ainsi,  en  ne  considérant  d'abord  que  les  éléments  de  la  chaleur  qui 
existent  dans  la  région  lumineuse,  on  voit  que  les  interférences  ne  révèlent 
aucune  différence  de  propriété  entre  les  rayons  lumineux  et  calorifiques  et 
que,  sous  ce  rapport,  ces  deux  ordres  de  rayons  se  confondent  entière- 
ment ;  tout  se  passe  comme  si  chaque  rayon,  séparé  par  la  réfraction,  était 
simple  et  unique  et  doué  de  la  double  propriété  d'échauffer  les  corps  et 
d'impressionner  notre  œil. 

Cette  étroite  liaison  des  deux  ordres  de  phénomènes  s'est  montrée 
dans  tous  les  cas  d'interférences  qui  ont  été  étudiés  dans  le  spectre,  et 
toujours  avec  la  même  évidence;  on  doit  donc  regarder  ce  fait  comme 
général ,  et  admettre  que,  dans  toutes  les  circonstances  où  les  rayons 
lumineux  interfèrent,  la  même  connexion  se  maintient  et  que  toujours  la 
chaleur  est  liée  inséparablement  à  la  lumière. 

Si  nous  considérons  maintenant  les  autres  éléments  de  la  chaleur  qui 
constituent  la  partie  obscure  du  spectre,  on  voit  qu'ils  ne  diffèrent  des 


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—  159  — 

précédents  qu'en  ce  qu'ils  ont  été  moins  réfractés  par  le  prisme  et  qu'ils 
sont  invisibles,  mais  comme  eux  ils  sont  susceptibles  d'interférer  en  don- 
nant lieu  à  des  bandes  disposées  d'une  manière  semblable  et  faisant  suite 
à  celles  des  rayons  visibles  d'une  manière  non  interrompue. 

Ainsi  sous  le  rapport  des  interférences  ces  rayons  ne  diffèrent  pas 
plus  des  rayons  visibles  que  ceux-ci  ne  diffèrent  entre  eux. 

Au  point  de  vue  de  la  théorie  des  ondulations,  on  considère  les  rayons 
rouges  comme  ne  différant  essentiellement  des  rayons  violets,  plus  réfran- 
gibles^  que  par  les  longueurs  d'ondulations  plus  grandes  ;  de  même  on  doit 
considérer  ces  rayons  obscurs  comme  ne  différant  des  rayons  visibles  que 
par  les  longueurs  plus  grandes  de  leurs  ondulations. 

A  ce  point  de  vue  le  spectre  calorifique  doit  être  considéré  comme 
composé  de  rayons  simples  inégalement  calorifiques,  les  uns  visibles,  les 
autres  invisibles  et  doués  chacun  d'une  longueur  d'ondulation  particulière 
et  d'autant  plus  grande  que  la  réfrangibilité  est  moindre;  ceux  qui  sont 
visibles  ^constituent  le  spectre  lumineux  et  ont  pour  longueur  d'ondulation 
les  longueurs  mesurées;  pour  ceux  qui  sont  invisibles,  les  longueurs  sont 
plus  grandes  encore  que  celles  des  rayons  rouges  et  d'autant  plus  que 
l'on  considère  un  point  plus  éloigné  de  ces  derniers. 

Ainsi,  sous  ce  rapport,  les  éléments  de  la  chaleur  sont  plus  dissem- 
blables encore  que  ceux  de  la  lumière. 

Si  on  se  reporte  aux  expériences  de  la  seconde  catégorie,  on  verra 
combien  elles  sont  d'accord  avec  ces  résultats  et  ces  déductions  ;  ces  expé- 
riences montrent  en  effet,  aussi  bien  dans  les  cas  des  franges  obtenues 
avec  l'appareil  des  miroirs  que  dans  celui  de  la  disposition  produite  par 
un  bord  rectiligne,  qu'il  existe  toujours  des  bandes  calorifiques  analogues 
aux  bandes  lumineuses  et  que  le  phénomène  est  d'autant  plus  marqué  que 
l'on  se  rapproche  davantage  du  point  où  le  mélange  des  rayons  n'influe 
pas  sensiblement  pour  troubler  le  phénomène  lumineux  ;  dans  le  cas  des 
miroirs,  c'est  dans  le  voisinage  de  la  frange  centrale  blanche ,  pour  la  dif- 
fraction c'est  près  de  l'ombre  géométrique,  dans  la  première  frange  blanche, 
que  l'existence  des  franges  calorifiques  a  pu  être  constatée. 

C'est  dans  ces  mêmes  rayons  que  les  franges  lumineuses  se  produisent 


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—  160  — 

aussi  de  la  manière  la  plus  distincte;  aussitôt  que  Ton  s*en  éloigne  le  phé- 
nomène se  trouble  d'autant  plus  que  la  lumière  est  composée  d*un  plus 
grand  nombre  de  rayons  simples.  Chaque  rayon,  en  effet,  donne  lieu  à  des 
franges  d'une  largeur  particulière  et  d'autant  plus  grande  que  la  largeur 
d'ondulation  est  plus  considérable.  D'après  ce  qui  précède,  il  en  doit  être 
de  même  pour  la  chaleur,  et  même  le  trouble  que  le  mélange  des  rayons 
apporte  dans  ces  phénomènes  doit  être  plus  sensible,  puisque  les  éléments 
de  la  chaleur  sont  plus  nombreux  encore  que  ceux  de  la  lumière  et  que 
la  longueur  de  leurs  ondulations  varie  dans  des  limites  plus  étendues. 


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LONGUEURS    D'ONDES 
DES  RAYONS  CALORIFIQUES 

(Société  Philomathique,  11  décembre  1847  i  ) 


M.  FizEAu  fait  une  communication  relative  aux  longueurs  d'ondes  des 
rayons  calorifiques  invisibles  qui  prolongent  le  spectre  solaire  au  delà  des 
rayons  rouges.  La  mesure  directe  de  ces  longueurs  n'a  pu  être  tentée 
jusqu'ici  et  présenterait  d'ailleurs  les  plus  grandes  difficultés  ;  l'auteur  a 
cherché  à  déduire  cet  élément  de  la  considération  des  spectres  à  bandes 
d'interférence  qui  ont  été  décrits  et  étudiés  dans  un  précédent  travail  fait 
avec  M.  Foucault  sur  les  interférences  des  rayons  calorifiques.  Dans  ce 
travail,  les  auteurs  ont  constaté  que  les  bandes  d'interférence  qui  sillonnent 
les  spectres  dans  toute  leur  étendue  sont  communes  à  la  chaleur  et  à  la 
lumière;  ils  ont  trouvé,  de  plus,  qu'il  existe  des  bandes  semblables  dans 
la  partie  invisible  du  spectre  située  au  delà  du  rouge,  et  ont  fixé  la  position 
de  ces  bandes  invisibles  en  mesurant  leurs  distances  aux  bandes  visibles  ; 
la  position  de  ces  dernières  a  été  fixée  elle-même  par  rapport  aux  raies  du 
spectre.  En  considérant  ces  phénomènes,  d'après  les  principes  des  inter- 
férences posés  par  Fresnel,  on  trouve  une  relation  entre  les  longueurs 
d'onde  de  trois  rayons,  et  le  nombre  des  bandes  qui  les  séparent  ;  ces  lon- 
gueurs ayant  été  mesurées  très-exactement  par  Fraunhafër  pour  sept  rayons 

4.  Voir  ProcèS'Verbaux  de  la  Soc,  Philom,,  1847,  p.  408;  —  Vinslitut. 

S4 


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—  162  — 
du  spectre  B,  C,  D,  E,  F,  G,  H,  on  peut  introduire  dans  la  formule  ces 
valeurs  pour  deux  rayons  ;  elle  donne  alors  la  longueur  d'onde  d'un  rayon 
en  fonction  du  nombre  des  bandes  que  l'on  peut  compter  dans  le  spectre 
entre  ce  rayon  et  l'un  des  deux  pour  lesquels  celte  valeur  est  regardée 
comme  connue. 

La  position  des  bandes  calorifiques  invisibles  n'a  pu  être  étudiée  que, 
dans  le  cas  où  l'interférence  est  produite  au  moyen  d'une  lame  cristallisée 
parallèle  à  l'axe  placée  entre  deux  polariseurs;  dans  cette  circonstance,  il 
entre  dans  le  calcul  un  élément  qui  présente  de  l'incertitude,  c'est  la  dis- 
persion de  double  réfraction.  Cet  élément  n'a  pu  être  introduit  qu'au 
moyen  d'une  hypothèse  que  l'auteur  regarde  comme  suffisamment  justifiée 
par  les  résultats  obtenus  lorsque  l'on  applique  la  formule  aux  rayons  pour 
lesquels  la  longueur  d'onde  est  connue,  la  concordance  étant  alors  très- 
satisfaisante.  Pour  que  cette  cause  d'incertitude  pût  influer  sur  les  nombres 
trouvés»  il  faudrait  admettre  des  anomalies  extraordinaires  et  peu  probables 
dans  la  dispersion  des  rayons  de  chaleur  invisible. 

L'auteur  donne  les  résultats  du  calcul  pour  les  points  principaux  de 
la  région  obscure  ;  ceux  qui  présentent  un  maximum,  un  minimum  ou  une 
raie  ;  parmi  ces  nombres,  nous  rapporterons  les  suivants  :  ce  sont  des  mil- 
lionièmes de  millimètre;  la  longueur  pour  le  violet  extrême  U  était, 
d'après  Fraunhofër,  393,  et  pour  le  rouge  B,  688;  on  trouve  pour  les 
rayons  calorifiques  invisibles,  1  011, 1  196, 1  320, 1  445;  ce  dernier  nombre 
correspond  au  point  occupé  par  une  raie  remarquable  ;  pour  un  point  plus 
éloigné  :  1  7&5;  enfin,  pour  la  limite  de  la  chaleur  sensible,  lorsque  le 
spectre  est  formé  au  moyen  d'un  prisme  de  flint  :  1  9li0. 


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SUR  QUELQUES   PHÉNOMÈNES 
DE   LA   VISION  AU   MOYEN   DES  DEUX  YEUX* 

(Société  Philomathique,  16  déceaibro  1848  <.) 


Parmi  les  questions  intéressantes  de  la  physiologie  optique,  celles  qui 
se  rattachent  à  la  vision  au  moyen  des  deux  yeux  peuvent  être  placées  au 
premier  rang;  elles  comprennent  le  problème  si  délicat  de  la  vue  simple 
avec  le  concours  de  deux  appareils  distincts,  et  l'étude  de  quelques  faits 
qui  sont  l'objet  spécial  de  ce  travail ,  et  qui  peuvent  servir  à  éclairer  les 
théories  proposées  sur  le  premier  sujet. 

Ce  sont  les  phénomènes  sensitifs  nés  de  l'ébranlement  simultané  des 
rétines  des  deux  yeux,  ou  d'une  portion  des  éléments  correspondants  de  ces 
rétines  par  des  rayons  lumineux  doués  de  réfrangibilités,  c'est-à-dire  au 
point  de  vue  physiologique,  de  colorations  différentes. 

Avant  de  présenter  les  résultats  de  nos  recherches,  faisons  observer 
que  si  les  deux  champs  visuels  sont  éclairés  par  des  rayons  identiques  pour 
chacun  d'eux,  mais  différents  de  l'un  à  l'autre,  plusieurs  cas  peuvent  se 
présenter  relativement  à  Timpression  produite  sur  le  sensorium. 

S'il  n'existe  pas  de  rapport  intime  entre  les  éléments  de  l'une  des 
rétines  et  ceux  de  l'autre  dans  l'encéphale,  deux  sensations  parfaitement 
distinctes  pourront  être  perçues  à  la  fois,  ce  sera  un  phénomène  compa- 


4.  En  commun  avec  M.  J.  Regnauld. 

2.  Voir  Procès-verbaux  de  la  Société  PlUlomalhique,  ^848,  p.  72;  Vlmiilut,  4  janvier  4849. 


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—  164  — 

rable  à  celui  qui  résuite  de  l'immersion  d'une  main  dans  l'eau  à  0^  et 
de  la  seconde  dans  un  liquide  porté  à  une  température  élevée;  il  y  a  évi- 
demment dans  cette  circonstance  deux  modifications  dissemblables  des 
appareils  nerveux  périphériques,  puis  deux  ébranlements  différents  du 
sensorium. 

Mais  si  d'un  même  point  du  cerveau  s'irradient  deux  agents  de  trans- 
mission qui  se  rendent  à  des  éléments  correspondants  des  deux  rétines, 
plusieurs  phénomènes  sensitifs  sont  encore  possibles. 

Lorsque  l'impression  produite  sur  l'une  des  rétines  arrivera  seule 
jusqu'au  sensorium,  il  n'y  aura  qu'une  sensation  chromatique,  correspon- 
dant aux  rayons  qui  affectent  cette  dernière.  Dans  le  cas  où  la  prépondé- 
rance de  la  première  membrane  nerveuse  est  remplacée  après  un  certain 
temps  par  celle  de  la  seconde,  l'observateur  recevra  successivement  les 
impressions  procédant  des  rayons  de  réfrangibilités  différentes  qui  agissent 
sur  les  écrans  sensibles. 

Enfin,  dans  la  même  hypothèse,  s'il  arrive  que  la  puissance  et  l'acti- 
vité des  deux  organes  visuels  soient  égales,  la  même  partie  de  l'encéphale 
reçoit  au  même  instant  deux  ébranlements ,  et  la  sensation  éprouvée  doit 
être  la  résultante  des  deux  impressions  simultanées;  exactement  de  la 
même  manière  que  cela  se  passe  quand  chaque  élément  de  l'une  des 
rétines  reçoit  deux  ébranlements  différents;  il  naît  de  là,  comme  on  sait, 
une  sensation  mixte  essentiellement  distincte  de  celle  qui  résulterait  de 
l'une  ou  de  l'autre  des  impressions  prises  isolément. 

Nous  nous  sommes  servis  dans  nos  recherches  de  verres  colorés 
transparents  lorsqu'il  s'agit  d'éclairer  en  même  temps  toute  l'étendue  des 
champs  visuels,  et  du  stéréoscope  de  M.  Wheatstone  quand  nous  voulions 
impressionner  des  portions  correspondantes  des  deux  rétines. 

Ces  prémisses  étant  posées,  nous  résumerons  dans  les  propositions 
suivantes  les  principaux  faits  relatifs  à  notre  sujet. 

Les  deux  champs  visuels  étant  éclairés  à  la  fois  par  des  rayons  colorés 
différents,  jamais  on  ne  perçoit  au  même  instant  deux  sensations  distinctes. 
La  première  hypothèse  sur  les  relations  existant  entre  l'encéphale  et  les 
deux  rétines  doit  donc  être  rejetée  d'une  manière  absolue. 


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—  165  — 

Lorsque  les  deux  champs  visuels  reçoivent  en  même  temps  les  impres- 
sions produites  par  des  rayons  colorés  dissemblables,  il  existe  chez  tous 
les  hommes  une  tendance,  presque  irrésistible  dans  Torigine,  à  ne  se  servir 
que  de  Tun  des  yeux,  et  une  puissance  abstractive  (tenant  probablement  à 
une  cause  psychique),  en  vertu  de  laquelle  l^ébranlement  engendré  sur 
une  des  membranes  nerveuses  cesse  d'être  transmis  au  cerveau. 

Notons  ici  que  cette  faculté  doit  certainement  exister  à  un  plus  haut 
|)oint  de  développement  chez  un  grand  nombre  d'animaux  occupant  divers 
degrés  de  la  série  qui ,  par  la  disposition  anatomique  de  leurs  organes 
optiques ,  embrassent  continuellement  deux  images  différentes  dans  leurs 
champs  visuels. 

•Si  Ton  éclaire  un  des  yeux  par  des  rayons  rouges  et  l'autre  par  des 
rayons  bleus,  dans  les  premiers  moments  de  l'observation  une  seule  des 
impressions  est  perçue,  et  un  des  yeux  reste  complètement  inactif,  tandis 
que  l'autre  jouit  de  toutes  ses  propriétés.  Après  un  temps  variable,  les 
rôles  sont  intervertis,  l'œil  actif  devient  inerte,  les  interversions  se  renou- 
vellent ainsi  plusieurs  fois,  et,  dans  le  cas  cité,  on  éprouve  successivement 
la  sensation  du  rouge  et  puis  celle  du  bleu. 

Mais  en  donnant  à  l'observation  une  durée  suffisante,  il  arrive  con- 
stamment que  les  alternatives  cessent  et  que  l'on  perçoit  une  sensation 
mixte,  celle  du  violet  dans  l'exemple  que  nous  avons  choisi. 

La  sensation  mixte  perçue  n'est  toutefois  pas  celle  qui  résulterait  de 
l'interposition  des  deux  verres  devant  un  seul  œil  ;  mais  elle  est  identique 
avec  celle  que  Ton  ferait  naître  en  dirigeant  deux  faisceaux  de  lumière 
blanche  à  travers  les  verres  colorés  et  les  faisant  par  réflexion  concourir 
et  se  superposer  dans  le  même  organe  visuel. 

Nous  n'insisterons  pas  sur  cette  remarque  portant  sur  un  point  dont 
la  réalité  ne  saurait  être  contestée;  si  nous  la  mentionnons,  c'est  qu'elle 
nous  semble  aussi  expliquer  l'erreur  de  quelques  auteurs  qui  ont  nié  que 
la  recomposition  des  teintes  pût  s'opérer  par  le  procédé  qui  nous  occupe, 
précisément  parce  qu'ils  cherchaient  à  obtenir  un  résultat  irréalisable. 

Nous  avons  constaté  une  observation  déjà  faite  par  Helcker  *  et  que 

^  Miillefs  Archiv.^  1836,  p.  60. 


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—  166  — 

nous  allons  indiquer.  La  superposition  des  impressions  colorées  s'opère 
souvent  d'une  façon  irréguliëre  dans  le  champ  de  celui  des  yeux  qui 
perçoit  nettement;  à  un  instant  donné  apparaissent  des  taches  plus  ou 
moins  étendues  qui  se  couvrent  de  la  couleur  correspondant  aux  rayons 
arrivant  à  l'œil  qui  semble  inerte. 

Il  résulte  de  ce  fait  qu'il  existe  des  portions  de  la  rétine,  de  formes 
irrégulières,  qui  ont  une  sensibilité  faible  ou  nulle.  Les  parties  correspon- 
dant aux  taches  doivent  être  considérées  comme  totalement  privées, 
au  moment  de  l'expérience,  de  la  faculté  de  recevoir  les  impressions 
lumineuses. 

Il  paraît  probable  a  priori^  d'après  cette  expérience,  que  la  portion  des 
rétines  désignée  sous  le  nom  de  punctum  cœcum  doive  être  constamment 
mise  en  évidence  par  ce  genre  d'observation,  puisque  les  éléments  des 
rétines  qui  occupent  leur  étendue  ne  se  correspondent  pas.  Il  n'en  est  pas 
ainsi,  et  nous  pensons  que  l'on  peut  se  rendre  compte  du  phénomène  eo 
admettant  que  les  punctum  cœcum  ^  peu  sensibles  aux  impressions  directes, 
reçoivent  avec  une  grande  facilité  les  ébranlements  que  leur  transmettent 
les  éléments  nerveux  qui  les  avoisinent.  Cette  expérience  confirme  du 
reste  un  résultat  analogue  déjà  obtenu  par  M.  D.  Brevrster  au  moyen  d'une 
autre  méthode. 

Nous  avons  constaté  que  Tinsensibilité  de  quelques  portions  des  rétines 
n'est  pas  permanente,  ce  qui  est  indiqué  par  le  déplacement  et  le  change- 
ment d'étendue  des  taches;  que  l'on  peut  faire  naître  à  volonté  des  taches, 
c'est-à-dire  suspendre  l'activité  d'une  portion  limitée  de  la  rétine  par 
divers  moyens,  et  surtout  en  l'impressionnant  par  une  vive  lumière.  La 
durée  de  l'inertie  est  alors  généralement  proportionnelle  à  l'intensité  on  à 
la  durée  de  l'ébranlement  qui  l'a  engendrée. 

La  recomposition  des  teintes  dans  les  expériences  citées  peut  s'opérer 
avec  plus  ou  moins  de  facilité,  suivant  les  individus,  et  d'après  certaines 
conditions  dont  nous  avons  reconnu  l'influence  dans  ces  phénomènes 
physiologiques. 

Si  au  lieu  de  considérer  un  champ  très-étendu  uniformément  éclairé 
et  ne  présentant  aucun  détail  capable  de  fixer  l'attention,  on  trace  sur  ce 


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champ  une  figure  quelconque,  Tactivité  des  deux  yeux  est  excitée  en  même 
temps  et  la  sensation  mixte  naît  avec  une  grande  facilité. 

11  est  évident  alors  que  la  tendance  de  l'un  des,  appareils  visuels  à  se 
distraire  dans  ce  mode  d'impressionnement  anormal  est  combattue  par  la 
puissance  de  l'attention. 

Cette  condition  se  trouve  naturellement  remplie  quand  on  se  sert  du 
stéréoscope  de  M.  Wheatstone  et  que  l'on  présente  aux  yeux  deux  cercles 
diversement  colorés. 

Nous  sommes  arrivés,  en  faisant  usage  de  cet  appareil,  à  des  résultats 
que  nous  avons  répétés  avec  un  grand  nombre  de  personnes:  ils  sont  entiè- 
rement opposés  à  ceux  que  ce  physicien  a  énoncés. 

La  recomposition  des  teintes,  au  moyen  de  deux  impressions  diffé- 
rentes, est  un  fait  nié  par  M.  Wheatstone,  et  dont  nous  affirmons  la  réalité  ; 
la  dernière  expérience  que  nous  avons  tentée  doit  être  considérée  d'ailleurs 
comme  sa  confirmation  la  plus  absolue  et  la  plus  frappante. 

Si  deux  rayons  colorés,  capables  en  arrivant  sur  un  écran  blanc  de 
produire  une  teinte  mixte,  font  naître  la  même  sensation  en  arrivant  isolés 
sur  les  éléments  correspondants  des  rétines,  il  nous  a  semblé  fort  probable 
que  deux  rayons  colorés  complémentaires,  c'est-à-dire  susceptibles  d'en- 
gendrer la  lumière  blanche  par  leur  rencontre,  devaient  produire  la  sensa- 
tion du  blanc  en  ébranlant  les  portions  correspondantes  de  la  membrane 
sensible. 

Pour  constater  la  possibilité  de  cette  recomposition,  nous  devions 
nécessairement  agir  sur  des  teintes  complémentaires  naturelles;  c'est  ce 
que  nous  avons  fait  en  adoptant  la  disposition  expérimentale  suivante. 
Nous  avons  annexé  à  l'appareil  de  M.  Wheatstone  deux  miroirs  plans  formant 
un  angle  dièdre  variable  dont  l'arête  verticale  est  placée  symétriquement 
par  rapport  à  celle  des  deux  glaces  du  stéréoscope.  Les  montants  verticaux 
portant  les  coulisses  destinées  à  faire  glisser  les  images  ont  été  percés  de 
deux  larges  orifices  circulaires.  Dans  les  coulisses,  nous  plaçons  deux 
glaces  sur  lesquelles  sont  collés  deux  écrans  circulaires  de  papier  blanc 
de  même  grandeur  et  d'un  diamètre  moindre  que  celui  des  orifices  pra- 
tiqués aux  montants. 


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—  168  — 

Au  moyen  des  phénomènes  de  polarisation  chromatique,  nous  obte- 
nons deux  larges  faisceaux  cylindriques  offrant  des  teintes  complémentaires, 
nous  les  dirigeons  horizontalement  de  manière  qu'ils  se  réfléchissent 
sur  nos  miroirs  plans;  ils  traversent  les  glaces  des  coulisses  qui 
restent  obscures,  mais  se  réfléchissant  irrégulièrement  sur  les  écrans 
circulaires  plans,  ils  donnent  deux  disques  lumineux  exactement  iden- 
tiques quant  à  la  forme  et  à  l'étendue,  qui  deviennent  les  images  que  Toq 
amène  par  le  stéréoscope  à  tomber  sur  des  éléments  correspondants  des 
rétines. 

La  disposition  des  appareils  polarisateurs  permet  de  passer  par  une 
série  de  teintes  complémentaires  nombreuses,  de  faire  varier  en  même 
temps  l'intensité  des  deux  images  colorées  et  de  modifier  l'intensité  de  l'une 
ou  de  l'autre  des  images  isolément. 

Voici  les  résultats  physiologiques  constatés  : 

Lorsque  les  éléments  correspondants  des  deux  rétines  sont  impres- 
sionnés en  même  temps  par  les  images  des  deux  disques  de  teintes  com- 
plémentaires, les  alternatives  d'activité  ou  d'inertie  de  l'un  des  yeux  se 
manifestent  généralement  au  début  de  l'expérience,  et  l'on  perçoit  tantôt 
l'une  des  teintes,  tantôt  sa  complémentaire;  mais  après  quelques  instants, 
nous  avons  constaté,  sur  nous  et  sur  d'autres  observateurs,  que  Tonne  voit 
plus  qu'un  seul  cercle  blanc. 

Quand  les  yeux  sont  en  quelque  sorte  accoutumés  à  ce  mode  d'im- 
pressionnement  inusité,  la  tendance  à  la  recomposition  devient  tellement 
énergique  chez  quelques  personnes,  que  l'on  peut  faire  passer  les  écrans 
par  toute  la  série  des  teintes  complémentaires  que  donne  l'appareil  sans 
qu'il  y  ait  sensation  correspondant  aux  couleurs;  on  perçoit  seulement  la 
lumière  blanche. 

Si  on  diminue  l'intensité  de  Tune  des  couleurs  l'autre  restant  constante, 
la  recomposition  s'opère  encore,  mais  le  disque  blanc  paraît  se  teindre  légè- 
rement de  la  teinte  dominante. 

Lorsque  l'intensité  des  rayons  complémentaires  varie  de  la  même 
manière  pour  les  deux  faisceaux,  on  observe  que  la  recomposition  se  fait 


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—  169  — 

avec  d'autant  plus  de  facilité  au  début  de  Tobservation  que  leur  intensité 
est  plus  modérée. 

Parmi  les  rayons  complémentaires  que  nous  avons  essayés,  la  teinte 
bleue  sensible  et  le  jaune  se  prêtent  le  mieux  à  Texpérlence  et  donnent 
immédiatement  la  sensation  du  blanc.  Nous  pensons  que  ce  dernier  phé- 
nomène tient  à  ce  que  l'accommodation  des  yeux  étant  la  même  pour  ces 
groupes  de  rayons,  d'après  les  portions  du  spectre  qu'ils  occupent,  les  efforts 
nécessaires  à  la  recomposition  sont  par  cela  même  beaucoup  moindres. 

Nous  n'insisterons  pas  sur  l'intérêt  qui  s'attache  au  phénomène  que 
nous  venons  d'énoncer.  Bornons-nous  à  faire  remarquer  :  Que  jamais  on 
n'avait  fait  naître  la  sensation  de  la  lumière  blanche  par  deux  impressions 
chromatiques  dans  chacun  des  yeux  ;  —  Que  la  sensation  unique  blanche 
naissant  de  deux  rayons  complémentaires  est  tout  à  fait  indépendante  d'une 
action  réciproque  de  ces  rayons  en  dehors  de  l'appareil  visuel  ;  —  Que  les 
impressions  lumineuses  produites  sur  les  rétines  conservent  toutes  leurs 
propriétés  jusque  dans  les  profondeurs  les  plus  intimes  de  l'encéphale. 


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NOTE 

SUR   LA  LUMIÈRE    DE   L'ARC    VOLTAÏQUE 

(Société  Philomatliique,  20  janvier  1849.) 


L'arc  du  charbon,  qui  est  sans  contredit  le  plus  facile  à  manier,  fournit 
à  l'analyse  prismatique  le  plus  curieux  et  le  plus  éblouissant  spectacle. 
Son  spectre  est  sillonné,  comme  on  sait,  dans  toute  son  étendue  d'une  mul- 
titude de  raies  lumineuses  irrégulièrement  groupées;  mais  parmi  elles  on 
remarque  une  ligne  double  située  sur  la  limite  du  jaune  et  de  l'orangé. 
Celte  double  raie  rappelant,  par  sa  forme  et  sa  situation,  la  raie  D  du 
spectre  solaire,  j'ai  voulu  rechercher  si  elle  lui  correspondait;  à  défaut 
d'instrument  pour  mesurer  les  angles,  j'ai  eu  recours  à  un  procédé  par- 
ticulier. 

J'ai  fait  tomber  sur  l'arc  lui-même  une  image  solaire  formée  par  une 
lentille  convergente,  ce  qui  m'a  permis  d'observer  à  la  fois  superposés  le 
spectre  électrique  et  le  spectre  solaire;  je  me  suis  assuré  de  la  sorte  que  la 
double  ligne  brillante  de  l'arc  coïncide  exactement  avec  la  double  ligne 
noire  de  la  lumière  solaire. 

Ce  procédé  d'investigation  m'a  fourni  matière  à  quelques  observations 
inattendues.  Il  m*a  d'abord  prouvé  l'extrême  transparence  de  l'arc  qui  ne 
porte  à  la  lumière  solaire  qu'une  ombre  légère  ;  il  m'a  montré  que  cet  arc, 
placé  sur  le  trajet  d'un  faisceau  de  lumière  solaire,  absorbe  les  rayons 

4.  Voir  Procès -verbaux  de  la  Soc.  Philomathique,  4849,  p.  46  ;  VbisUlutj  n*»  788;  Bibliothèque 
universelle  de  Genève,  1849,  t.  X  ;  Ann.  de  Ch.  et  de  Ph.  [3],  l.  LVIU,  p.  476. 


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—  171  — 

D,  en  sorte  que  la  dite  raie  D  de  la  lumière  solaire  se  renforce  considéra- 
blement quand  les  deux  spectres  sont  exactement  superposés.  Quand,  au 
contraire,  ils  débordent  Tun  sur  l'autre,  la  raie  D  apparaît  plus  noire  qu'à 
l'ordinaire  dans  la  lumière  solaire  et  se  détache  en  clair  dans  le  spectre 
électrique,  ce  qui  fait  qu'on  juge  facilement  de  leur  parfaite  coïncidence. 
Ainsi  l'arc  nous  offre  un  milieu  qui  émet,  pour  son  propre  compte,  les 
rayons  D,  et  qui,  en  même  temps,  les  absorbe  lorsque  ces  rayons  viennent 
d'ailleurs. 

Pour  faire  l'expérience  d'une  manière  plus  décisive  encore,  j'ai  projeté 
sur  l'arc  l'image  réfléchie  d'une  des  pointes  incandescentes  du  charbon  qui, 
comme  tous  les  corps  solides  en  ignition,  ne  donne  pas  de  raies,  et, 
dans  ces  circonstances,  la  raie  D  m'est  apparue  comme  dans  la  lumière 
solaire. 

Passant  alors  à  l'examen  des  arcs  fournis  par  d'autres  matières,  j'ai 
presque  constamment  trouvé  la  raie  D  positive  et  à  sa  place,  et  j'ai  constaté 
qu'elle  coïncide  exactement  aussi  avec  la  raie  brillante  de  la  flamme  de  la 
bougie. 

Quand  on  emploie  comme  pôle  des  métaux  qui  ne  font  apparaître  que 
faiblement  cette  raie  D,  comme  le  fer  et  le  cuivre,  on  peut  toujours  la  faire 
revivre  avec  une  intensité  extraordinaire  en  les  touchant  avec  la  potasse, 
la  soude  ou  l'un  des  sels  formés  de  chaux  ou  de  l'une  de  ces  bases. 

Avant  de  rien  conclure  de  la  présence  presque  constante  de  la  raie  D, 
il  faudra  sans  doute  s'assurer  si  son  apparition  ne  décèle  pas  une  même 
matière  qui  serait  mêlée  à  tous  nos  conducteurs.  Néanmoins  ce  phénomène 
nous  semble  dès  aujourd'hui  une  invitation  pressante  à  l'étude  des  spectres 
des  étoiles,  car  si  par  bonheur  on  y  retrouvait  cette  même  raie,  l'astro- 
nomie stellaire  en  tirerait  certainement  parti. 

J'ai  tenté  aussi  de  faire  concourir  ces  différents  arcs  comme  celui  du 
charbon  avec  la  lumière  solaire,  et  dans  ces  circonstances  j'ai  encore  été 
frappé  de  l'apparition  de  phénomènes  imprévus.  Pendant  la  coïncidence 
de  ces  différents  spectres,  j'ai  vu  les  raies  électriques  se  détacher  sur  le 
fond  relativement  uniforme  du  spectre  solaire,  de  sorte  qu'on  pouvait 
constater  que,  malgré  l'apparence  de  leur  disposition  fortuite,  elles  possè- 


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—  172  — 

dent  toutes  la  nuance  que  leur  assigne  la  réfrangibilité;  cette  appréciation 
se  fait  d'une  manière  sûre,  car  le  terme  de  comparaison  n*est  pas  loin. 

Mais  ce  qui  frappe  surtout  dans  cette  expérience,  c'est  que  parmi  les 
raies  électriques  il  en  est  qui  possèdent  une  intensité  absolue  énormément 
supérieure  à  celle  du  rayon  solaire  correspondant.  Dans  l'arc  de  l'argent 
notamment,  on  trouve  une  raie  verte  pour  ainsi  dire  ingrossissable  par  les 
prismes  et  d'un  éclat  éblouissant.  C'est  une  véritable  source   de  lumière 
simple,  et  comme  cette  raie  est  isolée,  comme  l'arc  d'argent  est  transparent, 
tranquille  et  durable,  rien  n'empêchera  de  rendre  cette  source  de  lumière 
verte  aussi  intense  qu'on  voudra  et  de  l'utiliser  pour  la  démonstration  de 
phénomènes  que  la  théorie  seule  indiquait  jusqu'à  présent.  La  photographie 
nous  servira  à  mesurer  l'intensité  extrême  de   ce  beau  rayon   dont  on 
pourra  constater  aussi,  sans  aucun  doute,  l'action  calorifique. 

D'autres  rayons  très-intenses  vont  encore  se  localiser  dans  les  diffé- 
rentes parties  de  ces  spectres  et  même  aux  extrémités,  et  il  y  a  de  grandes 
chances  pour  y  découvrir  des  raies  isolées  dont  les  rayons  correspondants 
ne  peuvent  être  aperçus  dans  la  lumière  solaire. 


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MÉTHODE    GÉNÉRALE 

POUR   MESURER    LA    VITESSE  DE   LA  LUMIÈRE 

DANS  L'AIR  ET  LES  MILIEUX  TRANSPARENTS. 

VITESSES     RELATIVES     DE      LA     LUMIÈRE      DANS      l'aIR      ET      DANS      l'eAL.       PROJET 
d'expérience   sur    la    vitesse   de   PROPAGATION   DU    CALORIQUE    RAYONNANT*. 

(Académie  des  Sciences,  6  mai  1850.)  '    ^ 


La  nouvelle  méthode  expérimentale  que  je  propose  pour  évaluer  la 
vitesse  de  la  lumière  se  propageant  à  petite  distance,  est  fondée  sur  remploi 
du  miroir  tournant  inventé  par  M.  Wheatstone,  et  indiqué  par  M.  Arago, 
comme  pouvant  servir  à  attaquer  ce  genre  de  question.  Le  miroir  tournant 
associé  à  un  appareil  optique  convenable  permet  en  effet  de  constater,  à 
moins  d'un  trentième  près,  la  durée  du  double  parcours  de  la  lumière  à 
travers  une  colonne  d'eau  de  3  mètres  de  longueur,  et  lorsqu'on  se  propose 
d'opérer  seulement  dans  l'air,  une  légère  modification  de  cet  appareil 
permet  d'atteindre  à  un  degré  de  précision  dont  il  n'est  pas  encore  pos- 
sible de  préciser  la  limite.  Une  troisième  modification,  ayant  pour  but  de 
ménager  beaucoup  les  pertes  de  lumière,  servira,  ainsi  que  j'ai  pu  m'en 
rendre  compte,  à  constater  par  des  indications  thermométriques  que  le 
rayonnement  calorique,  jusqu'ici  inséparable  de  la  lumière,  se  propage  aveè 
la  même  vitesse. 

Pour  faire  connaître  ces  expériences,  j'aurai  à  décrire  les  diverses 

4.  Voir  C.-fl.  de  VAc,  des  Se,  t.  XXX,  p.  551. 


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-^  174  — 

dispositions  du  système  optique  ainsi  que  la  nouvelle  machine  qui  me  sert 
à  animer  le  miroir  tournant  d'un  mouvement  rapide  et  promptement 
mesurable  :  on  opère  avec  la  lumière  solaire;  on  le  peut  aussi  avec  la 
lumière  électrique. 

Un  fîiisceau  de  lumière  directe  pénétrant  par  une  ouverture  carrée 
traverse  presque  aussitôt  un  réseau  présentant  onze  fils  verticaux   de  pla- 
tine au  millimètre;  de  là  il  se  dirige  vers  une  excellente  lentille  achroma- 
tique à  long  foyer,  placée  à  une  dislance  du  réseau  moindre  que  le  double 
de  la  distance  focale  principale.  L'image   du  réseau  tend  à  se  former  au 
delà  sous  des  dimensions  plus  ou  moins  amplifiées  ;  mais,  après  avoir  tra- 
versé la  lentille,  le  faisceau  tombe  avant  sa  convergence  en  foyer  sur  la 
surface  du  miroir  tournant,  et,  entraîné  d'un  mouvement  angulaire  double 
de  celui  du  miroir,  il  forme  dans  l'espace  une  image  du  réseau  qui  se  dé- 
place avec  une  grande  rapidité.  Dans  une   portion  assez  limitée    de  son 
trajet,  cette  image  rencontre  la  surface  d'un  miroir  concave  ayant  son 
centre  de  courbure  sur  le  centre  de   figure  et  sur   l'axe   de   rotation  du 
miroir  tournant,  et  pendant  tout  le  temps  qu'elle  se  promène  à  sa  surface, 
la  lumière  qui  a  concouru  à  la  former  rebrousse  chemin  et  vient  retomber 
sur  le  réseau  lui-même  en  une  image  d'égale  grandeur.  Pour  observer  celte 
image  sans  masquer  le  faisceau  d'origine,  on  place  obliquement  sur  le 
faisceau,  auprès  du  réseau,  entre  lui  et  la  lentille  objective,  une  glace 
parallèle,  soit  épaisse,  soit  mince,  et  l'on  observe  avec  un  puissant  oculaire 
les  images  déjetées  sur  le  côté.  Quand  la  glace  est  épaisse,  les  deux  images 
sont  plus  ou  moins  complètement  séparées  ;  quand  la  glace  est  mince,  elles 
se  recouvrent^en  partie,  et  l'on  choisit  pour  l'inclinaison  de  la  glace  sur  le 
faisceau  un  angle  tel,  qu'il  y  ait  superposition  des  lignes  noires  équidis- 
tantes  dont  elles  sont  sillonnées  ;  par  ce  moyen,  l'on  utilise  les  réflexions 
des  deux  surfaces.  Le  miroir  en  tournant  fait  reparaître  celte  image  à  chaque 
révolution,  et  si  la  vitesse  du  mouvement  de  rotation  est   uniforme,   elle 
reste  immobile  dans  l'espace.  Pour  des  vitesses  qui  ne  dépassent  pas  trente 
tours  par  seconde,  ses  apparitions  successives  sont  plus  ou  moins  distinctes, 
mais  au  delà  de  trente  tours,  il  y  a  persistance  des  impressions  dans  l'œil, 
et  l'image  parait  absolument  calme. 


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^s^^^i^mmm 


—  175  — 

Il  est  facile  de  démontrer  que  le  miroir,  en  tournant  de  plus  en  plus 
rapidement,  doit  déplacer  cette  image  comme  si  elle  était  entraînée  dans 
le  sens  du  mouvement.  En  effet,  la  lumière  qui  s'échappe  entre  les  mailles 
du  réseau  n'y  revient  qu'après  avoir  subi  sur  le  miroir  tournant  deux 
réflexions  séparées  par  1»  durée  de  son  double  parcours  du  miroir  tour- 
nant au  miroir  concave.  Or,  si  le  miroir  tourne  très-vite,  la  durée  de  ce 
va-et-vient,  même  dans  une  longueur  restreinte  de  4  mëlres,  ne  peut 
passer  pour  nulle,  et  le  miroir  a  le  temps  de  changer  sensiblement 
de  position,  ce  qui  se  trahît  par  un  déplacement  de  l'image  formée  par  le 
rayon  réfléchi  au  retour.  Rigoureusement  parlant,  cet  effet  se  produit  dès 
que  le  miroir  tourne,  même  lentement;  mais  il  ne  devient  observable  que 
quand  il  acquiert  une  certaine  grandeur,  et  qu'on  emploie  pour  le  constater 
des  précautions  particulières.  Tous  mes  efforts  ont  tendu  à  rendre  cette 
déviation  aussi  apparente  que  possible. 

Le  principal  obstacle  à  surmonter  tient  à  ce  que,  dans  un  trajet  aussi 
compliqué,  la  lumière  ne  peut  se  reconstruire  en  un  foyer  bien  net; 
l'étranglement  que  le  faisceau  éprouve  en  se  réfléchissant  deux  fois  sur 
le  miroir  tournant  à  très-petite  surface,  détruit  nécessairement  la  netteté 
de  l'image  et  apporte  dans  ses  contours  un  trouble  absolument  inévitable; 
c'est  pour  cela  qu'on  à  pris  pour  source  de  lumière  les  espaces  linéaires 
équidistants  ménagés  entre  les  fils  d'un  réseau  très-fin.  Bien  que  l'image 
qu'on  en  obtient  ne  soit  jamais  nette,  elle  se  présente  sous  la  forme  d'un 
système  de  rayures  blanches  et  noires  semblables  à  des  franges  incolores 
et  dont  chacune  présente  un  maximum  et  un  minimum  de  lumière  bien 
déterminé.  Ainsi  que  les  fils  mêmes  du  réseau,  ces  espaces  lumineux  ou 
obscurs  sont  distants  les  uns  des  autres  de  -^  de  millimètre,  et  si,  pour  les 
observer,  on  place  dans  l'oculaire  un  micromètre  divisé  en  dixièmes  de 
millimètre  les  deux  systèmes  de  lignes  fonctionnent,  par  leurs  déplacements 
relatifs,  à  la  manière  du  vernier,  et  permettent  de  saisir,  sans  équivoque, 
dans  l'image  un  déplacement  de  ^l^  de  millimètre. 

D'après  la  vitesse   déjà   connue  de  la  lumière,  avec  un  objectif  de 

2  mètres  de  foyer  et  en  opérant  sur  un  double  parcours  de  4  mètres,  on 

rouve  qu'il  ne  faut  pas  donner  au  miroir  une  vitesse  bien  exagérée  (6  à 


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800  tours)  pour  obtenir  des  déplacements  de  2  et  3  dixièmes  de  millimètre. 
Mais  il  est  un  moyen  bien  simple  de  doubler  l'étendue  des  déviations,  et 
qui  peut  être  utile  en  maintes  circonstances  ;  j'y  ai  déjà  eu  recours  plu- 
sieurs fois,  et  je  me  suis  assuré  qu'il  réussit.  Il  consiste  à  faire   réfléchir, 
comme  l'indiqua  Bessel,  le  faisceau  lumineux  du  «miroir  tournant  sur  un 
miroir  fixe  auxiliaire  placé  tout  près,  et  de  celui-ci  sur  le  miroir  tournant 
avant  et  après  son  excursion  sur  le  miroir  concave.  On  obtient  ainsi,  par 
la  considération  de  l'image  virtuelle  du  miroir  tournant  dans  le  miroir 
auxiliaire,  le  même  effet  que  M.  Arago  a  obtenu  du  concours  de   deux 
miroirs  tournant  simultanément  en  sens  inverse,  avec  cet  avantage  que  le 
miroir  tournant  et  son  image  ont  toujours  des  positions  rigoureusement 
symétriques,  mais  en  subissant  les  inconvénients  d'une  notable  diminulion 
d'intensité  et  d'une  augmentation  du  trouble  de  l'image. 

Telle  est  la  disposition  de  l'appareil  optique  qui  m'a  permis  de  constater 
la  propagation  successive  des  rayons  lumineux.  Mes  premières  expériences 
ont  réussi  dans  l'air  avec  un  miroir  qui  ne  faisait  pas  plus  de  vingt-cinq  à 
trente  tours  par  seconde,  la  longueur  du  double  parcours  étant  de  4  mètres. 

Pour  les  exécuter  dans  l'eau,  il  n'y  a  qu'à  interposer  entre  le  miroir 
tournant  et  le  miroir  concave  une  colonne  de  ce  liquide  maintenue  entre 
deux  glaces  parallèles  dans  un  tube  métallique  conique,  intérieurement 
verni  au  copal,  afin  que  l'eau  y  demeure  transparente  et  limpide,  à  prendre 
les  précautions  nécessaires  pour  que    les  glaces    terminales   ne  soient 
pas   forcées   dans   leurs  montures,  et   pour  obvier  à  l'inconvénient  de 
l'allongement  du  foyer  par  l'interposition  d'une  couche  liquide  à  faces 
parallèles  de  3  mètres  d'épaisseur.  On  arrive  en  fin  de  compte  assez  facile- 
ment à  obtenir,  avec  le  rayon  affaibli  et  verdàtre  qui  a  traversé  l'eau,  «ne 
image  aussi  distincte  qne  celle  qui  se  forme  sans  l'interposition  du  liquide. 
Il  n'y  a  donc  plus  absolument  qu'à  s'occuper  de  faire  tourner  le  miroir  et 
de  mesurer  avec  précision  sa  vitesse  de  rotation,  si  l'on  tient  à  en  déduire 
les  vitesses  absolues  dans  l'air  et  dans  l'eau,  ou  bien  à  opérer  simultané- 
ment sur  ces  deux  milieux  si  l'on  veut  seulement  reconnaître  le  sens  delà 
différence  de  ces  deux  vitesses. 

Jusqu'à  présent,  pour  communiquer  à  un  miroir  un  mouvement  de 


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—  177  — 

rotation  rapide,  on  a  eu  recours  à  des  moyens  différents.  M.  Wheatstone, 
en  se  servant  d'un  fil  Qexible  agissant  sur  une  poulie  solidaire  avec  Taxe, 
a  obtenu  une  vitesse  de  six  à  huit  cents  tours  par  seconde.  Après  lui, 
M.  Bréguet,  utilisant  les  propriétés  précieuses  de  Tengrenage  de  White,  a 
obtenu  de  mille  à  quinze  cents  tours.  Il  me  semble  que  ces  deux  modes  de 
communication  de  mouvement  ont  l'inconvénient  d'être  trop  rapidement 
destructeurs,  de  ne  pas  permettre  de  changer  la  vitesse  d'une  manière 
continue,  ou  de  la  maintenir  constante  pendant  un  temps  suffisamment 
long. 

L'appareil  qui  m'a  servi  est,  je  pense,  à  l'abri  de  ces  divers  reproches; 
il  communique  au  miroir  une  vitesse  qui  varie,  à  volonté,  de  trente  à  huit 
cents  tours,  et  que  l'on  maintient  su£Ssamment  constante  et  mesurable  au 
moment  même  de  l'observation. 

11  consiste  en  une  petite  turbine  à  vapeur  assez  comparable  à  la  sirène, 
mais  qui  donne  comparativement  peu  de  son.  On  emploie  la  vapeur  fournie 
par  une  chaudière  sous  une  pression  d'une  demi-atmosphère;  la  vapeur  est 
surchauffée  par  une  lampe  à  l'alcool  au  moment  où  elle  va  s'engager  dans  la 
machine.  Elle  s'échappe  par  deux  orifices  percés  obliquement  sur  un  même 
diamètre  dans  la  paroi  supérieure  de  la  chambre  placée  sous  le  plateau  de 
la  turbine,  qui  lui-même  est  percé  de  vingt-quatre  trous  inclinés  en 
sens  inverse,  et  séparés  les  uns  des  autres  par  de  minces  parois.  Ces 
parois  sont  les  aubes  de  la  turbine  qui,  à  cause  de  leur  peu  de  hauteur, 
n'ont  pas  besoin  d'être  courbes.  Les  orifices  d'écoulement  de  la  vapeur 
ont  un  diamètre  cinq  ou  six  fois  plus  grand  que  l'épaisseur  des  palettes, 
en  sorte  que  l'écoulement  de  la  vapeur  est  continu  et  ne  donne  que  peu 
de  son. 

On  conçoit  sans  peine  le  principal  avantage  d'une  pareille  communi- 
cation de  mouvement.  La  force  motrice  engendrée  dans  la  chaudière 
se  communique  sans  choc  à  l'axe  de  la  turbine.  Il  n'y  avait  plus  à  craindre 
que  l'effetdela  pression  suivantl'axe  ;  pour  l'annuler,  j'ai  faitmonter  sur  cet 
axe  un  plateau  de  contre-pression,  qui  approche  extérieurement  la  paroi  infé- 
rieure de  la  chambre  de  vapeur,  laquelle  est  comprise  entre  le  plateau  percé 
et  le  plateau  plein.  Sur  ce  dernier  débouchent  des  orifices  qui  exercent  une 


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pression  de  sens  inverse  à  celle  qui  est  due  à  l'écouiement  des  jets 
moteurs  sur  le  plan  oblique  des  palettes;  mais  j'ai  bientôt  reconnu  que  la 
pression  verticale  que  je  voulais  ainsi  combattre  reste  inférieure  pour  une 
demi-atmosphère  au  poids  de  Taxe  tournant  et  de  ses  appendices  et  que 
cette  pression  ne  fait  que  soulager  la  machine.  Mais  je  me  réserve  d'employer 
ce  plateau  de  contre-pression  lorsque,  poussant  les  choses  à  l'extrême, 
j'essayerai  d'obtenir  les  plus  grandes  vitesses  de  rotation  possibles. 

L'axe  de  la  turbine  se  prolonge  inférieurement  au-dessous  de  la 
chambre  de  vapeur,  et  il  est  interrompu  par  un  anneau  d'acier,  dans  lequel 
on  engage  le  miroir  de  verre,  maintenu  en  place  comme  les  objectifs  de 
lunette  dans  leur  barillet,  entre  deux  viroles  à  vis  garnies  de  rondelles  de 
plomb  ;  ce  miroir  est  taillé  dans  une  glace  parallèle  et  recouvert  d'un  dépôt 
d'argent  sur  l'une  de  ses  faces  :  il  constitue  une  masse  solide  et  cylin- 
drique, dont  le  centre  de  gravité  passe  au  centre  du  mouvement,  et  qui 
résiste  efficacement  aux  déformations  que  tend  à  produire  le  développe- 
ment excessif  de  la  force  centrifuge.  Au-dessous  de  l'anneau  porte-miroir, 
l'axe  reparaît,  trempé  et  terminé  en  cône,  comme  à  son  extrémité  supé- 
rieure ;  il  est  d'ailleurs  maintenu  vertical  entre  deux  vis  d'acier  non  trem- 
pées, jSxées  au  bâti  de  la  machine  par  des  contre-écrous ,  et  percées ,  dans 
toute  leur  longueur,  d'un  canal  étroit  qui  se  termine  par  une  empreinte 
conique,  dont  l'ouverture  s'accommode  avec  les  cônes  terminaux  de  l'axe 
de  rotation.  Le  canal,  qui  traverse  la  vis  d'outre  en  outre,  est  destiné  à 
l'aménagement  de  l'huile,  qui  afflue  continuellement  sous  l'effort  d'une 
pression  d'une  colonne  de  mercure  de  30  à  /jO  centimètres  de  hauteur.  Le 
conducteur,  M.  Froment,  qui  m'a  prêté  le  concours  de  son  zèle  et  de  son 
talent,  a  employé  tous  ses  soins  au  centrage  exact  de  l'axe  et  de  ses 
annexes  ;  c'est  la  seule  partie  délicate  de  la  machine.  Plus  ce  centrage  est 
exact,  moins  le  martelage  inévitable  se  fait  sentir  aux  points  d'appui,  et 
plus  la  marche  de  la  machine  est  rapide,  constante  et  durable.  Du  reste, 
on  procède  à  la  rectification  de  cette  pièce  importante  avec  la  plus  grande 
facilité. 

11  va  sans  dire  que,  pour  la  mise  en  expérience,  le  miroir  est  abrité 
par  des  écrans  convenablement  disposés  contre    le  jaillissement  de  la 


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vapeur  et  de  l'huile  i,  et  contre  les  courants  d'air  échauffé*  On  peut  même 
le  faire  tourbillonner  dans  une  enceinte  très-limitée,  où  l'on  entretient 
par  un  écoulement  constant  une  atmosphère  artificielle  de  gaz  hydrogène, 
dont  la  très-petite  masse  équivaut  presque  au  vide  ;  c'est  encore  une  res- 
source que  je  me  réserve  pour  l'occasion  où  je  me  propose  d'expérimenter 
sur  de  très-grandes  vitesses. 

Je  ne  me  hasarderai  pas  encore  à  donner  des  nombres  ni  à  poser  la 
formule  qui  sert  à  les  interpréter;  je  me  bornerai  seulement  à  constater 
que  les  déviations  obtenues  sur  un  trajet  de  A.  mètres  sont  observables  au 
trentième  de  leur  grandeur.  Jusqu'à  présent,  la  vitesse  de  rotation  des 
miroirs  n'a  été  évaluée  que  par  la  hauteur  du  son  que  donne  en  tournant 
l'axe  qui  les  porte,  au  moyen  des  battements  qu'il  fournit  avec  le  son  d'un 
diapason  étalonné.  La  turbine  s'accorde  du  lieu  même  où  l'on  observe,  en 
réglant  l'écoulement  de  la  vapeur  par  le  moyen  d'un  robinet  dont  la  clef 
porte  un  long  levier  que  l'on  fait  manœuvrer,  à  distance,  avec  un  fil  qui 
s'enroule  sur  un  treuil  placé  sous  la  main.  J'indiquerai  plus  loin  un  moyen 
beaucoup  plus  sûr  et  plus  rapide  pour  évaluer  à  tout  instant  la  vitesse  de 
rotation  des  miroirs. 

En  me  bornant  à  des  appréciations  de  la  vitesse  par  le  son,  j'ai  déjà 
constaté,  par  deux  observations  successives,  que  la  déviation  de  V image 
après  le  parcours  de  la  lumière  dans  Vair  est  moindre  qu'après  son  parcours  dans 
feau.  J'ai  fait  aussi  une  autre  expérience  confirmative,  qui  consistait  à 
observer  l'image  formée  en  partie  par  la  lumière  qui  a  traversé  l'air,  et  en 
partie  par  la  lumière  qui  a  traversé  l'eau.  Pour  les  vitesses  faibles,  les 
rayures  de  l'image  mixte  étaient  sensiblement  continues  les  unes  aux 
autres^  et  par  V accélération  du  mouvement  de  rotation  ^  V image  s'est  transportée, 
et  les  rayures  se  sont  rompues  à  la  ligne  de  jonction  de  l'image  aérienne  et  de 
f image  aqueuse,  les  rayures  de  celles-ci  prenant  V avance  dans  le  sens  de  la  dévia- 
lion  générale.  De  plus ^  en  tenant  compte  des  longueurs  d'air  et  d'eau  traversées, 
les  déviations  se  sont  montrées  sefisiblement  proportionnelles  aux  indices  de  réfrac^ 
tion.  Ces  résultats  accusent  une  vitesse  de  la  lumière  moindre  dans  l'eau  que 
dans  Vair  et  confirment  pleinement,  selon  les  vues  de  M.  Ârago,  les  indi- 
cations de  la  théorie  des  ondulations. 


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Il  est  à  remarquer,  comme  l'a  fait  observer  M.  Arago,  séance  tenante, 
que  l'expérience,  en  démontrant  une  vitesse  moindre  dans  l'eau  que  dans 
l'air,  est  tout  à  fait  décisive  et  qu'elle  prononce  sans  appel  entre  les  deux 
systèmes.  Si  Ton  eût  trouvé  un  résultat  inverse,  la  théorie  de  Newton  restait 
encore  soutenable,  mais  la  théorie  des  ondulations  n'était  pas  nécessaire* 
ment  renversée,  attendu  quMl  est  possible  de  constituer  Yéther  de  manière 
à  expliquer,  quel  qu'en  soit  le  sens,  le  changement  de  vitesse  aux  change- 
ments de  milieux. 

Pour  compléter  les  prévisions  de  M.  Arago,  il  ne  restait  qu'à  constater 
le  sens  de  la  dispersion  qui  accompagne  nécessairement  la  déviation  du 
rayon  qui  a  traversé  un  milieu  réfringent.  La  délicatesse  des  moyens 
d'observation  inhérents  à  la  méthode,  me  laisse  l'espoir  d'arriver  à  fournir 
ce  compU^ment  désirable. 

Les  expériences  qui  viennent  d'être  rapportées  né  comportent  pas  une 
grande  précision,  attendu  qu'on  est  limité  par  la  longueur  à  donner  à  la 
colonne  d'eau  qui  doit  être  traversée  deux  fois  par  le  faisceau  lumineux; 
à  moins  de  recourir  à  des  artifices  nouveaux,  il  n'est  guère  possible  de 
donner  à  cette  colonne  plus  de  3  mètres  de  longueur,  tant  l'eau  la  plus 
transparente  absorbe  la  lumière  en  la  colorant  en  vert.  Je  ne  sais  ce  que 
produiront,  dans  les  mêmes  circonstances,  d'autres  liquides,  tels  que 
l'alcool,  l'essence  de  térébenthine,  le  sulfure  de  carbone,  etc.,  sur  lesquels 
je  me  propose  d'opérer;  mais  quand  les  expériences  se  font  dans  l'air 
seulement,  il  est  possible,  en  modifiant  quelque  peu  la  disposition  optique, 
de  faire  intervenir  des  longueurs  extrêmement  considérables,  et  d'arriver 
par  suite  à  des  mesures  excessivement  précises.  Les  déviations  peuvent 
être  singulièrement  agrandies  et  se  compter  par  centimètres.  Dans  ces 
nouvelles  circonstances ,  l'exactitude  des  mesures  ne  dépend  plus  de  la 
grandeur  du  phénomène  optique  qui  peut  être  évaluée  au  demi-millième, 
mais  de  la  difficulté  qu'on  rencontrerait  à  donner  au  miroir  un  mouvement 
d'une  exactitude  du  même  ordre.  Je  vais  essayer  de  décrire  le  complé- 
ment à  donner  à  l'appareil  optique  pour  le  rendre  applicable  à  des 
distances  indéfiniment  croissantes. 

Sans  changer  la  disposition  déjà  connue,  rien  n'empêche  de  doubler, 


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de  tripler  le  rayon  de  courbure  du  miroir  concave,  et  de  le  {dacer  à  une 
distance  double  ou  triple;  seulement,  on  est  bientôt  arrêté  dans  rallonge- 
ment progressif  de  ce  rayon  par  plusieurs  difficultés.  Si  Ton  ne  veut  pas 
perdre  d'intensité,  il  Taul  donner  à  ce  miroir,  à  mesure  qu'on  l'éloigné,  une 
surface  plus  grande  et  proportionnelle  au  carré  de  la  distance  au  miroir 
tournant  ;  et  sans  compter  la  difficulté  qu'on  éprouverait  à  faire  construire 
un  pareil  miroir  pour  une  distance  de  50  mètres,  il  devient  de  plus  en 
plus  difficile  aussi  de  l'orienter  de  façon  à  placer  son  centre  de  courbure 
exactement  sur  le  centre  de  figure  du  miroir  tournant.  C'est  pour  lever  du 
même  coup  tous  ces  obstacles,  que  je  place  entre  le  miroir  tournant  et  le 
miroir  concave,  aussi  éloignés  qu'on  les  suppose  l'un  de  l'autre,  jusqu'à 
concurrence  de  plusieurs  centaines  de  mètres,  une  chaîne  d'un  nombre 
pair  d'objectifs  à  long  foyer,  qui  se  transmettent  de  deux  en  deux,  et  alter- 
nativement, l'image  mobile  du  réseau  et  l'image  fixe  du  miroir  tournant. 
L'extrémité  de  cette  chaîne  se  termine  par  le  miroir  concave,  qui  conserve 
alors  ses  petites  dimensions  et  son  petit  rayon  de  courbure,  qui  reçoit  la 
dernière  image  du  réseau,  et  qui  est  orienté  de  manière  à  renvoyer  la 
lumière  dont  elle  est  formée  sur  la  surface  de  l'objectif  le  plus  voisin  ; 
on  est  sûr,  dès  lors,  que  le  faisceau  remonte  la  chaîne  et  repasse  exacte- 
ment par  le  miroir  tournant  sans  pouvoir  être  déjeté  dans  aucune  direc- 
tion. En  définitive,  cette  série  d'objectifs  que  la  théorie  permet  d'allonger 
indéfiniment,  que  la  pratique  limitera  sans  doute,  a  pour  effet  de  saisir  le 
faisceau  dès  qu'il  tombe  sur  la  lentille  la  plus  voisine  du  miroir  tournant, 
de  s'opposer  à  sa  divergence  et  de  changer  son  mouvement  angulaire  dans 
l'espace  en  un  mouvement  de  serpentement  qui  le  retient  dans  la  ligne 
d'expérience  pendant  un  temps  nécessaire  à  l'excitation  de  la  sensibilité  de 
la  rétine. 

Au  premier  abord,  une  objection  se  présente,  à  laquelle  je  me  hâte  de 
répondre.  Le  faisceau  de  lumière,  au  moment  où  il  s'engage  dans  cette 
série  de  lentilles,  tombe  sur  le  bord  de  la  première  d'entre  elles,  et  il  les 
rencontre  de  deux  en  deux  sur  des  bords  alternativement  opposés ,  puis , 
un  moment  après,  il  tombe  au  centre  de  la  première  lentille,  et  chemine 
directement  dans  tout  le  système;  il  serait  à  craindre  que,  dans  ces  deux 


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positions,  le  faisceau  n'eût  à  parcourir  des  routes  notablement  différentes, 
ce  qui  serait  fâcheux  dans  une  expérience  qui  aurait  pour  but  d'arriver 
à  une  haute  précision;  mais  je  ferai  remarquer  d'abord  qu'en  raison  des 
foyers  très-longs  qu'on  emploie  pour  réduire  le  plus  possible  le  nombre 
des  verres,  cette  obliquité  est  très-faible;  en  outre,  on  démontre  qu'entre 
deux  foyers  conjugués  des  lentilles,  les  rayons  qui  passent  par  le  centre  et 
par  les  bords  parcourent  des  chemins  sinon  égaux,  du  moins  équivalents, 
en  sorte  que  l'objection  devient  nulle,  et  que  la  disposition  demeure 
irréprochable. 

Reste  enfin  à  discuter  la  question  relative  à  la  régularité  de  la  marche 
du  miroir  et  aux  moyens  de  mesurer  sa  vitesse  de  rotation. 

Remarquons  d'abord  que  l'image  rayée   qui  semble  permanente  au 
foyer  de  l'oculaire,  a  une  certaine  étendue,  2  millimètres  carrés;  que  cette 
image  est,  en  réalité,  intermittente,  et  que  ses  apparitions  réitérées  sont 
en  même  nombre  que  les  tours  des  miroirs.   Profitant  des  apparitions  pé- 
riodiques de  l'image,  je  masque  la  partie  supérieure  par  le  bord  d'une 
roue  de  5  centimètres  de  diamètre  et  fendue  de  /tOO  dents.  Supposant  que 
cette  roue,  mue  par  un  appareil  chronométrique,  fasse  exactement  2  tours 
par  seconde,  il  est  clair  qu'en  une  seconde  il  passera  800  dents  sous  le 
regard  de  l'observateur;  mais  si,  de  son  côté,  l'axe  de  la  turbine  donne 
800  tours  par  seconde,  il  y  aura  800  apparitions  de  l'image  du  réseau;  et, 
comme  les  apparitions  sont  très-courtes  relativement  à  1/800*  de  seconde, 
les  dents  successives  de  la  roue  se  substitueront  exactement  les  unes  aux 
autres  dans  l'intervalle  de  deux  apparitions,  et  la  roue  paraîtra  immobile. 
Puis,  pour  peu  qu'il  y  ait  de  discordance,  soit  en  plus,  soit  en  moins,  entre 
les  retours  successifs  de  l'image  et  les  passages  des  dents,  autrement  dit , 
pour  peu  que  la  turbine   exécute  plus    ou   moins   de    AOO    tours   pour 
un  tour  de  la  roue    dentée,  celle-ci  s'armera  d'un   mouvement    appa- 
rent de   sens   contraire   ou  de  même   sens    que    son  mouvement  réel; 
dès  lors    on   saura    dans   quel    sens    il   faut  agir   sur  Técoulement  de 
vapeur  pour  établir  une  concordance  complète,  accusée  par  une  appa- 
rente immobilité  du  bord  denté  de  la  roue.  Il  est  parfaitement  inutile  de 
s'attacher   à   maintenir    cette    concordance   pendant   plus   de    quelques 


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—  183  — 

secondes^  car  il  suffit  de  saisir  le  moment  de  Tapparente  immobilité  de  la 
roue  pour  faire  aussitôt  l'observation  de  la  déviation  de  l'image.  Ces  deux 
observations,  dont  Tune  concerne  la  vitesse  de  la  turbine  et  l'autre  la  dévia- 
tion du  faisceau  réfléchi»  sont,  pour  ainsi  dire,  simultanées;  la  première 
sert  seulement  d'avertissement  pour  procéder  immédiatement  à  la  seconde. 
En  réalité,  l'appareil  à  roue  dentée  est  un  compteur  surajouté  à  la  turbine 
qui,  mécaniquement,  n'influence  aucunement  sa  marche  et  qui  n'est  qu'en 
simple  relation  optique  avec  elle. 

Je  terminerai  en  montrant  que  la  même  méthode  fournit  les  moyens  de 
mesurer  approximativement  la  vitesse  de  propagation  du  rayonnement  calo- 
rifique. Les  travaux  des  physiciens  modernes,  et  particulièrement  de  M.  Mel- 
loni,  ne  permettent  plus  de  conserver  de  doute  sur  l'identité  des  rayonne- 
ments lumineux  et  calorifiques;  ce  sont  deux  effets  d'une  même  cause; 
toute  modification  qu'on  imprime  à  l'un  doit  se  retrouver  dans  l'autre.  Si 
la  lumière  est  déviée  dans  l'expérience  qui  vient  d'être  décrite,  le  lieu  de 
l'influence  calorifique  doit  se  déplacer  avec  elle.  Il  me  semble  que  la  con- 
statation de  ce  fait  mérite  d'être  tentée.  On  y  arrivera  par  le  thermomètre 
même,  en  ménageant  convenablement  l'intensité  du  faisceau  lumineux. 

Lorsque  le  miroir  tournant  est  au  repos  et  qu'il  se  présente  sous  l'inci-, 
dence  voulue,  tout  l'appareil  optique  est  incessamment  traversé  par  le 
rayonnement  lumineux,  et  l'image  du  réseau  possède  une  intensité  plus 
que  suffisante  pour  impressionner  un  de  ces  petits  thermomètres  que  nous 
avons  employés  avec  M.  Fizeau  pour  la  recherche  des  interférences  calori- 
fiques. Quand  le  miroir,  agissant  par  ses  deux  faces,  se  met  à  tourner, 
cette  image  conserverait  la  même  intensité  si,  dans  son  mouvement  de 
translation,  l'image  mobile  ne  cessait  de  tomber  sur  une  surface  miroitante 
et  sphérique  ayant  son  centre  sur  le  centre  du  mouvement.  Or,  il  est 
permis  de  se  rapprocher  de  ces  conditions  en  multipliant  les  miroirs  sphé- 
riques  et  en  les  alignant  sur  le  trajet  de  l'image  mobile  ;  un  petit  thermo- 
mètre, placé  tout  auprès  de  la  source  de  lumière  du  côté  vers  lequel 
l'image  fixe  doit  se  dévier,  sera  en  effet  impressionné  dès  que  cette  dévia- 
tion sera  suffisamment  agrandie  par  la  vitesse  de  rotation.  Je  n'en  dis  pas 
davantage  sur  une  expérie^ice  qui  est  encore  à  faire. 


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Ce  mémoire  ne  contient,  en  réalité,  qu'un  seul  résultat  :  c'est  la  réus- 
site, par  des  moyens  nouveaux ,  de  Texpérience  décisive  imaginée  depuis 
plusieurs  années  par  M.  Arago  pour  prononcer  définitivement  entre  les 
deux  théories  rivales  de  la  lumière  ;  mais  ce  mémoire  a  encore  pour  but 
de  prendre  date  pour  une  série  d'applications  de  la  nouvelle  méthode, 
laquelle  consiste  essentiellement  dans  l'observation  de  l'image  fixe  d'une 
image  mobile. 

Les  circonstances  qui  m'ont  obligé  à  rédiger  précipitamment  ce 
mémoire  ne  m'ont  pas  permis  de  traiter  la  partie  historique  de  la  ques- 
tion. Eh  publiant  la  suite  de  mon  travail,  je  ne  manquerai  pas  de  rappeler 
les  magnifiques  recherches  de  ceux  qui  m'ont  précédé,  de  M.  Wheatstone, 
de  M.  Ârago,  et  de  M.  Fizeau. 

Si  les  physiciens  accueillent  favorablement  le  fruit  de  mes  premiers 
efforts,  que  tout  l'honneur  en  revienne  à  M.  Arago  qui,  dans  une  pensée 
d'une  hardiesse  admirable,  a  montré  que  les  questions  relatives  à  la  vitesse 
de  la  lumière  devaient  passer  du  domaine  de  l'astronomie  dans  celui  de  la 
physique,  et  qui ,  par  une  généreuse  abnégation ,  a  permis  aux  jeunes 
savants  de  se  lancer  avec  ardeur  dans  la  voie  qu'il  leur  a  tracée. 


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SUR   LES 

VITESSES   RELATIVES   DE   LA   LUMIÈRE 

DANS   L'AIR  ET    DANS   L'EAU*. 

(Tlièîc  do  doctorat  es  sciences  physique?,  25  avril  1853.) 


PRÉLIMINAIRES     HISTORIQUES. 

A  l'époque  où  j'entrepris  ce  travail,  la  science  possédait  déjà  trois 
méthodes  difTérentes  pour  déterminer  la  vitesse  de  la  lumière.  L'astronomie 
a  fourni  les  deux  premières,  fondées  sur  l'observation  des  éclipses  des 
satellites  de  Jupiter,  et  sur  le  phénomène  de  l'aberration  des  étoiles.  La 
troisième  a  été  imaginée  plus  récemment  par  M.  Fizeau,  et  rentre  dans  le 
domaine  de  la  physique  expérimentale.  Sans  atteindre  au  môme  degré  de 
précision,  ces  diverses  méthodes  se  contrôlent  les  unes  les  autres,  de  telle 
sorte  qu'il  ne  peut  plus  subsister  le  moindre  doute  sur  la  véritable  valeur 
de  la  vitesse  de  la  lumière  dans  l'espace  vide  ou  dans  notre  atmosphère. 
Quant  aux  vitesses  que  prend  la  lumière  en  pénétrant  dans  les  milieux 
réfringents,  elle  n'était  donnée  que  par  le  calcul,  qui,  interprétant  la 
réfraction  dans  le  système  de  l'émission  ou  dans  le  système  des  ondula- 
tions, donnait,  selon  l'hypothèse  adoptée,  des  résultats  bien  différents. 
M.  Arago,  dès  Tannée  4838,  fit  le  premier  sentir  l'importance  d'une  expé- 
rience qui,  sans  même  conduire  à  la  mesure  exacte  des  vitesses  de  la  lumière 
dans  des  milieux  inégalement  réfringents,  mettrait  seulement  leur  diffé- 

4.  Voir  aussi  Ann.  de  Ch.  et  de  Phys.  [3],  t.  XLT,  p.  429. 

S4 


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—  186  — 

rence  en  évidence,  et  fixerait,  par  suite,  les  physiciens  sur  la  manière 
d'interpréter  la  réfraction.  La  méthode  expérimentale  que  je  vais  décrire 
dans  ce  Mémoire,  offrant  la  possibilité  de  mesurer  la  vitesse  de  la  lumière 
dans  un  trajet  très-court,  permet  d'opérer  sur  différents  milieux,  et  donne 
la  solution  complète  de  l'importante  question  posée,  il  y  a  quinze  ans,  par 
M.  Ârago. 

Mais,  avant  d'entrer  en  matière,  il  convient  de  jeter  rapidement  un 
coup  d'œil  sur  l'ensemble  des  phénomènes  naturels  ou  artificlellemeni 
produits,  qui  sont  susceptibles  de  mettre  en  évidence  la  propagation 
successive  des  rayons  lumineux. 

En  astronomie,  les  phénomènes  se  sont  produits  d'eux-mêmes;  ils  se 
sont  d'abord  montrés  comme  des  anomalies  ;  on  ne  les  cherchait  pas,  on  ne 
s'attendait  pas  à  les  rencontrer,  on  n'a  eu  qu'à  les  observer  et  à  les  rap- 
porter à  leur  véritable  cause  pour  en  déduire,  par  le  calcul,  le   chiffre 
exprimant  l'étonnante  vitesse  de  la  lumière.  Ce  résultat  porte  le  caractère 
distinctif  des  œuvres  de  l'astronomie;  il  est  empreint  d'une  hante  préci- 
sion, et  l'on  peut  encore  douter  que  les  expériences  faites  à  la  surface  de 
la  terre  puissent  prétendre  un  jour  au  même  degré  d'exactitude;  jusqu'à 
présent,  du  moins,  on  n'a  cherché  qu'à  contrôler  approximativement  par 
la  physique  les  nombres  fournis  par  les  observatoires,  et  l'on  s'estime 
heureux  d'avoir  obtenu  des  valeurs  qui  oscillent  assez  largement  autour  do 
chiffre  véritable. 

Le  phénomène  sensible  qui  dut  révéler  pour  la  première  fois  la  vitesse 
de  la  lumière,  se  passe  dans  les  limites  de  notre  système  planétaire;  ii  a 
été  observé  et  expliqué  par  Roëmer,  dans  le  courant  des  années  1675  et 
1676;  il  consiste,  comme  on  sait,  dans  l'inégalité  apparente  des  retours 
successifs  des  éclipses  de  satellites  qui  accompagnent  Jupiter.  Le  premier 
de  ces  satellites  surtout,  à  cause  de  son  petit  volume,  de  la  rapidité  de  sa 
marche  et  de  sa  proximité  de  la  planète,  offre  à  l'observation  le  spectacle 
d'immersions  dans  l'ombre  et  d'émersions  très-nettes  et  faciles  à  saisir.  C'est 
un  flambeau  qui  s'allume  et  qui  s'éteint  à  des  intervalles  de  temps  réelle- 
ment égaux,  et  que  l'on  observe  à  des  distances  variables.  Entre  l'opposi- 
tion et  la  conjonction,  la  distance  de  la  terre  à  Jupiter  augmente  de  toute 


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la  valeur  du  diamètre  de  l'orbite  terrestre.  Pendant  cette  période,  les 
émersions  seules  sont  visibles  et  semblent  de  plus  en  plus  tardives,  par 
rapport  aux  instants  équidistants  où  elles  devraient  paraître  quand  on  les 
déduit  du  nombre  d'éclipsés  qui  arrivent  pendant  l'année  entière.  Entre  la 
conjonction  et  l'opposition,  la  distance  entre  les  deux  planètes  se  réduit 
d'un  diamètre  de  l'orbite  terrestre,  et  pendant  cette  seconde  période,  on 
ne  peut  voir  que  les  émersions,  qui  se  précipitent  de  manière  à  rétablir 
une  compensation  exacte.  La  somme  des  retards  pendant  la  période  d'éloi- 
gnement  est  égale  à  la  somme  des  avances  pendant  la  période  de  rappro- 
chement, et  chacune  d'elles  donne  le  temps  qu'emploie  la  lumière  à  franchir 
le  diamètre  de  notre  propre  orbite.  Ce  temps,  mesuré  directement  aux 
instruments  chronométriques,  s'est  trouvé  égal  à  16'",26";  ce  qui  donne, 
en  tenant  compte  de  Tespace  parcouru  par  la  lumière,  une  vitesse  de 
79,572  lieues  de  4,000  mètres  par  seconde. 

Cinquante  années  plus  tard,  Bradley  arriva  au  même  résultat,  par  l'étude 
approfondie  d'un  mouvement  annuel  auquel  participent  toutes  les  étoiles, 
et  qui  est  désigné,  dans  la  science,  sous  le  nom  d'aberration.  En  vertu  de 
l'aberration,  toutes  les  étoiles  semblent  déplacées  vers  le  point  du  ciel  où 
aboutit  la  tangente  menée  à  l'orbite  terrestre  par  le  point  qu'occupe  la 
^erre  à  un  moment  donné  et  dans  le  sens  même  de  son  mouvement  de 
translation.  Le  plan  perpendiculaire  à  cette  ligne  trace  sur  la  sphère  céleste 
un  grand  cercle  qui  passe  par  toutes  les  étoiles  pour  lesquelles  le  déplace- 
ment dû  à  l'aberration  acquiert  sa  valeur  maximum.  Autrement  dit,  toutes 
les  étoiles  qui  nous  envoient  leur  lumière  dans  une  direction  perpendicu- 
laire à  celle  de  notre  propre  mouvement,  nous  apparaissent  les  plus 
déviées  dans  le  sens  de  ce  mouvement,  et  écartées  de  leur  position  vraie 
d'un  arc  de  20'', 3.  Le  grand  cercle  considéré,  accomplissant  dans  le  cours 
d'une  année  sa  révolution  complète  autour  du  diamètre  qui  passe  par  les 
pôles  de  l'écliplique,  il  en  résulte  non-seulement  que  toutes  les  étoiles 
participent  au  phénomène  de  l'aberration,  mais  que  pour  chacune  d'elles 
il  acquiert  deux  fois  par  an  sa  valeur  maximum. 

Pour  toutes  les  étoiles  comprises  dans  le  plan  de  l'écliptique,  ce  dépla- 
cement a  lieu  suivant  un  petit  arc  de  grand  cercle  qui  se  confond  avec  une 


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droite;  pour  les  deux  seules  étoiles  situées  aux  pôles  mêmes  de  Téclip- 
lique,  ce  déplacement  s'effectue  sur  le  contour  d'un  cercle;  enfin,  pour 
toutes  les  étoiles  occupant  des  positions  intermédiaires,  l'aberration 
engendre  des  ellipses  graduellement  variées  et  qui  présentent  toutes  les 
formes  comprises  dans  la  môme  espèce  de  courbe  entre  la  ligne  droite  et 
le  cercle. 

A  ces  caractères  remarquables,  Bradiey  reconnut  que  la  cause  de  l'aber- 
ration n'est  pas  dans  les  étoiles  elles-mêmes,  mais  qu'il  faut  la  chercher 
dans  un  principe  unique,  dans  le  principe  lumineux  qui  nous  met  en  rela- 
tion avec  les  corps  célestes,  et  dont  la  vitesse  de  propagation,  déjà  connue, 
ne  peut  être  considérée  comme  infiniment  grande  par  rapport  à  la  vitesse 
de  la  terre  entraînée  dans  l'espace  par  son  mouvement  de  translation. 

Les  deux  vitesses  sont  comme  10,200  est  à  1  ;  conséquemment,  lors- 
qu'une lunette  est  dirigée  vers  une  étoile  située  sur  le  cercle  d'aberration 
maximum,  elle  est  entraînée  dans  un  sens  perpendiculaire  h  la  direction 
de  son  axe,  par  le  mouvement  de  la  terre  ;  et  pendant  le  temps  que  la 
lumière  emploie  à  franchir  la  distance  du  centre  optique  de  l'objectif  à  son 
foyer,  l'oculaire  de  l'instrument  s'avance  parallèlement  au  plan  focal,  de  la 
dix-millième  partie  environ  de  cette  distance;  il  en  résulte  pour  l'observa- 
teur un  déplacement  relatif  de  l'image  de  l'étoile,  qui  semble  avoir  été 
laissée  en  arrière,  tandis  que  l'étoile  elle-même  paraît  nécessairement 
déviée  en  sens  inverse;  la  grandeur  de  ce  déplacement,  rapportée  à  la 
longueur  focale  de  la  lunette,  est  précisément  la  mesure  de  l'aberration. 

Si  l'on  admet  l'explication  que  je  viens  de  rappeler,  la  grandeur  absolue 
de  l'aberration  exprime  le  rapport  entre  la  vitesse  de  la  lumière  dans  la 
lunette,  et  celle  de  la  lunette  elle-même  participant  au  mouvement  de  la 
Terre;  et,  en  effet,  le  chiffre  obtenu  par  celte  méthode  s'accorde,  à  un 
deux-centième  près,  avec  celui  que  donne  l'observation  des  satellites  de 
Jupiter.  Ainsi  envisagée,  l'aberration  donnerait  la  vitesse  de  la  lumière, 
non  dans  le  vide  planétaire,  mais  dans  l'étendue  qu'occupent  les  instru- 
ments; elle  rendrait  sensible  la  durée  du  parcours  des  rayons  lumineux 
franchissant  la  longueur  si  restreinte  de  nos  lunettes,  les  espaces  célestes 
ne  concourant  que  d'une  manière  indirecte  au  résultat  final,  pour  offrir 


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un  point  de  mire  placé  à  l'infini,  et  permettre  le  libre  développement  du 
mouvement  de  translation  de  la  terre. 

Il  ne  m'appartient  pas  d'insister  davantage  sur  ces  glorieux  travaux. 
Je  n'ai  voulu,  en  les  rappelant,  que  les  considérer  au  point  de  vue  physique, 
et  faire  ressortir  les  conditions  naturelles  et  indépendantes  du  concours 
de  l'homme,  qui  ont  fait  naître,  comme  conséquence  de  la  propagation 
successive  de  la  lumière,  des  phénomènes  sensibles  et  observables.  Tout  le 
mérite  consistait  à  les  saisir,  à  les  mesurer  avec  précision  et  à  les  rapporter 
à  leur  véritable  cause.  Pour  les  physiciens,  la  tâche  était  plus  étendue;  ils 
avaient  à  imaginer  et  à  réaliser,  dans  les  espaces  terrestres,  un  système 
d'expériences  équivalant  à  celles  que  les  astronomes  ont  trouvées  toutes 
faites  dans  le  ciel;  aussi  leur  a-t-il  fallu,  avant  de  rien  tenter,  qu'ils  fussent 
en  possession  du  chiffre  réel  qu'ils  cherchaient  à  contrôler. 

Le  premier  physicien  qui  entreprit  de  mesurer  la  vitesse  de  propaga- 
tion d'un  agent  impondérable  à  la  surface  de  la  terre  est  M.  Wheatstone; 
et,  bien  que  ses  expériences  aient  porté  sur  l'électricité  et  non  sur  la  lumière, 
il  est  assuré  de  voir  son  nom  attaché  à  la  question  résolue  par  l'emploi  du 
miroir  tournant.  Cet  instrument  est,  en  effet,  une  des  plus  heureuîjès 
inventions  de  M.  Wheatstone,  et  l'on  n'en  connaît  pas  d'aussi  puissant 
pour  évaluer  de  petites  fractions  de  temps. 

En  1835,  M.  Wheatstone  cherchait  à  déterminer  la  durée  de  l'étincelle 
électrique,  la  durée  de  son  parcours  dans  l'air,  et  la  durée  de  la  transmis- 
sion de  l'électricité  à  travers  le  fil  conducteur,  ou,  ce  qui  revient  au  même, 
le  temps  qui  s'écoule  entre  les  explosions  de  deux  étincelles  jaillissant  en 
deux  points  éloignés  d'un  même  circuit.  Après  avoirvainement  fait  tourner 
d'un  axe  les  organes  excitateurs  des  étincelles,  dans  l'espérance  d'accroître 
leur  largeur  et  d'altérer  leurs  directions  et  leurs  positions  respectives,  il  a 
songé  à  communiquer  le  mouvement  de  rotation  à  un  simple  miroir  plan 
établi  à  une  certaine  distance  des  appareils  excitateurs  et  fixes.  Le  miroir, 
en  tournant  autour  d'une  ligne  passant  par  sa  surface  réfléchissante,  don- 
nait, de  ces  appareils,  une  image  virtuelle  qui  cessait  bientôt  d'être  dis- 
tincte, à  cause  de  la  rapidité  de  son  mouvement  angulaire  double  de  celui 
du  miroir.  Mais  quand  éclataient  les  étincelles,   leur  peu  de  durée  fixait. 


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dans  le  miroir,  les  images  dont  les  apparences  plus  ou  moins   modifiées 
prenaient  une  signification  facile  à  saisir.  Si,  parexemple^  un  long  circuit 
excitateur  destiné  à  décharger  la  bouteille  de  Leyde  était  interrompu  en 
trois  points,  dans  son  milieu  et  près  de  chaque  extrémité;  si,  d'ailleurs,  il 
était  replié  de  manière  à  ce  que  les  trois  interruptions  fussent  placées  sur 
une  même  droite  parallèle  à  Taxe  de  rotation  du  miroir,  au  moment  de  la 
décharge,  les  trois  étincelles  vues  directement  apparaissaient  en  même 
temps  et  sans  que  rien  pût  faire  soupçonner  à  l'observateur  Tordre  dans 
lequel  elles  se  succèdent  réellement;  mais,  vues  par  réflexion   dans  le 
miroir  tournant,  le  retard  de  l'étincelle  moyenne  et  la  simultanéité  des 
étincelles  extrêmes  devenaient  également  manifestes,  attendu  que  ces  deux 
dernières  se  montraient  encore  sur  une  même  verticale,  tandis  que  l'étin- 
celle moyenne,  éclatant  un  peu  plus  tard,  était  déviée  dans  le  sens  de  la 
rotation  du  miroir. 

M.  Wheatstone  a  déduit  de  ce  genre  d'expériences  une  valeur  de  la 
vitesse  de  l'électricité  qui  ne  s'accorde  pas  avec  les  résultats  de  mesures 
plus  récentes.  Peut-être  a-t-il  été  induit  en  erreur  par  des  phénomènes 
accessoires  qui  compliquent  le  phénomène  principal,  mais  qui  sont  indé- 
pendants du  procédé  optique  qu'il  a  mis  en  usage.  Si  donc  son  travail  offre 
encore  matière  à  discussion,  il  ne  semble  pas  que  les  objections  puissent 
porter  sur  la  propriété  précieuse  que  possède  le  miroir  tournantde  séparer, 
par  le  déplacement  angulaire  de  certaines  images,  les  instants  très-rap- 
prochés  qui   correspondent  aux  apparitions  de  phénomènes  instantanés. 
C'est  donc  ajuste  titre  qu'à  peine  sorti  des  mains  de  l'inventeur,  l'instru- 
ment de  M.  Wheatstone  fut  adopté  par  M.  Arago,  comme  devant  servir  à 
juger  par  une  épreuve  décisive  les  deux  théories  qui  se  disputent  TexpJi- 
cation  des  phénomènes  lumineux.  Tous  les  physiciens  ont  lu  et  relu  la 
note  si  intéressante  dans  laquelle  le  Secrétaire  perpétuel  de  l'Académie  des 
Sciences  a  exposé  et  développé  son  magnifique  projet,  et  j'imagine  qu'en 
réfléchissant  profondément,  ils  ont  dû  arriver  comme  moi  à  cette  convic- 
tion, que   l'expérience  conçue  par  M.   Arago  se  tenait  sur  la  limite  des 
choses  possibles,  et  qu'avant  de  réussir,  elle  aurait  à  subir  quelque  modi- 
fication. 


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—  191  — 

M.  Arago  se  proposait  d'opérer  sur  deux  rayons  partant  simultanément 
de  deux  sources  situées  sur  une  même  verticale,  et  tombant,  l'un  à  travers 
Tair,  l'autre  à  travers  un  liquide,  sur  un  miroir  tournant;  la  marche  des 
deux  rayons  étant  inégalement  rapide  à  travers  les  milieux  différents,  le 
miroir  tournant  aurait  eu  pour  fonction  de  rendre  distincts  les  instants  de 
leur  arrivée  à  la  surface  réfléchissante.  Voici,  au  reste,  en  quels  termes 
M.  Arago  a  résumé  lui-même  ses  idées  : 

«  Deux  points  rayonnants  placés  l'un  près  de  l'autre  et  sur  la  même 
verticale  brillent  instantanément  en  face  d'un  miroir  tournant.  Les  rayons 
du  point  supérieurne  peuvent  arriver  à  ce  miroir  qu'en  traversant  un  tube 
rempli  d'eau  ;  les  rayons  du  second  point  atteignent  la  surface  réfléchissante 
sans  avoir  rencontré  dans  leur  course  aucun  autre  milieu  que  l'air.  Pour 
fixer  les  idées,  nous  supposerons  que  le  miroir,  vu  de  la  place  que  l'obser- 
vateur occupe,  tourne  de  droite  à  gauche.  Eh  bien,  si  la  théorie  de  l'émis- 
sion est  vraie,  si  la  lumière  est  une  matière,  le  point  le  plus  élevé  semblera 
à  gauche  du  point  inférieur  ;  il  paraîtra  à  m  droite^  au  contraire,  si  la  lumière 
résulte  des  vibrations  d'un  milieu  éthéré. 

c(  Au  lieu  de  deux  seuls  points  rayonnants  isolés,  supposons  qu'on  pré- 
sente instantanément  au  miroir  une  ligne  lumineuse  verticale.  L'image  de 
la  partie  supérieure  de  cette  ligne  se  formera  par  des  rayons  qui  auront 
traversé  l'eau  ;  l'image  de  la  partie  inférieure  résultera  des  rayons  dont 
toute  la  course  se  sera  opérée  dans  l'air.  Sur  le  miroir  tournant,  l'image 
de  la  ligne  unique  semblera  brisée;  elle  se  composera  de  deux  lignes  lumi- 
neuses verticales,  de  deux  lignes  qui  ne  seront  pas  sur  le  prolongement 
l'une  de  l'autre. 

«  L'image  rectiligne  supérieure  est-elle  moins  avancée  que  celle  d'en 
bas?  parait-elle  à  sa  gauche? 

c(  La  lumière  est  un  corps. 

«  Le  contraire  a-t-il  lieu?  l'image  supérieure  se  montre-t-elle  à  droite? 

«  La  lumière  est  une  ondulation  !  » 

Réduite  ainsi  à  sa  plus  simple  expression,  l'expérience  de  M.  Arago  est 
facile  à  concevoir;  il  semble  qu'il  n'y  avait  plus  qu'à  se  mettre  à  l'œuvre; 
mais  c'est  en  suivant  la  discussion  des  conditions  matérielles  auxquelles 


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il  faut  satisfaire,  que  l'expérimentateur  entrevoit  des  difficultés  sérieuses. 

Quelle  vitesse  de  rotation  faut-il  communiquer  au  miroir?  Quelle 
étendue  d'air  et  d'eau  convient-il  de  disposer  sur  le  trajet  des  rayons  pour 
que  la  lumière  soit  retardée  ou  accélérée  dans  sa  marche  à  travers  Je 
milieu  réfringent  au  point  de  donner,  par  réflexion,  des  images  distinctes? 
Quelle  source  de  lumière  présentera  la  vivacité  et  l'instantanéité  requises? 
Sur  tous  ces  points,  on  trouve  dans  la  note  de  M.  Arago  les  indications  les 
plus  précises. 

En  supposant  qu'une  déviation  d'une  demi-minute  fût  observable  dans 
une  lunette,  une  colonne  d'eau  de  14  mètres  de  longueur  n'eût  exigé,  pour 
la  produire,  que  mille  tours  du  miroir  par  seconde.  Mais,  comnoie  il  fallait 
se  ménager  quelque  latitude,  comme  des  circonstances  imprévues  pouvaient 
dérouter  les  prévisions  les  plus  réfléchies,  M.  Arago  s'était  réservé  d'agran- 
dir au  besoin  le  phénomène  par  la  multiplication  des  miroirs  tournant 
alternativement  en  des  sens  difl'érents,  et  destinés  à  se  renvoyer  successive- 
ment l'un  à  l'autre  les  deux  faisceaux  dont  la  divergence  eût  augmenté  à 
chaque  réflexion,  et  proportionnellement  au  nombre  des  miroirs.  Il  indi- 
quait aussi,  comme  ressource  précieuse,  d'employer,  au  lieu   d'eau,  un 
milieu  plus  réfringent,  le  sulfure  de  carbone,  qui  n'est  pas  moins  trans- 
parent. 

En  portant  à  quatre  le  nombre  des  miroirs,  en  ne  cherchant  que  des 
déviations  d'une  demi-minute,  et  en  laissant  l'eau  pour  le  sulfure  de  car- 
bone, la  longueur  nécessaire  du  tube  destiné  à  le  contenir  se  réduisait 
finalement  à  2'%2. 

Il  est  évident  que  le  nombre  des  miroirs  et  le  nombre  des  tours,  leur 
distance  à  la  source,  la  différence  des  indices  de  réfraction  des  deux  milieux 
traversés,  et  la  grandeur  de  la  déviation  relative,  sont  autant  de  quantités 
assujetties  à  une  dépendance  mutuelle  et  faciles  à  enchaîner  dans  une 
même  formule.  On  peut,  sur  le  papier,  les  faire  varier  d'une  manière  arbi- 
traire en  certaines  limites,  mais  c'était  au  tâtonnement  à  désigner  les 
valeurs  les  plus  favorables  à  l'observation. 

La  pièce  la  plus  importante  et  la  plus  nouvelle  de  cet  appareil  était  Ja 
machine  qui  devait  communiquer  aux  miroirs  le  mouvement  de  rotation. 


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—  193  — 

La  construction  en  fut  confiée  à  M.  Bréguet,  dont  le  talent  garantissait  une 
réussite  complète.  Après  plusieurs  années  de  travail,  M.  Bréguet  se  trouva 
en  mesure  de  monter  une  machine  composée  de  rouages  à  dents  obliques, 
dont  le  dernier  axe  portait  un  miroir  d'acier  de  i  centimètre  de  diamètre; 
quand  on  appliquait  sur  le  premier  mobile  une  force  motrice  suffisamment 
grande,  on  voyait  le  miroir  s'animer  d'un  mouvement  de  rotation  très- 
rapide.  Il  était  facile  d'en  apprécier  la  vitesse  et  de  la  déduire  des  mouve- 
ments lents  et  directement  observables  des  premiers  mobiles,  et  de  s'assurer 
que  l'axe  porteur  du  miroir  exécutait  réellement  1,500  tours  par  seconde. 
Un  jour  M.  Bréguet  essaya  de  supprimer  le  miroir,  et  il  vit  que  le  dernier 
axe  ainsi  soulagé  pouvait  acquérir  une  vitesse  de  6  à  8,000  tours  par 
seconde.  On  crut  alors  que  la  présence  de  l'air  était  l'obstacle  qui  empê- 
chait le  miroir  de  prendre  une  vitesse  pareille,  et  l'on  eut  recours  aux 
dispositions  nécessaires  pour  faire  marcher  la  machine  dans  le  vide;  mais, 
sous  le  récipient  destiné  à  prévenir  l'accès  de  l'air,  la  marche  du  miroir  ne 
s'est  pas  accélérée  comme  on  s'y  attendait.  C'est  que  la  résistance  provient 
surtout  de  la  masse  à  mouvoir  et  de  son  excentricité  sur  l'axe  de  rotation; 
or  la  masse,  il  faut  l'accepter;  quant  à  l'excentricité,  il  parait  que  les  soins 
les  plus  minutieux  apportés  par  le  constructeur  n'ont  pas  suffi  jusqu'ici  à 
la  rendre  sensiblement  nulle. 

Je  dois  encore  donner  sur  l'appareil  de  M.  Arago  un  renseignement 
important^  et  indiquer  comment  on  devait  procéder  à  l'observation. 

Quand  on  se  borne  à  l'emploi  d'un  seul  miroir  agissant  par  ses  deux 
surfaces,  ce  qui  est  le  cas  le  plus  simple  et  le  plus  abordable,  le  double 
faisceau  est  toujours  réfléchi,  mais  il  l'est  dans  une  direction  quelconque, 
absolument  indéterminée,  ainsi  que  la  position  dans  laquelle  la  lumière, 
en  arrivant,  rencontre  la  surface  réfléchissante.  Si,  comme  l'avait  fait 
M,  Wheatstone  dans  une  autre  circonstance,  M.  Arago  avait  cru  devoir  établir 
entre  l'appareil  excitateur  de  la  lumière  instantanée  et  l'appareil  du  miroir 
tournant,  une  dépendance  qui  ne  permît  aux  éclats  de  se  produire  qu'au 
moment  où  le  miroir  occupe  telle  ou  telle  position  plus  ou  moins  bien 
déterminée,  la  direction  du  rayon  réfléchi  l'eût  été  également,  et^le  champ 
d'observation,  ainsi  restreint  entre  certaines  limites,  aurait  permis  à  un 

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seul  'observateur  de  viser  toujours  utilement  dans  une  direction  connue 
d'avance.  Mais,  dans  le  projet  de  M.  Arago,  il  n'était  pas  question  d'établir 
une  telle  relation;  rUluminateuret  le  miroir  tournant  devaient  conserver 
une  indépendance  complète,  et  laisser  au  hasard  à  décider  de  la  direction 
des  rayons  réfléchis.  C'est  pourquoi  il  fallait  multiplier  les  observateurs,  et 
répéter  l'expérience  plusieurs  fois  par  seconde,  et  un  très-grand  nombre 
de  fois,  jusqu'il  ce  qu'une  heureuse  coïncidence  dirigent  les  faisceaux 
réfléchis  dans  le  voisinage  de  l'axe  d'une  des  nombreuses  lunettes  braquées 
autour  du  miroir  tournant  el  visant  toutes  sur  lui.  En  employant  plusieurs 
miroirs  indépendants  les  uns  des  autres,  bien  des  éclats  se  seraient  pro- 
duits en  pure  perle  avant  que  la  réflexion  eût  lieu  réellement  sur  tous,  et 
la  chance  favorable  à  l'un  quelconque  des  observateurs  diminuait  avec  une 
grande  rapidité.  La  disposition  que  j'ai  adoptée  a  surtout  pour  but  de  lever 
toute  incertitude  sur  la  position  des  rayons  réfléchis;  mais,  avant  de  la 
décrire,  je  dois  encore  parler  de  l'expérience  de  M.  Fizeau,  expérience  par 
laquelle  un  physicien  pût  mesurer,  pour  la  première  fois,  la  vitesse  de  la 
lumière  se  propageant  dans  l'air  entre  deux  stations  choisies  à  la  surface 
de  la  terre. 

L'appareil  imaginé  par  M.  Fizeau  présente  à  considérer  deux  parties 
distinctes  :  un  système  de  deux  lunettes  visant  Tune  sur  l'autre  à  très- 
grande  distance,  et  destinées  à  limiter  la  course  des  rayons  lumineux  et  à 
les  renvoyer  exactement  à  leur  point  de  départ  ;  puis  un  disque  tournant 
partagé  à  sa  circonférence,  à  la  manière  des  roues  dentées,  en  intervalles 
égaux,  alternativement  vides  et  pleins,  et  susceptible  de  prendre,  par 
l'action  d'un  moteur,  des  vitesses  variables  à  volonté. 

Les  deux  lunettes  A  et  B  sont  dirigées  l'une  vers  l'autre,  de  manière 
que  l'image  de  l'objectif  de  chacune  d'elles  se  forme  au  foyer  de  l'autre.  La 
lumière  provenant  latéralement  d'une  source  très-vive  est  dirigée  dans 
l'axe  du  système  par  une  glace  sans  tain  inclinée  à  45  degrés  sur  cet  axe 
et  placée  entre  Toculaire  et  le  foyer  de  la  lunette  A.  Tout  ce  qui  tombe  de 
lumière  sur  l'objectif  de  A,  après  avoir  traversé  en  son  foyer  le  lieu  de 
rimage  très-petite  .de  l'objectif  de  l'autre  lunette  B,  se  dirige  vers  celui-ci 
en  obéissant  à  la  loi  des  fovers  conjugués.  Eu  vertu  de  la  même  loi,  les 


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rayons  vont  ensuite  concourir  au  foyer  de  la  seconde  lunette  B,  en  une 
image  qui  représente,  sous  de  très-petites  dimensions,  Tobjectif  de  la  pre- 
mière; puis  cette  image  tombant  sur  un  miroir  normal,  le  faisceau  qui  Ta 
formée  se  réfléchit  sur  lui-même,  traverse  successivement  les  deux  objec- 
tifs, quelle  que  soit  leur  distance,  et  vient,  en  convergeant,  repasser  exac- 
tement au  foyer  de  A,  son  point  de  départ.  On  constate  aisément  leur 
retour  :  en  mettant  Tœil  à  l'oculaire,  on  aperçoit  une  image  très-petite,  un 
point  lumineux  semblable  à  une  étoile. 

Le  temps  que  la  lumière  emploie  à  traverser  deux  fois  l'appareil  dans 
toute  sa  longueur  dépend  évidemment  de  la  distance  des  deux  lunettes; 
et  quand  on  rend  cette  distance  suffisamment  grande,  il  devient  sensible 
et  mesurable  par  l'emploi  du  disque  tournant. 

La  position  à  donner  au  disque  est  définie  par  la  condition  du  parallé- 
lisme de  son  axe  de  rotation  avec  Taxe  optique  commun  aux  deux  lunettes, 
et  par  la  nécessité  de  faire  passer  les  dents  qu'il  porte  à  sa  circonférence 
par  le  point  de  rencontre  des  rayons  qui  se  croisent  au  foyer  de  A  avant  et 
après  leur  excursion  dans  l'appareil. 

Ces  conditions  étant  satisHiites,  le  disque  en  tournant  a  pour  eO'et 
d'opposer  et  de  lever  périodiquement  un  même  obstacle  au  passage  des 
rayons  marchant  en  sens  inverses,  les  uns  pour  aller,  les  autres  pour 
revenir.  Comme  la  vitesse  de  la  lumière  n'est  pas  infinie,  comme  la  dis- 
lance à  parcourir  est  très-grande,  les  instants  précis  du  départ  et  du  retour 
d'un  même  rayon  ne  coïncident  pas  exactement;  ils  sont  sensiblement  pos- 
térieurs l'un  à  l'autre,  et  il  est  possible  de  donner  au  disque  une  vitesse 
telle,  que  tout  rayon  qui  passe  librement  entre  deux  dents  soit  intercepté 
à  son  retour  par  une  dent  qui  aura  eu  le  temps  de  venir  lui  faire  obstacle. 
11  est  également  possible  de  donner  au  disque  telle  autre  vitesse  qui  per- 
mettra à  tout  rayon  admis  entre  deux  dents  de  repasser  par  un  autre  inter- 
valle. Mais,  comme  les  changements  de  vitesse  ont  lieu  d'une  manière 
continue,  les  phénomènes  aussi  varient  peu  à  peu,  et  traversent  graduel- 
lement leurs  différentes  phases.  Au  moment  où  le  disque  commence  à  se 
mouvoir,  l'observateur  aperçoit  au  foyer  de  l'oculaire  le  point  lumineux 
brillant  au  point  de  concours  des  rayons  réfléchis  qui  reviennent  vers  lui; 


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puis  en  prenant  un  mouvement  de  plus  en  plus  rapide,  le  disque  déter- 
mine un  affaiblissement  progressif  et  même  une  extinction  complète  des 
rayons  de  retour.  Par  des  vitesses  toujours  croissantes,  à  cette  première 
éclipse  succède  un  second  éclat,  puis  une  seconde  éclipse,  et  ainsi  de 
suite,  autant  de  fois  que  le  permet  la  puissance  des  moyens  mécaniques 
dont  on  dispose.  L'observation  consiste  à  produire,  à  soutenir  et  à  mesurer, 
au  moyen  d'un  compteur  inhérent  à  la  machine,  la  vitesse  de  rotation 
correspondante  à  une  éclipse  dont  on  note  le  numéro  d'ordre.  La  dislance 
des  deux  lunettes,  étan*  connue,  donne  la  moitié  de  l'espace  franchi  par  la 
lumière  pendant  le  temps  que  le  disque  emploie  à  parcourir  un  espace 
angulaire  mesuré  pour  la  première  éclipse,  par  l'arc  sous-tendu  par  une 
seule  dent,  et  mesuré  pour  les  éclipses  suivantes,  par  le  même  arc  multi- 
plié par  le  terme  de  la  série  naturelle  des  nombres  impairs,  correspondant 
au  numéro  d'ordre  de  l'écIipse  observée. 

M.  Fizeau  avait  placé  la  lunette  à  oculaire  dans  le  belvédère  d'une 
maison  située  à  Suresne,  et  la  lunette  à  réflexion  sur  la  hauteur  de  Mont- 
martre, à  une  dislance  approximative  de  8,633  mètres.  Le  disque,  portant 
sept  cent  vingt  dents,  était  monté  sur  un  rouage  mû  par  des  poids  ;  un 
compteur  permettait  d'apprécier  la  vitesse  de  rotation.  La  lumière  était 
empruntée  à  une  ampe  à  éther,  dont  la  flamme,  alimentée  par  l'oxygène, 
était  projetée  sur  un  fragment  de  chaux,  de  manière  à  y  exciter  une  vive 
incandescence. 

Les  premiers  essais  tentés  jusqu'à  présent  par  cette  méthode  ont  fourni 
une  valeur  de  la  vitesse  de  la  lumière,  peu  différente  de  celle  qui  est  admise 
parles  astronomes.  La  moyenne,  déduite  de  vingt-huit  observations,  donne, 
pour  cette  valeur,  70,948  lieues  de  25  au  degré. 

Le  travail  de  M.  Fizeau  date  déjà  de  plus  de  trois  années;  il  a  paru 
sous  forme  d'extrait  au  mois  de  juillet  1849,  dans  les  Comptes  rendus  de 
r  Académie  des  sciences.  Depuis  cette  époque  jusqu'au  moment  où  j'ai  annoncé 
le  succès  de  mon  entreprise  (30  avril  1850),  on  n'a  rien  publié,  que  je 
sache,  concernant  le  même  sujet.  Si  le  résumé  que  je  viens  de  tracer  n'est 
pas  encore  complet,  j'ai  du  moins  cette  confiance  que  les  faits  y  sont  appré- 
ciés d'une  manière  équitable.  En  rappelant  parmi  les  astronomes  les  noms 


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illustres  de  Roêmer  et  de  Bradley,  en  citant  parmi  les  physiciens  contem- 
porains des  noms  tels  que  ceux  de  MM.  Wheatstone,  Arago  et  Fizeau, 
auxquels  est  venu  se  joindre  tout  naturellement  celui  de  l'habile  mécani- 
cien M.  Bréguet,  je  crois  avoir  décrit  l'état  où  se  trouvait  ce  rameau  de  la 
science  physique  au  moment  où  j'ai  commencé  à  m'en  occuper  activement, 
et  à  mettre  à  exécution  un  projet  conçu  depuis  plusieurs  années,  dans  le 
but  de  mesurer  directement  la  vitesse  de  la  lumière  dans  l'air  et  dans  des 
milieux  plus  réfringents. 


MÉTHODE  GÉNÉRALE  POUR  MESURER  LA  VITESSE  DE  LA  LUMIÈRE  DANS  LES 
MILIEUX  TRANSPARENTS.  —  VITESSES  RELATIVES  DE  LA  LUMIERE 
DANS   l'air   et   dans   L'eAU. 

Le  propre  de  la  nouvelle  méthode  qui  me  reste  à  décrire  est  d'offrir 
le  moyen  d'opérer  à  petite  distance,  et  d'évaluer  le  temps  qu'emploie  la 
lumière  h  franchir  un  intervalle  de  quelques  mètres.  Pour  la  définir  netle- 
ment,  aussi  bien  que  pour  la  distinguer  de  celles  qui  ont  été  proposées 
auparavant,  il  suffit  d'énoncer  son  caractère  essentiel,  lequel  consiste  dans 
Vobservation  d'une  image  fixe  d'une  image  mobile» 

Le  miroir  tournant,  associé  à  un  objectif  de  lunette,  donne  aisément 
une  image  mobile  d'un  objet  fixe  ;  mais,  ce  qui  n'est  pas  moins  vrai,  quoi- 
que moins  évident  peut-être,  c'est  qu'au  moyen  d'une  réflexion  sur  un 
miroir  fixe,  le  même  système  optique  est  très-propre  à  redonner  une  image 
fixe  de  l'image  mobile. 

Je  vais  d'abord  établir  ce  premier  point,  après  quoi  je  montrerai  que 
le  mouvement  de  rotation  du  miroir  produit  un  déplacement  de  l'image 
fixe,  une  déviation  qui  donne  la  vitesse  de  la  lumière  dans  le  milieu  traversé 
en  fonction  des  quantités  faciles  à  mesurer. 

Le  changement  de  milieu,  toutes  choses  restant  égales  d'ailleurs,  de 
modifier  la  déviation,  de  manière  à  montrer  comment  la  vitesse  de  la  lu- 
mière se  lie  aux  indices  de  réfraction.  J'insisterai  sur  ce  genre  de  compa- 
raison, qui  est  le  but  principal  de  ce  travail,  et  je  ferai  connaître  .a  dispo- 


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sitîon  qui  permet  d'opérer  sur  plusieurs  milieux  à  la  fois,  et  d'observer 
simultanément  et  comparativement  les  déviations  correspondantes.  Je  com- 
pléterai ensuite  la  description  des  appareils,  et  j'y  joindrai  le  détail  des 
précaulions  nécessaires  pour  assurer  le  succès  de  l'expérience  et  favoriser 
l'exactitude  des  mesures. 


Disposition  générale  de  V expérience. 

On  place  sur  une  même  ligne  horizontale  :  i*  une  mire  formée  par  uu 
fil  fin  de  platine  tendu  au  milieu  d'une  petite  ouverture  carrée  de  0",002 
de  côté,  taillée  dans  une  lame  opaque  ;  2"  le  centre  optique  d'un  objectif 
achromatique;  et  3°  le  centre  de  figure  d'un  miroir  plan,  suscepiible  de 
tourner  autour  d'un  axe  vertical  passant  très-près  de  sa  surface  réfléchissante. 
On  dirige  et  l'on  fixe  par  un  héliostat  un  faisceau  de  lumière  solaire  dans 
l'alignement  de  ces  trois  pièces.  La  mire  laisse  alors  passer  une  certaine 
portion  de  lumière  qui  se  rend  sur  l'objectif  placé  à  une  distance  un  peu 
moindre  que  le  double  de  sa  distance  focale  principale  ;  réfractée  par  cet 
objectif,  la  lumière  se  réfléchit  sur  le  miroir  plan  et  va  former  dans  l'espace 
une  image  amplifiée  de  l'ouverture  et  de  son  fil.  Comme  on  dispose  à 
volonté  de  la  distance  de  l'objectif  à  la  mire,  on  fait  varier  par  suite  arbi- 
trairement la  distance  de  son  image  au  miroir,  et,  quand  celui-ci  vient  à 
tourner,  l'image  se  meut  dans  l'espace  sur  une  circonférence  dont  le  rayon 
peut  prendre  telle  étendue  qu'on  voudra. 

Ainsi  s'obtient  l'image  mobile  dont  on  peut  recevoir  et  distinguer  la 
trace  sur  un  écran.  Pour  obtenir  l'image  fixe,  il  faut  placer  sur  la  circon- 
férence décrite  par  l'image  mobile  la  surface  réfléchissante  d'un  miroir 
sphérique,  concave,  tellement  orienté,  que  son  centre  de  courbure  vienne 
coïncider  avec  le  centre  de  figure  du  miroir  tournant;  quand  cette  condi- 
tion est  remplie,  le  faisceau  tournant  est  réfléchi  sur  lui-même  pendant 
tout  le  temps  qu'il  rencontre  le  miroir  concave  dont  tous  les  éléments  sont 
normaux  à  son  axe;  et,  de  plus,  le  faisceau  continue  à  remonter  l'appareil 
jusqu'à  la  mire,  son  point  de  départ,  qu'il  recouvre  d'une  image  droite  et 


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de  grandeur  naturelle,  tous  les  points  de  Timage  se  superposant  aux  points 
homologues  de  la  mire  elle-même. 

En  effet,  soient  ab  (fig.  1  pi.  IV), un  objet,  et  a'b'  son  image,  formée  par 
l'objectif  L  et  tombant  à  la  surface  réfléchissante  d'un  miroir  concave  M; 
soit  c  le  point  de  l'espace  où  l'on  placera  plus  tard  le  centre  de  figure  d'un 
miroir  tournant;  si  le  miroir  concave  a  son  centre  de  courbure  au  point  c, 
le  faisceau  réfléchi  à  sa  surface  ira  repasser  en  majeure  partie  par  l'objectif 
pour  reformer  sur  l'objet  ab  une  image  droite  et  de  grandeur  naturelle; 
car,  du  moment  où  la  lumière  retourne  vers  l'objectif,  l'image  a'6'  devient 
un  objet  dont  le  point  a'  est  au  foyer  conjugué  de  a,  et  le  point  6'  au  foyer 
conjugué  de  b.  Donc,  toute  lumière  revenant  de  a'  et  passant  par  l'ob- 
jectif, doit  se  rendre  en  a;  toute  lumière  revenant  de  V  doit  se  rendre  en 
6,  etainsi  de  même  pour  tous  les  autres  points  :  donc,  l'objet  ab  est  recou- 
vert d'une  image  égale  à  lui-même  et  semblablement  située. 

Maintenant  on  place  le  miroir  plan  m  sous  une  obliquité  quelconque; 
et  pour  savoir  où  va  se  former  l'image  réfléchie  a^6'\  on  a  recours  à  une 
construction  bien  connue  :  on  prolonge  la  trace  (?[ji  du  plan  du  miroir  et 
l'on  détermine,  pour  les  points  a^6'',  les  positions  symétriques  d'un  côté 
de  ce  plan  avec  celles  qu'occupent,  de  l'autre  côté,  les  points  a^  &';  on  place 
alors  le  miroir  concave  en  M'  et  on  l'oriente  en  faisant  tomber  son  centre 
de  courbure  au  point  c  ;  le  faisceau  lumineux  retourne  alors  au  miroir 
plan,  de  là  vers  l'objectif,  comme  s'il  provenait  de  a'6^  et  il  va  former 
définitivement  une  image  de  l'objet  ab  sur  l'objet  lui-même. 

Cette  construction  donne  le  même  résultat,  pour  toute  obliquité  du 
miroir  plan,  car  la  démonstration  est  indépendante  de  la  valeur  de  l'angle 
d'incidence;  donc  il  est  indifférent  que  l'image  mobile  tombe  en  a''  b''  ou 
en  d"  y'\  et  quelle  que  soit  sa  position  à  la  surface  du  miroir  M',  l'image, 
en  retour,  coïncide  invariablement  avec  l'objet  ab.  Pour  constater,  par 
expérience,  l'invariabilité  de  position  de  cette  image,  on  place  obliquement 
à  l'axe  de  l'objectif  L,  entre  lui  et  l'objet  ab,  une  glace  épaisse  à  faces  pa- 
rallèles dont  la  surface  g  donne,  par  voie  de  réflexion  partielle,  une  image 
«6  facile  à  observer.  Examinée  avec  un  oculaire  0,  l'image  aS  garde  abso- 
lument la  même  position,  quelle  que  soit  la  direction  de  la  partie  mobile 


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—  200  — 

du  faisceau  comprise  entre  les  deux  miroirs  plan  et  concave;  elle  est  donc 
bien  réellement  rimage  fixe  d'une  image  mobile. 

Dans  Tappareil  qui  a  servi,  l'objet  ab  est  la  mire  (fig.  5)  telle  qu'elle 
a  été  décrite;  l'objectif  L  a  1™,90  de  foyer,  et  l'oculaire  à  micromètre 
(fig.  10)  grossit  de  dix  à  vingt  fois;  le  miroir  tournant  a  0'",0H  de  dia- 
mètre, et  le  rayon  de  courbure  du  miroir  concave  est  de  4  mètres.  La  dis- 
tance du  miroir  tournant  à  l'objet  peut  varier  dans  des  limites  très-étendues, 
et  la  position  de  l'objectif  est  donnée  par  la  nécessité  de' placer  l'objet  et 
la  surface  du  miroir  concave  à  deux  de  ses  foyers  conjugués. 

Mettons  actuellement  le  miroir  en  marche  et  faisons-le  tourner  d'abord 
lentement  d'une  manière  continue,  dans  le  sens   indiqué  par  la  flèche 

(fig.i). 

L'angle  d'incidence  variant  progressivement  et  l'angle  de  réflexion 
devant  rester  toujours  égal  à  celui-ci,  le  faisceau  réfléchi  tourne  autour  du 
point  Cy  comme  le  miroir,  mais  avec  une  vitesse  angulaire  double;  l'image 
circule  sur  sa  circonférence  de  cercle,  et,  à  chaque  tour  du  miroir  plan, 
elle  passe  une  fois  sur  le  miroir  concave  en  faisant  naître,  pour  l'observa- 
teur, l'image  a6,  qui  reste  éteinte  pendant  tout  le  temps  compris  entre 
deux  passages  consécutifs.  Aussi,  quand  le  nombre  des  tours  du  miroir  est 
inférieur  à  trente  par  seconde,  l'image  ne  brille-t-elle  que  par  intermit- 
tences; pour  des  vitesses  supérieures,  les  apparitions  se  succèdent  assez 
rapidement  pour  se  confondre  les  unes  avec  les  autres  par  la  persistance 
des  impressions  visuelles;  l'image  org  semble  alors  permanente,  et  son 
intensité  est  réduite,  pour  l'observateur,  dans  le  rapport  de  la  circonfé- 
rence entière  à  la  moitié  de  l'arc  réfléchissant  du  miroir  concave. 

Mais  quand  le  miroir  tourne  suffisamment  vite,  un  autre  effet  se  pro- 
duit, et  l'on  voit  apparaître  le  phénomène  important  de  \?idéviatxon.  L'image 
aê  se  déplace  sous  le  trait  du  micromètre  oculaire  et  dans  un  sens  tel,  qu'on 
la  dirait  entraînée  par  le  mouvement  du  miroir.  Ce  déplacement  montre 
que  la  durée  de  la  propagation  de  la  lumière  entre  les  deux  miroirs  n'est 
pas  nulle,  et  qu'elle  peut  être  mesurée  par  la  grandeur  de  la  déviation 
elle-même. 

Pour  simplifier  la  démonstration,  réduisons  la  source  de  lumière  à  un 


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point  unique  a  (fig.  2),  ne  considérons  que  le  rayon  central  ac  du  faisceau 
qui  s'engage  dans  l'appareil,  et  étudions  sa  marche  au  moment  où  le  mi- 
roir tournant  se  présente  sous  Tincidence  vo,ulue  pour  l'envoyer  faire  image 
en  un  point  a'  sur  un  élément  normal  quelconque  de  la  surface  du  miroir 
concave  M.  Réfléchi  sur  lui-même,  ce  rayon  vient  retrouver  le  miroir  plan, 
maïs  déjà  celui-ci  a  tourné,  et  le  rayon,  en  s'y  réfléchissant  une  seconde 
fois  sous  une  incidence  nouvelle,  prend  une  direction  nouvelle  aussi,  qui 
ne  lui  permet  plus  de  former  image  à  son  point  de  départ,  mais  qui 
l'oblige  à  donner  en  a^  une  image  déviée  dans  le  sens  du  mouvement 
de  rotation,  et,  par  suite,  une  image  a'  également  déviée  pour  l'obser- 
vateur. 

11  est  facile  de  voir  comment  la  grandeur  de  cette  déviation  est  liée 
à  la  vitesse  de  la  lumière,  au  nombre  de  tours  du  miroir  dans  l'unité 
de  temps  et  aux  distances  qui  séparent  les  diflférentes  pièces  de  l'appareil. 

Désignons  par  r  la  distance  oa  du  centre  optique  de  l'objectif  à  la  mire, 
par  /  et  /'  les  distances  du  miroir  tournant  au  miroir  fixe  et  au  même  centre 
optique  o;  nommons  n  ^nombre  de  tours  du  miroir  par  seconde,  tu  le  rap- 
port de  la  circonférence  au  diamètre,  et  V  la  vitesse  de  la  lumière  ou  l'es- 
pace qu'elle  parcourt  en  une  seconde,  d  Tare  de  déviation  aa^,  égal  à  aa', 
et  prenons  a>  pour  désigner  l'angle  dont  le  miroir  a  tourné  pendant  le 
temps  qu'emploie  la  lumière  pour  aller  et  venir  entre  les  deux  miroirs. 

Afin  d'avoir  l'angle  de  déviation  ^  exactement  double  de  l'angle  a>,  je 
commencerai  par  négliger  la  distance  /',  c'est-à-dire  par  supposer  l'objectif 
placé  à  une  distance  insensible  du  miroir  tournant.  Dans  cette  hypothèse, 
si  l'on  imprime  au  miroir  une  vitesse  de  n  tours  par  seconde,  la  dévia- 
tion d  que  l'on  observe  fera  connaître  l'angle  <^==-j'  ^^^^  tourne  le  miroir 
pendant  que  la  lumière  franchit  la  distance  2  /.  Le  rapport  de  l'angle  co  à 
n  fois  quatre  angles  droits,  ou  le  rapport  de  la  déviation  d  à  2n  fois  la  circon- 
férence entière  27ur,  est  alors  égal  au  rapport  de  la  distance  2/  à  celle  que 

franchit  la  lumière  en  une  seconde,  ou  égal  à-^>  ce  qui  donne 

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—  202  — 

Maïs,  en  réalité,  l'objectif  ne  se  confond  jamais  avec  le  miroir  tournant,  et 
même  l'expérience  exige  qu'on  établisse  entre  eux  une  distance  telle,  que 
la  déviation  en  est  notablement  diminuée.  La  correction  qu'il  faut  faire 
subir  à  la  valeur  ci-dessus  ressort  clairement  delà  construction  représentée 
dans  la  figure  2. 

On  prolonjçe  les  traces  c\l,  c]3l  du  plan  du  miroir  tournant  dans  les 
deux  positions  qu'il  occupe  aux  instants  précis  qui  limitent  la  durée  d'une 
excursion  de  la  lumière  vers  le  miroir  concave,  et  l'on  construit,  relative- 
ment à  ces   traces,  les  points  a^  et  a"'  symétriques  du  point  a'.  L'angle 
cl'  co!"  est  bien  alors  égal  à  2  w,  et  serait  égal  aussi  à  l'angle  de  déviation,  ^\ 
l'objectif  avait  son  centre  appliqué  en  c  ;  mais  comme,  en  réalité,  celle 
condition  ne  peut  être  remplie,  et  comme  l'objectif  est  toujours  placé  à 
une  certaine  distance  i'  du  miroir,   l'angle  de  déviation  égal  à  Vangle 
opposé  a'^oa'^'  est  moindre  que  o!' ca'"  égal  à2a>.  Ces  angles  étant  très-petits 
et  aux  sommets  de  deux  triangles  qui  ont  même  base  ol'  a"\  donnent  sen- 
siblement ,  avec  leurs  hauteurs  l  et  /+^'»  1^  proportion 

^:2«  ::/:/  +  /•; 
d'où  il  suit  qu'au  lieu  d'avoir  simplement 

^=Sco,   on  a  ^=2»Xtx77- 

En  conséquence,  il  vient  pour  la  véritable  valeur  de  la  déviation, 

et,  pour  la  vitesse  de  la  lumière, 

8ff/*nr 


V= 


rf(/+n 


Cette  formule  peut  servir  en  effet  à  calculer  la  vitesse  de  la  lumière  dans 
l'air  avec  une  approximation  qui  dépend  de  la  précision  avec  laquelle  on 


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—  203  — 

mesure  la  déviation,  ainsi  que  les  diverses  quantités  représentées  par  les 
lettres  /,  T,  r  et  n. 

On  arrive  à  la  même  expression  en  raisonnant  de  cette  autre  manière: 
la  vitesse  de  la  lumière  est  l'espace  qu'elle  parcourt  dans  l'unité  de 
temps 

or 

remplaçante  et  t  par  leurs  valeurs,  on  trouve,  comme  précédemment, 

La  même  méthode  s'applique  à  la  mesure  de  la  vitesse  de  la  lumière 
dans  tout  milieu  homogène  et  transparent  que  l'on  placerait  entre  le  miroir 
tournant  et  le  miroir  concave.  Le  milieu  seul  venant  à  changer  sur  toute  la 
longueur  de  ce  trajet,  la  déviation  varierait  dans  le  simple  rapport  des 
vitesses  de  la  lumière  dans  le  nouveau  et  dans  l'ancien  milieu.  Si,  par 
exemple,  on  remplit  d'eau  l'espace  compris  entre  les  deux  miroirs,  sans 
rien  changer  du  reste,  l'indice  de  réfraction  de  l'eau  étant  sensiblement 
égal  à  -|-,  la  déviation  doit  augmenter  dans  le  rapport  de  3  à  4,  pour  con- 
firmer la  théorie  des  ondulations,  ou  diminuer  dans  le  rapport  de  &  à  S 
pour  justifier  le  système  de  l'émission. 

Mais  quand  on  interpose  une  colonne  d'eau  comprise  entre  deux  plans 
parallèles,  on  est  obligé  de  laisser  entre  ces  deux  plans  et  chacun  des  mi- 
roirs une  certaine  distance  ;  alors  la  distance  l  se  trouve  partagée  en  deux 
parties,  l'une  P  occupée  par  le  milieu  réfringent,  et  l'autre  Q  où  l'air  per- 
siste. En  pareil  cas,  la  déviation  observée  donne  seulement  la  vitesse 
moyenne  U  de  la  lumière  dans  un  espace  occupé  en  partie  par  l'air  et  en 
partie  par  l'eau.  Mais  comme  la  vitesse  V  dans  l'air  est  déjà  connue,  comme 
la  vitesse  moyenne  U  s'obtient  de  la  même  manière,  comme  on  peut  me- 
surer directement  les  longueurs  P  et  Q,  dont  la  somme  est  égale  à  /,  on 


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-  204  — 
obtient  facilement  la  vitesse  V  de  la  lumière  dans  l'eau.  En  effet,  la  vitesse 
moyenne  de  la  lumière  dans  le  trajet  P+Qest 

(P+Q)VV\ 

PV-hQV  • 

d'où  l'on  tire 

PVU 


V'« 


(P  +  Q)V-QD 


Au  reste,  pour  trancher  la  question,  qui  intéresse  à  un  si  haut  point  la 
théorie,  il  n'est  pas  nécessaire  de  mesurer  la  vitesse  de  la  lumière  dans 
l'eau,  ni  de  se  préoccuper  des  moyens  d'y  parvenir  ;  il  sufBt  de  constater 
dans  quel  sens  la  déviation  qui  se  produit  en  opérant  uniquement  daos 
l'air,  se  modifie  quand  on  interpose  une  colonne  d'eau  assez  longue  poar 
produire  un  eflfet  sensible;  mieux  vaut  encore  disposer  dans  Fappareil  deux 
lignes  d'expériences,  l'une  pour  l'air  seul,  l'autre  pour  l'air  et  l'eau,  et 
observer  simultanément  les  deux  déviations  correspondantes.  La  comparai- 
son en  devient  alors  tellement  facile,  qu'il  est  inutile  de  procéder  à  aucune 
mesure  :  on  dispose  les  choses   comme  elles  sont  représentées  dans  la 
figure  â. 

J'éviterai  encore  de  compliquer  le  tracé  géométrique  de  l'expérience, 
en  réduisant,  comme  précédemment,  le  faisceau  de  lumière  à  son  rayon 
central;  il  est  bien  entendu  que  son  point  de  départ,  marqué  en  a^  est  tou- 
jours la  mire  (fig.  5)  formée  par  une  ouverture  carrée,  traversée  en  son 
milieu  par  un  fil  vertical,  et  dont  l'image  vue  à  l'oculaire  offre  l'aspect 
représenté  Ggure  6. 

A  droite  et  à  gauche  du  faisceau  direct,  et  sur  la  trajectoire  de  l'image 
mobile,  on  place  deux  miroirs  concaves  M  et  M',  dont  les  surfaces  appar- 
tiennent à  la  même  sphère  ayant  son  centre  en  c.  Chacun  d'eux  limite  nm 
distance,  uae  ligne  d'expérience  qui  s'étend  de  sa  surface  à  celle  du  mi- 
roir tournant. 

Le  rayon  mobile  trouve  alors  à  se  réfléchir  à  chaque  tour  dans  deux 
directions  différentes,  et  quand  il  tombe  sur  M,  et  quand  il  tombe  sur  31  ; 
par  suite,  le  nombre  des  apparitions  de  l'image  a  se  trouve  doublé;  autre- 


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—  205  — 

ment  dit,  cette  image  est  en  réalité  produite  par  la  superposition  des  im- 
pressions de  deux  images,  Tune  due  au  passage  de  la  lumière  suivant  la 
ligne  cM,  l'autre  due  à  son  passage  suivant  cW.  Tant  que  les  longueurs  cM 
et  cW  sont  maintenues  égales,  tant  que  les  milieux,  traversés  de  part  et 
d'autre,  restent  identiques,  l'accélération  du  mouvement  de  rotation,  pro- 
duisant sur  les  deux  images  une  même  déviation,  ne  saurait  les  rendre 
distinctes  l'une  de  l'autre.  Mais  Tin  terposîtion  d'un  milieu  réfringent  sur  l'une 
des  deux  directions  cM  ou  cW,  altérant  la  symétrie  parfaite  du  système, 
doit,  en  modifiant  la  vitesse  de  la  lumière  dans  l'une  des  deux  voies,  pro- 
duire le  dédoublement  a'a^'  de  l'image  a.  C'est,  en  effet,  ce  qui  arrive 
lorsque,  au  devant  du  miroir  M'  on  place  le  tuyau  T  rempli  d'eau  et  ter- 
miné, à  ses  deux  extrémités,  par  des  glaces  parallèles.  Seulement,  pour 
assurer  le  succès  de  l'expérience  et  en  rendre  le  résultat  plus  apparent 
et  plus  rigoureux,  il  est  nécessaire  de  prendre  encore  certaines  pré- 
cautions. 

L'interposition  du  tube  à  eau  apporte  dans  la  marche  des  rayons  un 
trouble  dont  il  est  facile  de  se  rendre  compte  en  considérant  que  la  face 
d'entrée  T  agit  sur  le  faisceau  convergent,  de  manière  à  rapprocher  de  la 
normale  tous  les  rayons,  et  à  produire  un  allongement  de  foyer.  Si,  en 
l'absence  du  tube,  l'image  mobile  vient  tomber  exactement  sur  la  surface 
réfléchissante  M',  le  tube  étant  remis  en  place,  on  observe  que  l'image 
parait  trouble  à  l'oculaire  parce  qu'elle  lend  à  se  former  au  delà  du  miroir 
concave. 

Pour  rétablir  le  degré  de  convergence  nécessaire  à  la  netteté  de  l'image 
en  M',  on  place  en  avant  du  tube  une  lentille  simple  V  d'une  très-grande 
longueur  focale,  facile  à  déterminer  par  le  tâtonnement  ou  par  le  calcul. 
Cela  fait,  l'image  en  retour  présente  la  même  netteté,  soit  qu'elle  revienne 
par  l'un  ou  l'autre  chemin  ;  elle  ne  varie  plus  que  par  la  couleur  et  l'in- 
tensité :  blanche  et  vive,  quand  la  lumière  a  constamment  cheminé  dans 
l'air,  elle  devient  verte  et  sombre  par  l'interposition  de  la  colonne  d'eau, 
et  si  l'on  n'avait  recours  à  un  artifice  particulier,  cette  différence  d'éclat 
ne  permettrait  pas  de  voirie  dédoublement  qui  doit  survenir  avec  la  dé- 
viation. 


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—  206  — 

Appelant  image  dans  Vair  la  superposition  des  Impressions  produites 
par  les  réapparitions  rapides  de  Tirnage  formée  après  le  parcours  complet 
de  la  lumière  dans  l'air,  et  appelant  image  dans  l'eau  la  superposition  des 
impressions  de  la  lumière  dirigée  dans  l'autre  voie,  je  vais  montrer  com- 
ment on  les  rend  distinctes  l'une  de  l'autre  dans  toutes  les  phases  de  l'expé- 
rience. 

Faisons  tourner  le  miroir  k  raison  de  plus  de  trente  tours  par  seconde, 
afin  d'avoir,  en  mettant  Tœil  à  l'oculaire,  une  impression  continue.  Si  l'on 
masque  le  miroir  M',  on  ne  voit  que  l'image  dans  l'air;  si,  au  contraire, 
Ton  transporte  l'obstacle  au  devant  du  miroir  M,  on  ne  voit  que  l'image 
dans  l'eau,  et  pour  que  l'une  ou  l'autre  soit  entièrement  visible  (fig.  6),  il 
faut  que  le  miroir  concave,  soit  le  miroir  M'  (fig.  ft),  reste  découvert 
dans  toute  la  hauteur  de  la  trace  h  de  l'image  mobile  à  sa  surface.  Veut-on 
réduire  la  hauteur  de  l'image  perçue,  on  n'a  qu'à  placer  comme  en  M 
(fig.  4),  au  devant  du  miroir  concave,  un  écran  percé  d'une  fente  dont  la 
hauteur  soit  moindre  que  celle  de  la  trace  h;  nécessairement  l'image 
perçue  se  réduit  d'autant,  et  prend  l'aspect  représenté  figure  7. 

Couvrons  donc  le  miroir  M  de  son  écran  fendu,  dégageons  complète- 
ment le  miroir  M',  faisons  tourner  le  miroir  mobile  «assez  vite  pour  con- 
fondre les  impressions  sans  donner  encore  de  déviation  sensible  ;  il  est  évi- 
dent que  l'image  perçue  sera  formée  de  la  superposition  de  l'image  dans 
l'eau  conservant  toute  sa  hauteur,  son  intensité,  et  sa  couleur  propre,  et  de 
l'image  dans  l'air,  plus  vive  et  plus  basse,  traversées  toutes  deux  par  le 
même  trait  vertical  et  recliligne  :  a  sera  une  image  résultante,  telle  que 
celle  représentée  figure  8. 

Pour  compléter  l'appareil,  il  ne  reste  plus  qu'à  placer  au  foyer  de  Tocu- 
laire  un  verre  plan  marqué  d'un  trait  vertical  qui,  pour  une  rotation  lente 
ou  même  nulle  du  miroir  tournant,  se  confonde  avec  le  trait  médian,  image 
du  fil  de  la  mire.  Alors  on  peut  lancer  le  miroir  à  toute  vitesse,  et  à  me- 
sure que  sa  rotation  s'accélère,  on  voit  l'image  se  transporter  en  masse  et 
se  disloquer,  ainsi  que  dans  la  figure  9;  le  trait  fixe  appartenant  à  l'ocu- 
laire reste  là  comme  point  de  repère  très-propre  à  faire  juger  des 
grandeurs  absolues  et  relatives  des  deux  déviations. 


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En  fait,  la  déviation  de  Timage  médiane  est  toujours  moindre  que  celle 
des  portions  visibles  de  Timage  verte,  qui  la  dépasse  en  haut  et  en  bas. 
Si,  par  exemple,  on  adopte  pour  l'expérience  les  données  suivantes  : 


r  =3'*» 

n  =  500 

i  =  4m 

P=  3'" 

r=4™18 

Q  =  1'" 

on  a  pour  Timage  blanche  une  déviation  de  0'^",375,  et  pour  l'image  verte 
une  déviation  de  0™™,469;  leur  différence  ne  peut  évidemment  pas 
échapper  à  l'observation. 

Mais  l'image  blanche,  c'est  l'image  dans  Tair,  et  sa  déviation  donne  la 
mesure  de  la  durée  du  séjour  de  la  lumière  entre  les  deux  miroirs;  l'image 
verte,  c'est  l'image  dans  l'eau,  et  sa  déviation  donne  aussi  la  mesure  du 
temps  correspondant  à  une  même  distance  parcourue.  Nous  arrivons  donc 
à  cette  conclusion  définitive  et  à  tout  jamais  inconciliable  avec  le  système 
de  l'émission  : 

La  lumière  se  meut  plus  vite  dans  Pair  que  dans  Veau. 

DESCRIPTION   DES    APPAREILS.  —   DÉTAILS    PRATIQUES 
SUR    LA    MISE    EN    EXPÉRIENCE. 

Quand  j'ai  résolu  d'aborder  cette  opération  délicate,  mon  premier  soin 
a  été  de  me  procurer  un  moteur  spécial  pour  communiquer  au  miroir  un 
mouvement  de  rotation  rapide  et  persévérant.  M.  Whealstone,  l'inventeur 
du  miroir  tournant,  employait  une  machine  qui  agissait  comme  une  sorte 
de  rouet  au  moyen  d'un  cordon  embrassant  les  circonférences  inégales 
d'une  roue  motrice  et  d'une  petite  poulie  solidaire  avec  l'axe  du  miroir;  il 
obtenait  ainsi   une  vitesse    de  6   à   800    tours   par  seconde.    M.    Bre- 
guet,  chargé  par  M.  Arago  de  réaliser  une  vitesse  plus  grande  encore,  a 
construit  la  machine  déjà  citée  qui  a  paru  à  l'Exposition  des  produits  de 
l'industrie  pour  l'année  1844.  L'application  de  l'engrenage  de  White  aux 
derniers  mobiles,  et  l'extrême  légèreté  du  miroir,  permirent  d'atteindre 
de    1000  à   1500  tours  par  seconde.   Au   moment  de   choisir  entre  les 


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—  208  — 

deux  systèmes,  j'ai  redouté  les  effets  destructeurs  de  ces  divers  modes  de 
communication  de  mouvement;  j'ai  craint  de  ne  pas  pouvoir  modiGer  i 
volonté  la  vitesse  suivant  le  besoin,  et  la  maintenir  constante  pendant  un 
temps  suffisamment  long.  J'ai  pensé,  au  contraire,  obtenir  vitesse,  solidité 
et  régularité  de  marche  en  adoptant  une  petite  machine  qui  utilise  Técou- 
lement  des  gaz  par  les  orifices  étroits. 

Cette  machine  consiste  en  une  petite  turbine  à  vapeur  (Og.  il),  assez 
comparable  à  la  sirène,  mais  qui  donne  comparativement  peu  de  son.  Le 
même  axe,  sur  lequel  est  fixée  la  couronne  des  palettes  exposées  à  Taction 
du  fluide,  porte  aussi  le  miroir,  ce  qui  réduit  toute  la  partie  mobile  de 
l'appareil  à  une  pièce  unique  sur  laquelle  ont  dû  se  concentrer  tous  les 
soins  du  constructeur,  sur  laquelle  doit  porter  également  toute  la  surveil- 
lance de  l'expérimentateur.  En  jetant  les  yeux  sur  la  figure,  on  saisit  aa 
premier  coup  d'oeil  la  disposition  générale  de  la  machine. 

Au  milieu  se  trouve  une  sorte  de  chambre  qui  communique  avec  le 
générateur  de  vapeur.  Cette  chambre,  représentée  en  détail  figures  12  et  13, 
est  échancrée  de  manière  à  permetire  d'ôter  et  de  remettre  l'axe  à  sa  place 
sans  démonter  les  annexes  qu'il  porte;  elle  repose  (fig.  11)  sur  deux 
colonnes  réunies  inférieurement  par  une  traverse;  une  arcade  la  surmonte 
dans  le  but  d'offrir  avec  la  traverse  inférieure  les  deux  points  d'appui  qui 
déterminent  la  position  de  l'axe  du  mobile.  Cet  axe  est  terminé  en  pointe  à 
ses  extrémités  qui  s'engagent  dans  des  empreintes  coniques,  pratiquées  au 
bout  des  vis  d'acier  maintenues  par  des  contre-écrous,  l'une  au  sommet  de 
l'arcade,  l'autre  au  milieu  delà  traverse;  ces  vis  sont  d'ailleurs  traversées 
d'outre  en  outre  par  un  canal  étroit,  creusé  pour  le  passage  de  Thuile 
déposée  dans  les  petits  réservoirs  qui  les  terminent  en  haut  et  en  bas. 

Le  réservoir  supérieur  fonctionne  de  la  manière  la  plus  simple:  unlube 
de  caoutchouc  lui  communique,  par  l'intermédiaire  de  l'air  contenu  dans 
un  flacon,  la  pression  d'une  colonne  de  mercure  de  0'",15  à  0",20.  Sous 
l'influence  de  cette  pression,  l'huile  pénètre  dans  le  canal  de  la  vis  et  vient 
suinter  à  l'extrémité  supérieure  de  l'axe.  Le  réservoir  inférieur  supporte 
aussi  une  égale  pression;  mais  comme  il  s'agit  de  faire  monter  l'huile  au- 
dessus  de  son  niveau,  la  vis  se  prolonge  par  un  tube  plongeant  qui  pénètre 


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jusqu'au  fond  d'un  godet  intérieur  dont  les  parois  n'étant  pas  rigoureuse- 
ment en  contact  avec  celles  du  réservoir,  laissent  la  pression  se  trans- 
mettre librement  par  l'air  à  la  surface  de  l'huile.  Par  ce  moyen,  les  deux 
extrémités  de  l'axe  du  mobile  sont  incessamment  et  abondamment  lu- 
brifiées. 

Si  maintenant  on  examine  le  mobile  lui-même,  on  voit  que  son  axe 
porte  trois  appendices  différents:  l'un  situé  au-dessus  et  les  deux  autres 
au-dessous  de  la  chambre  à  vapeur. 

Le  premier  seulement  a  la  forme  circulaire  (fig.  14).  C'est  un  disque 
analogue  à  celui  de  la  sirène  et  percé  d'une  rangée  de  vingt-quatre  trous 
situés  à  égales  distances  du  centre;  les  cloisons  qui  les  séparent  sont 
planes,  minces  et  inclinées  de  manière  à  recevoir  le  choc  du  fluide  élas- 
tique et  à  fonctionner  comme  aubes  de  la  turbine.  La  vapeur  s'échappe  de 
la  chambre  placée  au-dessous  (fig.  13),  par  deux  orifices  pratiqués  aux 
extrémités  d'un  même  diamètre  dans  l'épaisseur  de  la  paroi  et  percés  obli- 
quement en  sens  inverse  de  l'inclinaison  des  palettes  du  disque  tournant. 
Comme  ce  disque  est  placé  très-près  de  la  paroi  sous-jacente,  le  fluide  qui 
s'écoule  des  orifices  fixes  est  obligé  de  changer  de  direction  et  produit  une 
réaction  qui  sollicite  successivement  toutes  les  aubes  à  circuler  dans  le 
même  sens,  autour  de  leur  centre  commun. 

Il  eût  été  plus  conforme  à  la  théorie  d'employer  des  aubes  courbes; 
mais  j'en  ai  été  détourné  par  les  difficultés  qu'on  aurait  rencontrées  pour 
les  construire  avec  toute  la  régularité  désirable;  d'ailleurs  il  ne  s'agit  pas, 
en  pareille  circonstance,  de  réaliser  un  effet  utile,  mais  bien  d'obtenir  une 
certaine  vitesse.  Or,  comme  la  force  motrice  est  à  discrétion,  on  arrive  faci- 
lement, avec  des  aubes  plates,  à  réaliser  les  vitesses  que  comportent  la  déli- 
catesse des  pivots  et  la  résistance  de  la  matière  au  développement  excessif 
de  la  force  centrifuge.  En  laissant  écouler  la  vapeur  sous  une  pression  d'une 
dçmi-atmosphère  seulement,  on  fait  prendre  au  mobile  une  vitesse  de  six 
à  huit  cents  tours  ;  le  calcul  et  la  manifestation  de  certains  phénomènes 
s'accordent  à  montrer  qu'il  ne  serait  pas  prudent  d'aller  beaucoup  au  delà. 
Quand  on  compare  ce  résultat  à  celui  qu'a  obtenu  M.  Bréguet,  il  semble 
que  la  turbine  à  vapeur  reste  en  arrière  de  la  machine  à  roues  dentées  ; 

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—  210  — 

mais  si  Ton  compare  les  dimensions  des  miroirs  entraînés  dans  les  deux 
cas,  on  trouve  que  l'avantage  est  encore  à  la  nouvelle  machine  :  pour  Tob- 
servation,  il  vaut  mieux  faire  huit  cents  tours  avec  un  miroirdeO'",044,que 
douze  cents  avec  un  miroir  de  O^jOlO  de  diamètre. 

Dans  sa  partie  inférieure  (fig.  11),  Taxe  est  interrompu  par  un  anneau 
dans  lequel  on  enchâsse  un  ou  deux  miroirs  placés  dos  à  dos  ;  des  viroles  à 
vis  les  maintiennent  en  place,  en  exerçant  une  pression  modérée;  les  ipi- 
roirs  sont  en  verre,  taillés  dans  une  même  glace  parallèle  et  argentés  sur 
les  faces  qui  ont  appartenu  au  môme  côté  de  la  glace.  L'étamage  au 
mercure  ne  résiste  pas  à  une  rotation  de  plus  de  deux  cents  tours  par 
seconde,  même  après  s'être  consolidé  par  le  temps  et  après  être  demeuré 
deux  ou  trois  années  en  repos.  La  partie  réfléchissante  de  l'amalgame  qui 
reste  toujours  liquide,  chassée  par  la  force  centrifuge,  se  réfugie  vers  les 
bords,  s'écoule  dans  la  monture,  et  l'on  voit  apparaître  au  milieu  du  miroir 
une  bande  mate,  qui  s'étend  de  proche  en  proche,  et  finit  par  envahir 
la  surface  tout  entière  ;  voilà  pourquoi  il  a  fallu  recourir  à  l'étamage 
solide  à  l'argent  tel  qu'on  commence  à  l'appliquer  régulièrement  dans  le 
commerce. 

Entre  l'anneau  récepteur  des  miroirs  et  la  chambre  à  vapeur,  l'axe 
reparaît  dans  une  étendue  suffisante  pour  recevoir  un  dernier  annexe  de 
forme  triangulaire,  et  muni  de  trois  vis  susceptibles  de  se  déplacer  dans  le 
sens  vertical.  Cet  organe  est  destiné  à  rétablir  après  coup,  par  la  distribu- 
lion  de  sa  masse,  la  coïncidence  de  l'axe  d'inertie  du  système  tournant,  avec 
son  axe  de  figure.  En  cela  il  joue  un  rôle   très-important.  Quelque  soin 
qu'on  apporte  dans  la  construction  pour  rendre  le  mobile  parfaitement 
symétrique,  l'hétérogénéité  de  la  matière  ne  permet  pas  de  faire  passer 
d'emblée  l'axe  d'inertie  par  les  pointes  qui  déterminent  l'axe  de  rotation. 
L'appareil  vibre  en  tournant;  il  se  produit  un  son  dont  l'intensité  menace 
les  pivots  d'une  prompte  destruction.  L'adjonction  du  compensateur  d'inertie 
permet  de  remédier  à  cet  inconvénient  redoutable.  Un  coup  de  lime,  appliqué 
méthodiquement  sur  un  ou  deux  des  trois  sommets  du  triangle,  ramène 
d'abord  le  centre  de  gravité  du  système  sur  l'axe  de  figure,  qui  déjà  croise 
ainsi  l'axe  d'inertie.  Pour  redresser  ce  dernier  et  le  faire  coïncider  avec 


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l'autre,  il  n'y  a  plus  qu'à  déplacer  convenablement  deux  des  vis  du  com- 
pensateur*. 

Quelque  soin  que  l'on  prenne  pour  opérer  cette  rectification,  on  ne 
réussit  jamais  à  annuler  complètement  les  vibrations  sonores  qui  se  déve- 
loppent sur  les  pivots;  car,  lors  même  qu'on  arriverait  à  distribuer  la 
masse  de  manière  à  équilibrer  le  système  ainsi  qu'à  annuler  le  couple  résul- 
tant des  forces  centrifuges,  les  pivots  n'étant  pas  rigoureusement  de  révo- 
lution, produiraient  encore  des  chocs  ou  des  pressions  périodiques  qui 
suffisent  pour  engendrer  un  son;  mais  on  réussit  au  moins  à  placer  la  ma- 
chine dans  de  telles  conditions,  qu'elle  peut  marcher  des  heures  entières 
sans  détérioration  appréciable;  ce  qui  est  le  point  essentiel,  et  constitue  la 
solution  pratique  des  difficultés  qui  s'opposaient  à  l'emploi  régulier  du  mi- 
roir tournant. 

Quant  à  la  dureté  qu'il  faut  communiquer  aux  extrémités  de  l'axe  et 
des  vis  d'acier  qui  le  maintiennent  en  place,  pour  ralentir  l'usure  aux  points 
de  contact,  je  m'en  suis  complètement  remis  aux  soins  et  à  l'expérience 

4.  Voici  comment  on  procède  à  ces  deux  rectifications  :  On  relire  le  mobile  et  on  le  place  horizon- 
talement en  le  faisant  reposer  par  ses  extrémités  sur  deux  glaces  inclinées  suivant  un  angle  moindre 
que  celui  des  deux  génératrices  des  cônes  terminaux.  Dans  cette  situation,  le  mobile  tourne  avec  une 
extrême  facilité;  et  si  son  centre  de  gravité  n'est  pas  exactement  sur  la  ligne  des  pointes,  il  oscille 
autour  d^une  position  d'équilibre  avec  une  vitesse  qui  donne  la  notion  du  sens  et  de  la  grandeur  de  la 
correction  à  faire;  on  use  alors  à  la  lime  ceux  des  sommets  du  compensateur  qui,  dans  la  position 
d'équilibre,  se  placent  au-dessous  du  plan  horizontal,  mené  par  l'axe  du  corps  :  peu  à  peu  on  arrive  à 
rendre  l'équilibre  indifférent,  et  dès  lors  les  axes  de  6gure  et  d'inertie  se  coupent  au  centre  de  gravité 
du  système. 

Il  se  peut  néanmoins  qu'ils  fassent  encore  un  certain  angle  entre  eux  :  on  en  est  averti  par  la  per- 
sistance du  son  d'axe  et  des  vibrations  qui  raccompagnent  lorsque,  le  mobile  étant  remis  en  place,  on 
vient  à  faire  fonctionner  la  machine.  11  faut  alors  procéder  à  une  seconde  rectification  beaucoup  plus 
délicate  encore  que  la  première;  pour  cela  on  s'en  prend  aux  vis  à  régler,  que  je  désignerai  par  les 
numéros  d'ordre  1,2,  3.  On  surcharge  d'abord  la  vis  n°  ^  de  quelques  centigrammes  de  cire  à  l'une 
de  ses  extrémités,  et  l'on  en  fait  autant  sur  le  milieu  du  côté  opposé  au  compensateur.  Le  centre  de 
gravité  ne  change  pas  de  position;  cependant,  quand  on  met  la  machine  en  action,  il  peut  arriver  que 
les  vibrations  soient  devenues  moins  ou  plus  intenses,  ou  bien  qu'il  ne  soit  survenu  aucun  changement 
appréciable.  Dans  le  premier  cas,  il  faut  agir  sur  la  vis  n*"  1  dans  le  sens  de  la  surcharge  ou  en  sens 
opposé;  dans  le  cas  contraire,  il  faut  la  laisser  en  place  et  agir  sur  les  vis  2  et  3.  On  tâte  alors  dans 
quel  sens  il  faut  les  déplacer,  on  les  surchargeant  simultanément,  en  sens  inverse,  de  petites  masses 
égales,  que  l'on  équilibre  par  deux  masses  semblables  placées  aux  deux  bouts  de  la  vis  n»  1,  et  Ton 
agit  peu  à  peu  en  les  déplaçant  dans  le  sens  indiqué  jusqu'à  ce  qu'on  n'obtienne  plus  d'amélioration 
sensible;  puis  on  revient  à  la  vis  n°  4,  et  ainsi  de  suite,  de  manière  à  atténuer^  autant  que  possible,  le 
son  d'axe,  par  cette  méthode  d'approximations  successives. 


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consommée  de  M.  Froment,  notre  habile  artiste  français,  qui  m'a  si  puis- 
samment secondé,  et  dont  le  nom  rappelle  déjà  de  si  nombreux  et  si 
parfaits  ouvrages. 

A  côté  de  la  petite  turbine  représentée  conformément  à  la  descriplion 
que  je  viens  d'en  donner,  on  voit,  dans  la  figure  11,  les  deux  flacons  des- 
tinés à  régler  l'alimentation  d'huile;  remplis  d'air,  ils  communiquent  chacun 
avec  l'un  des  réservoirs  précédemment  décrits.  Quand  on  veut  développer 
la  pression,  on  verse  du  mercure  dans  le  tube  vertical  qui  plonge  au  fond 
de  chacun  des  flacons.  L'air  se  comprime  et  exerce  une  pression  mesurée 
par  la  hauteur  de  colonne  soutenue  à  l'intérieur  du  tube.  En  vertu  de  la 
parfaite  adaptation  des  cônes  terminaux  dans  leurs  creux  respectifs,  l'huile 
est  gardée  sous  une  pression  de  0'",15  à  O^jQO,  et  ne  suinte  que  très-lente- 
ment quand  la  machine  fonctionne. 

Le  générateur  chargé  de  fournir  un  écoulement  constant  de  fluide 
élastique  est  une  simple  chaudière  semblable  à  celles  qui,  dans  les  cabinets 
de  physique,  sont  annexées  aux  petits  modèles  de  la  machine  de  Watt.  Je 
ne  m'arrêterai  donc  pas  à  la  décrire.  Je  dirai  seulement  que  sa  capacité 
est  de  25  litres,  qu'elle  est  pourvue  d'un  manomètre,  d'une  soupape,  d'un 
tube  jaugeur  du  niveau,  et  d'un  ajutage  à  robinet  pour  régler  la  dépense 
de  la  vapeur  et  sa  vitesse  d'écoulement.  Le  tube  de  communication  qui  se 
rend  à  la  turbine  a  dû  être  garni  de  plusieurs  épaisseurs  de  lisières  pour 
diminuer  la  perte  de  chaleur  par  rayonnement,  et  réduire  autant  que  pos- 
sible la  condensation  qui  en  résulte. 

Malgré  cette  précaution,  la  vapeur  arrivait  au  petit  moteur  tellement 
chargée  de  liquide,  qu'il  a  fallu  la  surchauCfer  avec  une  forte  lampe  h 
esprit-de-vin  avant  son  admission  dans  la  turbine.  La  pièce  destinée  à  cette 
opération,  ou  le  sur  chauffeur^  est  un  tube  en  métal  aplati,  tel  qu'on  le  voit 
dans  la  figure,  et  qui  porte  un  robinet  à  trois  fins  pour  la  mise  en  train. 
Dans  sa  position  normale,  ce  robinet  permet  la  libre  communication  de 
la  chaudière  à  la  turbine;  mais  en  agissant  sur  la  clef  dans  un  sensoudans 
l'autre,  on  suspend  l'écoulement,  ou  l'on  dirige  la  vapeur  à  Textérieur  par 
un  tube  additionnel  sans  la  laisser  passer  à  travers  la  machine.  C'est  ainsi 
qu'on  rejette  au  dehors  l'eau  qui  se  condense  au  moment  de  la  mise  en 


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iraîn  dans  Tintérieur  du  tube  de  communication.  Dès  que  l'eau  cesse  d'être 
entraînée  en  quantité  notable,  on  remet  le  robinet  à  trois  fins  dans  sa  po- 
sition normale;  aussitôt  la  vapeur  se  dirige  à  travers  le  surchauffeur  et 
va  agir  sur  la  turbine  comme  un  gaz  véritable.  Quand  l'écoulement  est 
ainsi  établi,  on  en  règle  la  vitesse  au  moyen  du  robinet  ordinaire  qui  tient  à 
la  chaudière  et  qui  s'ajuste  au  tube  de  communication.  Afin  d'agir  sur  la 
clef  de  ce  robinet,  du  lieu  même  où  l'on  observe,  on  se  sert  d'un  cordon 
enroulé  sur  un  petit  treuil  placé  à  la  portée  de  la  main. 

Il  va  sans  dire  que,  pour  conserver  la  netteté  des  images,  le  miroir 
tournant  doit  être  abrité  par  des  écrans  convenablement  disposés,  contre 
les  rejaillissements  de  la  vapeur  et  de  l'huile,  et  contre  Tinlerposition  des 
courants  d'air  échauffés. 

Il  importe  également  de  conserver  à  la  colonne  d'eau  qui  fait  partie  de 
l'appareil,  toute  sa  transparence  et  son  homogénéité.  Placée  dans  un  tube 
de  zinc  entre  des  glaces  parallèles,  cette  eau  se  présente  aux  rayons  qui  vont 
et  viennent,  sous  une  épaisseur  de  3  mètres  ;  c'est  en  réalité  comme  si  l'on 
opérait  sur  une  épaisseur  double.  Or,  il  est  évident  que  pour  une  épaisseur 
de  6  mètres,  la  coloration  la  plus  faible  ajoutée  à  celle  du  milieu,  ou  la 
suspension  des  particules  les  plus  rares,  produirait  bientôt  une  extinc- 
tion complète   des  rayons   qui   s'y  propagent,    de    même  que   les   plus 
petites  variations  de  densité  troubleraient  leur  marche,  au  point  de  com- 
promettre les  observations.  J'ai  reconnu  que  l'eau  commune  qui  a   passé 
par  le  filtre  des  fontaines  ordinaires  présente  toute  la  limpidité  désirable, 
et  même  une  transparence  bien  supérieure  à  celle  de  Teau  distillée,  dans 
laquelle  flottent  toujours  des  matières  organiques  qui  se  reproduisent  sans 
cesse;  mais  pour  que  celte  eau  restât  claire,  pour  éviter  qu'elle  se  chargeât 
de  flocons  d'oxyde  de  zinc,  il  a  fallu  recouvrir  le  métal  d'une  forte  couche 
de  vernis.  Puis,  en  ayant  soin  de  ne  pas  remplir  le  tube,  on  se  réserve  la 
facilité  de  rétablir,   par  l'agitation,  l'homogénéité  du  milieu,  malgré  les 
variations  inévitables  de  la  température  ambiante.  Enfin  il  peut  arriver  que, 
malgré  toutes  ces  précautions,  l'image  à  l'oculaire  soit  encore  trouble  et 
dlOforme;  c'est  qu'alors  les  glaces  qui  terminent   la  colonne  d'eau  sont 
forcées  dans  leurs  montures;  il  faut  en  pareil  cas  leur  donner  du  jeu  dans 


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les  sertissures  et  recourir  simplement  à  la  cire  pour  prévenir  Técoulement 
du  liquide  sans  exercer  de  pressions  inégales. 

Jusqu'ici,  rien  ne  laisse  supposer  que  je  me  sois  préoccupé  des  moyens 
de  mesurer  la  vitesse  de  rotation  du  miroir;  c'est  qu'en  effet,  tant  qu'il  ne 
s'agit  que  d'apprécier  les  vitesses  relatives  de  la  lumière  dans  l'air  et  dans 
Teau,  la  détermination  du  mouvement  angulaire  du  miroir  n'offre  qu'un 
intérêt  secondaire.  Cependant,  ne  fût-ce  que  pour  connaître  la  puissance 
du  moteur  que  j'avais  adopté,  j'ai  mis  à  profit  le  son  que  donne  l'axe  en 
tournant  avec  rapidité,  pour  le  comparer  à  celur  d'un  diapason  étalonné, 
et  pour  déduire  approximativement  de  l'intervalle  musical  de  ces  deux 
sons,  le  nombre  de  tours  du  mobile  sur  lui-même  ;  j'ai  ainsi  reconnu  que 
la  petite  turbine  à  vapeuracquiert  facilement,  par  une  pression  de  -J- atmo- 
sphère, une  vitesse  de  six  à  huit  cents  tours  par  seconde.  Mais  déjà,  par 
une  vitesse  de  cinq  cent  douze  tours,  qui  donne  l'unisson  de  Tm^^,  la  ques- 
tion est  jugée;  la  déviation  a  lieu  simultanément  pour  les  deux  images,  et 
la  déviation  de  l'image  dans  l'eau  est  manifestement  plus  grande  que  celle 
de  l'image  dans  l'air.  De  plus,  en  tenant  compte  des  longueurs  d'air  et 
d'eau  traversées,  les  déviations  se  montrent  sensiblement  proportionnelles 
aux  indices  de  réfraction. 

RÉSUMÉ.    —    CONCLUSION. 

Depuis  nombre  d'années,  deux  systèmes  rivaux  prétendent  à  l'expli- 
cation des  phénomènes  lumineux.  Parmi  ces  phénomènes,  l'un  des  plus 
simples  et  des  plus  apparents,  la  réfraction,  résulte  de  deux  actions  opposées 
de  Ja  part  des  corps,  suivant  qu'on  cherche  à  l'interpréter  dans  l'une  ou 
dans  l'autre  théorie.  D'après  le  système  de  l'émission,  le  changement  de 
direction  de  la  lumière  serait  dû  h  une  accélération  subie  à  son  entrée 
dans  les  milieux  réfringents.  Dans  le  système  des  ondulations,  ce  même 
changement  de  direction  devrait  coïncider  avec  un  ralentissement  dans  la 
vitesse  de  propagation  du  principe  lumineux. 

Frappé  de  cet  antagonisme  entre  les  deux  systèmes,  M.  Arago  déclare, 
en  1838,  que  l'un  des  deux  succombera  le  jour  où  l'on  constatera,  par  une 


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expérience  directe,  dans  quel  sens  se  modifie  la  vitesse,  lorsque  la  lumière 
pénètre  d'un  milieu  rare  dans  un  milieu  plus  dense,  lorsqu'elle  passe  de 
l'air  dans  l'eau  ou  dans  tout  autre  liquide;  en  même  temps  il  annonce  que 
le  miroir  tournant,  récemment  inventé  par  M.  Whealstone,  servira  àréaliser 
une  pareille  entreprise. 

Douze  années  s'écoulent  sans  qu'on  puisse  saisir  au  retour  le  rayon 
fugitif  réfléchi  par  le  miroir  tournant.  C'est  alors  qu'en  lui  associant  un  mi- 
roir concave,  je  reconnais  que  le  miroir  tournant  peuf  donner  à  l'observa- 
teur l'image  fixe  d'une  image  mobile;  image  fixe  pour  une  rotation  uniforme, 
mais  qui  se  dévie  en  raison  directe  de  la  vitesse  angulaire  du  miroir  et  de 
la  durée  du  double  parcours  de  la  lumière  entre  deux  stations  très-rap- 
prochées.  Un  calcul  très-simple  montre  que  l'on  obtient  ainsi  un  signe 
sensible  et  mesurable  de  la  durée  de  la  propagation  du  principe  lumineux 
entre  deux  poinls  distants  d'un  petit  nombre  de  mètres.  Dès  lors  il  devient 
possible  d'interposer  aussi  bien  ou  de  l'air  ou  de  l'eau,  et  de  juger  des 
vitesses  relatives  par  les  déviations  correspondantes.  Un  artifice  expéri- 
mental permet,  en  outre,  d'obtenir  simultanément  les  deux  déviations,  de 
les  superposer  dans  le  champ  d'un  même  instrument,  et  d'en  opérer  la 
comparaison  directe  sans  les  rapporter  à  une  unité  commune,  sans  qu'il 
soit  besoin  de  prendre  aucune  mesure. 

Que  l'on  modifie  la  vitesse  du  miroir  ou  la  distance  des  stations  ou 
celle  des  différentes  pièces  de  l'appareil,  les  déviations  changent  de  gran- 
deur sans  doute;  mais  toujours  celle  qui  correspond  au  trajet  dans  l'eau  se 
montre  plus  grande  que  l'autre,  toujours  la  lumière  se  trouve  retardée  dans 
son  passage  ;i  travers  le  milieu  le  plus  réfringent. 

La  conclusion  dernière  de  ce  travail  consiste  donc  à  déclarer  le  sys- 
tème de  l'émission  incompatible  avec  la  réalité  des  faits. 


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DÉTERMINATION   EXPÉRIMENTALE 

DE    LA   VITESSE    DE    LA   LUMIÈRE 

PARALLAXE  DU  SOLEIL* 

(Académie  des  Sciences,  22  septembre  i802.) 


Dans  la  séance  du  6  mai  1850,  j'ai  donné  le  résultai  d'une  expérience 
différentielle  sur  la  vitesse  de  la  lumière  dans  deux  milieux  d'inégales  den- 
sités, et  j'ai  indiqué  que,  plus  lard,  le  même  procédé,  fondé  sur  l'emploi  du 
miroir  tournant,  servirait  à  mesurer  la  vitesse  absolue  de  la  lumière  dans 
l'espace. 

Au  commencement  de  Tété,  l'appareil  se  trouvait  en  état  de  fonc- 
tionner, mais  la  mauvaise  saison  ne  m'a  pas  permis  de  me  livrer  aussi 
promptement  que  je  l'aurais  désiré  à  des  observations  qui  exigeaient  le 
concours  de  la  lumière  solaire. 

Cependant  le  ciel  a  fini  par  se  découvrir,  et,  profitant  de  ces  derniers 
beaux  jours,  j'ai  obtenu  des  résultats  qui  me  semblent  contenir,  à  peu  de 
chose  près,  l'expression  de  la  vérité. 

L'appareil  actuel  ne  diffère  essentiellement  de  celui  qui  a  été  précé- 
demment décrit  que  par  l'adjonction  d'un  rouage  chronométrique  destiné 
à  mouvoir  un  écran  circulaire  denté,  pour  la  mesure  exacte  de  la  vitesse 

4.  Voir  C.  R.  de  l'Ac.  des  Se,  t.  LV,  p.  bO\. 


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_  217  — 

du  miroir  et  par  l'extension  de  la  ligne  d'expérience  qui,  au  moyen  de 
réflexions  multiples,  a  été  portée  de  H  à  20  mètres.  Augmentant  ainsi  la 
longueur  du  trajet  lumineux  et  apportant  plus  d'exactitude  dans  la  me- 
sure du  temps,  j'ai  obtenu  des  déterminations  dont  les  variations  extrêmes 
ne  dépassent  pas  j^,  et  qui,  combinées  par  voie  de  moyenne,  donnent 
rapidement  des  séries  qui  s'accordent  au  7}^. 

En  déûnitive  la  vitesse  de  la  lumière  se  trouve  notablement  diminuée. 
Suivant  les  données  reçues,  cette  vitesse  serait  de  308  millions  de  mètres 
par  seconde;  et  l'expérience  nouvelle  du  miroir  tournant  donne,  en 
nombre  rond,  298  millions. 

On  peut,  ce  me  semble,  compter  sur  l'exactitude  de  nombre,  en  ce  sens 
que  les  corrections  qu'il  pourra  subir  ne  devront  pas  s'élever  au-dessus  de 
500,000  mètres. 

Si  l'on  accepte  ce  nouveau  chiffre  et  qu'on  le  combine  avec  la  con- 
stante de  l'aberration  :  20^,45  pour  en  déduire  la  parallaxe  du  soleil  qui 
est  évidemment  fonction  de  l'un  et  de  l'autre,  on  trouve  au  lieu  de  8'^57, 
la  valeur  notablement  plus  forte  8'', 86.  Ainsi  la  distance  moyenne  de  la 
terre  «lu  soleil  se  trouve  diminuée  environ  de  -,V. 

Pour  donner  une  idée  du  degré  de  confiance  qu'on  peut  accorder  au 
système  d'observation  qui  a  été  employé  dans  celte  circonstance,  je  trans- 
crirai ici  une  série  de  déterminations  brutes,  choisie  parmi  celles  dont  la 
moyenne  s'accorde  le  mieux  avec  la  moyenne  générale. 


4024 

4025 

4029 

4028 

4027 

4026 

4027 

4025 

4026 

4027 

4026 

4026 

4026 

1025 

4026 

4028 

4028 

4027 

4026,5 

4027 

Moyenne     4026,7 

Ce  nombre  1026,7  se  rapporte  à  une  longueur  arbitraire  qui  intervient 
dans  l'appareil  et  que  l'on  fait  varier  à  chaque  détermination  de  manière 
à  obtenir  un  déplacement  constant  de  l'image  déviée  par  le  miroir  tour- 
nant. 

23 


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1 


—  218  — 


Dans  une  prochaine  communication  je  m'appliquerai  à  donner  de  l'ap- 
pareil une  description  suffisante  pour  offrir  une  base  à  la  discussion,  et 
pour  reconnaître  le  talent  et  les  services  des  artistes  éminents  qui  ont  bien 
voulu  m' assister. 


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DÉTERMINATION  EXPÉRIMENTALE 

DE    LA   VITESSE    DE    LA    LUMIÈRE 

DESCRIPTION  DES  APPAREILS* 

(Académie  des  Ikiences,  24  novembre  i86S.) 


Malgré  le  peu  d'espace  et  le  manque  de  figures,  j'essayerai  de  décrire, 
dans  ses  parties  principal  es,  l'appareil  qui  vient  de  me  servir  à  recueillir 
sur  la  vitesse  de  la  lumière  une  valeur  si  différente  de  celle  qu'on  con- 
naissait. 

L'appareil  se  compose  : 

D'une  mire  microscopique,  taillée  à  jour  à  la  surface  d'une  lame  de 
verre  argenté; 

D'un  miroir  tournant  porté  sur  l'axe  d'une  petite  turbine  à  air  ; 

D'une  soufflerie  à  pression  constante; 

D'un  objectif  achromatique; 

D'une  série  impaire  de  miroirs  sphériques  concaves  en  verre  argenté; 

D'une  glace  à  réflexion  partielle; 

D'un  microscope  à  micromètre; 

Et  d'un  écran  circulaire  en  forme  de  roue  dentée  mis  en  mouvement 
par  un  rouage  chronométrique. 

Je  décrirai  d'abord  l'appareil  au  repos. 

4  .  Voir  C.  R.  de  l'Acad.  des  Se,  t.  LV,  p,  792  ;  Cosmos,  t.  XXI,  p.  59». 


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—  220  — 

Un  faisceau  de  lumière  solaire  horizontalement  réfléchi  par  un  hélîo- 
stat,  vient  tomber  sur  la  mire  micrométrique  qui  consiste  en  une  série  de 
trails  verticaux  distants  les  uns  des  autres  de  -/^-  de  millimètre;  cette  ligne 
qui,  dans  l'expérience,  est  l'étalon  de  mesure,  a  été  divisée  avec  beaucoup 
de  soin  par  M.  Froment.  Les  rayons  qui  ont  traversé  ce  plan  d'origine  se 
rendent  sur  le  miroir  rotatif  à  surface  plane,  où  ils  éprouvent  une  pre- 
mière réflexion  qui  les  renvoie  à  û.  mètres  de  distance  vers  le  premier 
miroir  concave.  Entre  ces  deux  miroirs,  et  le  plus  près  possible  du  miroir 
plan,  vient  se  placer  l'objectif  ayant  d'un  côté  l'image  virtuelle  de  la  mire 
et  de  l'autre  le  miroir  concave,  à  deux  de  ses  foyers  conjugués.  Ces  condi- 
tions étant  remplies,  le  faisceau  de  lumière  après  avoir  traversé  l'objectif  va 
former  une  image  de  la  mire  à  la  surface  de  ce  premier  miroir  concave. 

De  là  le  faisceau  se  réfléchit  un  peu  obliquement  afin  d'éviter  l'appa- 
reil du  miroir  rotatif,  dont  il  va  former  l'image  à  une  certaine  dislance 
dans  l'espace.  Au  lieu  où  cette  image  se  produit,  on  place  le  second  miroir 
concave  orienté  de  telle  sorte  que  le  faisceau,  encore  une  fois  réfléchi, 
repasse  auprès  du  premier  miroir  sphérique  en  formant  une  seconde  image 
de  la  mire;  celle-ci  est  reprise  par  une  troisième  surface  concave,  et  ainsi  de 
suite  jusqu'à  formation  d'une  dernière  image  de  la  mire  à  la  surface  d'un  mi- 
roir concave  d'ordre  impair.  J'ai  pu  employer  ainsi  jusqu'à  cinq  miroirs  qui 
développaient  une  ligne  de  20  mètres  de  long.  Le  dernier  de  ces  miroirs,  sé- 
paré de  l'avant-dernier  qui  lui  fait  face  par  une  distance  de  4  mètres,  égale 
à  son  rayon  decourbure,  renvoie  le  faisceau  exactement  sur  lui-môme;  condi- 
tion qu'on  remplit  sûrement  en  superposant  à  la  surface  du  miroir  opposé 
l'image  d'allée  avec  l'image  de  retour;  cela  fait,  on  est  certain  que  le  faisceau 
retourne  tout  entier  au  miroir  plan  de  l'appareil  rotatif,  et  que  finalemeat 
tous  les  rayons  repassent  par  la  mire,  point  par  point,  comme  ils  sont  entrés. 

On  arrive  à  constater  ce  retour  des  rayons  et  à  se  procurer  une  image 
accessible,  en  détournant  par  réflexion  partielle  à  la  surface  d'une  glace 
inclinée  une  partie  du  faisceau  qu'on  examine  avec  un  microscope  faible. 
Ce  dernier,  semblable  en  tout  point  aux  microscopes  micrométriques  en 
usage  dans  les  observations  astronomiques,  forme  avec  la  mire  et  la  glace 
inclinée  un  tout  solidaire  très-stable. 


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—  221  — 

Dans  l'appareil  ainsi  décrit,  Tiniage  renvoyée  vers  le  microscope  et 
formée  par  les  rayons  de  retour  occupe  une  position  déûnie  par  rap- 
port à  la  glace  et  à  la  mire  elle-même  :  cette  position  est  précisément  celle 
de  l'image  virtuelle  de  la  mire  vue  par  réflexion  dans  le  plan  de  la  glace; 
mais  quand  le  miroir  plan  vient  &  tourner,  cette  image  change  de  place, 
attendu  que  pendant  la  durée  du  temps  que  la  lumière  emploie  à  parcourir 
deux  fois  la  ligne  des  miroirs  concaves,  le  miroir  rotatif  continue  de  tourner 
et  que  les  rayons  au  retour  ne  se  trouvent  plus  sous  la  même  incidence 
qu'au  moment  de  l'arrivée.  11  en  résulte  que  l'image  de  retour  est  déplacée 
dans  le  sens  du  mouvement  du  miroir,  et  cette  déviation  augmente  avec  la 
vitesse  de  rotation;  elle  augmente  évidemment  aussi  avec  la  longueur  du 
trajet  et  avec  la  distance  qui  la  sépare  du  miroir  tournant. 

La  manière  dont  ces  diverses  quantités  interviennent  dans  l'expérience, 
ainsi  que  la  vitesse  de  la  lumière  elle-même,  s'exprime  par  une  formule 
très-simple  qui  a  été  déjà  établie  et  que  je  n'aurai  qu'à  rappeler  ici. 

Appelant  V  la  vitesse  de  la  lumière,  n  le  nombre  de  tours  du  miroir, 
l  la  longueur  de  la  ligne  brisée  comprise  entre  le  miroir  tournant  et  le  der- 
nier miroir  concave,  r  la  distance  de  la  mire  au  miroir  tournant  et  d  la 
déviation,  on  trouve  par  la  discussion  de  l'appareil  . 

8igw/r 
^  —      d 

expression  qui  donne  la  vitesse  de  la  lumière  au  moyen  de  quantités 
qu'il  faut  mesurer  séparément. 

Les  distances  /  et  r  se  mesurent  directement  à  la  règle  ou  par  un  ruban 
de  papier  qu'on  reporte  ensuite  sur  l'unité  de  longueur.  La  déviation  d 
s'observe  micrométriquement,  mais  il  reste  à  montrer  comment  on  mesure 
le  nombre  n  des  tours  du  miroir  par  seconde. 

Disons  d'abord  comment  on  imprime  au  miroir  une  vitesse  constante. 

Ce  miroir  en  verre  argenté,  qui  a  0",Oift  de  diamètre,  est  monté  direc- 
tement sur  l'axe  d'une  petite  turbine  à  air  d'un  système  connu,  admira- 
blement construite  par  M.  Froment;  l'air  est  fourni  par  une  soufflerie  à 
liante  pression  de  M.  Cavaillé-Coll,  qui  s'est  acquis  une  juste  renommée 


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—  222  — 

dans  la  fabrication  des  grandes  orgues;  et  comme  il  importe  que  la  pres- 
sion soit  d'une  grande  fixité,  au  sortir  de  la  soufflerie  l'air  traverse  un 
régulateur  récemment  imaginé  par  M.  Cavaillé  et  dans  lequel  la  pression 
ne  varie  pas  de  \  de  millimètre  sur  0",30  de  colonne  d'eau.  En  s'écoulant 
parles  orifices  de  la  turbine,  l'air  représente  donc  une  force  motrice  remar- 
quablement constante;  d'un  autre  côté,  le  miroir  en  s'accéiérant  rencontre 
bientôt  dans  l'air  ambiant  une  résistance  qui,  pour  une  vitesse  donnée,  est 
aussi  parfaitement  constante,  Le  mobile,  placé  entre  ces  deux  forces  con- 
traires qui  tendent  à  Téquilibre,  ne  peut  manquer  de  prendre  et  de  garder 
une  vitesse  uniforme.  Un  obturateur  quelconque,  agissant  sur  l'écoulement 
de  l'air,  permet  d'ailleurs  de  régler  cette  vitesse  dans  des  limites  très- 
étendues. 

Restait  enfin  à  compter  le  nombre  de  tours  ou  plutôt  à  imprimer  à  ce 
mobile  une  vitesse  déterminée.  Ce  problème  a  été  complètement  résolu  de 
la  manière  suivante  : 

Entre  le  microscope  et  la  glace  à  réflexion  partielle  se  trouve  un  disque 
circulaire  dont  le  bord  finement  denté  empiète  sur  l'image  qu'on  observe 
et  l'intercepte  en  partie;  le  disque  tourne  uniformément  sur  lui-même,  en 
sorte  que  si  l'image  brillait  d'une  lumière  continue,  les  dents  qu'il  porte  à 
sa  circonférence  échapperaient  à  la  vue  par  la  rapidité  du  mouvement;  mais 
l'image  n'est  pas  permanente,  elle  résulte  d'une  série  d'apparitions  discon- 
tinues qui  sont  en  nombre  égal  à  celui  des  révolutions  du  miroir;  et,  dans  le 
cas  particulier  où  les  dents  de  l'écran  se  succèdent  aussi  en  même  nombre, 
il  se  produit  pour  l'œil  une  illusion  facile  à  expliquer  qui  fait  apparaître  la 
denture  comme  si  le  disque  ne  tournait  pas.  Supposons  donc  que  ce  disque 
portant  n  dents  à  sa  circonférence  fasse  un  tour  par  seconde  et  qu'on 
mette  la  turbine  en  marche,  si  en  réglant  l'écoulement  de  l'air  on  parvient 
à  maintenir  l'apparente  fixité  des  dents,  on  pourra  tenir  pour  certain  que 
le  miroir  fait  effectivement  n  tours  par  seconde. 

M.  Froment  qui  avait  fait  la  turbine  a  bien  voulu  se  charger  de  com- 
poser et  de  construire  un  rouage  chronométrique  pour  faire  mouvoir  le 
disque,  et  la  réussite  est  tellement  complète  que  journellement  il  m'arrive 
de  faire  tourner  le  miroir  à  quatre  cents  tours  par  seconde  et  de  voir  les 


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—  223  — 

deux  appareils  marcher  d'accord  ii  un  dix-millième  près  pendant  des  mi- 
nutes entières. 

Cependant,  après  avoir  obtenu  toute  sécurité  du  côté  de  la  mesure  du 
temps,  j'ai  été  surpris  de  constater  dans  mes  résultats  des  discordances  qui 
n*étaient  pas  en  rapport  avec  la  précision  des  moyens  de  mesure  ;  après 
d'assez  longues  recherches  j'ai  fini  par  trouver  que  la  cause  d'erreur  était 
dans  le  micromètre  qui  ne  comporte  pas,  à  beaucoup  près,  le  degré  de 
précision  qu'on  lui  attribue  volontiers. 

Pour  faire  face  à  cette  difficulté  imprévue,  j'ai  introduit  dans  le  sys- 
tème d'observation  une  modification  qui,  finalement,  revient  à  un  simple 
changement  de  variable;  au  lieu  de  mesurer  micrométriquement  la  dévia- 
tion, j'ai  adopté  pour  celle-ci  une  valeur  constante,  soit  -j^  de  millimètre, 
ou  7  parties  entières  de  l'image  observée,  et  j'ai  cherché  par  expérience 
quelle  était  la  distance  qu'il  fallait  établir  entre  le  miroir  tournant  pour 
produire  cette  déviation;  les  mesures  portant  alors  sur  une  longueur  d'en- 
viron i  mètre,  les  dernières  fractions  gardaient  encore  une  grandeur 
directement  visible  qui  ne  laissait  plus  place  à  l'erreur.  Par  ce  moyen  l'ap- 
pareil a  été  purgé  de  la  principale  cause  d'incertitude.  Depuis  lors  les 
résultats  se  sont  accordés  dans  les  limites  des  erreurs  d'observation  et  les 
moyennes  se  sont  fixées  de  telle  sorte  que  j'ai  pu  donner  avec  con- 
fiance le  nouveau  chiffre  qui  me  parait  devoir  exprimer,  à  peu  de  chose 
près,  la  vitesse  de  la  lumière  dans  Tespace. 

A  savoir  :  298,000  kilomètres  par  seconde  de  temps  moyen. 


A  la  suite  des  explications  fournies  par  L.  Foucault  à  rAcadémie  des  sciences,  nous 
croyons  devoir  donner  dans  le  tableau  suivant  (tabl.  I)  les  données  numériques  et  les 
résultats  de  plusieurs  séries  d'expériences  dont  nous  ayons  trouvé  le  détail. 

Ainsi  qu'il  est  dit  dans  le  mémoire,  la  vitesse  V  est  donnée  par  la  formule 

dans  laquelle  n  désigne  le  nombre  de  tours  du  miroir,  l  la  longueur  de  la  ligne  brisée 


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—  221  — 

comprise  entre  le  miroir  toarnant  et  le  dernier  miroir  concave,  r  la  dislance  de  la  mire 
au  miroir  tournant  et  d  la  déviation. 


TABLEAU  I. 


DATE 

DE     L'E\PéRIBNCE. 
1 


%t  Mai  1862. 

23  Mai 

25  Mai 

30  Mai 

3  Juin 

4  Juin 

8  Juin 

9  Juin 

9  Juin 

25  Juin 

27  Juin  

29  Juin  

9  Juillet. . . . 
44  Juillet.... 
20  Juillet. . . . 
4"  Août 

48  Septembre 

49  Septembre 

24  Septembre 
24  Septembre 


VALEOR 

DB  LA   DÉVIATION 
BN  DIVISIONS. 

VALEUR 

DB  1    HILLIIIBTRB 
BN   DIVISIONS. 

d 

l 

r 

2 

8 

4 

5 

6 

niillim. 

ZB  êtres. 

mètres. 

73,91 

446,56 

0,63409 

20,07 

0,94 

90,12 

415,20 

0.78229 

20,07 

4,452 

75,34 

415,20 

0,65373 

20,07 

0.969 

84,645 

446,37 

0,72737 

20,085 

4,068 

77,334 

446,36 

0,66464 

20,245 

0,973 

77,42 

446,36 

0,66535 

20,245 

0,9735 

58,67 

tt 

0,50770 

20,39 

0,735 

58,42 

445,82 

0,5044 

20,39 

0,734 

58,105 

445,29 

0,50399 

20,39 

0,734 

83,93 

♦446,00 

0,723534 

20,41 

4,049 

83,3875 

♦145,857 

0,749745 

20,44 

4,05 

83,43 

♦444,9 

0,726409 

20,40 

4,055 

83,9187 

♦445,843 

0,724447 

20,40 

4,051 

82,775 

♦444,39 

0,72362 

20,40 

1,0535 

83,29 

♦444,98 

0,724386 

20,40 

4,0535 

104,49 

♦445,29 

0,906323 

20,305 

4,33 

» 

» 

0,7 

20,232 

4,0254 

» 

» 

0,7 

20,24 

4,0257 

» 

» 

0,7 

20,24 

4,0284 

» 

» 

0,7 

20,24 

4,0292 

kilomètres. 

299404 

297447 

299064 

296474 

297960 

297782 

296751 

298286 

2985i9 

297478 

299329 

297973 

297536 

298572,5 

298256,7 

299549 

297940,640 

298027,822 

298843,29 

299163,02 


secondes. 

8,8344 

8,89352 

8,8S57 

8,9428 

8,8683 

8,8736 

8,9045 

8,8586 

8,8544 

8,8827 

8,8277 

8,8679 

8,8809 

8.8504 

8,8595 

8,8242 

8,8689 

8,8663 

8,8424 

8,8329 


'  Les  nombres  marqués  d'un  astérisque  correspondent  à  des  mesures  qui  ont  été  prises  sur  une  longueur  de  0,**7. 


Dans  ces  expériences,  n  a  eu  la  valeur  constante  PO  et  le  produit  Sirn  constant  éga- 
lement, a  été  pris  égal  à  10,053;  les  quantités  /  et  r,  mesurées  directement  comme  il  est 
dit  ci-dessus,  sont  indiquées  au  tableau  dans  les  colonnes  5  et  6.  La  valeur  de  d,  dans 
les  premières  expériences,  était  mesurée  à  l'aide  d'une  vis  micrométrique  ;  la  deuxième 
colonne  donne  en  divisions  de  la  vis  la  valeur  du  déplacement;  d'autre  part,  Foucault 
mesurait  à  l'aide  de  la  même  vis  une  longueur  connue  de  O'^OOl,  et  la  troisième  coloDoe 
donne  les  moyennes  des  mesures;  le  quotient  du  premier  de  ces  nombres  par  le  second 
donne  en  fractions  de  millimètres  la  valeur  de  la  déviation  telle  qu'elle  est  portée  à  la 


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—  225  -- 

colonne  1.  (Dans  quelques  séries,  la  longueur  étalon  mesurée  était  seulement  de0'',0007; 
les  nombres  qui  mesurent  le  millimètre  ont  été  obtenus  par  une  division:  ils  sont 
signalés  par  un  astérisque  dans  le  tableau.) 


TABLEAU  II. 


21  SEPTEMBRE. 

21  SEPTEMBRE. 

18  SEPTEMBRE. 

10  SEPTEMBRE. 

1~  SÉRIE. 

2«  SéRII. 

4,025 

4,024 

4,027 

4,030 

4,024 

4,025 

4,029 

4,029 

4,027 

4,029 

4,029 

4,0295 

4,028 

4,028 

4,027 

4,030 

4,029 

4,027 

4,027 

4,030 

4,024 

4,026 

4,030 

4,030 

4,029 

4,027 

4,029 

4,029 

4,026 

4,025 

4,027 

4,0285 

4,028 

4,026 

4,027 

4,029 

4,027 

4,027 

4,027 

4,029 

4.027 

4,026 

4,028 

4,029 

4,028 

4,026 

4,028 

4,028 

4,026 

4,026 

4,028 

4,028 

.4,027 

4,025 

4,0295 

4,029 

4,026 

4,026 

4,0305 

4,029 

4,027 

4,028 

4,030 

4,0285 

4,028 

4,028 

4,0275 

4,0295 

4,024 

4,027 

4,027 

4,029 

4,023 

4,0265 

4,0275 

4,0295 

Moyennes 

4,025 

4,027 

4,027 

4,030 

4,0264* 

4,0265* 

4,0284 

4,0292 

*  Moins  un  millimètre  d'erreur  ?                        .                                                                                                                       1 

Dans  les  expériences  définitives  faîtes  à  partir  du  18  septembre,  Foucault  a  cherché 
la  valeur  de  rqui  donnait  à  d  la  valeur  constante  de  0«,0007;  dans  ces  expériences  les 
colonnes  2  et  3  doivent  donc  rester  vides.  Les  valeurs  correspondantes  de  r  données  dans 
la  colonne  6  sont  les  moyennes  de  vingt  mesures  prises  dans  chaque  série;  vu  l'impor- 
tance de  ces  mesures,  nous  donnons  dans  le  tableau  II  le  détail  complet  des  mesures 
effectuées  dans  ces  dernières  expériences. 

La  colonne  7  du  tableau  I  contient  les  valeurs  de  la  vitesse  V,  telles  qu'elles  résul- 

29 


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tent  des  nombres  des  colonnes  précédentes.  Enfin  ia  colonne  8  contient  la  parallaxe  P 
donnée  par  la  formule 

40P-4 

dans  laquelle  G  représente  une  constante*  égale  à  264  211  et  où  V  est  la  valeur  de  la 
Yitesse  calculée  de  la  lumière '. 


4.  Si  Ton  désigne  par  «  la  valeur  de  Taberration,  par  p  le  rayon  de  la  terre,  et  par  T  la  durée  de 
la  rëyolution  de  la  terre  autour  du  soleil,  on  sait  que  Ton  a  : 

^^        V      T.tang.  a 
et  comme  les  angles  P  et  «  sont  très-petits  : 


d'où  enfin 


icP  4    8irp  X480xeO  X  60 

480X60X60— "F  Tu* 


p^  J__>g^PX  (480X60X60)» 


La  constante  G  est  égak  à  -^  du  coefficient  de  -rr-  dans  lequel  on  a  introduit  les  valeurs  suivaotes: 

2  «p  =40000  k» 
T     ==:  365,95  X  86400 
«     =  20',445 

2.  Noms  reproduisons  phis  loin  une  lettre  de  M.  Foucault,  relative  à  la  vitesse  de  la  lumière,  et 
insérée  dans  le  Journal  des  Débats  ;  nous  donnerons  également  à  l'explication  des  planches  quelques 
détails  sur  las  expériences. 


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SUR 
UN  NOUVEAU  TÉLESCOPE  EN  VERRE  ARGENTÉ 

(Académie  des  Sciences,  16  fénier  i857.) 


J'ai  été  appelé,  dans  ces  derniers  temps,  par  le  Directeur  de  TObser- 
vatoire  impérial,  à  étudier  les  diverses  questions  relatives  à  la  construction 
et  au  perfectionnement  des  instruments  d'optique  en  usage  dans  la  pratique 
de  l'astronomie.  Au  premier  rang  figure  la  lunette  dont  la  portée  s'étend  à 
mesure  qu'on  lui  donne  de  plus  grandes  dimensions  et  qu'on  apporte  plus 
de  précision  dans  la  fabrication  des  verres. 

Après  avoir  pris  connaissance  des  méthodes  ;d'approximation  par  les- 
quelles nos  premiers  artistes  arrivent  à  construire  une  bonne  lunette,  il 
m'a  semblé  qu'on  gagnerait  bien  du  temps  sur  la  durée  des  essais,  si  au 
lieu  d'éprouver  les  objectifs  en  les  dirigeant  sur  une  mire  éloignée,  on  pre- 
nait image  sur  quelque  objet  très-petit,  placé  au  foyer  d'un  collimateur.  La 
difficulté,  il  est  vrai,  se  trouvait  ainsi  reculée  plutôt  que  résolue,  car  en 
pareille  circonstance,  le  rôle  assigné  au  collimateur  suppose  implicitement 
qu'il  possède  toutes  les  qualités  d'un  objectif  parfait. 

On  ne  pouvait  donc,  sans  tourner  dans  un  cercle  vicieux,  recourir  & 

4 .  Voir  C.  R.  de  VAcad,  des  SCj  t.  XilV,  p.  339  ;  Cosmos,  t.  X,  p.  486.  — •  Une  note  sur  cette  ques- 
tion avait  été  présentée  à  la  Société  philomathique,  le  34  janvier  4857,  Voir  le  journal  V Institué  et 
les  Procês-verbaux  de  la  Soc.  phil.,  4857,  p.  45. 


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—  228  — 

un  autre  objectif  pour  eu  faire  un  collimateur.  J'ai  songé  à  employer  le 
miroir  de  télescope,  dont  on  estime  aisément  le  degré  de  perfection  en 
plaçant  près  du  centre  de  courbure  un  objet  délié,  et  en  étudiant  au  mi- 
croscope rimage  qui  se  forme  tout  auprès  de  l'objet.  Mais  bientôt  j'ai  dû 
renoncer  à  me  procurer  un  miroir  de  métal  qui  résiste  à  ce  genre 
d'épreuves  ;  et,  revenant  à  l'emploi  du  verre,  j'en  ai  obtenu,  par  réQexion 
partielle  sur  une  surface  sphérique  concave,  des  images  assez  nettes  pour 
supporter  le  microscope.  Bien  qu'on  fût  encore  un  peu  gêné  par  le  défaut 
.  de  lumière,  le  collimateur  d'essai  était  réalisé;  plus  tard,  comme  il  est  dit 
dans  cette  note,  le  collimateur  est  devenu  &  son  tour  un  nouveau  télescope. 

La  lunette  astronomique,  comparée  au  télescope  de  même  dimension,  a 
toujours  eu  l'avantage  de  donner  plus  de  lumière;  le  faisceau  des  rayons 
incidents,  qui  tombe  sur  l'objectif  de  verre,  le  traverse  en  majeure  partie 
et  contribue  presque  en  entier  à  la  formation  de  l'image  au  foyer;  tandis 
que  sur. le  miroir  du  télescope  une  partie  seulement  de  la  lumière  est 
réfléchie  en  un  faisceau  convergent  qui  éprouve  encore  une  perte  pour 
être  ramené,  par  une  seconde  réflexion,  vers  l'observateur. 

Cependant,  comme  le  télescope  est  exempt  d'aberration  de  réfrangibi- 
lité;  comme  la  pureté  de  l'image  ne  dépend  que  de  la  perfection  d'une  seule 
surface;  comme  à  égalité  de  longueur  focale,  il  comporte  un  plus  grand 
diamètre  que  la  lunette  et  qu'il  rachète  ainsi  les  pertes  que  la  lumière  subit 
aux  réflexions,  quelques  observateurs,  en  Angleterre  surtout,  ont  continué 
à  lui  donner  la  préférence  sur  les  lunettes,  pour  l'exploration  des  objets 
célestes. 

Il  est  certain  qu'à  l'époque  actuelle,  et  malgré  tous  les  perfectionne- 
ments apportés  à  la  fabrication  des  grands  verres,  le  plus  puissant  instru- 
ment qu'on  ait  encore  dirigé  sur  le  ciel  est  un  télescope  à  miroir  en  métal. 
Le  télescope  de  lord  Rosse  a  6  pieds  anglais  de  diamètre  et  55  pieds  de 
distance  focale.  Peut-être  même  les  instruments  à  réflexion  auraient-ils 
pris  le  dessus  si  le  métal  se  travaillait  aussi  bien  que  le  verre,  s'il  prenait 
un  poli  aussi  durable  et  s'il  n'était  beaucoup  plus  pesant. 

Mettant  ainsi  en  parallèle  ces  deux  sortes  d'instruments  et  discutant 
leurs  qualités  et  leurs  défauts,  j'arrivai  à  concevoir  qu'il  y  aurait  tout  avan- 


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—  229  — 

tage  à  construire  un  télescope  en  verre,  si,  le  miroir  une  fois  taillé  et  poli, 
on  pouvait  lui  communiquer  Téclat  métallique,  afin  d'en  obtenir  des  images 
aussi  lumineuses  que  celles  des  lunettes.  Cette  conception  qui,  au  premier 
abord,  me  semblait  purement  fictive,  n'a  pas  tardé  à  se  réaliser  d'une  ma- 
nière satisfaisante. 

Quand  le  verre  a  été  taillé  par  un  opticien  habile  et  qu'il  a  été  poli  à 
fond,  il  est  très-propre  à  se  recouvrir,  par  le  procédé  Drayton,  d'une  pelli- 
cule d'argent,  mince  et  uniforme.  Celte  couche  métallique,  qui,  en  sortant 
d'un  bain,  parait  terne  et  sombre,  s'éclaircit  aisément  par  le  frottement 
d'une  peau  douce  légèrement  teintée  de  rouge  d'Angleterre,  et  elle  acquiert 
en  peu  d'instants  un  très-vif  éclat.  Par  cette  opération,  la  surface  du  verre 
se  trouve  métallisée  et  devient  énergiquement  réfléchissante,  sans  que  les 
épreuves  les  plus  délicates  puissent  déceler  la  moindre  altération  de 
forme. 

Pour  avoir  un  disque  de  verre  à  surface  concave  parfaitement  travaillée, 
je  me  suis  adressé  à  M.  Secrelan,  qui  a  eu  l'obligeance  de  mettre  à  ma  dis- 
position un  ouvrier  habile;  d'un  autre  côté,  pour  arriver  à  former  le  dépôt 
d'argent,  j'ai  eu  recours  aux  cessionnaires  du  brevet  anglais,  MM.  Power 
et  Robert,  qui  actuellement  exploitent  le  procédé  en  France,  et  qui  m'ont 
remis  de  la  solution  argentifère,  en  me  prodiguant  les  renseignements  par 
lesquels  je  devais  promptement  réussir. 

Mon  miroir  de  verre  étant  argenté  et  ayant  pris  au  tampon  un  poli 
vif,  j'en  ai  formé  un  télescope  de  0™,10  de  diamètre  et  de  0'",50  de  lon- 
gueur focale.  Ce  petit  instrument  supporte  bien  l'oculaire  qui  élève  à  200 
son  pouvoir  amplifiant;  et  examiné  comparativement  avec  la  lunette  de 
1  mètre,  il  donne  des  effets  sensiblement  supérieurs. 

J'ai  désiré  connaître  le  pouvoir  réfléchissant  de  la  couche  d'argent 
déposée  sur  le  verre  et  polie  après  coup,  ou  du  moins,  j'ai  voulu 
comparer  l'intensité  d'un  faisceau  réfléchi  par  une  surface  ainsi  préparée 
avec  celle  d'un  faisceau  transmis  par  une  surface  égale  d'un  objectif  de 
lunette.  Cette  détermination  s'est  faite  sans  difficulté,  au  moyen  du  photo- 
mètre à  compartiments  que  j'avais  employé  dans  une  autre  circonstance.  Le 
résultat  de  cette  opération  assure  un  avantage  marqué  au  nouveau  téles- 


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—  230  — 

cope.  Le  faisceau  réfléchi  Taut  sensiblement  les  90  centièmes  du  faisceau 
transmis  à  travers  un  objectif  à  quatre  réflexions  partielles,  en  sorte  que 
le  nouvel  instrument  bénéficie  du  surcroît  de  lumière  qui,  en  vertu  du 
plus  grand  diamètre  du  miroir,  concourt  d'une  manière  efficace  à  la  for- 
mation de  rimage  focale.  A  diamètre  égal  le  télescope  en  verre  est 
moitié  plus  court  que  la  lunette  et  donne  presque  autant  de  lumière  et 
plus  de  netteté  aux  images;  à  longueur  égale,  il  comporte  un  diamètre 
double  et  recueille  trois  fois  et  demi  plus  de  lumière. 

Considérée  à  un  autre  point  de  vue,  la  nouvelle  combinaison  optique 
se  dislingue  en  ce  qu'elle  produit  tout  son  effet  sans  réclamer  le  concours 
des  nombreuses  conditions  auxquelles  jusqu'ici  on  a  dû  satisfaire  pour 
obtenir,  soit  comme  lunette,  soit  comme  télescope,  un  instrument  doué 
d'une  certaine  perfection.  La  lunette  surtout,  exige  que  le  constructeur  se 
préoccupe  à  la  fois  de  l'homogénéité  des  deux  sortes  de  verres  qui  forment 
l'objectif,  de  leurs  pouvoirs  réfringents  et  dispersifs,  de  la  combinaison  des 
courbures,  du  centrage,  et  de  l'exécution  de  quatre  surfaces  sphériques. 

Dans  le  nouveau  télescope,  au  contraire,  comme  le  verre  n'intervient 
pas  comme  milieu  réfringent,  mais  seulement  comme  support  d'une  mince 
couche  de  métal,  l'homogénéité  n'est  nullement  requise,  et  la  glace  la  plus 
ordinaire,  travaillée  avec  soin  sous  une  épaisseur  suffisante,  peut  revêtir 
une  surface  concave  qui,  argentée  et  polie,  fournisse  à  elle  seule,  et  par 
réflexion,  de  très-bonnes  images. 

On  a  reproché  aux  miroirs  de  télescope  de  s'oxyder  avec  le  temps  et  de 
se  ternir  au  contact  de  l'air.  Depuis  six  semaines  j'ai  des  miroirs  argentés 
qui  n'ont  pas  encore  subi  d'altération  sensible.  Cet  état  de  conservation 
sera-t-il  de  longue  durée?  L'expérience  est  encore  trop  récente  pour  qu'on 
puisse  rien  affirmer  dans  un  sens  ou  dans  l'autre;  mais  lors  même  que 
l'éclat  spéculaire  viendrait  à  faiblir,  puisqu'une  première  fois  il  a  été 
obtenu  au  tampon,  rien  n'empêcherait  de  le  raviver  par  le  même  moyen  ; 
si,  enfin»  l'argent  s'altérait  dans  sa  profondeur,  l'opération  par  laquelle  on 
le  dépose  est  d'une  exécution  si  facile  et  si  prompte  qu'on  se  résignerait 
encore  à  la  répéter. 

En  résumé,  le  nouvel  instrument,  comparé  à  H  lunette  astronomique, 


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—  231  — 


donne,  à  beaucoup  moins  de  frais,  plus  de  lumière,  plus  de  netteté,  et  il 
est  affranchi,  comme  télescope,  de  toute  aberration  de  réfrangibilité. 


A  la  suite  de  la  présentation  de  ce  Mémoire  à  TÂcadémie  des  sciences  et  à  la  Société 
phîlomathigue,  Fauteur  présenta  à  l'une  et  à  l'autre  société,  diverses  notes  faisant  con- 
naître les  progrès  accomplis;  il  publiait  en  même  temps  des  articles  sur  ce  sujet  dans  le 
Cosmos,  Nous  ne  reproduisons  pas  ces  notes  dont  tous  les  éléments  sont  donnés 
dans  le  Mémoire  complet  suivant  ;  nous  nous  bornerons  à  donner  les  indications 
bibliographiques  correspondantes. 

Comptes  Rendus  de  V Académie  de$  sciences,  t.  XLVII,  pp.  205,  958;  t.  XLIX,  p.  85; 
t.  LIV,  p.  859. 

Procès-Verbaux  de  la  Société  philomathique,  1858,  pp.  il,  47,  ft9,  51,  et  Journal  Vins- 
titut,  1858. 

Cosmx>s,  t.  XI,  p.  368;  t.  XII,  p.  590;  t.  XIII,  pp.  162,  328  et  749,  t.  XX,  p.  500. 


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MEMOIRE 


SDH    LA 


CONSTRUCTION  DES  TÉLESCOPES 

EN  VERRE  ARGENTÉ» 


On  a  souvent  remis  en  discussion  les  qualités  qui  distinguent  le  téles- 
cope à  réflexion  et  la  lunette  achromatique.  En  réalité,  ces  instruments  ont 
l'un  et  l'autre,  rendu  d'éclatants  services  à  l'astronomie,  et  la  science  les 
a  adoptés  tous  les  deux.  Aux  télescopes  de  grandes  dimensions  tels  que  ceux 
que  W,  Herschel  construisait  de  sa  main,  on  demande  une  perception  distincte 
et  détaillée  des  objets  célestes  ;  quant  aux  lunettes  achromatiques,  qui  jamais 
n'atteignent  les  mômes  proportions,  le  degré  de  stabilité  dentelles  ont  fait 
preuve  les  a  plus  spécialement  rendues  propres  aux  observations  précises, 
aux  déterminations  de  position.  Les  rôles  étant  ainsi  partagés,  le  télescope 
à  réflexion  ne  conserve  son  importance  qu'à  la  condition  de  garder  haute- 
tement  la  supériorité  sous  le  rapport  des  effets  optiques.  En  Angleterre, 
où  la  lutte  a  été  vivement  soutenue  en  faveur  des  instruments  à  réflexion, 
les  grands  miroirs  métalliques  sont  restés  en  petit  nombre,  et  les  dépenses 
qu'ils  ont  occasionnées  n'étaient  pas  dénature  à  encourager  de  nombreuses 
tentatives  du  môme  genre.  Ajoutons  que  ces  miroirs  sont  d'un  poids  telle- 

4.  Extrait  des  Annales  de  l'Observatoire  impérial  de  Paris,  t.  V,  4  858*, 


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—  233  — 
ment  considérable,  qu'on  a  toujours  hésité  à  les  transporter  sur  les  hautes 
mbntagnes,  seuls  points  du  globe  où  il  y  ait  chance  d'utiliser  toute  la  puis- 
sance des  grands  instruments.  Dans  cet  état  de  choses,  il  nous  a  semblé 
que  la  substitution  du  verre  au  métal,  dans  la  construction  du  miroir, 
apporterait  au  télescope  une  amélioration,  pourvu  qu'on  parvînt  à  métal- 
liser  la  surface  après  coup  ;  or,  à  cet  égard,  l'argenture  par  voie  humide, 
telle  qu'on  l'obtient  par  le  procédé  Drayton,  ne  laisse  rien  à  désirer.  La 
solution,  par  son  contact  avec  le  verre,  laisse  déposer  à  froid  une  mince 
couche  d'argent  qui,  une  fois  séchée,  revêt  un  très-beau  poli  par  le  frotte- 
ment d'une  peau  imprégnée  d'oxyde  de  fer.  Le  16  février  1857,  l'Académie 
des  sciences  a  vu  passer  sous  ses  yeux  un  miroir  de  0'",10  obtenu  de  la 
sorte,  et  qui,  monté  en  télescope  newlonien,  donnait  de  bonnes  images  et 
supportait  un  grossissement  de  cent  cinquante  à  deux  cents  fois.  Ce  miroir 
existe  encore  avec  son  argenture  primitive.  Il  a  été  conservé  comme  le 
premier  spécimen  qui  ait  été  présenté  à  une  société  savante  *. 

Après  la  présentation  de  ce  premier  télescope  de  0",20  de  diamètre  et 
de  0*^,50  de  longueur  focale,  nous  en  avons  obtenu  sans  difficulté  un  second 
qui  porte  0*^22  de  diamètre  pour  un  foyer  de  l^jSO.  Puis  abordant  un  dia- 
mètre de  0",42,  l'ouvrier,  chargé  de  tailler  le  miroir,  a  échoué  à  cinq 
reprises  différentes;  ce  qui  a  bien  forcé  de  reconnaître  l'insuffisance  des 
procédés  ordinairement  employés  pour  engendrer  des  surfaces  moins 
grandes. 

En  présence  d'un  insuccès  qui  compromettait  les  espérances  qu'on 

4  Dans  la  séance  du  7  décembre  1857,  l'Académie  des  sciences  a  reçu  une  réclamation  de  M.  Stein- 
heil  fondée  sur  un  article  de  la  Gazelle  d'Augshourg,  concernant  l'ouverture  de  ses  ateliers  à  Munich  ; 
nous  allons  transcrire  le  passage  où  Ton  mentionne  les  premiers  essais  de  M.  Steinheil  : 

Eine  fiir  Astronomie  intéressante  Novitat  bilden  auch  die  neuen  Teleskop-Spiegel  von  Glas.  Durch 
Anwendung  der  Méthode  von  Liebig  Spiegelglâser  zu  versilbern,  gelingt  es  so  schone  Metallflachen  aus 
Glas  herzustellen  dass  auch  die  Ruckseite  der  Versilberung  einen  vollkommenen  Speigel  bildet,  oder 
leicht  durch  Anwendung  geeigneter  Polirmittel  dazu  gemachtvverden  kann.  Wenn  also  eingewohniiches 
Glas  nur  auf  einer  Seite  mit  genauer  Geslalt  spharisch  hohl  geschlififen  wird,  so  entsteht  durch  Versil- 
berung derselben  ein  Teleskop-Spiegel,  der,  wenn  er  mit  der  Zeit  auch  anlaufen  sollte,  leichl  durch 
einige  Ziige  wieder  herzustellen  ist,  da  die  genaue  Gestalt  durch  das  Glas  erhalten  wird.  Wir  haben 
durch  ein  Teleskop  dieser  Art  gesehen,  das  4  Zoll  Oeffnunghatand  bei  hundert-maliger  Yergrosserung 
ein  wundervoll  reines  belles  BildZeigte.  So  kann  begreiflicherweise  die  Herstellung  mSchtiger  Teles- 
kope  sehr  leicht  und  wohlfeil  werden.  »  (Allgemeine  Zeitimg,  n^  84;  lundi,  24  mars  4856.) 

30 


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—  234  — 
avait  conçues  au  sujet  des  nouveaux  miroirs,  nous  avons  senti  Timpérieuse 
nécessité  d'étudier  la  figure  des  surfaces  qui,  bien  que  travaillées  avec  le 
plus  grand  soin,  ne  produisaient  pas  TeiTet  optique  voulu  ;  de  là  sont  sortis 
trois  procédés  d'examen  qui  s'appliquent  directement  aux  surfaces  réflé- 
chissantes concaves  et  à  l'aide  desquelles  on  reconnaît,  avec  le  degré  de 
précision  requise,  si  ces  surfaces  sont  plus  ou  moins  correctement  sphé- 
riques.  Nous  avons  donc  constaté  que  rarement  les  opticiens  construisent 
des  surfaces  qui  appartiennent  à  la  sphère,  et  que  ces  surfaces  en  diffèrent  d'au- 
tant plus  qu'elles  sont  plus  étendues.  Nous  avons  pour  ainsi  dire  mis  le  doigt 
sur  une  éminence  centrale  qui  se  reproduisait  constamment  dans  le  travail 
du  miroir  de  O'^jfta,  et  cette  constatation  fut  si  claire  et  si  manifeste,  qu'elle 
a  suggéré  la  pensée  de  retoucher  localement  la  surface  sans  en  altérer  le 
poli.  Cette  tentative,  peu  encouragée  par  les  hommes  de  l'art,  a  cepen- 
dant parfaitement  réussi,  et  de  ce  moment  l'entreprise,  débarrassée  de 
toute  entrave,  a  pris  un  nouvel  essor. 

En  effet,  dès  qu'on  eut  acquis  la  preuve  que  la  taille  d'une  bonne  sur- 
face ne  dépendait  pas  nécessairement  d'un  travail  à  exécuter  d'emblée,  dès 
qu'il  fut  démontré  qu'on  pouvait  y  revenir  indéfiniment,  le  progrès  n'était 
plus  d'arriver  précisément  à  la  sphère,  mais  il  consistait  désormais  à  mo- 
difier par  degrés  les  surfaces  optiques  pour  les  faire  tendre  vers  la  cour- 
bure parabolique  S  qui  seule  est  capable  de  ramener  en  un  foyer  commun 
tous  les  rayons  d'un  faisceau  parallèle.  Les  procédés  d'examen  optique  qui 
d'abord  avaient  servi  à  reconnaître  la  sphéricité  des  surfaces,  modifiés  sui- 
vant la  théorie  des  foyers  conjugués  et  combinés  avec  la  méthode  des 
retouches  locales,  ont  bientôt  permis  de  conduire  telle  surface  de  révolu- 
tion fournie  par  l'artiste  depuis  la  sphère  jusqu'au  paraboloïde,  en  la  fai- 
sant passer  par  tous  les  ellipsoïdes  intermédiaires.  Par  ce  moyen,  les 
instruments,  délivrés  des  aberrations  qui  compromettaient  la  netteté  des 
images,  ont  pu  être  réduits  à  de  moindres  longueurs  focales  et  grandir 
proportionnellement  dans  leurs  trois  dimensions. 

Les  proportions  auxquelles  on  s'est  définitivement  arrêté  assignent  au 

4.  Voir  Procès-verbaux  de  la  Soc.  phil.,  pp.  48,  54  ;  C.  R.  de  VAc,  des  Se,  t.  XLYII,  p.  205, 
et  Cosmos,  t.  Xlll,  p.  462. 


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télescope  une  longueur  qui  ne  dépasse  pas  six  fois  le  diamètre  du  miroir. 
Nous  n'ayons  adopté  ce  rapport  constant  entre  le  diamètre  et  la.  distance 
focale,  qu*après  nous  être  assuré  que  la  convergence  exacte  des  rayons  lumi- 
neux est  la  seule  condition  à  remplir  pour  qu'un  instrument  donne  tout  son 
effet.  La  surface  parabolique  remplit  cette  condition  expresse  :  c'est  pour-* 
quoi  elle  communique  au  télescope  une  pénétration,  ou,  comme  on  dit,  un 
pouvoir  optique^  qui,  mesuré,  avec  soin,  s'est  montré  indépendant  de  la  lon- 
gueur focale  et  varie  proportionnellement  au  diamètre  du  miroir.  En  rame- 
nant à  des  règles  précises*  la  détermination  de  ces  pouvoirs  optiques  dont 
l'appréciation  était  arbitraire,  nous  avons  voulu  fournira  ceux  qui  manient 
les  instruments  un  moyen  d'en  apprécier  directement  la  valeur  ;  et  de  plus 
nous  avons  mis  en  évidence,  dans  tout  instrument  d'un  diamètre  donné, 
l'existence  d'un  pouvoir  limité  ou  absolu,  qui  dépend  de  la  constitution 
physique  de  la  lumière  et  vient  mettre  forcément  un  terme  à  nos  efforts. 

Le  télescope,  débarrassé  successivement  du  poids  énorme  de  l'ancien 
miroir  métallique  et  de  l'excès  de  longueur  imposé  par  l'emploi  des  sur- 
faces sphériques,  devenait  de  plus  en  plus  facile  à  manier.  Nous  avons 
pensé  y  ajouter  un  complément  utile  en  le  montant  parallactiquement  sur 
un  support  construit  en  charpente  légère. 

En  publiant  ce  Mémoire,  nous  nous  proposons  non-seulement  de  con- 
stater les  résultats  acquis,  mais  nous  avons  aussi  l'intention  de  faire  con- 
naître les  procédés  pratiques  qui  ont  servi  à  les  obtenir.  Sans  vouloir 
abuser  des  détails,  nous  nous  mettrons  à  la  place  de  ceux  qui  auraient  le 
désir  de  faire  l'application  de  ces  mémesprocédésetnous  nous  expliquerons 
de  manière  à  les  mettre  à  même  de  réussir.  Telle  est  la  mesure  des  déve- 
loppements dans  lesquels  nous  croyons  devoir  entrer. 

Nous  aurons  donc  à  décrire  en  premier  lieu  les  divers  procédés  d'op- 
tique géométrique  par  lesquels  on  explore  les  surfaces  sphériques  concaves; 
puis  nous  ferons  l'application  générale  des  mêmes  procédés  à  l'étude  des 
surfaces  ayant  pour  section  méridienne  une  section  conique,  et  nous 
démontrerons  que  ces  procédés  d'examen,  appelés  à  se  contrôler  les  uns  les 

4.  Voir  Procès-verbaux  de  la  Soc.  phiL,  4858,  p.  47;  Cosmos,  t.  XH,  p.  590,  et  C.  R.  de  i^Ac. 
des  Se,  t.  XLVn,  p.  205. 


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—  236  — 

autres,  sont  plus  que  suffisants  pour  diriger  le  travail  manuel  par  lequel 
on  se  propose  de  réaliser  une  surface  proposée. 

Passant  alors  à  l'application  des  procédés,  nous  emprunterons  aux  arts 
les  moyens  de  préparer  les  miroirs,  d'agir  sur  les  surfaces  de  verre,  et  de 
réaliser  par  des  retouches  locales  une  surface  correcte.  Nous  énoncerons  les 
caractères  d'une  surface  parfaite  et  nous  définirons  les  pouvoirs  optiques. 

Nous  donnerons  ensuite  les  détails  pratiques  pour  métalliser.  quelque 
grandes  qu'elles  soient,  les  surfaces  du  verre  par  le  procédé  Drayton,  et 
nous  indiquerons  les  précautions  à  prendre  pour  prévenir  les  déformations 
des  miroirs  et  les  adapter  au  tube  du  télescope  ;  nous  discuterons  la  composi- 
tion des  oculaires,  et  nous  terminerons  par  la  description  d'un  pied  paral- 
lactique  en  charpente  spécialement  applicable  aux  télescopes  à  court  foyer 


EXAMEN   OPTIQUE   DES   SURFACES  CONCAVES;  TROIS  PROGÉDjés   DIFFERENTS. 
ABERRATION    POSITIVE   ET    NÉGATIVE*. 

Quand  un  miroir  ne  donne  pas  de  bonnes  images,  on  se  contente  ordi- 
nairement de  le  rejeter  sans  chercher  à  reconnaître  en  quoi  il  pèche;  on 
refait  la  surface. à  nouveau,  et  l'on  répète  le  travail  jusqu'à  ce  qu'on  juge 
avoir  réussi.  Mais  sur  ce  point  bien  souvent  les  avis  diffèrent.  Pourtant  il 
existe  des  caractères  auxquels  on  reconnaît  si  une  surface  réalise  sensi- 
blement la  figure  qui  convient  aux  circonstances  où  elle  doit  fonctionner. 

Supposons  qu'on  ait  à  vérifier  un  miroir  sphérique  concave.  La  pro- 
priété d'un  pareil  miroir  est  de  renvoyer  au  centre  de  courbure  et  sans 
aberration  aucune  tous  les  rayons  émanés  de  ce  même  centre.  Autour  de 
ce  point  et  à  très-petite  distance  sont  distribués  dans  l'espace  une  infinité 
de  foyers  conjugués,  qui  jouissent  sensiblement  de  la  même  immunité. 
Imaginons  donc  un  point  lumineux  placé  à  côté  et  tout  près  du  centre  de 
courbure  :  de  l'autre  côté  se  forme  une  image  que  l'on  vient  observer  avec 
un  microscope  faible;  si  la  surface  est  parfaite,  la  mise  au  point  est  bien 

4.  Voir  C,  R,  de  VAc.  des  Se,  t.  XLVII,  p.  958;  CosmoSj  t.  XIII,  p.  749. 


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—  237  — 

définie,  l'image  est  nette,  entourée  des  anneaux  de  la  diffraction,  et  les 
altérations  qu'elle  subit  en  deçà  et  au  delà  du  foyer  par  la  variation  de  la 
mise  au  point  sont  symétriques.  Tels  sont  les  caractères  d'un  foyer  parfait 
formé  par  un  cône  de  rayons  qui  se  croisent  tous  au  même  lieu  dans 
Tespace. 

Si  l'image  manque  de  netteté,  la  mise  au  point,  sans  être  aussi  bien 
définie,  produit  cependant  un  maximum  de  condensation  de  lumière  que 
l'on  peut  considérer  comme  le  vrai  foyer.  Si  alors  l'image  est  ronde,  on  en 
conclut  que  la  surface  du  miroir,  sans  être  exactement  sphérique,  est  du 
moins  de  révolution  autour  de  son  centre,  et  dès  lors  il  est  certain  qu'en 
faisant  varier  la  mise  au  point,  on  produira  de  part  et  d'autre  du  foyer  des 
altérations  dissemblables  et  complémentaires  l'une  de  l'autre;  des  conden- 
sations et  des  raréfactions  de  lumière,  distribuées  en  anneaux  concen- 
triques, apparaîtront  disposées  d'une  manière  réciproque,  indiquant,  dans 
les  zones  correspondantes  de  la  surface  réfléchissante,  des  variations  du 
rayon  de  courbure  dont  une  discussion  indique  aisément  le  sens. 

En  effet,  quand  on  porte  au  devant  des  rayons  le  microscope  oculaire, 
et  qu'on  dépasse  le  foyer,  on  observe  l'état  du  faisceau  avant  son  point  de 
convergence.  Or,  si  ce  point  n'est  pas  unique  pour  toutes  les  zones  concen- 
triques, celles  qui  ont  le  foyer  le  plus  court  produisent,  au  niveau  du  plan 
d'observation,  une  condensation  prématurée  de  lumière  qui.  accuse  un  foyer 
plus  proche  ;  le  contraire  a  lieu  pour  les  zones  qui  ont  le  plus  long  foyer. 
Si  maintenant  on  recule  l'oculaire  de  manière  à  observer  l'état  des  fais- 
ceaux après  l'entre-croisement  des  rayons,  on  constate  que  les  apparences 
deviennent  inverses,  tout  en  conduisant  aux  mêmes  conclusions. 

Généralement,  dans  les  surfaces  bien  faites,  les  altérations  de  forme  ne 
proviennent  que  d'un  changement  continu  du  rayon  de  courbure,  qui  varie 
d'une  petite  quantité  et  dans  un  même  sens  à  partir  du  centre  jusqu'au 
bord.  Aussi  les  deux  images  qu'on  observe  symétriquement  de  part  et 
d'autre  du  foyer  se  présentent-elles  habituellement  comme  des  cercles, 
dont  l'un  offre  une  condensation  de  lumière  vers  le  centre,  et  l'autre  vers 
la  circonférence. 

Lorsque  la  surface  à  étudier  n'est  pas  de  révolution,  on  en  est  averti 


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—  238  — 

par  la  déformation  des  images  qui  cessent  d'être  rondes,  et  se  partagent  en 
concamérations  d'intensités  inégales. 

Quand  on  en  vient  à  l'expérience,  on  réalise  le  point  lumineux  qui 
sert  d'origine  aux  rayons  émis,  en  collant  une  lentille  plan-convexe  à  court 
foyer  sur  Tune  des  deux  surfaces  égales  d'un  petit  prisme  rectangle  à 
réflexion  totale  (PL  6,  fig.  1).  Une  flamme  de  lampe  placée  sur  le  côté,  à 
quelques  décimètres  de  la  ligne  d'expérience,  éclaire  par  ses  rayons  hori- 
zontaux cette  lentille  qui  se  présente  normalement  ;  les  rayons  convergents 
sont  réfléchis  totalement  par  la  surface  hypoténuse,  et  vont  former,  en 
dehors  du  prisme,  une  image  de  flamme  que  l'on  fait  tomber  sur  un  écran 
opaque,  percé  en  mince  paroi  d'une  très-petite  ouverture  assimilable  à  un 
point. 

Cette  manière  d'examiner  les  surfaces  concaves  suffirait  à  la  rigueur 
pour  en  faire  connaître  les  moindres  imperfections;  mais  elle  se  recom- 
mande surtout  dans  les  circonstances  où  il  importe  de  s'assurer  que  la 
figure  est  de  révolution.  Cependant  lorsqu'on  se  propose  d'opérer  des  retou- 
ches, il  est  utile  de  recueillir  des  indications  plus  précises  sur  les  varia- 
tions du  rayon  de  courbure  :  c'est  le  cas  de  recourir  à  un  second  procédé 
fondé  sur  un  tout  autre  principe. 

Dans  une  région  voisine  du  centre  de  courbure,  on  dispose  deux  droites 
rapprochées,  telles  que  les  deux  bords  d'un  fil  métallique  de  0™,001  de  dia- 
mètre; on  éclaire  cet  objet  par  un  miroir  oblique,  de  telle  sorte  que,  vu  de 
tous  les  points  de  la  surface  du  miroir  objectif,  il  se  projette  sur  un  fond 
éclairé;  l'image  qui  vient  s'en  former  tout  auprès,  s'observe  à  l'œil  nu,  ou 
mieux  au  moyen  d'une  petite  lunette  réduite,  par  un  diaphragme,  à 0",0015 
d'ouverture.  Dans  ces  circonstances,  l'objet  apparaît  dans  l'étendue  d'un 
disque  éclairé  dont  l'étendue  correspond  à  l'ouverture  du  miroir,  et  si  les 
bords  ne  semblent  pas  rectilignes,  les  inflexions  qu'ils  présentent  sont 
propres  à  caractériser  les  variations  du  rayon  de  courbure.  Pour  s'en 
rendre  compte,  il  suffit  de  faire  le  tracé  de  la  marche  des  rayons  à  partir 
de  la  surface  du  miroir  jusqu'au  plan  focal  de  la  lunette  (fig.  2),  On  Toit 
alors  comment  le  petit  diaphragme,  en  éliminant  la  majorité  des  rayons  qui 


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—  239  — 

ont  formé  l'image  directe  i,  a  pour  effet  de  composer  l'image  transmise  i' 
avec  des  rayons  réfléchis  par  différentes  parties  du  miroir.  Or,  si  le  rayon 
de  courbure  Varie  d'une  zone  à  l'autre,  Timage  i  manquera  de  netteté,  et 
l'image  i^  sera  formée  en  chacun  de  ses  points  par  des  faisceaux  partiels  à 
foyers  différents;  elle  se  courbera  dans  l'espace,  et  les  angles  sous-tendus 
dans  l'œil  de  l'observateur  parles  différentes  parties  de  l'image  ne  seront 
pas  proportionnels  aux  parties  correspondantes  de  l'objet.  En  un  mot,  cette 
image  paraîtra  déformée,  on  y  verra  des  contractions  et  des  dilatations 
accusant  une  diminution  ou  une.  augmentation  du  rayon  de  courbure  des 
éléments  correspondants  du  miroir. 

Si  l'on  veut  inspecter  d'un  coup  d'œil  le  miroir  dans  toute  son  étendue, 
il  faut  prendre  pour  objet  un  réseau  régulier  à  mailles  carrées,  dont 
l'image  devient  très-sensible  aux  déformations,  en  quelque  point  qu'elles 
se  manifestent.  Supposons,  ce  qui  arrive  le  plus  souvent,  que  le  miroir, 
exactement  sphérique  dans  sa  partie  centrale,  s'évase  vers  les  bords  par 
un  allongement  progressif  du  rayon  da  courbure.  Soumis  à  l'épreuve  du 
deuxième  procédé,  un  pareil  miroir  donne  une  image  dans  laquelle  toutes 
les  lignes  sont  courbées  comme  dans  la  figure /i,  en  tournant  leur  concavité 
en  dehors.  Il  en  résulte  que  les  mailles  vont  en  croissant  d'étendue  du 
centre  vers  les  bords,  et  varient  dans  le  même  sens  que  le  rayon  de  cour- 
bure des  éléments  correspondants  de  la  surface. 

Une  déformation  inverse  du  miroir,  qui  consiste  dans  un  relèvement 
trop  rapide  des  bords,  produit  un  renversement  dans  la  courbure  des 
lignes  (fig.  5),  d'où  résulte  que  l'étendue  des  mailles  diminue  vers  les  bords 
du  champ,  et  varie  encore  dans  le  même  sens  que  le  rayon  de  courbure. 
Enfin,  il  arrive  fort  souvent  que  les  bords  d'un  miroir  sont  abaissés  au-des- 
sous du  niveau  sphérique,  et  qu'en  même  temps  la  surface  présente  une 
éminence  centrale,  limitée  tout  autour  par  une  sorte  de  rigole  circulaire. 
En  pareil  cas,  le  rayon  de  courbure  varie  successivement  dans  les  deux 
sens  du  centre  jusqu'au  bord;  cette  particularité  se  révèle  encore  très- 
clairement  par  les  sinuosités  des  lignes  observées  ^fig.  6),  dont  la  disposi- 
tion fait  naître  uiie  variation  analogue  dans  l'étendue  des  mailles  qui  résul- 
tent de  leur  entre-croisement.  On  a  eu  soin  de  mettre  en  regard  dans  la 


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—  240  — 

même  planche  les  figures  qui  représentent  les  images  observées  et  le  profil 
énormément  exagéré  des  surfaces  déformées.  Ce  deuxième  procédé  fournit 
donc,  sur  la  configuration  des  surfaces  qu'on  examine,  des  indications  très- 
sûres  et  très-faciles  à  interpréter,  mais  il  manque  un  peu  de  sensibilité,  et, 
dans  le  cas  où  il  laisse  percevoir  les  lignes  du  réseau  sensiblement  droites 
(fig.  3),  on  n'est  pas  encore  certain  d'avoir  obtenu  une  surface  irrépro- 
chable et  susceptible  de  résister  à  l'épreuve  rigoureuse  d'un  troisième  et 
dernier  procédé. 

On  dispose,  comme  dans  le  cas  du  premier  essai,  un  point  lumineux 
au  voisinage  du  centre  de  courbure  de  manière  à  ne  pas  masquer  les  rayons 
en  retour  ;  après  s'être  croisés,  ces  rayons  forment  un  cône  divergent  dans 
lequel  l'œil  se  place,  pour  ensuite  se  porter  au  devant  du  foyer  jusqu'à  ce 
que  la  surface  paraisse  entièrement  illuminée  ;  puis,  à  l'aide  d'un  écran  à 
bord  rectiligne,  on  intercepte  l'image  jusqu'au  point  de  la  faire  disparaître 
entièrement.  Celte  manœuvre  produit,  pour  l'œil  qui  observe,  une  extinction 
progressive  de  l'éclat  du  miroir  qui,  dans  le  cas  d'une  sphéricité  exacte, 
conserve  jusqu'au  dernier  moment  et  dans  toute  l'étendue  de  sa  surface 
une  intensité  uniforme.  Dans  le  cas  contraire,  l'extinction  n'a  pas  lieu 
simultanément  sur  tous  les  points,  et  du  contraste  des  ombres  et  des  lu- 
mières résulte  pour  l'observateur,  avec  un  sentiment  de  relief  exagéré,  la 
perception  en  clair-obscur  des  proéminences  et  des  dépressions  qui  por- 
tent atteinte  à  la  figure  sphérique.  C'est  là  un  effet  résultant  nécessaire- 
ment de  la  marche  des  rayons  qui  convergent  plus  ou  moins  exactement 
vers  un  foyer  commun. 

Dans  l'hypothèse  d'une  surface  parfaite,  l'image  du  point  lumineux 
est  un  disque  nettement  terminé  qui  comprend  tous. les  rayons  réfléchis  et 
qui,  une  fois  masqué  par  l'écran  (fig.  7),  ne  laisse  plus  aucune  lumière 
parvenir  dans  l'œil  ;  mais  pour  peu  que  ce  disque  déborde  sur  l'écran, 
comme  en  chacun  de  ses  points  passent  des  rayons  réfléchis  par  la  surface 
entière,  cette  surface  s'illumine  plus  ou  moins  et  revêt  pour  l'observateur 
un  éclat  uniforme. 

Supposons  à  présent  la  surface  défectueuse  :  l'image  du  point,  au  lieu 


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—  2ùi  — 

d*êtpe  nettement  terminée,  va  s'entourer  d'une  auréole  lumineuse  formée 
par  les  rayons  en  aberration,  et  quand  l'image  proprement  dite  sera 
masquée  par  la  présence  de  l'écran,  ces  rayons,  passant  outre,  iront  dans 
l'œil  de  l'observateur  y  dénoncer  les  éléments  de  la  surface  qui  ne  se  pré- 
sentent pas  sous  l'incidence  voulue. 

Dans  la  figure  8,  qui  représente  l'effet  d'une  surface  à  bords  trop 
relevés,  on  voit  clairement  que  l'écran  interceptant  le  faisceau  central  qui 
forme  image,  laisse  cependant  passer  les  rayons  venant  du  bord  supérieur. 
Gonséquemment,  au  moment  de  l'extinction  progressive  du  faisceau  cen- 
tral, ce  bord  supérieur  paraîtra  brillant  et  le  bord  opposé  déjà  noir,  tandis 
que  la  région  centrale  et  régulière  présentera  une  teinte  évanouissante 
uniforme. 

Généralement,  si  la  surface  soumise  à  ce  genre  d'examen  est  altérée 
par  des  éminences  et  des  dépressions  distribuées  d'une  manière  quelconque 
(fig.  9),  tous  les  versants  inclinés  du  côté  de  l'écran  paraîtront  noirs,  et 
tous  les  versants  inclinés  du  côté  opposé  paraîtront  brillants.  Donc,  en  dé- 
finitive, l'aspect  d'une  telle  surface  sera  le  même  que  celui  d'une  surface 
mate  qui  présenterait,  avec  un  degré  d'exagération  extrême,  des  saillies  et 
des  creux  semblablement  distribués,  et  qui  serait  éclairée  par  une  lumière 
oblique  provenant  d'une  source  placée  du  côté  opposé  à  l'écran  qui  inter- 
cepte l'image.  Cette  règle  est  importante  à  consulter  si  Ton  tient  à  écarter 
toute  incertitude  dans  l'interprétation  des  résultats  observés,  car  souvent 
il  arrive  que,  sous  l'influence  d'une  disposition  morale  indépendante  de  la 
volonté,  les  creux  et  les  reliefs  semblent  s'intervertir;  mais,  quelle  que 
soit  la  sensation  perçue,  on  est  certain  d'éviter  l'erreur  de  signe,  pourvu 
que  l'on  prenne  garde  à  la  position  de  l'écran  et  qu'on  interprète  en  con- 
séquence la  disposition  des  ombres  et  des  lumières. 

Nous  avons  donc,  en  résumé,  trois  procédés  à  mettre  en  usage  pour 
contrôler  la  configuration  des  surfaces  réfléchissantes  concaves.  Le  pre- 
mier fondé  sur  l'observation  microscopique  de  l'image  d'un  point  lumi- 
neux :  il  s'applique  particulièrement  au  cas  où  l'on  veut  reconnaître  si  la 
figure  est  de  révolution.  Le  second,  qui  agit  par  élimination  au  moyen  d'une 
lunette  étroitement  diaphragmée  appliquée  à  l'observation  de  l'image  d'un 

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réseau  à  mailles  carrées  :  il  a  surtout  la  propriété  de  faire  connaître  les 
variations  du  rayon  de  courbure  aux  différents  points  de  la  surface.  Et  le 
troisième,  qui  est  le  plus  sensible  de  tous,  et  qui  repose  sur  l'observation 
directe  de  la  surface  contemplée  à  Tœil  nu  par  les  rayons  constitués  en 
foyer  et  passant  aux  limites  d'un  écran  opaque.  Observer  au  microscope 
l'image  d'un  point,  étudier  à  la  lunette  diaphragmée  les  déformations  du 
réseau,  et  regarder  à  l'œil  nu  la  surface  au  moyen  des  rayons  échappés  à 
l'image  interceptée,  tels  sont  les  artifices  appelés,  en  se  contrôlant  mutuel- 
lement, à  fournir  tous  les  renseignements  désirables  sur  la  configuration 
des  surfaces  optiques. 

Jusqu'à  présent  nous  avons  supposé  que  ces  procédés  s'appliquaient 
uniquement  à  l'examen  des  surfaces  sphériques  limitées  dans  leur  applica- 
tion au  cas  où  elles  fonctionnent  pour  des  foyers  conjugués  très-voisins  du 
centre  de  courbure.  Ces  restrictions  admises,  la  démonstration  en  est  de- 
venue plus  facile  et  plus  claire.  Mais,  considérés  à  un  autre  point  de  vue, 
ces  procédés  prennent  un  caractère  de  généralité  qui  vient  en  augmenter 
l'importance. 

Faisant  abstraction  de  la  surface  pour  ne  considérer  que  le  faisceau 
réfléchi,  les  indications  fournies  par  les  procédés  d'examen  s'appliquent  au 
faisceau  lui-même,  et  les  particularités  qui  ont  été  signalées  comme  des 
attributs  d'une  surface  sphérique  deviennent  à  juste  titre  les  propriétés 
réelles  d'un  faisceau  lumineux  exactement  conique. 

Or,  comme  dans  les  instruments  d'optique  la  netteté  des  images 
dépend  expressément  de  la  convergence  finale  des  rayons  lumineux,  ces 
instruments,  quels  qu'ils  soient,  tombent  sous  le  contrôle  des  mêmes  moyens 
d'épreuve. 

Nous  ne  sommes  donc  plus  assujettis  à  observer  un  miroir  en  son 
centre  de  courbure,  et  puisque  le  but  proposé  est  de  construire  des  téles- 
copes pour  observer  des  objets  situés  à  l'infini,  nous  allons  prendre  le  mi- 
roir concave  tel  qu'il  sort  des  mains  de  l'artiste  et  le  conduire,  par  une 
série  de  transformations,  à  la  figure  qu'il  convient  de  lui  donner  pour  le 
faire  fonctionner  utilement  sur  les  corps  célestes. 


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—  243  — 

Ce  miroir  de  verre,  même  sans  être  argenté,  réfléchit  assez  de  lumière 
pour  qu'on  puisse  le  soumettre  à  l'épreuve  des  trois  procédés  ;  on  l'observe 
près  du  centre  de  courbure,  et  s'il  est  sphérique,  l'image  du  point  lumi- 
neux est  ronde,  nette  et  tranchée,  les  lignes  du  réseau  sont  droites  et, 
revenant  à  l'image  du  point  qu'on  contemple  par  l'écran,  on  produit 
l'extinction  simultanée  sur  toute  la  surface. 

Ce  fait  constaté,  on  rapproche  l'objet  de  la  surface  du  miroir  :  néces- 
sairement l'image  s'éloigne  et  l'écartement  qui  survient  entre  les  deux 
foyers  conjugués  exigerait,  pour  qu'il  y  eût  encore  convergence  parfaite 
des  rayons  réfléchis,  que  la  surface  appartint  à  un  ellipsoïde  de  révolution. 
Or,  comme  elle  est  restée  sphérique,  les  rayons  émanés  d'un  point  ne  doi- 
vent plus  se  croiser  en  un  seul  point.  On  constate,  en  effet,  par  l'applica- 
tion des  trois  procédés,  qu'il  y  a  aberration,  et  dans  un  sens  tel,  que  les 
différents  éléments  du  miroir  donnent  leur  foyer  à  plus  courte  distance  à 
mesure  qu'ils  s'éloignent  de  la  partie  centrale.  L'image  du  point  lumineux 
examinée  au  microscope  commence  à  s'entourer  d'une  auréole  d'aberra- 
tion; quand  on  change  la  mise  au  point,  on  voit  cette  image  dégénérer  de 
part  et  d'autre  du  plan  focal  en  deux  images  complémentaires,  dont  l'une, 
plus  rapprochée  du  miroir,  présente  au  pourtour  une  accumulation  de 
lumière,  et  dont  l'autre  affecte  la  disposition  inverse  ;  les  lignes  du  réseau 
commencent  à  se  courber  en  tournant  leur  convexité  à  Textérieur  comme 
dans  la  figure  5,  et  Textinclion  de  l'image  par  l'écran  produit  sur  la  sur- 
face du  miroir  une  distribution  inégale  de  lumière  (fig.  13)  qui  semble 
accuser  un  centre  bombé  et  des  bords  relevés,  avec  une  rigole  circulaire 
entre  deux.  A  tous  ces  caractères  on  reconnaît  que  la  surface  du  miroir 
n'est  pas  celle  qui  conviendrait  à  la  position  actuelle  des  foyers  conjugués 
et  qu'elle  en  diffère  de  telle  sorte,  que  le  rayon  de  courbure  est  relative- 
ment trop  court  et  de  plus  en  plus  aux  divers  éléments  à  mesure  qu'ils 
s'éloignent  de  la  partie  centrale.  On  voit  déjà  clairement  indiquée  la  mo- 
dification qu'il  faudrait  imprimer  à  cette  surface  pour  la  ramener  à  de 
meilleures  conditions  :  évidemment  il  y  aurait  à  la  retoucher  de  manière 
à  rétablir  entre  les  rayons  de  courbure  cette  variation  qui  leur  manque, 


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—  2kh- 

et  Ton  verni  plus  loin  qu'il  y  a  une  infinité  de  manières  cl*opérer  cette 
retouche. 

Poursuivons  ;  c'est-à-dire,  rapprochons  encore  l'objet  du  miroir,  et 
repoussons  du  même  coup  l'image  à  plus  grande  distance.  L'aberration  va 
croissant,  ainsi  que  les  phénomènes  qui  en  décèlent  la  grandeur  et  le  sens  ; 
en  sorte  qu'il  devient  manifeste  que  l'aberration  pour  une  surface  sphé- 
rique  augmente  avec  la  distance  des  foyers  conjugués.  Mais  supposons  que, 
partant  du  centre  de  courbure  et  avant  de  passer  d'une  station  à  une  autre, 
on  maîtrise  les  phénomènes  d'aberration  en  exécutant  les  retouches  con- 
seillées par  les  indications  de  procédés  d'examen,  la  figure  du  miroir, 
primitivement  sphérique,  sera  graduellement  modifiée  par  une  série  de 
retouches  légères  qui  la  feront  successivement  passer  par  la  série  des 
figures  ellipsoïdales  ayant  le  paraboloïde  pour  limite.  Telle  est  la  méthode 
qui  a  été  suivie  avec  succès  pour  obtenir  des  miroirs  à  large  ouverture  don- 
nant sans  aberration  sensible  l'image  des  objets  situés  à  l'infini. 

Lorsqu'on  a  réussi  à  détruire  toute  aberration  pour  une  situation  par- 
ticulière des  foyers  conjugués,  et  qu'on  revient  à  l'une  des  positions  pré- 
cédemment occupées,  on  voit  reparaître  en  sens  inverse  l'ensemble  des 
phénomènes  qui  accusent  une  aberration  dans  le  cône  des  rayons  conver- 
gents. L'image  du  point  lumineux  entourée  au  foyer  même  d'une  auréole 
lumineuse  dégénère,  quand  on  tire  à  soi  le  microscope  oculaire,  en  un 
cercle  cerné  de  lumière  avec  un  centre  plus  ou  moins  obscur;  les  fils  du 
réseau  apparaissent  courbés  dans  l'image  en  tournant  leur  concavité  en 
dehors  (fig.  4),  et  la  surface,  examinée  quand  on  masque  l'image,  apparaît 
(fig.  Ji)  avec  un  creux  dans  la  partie  centrale  et  des  bords  renversés  en 
arrière.  En  un  mot,  tous  les  phénomènes  deviennent  inverses  de  ceux 
qu'on  observe  sur  une  surface  sphérique  éprouvée  en  dehors  du  centre  de 
courbure. 

Si  Ton  convient  de  considérer  comme  positive  l'espèce  d'aberration  qui 
résulte  le  plus  souvent  de  l'extension  disproportionnée  des  surfaces  sphé- 
riques,  on  désignera  comme  négative  l'aberration  de  sens  inverse  qui  pro- 
vient d'une  correction  exagérée  ou  inopportune  de  l'aberration  de  sphéri- 


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—  245  — 

cité.  Mais  pour  ne  considérer  que  l'ensemble  du  faisceau  indépendamment 
de  l'appareil  chargé  d'en  opérer  la  convergence,  on  peut  convenir  d'expri- 
mer par  aberration  positive  la  constitution  d'un  faisceau  dont  les  parties 
centrales  convergent  les  dernières,  auquel  cas  la  caustique  (fig.  iO)  formée 
par  la  suite  des  rayons  entre-croisés  a  son  sommet  tourné  du  côté  vers 
lequel  la  lumière  se  dirige;  tandis  que  par  aberration  négative  on  entendra 
désigner  la  constitution  inverse  d'un  faisceau  où  les  parties  centrales  con- 
vergent les  premières  :  d'où  résulte  une  caustique  dont  le  sommet  se  tourne 
vers  l'appareil  convergent  (fig.  il).  A  ces  deux  états  du  faisceau  lumineux 
correspondent  deux  apparences  contraires^  et  comme  une  même  surface 
ellipsoïde  peut  donner  une  aberration  positive  ou  négative,  suivant  qu'elle 
fonctionne  pour  des  foyers  situés  en  dedans  ou  en  dehors  des  limites  cor- 
respondantes à  ses  propres  foyers,  il  en  résulte  qu'une  même  surface  peut 
offrir  au  troisième  procédé  les  deux  aspects  opposés.  Pour  s'en  rendre 
compte,  il  importe  de  rechercher  quel  est  le  sens  géométrique  de  la  figure 
qui  apparaît  en  pareille  circonstance. 

Et  d'abord  il  faut  bien  remarquer  que  pourvu  qu'une  surface  fonc- 
tionne de  manière  à  renvoyer  vers  l'observateur  un  faisceau  exempt  d'aber- 
ration, cette  surface,  quelle  qu'elle  soit,  examinée  au  troisième  procédé, 
apparaît  uniformément  éclairée  comme  si  elle  était  plane.  Si  donc 
surviennent  des  altérations  de  forme  capables  de  troubler  la  convergence 
des  rayons,  l'aspect  de  la  surface  en  sera  modifié  de  telle  sorte,  qu'elle 
semble  différer  du  plan  comme  la  figure  altérée  diffère  de  la  figure  correcte. 
En  d'autres  termes,  le  relief  du  solide  qui  se  montre  en  pareil  cas,  au  lieu 
de  révéler  la  véritable  figure  du  miroir,  fait  connaître  la  figure  du  solide 
superposé  à  la  surface  correcte. 

Supposons,  par  exemple,  qu'une  surface  sphérique  soit  mise  en  obser- 
vation dans  des  circonstances  où  elle  devrait  présenter  la  figure  ellipsoïde. 
C'est  dire  qu'à  la  surface  qui  convient  s  (fig.  12)  on  substitue  la  surface  / 
qui  ne  convient  pas.  Pour  avoir  une  idée  de  l'aspect  qui  devra  s'ensuivre, 
rapportons  le  cercle  et  l'ellipse  aux  mêmes  coordonnées,  puis  construisons 
la  courbe  donnée  par  la  variation  de  la  différence  des  ordonnées  corres- 
pondantes aux  mêmes  abscisses.  Cette  courbe,  qui  est  du  4*  degré,  est  bien 


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—  246  — 

celle  qui,  supposée  tournant  autour  de  Taxe,  engendrerait  une  surface  con* 
forme  à  celle  qui  se  dessine  en  clair-obscur  (fig.  13  ou  H)  sur  un  miroir 
soumis  au  troisième  procédé,  lorsque  ce  miroir  a  pris  pour  section  méri- 
dienne une  section  conique,  et  qu'il  est  éprouvé  en  dehors  des  conditions 
définies  par  la  position  de  ses  propres  foyers.  On  comprend  d'ailleurs  qu  il 
y  ait  dans  cette  figure  interversion  des  creux  et  des  reliefs,  suivant'  que  la 
surface  réelle  du  miroir  est  intérieure  ou  extérieure  à  la  surface  théorique- 
ment correspondante  aux  positions  occupées  dans  l'espace  par  l'objet  et 
l'image.  Ainsi  s'expliquent,  dans  leur  variation  progressive  et  continue,  les 
divers  aspects  que  présente  un  miroir  ellipsoïde  considéré  à  toutes  les 
distances  où  peut  se  former  l'image  résultant  du  concours  des  rayons 
réfléchis. 

Des  trois  procédés  qui  viennent  d'être  successivement  décrits,  un  seul, 
à  la  rigueur,  suffirait  pour  guider  la  main  qui  doit  opérer  les  retouches  et 
faire  passer  la  surface  du  miroir  par  tous  les  ellipsoïdes  qui  conduisent 
à  la  figure  limite  du  paraboloïde.  Mais  en  les  employant  concurremment, 
on  est  plus  assuré  de  se  mettre  en  garde  contre  les  fausses  manœuvres. 
D'ailleurs  ces  divers  procédés  se  complètent  plutôt  qu'ils  ne  se  suppléent 
les  uns  les  autres.  L'expérience  a  montré  bien  des  fois  que,  dès  qu'ils 
s'accordent  à  désigner  une  surface  sans  défaut,  l'effet  optique  atteint  un 
degré  de  perfection  qui  ne  laisse  plus  rienà  désirer;  on  peut  même  sciemment 
laisser  persister  de  légères  ondulations  qui  s'accusent  au  troisième  procédé, 
sans  quel'effet optique  en  paraisse  sensiblement  altéré,  ce  qui  semble  indiquer 
que  ce  genre  d'examen  réalise,  à  l'égard  des  surfaces  optiques,  une  sorte 
de  réactif  sensible  à  l'excès.  La  difficulté  n'est  donc  plus  de  constater  les 
imperfections  du  travail  des  surfaces,  et,  pour  les  rendre  irréprochables, 
ce  qui  reste  à  faire,  c'est  d'attaquer  la  substance  du  verre  par  un  agent 
approprié  aux  minimes  quantités  qu'il  s'agit  de  soustraire. 


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—  247  — 


DÉTAILS     PRATIQUES     SUR     LA     TAILLE     DES    MIROIRS     EN    VERRE, 
ET  SUR   l'exécution    DES  RETOUCHES   LOCALES. 

Quand  le  miroir  de  verre  n'atteint  pas  de  grandes  dimensions,  quand 
son  diamètre  ne  dépasse  pas  une  vingtaine  de  centimètres,  le  travail  de  la 
surface  ne  présente  pour  ainsi  dire  aucune  difficulté,  et  Ton  peut  s'en  tenir 
aux  procédés  en  usage  dans  les  bons  ateliers  d'optique.  On  commence  par 
préparer  une  paire  de  bassins  en  cuivre  un  peu  plus  grands  que  le  verre, 
on  leur  donne  au  tour  la  courbure  voulue,  et  on  les  réunit,  balle  et  bassin, 
en  les  frottant  l'une  sur  l'autre  avec  de  l'émeri  de  plus  en  plus  fin.  Le 
verre  étant  mis  d'épaisseur,  dégrossi  et  débordé,  on  le  rode  à  l'émeri  et  à 
l'eau  sur  la  partie  convexe  ou  balle,  jusqu'à  ce  que  la  surface  ait  pris  un 
douci  très-fin  et  bien  uniforme.  Ensuite  on  colle  sur  ladite  balle  une  feuille 
de  papier  que  l'on  imprègne  de  rouge  d'Angleterre,  et,  par  le  frottement 
prolongé  sur  ce  polissoir,  on  éclaircit  la  surface  du  verre  qui  finit,  avec  le 
(emps,  par  prendre  un  poli  parfait.  En  opérant  ainsi,  une  main  habile 
obtient  ordinairement  une  surface  de  révolution  qui  ne  coïncide  pas  exac- 
tement avec  la  sphère,  mais  qui  en  diffère  dans  le  sens  favorable  à  la  cor- 
rection de  l'aberration  de  sphéricité.  Aussi  un  pareil  miroir  comporte-t-il 
souvent  une  ouverture  plus  grande  que  celle  qui  correspond  à  la  figure 
rigoureusement  sphérique.  Mais  quand  on  aborde  de  plus  grands  diamètres, 
on  ne  peut  plus  compter  sur  l'exactitude  de  cette  correction  empirique,  et 
il  devient  nécessaire  de  recourir  à  des  relouches  locales.  De  plus  le  prix 
des  bassins  augmente  dans  une  proportion  très-rapide  ;  leur  poids  devient 
considérable,  et  l'adhérence  qui  va  croissant  entre  le  verre  et  le  métal, 
rend  le  travail  plus  pénible  et  diminue  les  chances  de  succès.  Pour  ces 
divers  motifs,  nous  avons  renoncé  à  l'emploi  des  bassins  en  métal ,  et  nous 
en  sommes  revenu  à  travailler  les  miroirs  verre  sur  verre.  Dès  lors  les  frais 
d'établissement  ne  consistent  plus  que  dans  l'acquisition  de  deux  disques  en 
verre  de  forme  et  de  grandeur  appropriées  à  celles  que  l'on  veut  conserver 
à  la  pièce.. 


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—  268  — 

S'agit-il,  par  exemple,  de  construire  un  miroir  de  &0  à  50  centimètres, 
on  commence  par  se  procurer,  en  les  coulant  dans  un  moule  en  fonte^  deux 
disques  de  verre  épais  bien  recuits,  et  terminés  chacun  par  un  revers  con- 
vexe. Par  un  premier  travail  de  dégrossissage  opéré  mécaniquement,  on 
amène  approximativement  les  deux  surfaces  principales  à  la  courbure 
voulue,  on  déborde  circulairement  les  deux  disques  en  laissant  un  excès  de 
diamètre  à  celui  qui  doit  jouer  le  rôle  de  balle,  on  polit  le  revers  de  l'autre 
disque,  et  sur  le  pourtour  de  chacun  d'eux  on  creuse  une  gorge  destinée  à 
recevoir  des  cordages  pour  faciliter  les  manœuvres. 

Les  deux  pièces  ainsi  préparées,  balle  et  miroir,  sont  dirigées  vers 
l'atelier  des  opticiens  et  confiées  à  une  main  habile,  afin  d'y  être  travaillées 
l'une  par  l'autre  avec  tous  les  soins  nécessaires  pour  engendrer  une  surface 
de  révolution. 

L'opération  s'exécute  sur  un  poste  solidement  établi,  sorte  de  pilier 
isolé  de  toute  part  [et  qui  porte  en  son  centre  un  pas  de  vis  sur  lequel  se 
montent  les  molettes  qu'on  fixe  à  la  poix  au  revers  de  l'un  et  de  l'autre 
disque  ;  verticalement  au-dessus  de  ce  centre  à  vis,  on  fixe  au  plafond  un 
fort  piton  où  s'accroche  un  ressort  en  hélice  capable  de  supporter  le  poids 
du  miroir.  Enfin,  pour  donner  prise  à  la  main  qui  doit  imprimer  le  mouve- 
ment, un  appendice  circulaire  à  rebord  saillant  et  volumineux  se  monte  à 
vis  àur  la  molette  et  offre  au  besoin  en  son  centre  un  point  d'attache  au 
cordage  plus  ou  moins  tendu  qui,  d'autre  part,  s'unit  au  ressort  de  sus- 
pension. 

La  balle  en  verre  étant  fixée  sur  le  poste,  on  étend  à  la  surface  un 
émeri  un  peu  grossier  délayé  avec  de  l'eau;  on  dépose  avec  précaution  le 
miroir  par-dessus  et  l'on  use  les  deux  pièces  l'une  sur  l'autre,  en  ayant 
soin  de  varier  les  mouvements  de  manière  à  distribuer  également  l'action 
dans  tous  les  sens.  En  même  temps  qu'il  tourne  autour  du  poste,  l'ouvrier 
fait  circuler  sous  sa  main  le  rebord  de  la  molette,  de  manière  à  occuper 
avec  la  balle  et  le  miroir  des  positions  relatives  constamment  changeantes. 
Peu  à  peu  l'émeri  s'écrase,  et  pour  éviter  qu'il  ne  se  dessèche,  on  l'humecte 
à  tout  instant  d'eau  projetée  en  gouttelettes  sur  les  parties  qui  se  décou- 
vrent tour  à  tour.  Mais  à  mesure  que  le  travail  se  prolonge,  Fémeri  perd  son 


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mordant,  et  parce  qu'il  devient  de  plus  en  plus  (in,  et  parce  qu'il  s*encombre 
de  parcelles  détachées  de  Tune  et  de  l'autre  surface;  au  bout  d'un  certain 
temps  l'ouvrier  reconnaît  qu'il  convient  de  relever  la  pièce,  d'éponger  les 
deux  parties  et  de  renouveler  l'émeri. 

Il  y  a  un  certain  art  à  bien  conduire,  comme  on  dit,  un  émeri  de 
manière  à  le  distribuer  uniformément  entre  les  surfaces  et  à  le  garder 
convenablement  mouillé  pendant  un  temps  suffisant  pour  qu'il  produise 
tout  son  effet;  entre  des  mains  inhabiles,  l'émeri  ne  s'étend  pas  bien,  ne  se 
lie  pas  convenablement  et  s'échappe  sans  avoir  exercé  toute  son  action.  On 
passe  alors  son  temps  en  fausses  manœuvres,  on  consomme  inutilement 
des  poudres,  et  le  travail  n'avance  pas. 

Les  premiers  émeris  sont  destinés  à  produire  la  coaptation  des  sur- 
faces; on  reconnaît  que  ce  résultat  est  obtenu  à  ce  que  les  parties  se  meu- 
vent indifféremment  l'une  sur  l'autre  dans  toutes  les  directions.  On  emploie 
alors  les  émeris  de  plus  en  plus  fins,  qu'on  désigne  dans  le  commerce  par 
le  temps  ou  le  nombre  de  minutes  qui  en  opère  la  séparation  quand  on  lés 
traite  par  lévigation  dans  l'eau.  En  se  succédant  entre  les  surfaces  frot- 
tantes, ces  émeris,  à  une,  à  deux...,  h  quarante,  à  soixante  minutes,  com- 
muniquent au  douci  un  grain  uniforme  et  velouté  dont  la  finesse  se  révèle 
par  un  ton  opalin  et  demi-transparent. 

Si  l'on  lient  à  obtenir  une  surface  d'un  rayon  déterminé^  il  est  pru- 
dent, pendant  cette  longue  succession  des  différents  émeris,  de  consulter 
de  temps  en  temps  le  sphéromètre,  car  dans  le  cas  où  il  serait  indiqué 
d'augmenter  le  rayon  de  courbure,  il  n'y  aurait  qu'à  fixer  le  miroir  sur  le 
I>oste  et  à  continuer  le  travail  avec  la  balle  en-dessus;  dans  le  cas  contraire, 
il  faudrait  laisser  les  choses  dans  les  conditions  premières  et  faire  dépasser 
le  miroir  en  lui  imprimant  des  mouvements  étendus.  Ces  deux  inanières 
d'agir  sur  le  rayon  de  courbure  ont  une  grande  efficacité,  surtout  quand  on 
travaille  verre  sur  verre.  On  s'en  rend  compte  aisément  en  considérant 
qu'aussitôt  que  les  pièces  dépassent  l'une  sur  l'autre,  la  partie  qui  sur- 
plombe presse  par  son  milieu  sur  le  bord  de  l'autre  ;  d'où  il  suit  que  l'usure, 
au  lieu  de  se  distribuer  uniformément,  porte  en  majeure  partie  sur  le 
pourtour  de  la  pièce  inférieure  et  sur  le  milieu  de  la  pièce  supérieure.  Il 

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—  250  — 

a'en  faut  pas  davantage  pour  expliquer  comment  cette  inégale  répartition 
de  pression  et  d'usure  tend  à  augmenter  la  courbure,  dans  le  cas  où  la 
partie  concave  est  en  dessus,  et  à  la  diminuer  lorsqu'on  agit  dans  la  posi- 
tion inverse.  Quand  on  sait  tenir  compte  de  cette  InQuence,  non-seulement 
on  n'a  plus  à  en  redouter  les  effets,  mais  encore  on  en  tire  parti  pour 
maintenir  la  surface  à  son  degré  de  courbure  jusqu'au  moment  de  com- 
mencer le  poli. 

Le  douci  étant  amené  au  plus  haut  degré  de  (inesse  et  d'uniformité,  il 
s'agit  de  le  transformer  en  un  poli  parfait.  On  connaît  plusieurs  procédés 
pour  polir  le  verre  ;  celui  qui  a  paru  le  mieux  convenir  au  travail  des  mi- 
roirs est  le  polissage  au  papier  et  au  rouge  d'Angleterre.  Sur  la  surface 
même  du  disque  qui  a  servi  à  doucir  le  miroir,  on  colle  à  Tempois  une 
feuille  de  papier  dont  la  trame  parait  aussi  égale  que  possible;  au  moyen 
d'une  sorte  de  ménisque  en  verre  appelé  colloir^  on  chasse  l'excès  d'empois 
vers  les  bords,  et  on  applique  intimement  le  papier  sur  le  verre;  puis,  en 
l'attaquant  légèrement  par  le  frottement  d'une  éponge  humide,  on  détache 
des  parcelles,  on  dégarnit  ce  papier  de  manière  à  soulever  une  peluche  qui, 
une  foîsséchée,  retient  utilement  les  poudres  à  polir.  H  faut  encore  passer 
la  pierre  ponce,  la  chasser  ensuite  avec  la  brosse,  après  quoi  on  éteud 
le  rouge  d'Angleterre  avec  un  chiffon  de  papier  froissé,  et  le  polissoir 
est  prêt. 

Le  miroir,  lavé  et  séché,  est  déposé  sur  ce  polissoir,  qui  le  touche  de 
toute  part  et  qui  va  l'éclaircir  aux  premiers  frottements  ;  mais  avant  de 
mettre  la  pièce  en  mouvement,  il  est  indispensable  de  supporter  une  partie 
de  son  poids  en  la  rattachant  au  ressort  de  suspension,  au  moyen  d'une 
corde  suffisamment  tendue.  A  cette  disposition  on  gagne  déjà  l'avantage  de 
mouvoir  sans  effort  une  assez  forte  masse.  Mais  ce  qui  est  plus  important, 
c'est  qu'en  diminuant  la  pression  sur  le  polissoir  on  ralentit  le  dégagement 
de  la  chaleur  due  au  frottement,  et  l'on  évite  dans  une  certaine  mesure  les 
déformations  qui  en  résultent.  Si  au  contraire  on  néglige  cette  précaution, 
la  chaleur  qui  provient  d'un  frottement  énergique  fait  bomber  les  deux 
pièces,  qui  bientôt  se  quittent  vers  les  bords  et  ne  se  touchent  plus  que 
parle  milieu.  Le  imvoïv pivote  sur  son  centre^  la  partie  moyenne  seule  se 


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polit,  la  surface  se  creuse,  et  les  bords  restent  mats.  Mais,  par  l'emploi  du 
ressort,  on  rétablit  Tégalité  d'action,  et  tout  en  prolongeant  la  durée  du 
polissage^  on  n*est  que  plus  assuré  d'obtenir  un  bon  résultat. 

Quand  le  miroir  paraît  entièrement  poli,  on  le  démonte,  on  le  soumet 
à  un  premier  examen,  et  si  la  surface  ne  présente  pas  d'imperfection 
grave,  on  entreprend  de  Famener  par  une  série  de  retouches  locales  à  la 
figure  définitive  qui  doit  en  faire  un  miroir  objectif  parfait. 

Pour  exécuter  convenablement  cette  délicate  opération,  il  est  néces- 
saire de  disposer  d'un  local  fermé  où  Ton  puisse  établir  une  ligne  d'expé- 
rience quatre  ou  cinq  fois  plus  longue  que  la  distance  focale  principale  du 
miroir.  A  l'une  des  extrémités,  on  place  le  miroir  monté  dans  un  cadre  qui 
s'adapte  au  tube  du  télescope.  Ce  tube,  débarrassé  du  prisme  et  des  ocu- 
laires, est  porté  sur  deux  tréteaux  qui  le  maintiennent  dans  une  position 
horizontale  et  l'élèvent  à  une  hauteur.commode  pour  les  observations.  Des 
tables  occupées  par  les  objets  nécessaires  à  l'examen  des  surfaces  se  meu- 
vent dans  toute  l'étendue  de  la  ligne.  De  plus,  sur  un  bâti  isolé  comme  un 
poste  d'opticien,  on  dispose,  pour  recevoir  le  miroir,  un  bassin  en  bois  dont 
la  courbure  s'adapte  au  revers  de  la  pièce.  Enfin  on  prépare,  pour  effectuer 
les  retouches,  une  série  de  polissoirs  dont  le  diamètre  varie  du  cinquième 
au  tiers  de  celui  de  la  pièce  à  retoucher.  Ces  polissoifs  sont  en  verre 
recouvert  de  papier  et  montés  sur  molettes  en  bois  ou  en  liège.  On  s'en 
sert  pour  attaquer  le  miroir  et  pour  exercer  dans  des  points  déterminés 
une  usure  de  la  même  nature  que  celle  qui  a  engendré  le  poli  général  de 
la  surface.   Mais,  pour   que  cette  soustraction  de  matière  s'opère  sans 
rompre  la  continuité  de  la  courbure,  en  d'autres  termes,  pour  que  les 
retouches  se  fondent  sans  solution  de  continuité  et  sans  ligne  de  démarca- 
tion perceptible  à  la  surface  primitive,  il  est  indispensable  d'apporter  le 
plus  grand  soin  à  la  préparation  des  polissoirs.  Aussi  croyons-nous  utile 
d'aborder  les  détails  pratiques  et  de  donner  à  ce  sujet  les  renseignements 
les  plus  précis. 

Dès  les  premiers  essais,  on  a  reconnu  que  la  meilleure  courbure  à 
donner  au  polissoir  pour  exécuter  des  retouches  partielles  n'est  pas  celle 


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qui  coïncidie  exactement  avec  la  courbure  du  miroir  :  le  mieux  est  de  lui 
assurer  un  léger  excès  de  convexité,  parce  qu'alors  le  contact  a  lieu  au 
centre;  par  suite,  la  retouche  s'adresse  plusdirectcment  à Téiémcnt  auquel 
on  la  destine,  et  elle  se  fond  dans  la  surface  de  part  et  d'autre  du  point  de 
contact  par  une  transition  insensible.  Cependant  il  ne  faudrait  pasexagérer 
cet  excès  de  courbure,  car  le  contact  se  restreindrait  à  une  étendue  qui  ne 
serait  plus  en  rapport  avec  celle  du  polissoir.  Enfin,  lors  même  que  le  po- 
lissoir  aurait  la  courbure  voulue,  il  importe  encore  de  surveiller  attentive- 
ment l'état  du  papier  qui  sert  de  véhicule  aux  poudres  polissantes,  car 
parfois  il  arrive  que  ces  poudres  voyagent  et  qu'on  se  déplaçant  elles  dé- 
centrent le  point  d'attaque  de  manière  à  dérouler  l'opérateur  et  à  fausser 
la  retouche.  Il  y  a  donc  un  ensemble  de  conditions  délicates  à  remplir.  Mais 
l'art  des  opticiens  offre  des  ressources  qui  permeilentde  surmonter  toutes 
les  difficultés. 

Quand  on  veut  préparer  un  polissoir  et  lui  communiquer  la  courbure 
précise  qui  convient  au  travail  de  retouche,  la  marche  à  suivre  consiste  à 
le  marier  avec  une  contre-partie  en  verre  de  même  diamètre  et  de  courbure 
inverse  :  on  a  ainsi,  d'après  les  expressions  reçues,  une  balle  et  un  bassin 
que  l'on  rode  l'un  sur  Tautre  avec  le  soin  qu'on  apporterait  à  l'exécution 
d'une  bonne  surface.  Ces  disques  une  fois  réunis,  il  faut  en  vérifier  la  cour- 
bure. Pour  cela  on  pose  la  partie  concave  ou  bassin  sur  la  grande  balle  qui 
a  servi  au  travail  du  miroir  et  dont  la  surface  est  restée  dépolie,  et  par  un 
frottement  développé  sur  place  on  fait  apparaître  une  trace  blanchâtre  qui 
décèle  la  répartition  des  points  de  contact.  Pour  que  le  polissoir  qui   est 
convexe  arrive  à  toucher  le  miroir  par  son  centre,  il  est  clair  qu'il  Huit  que 
le  p^tit  bassin  touche  la  grande  balle  par  le  bord  et  y  laisse  par  le  frotte- 
ment une  trace  annulaire.  Tant  que  ce  résultat  n'a  pas  été  obtenu,  on  con- 
tinue de  modifier  par  un  rodage  réciproque  la  courbure  des  deux  pièces,  en 
«ayant  soin  de  tenir  le  bassin  dessus  ou  dessous,  suivant  qu'il  faut  aug- 
menter ou  diminuer  la  courbure;  puis  enfin,  lorsque  l'épreuve  du  frotte- 
ment sur  le  dépoli  de  la  grande  balle  donne  une  trace  annulaire  qui  va  en 
mourant  jusqu'au   milieu   de  la  distance  au  centre,  on  est  sûr  que  les 


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deux  disques  ont  la  courbure  voulue,  et  Ton  peut  s'occuper  de  coller  les 
papiers. 

A  la  rigueur  il  suffirait  de  garnir  le  polissoir;  mais,  de  môme  que  les 
deux  pièces  ont  servi  à  se  régulariser  Tune  par  l'autre  en  les  rodant  verre 
sur  verre,  de  môme  une  fois  garnies  toutes  deux  on  perfectionne  les  p.i- 
piers  en  les  soumettant  .^  un  traitement  analogue.  On  colle  ces  papiers  îi 
l'empois  dont  l'excès  s'échappe  sons  l'action  du  coUoir;  on  promène  à  la 
surface  une  éponge  mouillée  en  ayant  soin  d'attaquer  légèrement  l'espèce 
d'épiderme  formé  par  l'encollage  primitif,  et  on  laisse  sécher.  Quand  l'hu- 
midité s'est  dissipée,  on  trouve  le  papier  bien  tendu,  mais  il  est  comme 
rugueux  et  chargé  de  parcelles  roulées  en  globules  qui  ont  été  détachées 
par  l'éponge;  on  les  enlève  parle  frottement  d'une  ponce  plate  et  on  les 
chasse  avec  la  brosse.  En  cet  état  on  pourrait  considérer  le  polissoir  comme 
prôt  à  entrer  en  action;  cependant,  comme  le  papier  peut  présenter  des 
inégalités  d'épaisseur,  nous  lui  faisons  subir  une  dernière  préparation  qui  a 
aussi  pour  effet  de  soulever  un  velouté  très-propre  à  fixer  et  à  retenir  les 
poudres.  Celte  préparation  consiste  à  réunir  les  deux  papiei's,  à  les  attaquer 
l'un  par  l'autre  avec  de  la  ponce  pulvérisée  et  mouillée  d'un  liquide  qui 
ne  décolle  pas  l'empois.  On  fixe  donc  le  polissoir  sur  l'établi,  on  l'arrose  de 
benzine,  on  le  saupoudre  de  ponce  pilée,  on  dépose  le  bassin  par-dessus, 
et  l'on  agit  pendant  un  certain  temps  comme  si  l'on  voulait  doucir  une 
surface.  Peu  à  peu  la  benzine  s'évapore,  la  ponce  qui  formait  bouillie  rede- 
vient pulvérulente,  et  quand  on  sent  qu'elle  a  une  tendance  à  se  réunir  en 
tas,  on  l'écarle,  et  on  recommence  ainsi  deux  ou  trois  fois.  On  donne  pour 
finir  un  coup  de  brosse  que  l'on  prolonge  avec  insistance,  et  l'on  voit  le 
papier  recouvrer  sa  blancheur.  iMais  si  on  l'examine  avec  attention,  on  re- 
connaît que  la  surface  s'est  avantageusement  modifiée  en  se  recouvrant 
d'un  velouté  uniforme  dont  la  présence  favorise  toujours  l'action  du 
polissoir. 

A  la  manière  dont  s'étalent  et  se  fixent  soit  le  rouge,  soit  le  tri  poli 
qu'on  ajoute  pour  donner  du  mordant,  on  constate  déjà  que  le  traitement 
à  la  ponce  et  à  la  benzine  réalise  des  conditions  d'uniformité  qui  rarement 
se  rencontrent  dans  la  feuille  de  papier  employée  telle  quelle.  Mais  lorsque 


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le  travail  se  prolonge,  lorsqu'un  polissoir  a  servi  pendant  plusieurs  heures. 

on  le  voit  se  comporter  bien  différemment  suivant  qu'il  a  subi  ou  non  celle 

dernière  préparation.  Quand  on  omet  de  réunir  les  papiers,   l'opération 

marche  bien,  il  est  vrai,  pendant  un  certain  temps;  mais  bientôt  dans  la 

partie  centrale  où  s'exercent  les  plus  fortes  pressions,  le  papier  se  tasse,  perd 

sa  porosité  et  se  dépouille  de  son  duvet;  il  se  lisse  et  ne  relient  plus  les 

poudres,  qui  se  réfugient  vers  les  bords.  En  pareil  cas,  malgré  l'excès  de 

courbure  du  polissoir,  l'attaque  n'a  plus  lieu  par  le  centre,  ce  sont  les  bords 

qui  mordent;  en  sorte  qu'au  lieu  de  pratiquer  des  retouches  qui  se  fondent 

insensiblement  les  unes  dans  les  autres,  on  court  le  risque  de  tracer  des 

sillons  plus  ou  moins  profonds  et  toujours  difficiles  à  réparer.  Si  au  contraire 

on  a  pris  soin  de  roder  le  polissoir  suivant  le  procédé  décrit,  comme  celle 

opération   met  à  nu  les  parties  profondes  et  spongieuses  du  papier,   les 

poudres  s'y  logent  et  s'y  fixent  d'une  manière  plus  durable,  en  sorte  que 

la  partie  centrale  garde  beaucoup  plus  longtemps  son  efficacité.  On  ne  voit 

pas  cette  région  se  lisser,  se  dégarnir  comme  dans  le  premier  cas,  et  Ton 

ne  risque  pas  de  faire  de  fausses  retouches  par  suite  de  l'affaissement  des 

parties  centrales  du  polissoir  et  de  la  prédominance  fâcheuse  des  bords. 

Étant  ainsi  pourvu  de  deux  ou  trois  polissoirs  de  grandeurs  diffé- 
rentes et  bien  adaptés  à  la  courbure  moyenne  du  miroir,  rien  n'empêche 
d'entreprendre  le  travail  de  retouche.  Des  trois  procédés  d'examen  qui  ont 
été  décrits,  deux  suffisent  à  diriger  l'opération,  le  premier  et  le  dernier  : 
c  est-à-dire  l'observation  microscopique  de  l'image  et  la  vision  directe  de 
la  surface  par  les  rayons  déviés  de  l'image  interceptée.  Ce  qui  détermine 
le  choix  de  ces  deux  procédés,  c'est  que  l'objet  lumineux  est  le  même  pour 
tous  deux  et  que,  pour  passer  de  l'un  à  l'autre,  il  suffît  d'échanger  le  mi- 
croscope pour  l'écran. 

Par  un  premier  examen  au  voisinage  du  centre  de  courbure,  on  explore 
la  surface,  et  suivant  qu'elle  réclame  une  retouche  plus  ou  moins  locale,  od 
détermine  la  grandeur  du  polissoir  qu'il  convient  d'employer;  puis  on  dé- 
pose le  miroir  sur  son  bassin  en  bois  tapissé  d'une  étoffe  de  laine,  et  l'on 
procède  à  la  mise  en  train. 


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Généralement  toute  surface  qui  a  séjourné  un  certain  temps  au  con- 
tact de  l'air  se  montre  rebelle  à  l'action  du  polissoir,  si  on  ne  prend  soin 
de  la  nettoyer  de  manière  à  lui  communiquer  un  état  d'homogénéité  par- 
faite. On  la  saupoudre  de  blanc  d'Espagne,  on  y  verse  un  peu  d'eau,  et  au 
moyen  d'un  tampon  de  coton  on  en  forme  une  pAte  qu'on  étend  uniformé- 
ment et  qu'on  laisse  sécher.  On  saisit  ensuite  un  nouveau  tampon  léger, 
bouffant,  peu  serré,  dont  on  effleure  seulement  la  surface;  le  blanc  peu 
adhérent  se  détache,  s'échappe  au  dehors  et  laisse  apparaître  le  verre  uni- 
formément recouvert  d'un  voile  transparent;  en  continuant  de  frotter  légè- 
rement avec  du  coton  constamment  renouvelé,  on  voit  ce  voile  se  dissiper 
peu  à  peu  et  la  surface  du  verre  linit  par  se  montrer  nette  et  pure.  Toute- 
fois, sur  une  surface  préparée  de  la  sorte  le  polissoir  glisse  tout  d'abord  et 
ne  finît  par  mordre  qu'après  avoir  repassé  plusieurs  fois  sur  les  mêmes 
parlies.  Les  points  où  il  commence  à  prendre  se  distribuent  çà  et  là,  irré- 
gulièrement, par  plaques  où  les  poudres  s'attachent  et  où  l'on  sent  naître 
l'adhérence  qui  décèle  un  travail.  Ces  plaques  grandissent  peu  à  peu;  mais 
tant  qu'elles  ne  sont  pas  devenues  confluentes,  l'action  du  polissoir  manque 
d'uniformité,  et  il  y  aurait  danger  d'altérer  la  surface  si  l'on  se  servait  du 
rouge  qui  a  beaucoup  de  mordant;  il  est  préférable  d'employer,  pour  com- 
mencer, le  tripoli  de  Venise  qui  s'étend  bien  sur  le  papier,  qui  attaque  le 
verre  moins  vivement  et  qui  semble  avoir  qualité  pour  la  mise  en  train. 

Lorsque  le  polissoir  s'applique  également  bien  sur  lous  les  points, 
lorsque  son  adhérence  est  la  même  partout,  on  peut  remplacer  le  tripoli 
par  le  rouge  d'Angleterre,  et  désormais  le  travail  commence.  C'est  le  mo- 
ment de  chercher,  d'après  l'examen  optique  des  surfaces,  à  se  représenter 
la  figure  du  solide  de  révolution  qui  est  comme  superposé  au  miroir  et  en 
altère  la  figure;  puis  il  faut  se  demander  quel  est  le  mouvement  à  donner 
qui,  étant  répété  un  grand  nombre  de  fois,  en  tournant  autour  du  centre, 
sera  capable  d'enlever  par  usure  le  solide  en  excès.  Ce  mouvement^  qud 
qu'il  soit,  une  fois  adopté,  devra  être  exécuté  sans  changement  tel  qu'on  en 
a  décidé,  pendant  un  certain  temps,  dix  minutes,  un  quart  d'heure,  après 
quoi  le  miroir  sera  de  nouveau  examiné. 

Sans  doute  il  pourra  arriver  qu'on  ait  mal  jugé  et  que  le  mouvement 


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exécuté  donne  un  résultat  autre  que  celui  qu*on  attendait;  mais  au  moins 
l'épreuve  portera  un  enseignement,  tandis  que  si  on  variait  la  manœuvre 
plusieurs  fois  entre  deux  examens,  le  résultat  observé  ne  conduirait  à 
aucune  conclusion  précise.  Du  reste,  quand  les  polissoirs  sont  bien  pré- 
parés, qu'ils  touchent  par  le  milieu  et  non  par  les  bords,  que  le   papier  ne 
se  glace  pas  et  conserve  son  velouté,  que  les  poudres  ne  voyagent  pas,  il 
n'y  a  pas  à  craindre  que  les  résultats  soient  en  discordance  manifeste  avec 
les  manœuvres  qu'on  a  exécutées.  Le  polissoir  mené  successivement  suivant 
tous  les  diamètres  produira  h  coup  sûr  une  creusure  centrale;  mais  si  ou 
le  dirige  suivant  une  série  de  cordes  égales,  on  ne  manquera  pas  de  creuser 
une  rigole  annulaire  qui  s'éloignera  du  centre  à  mesure   qu'on  agira  sui- 
vant des  cordes  plus  petites,  et  la  largeur  de  la  zone  attaquée  variera  avec 
l'étendue  de  la  partie  frottante  et  avec  l'excès  de  sa  courbure  sur  celle  du 
miroir.  Le  mouvement  de  polissage  dirigé  suivant  toute  corde  suffit  donc 
déjà   pour   attaquer  tous  les  points  de  la  surface;  mais,  afin  d'arriver  à 
croiser  les  traits,  on  a  encore  la  ressource  de  tracer  des  ellipses  tour- 
nantes plus  ou  moins  allongées,  plus  ou  moins  dilatées  :  seulement  il  ne 
faut  pas  négliger  de  surveiller  l'état  du  polissoir,  de  circuler  d'un  pas  uni- 
forme autour  de  la  pièce  et  de  contrôler  par  un  examen  fréquemment 
répété  l'effet  produit  par  chaque  espèce  de  retouche.  On  arrivera  ainsi  à 
rendre  d'abord  la  surlace  sphérique,  c'est-à-dire  à  obtenir  au  voisinage  du 
centre   de  courbure   une  image  nette  du    point  lumineux  et  à  produire 
l'extinction  simultanée  du  faisceau  en  interceptant  cette  image  par  le  bord 
de  l'écran  opaque. 

Une  fois  réalisé,  ce  premier  résultat,  qui  déjà  témoigne  de  l'efBcacité 
des  retouches,  prépare  la  voie  au  travail  qui  doit  suivre  et  qui  a  pour  objet 
de  parvenir  au  paraboloïde  de  révolution  en  passant  par  les  ellipsoïdes 
intermédiaires.  Le  point  lumineux  qui  était  placé  au  centre  de  courbure 
étant  rapproché  du  miroir,  le  foyer  se  déplace  en  sens  inverse,  et  l'examen 
optique,  qui  tout  à  l'heure  accusait  une  surface  parfaite,  décèle  dans  cette 
nouvelle  position  un  commencement  d'aberration  de  sphéricité,  l'image 
s'entoure  d'une  nébulosité  légère,  qui  disparaît  quand  on  force  la  mise  au 


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point  du  côté  du  miroir,  et  qui  s'exagère  dans  le  cas  contraire;  c*est  le 
caractère  de  l'aberration  positive.  En  effet,  Fécran  qui  s'avance  pour  inter- 
cepter l'image  communique  à  la  surface  l'aspect  déjà  signalé  (fig.  43).  On 
croit  y  voir  une  éminence  centrale  séparée  du  bord  par  une  creusure  annu- 
laire; mais  en  variant  tant  soit  peu  la  distance  de  l'écran  au  miroir,,  on 
détermine  dans  l'aspect  stéréoscopique  de  cette  surface  des  changements 
par  suite  desquels  le  fond  de  la  gorge  annulaire  semble  s'approcher  plus 
ou  moins  du  centre  de  figure.  L'interprétation  rationnelle  de  ce  phénomène 
conduit  à  reconnaître  qu'il  existe  une  infinité  de  manières  de  retoucher  le 
miroir  pour  effacer  l'aberration  :  cela  revient  à  dire  qu'entre  rëllipsoïde 
osculateur  au  centre  (fig.  15)  et  l'ellipsoïde  tangent  au  bord  de  la  surface 
sphérique  (fig.  17)  il  existe  une  infinité  d'ellipsoïdes  qui  ont  avec  la  surface 
réelle  un  cercle  de  contact  (fig.  16)  dont  le  diamètre  peut  prendre  toute 
longueur  moindre  que  le  diamètre  du  miroir. 

Parmi  ces  surfaces,  vers  laquelle  faut-il  tendre?  Cela  dépend  des  di- 
mensions du  miroir.  Quand  son  diamètre  ne  dépasse  pas  0'",25  à  0'",30,  il 
y  a  intérêt  à  adopter  la  retouche  la  plus  facile  à  exécuter;  or  c'est  évidem- 
ment celle  qui,  respectant  le  bord,  s'exerce  particulièrement  sur  la  partie 
centrale;  mais  quand  le  miroir  prend  des  dimensions  plus  grandes,  il  vaut 
mieux  se  laisser  guider  par  une  autre  considération  et  rechercher  le  sys- 
tème de  retouche  qui  conduit  à  enlever  le  minimum  de  matière  :  on  est 
ainsi  conduit  à  partager  la  retouche  entre  le  bord  elle  centre  et  à  réserver, 
conformément  à  l'indication  de  la  figure  16,  la  zone  qui  correspond  au 
cercle  de  contact.  De  toutes  manières  on  arrive  à  opérer  le  nivellement 
apparent  de  la  surface  et  à  détruire  du  même  coup  l'aberration  qui  entou- 
rait l'image  du  point  lumineux. 

Ce  résultat  constaté,  on  répète  la  même  opération  pour  une  position 
plus  avancée  des  foyers  conjugués  et,  par  suite,  le  miroir  se  modifie  ^n 
prenant  une  forme  ellipsoïde  de  plus  en  plus  prononcée.  Passant  aiafii  de 
station  en  station,  les  deux  foyers  cheminent  en  sens  opposés,  et  ils  indi- 
quent, en  s'écartant  l'un  de  l'autre,  que  Tellipsoïde  subit  un  allongement 
correspondant. 

Enfin  l'image  du  point,  repoussée  de  proche  en  proche  et  toujours 

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maifiteQue  exempte  d'aberration,  se  trouve  portée  à  rextrémîté  de  la  ligne 
d'expérience.  II  s'agit  maintenant,  par  une  dernière  retouche,  delà  rejeter 
toute  corrigée  à  l'infini.  Plus  la  ligne  d'expérience  sera  longue,  moins  cette 
dernière  phase  du  travail  semblera  hasardeuse  ;  cependant  il  faut  savoir  se 
maintenir  dans  les  limites  pratiques.  Nous  avons  supposé  que,  dans  l'em- 
placement où  l'on  opère,  la  distance  des  deux  stations  extrêmes  est  au  plus 
égale  à  cinq  fois  la  longueur  focale  du  miroir  ;  conservons  ces  données,  et 
montrons  que  la  dernière  retouche  peut  encore  être  soumise  à  un  contrôle 
rigoureux. 

Lorsque  l'image  du  point  lumineux  est  reléguée  à  l'extrémité  de  la 
ligne,  le  point  lui-même  est  encore  à  une  certaine  distance  du  foyer  prin- 
cipal, et  comme  ce  dernier  est  à  moitié  chemin  du  centre  de  courbure,  sa 
position  est  déterminée.  Nommons  f  le  point  correspondant  au  foyer  prin- 
cipal, /*'  la  position  actuelle  du  point  lumineux,  et  f^  une  de  ses  positions 
antérieures,  avec  la  condition  de  prendre  ff  égal  à  ff.  En  vertu  des 
principes  précédemment  exposés  sur  la  marche  des  aberrations  positive  et 
négative,  il  arrivera  que  si  l'on  ramène  le  point  lumineux  en  /*'',  les  appa- 
rences seront  sensiblement  conformes  à  celles  qui  devront  se  montrer 
lorsque  le  miroir  sera  rendu  parabolique,  et  que  le  point  lumineux  sera 
maintenu  en  f .  Étudions  donc  le  relief  de  la  figure  qui  se  produit 
alors,  puis,  ramenant  le  point  lumineux  en  f,  appliquons-nous  à  repro- 
duire ce  relief  en  modifiant  la  surface  par  une  dernière  retouche.  Par  ce 
moyen,  on  arrive  à  rejeter  sans  aberration  l'image  à  l'infini,  et  à  commu- 
niquer au  miroir  une  figure  voisine  du  paraboloïde  de  révolution.  Mais  s'il 
est  impraticable  d'aller  observer  l'image  à  l'infini  où  on  l'a  repoussée,  rien 
n'est  plus  aisé,  en  intervertissant  l'image  et  l'objet,  que  d'obtenir  la  vérifi- 
cation du  résultat  obtenu.  On  n'a  qu'à  prendre  pour  point  de  mire  un  objet 
extérieur  situé  à  une  distance  aussi  grande  qu'on  voudra,  et  à  l'observer 
au  moyen  du  miroir  monté  en  télescope  newtonien.  L'image  doit  se  mon- 
trer exempte  d'aberration,  et  présenter  des  traces  de  diffraction  aux  con- 
tours de  l'objet.  Si  cet  objet  est  un  point  lumineux  ou  s'il  affecte  l'appa- 
rence du  réseau  à  maille  carrée,  les  trois  procédés  deviennent  applicables 
au  foyer  principal,  et  pour  peu  qu'un  défaut  perceptible  eût  échappé  à  la 


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—  259  — 

dernière  touche,  il  serait  toujours  temps  d*y  revenir  et  de  le  faire  dispa- 
raître. 

En  résumé,  la  méthode  que  nous  venons  de  décrire  consiste  à  sou- 
mettre les  surfaces  à  des  épreuves  optiques,  et  à  les  modifier  par  des 
retouches  faites  à  la  main  jusqu'à  ce  qu'elles  se  montrent  sans  défaut.  La 
nature  des  choses,  avec  laquelle  il  faut  toujours  compter,  a  permis  dln- 
tituer,  d'une  part,  des  procédés  d'examen  et,  d'autre  part,  de  recourir  à 
des  moyens  d'attaquer  la  substance  du  verre,  qui,  sous  le  rapport  de  la 
précision,  fussent  les  uns  et  les  autres  au  niveau  du  résultat  qu'il  fallait 
obtenir.  Si,  contrairement  à  ce  que  l'expérience  a  pleinement  démontré, 
les  procédés  d'examen  manquaient  de  sensibilité,  ou  si  les  moyens  d'at- 
taque étaient  moins  délicats,  la  méthode  eût  échoué;  aussi  n'osons-nous 
affirmer  qu'elle  soit  applicable  aux  miroirs  métalliques,  car  il  n'est  pas 
démontré  que  l'alliage  cristallin  dont  on  lésa  formés  jusqu'ici  soit  suscep- 
tible de  supporter  indéfiniment  comme  le  verre  l'action  du  polissoir.  Mais 
lors  même  qu'on  échouerait  en  essayant  d'étendre  aux  miroirs  métalliques 
le  bénéfice  des  retouches  locales,  il  n'y  aurait  pas  à  le  regretter  sérieuse- 
ment, car  l'opération  venant  à  réussir,  on  n'en  tirerait  qu'un  résultat  pré- 
caire, et  qui  se  trouverait  compromis  dès  l'instant  où  le  poli  s'altérerait 
sous  l'influence  des  agents  atmosphériques.  Sur  le  verre,  au  contraire,  la 
courbure  une  fois  réalisée  peut  être  considérée  comme  acquise  d'une 
manière  définitive,  attendu  que  les  altérations  qui  surviennent  avec  le  temps 
n'intéressent  que  la  couche  métallique  déposée  après  coup  par  une  opéra- 
tion que  rien  n'empêche  de  renouveler  indéfiniment. 

DÉFINITION     ET  DÉTERMINATION     NUMERIQUE 
DES    POUVOIRS    OPTIQUESV 

La  méthode  que  nous  venons  de  décrire  et  dont  l'application  a  été 
répétée  un  grand  nombre  de  fois  a  pour  effet  constant  de  porter  les  sur- 
faces optiques  à  un  degré  de  perfection  qu'on  atteint  assez  rapidement,  et 

4  Voir  C.  R.  de  VAc.  des  Se,  t.  XLVII,  p.  t05;  Procès-verbaux  de  la  Soc.  phil.  4858,  p.  47, 
t  Cosmos,  t.  XII,  p.  590,  et  t.  XIH,  p.  462. 


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—  260  — 

qu'on  ne  peut  bientôt  plus  dépasser.  Quand  on  est  arrivé  à  ce  point,  il 
y  a  lieu  de  se  demander  si  l'impossibilité  de  progresser  encore  tient  à 
l'imperfection  des  procédés,  ou  si  elle  provient  de  ce  qu'on  a  touché  le  bu( 
en  réalisant  une  surface  parfaite.  Pour  nous  la  question  n*est  pas  douteuse, 
et  nous  n'hésitons  pas  à  considérer  comme  parfaite  une  surface  qui  agit 
sensiblement  sur  la  lumière  comme  le  ferait  un  miroir  rigoureusement 
conforme  à  la  figure  désignée  par  la  théorie. 

Lorsqu'une  surface  approche  de  ce  degré  de  perfection  relative,  on  voit 
survenir  un  ensemble  de  caractères  qui,  une  fois  appréciés,  servent  de 
de  guide  à  l'opérateur  et  l'avertissent  du  moment  où  il  doit  considérer 
son  travail  comme  terminé.  En  même  temps  que  s'effacent  les  défauts 
trahis  par  les  divers  procédés  d'examen,  l'image  fournie  par  une  telle  sur- 
face prend  au  microscope  un  aspect  particulier  qui  flatte  l'œil,  et  qui  ne  se 
dément  pas  lors  même  qu'on  y  applique  des  grossissements  exagérés.  Cet 
aspect  remarquable  provient  de  ce  que  l'image  est  alors  formée  par  le 
groupement  d'éléments  correctement  circulaires.  Chacun  de  ces  disques 
élémentaires  est,  à  la  vérité,  entouré  d'un  certain  nombre  d'anneaux;  mais, 
comme  ces  derniers  n'ont  qu'une  intensité  rapidement  décroissante,  le 
disque  central  conserve  une  supériorité  d'éclat  qui  lui  assure  la  prépondé- 
rance dans  le  tracé  précis  des  contours.  Des  divers  anneaux  qui  entourent 
ce  disque  on  n'aperçoit  ordinairement  que  le  premier,  et  comme  un  inter- 
valle obscur  les  sépare,  il  en  résulte  que  ce  premier  anneau  n'apporte  dans 
l'image  aucune  confusion  sensible,  et  qu'en  se  superposant  à  lui-même  il 
se  borne  à  dessiner  un  pâle  cordon  qui  circule  parallèlement  aux  contours 
les  plus  accentués  de  l'image.  La  théorie  de  la  diffraction  explique  ce  phé- 
nomène qui  dénote  que  tous  les  rayons  du  cône  convergent  arrivent  au 
sommet  dans  un  accord  de  vibration  à  peu  près  complet.  Si  à  la  surface 
approximative  obtenue  par  la  méthode  expérimentale  on  pouvait  substituer 
une  surface  rigoureusement  exacte,  les  rayons  arriveraient  au  sommet  du 
cône  en  concordance  parfaite,  mais  le  point  lumineux  ou  plutôt  le  disque 
étroit  formé  par  leur  concours  n'en  serait  pas  moins  entouré  d'anneaux. 
Il  n'y  a  donc  pas  d'intérêt  pratique  à  pousser  la  perfection  des  surfaces  au 
delà  du  degré  nécessaire  à  l'apparition  des  phénomènes  caractéristiques  de 


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—  261  — 

la  dififraction^  Lorsque  ces  phénomènes  se  montrent  au  foyer  d'une  manière 
évidente,  c'est-à-dire  lorsque  l'image  d'un  point  formée  à  miroir  entière- 
ment découvert  apparaît  sous  la  forme  d'un  disque  entouré  d'anneaux  cir- 
culaires d'une  intensité  rapidement  décroissante,  on  peut  être  assuré  qu*un 
pareil  miroir,  dirigé  sur  toute  espèce  d'objet  terrestre  ou  céleste,  donnera 
de  bonnes  images,  et  qu'il  produira  un  effet  optique  en  rapport  avec  son 
étendue  diamétrale. 

Mais  pour  juger  sûrement  du  résultat,  et  pour  en  donner  une  expres- 
sion moins  vague  que  celle  qu'on  emprunte  habituellement  au  langage 
ordinaire,  il  convient  de  diriger  le  miroir  monté  en  télescope  newtonien 
vers  une  mire  lointaine,  systématiquement  composée  de  manière  à  offrir  à 
l'observation  des  détails  placés  à  la  limite  (le  visibilité.  On  construit  ces 
mires  d'épreuve  en  traçant  sur  une  lame  d'ivoire  des  séries  de  divisions 
partagées  en  groupes  successifs  où  le  millimètre  est  fractionné  en  parties 
de  plus  en  plus  petites.  La  largeur  du  trait  doit  varier  d'un  groupe  à  un 
autre  en  proportion  telle,  que  dans  chacun  d'eux  les  espaces  noircis  aient 
la  même  étendue  que  l'intervalle  qui  les  sépare  (flgure  18).  Quand  on 
considère  à  l'œil  nu  une  pareille  mire  placée  à  distance  ou  qu'on  l'observe 
avec  un  instrument  trop  faible,  les  différents  groupes  présentent  une  teinte 
grise  uniforme.  Mais  si  l'on  diminue  la  distance  ou  si  Ton  prend  des 
instruments  plus  puissants,  on  voit  les  groupes  de  divisions  les  plus  écar- 
tées se  résoudre  en  traits  distincts,  tandis  que  les  autres  restent  confondus. 
En  augmentant  le  grossissement,  et  en  éclairant  suffisamment  la  mire,  on 
s'assure  que  dans  les  groupes  qui  demeurent  uniformément  gris,  la  confu- 
sion des  traits  n'est  pas  imputable  à  l'impuissance  de  l'œil;  elle  est  donc  à 
mettre  tout  entière  sur  le  compte  de  l'instrument  qui  résout  l'un  des 
groupes  et  ne  résout  pas  le  suivant.  En  constatant  ainsi  quel  est  le  groupe 
dont  les  divisions  se  trouvent  par  leur  rapprochement  placées  à  la  limite 
de  visibilité,  on  acquiert  la  preuve  positive  que  l'instrument  sépare  les 
parties  écartées  par  un  certain  espace  angulaire,  et  ne  sépare  pas  celles 
qui  sont  plus  rapprochées  les  unes  des  autres.  11  suit  de  là  que  l'aptitude 
de  l'instrument  à  pénétrer  les  détails  des  objets  observés,  ou  ce  qu'on  peut 
appeler  son  pouvoir  optique^  est  inversement  proportionnel  à  l'angle  limite 


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de  séparabiiité  de  divisions  contiguês  :  il  a,  en  définitive,  pour  expression  le 
quotient  de  la  distance  de  la  mire  par  Tintervalle  moyen  des  dernières 
parties  distinctes. 

Nous  avons  soumis  à  ce  genre  d'épreuve  un  grand  nombre  de  miroirs 
de  toutes  dimensions  et  de  toute  longueur  focale  ;  ces  ^expériences  nous 
ont  conduit  à  une  expression  générale  des  pouvoirs  optiques  qui  est  d'une 
remarquable  simplicité.  Nous  avons  trouvé  que  ce  pouvoir  optique  est 
indépendant  de  la  longueur  focale,  qu'il  varie  uniquement  et  proportion- 
nellement avec  l'étendue  transversale  du  miroir,  et  qu'il  peut  être  compté 
sensiblement  à  raison  de  150,000  unités  par  0'",iO  de  diamètre.  Sans  avoir 
opéré  des  déterminations  aussi  nombreuses  sur  les  objectifs  achroma- 
tiques, nous  avons  cependant  reconnu,  en  les  réduisant  à  leur  surface 
efficace,  qu'ils  sont  soumis  à  la  même  loi,  et  qu'à  diamètres  égaux,  lunette 
et  télescope  sont  susceptibles  du  même  pouvoir  optique. 

Ce  fait,  qui  désormais  parait  établi,  conduit  naturellement  à  recher- 
cher dans  la  constitution  physique  de  la  lumière,  et  non  dans  l'imperfec- 
tion des  instruments,  l'obstacle  qui  limite  l'extension  des  effets  déjà  obte- 
nus. Quelle  que  soit  la  variété  de  construction  dont  ils  sont  susceptibles, 
ces  instruments,  à  mesure  qu'ils  approchent  de  la  perfection ,  tendent  à 
accuser  des  pouvoirs  optiques  qui  soient  dans  un  rapport  constant  avec 
les  diamètres  respectifs  des  faisceaux  admis.  On  ne  saurait  donc  se  refuser 
à  considérer  ce  rapport  comme  une  constante  physique  dont  la  valeur 
exprime  l'aptitude  de  la  lumière  à  former  des  images  plus  ou  moins  détail- 
lées. En  prenant  pour  unité  de  longueur  le  millimètre,  auquel  on  rapporte 
habituellement  l'ondulation  lumineuse,  on  trouve,  d'après  les  mesures 
expérimentales  des  pouvoirs  optiques,  pour  la  valeur  de  cette  constante, 
le  nombre  1500.  Cette  constante  optique  de  la  lumière  est  intimement  liée 
à  la  longueur  d'onde  et  lui  est  inversement  proportionnelle,   en  sorte 
qu'elle  varie  pour  les  rayons  de  différentes  ^couleurs  de  manière  à  assurer 
la  plus  grande  puissance  de  définition  aux  rayons  les  plus  réfrangibles ,  ce 
que  l'expérience  a  confirmé  bien  des  fois,  notamment  par  la  netteté  remar- 
quable des  épreuves  photographiques  d'objets  microscopiques,  qui  s'en- 
gendrent sous  l'action  prépondérante  des  rayons  ultra-violets. 


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—  263  — 

En  général  les  constantes  physiques  ont  une  raison  d'être  qui  découle 
directement  de  la  nature  de  l'agent  dont  elles  définissent  les  propriétés 
fondamentales.  Évidemment  ce  nombre  1500,  qui  exprime  en  quelque  sorte 
la  séparabilité  des  éléments  lumineux,  procède  du  nombre  d'ondulations 
contenues  dans  l'unité  de  longueur,  et  multiplié  par  un  certain  coefficient 
qui  dépend  à  la  fois  du  procédé  employé  pour  déterminer  les  pouvoirs 
optiques,  et  de  l'aptitude  physiologique  de  la  rétine  à  percevoir  les  impres- 
sions différentielles. 

Il  est  h  craindre  qu'en  essayant  de  donner  cours  à  la  notion  des  pou- 
voirs optiques  nous  provoquions,  sans  le  vouloir,  l'annonce  de  pouvoirs 
impossibles;  il  n'est  rien  dont  on  n'abuse;  aussi,  pour  mettre  les  observa- 
teurs en  garde  contre  des  assertions  illusoires ,  avons-nous  pris  soin  d'in- 
diquer les  moyens  d'obtenir  des  déterminations  comparables,  tout  en  insis- 
tant sur  Texistence  d'une  limite  absolue  à  l'exaltation  des  pouvoirs 
réalisables  par  les  instruments  d'optique. 

Il  y  a  cependant  à  réserver  le  cas  où  les  instruments  seraient  éprouvés 
sur  le  ciel.  Par  un  temps  très-pur  il  pourra  arriver  que  l'observation  des 
étoiles  doubles  de  grandeurs  égales  révèle  un  pouvoir  optique  plus  fort,  et 
jusqu'à  deux  fois  plus  élevé  que  celui  qu'on  aurait  conclu  de  l'observation 
de  mires  terrestres.  Voici  l'explication  de  cette  discordance  possible.  Dans 
la  mire  terrestre,  les  détails  qu'on  cherche  à  distinguer  sont  des  espaces 
égaux  alternativement  noirs  et  blancs;  c'était  là  une  disposition  nécessaire 
pour  retomber  facilement  en  toute  occasion  dans  des  conditions  identiques 
d'éclairement  et  d'observation.  Mais  cette  égalité  des  noirs  et  des  blancs 
n'est  pas  à  beaucoup  près  la  condition  la  plus  favorable  à  la  résolution  de 
l'ensemble.  En  effet,  dans  l'image  d'un  pareil  système  la  largeur  des  blancs 
est  égale  à  leur  étendue  géométrique  augmentée  du  diamètre  sensible 
inhérent  à  la  grandeur  des  disques  élémentaires,  en  sorte  qu'au  moment 
où  ces  blancs  commencent  à  se  confondre,  ils  ont  une  largeur  double  de 
celle  qu'ils  présenteraient,  si  dans  l'objet  les  parties  blanches  étaient  infi- 
niment petites  par  rapport  aux  noires;  mais  au  ciel  la  dimension  réelle 
des  étoiles  doubles  est  infiniment  petite  par  rapport  à  l'espace  qui' 
les  sépare.  Aussi  leur  étendue- dans  l'image  se  trouve-t-elle  réduite  à  celle 


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des  disques  élémentaires,  ce  qui  fait  que  par  une  atmosphère  homogène 
leur  séparation  à  égalité  d'angle  sous-tendu  est  plus  facile  que  celle   de  la 
mire.  Nous  ne  sommes  pas  en  mesure  de  dire  combien  le  pouvoir  optique 
déterminé  sur  les  étoiles  l'emporte  sur  celui  que  fournit  robservatîon  d'une 
mire  divisée,  mais  nous  avons  reconnu  qu'il  est  effectivement  plus  consi- 
dérable. Un  télescope  de  0",33  qui  nous  a  fourni  la  première  occasion  de 
revoir  le  dédoublement  du  compagnon  bleu  de  7  Andromèdes  en  vertu  de 
son  pouvoir  optique  évalué  à  400,000,   semblait  ne  devoir  atteindre  que 
la  demi-seconde.  Cependant  on  estime  à  -^  de  seconde  le  peiil  arc  sous- 
tendu  par  le  système  binaire  des  étoiles,  bleues  de  y  Andromède. 

Nous  avons  exprimé  d'une  manière  générale  que  dans  un  instrument 
parfait  le   pouvoir   optique  est    indépendant   de   la   distance    focale.  Si 
l'on  tient  à  s'en  rendre  compte,  il  faut  analyser  la  constitution  des  images 
réelles  en  suivant  pas  à  pas  les  déductions  de  la  théorie.  Dans  une  image 
parfaite,  le  nombre  des  points  distincts  dépend  évidemment  de  l'étendue 
des  disques  élémentnires  qui  représentent  les  différents  points  de  l'objet. 
Or,  comme  ces  disques  sont  limités  par  un  cercle  obscur  qui  est  le  lieu  géo- 
métrique de  tous  les  points  où  une  moitié  du  faisceau  lumineux  est  en  dis- 
cordance de  vibration  avec  l'autre  moitié,  il  en  résulte  que  l'étendue  de 
ces  disques  dépend  à  la  fois  de  la  long^neur  d'onde  et  de  Tangle  de  conver- 
gence des  rayons  extrêmes.  Pour  une  longueur  d'onde  invariable,  et  pour 
un  diamètre  constant  de  la  base  du  faisceau,  l'image  varie  en  étendue  avec 
la  dislance  focale;  mais  comme  l'étendue  des  disques  élémentaires  varie 
sensiblement  dans  le  même  rapport,  il  en  résulte  que  le  nombre  des  par- 
ties distinctes  ne  change  pas.  C'est  en  se  fondant  sur  ce  genre  de  considé- 
ration qu'on  a  été  conduit  à  construire  des  instruments  à  court  foyer  sans 
crainte  de  porter  atteinte  aux  pouvoirs  optiques. 

Mais  si  réellement  ce  pouvoir  ne  dépend  que  du  diamètre  delà  surface 
utile  de  l'objectif,  on  doit  s'attendre,  en  réduisant  par  un  diaphragme  la 
surface  agissante  d'un  miroir  reconnu  comme  bon,  à  diminuer  propor- 

i.  Voir  C.  R.  de  PAc.  des  Se,  t.  XLVII,  p.  «05,  et  Cosmos,  l.  XUI,  p.  462. 


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tionnellement  l'effet  optique.  Ce  résultat,  qui   était  prévu,  semblait  telle- 
ment contraire  à  ce  qui  arrive  ordinairement,  qu'il  nous  a  semblé  utile  de 
le  constater  d'une  manière  directe. 

L'expérience  a  été  répétée  plusieurs  fois  sur  des  instruments  de  toutes 
dimensions,  et  il  est  maintenant  constaté  que  par  l'application  des  retouches 
locales  on  porte  les  miroirs  à  ce  degré  de  perfection  où  ils  ne  supportent 
aucun  diaphragme  sans  perdre  de  leur  puissance  optique.  De  là  il  résulte 
un  nouveau  caractère  et  une  épreuve  bien  simple  à  consulter  pour  recon- 
naître la  valeur  des  instruments,  car  suivant  qu'ils  perdent  ou  qu'ils  ga- 
gnent à  être  plus  ou  moins  diaphragmes,  on  jugera  d'une  manière  décisive 
s'ils  approchent  plus  ou  moins  de  la  perfection. 

Tous  ces  faits  sont  autant  de  confirmations  en  faveur  de  la  théorie  des 
ondulations.  Dans  l'ancienne  théorie,  le  foyer  est  simplement  le  point  de 
croisement  de  rayons  indépendants;  plus  il  y  a  de  rayons,  plus  il  y  a  d'in- 
tensité, mais  moins  il  y  a  de  chance  que  le  croisement  ait  lieu  en  un  point 
unique.  Suivant  le  système  des  ondulations,  le  foyer  qui  se  forme  au  sein 
d'un  milieu  homogène  est  le  centre  d'ondes  sphériques  de  mouvements 
concordants;  plus  l'onde  a  d'étendue,  mieux  ce  centre  est  déterminé.  Les 
rayons  que  l'on  considère  géométriquement  n'ont  pas  d'existence  indivi- 
duelle, ce  sont  de  simples  directions  de  propagation.  Parmi  les  prétendus 
rayons  qu'une  surface  est  chargée  de  grouper  en  foyer,  il  n'en  est  pas  d'in- 
différents; ceux  qui  vibrent  en  concordance  se  constituent  effectivement  en 
foyer  limité;  ceux  qui  par  une  imperfection  de  surface  ont  subi  une  diffé- 
rence de  marche  capable  de  les  mettre  en  discordance,  sont  rejetés  à  une 
certaine  distance   des  premiers  sans  jamais  en  approcher  au  delà  d'une 
certaine  limite;  il  y  a  discontinuité  entre  les  rayons  concordants  et  les 
rayons  discordants,  et  cette  discontinuité  s'accuse  par  la  présence  d'un 
cercle  noir  qui  règne  comme  un  rempart  autour  du  gros  des  rayons  effi- 
caces. Que  si  par  des  retouches  locales  on  s'applique  à  ramener  les  rayons 
déviés,  on  remarquera  que  jamais  ils  ne  pénètrent  dans  cet  espace  obscur, 
qu'ils  l'évitent  et  le  franchissent  comme  par  l'effet  d'un  équilibre  instable, 
pour  se  réunir,  en  les  pressant,  au  groupe  des  rayons  concordants. 

Cette  discontinuité  dans  la  marche  des  rayons  appelés  à  devenir  effi- 

H 


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—  266  — 

caces  explique  un  phénomène  dont  la  singularité  nous  a  souvent  frappé. 
Quand  une  surface,  même  très-incorrecte,  est  seulement  de  révolution,  le 
phénomène  qui  se  remarque  pendant  les  tâtonnements  de  la  mise  au  point 
consiste  en  ce  que,  dans  une  étendue  plus  ou  moins  considérable  de  part 
et  d'autre  du  meilleur  foyer,  on  constate  la  présence  d'une  image  qui  ne 
cesse  d*être  nette,  tout  en  se  détachant  sur  un  fond  de  lumière  ambiante. 
Assurément,  si  les  rayons  déviés  pouvaient  approcher  de  plus  en  plus  du 
foyer,  ce  phénomène  n'apparaîtrait  pas,  attendu  que  les  foyers  successifs 
formés  par  les  différentes  zones  seraient  continûment  noyés  les  uns  par  les 
autres.  Mais,  comme  en  réalité  tout  foyer  est  cerné  et  comme  préservé  de 
la  confusion  par  un  anneau  noir,  la  zone,  quelle  qu'elle  soit,  qui  forme  image 
dans  le  plan  où  Ton  observe,  est  bornée,  de  part  et  d'autre,  de  zones  ineflB- 
caces  qui  assurent  à  sa  propre  image  la  faculté  de  dominer  sur  le  fond 
lumineux  formé  par  la  dissémination  brusque  des  autres  rayons. 

La  même  explication  rend  compte  du  phénomène  de  doublure  qui  se 
produit  si  fréquemment  dans  les  grands  instruments.  Les  opticiens  suppo- 
sent que  la  doublure  des  images  est  due  à  un  accident  de  travail,  qui   par- 
tage l'étendue  de  l'objectif  en  deux  surfaces  discontinues  séparées  par  une 
arête  de   rebroussement.    Cette  explication  n'est  nullement   fondée,    car 
jamais  on  ne  constate  directement  ni  intersection,  ni  discontinuité  de  sur- 
face. En  réalité,  la  doublure  des  images  résulte  de  la  superposition,  dans 
Tappareil  convergent,  de  deux  défauts  distincts  :  elle  se  produit  toutes  les 
fois  que  l'objectif  est  entaché  d'une  aberration  générale  positive  ou  néga- 
tive, et  que  de  plus  il  présente  deux  sections  méridiennes  rectangulaires 
de  courbures  inégales.  On  comprend,  en  discutant  les  chemins  parcourus, 
qu'en  pareil  cas  il  se  forme  dans  le  cône  convergent  deux  groupes  excen- 
triques de  rayons  efficaces,  et  que  les  rayons  centraux  laissés  en  discor- 
dances deviennent  inefficaces  dans  leur  direction  normale.  On  produit  à 
volonté  le  phénomène  de  doublure  des  images,  en  choisissant  un  miroir 
affecté   d'aberration,  et  en  le  comprimant  suivant   un   diamètre.  Quand 
l'aberration  est  positive,  la  doublure  se  produit  perpendiculairement  au  dia- 
mètre comprimé;  dans  le  cas  contraire,  elle  se  manifeste  parallalèle nient 
à  ce  même  diamètre. 


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—  267  — 

Si  maintenant  on  considère  que  cet  anneau  noir  qui  entoure  Timage 
focale  de  chaque  point  lumineux,  et  qui  concourt  si  puissamment  à  donner 
de  la  fermeté  aux  images,  a  aussi  pour  eîTet  de  rejeter  les  rayons  nuisibles 
h  une  distance  sensible  des  rayons  utiles,  on  jugera  combien  sa  présence 
doit  favoriser  Tapplication  du  troisième  procédé  d*examen  des  surfaces, 
lequel  a  précisément  pour  objet  d'établir,  par  Tinterposition  du  bord  d'un 
écran  opaque,  le  départ  entre  les  uns  et  les  autres. 


Lorsque  par  l'effet  des  retouches  tous  les  rayons  nuisibles  sont  rentrés 
dans  l'ordre,  on  n'en  saurait  conclure,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  que 
la  surface  réfléchissante  réalise  en  toute  rigueur  la  perfection  géométrique; 
mais  il  en  résulte  que  les  écarts  qui  subsistent  sont  contenus  dans  des 
limites  dont  on  peut  déterminer,  par  des  considérations  très-simples,  la 
minime  étendue.  La  formation  d'un  foyer  exact  implique  la  concordance 
rigoureuse  ou  l'égalité  absolue  des  chemins  parcourus  par  tous  les  rayons.  Si 
donc  il  y  a  formation  d'un  foyer  sensiblement  parfait,  ce  n'est  pas  exagérer  que 
d'admettre  que  tous  les  rayons  concordent  à  moins  d'une  demi-ondulation 
près,  car  ceux  qui  seraient  en  différence  de  marche  d'une  longueur  de 
chemin  plus  grande  seraient  rejetés  en  dehors  du  premier  anneau  noir,  et 
viendraient  renforcer  les  anneaux  extérieurs.  Or  l'ondulation  moyenne  est 
d'un  demi-millième  de  millimètre,  et  la  demi-ondulation  d'un  quart  de 
millième  ;  mais  si  quelque  portion  de  la  surface  est  en  erreur  d*une  cer- 
taine quantité,  cette  erreur  réagira  sur  les  chemins  parcourus  ou  elle  sera 
doublée  par  la  réflexion,  et  puisque,  par  hypothèse,  tous  les  rayons  s'ac- 
cordent à  moins  d'une  demi-ondulation,  il  en  résulte  que  tous  les  points  de 
la  surface  réelle  approchent  de  la  surface  théorique  à  moins  d'un  huit-mil- 
lième de  millimètre  près,  soit  un  dix-millième.  Tel  est,  indépendamment 
de  l'étendue  des  surfaces,  le  degré  de  précision  que  comporte  l'application 
des  retouches  locales  poussée  jusqu'au  point  de  réaliser  des  foyers  physi- 
quement parfaits.  Interrogé  sur  des  quantités  de  cet  ordre,  le  sphéromètre 
ne  répond  plus  qu'avec  incertitude  ;   comment  donc  une  machine  à  tra- 
vailler le  verre  pourrait-elle  les  atteindre?  11  fallait  s'en  tenir  au  travailla 


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—  268  — 

la  main,  et  encore  la  main  de  Thomme  n'agit-elle  pas  seule,  et  doit-elle  à 
tout  instant  se  guider  d'après  les  indications  mêoies  de  la  lumière. 


En  résumé,  dans  ce  chapitre,  spécialement  consacré  aux  pouvoirs 
optiques,  nous  établissons  qu'il  existe  un  ensemble  de  caractères  auxquels 
on  reconnaît  qu'une  surface  approche  de  la  perfection.  Soumises  à  l'épreuve 
des  différents  procédés  d'examen,  de  telles  surfaces  cessent  de  montrer  au- 
cun défaut  perceptible.  Les  images  qu'elles  donnent  prennent  un  bon 
aspect  qui  se  conserve  dans  les  plus  forts  grossissements;  les  contours  de- 
viennent vifs  et  se  montrent  distinctement  accompagnés  des  franges  pâles 
de  la  diffraction.  De  plus,  si  l'on  en  vient  à  l'application  des  diaphragmes, 
on  reconnaît  qu'aucune  partie  de  l'objectif  ne  peut  être  masquée  sans  qu'il 
en  résulte  un  affaiblissement  comparable  de  l'effet  optique. 

Afin  de  donner  une  expression  numérique  du  pouvoir  optique,  nous  le 
considérons  comme  un  inversement  proportionnel  à  l'angle  limite  sous 
lequel  s'opère  la  séparation  des  plus  proches  détails  distinctement  visibles 
au  foyer  d'un  instrument,  et  nous  prenons  pour  objet  d'épreuve  une  mire 
lointaine  formée  d'espaces  contigus  alternativement  noirs  et  blancs  qui, 
par  leur  distance  entre  eux  et  à  l'instrument,  se  placent  à  la  limite  de  visi- 
bilité. Le  pouvoir  optique  se  trouve  alors  exprimé  par  le  quotient  de  la 
distance  de  la  mire  au  centre  optique  de  l'objectif  divisé  par  Técartement 
moyen  des  parties  homologues. 

A  la  suite  d'un  grand  nombre  de  déterminations  effectuées  sur  des 
miroirs  et  des  objectifs  réfracteurs  de  toutes  dimensions  et  de  toute  lon- 
gueur focale,  il  est  reconnu  que  le  pouvoir  optique  dépend  uniquement  du 
diamètre  de  la  surface  efficace,  et  par  suite  que  ce  pouvoir  et  ce  diamètre 
sont  dans  un  rapport  constant  qui  caractérise  la  lumière  blanche  et  exprime 
d'une  manière  générale  la  délicatesse  de  l'agent  ou  sa  puissance  virtuelle 
de  séparation. 

En  prenant  pour  unité  de  longueur  le  millimètre  auquel  on  rapporte 
habituellement  l'ondulation  lumineuse,  on  trouve  pour  cette  constante 
moyenne  de  la  lumière  blanche  un  nombre  sensiblement  égal  à  1,500  ; 


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—  269  — 

d*où  Ton  tire  par  une  simple  proportion  la  valeur  du  pouvoir  optique  maxi- 
mum d*un  objectif  de  dimension  quelconque. 

Nous  insistons  sur  l'existence  réelle  d'un  pouvoir  limite  ou  absolu, 
afin  de  bien  établir  ce  qu'on  doit  attendre  d'un  instrument  d'une  dimen- 
sion donnée,  et  aussi  pour  détourner  les  artistes  d'annoncer  ou  de  chercher 
à  obtenir  des  résultats  impossibles. 


ARGENTURE    SUR    VERRE,    APPLICATION    AUX    MIROIRS    DE    TÉLESCOPE. 

On  connaît  aujourd'hui  un  certain  nombre  de  procédés  pour  réduire 
Targent  à  la  surface  du  verre  poli.  Dans  forigine,  ces  procédés  ont  eu 
seulement  pour  objet  de  former  une  sorte  d'étamage  destiné,  comme  celui 
des  glaces  d'appartement,  à  briller  d'un  éclat  spéculaire  du  côté  appliqué 
contre  le  verre  et  visible  à  travers  sa  substance.  On  n'avait  à  s'inquiéter  ni 
de  l'égalité  d'épaisseur  de  la  couche  déposée,  ni  de  son  adhérence  plus  ou 
moins  intime,  ni  du  degré  de  poli  qu'elle  conservait  à  son  revers  ;  on  ne 
redoutait  pas  de  favoriser  la  réaction  par  une  certaine  élévation  de  tempé- 
rature, mais  on  avait  à  tenir  compte  de  la  question  d'économie. 

Dans  l'application  aux  usages  de  l'optique,  les  frais  d'argenture  sont 
à  peu  près  insignifiants,  et  l'on  a  toute  latitude  pour  satisfaire  à  des  con- 
ditions qui  prennent  une  importance  majeure  du  moment  où  la  couche 
métallique  chimiquement  déposée  est  appelée  à  réfléchir  la  lumière  par  sa 
surface  extérieure,  à  former  des  images  et  à  reproduire  en  toute  exactitude 
la  surface  sous-jacente  du  verre.  Le  procédé  Drâyton,  auquel  l'industrie 
reproche  d'employer,  comme  dissolvants,  des  alcools  très-purs,  et  comme 
agents  réducteurs,  des  substances  balsamiques  et  essentielles  d'un  prix 
élevé,  est  celui  que  nous  avons  employé  à  l'époque  de  nos  premiers  essais 
et  qui,  après  trois  années  d'expérience,  nous  parait  encore  mériter  la  pré- 
férence. 11  agit  à  la  température  ordinaire,  et  la  couche  d'argent  qu'il 
forme  sur  le  verre  est  déjà  miroitante  au  sortir  du  bain  ;  elle  présente 
une  épaisseur  uniforme  et  se  montre  suffisamment  adhérente  pour  sup- 


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—  270  — 

porter  le  frottement  prolongé  d'une  peau  rougie  d'oxyde  de  fer;  ainsi 
polie  elle  réfléchit  environ  75  pour  100  de  la  lumière  incidente. 

Le  procédé,  tel  qu'il  nous  a  été  communiqué  par  MM.  Power  et  Robert, 
tjui  disposent  actuellement  du  brevet  Drayton,  avait  déjà  subi  des  perfeclion- 
nements  qui  le  rendaient  d'une  application  plus  facile  et  d'un  emploi  moins 
dispendieux.  En  n'hésitant  pas  à  nous  en  faire  part,  en  y  joignant  tous  les 
renseignements  qui  pouvaient  suppléer  à  notre  inexpérience,  MM.  Power 
et  Robert  ont  singulièrement  facilité  nos  recherches  et  se  sont  acquis  tous 
les  droits  à  notre  reconnaissance  et  à  nos  remerclments. 

Nous  n'avons  rien  eu  à  changer  au  fond  du  procédé  ;  mais  par  la  nécessité 
d'en  faire  une  application  nouvelle  et  très-délicate,  nous  avons  été  conduit 
à  régulariser  des  détails  de  manipulation,  à  changer  quelque  peu  les  pro- 
portions des  éléments  qui  entrent  dans  la  formule  et  surtout  à  étudier  par 
excès  ou  par  défaut  l'influence  empirique  de  chacun  d'eux.  C'était  la  seule 
marche  à  suivre  pour  arriver  en  toute  circonstance  à  tirer  le  meilleur  parti 
des  produits  variables  que  l'on  trouve  dans  le  commerce. 

Il  y  a  trois  opérations  à  exécuter  successivement  sur  un  miroir  de 
verre  pour  lui  communiquer  le  vif  éclat  métallique  de  l'argent  :  la  prépa- 
ration ou  le  nettoyage  préalable  de  la  surface,  la  formation  du  dépôt  d'ar- 
gent et  le  polissage  de  cette  même  couche  de  métal. 

La  préparation  de  la  surface  de  verre  qui  doit  recevoir  le  dépôt  d'ar- 
gent exerce  une  grande  influence  sur  la  manière  dont  la  réduction  s'opère. 
La  solution  argentifère,  qui  possède  la  propriété  spéciale  de  se  réduire  au 
contact  des  parois  solides  et  polies,  agit  d'autant  plus  vite  et  forme  un 
dépôt  d'autant  plus  adhérent  et  homogène,  que  cette  paroi  est  plus  pure  de 
corps  étrangers  à  sa  propre  substance.  Mais  pour  qu'une  surface  de  verre 
présente  ce  degré  de  pureté  chimique,  il  ne  suffit  pas  qu'elle  apparaisse  à 
l'œil  parfaitement  nette  et  brillante,  il  faut  qu'en  la  nettoyant  on  ait  recouru 
à  des  précautions  d'une  efficacité  assez  éprouvée  pour  n'exiger  d'autre  véri- 
fication que  celle  de  l'argenture  même. 

Que  la  surface   ait  déjà  été  argentée  ou  non,  on  commence  par  la 
mouiller  de  quelques  gouttes  d'acide  nitrique  pur  que  l'on  étend  rapide- 


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—  271  — 

ment  au  moyen  d'un  tampon  de  coton,  puis  on  lave  cette  surface  à  Teau  et 
on  ressuie  avec  un  linge  sec.  En  cet  état  la  surface  ne  retient  plus  que  ce 
qui  provient  de  l'eau  elle-même  et  du  linge  dont  on  s'est  servi  pour 
l'essuyer.  Pour  arriver  sinon  à  la  purifier  d'une  manière  complète,  du 
moins  à  lui  communiquer  un  état  uniforme,  on  la  saupoudre  de  blanc 
d'Espagne,  on  ajoute  assez  d'eau  distillée  pour  former  une  pâle  qu'on  étend 
au  moyen  d'un  tampon  de  coton.  La  pièce  est  laissée  à  plat  pendant  le 
temps  nécessaire  à  l'évaporation  de  l'eau  ;  les  principes  solubles  se  fixent 
alors  dans  le  blanc  qui  recouvrent  la  pièce  et  leur  sert  d'excipient.  Il  faut 
qu'à  son  tour  ce  blanc  disparaisse.  On  prend  du  coton  dans  la  carde,  on 
évite  de  le  serrer,  et  par  un  frottement  léger  on  attaque  la  couche  de  blanc 
qui  se  détache  et  laisse  la  surface  encore  recouverte  d'un  voile  uniforme. 
C'est  ce  voile  qui,  une  fois  enlevé,  laissera  le  verre  dans  l'état  le  plus  pro- 
pice à  recevoir  l'argenture.  On  forme  donc  un  nouveau  tampon  par  super- 
position de  couches  régulières  empruntées  à  la  carde,  on  en  frotte  légère- 
ment tous  les  points  de  la  surface  en  prenant  soin  d'écarter  la  couche 
superficielle  de  coton  à  mesure  qu'elle  se  charge  de  blanc.  Par  ce  moyen, 
le  voile  qui  régnait  sur  le  verre  se  dissipe  peu  à  peu  sans  solution  de  con- 
tinuité^  sans  ligne  de  démarcation  appréciable.  On  sent  alors  que  le  tam- 
pon glisse  sur  une  surface  nette  ;  c'est  le  moment  de  prendre  un  tampon 
plus  ferme  pour  agir  énergiquement  sur  le  verre  en  insistant  particulière- 
ment près  des  bords.  Au  bout  d'un  certain  temps,  quand  on  suppose  que 
la  surface  n'a  plus  rien  à  gagner,  on  chasse  avec  le  coton  les  poussières 
qui  tendent  à  s'attacher  au  verre  électrisé  par  le  frottement,  et  l'on  pose  la 
pièce  sur  champ  en  attendant  qu'on  l'immerge  dans  le  bain  d'argenture. 
Mais  avant  de  décrire  cette  manipulation,  il  convient  de  donner  la  formule 
à  suivre  pour  préparer  la  solution. 

La  composition  du  bain  d'argent  est  assez  complexe  :  il  y  entre  comme 
matières  premières  de  l'eau,  de  l'alcool,  du  nitrate  d'argent,  du  nitrate 
d'ammoniaque,  de  l'ammoniaque,  de  la  gomme  galbanum  et  de  l'essence 
de  girofles.  Avant  d'entrer  dans  le  bain  définitif,  ces  éléments  s'unissent 
dans  des  solutions  provisoires  dont  nous  allons  donner  la  composition. 


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—  272  — 

(!)•  Ammoniaque  étendue.  On  part  de  raromoniaque  pure  du  commerce 
et  on  rétend  d'eau  distillée  jusqu'à  ce  que  la  solution  marque  15  degrés  à 
l'aréomètre  de  Cartier, 

(2).  Nitrate  ammoniacal  d'ammoniaque.  Dans  200  grammes  d'eau,  on  disr 
sout  100  grammes  de  nitrate  d'ammoniaque  sec  et  on  ajoute  100''"''  de  la 
précédente  solution  d'ammoniaque  étendue;  on  a  ainsi  une  solution  com- 
posée comme  il  suit  : 

Nitrate  d'ammoniaque  sec 400  gr. 

Eau  distillée SCO   » 

Ammoniaque  à  43  degrés  (Cartier} 400  cmc. 

(S).  Teinture  de  galbanum.  On  trouve  dans  le  commerce,  sous  le  nom 
de  gomme  galbanum,  une  gomme-résine  un  peu  molle,  blonde  et  douée 
d'une  forte  odeur  vireuse;  on  rejette  celle  qui  est  friable,  compacte  et 
sans  odeur,  ou  verdâtre  et  mêlée  d'une  sorte  de  chapelure  inerte.  On  prend 
environ  20  grammes  de  la  substance  pour  80*^"*^  d'alcool  rectifié  à  36  de- 
grés, on  malaxe  le  tout  dans  un  mortier  de  porcelaine  chauffé  à  /tO  ou 
50  degrés,  et  l'on  obtient  une  solution  de  la  partie  résineuse  troublée  par 
une  gomme  insoluble.  On  décante  dans  un  flacon  et  on  laisse  reposer.  On 
filtre  la  partie  liquide,  on  épuise  le  dépôt  opaque  et  par  addition  d'alcool 
on  ramène  cette  solution  à  marquer  29  degrés  à  l'aréomètre  de  Cartier. 

(4).  Teinture  de  girofles.  C'est  une  solution  qui   résulte  du  mélange  de 
l'alcool  et  de  l'essence  dans  les  proportions  suivantes  : 

Essence  de  girofles ••         %h  cmc. 

Alcool  à  36  degrés  (Cartier} 75  » 

De  tous  les  produits  déjà  énumérés  on  forme  ensuite  un  mélange 
ainsi  composé  : 

Nitrate  d'argent  fondu 50  gr. 

Eau  distillée  •  .  .  • •  .  •  400  cmc. 

Nitrate  ammoniacal  d'ammoniaque  (%) 7    & 

Ammoniaque  étendue  (4)  •  .   •  •  « S4   > 

Alcool  rectifié  à  36  degrés  (Cartier) 450  » 

Teinture  de  galbanum  (3) 440   » 


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—  273  — 

On  fait  d*abord  dissoudre  le  nitrate  d'argent  dans  l'eau,  puis  on  ajoute 
le  nitrate  d'ammoniaque,  qui  a  pour  effet  d'empêcher  la  solution  de  préci- 
piter par  l'addition  de  l'ammoniaque  libre.  L'alcool  vient  à  son  tour,  et  en 
dernier  la  teinture  de  galbanum.  En  d'autres  termes,  les  produits  doivent 
être  incorporés  les  uns  aux  autres,  suivant  l'ordre  même  où  ils  6gurent 
dans  la  formule. 

La  solution  qui  en  résulte  brunit  promptement  et  forme  un  précipité 
qui  se  dépose  en  quelques  jours.  On  décante  la  partie  claire  et  on  la  porte 
dans  l'obscurité,  où  on  la  conserve  pour  l'usage  sous  la  désignation  de 
solution  normale.  Cette  solution,  inactive  par  elle-même,  est  cependant  très- 
disposée  à  se  réduire  au  contact  du  verre  du  moment  où  l'on  y  ajoute 
3  pour  100  de  teinture  de  girofles  (4). 

Cependant  le  dépôt  qui  se  forme  rapidement  à  15  ou  20  degrés  centi- 
grades, malgré  le  bon  aspect  qu'il  présente,  ne  possède  pas  toute  la  con- 
sistance nécessaire  pour  résister  à  un  polissage  ultérieur.  L'addition  de  4  à 
5  pour  100  d'eau  pure,  qui  ralentit  la  réaction,  communique  en  même 
temps  au  dépôt  d'argent  une  plus  grande  solidité.  Si  l'on  ajoutait  trop 
d'eau,  la  solution  deviendrait  de  plus  en  plus  tardive,  et  la  couche  d'argent 
à  peine  formée  s'arrêterait  dans  son  développement^à  un  degré  de  minceur 
où  elle  ne  posséderait  pas  encore  son  entier  coefficient  de  réflexion.  C'est 
donc  à  l'observation  et  à  l'expérience  à  décider  précisément  de  la  quantité 
d'eau  qu'il  convient  d'ajouter  à  la  solution  normale  pour  en  obtenir  le  meil- 
leur dépôt. 

Il  en  est  de  même  de  l'ammoniaque  qui,  entrant  dans  le  mélange  en 
très-petite  quantité,  n'est  presque  jamais  dosée  du  premier  coup  d'une  ma- 
nière assez  précise.  Parinsuffisance d'ammoniaque,  la  solution  peut  rester  tar- 
dive, et  alors  il  y  a  à  distinguer  si  ce  défaut  provient  d'un  excès  d'eau  ou 
du  manque  d'alcali.  Quand  c'est  l'ammoniaque  qui  manque,  le  dépôt  d'ar- 
gent retiré  du  bain  présente  une  couleur  violette  très-prononcée  et  semble 
recouvert  d'un  voile  blanchâtre.  Si  au  contraire  l'alcali  était  en  excès,  la 
solution  sous  l'influence  du  girofle  se  réduirait  en  masse  et  au  détriment 
de  l'action  élective  des  parois,  et  le  dépôt  sortant  du  bain  serait  terni  et 
recouvert  d'une  couche  pulvérulente  d'un  gris  foncé.  La  juste  proportion 

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d'ammoniaque  est  celle  qui  communique  au  dépôt  une  riche  couleur  d'or 
tirant  sur  le  rose,  avec  formation  d*un  léger  voile  gris-cendré.  Mais  tandis 
que  Taddition  de  Teau  s'effectue  par  centièmes,  les  tâtonnements  qui  con- 
cernent Tammoniaque  pure  et  concentrée  ne  doivent  porter  que  sur  ies 
millièmes.  Si  par  une  erreur  on  avait  ajouté  de  Tammoniaque  en  excès,  la 
solution  ne  serait  pas  perdue  pour  cela,  car  il  serait  facile  de  la  réparer 
par  Tacide  nitrique  :  il  n'en  résulterait  qu'une  légère  augmentation  dans 
la  dose  du  nitrate  d'ammoniaque  qui  n'exerce  pas  sur  le  dépôt  d'influence 
nuisible.  En  somme,  c'est  par  l'eau  et  l'ammoniaque  qu'on  met  pour  ainsi 
dire  les  solutions  au  point.  Pour  éviter  les  pertes  de  temps,  on  fera  bien 
de  préparer  à  l'avance  de  grandes  quantités  de  solution  normale,  de  les 
réunir  dans  un  seul  flacon,  de  les  traiter  en  masse  pour  les  amener  aa 
point,  et  de  les  conserver  hermétiquement  bouchées  sous  la  dénomination 
de  solution  éprouvée. 

On  ne  doit  tenler  d'argenter  une  pièce  importante  que  lorsqu'on  a  une 
solution  déjà  ancienne  et  éprouvée  d'avance.  L'opération  s'exécute  pour 
les  grandes  pièces  dans  des  bassines  en  cuivre  argentées  intérieurement 
par  la  galvanoplastie,  et  qui  ne  s'attaque  pas  au  contact  du  nitrate  d'argent. 
Il  faut  qu'elles  soient  de  grandeur  appropriée  à  celle  de  la  pièce  et  que  le 
diamètre  du  fond  dépasse  de  0'",03  à  0",05  celui  de  la  surface  à  argenter. 
Pour  les  miroirs  de  peli tes  dimensions,  on  peut  se  contenter  des  porce- 
laines plates  que  Ton  trouve  dans  le  commerce. 

11  est  indispensable  de  terminer  le  revers  des  miroirs  par  une  surface 
polie,  et  de  laisser  cette  surface  libre  de  tout  obstacle  qui,  gênant  l'accès 
de  la  lumière,  empêcherait  de  surveiller  les  progrès  de  l'argenture  ;  aussi, 
dès  qu'un  miroir  est  assez  grand  pour  qu'on  ne  puisse  plus  le  manier  avec 
sécurité  en  le  saisissant  uniquement  par  les  bords,  devîent-il  nécessaire  de 
creuser  sur  la  tranche  une  gorge  où  s'insèrent  deux  anses  de  cordes  soli- 
dement fixées  par  plusieurs  tours  de  ficelle,  11  faut  encore  préparer  trois 
fiches  en  bois,  ou  mieux  en  baleine,  effilées  en  biseau,  que  l'on  glisse  sous 
le  bord  du  miroir  aussitôt  après  son  immersion  dans  le  bain  pour  Fisoler 
du  fond  du  vase  et  ménager  un  espace  à  la  circulation  du  liquide.  Enfin, 


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quand  on  opère  sur  des  pièces  d'un  poids  considérable,  on  fait  reposer  la 
bassine  sur  une  planche  garnie  de  courbes  qui  en  forment  une  sorte  de 
berçoir.  Dans  tous  les  cas,  Topération  doit  se  faire  au  grand  jour  et  dans 
un  local  porté  à  une  température  de  15  à  20  degrés,  car  la  lumière  et  la 
chaleur  exercent  une  influence  indispensable  sur  la  réduction  de  l'argent. 

Lors  même  que  la  surface  à  argenter  aurait  subi  un  nettoyage  irrépro- 
chable, si  l'immersion  dans  le  bain  n'était  pas  faite  avec  toutes  les  précau- 
tions requises,  il  pourrait  encore  survenir  dans  l'argenture  diverses  espèces 
de  taches,  des  inégalités  ou  des  temps  d'arrêt.  La  bassine  étant  nettoyée  au 
blanc  d'Espagne,  on  prépare,  pour  y  verser  la  solution,  un  grand  cornet 
de  papier  collé  que  l'on  engage  dans  un  entonnoir  comme  un  papier  à  fil- 
trer et  dont  on  coupe  la  pointe  pour  ménager  un  orifice  d'écoulement  de 
0'%002  à  0™,00â  de  diamètre.  Cet  orifice  est  maintenu  à  0^03  ou  0",Oft 
au-dessus  du  fond  de  la  bassine.  Au  moment  même  d'opérer,  on  mélange, 
en  les  agitant  dans  un  même  vase,  la  solution  éprouvée  et  les  3  pour  iOO 
de  teinture  de  girofles  qui  déterminent  la  réaction  ;  on  en  verse  aussitôt 
dans  la  bassine  une  petite  quantité  que  l'on  se  h&te  d'étaler  avec  un  tam- 
pon de  coton,  puis  aussitôt  on  verse  dans  le  cornet  le  reste  qui  s'écoule  par 
l'orifice  en  renouvelant  sa  surface  et  ne  rencontre  en  se  répandant  que  des 
parois  déjà  mouillées.  On  saisit  alors  le  miroir  par  les  anses,  on  le  pré- 
sente obliquement  pour  le  faire  reposer  d'abord  sur  l'angle  de  la  surface 
principale  et  on  l'abaisse  d'un  mouvement  uniforme  qui  détermine  l'enva- 
hissement progressif  dé  la  nappe  liquide;  on  glisse  pour  l'isoler  du  fond 
les  fiches  en  trois  points  équidistants  et  l'on  pose  la  bassine  sur  le  berçoir 
en  l'exposant  librement  au  grand  jour.  A  partir  de  ce  moment,  on  n'a  plus 
qu'à  agiter  doucement  le  liquide  en  inclinant  l'appareil  d'un  côté  et  de 
l'autre  et  en  faisant  tourner  de  temps  en  temps  la  bassine  sur  elle-même. 

Dans  les  premiers  instants  avant  que  la  réaction  commence,  la  sur- 
face immergée  dans  un  liquide  moins  réfringent  que  le  verre  donne  des 
objets  extérieurs  une  image  perceptible  à  travers  l'épaisseur  du  disque  ; 
mais  bientôt,  sous  l'influence  du  premier  dépôt,  cette  image  s'affaiblit, 
prend  une  teinte  brunâtre,  s*éteint  presque  complètement,  puis  soudain 
reparaît  avec  un  éclat  métallique  où  Ton  juge  que  la  réflexion  a  changé  de 


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nature.  La  durée  du  temps  qui  s* écoule  entre  l'immersion  du  miroir  et  la 
réapparition  de  Fimage  réfléchie  est  importante  à  noter,  parce  qu'elle  sert 
de  guide  pour  la  durée  totale  de  la  réaction,  qui  généralement  n'exige 
qu'un  temps  cinq  à  six  fois  plus  long  pour  engendrer  l'argenture  complète. 
Dans  les  conditions  moyennes  de  température  et  de  lumière,  la  réappari- 
tion de  l'image  a  lieu  cinq  minutes  après  l'immersion,  et  par  un  séjour 
dans  le  bain  qui  se  prolonge  vingt  à  vingt-cinq  minutes  de  plus,  la  couche 
d'argent  acquiert  toute  l'épaisseur  convenable. 

Dès  qu'on  juge  le  dépôt  suffisamment  épaissi,  on  doit  retirer  le  miroir, 
le  laisser  égoutter  jusqu'à  ce  que  le  liquide  menace  de  sécher  et  le  déposer 
dans  une  seconde  bassine  contenant  de  l'alcool  ordinaire  étendu  par  Teau 
au  point  de  marquer  67  degrés  à  l'alcoomètre  de  Gay-Lussac  ou  25  degrés 
à  l'aréomètre  de  Cartier.  On  l'agite  jusqu'à  ce  que  les  égouttures  ne  soient 
plus  colorées  et  on  le  transporte  dans  une  troisième  bassine  contenant  de 
l'eau  ordinaire  filtrée.  Une  certaine  agitation  communiquée  sans  faire 
émerger  la  surface  peut  hâter  la  dissolution  de  l'alcool  dans  l'eau;  mais  il 
est  toujours  prudent  de  prolonger  ce  lavage  au  delà  des  six  à  huit  minutes 
strictement  nécessaires. 

Le  miroir  est  enfin  porté  dans  l'eau  distillée  et  de  là  posé  sur  sa 
tranche  en  contact  avec  un  linge  dans  une  position  presque  verticale,  où  on 
le  laisse  sécher.  Quand  l'opération  a  été  bien  conduite,  on  voit  la  nappe 
d'eau  se  retirer  peu  à  peu  et  laisser  à  découvert  une  surface  d'un  jaune  d'or 
tirant  sur  le  rose  et  recouverte  d'un  léger  voile  gris-cendré.  Examinée  par 
transparence,  celte  couche  d'argent  ne  laisse  apercevoir  que  les  objets  vive- 
ment éclairés  et  les  colore  fortement  en  bleu.  • 


Il  s'agit  maintenant  d'enlever  ce  léger  voile  qui  colore  l'argent  et  dimi- 
nue son  éclat.  L'expérience  a  appris  qu'il  faut  commencer  par  frotter  cette 
surface  avec  une  peau  de  chamois  disposée  en  un  tampon  mollement  rem- 
bourré de  coton  cardé.  On  doit  se  garder  d'étendre  sur  cette  peau  aucune 
poudre  à  polir,  attendu  que  le  frottement  de  ce  premier  tampon  a  princi- 
palement pour  eflet  de  fouler  le  dépôt  d'argent,  d'écraser  le  velouté  înhé- 


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—  277  — 

rent  à  sa  structure  et  de  lui  communiquer  une  solidité  qui  lui  permette  de 
supporter  le  polissage  complet. 

Un  singulier  phénomène  qui  ne  manque  jamais  de  se  produire  semble 
démontrer  qu'en  elTet,  sous  la  douce  pression  exercée  par  cette  peau,  la 
couche  d'argent  se  modifie  dans  sa  constitution.  La  transparence  dont  elle 
jouit  à  un  faible  degré  en  sortant  du  bain  diminue  notablement  par  le  frot- 
tement; le  bleu  transmis  devient  plus  foncé  comme  si  de  très-petits  inter- 
stices capables  de  transmettre  de  la  lumière  blanche  venaient  à  s'oblitérer 
par  suite  de  l'écrasement  des  parties  saillantes.  Toujours  est-il  qu'une  fois 
polie  la  couche  d'argent,  qui  a  plutôt  perdu  que  gagné,  transmet  évidem- 
ment moins  de  lumière  qu'auparavant.  Quand  le  tampon  de  peau  nue  a 
produit  son  effet,  on  en  prend  un  second  disposé  de  même  sorte,  mais 
imprégné  de  rouge  d'Angleterre  fin  et  lavé  avec  le  plus  grand  soin.  On  le 
promène  légèrement  en  rond  sur  toutes  les  parties  de  la  surface  en  insis- 
tant particulièrement  sur  les  bords,  qui  ont  toujours  une  tendance  à  rester 
en  retard.  Peu  à  peu  l'argent  recouvre  sa  blancheur  et  contracte  un  poli 
qui  reproduit  celui  de  la  surface  sur  laquelle  il  repose.  C'est  le  poli  du 
verre  dans  sa  perfection,  rehaussé  par  l'intensité  de  l'éclat  métallique. 
Pendant  une  heure  ou  deux,  suivant  l'étendue  de  la  surface  à  polir,  l'éclat 
spéculaire  va  toujours  croissant.  Mais  enfin,  dès  que  le  miroitage  des  objets 
ombrés  donne  un  reflet  d'un  beau  noir,  on  doit  s'abstenir  de  prolonger  un 
traitement  qui  finirait  par  altérer  la  texture  de  la  mince  couche  d'argent. 

Telle  est  dans  tous  ses  détails  la  marche  que  nous  avons  suivie  pour 
argenter  régulièrement  les  miroirs  de  verre  sans  que  la  surface  en  éprouve 
le  moindre  changement  perceptible  aux  différents  procédés  d'examen. 

Nous  ne  prétendons  pas  que  tant  de  précautions  soient  rigoureuse- 
ment indispensables  à  la  réussite  d'une  argenture  suffisante  pour  l'usage; 
mais  ayant  maintes  fois  observé  que  rarement  on  se  résigne  à  accepter  les 
moindres  défauts  qui  viennent  troubler  l'uniformité  d'une  belle  surface, 
nous  avons  compris  que  nous  serions  tenu  d'indiquer,  quels  qu'ils  soient, 
les  moyens  d'obtenir  des  miroirs  sans  taches. 


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DiStAILS  de  construction  sur  les  télescopes  de  grande  DIMEN- 
SION; DISPOSITION  DES  OCULAIRES;  CHANGEMENTS  DE  GROSSISSE- 
MENT; MONTAGE  DU  MIROIR.  —  NOUVEAU  PIED  PARALLACTIQUE  EN 
CHARPENTE. 

En  sortant  des  mains  de  Newton,  le  télescope  a  été  bien  des  fois 
remanié  par  les  savants  et  les  artistes.  Dans  cet  Instrument,  l'image  formée 
au  foyer  du  miroir  ne  se  présente  pas  aussi  naturellement  à  Tobservalion 
que  celle  qui  résulte  du  concours  de  rayons  réfractés;  les  dispositions 
qu'on  a  imaginées  pour  la  rendre  accessible  reposent  sur  des  artifices  qui 
prêtent  matière  à  discussion.  Newton  a  pris  dès  l'origine  le  parti  le  plus 
sage,  qui  consiste  à  rejeter  l'image  sur  le  côté  et  à  l'observer  au  moyen 
d'un  oculaire  monté  sur  la  paroi  du  tube  et  dirigé  perpendiculairement 
sur  l'axe.  Le  cône  des  rayons  convergents  était  réfléchi  par  un  miroir  plan 
incliné  à  A  5  degrés  qui  était  nécessairement  placé  en  deçà  du  foyer,  à  une 
distance  au  moins  égale  au  rayon  du  tube. 

En  vue  d'éviter  la  perte  d'intensité  causée  par  une  seconde  réflexion 
métallique,  on  a  tenté  de  remplacer  le  miroir  oblique  par  un  prisme  à 
réflexion  totale  qui  agit  sur  le  faisceau  sans  lui  faire  subir  d'autre  perte 
que  celle  qui  provient  de  l'absorption  et  des  réflexions  partielles  aux  deux 
surfaces  normales.  Mais  dans  les  grands  instruments  le  prisme  tend  à 
prendre  des  proportions  telles,  qu'il  devient  presque  irréalisable.  Dans  les 
instruments  à  court  foyer,  tels  que  ceux  que  nous  avions  en  vue,  ce  prisme 
devait  prendre  des  dimensions  plus  grandes  encore  et  menaçait,  par  ses 
imperfections  propres,  d'exercer  sur  les  images  la  plus  fâcheuse  influence. 

Nous  avons  pris  le  parti  de  briser  près  du  sommet  le  cône  des  rayons 
par  un  prisme  de  petite  dimensions  qui  laisse  l'image  à  l'intérieur  du  tube 
pour  aller  ensuite  chercher  cette  image  au  moyen  d'un  oculaire  composé. 
Quelles  que  soient  les  préventions  des  observateurs  contre  l'oculaire  à 
quatre  verres,  on  ne  peut  méconnaître  les  nombreux  avantages  que  pré- 
sente cette  disposition.  Elle  résout  toute  difficulté,  car,  au  moyen  d'un 
prisme  réduit  aux  dimensions  seulement  suffisantes  pour  ne  pas  restreindre 


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l'étendue  du  champ,  elle  réalise  le  bénéfice  de  la  réflexion  totale  ;  de  plus, 
comme  ce  prisme  vient  se  placer  à  petite  distance  du  foyer,  il  est  hors 
d'état  de  compromettre  l'image  lors  même  qu'il  laisserait  à  désirer  relati- 
vement à  la  qualité  de  la  matière,  à  l'exécution  des  surfaces  et  à  la  préci- 
sion des  angles.  Enfin,  ce  qui  ne  nuit  en  rien,  l'image  vue  dans  l'oculaire  à 
quatre  verres  se  trouve  redressée. 

Cependant,  comme  l'oculaire  composé  a  été  conçu  et  organisé  à  l'oc- 
casion des  lunettes,  il  arrive  qu'en  l'associant  tel  quel  à  des  miroirs  para- 
boliques à  court  foyef  on  fait  reparaître  une  certaine  aberration  de  sphéri- 
cité ;  c'est-à-dire  que  dans  cet  oculaire  où  se  trouvent  deux  verres  qui 
jouent  réellement  le  rôle  d'objeclif,  on  recommence  à  éprouver  les  imper- 
fections des  courbures  sphériques.  A  cet  inconvénient,  le  remède  est  bien 
simple  :  il  consiste  à  opérer  une  dernière  retouche  qui,  en  sacrifiant  l'image 
du  miroir^  aura  pour  effet  de  reporter  la  netteté  sur  l'image  résultante  du 
système  optique  composé  du  miroir  et  de  la  partie  objective  de  Toculaire. 
Par  ce  moyen,' le  miroir  et  le  système  des  verres  amplificateurs  de  Timage 
sont  invariablement  associés  l'un  à  l'autre,  et  pour  varier  le  grossissement 
on  se  borne  à  changer  le  système  des  deux  autres  verres,  qui  est  tout  con- 
forme à  l'oculaire  astronomique  ordinaire.  Nous  n'en  sommes  donc  plus  à 
construire  des  miroirs  exactement  paraboliques,  et  nous  croyons  mieux 
faire  en  les  terminant  par  une  surface  expérimentale  qui  possède  expressé- 
ment la  propriété  d'agir  de  concert  avec  le  système  des  verres  amplifica- 
teurs de  l'oculaire,  pour  assurer  la  perfection  à  l'image  résultante*. 

Les  considérations  que  nous  avons  développées  en  parlant  de  la  for- 
mation des  images  nous  ont  servi  à  évaluer  le  degré  de  précision  que 
réclame  l'exécution  des  retouches  locales  ;  ces  mêmes  considérations  déter- 
minent la  limite  où  les  déformations  accidentelles  du  miroir  commence- 
raient à  nuire  à  la  qualité  des  images.  Si  l'on  veut  que  les  images 
conservent  leur  netteté,  il  est  indispensable  que  dans  toutes  les  positions 
imprimées  au  miroir  les  divers  éléments  de  la  surface  restent  solidaires 
entre  eux  à  la  précision  d'un  dix-millième  de  millimètre^  car  tout  déplace- 

4.  Voir  C.  R.  de  VAc.  des  5c.,  t.  XLIX,  p.  85. 


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ment  relatif  qui  excéderait  cette  minime  quantité  mettrait  certains  rayons 
en  discordance  avec  les  autres  et  les  jetterait  en  dehors  du  groupe  efficace. 
On  comprend  dès  lors  l'extrême  importance  des  précautions  à  prendre 
pour  détourner  du  miroir  les  forces  qui  tendraient  à  en  altérer  la  figure. 

Lorsque  le  miroir  est  placé  au  fond  du  tube  et  que  Tinstrument  est 
obliquement  dirigé  vers  un  point  quelconque  du  ciel,  la  pesanteur  agit 
suivant  deux  composantes  rectangulaires,  Tune  qui  tend  à  comprimer  le 
miroir  dans  la  direction  du  diamètre  compris  dans  un  plan  vertical,  Tautre 
qui  le  presse  contre  les  parties  résistantes  sur  lesquelles  il  repose  par  son 
revers.  Ces  deux  composantes,  qui  varient  en  sens  contraires  avec  la  direc- 
tion de  rinstrument,  demandent  à  être  combattues  isolément  ^  A  celle  qui 
comprime  le  miroir  sur  sa  tranche,  on  ne  peut  opposer  que  la  rigidité  de 
la  matière  qui,  sous  un  poids  donné,  prend  une  valeur  maximum  lorsqu'on 
termine  le  revers  du  miroir  par  une  surface  suffisamment  convexe.  Nous 
avons  trouvé  avantageux  de  faire  tailler  la  face  postérieure  du  miroir  sur 
une  courbe  telle  que  l'épaisseur  aille  en  doublant  du  bord  vers  le  centre  où 
elle  atteint  au  moins  le  dixième  du  diamètre.  Ce  n'est  là,  du  reste,  qu'un 
palliatif  qui  n'obvie  pas  radicalement  à  la  déformation,  mais  en  réalité  cette 
composante  diamétrale  de  la  pesanteur  n'est  que  peu  redoutable  et  parce 
qu'elle  diminue  à  mesure  que  l'instrument  s'élève  vers  le  zénith,  et  parce 
que  l'aplatissement  qui  pourrait  en  résulter  dans  la  totalité  des  faisceaux 
convergents  se  corrigerait  aisément  par  l'emploi  d'une  lentille  cylin- 
drique. 

L'autre  composante,  dont  l'intensité  varie  en  sens  inverse  de  la  pre- 
mière, exerce  sur  l'image  une  influence  beaucoup  plus  fâcheuse.  A 
mesure  que  l'instrument  se  dresse,  les  parties  solides  sur  lesquelles  le 
miroir  s'appuie  font  saillir  les  parties  correspondantes  de  la  surface  et 
déterminent  des  ondulations  qui  s'accusent  au  foyer  par  de  longues  traînées 
de  lumière.  Il  faut  supprimer  ces  pressions  locales  et  les  répartir  unifor- 
mément sur  toute  l'étendue  du  revers  du  miroir.  Solidairement  avec  la 
monture  de  ce  miroir  on  fixe  un  plancher  en  bois  et  l'on  ménage  entre 
deux  un  espace  où  l'on  glisse  un  sac  circulaire  en  caoutchouc  qui,  une  fois 

4.  VoirC  R.  de  VAc.  des  Se,  t.  XLIX,  p.  85;  et  Cosmos,  XIIÏ,  p.  328. 


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gonflé,  s'applique  sur  le  verre.  Le  tube  étroit  qui  conduit  Tair  dans  ce 
coussin  circule  le  long  du  corps  de  l'instrument,  se  prolonge  jusqu'à  Tocu- 
la  ire  et  se  termine  par  un  robinet.  En  soufflant  avec  la  bouche,  l'observa- 
teur peut  ainsi,  sans  perdre  Timage  de  vue,  régler  à  son  gré  la  pression  et 
l'amener  précisément  au  degré  suffisant  pour  que  le  miroir  flotte  dans  sa 
monture  sans  la  presser  ni  par  Tune  ni  par  l'autre  surface.  Il  est  clair  que 
dans  ces  condilions  le  miroir  échappe  à  la  pesanteur  quant  aux  effets  de  la 
composante  qui  s'exerce  totalement  sur  le  coussin  pneumatique.  Le  jeu 
régulier  de  l'appareil  n'exige  nullement  que  le  miroir  ait  du  ballottement 
dans  sa  monture,  et  l'addition  du  coussin  n'augmente  pas  cette  instabilité 
de  l'axe  optique  qu'on  a  jusqu'à  présent  reproché  au  télescope.  Rien  n'em- 
pêche d'assujettir  le  miroir  dans  son  barillet  en  le  saisissant  près  des  bords 
en  trois  points  équidistants.  Le  coussin,  qui  ne  peut  plus  se  déplacer  en 
masse,  n'en  continue  pas  moins,  suivant  la  pression,  à  modifler  la  surface 
et  à  réagir  distinctement  sur  la  netteté  de  l'image.  Le  cadre  qui  porte  l'en- 
semble  du  miroir,  du  barillet  et  du  coussin  pneumatique  se  rattache  au 
corps  du  télescope  par  des  vis  calantes  et  butantes  qui  servent  à  régler  l'axe 
optique  par  rapport  au  prisme  et  à  le  maintenir  dans  une  position  définie. 
Le  corps  des  nouveaux  télescopes  est  en  bois;  il  a  la  forme  d'un  tube 
octogonal.  Des  diaphragmes  largement  ouverts  et  fixés  intérieurement  de 
distance  en  distance  communiquent  au  système  une  rigidité  dont  on  tire 
partie  dans  la  manière  de  le  monter  parallactiquement.  Au  tiers  de  sa  lon- 
gueur comptée  à  partir  du  miroir  on  a  fixé  (fig.  19)  deux  tourillons  montés 
perpendiculairement  sur  la  direction  de  l'axe  de  figure.  D'un  autre  côté,  on 
a  construit  une  table  tournante  à  deux  colonnes  roulant  par  des  galets  sur 
un  plateau  orienté  parallèlement  à  l'équateur  et  maintenu  dans  cette  posi- 
tion par  un  bâti  en  charpente.  Les  deux  colonnes  de  la  table  tournante 
sont  armées  de  coussinets  pour  recevoir  les  tourillons  du  corps  de  l'instru- 
ment; de  plus  elles  gardent  l'écartement  voulu  et  la  hauteur  suffisante  pour 
le  laisser  passer  librement.  Le  télescope  étant  donc  posé  à  sa  place  se 
trouve  suspendu  parallactiquement,  car  son  double  mouvement  s'exécute 
en  déclinaison  autour  des  tourillons  et  en  ascension  droite  autour  de  l'axe 
de  la  table  tournante.  L'observation  prolongée  d'un  astre  exige  que  l'in- 

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strument  soit  arrêté  en  déclinaison;  c'est  pourquoi  on  fixe  sur  le  plateau 
tournant  une  sorte  de  bras  dont  l'extrémité  se  rattache  en  quelque  point 
du  corps  du  télescope  par  une  barre  à  coulisse  et  à  serrage  qui  figure  un 
côté  variable  dans  un  triangle  et  détermine  l'ouverture  de  l'angle  opposé. 
Un  disque  métallique  divisé  à  sa  circonférence  et  monté  sur  l'axe  des 
tourillons  fait  l'office  de  cercle  de  déclinaison,  et  des  divisions  tracées  sur 
le  contour  du  plateau  équatorial  figurent  les  parties  d'un  cercle  horaire; 
mais  les  positions  qu'ils  indiquent  ne  comportent  pas  plus  de  précision 
que  n'en  exige  la  recherche  d'un  astre  qu'on  veut  mettre  dans  le  champ. 
Ce  système  de  pied  ne  constitue,  à  vrai  dire,  qu'un  support  disposé 
parallactiquement  pour  la  commodité  des  observations,  les  mouvements 
en  sont  doux  et  rien  n'empêchera  d'y  ajouter  au  besoin  un  rouage  moteur. 
On  construit  en  ce  moment  une  semblable  monture  pour  le  télescope 
de  0"",ft2  établi  depuis  plusieurs  mois  à  l'Observatoire  impérial.  Le  miroir 
a  été  fondu  à  Saint-Gobain,  puis  dégrossi  et  débordé  dans  l'usine  Sautter 
et  C»%  spécialement  consacrée  à  la  construction  des  phares  lenticulaires. 
Depuis  lors  M.  Sautter  a  préparé  pour  l'avenir  de  bien  plus  grands  disques, 
et  nous  avons  reçu  de  lui  l'assurance  d'une  coopération  qui  ne  reculerait 
que  devant  une  impossibilité  matérielle;  soulagée  d'une  préparation  qui 
exigeait  un  outillage  spécial,  la  maison  Secretan  a  fait  tout  le  reste,  sauf 
les  dernières  retouches  dont  elle  n'aurait  pas  accepté  la  responsabilité.  Par 
les  soins  de  M.  Eichens,  qui  a  la  direction  des  ateliers,  la  partie  mécanique 
se  perfectionne  et  s'achève,  en  sorte  qu'avant  peu  nous  serons  en  posses- 
sion de  l'appareil  complet. 

Nous  voici  parvenu  au  terme  de  cette  série  de  détails  qu'il  fallait  tous 
indiquer  sous  peine  de  laisser  à  d'autres  le  soin  de  rechercher  ce  que  la 
pratique  nous  avait  enseigné.  Nous  les  avons  donnés  à  litre  de  renseigne- 
ments pour  ceux  qui  souhaiteraient  de  reproduire  les  effets  que  nous  avons 
obtenus.  Parmi  ces  détails  d'exécution,  il  en  est  un  grand  nombre  que 
nous  avons  recueillis  dans  les  ateliers  de  M.  Secretan,  et  nous  nous  plai- 
sons à  reconnaître  que  ces  rapports  de  chaque  jour  avec  des  ouvriers 
habiles,  des  conlre-mallres  intelligents  et  un  chef  d'établissement  doué 
d'un  esprit  éclairé  nous  ont  considérablement  abrégé  notre  tâche. 


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—  283  — 

Cette  tâche,  en  quoi  consistait-elle?  Nous  nous  étions  proposé,  ou 
plutôt  nous  avions  reçu  du  directeur  de  l'Observatoire  la  mission  de  prépa- 
rer les  voies  pour  la  taille  des  objectifs  de  grand  diamètre.  Fallait-il  se 
contenter  d'appliquer  empiriquement  en  grand  les  méthodes  dont  on  s*est 
contenté  jusqu'ici  pour  le  travail  des  verres?  Quels  résultats  pouvait-on  se 
flatter  d'obtenir  en  compensation  de  l'accroissement  des  dépenses?  A  quoi 
jugerait-on  d'avoir  réussi?  Savait-on  seulement  si  dans  l'état  actuel  nos 
meilleurs  instruments  laissent  carrière  à  d'importants  progrès?  N'y  aurait-il 
pas  en  optique  comme  en  mécanique  un  maximum  d'eifel  utile  qui  vien- 
drait tôt  ou  tard  limiter  nos  etlbrts?  Toutes  ces  questions  étaient  implicite- 
ment comprises  dans  la  mission  que  nous  avions  reçue  du  directeur. 

En  cherchant  à  les  résoudre,  il  y  avait  danger,  nous  le  voyons  aujour- 
d'hui, de  s'engager  dans  une  voie  qui  vraisemblablement  était  sans  issue. 
Heureusement  nous  avons  pris  le  chemin  détourné  et,  délaissant  provi- 
soirement la  réfraction,  nous  avons  emprunté  à  la  réflexion  les  moyens 
d'agir  plus  simplement  sur  la  lumière  et  d'en  former  correctement  ce  point 
focal  où  se  révèle  toute  la  théorie  physique  des  images.  Gomme  nous 
n'avions  affaire  qu'à  une  seule  surface,  comme  par  le  fait  même  de  la 
réflexion  la  ligne  d'expérience  repliée  sur  elle-même  se  contenait  à  l'inté- 
rieur d'un  emplacement  fermé  et  ramenait  le  point  et  l'image  à  proximité 
l'un  de  l'autre,  nous  avons  pu,  sans  nous  écarter  de  la  figure  sphérique, 
nous  familiariser  avec  les  moyens  d'agir  sur  les  surfaces  de  verre,  de  les 
observer  et  de  les  modifier  à  la  demande  des  phénomènes  optiques.  Appli- 
quant ensuite  les  mêmes  procédés  au  cas  où  le  point  et  l'image  s*éIoignent 
progressivement  l'un  de  l'autre,  nous  avons  vu  se  réaliser  naturellement 
les  surfaces  qui  procèdent  des  sections  coniques  et  qui  étaient  désignées 
depuis  si  longtemps  comme  spécialement  propres  aux  usages  de  l'optique; 
et  maintenant  que  l'expérience  est  acquise,  nous  n'hésiterions  pas  à  faire 
sur  les  objectifs  achromatiques  l'application  d'une  méthode  qui  n'a  rien  à 
redouter  de  la  complication  analytique  des  surfaces.  Cependant  les  miroirs 
de  verre  qui  n'étaient  qu'accessoires  ont  emprunté  à  l'argenture  un  éclat 
métallique  si  remarquable  que  maintenant  ils  rivalisent  avec  les  objectifs 
de  même  dimension. 


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—  284  — 

Sans  perdre  de  vue  l'objet  principal  de  ce  travail,  qui  était  de  fournir 
des  résultats  pratiques,  nous  avons  été  conduit,  chemin  faisant,  à  recon- 
naître l'insuffisance  des  considérations  purement  géométriques  sur  les- 
quelles on  se  fondait  pour  établir  la  théorie  des  instruments  d'optique. 
Tous  les  faits  observés  condamnent  un  système  dans  lequel  on  ne  tient 
aucun  compte  du  caractère  périodique  de  l'agent  lumineux,  où  par  suite  on 
néglige  l'élément  principal  qui  intervient  dans  le  mécanisme  de  la  forma- 
tion des  images;  ils  démontrent,  au  contraire,  qu'au  foyer  des  surfaces 
appropriées  par  leur  degré  de  précision  à  la  constitution  intime  de  la 
lumière  les  rayons  obéissent  au  principe  fondamental  des  interférences. 
Ainsi  se  justifie  dans  ses  dernières  conséquences  une  doctrine  que  l'esprit 
humain  s'est  donnée  pour  guide,  et  qui  parait  devoir  embrasser  l'universa- 
lité des  phénomènes  de  l'optique  physique. 


Dans  une  note  présentée  à  l'Académie  des  Sciences*  le  21  avril  1862,  L.  Foucaul 
annonça  qu'il  était  arrivé  à  obtenir  un  miroir  de  0'",80  de  diamètre  et  de  /i",50  de 
dislance  focale  qui,  monté  sur  un  pied  altazimutal  et  soumis  aux  épreuves  les  plus 
nombreuses  et  les  plus  variées,  a  été  reconnu  présenter  une  précision  comparable  à 
celle  des  miroirs  plus  petits  précédemment  construits. 

Cette  note  coulient  en  outre  quelques  détails  de  construction  sans  grand  intérêt. 

4.  Comptes  rendus  de  V Académie  des  Sciences,  t.  XLIV,  p.  859. 


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MICROSCOPE    CATADIOPTRIQUE 

AVEC  MIROIR  EN  VERRE  ARGENTÉ* 
(SocitHé  Philomatbique,  19  février  i850.} 


M.  Foucault  donne  la  description  d'un  nouveau  microscope  catadiop- 
triqae  dans  lequel  Faberralion  des  lentilles  est  exactement  compensée  par 
Fintervenlion  d*un  miroir  argenté  dont  la  courbure  a  été  modifiée  par  le 
procédé  des  retouches  locales.  Par  ce  moyen,  la  surface  des  lentilles  est 
utilisée  dans  toute  soi^  étendue,  et  le  nombre  des  rayons  efficaces  croissant 
dans  le  même  rapport,  les  images  deviennent  en  même  temps  plus  nettes, 
plus  lumineuses  et  supportent  de  plus  forts  grossissements. 

L'instrument  se  compose  d'un  petit  microscope  vertical  dont  les  len- 
tilles forment  image  à  5  centimètres  de  distance,  dans  l'intérieur  d'un 
prisme  à  réflexion  totale,  qui  dirige  horizontalement  les  rayons  émergents 
sur  le  miroir  concave  en  verre  argenté. 

Ce  dernier  a  dû  être  travaillé  sur  un  rayon  de  courbure  de  0'",40,  et 
il  est  placé  de  telle  sorte  que  son  centre  de  courbure  occupe  le  milieu 
du  bord  supérieur  de  la  surface  hypoténuse  du  prisme.  En  vertu  de  cette 
disposition,  les  rayons  renvoyés  par  le  miroir  viennent  former  au-dessus  et 
h  l'extérieur  du  prisme  une  image  corrigée  de  celle  qui  existe  à  l'inté- 
rieur. 

4,  Voir  Procès-verbaux  de  la  Soc.  Philom.,  4859,  p.  46. 


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—  286  — 

Cette  image  est  définitivement  observée  au  moyen  d'un  microscope 
faible  horizontalement  dirigé. 

L'image  qui  se  forme  finalement  sur  la  rétine  résulte  du  concours  de 
rayons  qui,  dans  un  trajet  assez  compliqué,  se  croisent  pour  la  quatrième 
fois;  et  cependant  ces  transmissions  d'images  se  font  dans  des  conditions 
qui,  loin  de  nuire  au  résultat,  contribuent  manifestement  à  augmenter  la 
puissance  de  l'instrument. 

Pour  donner  une  idée  de  l'apparence  que  prend  un  objet  bien  connu 
quand  on  l'observe  au  nouveau  microscope,  M.  Foucault  met  sous  les  yeuK 
de  la  Société  une  esquisse  que  M.  Bulard  a  bien  voulu  tracer  à  la  bâte  et 
qui  représente  les  globules  du  sang  humain.  Chacun  de  ces  globules  appa- 
raît avec  une  surface  modelée,  des  contours  sinueux^  des  bords  relevés, 
et  quelquefois  ils  imitent  une  éminence  centrale,  une  sorte  de  bouton  en 
relief,  qui  correspond  au  noyau  signalé  par  les  micrographes. 

Au  reste,  pour  se  défendre  contre  toute  illusion,  M.  Foucault  se  pro- 
pose de  recourir  à  la  photographie  et  d'appeler  ainsi  en  témoignage  des 
résultats  qui  suppléeront  à  son  inexpérience  en  micrographie. 


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SUR 

LA  CONSTRUCTION  DU  PLAN  OPTIQUE 

(Sans  date.) 


Depuis  longtemps  j*ai  eu  la  pensée  que  la  méthode  des  retouches 
locales,  qui  m'a  servi  à  donner  aux  miroirs  en  verre  la  figure  parabolique, 
conviendrait  également  pour  engendrer  ou  perfectionner  la  surface  d'un 
miroir  rigoureusement  plan.  Ayant  eu  le  loisir  de  faire  l'expérience,  j'ai 
obtenu  une  réussite  qui  me  permet  de  présenter  la  méthode  comme  étant 
d'une  application  facile  et  assurée. 

Le  miroir  dont  il  s'agit  a  O'^^^Sô  de  diamètre,  et,  sous  quelque  incidence 
qu'il  se  présente  aux  rayons  qui  tombent  à  sa  surface,  le  faisceau  réfléchi 
observé  dans  les  lunettes  ne  présente  aucune  différence  avec  le  faisceau 
direct. 

Pour  arriver  à  ce  résultat,  on  ne  s'est  servi  ni  du  sphéromètre,  ni  des 
bassins  multiples  ordinairement  employés  pour  engendrer  la  surface  du 
plan. 

Le  disque  de  verre,  après  avoir  été  fondu  à  Salnt-Gobain  et  dégrossi 
dans  les  ateliers  de  M.  Sautter,  a  été  attaqué  à  la  main  au  moyen  d'un 
disque  plus  petit  que  Ton  faisait  mouvoir  à  sa  surface  avec  interposition 
d'émeris  de  plus  en  plus  fins  détrempés  dans  l'eau. 

On  a  ainsi  engendré  une  surface   doucie,   qui,  sous  une  incidence 


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oblique,    réfléchissait  spécuiairement  la  lumière  émanée  d'un  point  de 
mire  placé  à  la  distance  de  trois  ou  quatre  mètres. 

Le  faisceau,  réfléchi  et  observé  dans  une  petite  lunette,  donnait  au 
foyer  une  image  qui,  par  sa  déformation,  indiquait  Tétat  de  la  surface,  et 
suivant  que  cette  surface  était  reconnue  convexe  ou  concave,  on  insistait 
en  la  travaillant  de  nouveau  sur  le  centre  ou  sur  les  bords. 

Quand  Tirnage  réfléchie  s*est  montrée  aussi  nette  que  Timage  directe, 
on  s'est  occupé  de  donner  le  poli  à  cette  surface  doucie.  Pour  cela  on  a 
préparé  un  polissoir  en  verre  de  0"*,12  à  0",15  de  diamètre  et  légèrement 
convexe.  On  Ta  recouvert  d'un  papier  collé  à  l'empois,  et,  après  l'avoir 
enduit  d'oxyde  de  fer,  on  s'en  est  servi  pour  exercer,  sur  la  surface  à  polir, 
un  frottement  également  et  méthodiquement  distribué  sur  toute  son 
étendue.  Ce  travail  a  duré  trois  jours,  et,  au  bout  de  ce  temps,  le  miroir 
s'est  trouvé  poli  sans  que  la  rectitude  du  plan  ait  été  altérée.  On  avait 
pour  garantie  l'observation  de  la  mire  réfléchie  sous  l'incidence  rasante, 
et  l'on  dirigeait  le  travail  de  manière  à  combattre  la  moindre  tendance  à 
la  déformation  dans  un  sens  ou  dans  l'autre. 

11  est  donc  établi  que  l'on  peut  construire  le  plan  optique  par  simple 
retouche  locale  et  sans  recourir  à  l'ancienne  et  laborieuse  méthode,  qui 
consistait  à  réunir  deux  à  deux  une  série  impaire  de  bassins  jusqu'à  super- 
position exacte  de  l'un  quelconque  avec  tous  les  autres. 

11  n'est  pas  nécessaire  d'insister  sur  l'importance  d'un  pareil  résultat. 
Le  miroir  plan  est  pour  l'optique  expérimental  un  ciel  artiflciel  sur  lequel 
on  peut  éprouver  les  grands  instruments  astronomiques,  lunettes  ou  téles- 
copes, en  les  amenant  à  se  coUimer  par  eux-mêmes. 


Il  convient  d'ajouter,  aux  applications  précédentes  de  la  méthode  des  retouches 
locales,  remploi  qu'en  a  fait  L.  Foucault  pour  la  taille  des  objectifs  :  deux  objectife,  l'un 
de  7  pouces  et  l'autre  de  9  pouces,  ont  été  taillés  par  lui  et  sont  actuellement  employés 
l'un  à  Lima  (Pérou),  l'autre  à  Paris.  L.  Foucault  n'a  laissé  aucun  mémoire  sur  ce  sujet  : 
nous  nous  bornons  à  le  signaler,  nous  réservant  de  donner  en  annexes  les  rensei- 
gnements que  nous  aurons  pu  recueillir. 


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SUR   UN 

MOYEN  D'AFFAIBLIR  LES  RAYONS  DU  SOLEIL 

AU  FOYER  DES  LUNETTES* 

(Académie  des    Sciences,   3  septembre   1866.) 


Lorsqu'on  veut  étudier  dans  les  instruments  d'observatoire  la  consti- 
tution physique  du  soleil,  il  est  indispensable  de  recourir  à  certains  pro- 
cédés pour  diminuer  l'intensité  de  la  lumière  et  de  la  chaleur  qui  se 
concentrent  dans  l'image  focale. 

En  plaçant  un  verre  noir  devant  l'oculaire,  on  réussit  dans  les  pre- 
miers instants  à  protéger  l'œil  contre  l'intensité  du  rayonnement;  mais  si 
l'observation  se  prolonge  et  si  l'objectif  est  à  large  ouverture,  le  verre 
s'échauffe  et  se  brise  en  exposant  l'observateur  à  l'action  directe  des  rayons 
solaires. 

On  croit  parfois  remédier  à  cet  inconvénient  en  réduisant  par  un  dia- 
phragme l'étendue  libre  de  l'objectif,  mais  c'est  là  un  procédé  qui  n'agit 
qu'au  détriment  du  pouvoir  optique,  et  qui,  par  conséquent,  ne  supporte 
pas  l'examen. 

On  a  encore  proposé  de  faire  subir  aU  faisceau  une  réflexion  partielle 
sous  l'angle  de  polarisation  et  d'armer  l'oculaire  d'un  analyseur  dont  on 

1.  Voir  C.  R.  de  VAc.  des  Se,  t.  LXUI,  p.  443,  et  Cosmos  [%),  t.  II,  p.  302. 

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fait  varier  l'azimut  dans  le  but  de  diminuer  à  volonté  Tintensité  des 
rayons  qui  le  traversent.  On  arrive  par  ce  moyen  à  affaiblir  les  images  sans 
leur  donner  de  coloration  sensible,  mais  il  est  rare  que  par  un  traitement 
aussi  compliqué  la  netteté  ne  soit  pas  compromise.  L'instrument  perd  de 
son  pouvoir  optique,  et  c'est  là  précisément  ce  qu'il  faut  éviter  si  l'on  veut 
tirer  de  l'emploi  des  grandes  lunettes  tout  ce  qu'elles  peuvent  nous 
apprendre  sur  la  structure  et  sur  les  révolutions  qui  s'opèrent  a  la  surface 
de  l'astre. 

Ayant  été  conduit,  par  mon  travail  sur  le  télescope,  à  argenter  un 
grand  nombre  de  miroirs  en  verre,  j'ai  eu  bien  souvent  occasion  de  remar- 
quer que  cette  couche  métallique,  dont  l'éclat  est  si  vif,  possède  en  même 
temps  une  transparence  et  une  limpidité  comparable  à  celles  des  plus  beaux 
verres  colorés.  Cette  transparence  est  telle,  qu'en  regardant  le  soleil  au 
travers  de  cette  mince  couche  d'argent,  on  aperçoit  distinctement  et  sans 
aucune  fatigue  les  moindres  vapeurs  qui  viennent  à  passer  sur  le  disque. 
J'en  vins  aisément  à  supposer  qu'un  verre  argenté  pourrait  être  employé 
comme  verre  coloré,  et  quMl  présenterait  sur  ces  derniers  le  grand  avan- 
tage de  réfléchir  tous  les  rayons  qui  ne  passent  pas  au  travers. 

Assurément  une  glace  parallèle  argentée  sur  une  de  ses  faces  et  placée 
dans  le  corps  d'une  lunette,  sur  le  trajet  du  faisceau,  devait  offrir  un  moyen 
commode  d'observer  le  soleil.  Mais,  puisque  cette  couche  d'argent  peut 
être  considérée  comme  un  milieu  sans  épaisseur,  j'ai  pensé  qu'il  serait 
préférable  d'argenter  l'objectif  lui-môme,  en  laissant  d'ailleurs  absolu- 
ment intacte  l'organisation  de  la  lunette  astronomique.  Je  ne  change  donc 
rien  aux  oculaires,  je  laisse  le  micromètre  en  place  avec  ses  fils,  et  je  me 
borne  à  argenter  la  surface  extérieure  de  l'objectif. 

Par  ce  moyen  l'instrument  tout  entier  se  trouve  protégé  contre  l'in- 
fluence de  la  chaleur  solaire  qui  est  réfléchie  presque  totalement  vers  le 
ciel,  tandis  qu'une  minime  partie  de  lumière  bleuâtre  traverse  la  couche 
de  métal,  se  réfracte  à  la  manière  ordinaire  et  va  former  au  foyer  une 
image  calme  et  pure  que  l'on  peut  observer  sans  danger  pour  la  vue.  Le 
contour  du  disque  se  détache  nettement  sur  un  ciel  noir,  les  taches  se 
des  inent  avec  précision,  les  facules  se  montrent  distinctement,  ainsi  que 


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—  291  — 

e  décroissement  de  lumière  vers  les  bords,  et,  dès  le  premier  coup  d'œil, 
on  se  sent  armé  d*un  puissant  moyen  d'investigation.  La  teinte  vraie  du 
soleil  est  un  peu  altérée  par  la  prédominanc^e  des  rayons  bleus;  mais  les 
rapports  d'intensité  sont  si  bien  conservés  qu'on  ne  perd  aucun  détail,  et 
qu'au  bout  d'un  certain  temps  l'œil,  accoutumé  à  cette  couleur  bleuâtre, 
cesse  d'en  avoir  le  sentiment  distinct. 

11  est  vrai  qu'une  lunette  ainsi  préparée  est  un  instrument  sacrifié, 
pour  un  temps  du  moins,  à  un  seul  objet.  Peut-être  trouvera-t-on  que 
l'objet  en  vaut  la  peine.  Au  moment  où  les  plus  grandes  questions  s'agi- 
tent concernant  la  constitution  physique  du  soleil,  où  les  aperçus  les  plus 
neufs  et  les  plus  ingénieux  tendent  à  nous  dévoiler  le  mécanisme  d'une 
aussi  prodigieuse  effusion  de  chaleur  et  de  lumière,  il  ne  serait  sans  doute 
pas  sans  intérêt  de  tenter  l'opération  sur  un  grand  instrument. 

En  laissant  de  côté  la  question  de  savoir  quelle  peut  être  l'origine  de 
la  chaleur  solaire,  en  considérant  de  parti  pris  la  masse  de  l'astre  comme 
étant  douée  d'une  température  initiale,  ce  qui  semblait  encore  impéné- 
trable c'était  le  mystérieux  mécanisme  de  la  réparation  des  pertes  qui  se 
font  par  rayonnement  dans  l'espace;  non-seulement  ce  mécanisme  était 
inconnu,  mais  la  question  n'était  même  pas  posée.  A  M.  Faye  appartient 
le  mérite  d'avoir  fait  remarquer,  dans  ces  derniers  temps,  qu'en  suppo- 
sant la  substance  du  soleil  plus  conductrice  que  le  plus  conducteur  des 
métaux,  la  chaleur  ne  s'y  transportant  que  par  simple  conductibilité,  sa 
surface  ne  pourrait  pas  conserver  un  éclat  permanent.  Puis,  se  fondant 
sur  la  théorie  de  la  dissociation  chimique  de  M.   Henri  Deville,   M.   Faye 
a  montré  que  dans  ce  pôle-môle  de  tous  les  éléments  dissociés,  dont  la 
masse  est  formée,  se  rencontraient  en  toute  probabilité  les  conditions  de 
mobilité  qui  leur  permettent  de  se  transporter  vers  la  surface  pour  s'y 
combiner  tour  à  tour  avec  cette  vive  et  inépuisable  incandescence  qui 
caractérise  la  photosphère.  La  chaleur  est  aussi  charriée  avec  les  corps  de 
la  profondeur  à  la  surface  et  non  transmise  par  voie  de  simple  conducti- 
bilité à  travers  leur  substance.  C'est  ce  renouvellement  perpétuel  de  maté- 
riaux alternativement  combinés  et  redissociés  qu'il  faut  maintenant  saisir 
sur  le  fait.  MM.  Faye  et  H.  Deville  ont  émis  les  idées  premières;  je  m'esti- 


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merais  heureux  sî  je  pouvais  contribuer  à  mon  tour  à  élucider  un  pareil 
sujet  en  fournissant  quelque  nouveau  moyen  d'observation. 


En  réponse  à  une  observation  faite  par  M.  Ghevreul,  H.  Foucault  répondit  que, 
suivant  lui,  la  coloration  verte  de  la  lumière  transmise  à  travers  Tor  battu  suffit  à 
prouver  que  ce  métal  peut,  ainsi  que  l'argent,  laisser  passer  la  lumière  par  transpa- 
rence véritable,  ce  qui  n'empêche  pas  que  dans  cet  état  de  minceur  extrême  Ter  de^ 
livrets  ne  présente  de  petits  interstices,  visibles  au  microscope,  et  qui  livrent  passage  à 
une  certaine  quantité  de  lumière  directe.  Pareille  chose  arrive  pareillement  pour 
l'argent  déposé  dans  certaines  conditions,  bien  que  le  microscope  ne  puisse  pas  en 
fournir  la  preuve.  Il  sufût,  en  mettant  les  réactifs  en  présence,  d'altérer  les  proportions 
qui  donnent  une  réaction  franche  pour  que  l'argent  précipité  cesse  de  présenter  la  teinte 
bleue.  Tout  porte  à  croire  qu'en  pareil  cas,  la  couche  qui  se  dépose  n'a  pas  une  conti- 
nuité parfaite,  car  en  la  frottant  avec  une  peau  pour  augmenter  son  éclat  métallique, 
on  diminue  la  quantité  de  lumière  transmise  et  on  fait  reparaître  la  couleur  bleue.  Évi- 
demment, sous  la  pression  de  la  peau,  l'argent  est  refoulé,  les  pores  se  referment  et  la 
lumière  ne  trouve  à  passer  qu'à  travers  l'argeut  même.  Ce  qui  est  démontré  pour  Vov 
et  l'argent  s'appliquerait  sans  doute  à  tous  les  métaux  si  on  savait  les  réduire  en  lames 
suffisamment  minces. 


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APPLICATION 


DU 


PROCÉDÉ  D^ARGENTURE  A  UN  OBJECTIF 

DE  O'-jîS  DE  DIAMÈTRE* 

(Académie  des  Sciences,  1"  octobre  1866.) 


Dans  la  séance  du  3  septembre  dernier,  TAcadémie  a  eu  communica* 
tion  d'un  procédé  proposé  par  M.  L.  Foucault  pour  affaiblir  les  rayons  du 
>  soleil  au  foyer  des  lunettes.  Il  était  intéressant  de  constater  si  l'expérience, 
répétée  sur  un  grand  instrument,  donnerait  les  résultats  que  semblait 
promettre  un  premier  essai.  L'Observatoire  possède  un  équatorial  dont  la 
lunette  admet  un  objectif  de  0'",25.  D'un  autre  côté,  M.  Secretan  fait  con- 
struire en  ce  moment,  dans  ses  ateliers,  un  objectif  de  cette  grandeur  qui, 
sans  être  complètement  terminé,  est  déjà  arrivé  à  un  certain  degré  de 
perfection. 

C'était  une  excellente  occasion  pour  faire  un  second  essai  sans  entraver 
Je  courant  des  observations  ordinaires.  M.  Secretan  a  bien  voulu  prêter  cet 
objectif.  La  surface  extérieure  du  crown  a  donc  été  argentée  soùs  l'épais- 

4.  Voir  Comptes  rendus  de  l'Acad,  des  Sc.j  t.  XLIII,  p.  547.  —  Cette  note  a  été  lue  à  l'Aca- 
démie par  W.  Le  Verrier;  mais  d'après  la  minute  qui  a  été  retrouvée,  elle  a  élé  rédigée,  très-probabi»' - 
ment,  par  L.  Foucault. 


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—  294  — 

seur  voulue,  et  l'objectif  étant  mis  en  place,  on  a  pu  proGter  des  éclair- 
cies  de  ces  derniers  jours  pour  examiner  le  soleil  et  pour  apprécier  som- 
mairement le  nouveau  moyen  d'observation. 

Par  cette  nouvelle  épreuve  il  est  bien  établi  que  l'image  du  soleil  est 
ainsi  débarrassée  de  presque  toute  chaleur  et  de  l'excès  de  lumière  qui  en 
rendait  l'opération  diflScile  ou  dangereuse.  La  présence  de  la  couche  d'ar- 
gent ne  parait  aucunement  altérer  les  propriétés  optiques  de  l'objectif, 
elle  diminue  seulement  l'intensité  de  la  lumière  transmise  sans  troubler 
la  marche  des  rayons  et  sans  produire  de  diffusion  sensible.  La  netteté  des 
images  reste  évidemment  subordonnée  comme  d'ordinaire  à  l'état  de  l'at- 
mosphère, et  en  choisissant  les  instants  favorables,  on  arrive  à  appliquer 
utilement  des  grossissements  de  300.  On  distingue  alors  dans  les  taches 
solaires  ces  nombreux  détails  qui  ont  été  décrits  et  figurés  par  les  obser- 
vateurs les  plus  expérimentés.  La  surface  entière  de  l'astre  se  montre  par- 
semée d'un  pointillé  îrrégulier  dont  les  éléments  peuvent  se  classer  en 
différentes  grandeurs,  et  se  groupent  en  constellations  diversement  confi- 
gurées. A  mesure  que  l'on  gagne  en  netteté,  on  échappe  à  l'illusion  d'une 
structure  régulière  comme  celle  qui  résulterait  de  l'agglomération  d'élé- 
ments identiques  juxtaposés  ou  enchevêtrés  les  uns  avec  les  autres.  Il  y  a 
de  ces  instants  de  netteté  fugitive  qui  amènent  la  résolution  des  parties 
ombrées  et  qui  font  souhaiter  de  recourir  à  l'emploi  d'instruments  de  plus 
en  plus  puissants. 

La  seule  altération  consiste  donc  dans  une  légère  teinte  bleuâtre,  à 
laquelle  on  s'habitue  promptement,  mais  dont  il  importait  de  connaître  la 
composition. 

.  Par  l'application  du  spectroscope  déjà  employé  à  l'étude  des  étoiles, 
M.  Wolf  a  constaté  que  la  teinte  résultante  contient  presque  tous  les  rayons 
du  spectre,  à  l'exception  du  rouge  extrême,  dont  l'élimination  semble 
coïncider  avec  celles  des  rayons  calorifiques  obscurs.  En  même  temps 
l'orange,  le  jaune  et  le  vert  subissent  une  extinction  partielle;  le  bleu  et 
le  violet  conservent,  ainsi  qu'on  pouvait  s'y  attendre,  une  prédominance 
marquée. 

Cette  obse,rvation  n'est  pas  sans  importance,  car  si  Targent  ne  laîs- 


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—  295  — 

sait  passer  qu'une  lumière  monochromatique,  il  serait  impossible  de  saisir 
les  particularités  susceptibles  de  se  manifester  par  des  effets  de  couleurs, 
mais  comme  en  réalité  tous  les  éléments  du  spectre  visible  figurent,  à  peu 
de  chose  près,  dans  la  lumière  transmise^  on  peut  compter  qu'aucun  détail 
de  coloration  ne  passera  Inaperçu. 


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DU  SPECTRE  SECONDAIRE  ET  DE  SON  INFLUENCE 


SUH    LA 


VISION   DANS   LES    INSTRUMENTS  D'OPTIQUE 


CSaus  date.) 


On  est  convenu  de  donner  le  nom  de  spectre  secondaire  au  phéno- 
mène de  dispersion  qui  persiste  lorsqu'on  cherche  à  compenser  raction 
d'un  milieu  sur  la  lumière  par  celui  d'un  autre  milieu.  Le  spectre  secon- 
daire peut  être  considéré  comme  un  spectre  ordinaire  replié  sur  lui-même 
avec  condensation  de  lumière  aux  environs  du  repli.  Quand  on  cherche  à 
le  produire  correctement  par  deux  prismes  de  crown  et  de  flint  achroma^ 
tisés  l'un  par  l'autre,  on  constate  qu'il  se  termine  brusquement  à  une 
extrémité,  et  qu'à  l'autre,  il  finit  en  mourant  comme  le  spectre  ordinaire. 

La  raison  de  cette  dissymétrie  provient  de  ce  que,  indépendamment 
de  leur  intensité  propre,  les  rayons  de  réfrangibilités  moyennes  sont  con- 
densés au  voisinage  de  la  direction  limite  correspondant  au  maximum  de 
déviation,  tandis  que  les  rayons  de  réfrangibilités  extrêmes,  de  moins  en 
moins  déviés,  vont  en  se  désunissant  à  mesure  que  leur  intensité  propre 
diminue.  Ainsi  vers  l'extrémité  la  plus  déviée  où  viennent  s'accumuler  les 
rayons  moyens,  tout  concourt  à  augmenter  l'intensité  du  spectre  secon- 
daire et  à  constituer  un  faisceau  efficace  qui  domine  sur  le  reste  et  résume 


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—  297  — 

la  presque  totalité  du  faisceau  primitif.  En  ce  point,  où  viennent  s*accu-* 
muler  la  plus  grande  partie  des  rayons  par  le  fait  de  l'existence  d'un 
maximum  de  déviation,  il  y  a  formation  d'une  teinte  résultante  qui  diffère 
du  blanc  par  l'absence  des  rayons  qui  composent  tout  le  reste  du  spectre 
secondaire;  cette  teinte  du  faisceau  efficace  est  variable  avec  la  région  du 
spectre  où  la  combinaison  des  deux  milieux  détermine  le  maximum  de 
déviation;  mais  dans  les  conditions  ordinaires  de  l'achromatisme,  le  centre 
des  rayons  efficaces  est  pris  dans  la  région  la  plus  éclairante  du  spectre, 
ce  qui  donne  pour  l'extrémité  brillante  du  spectre  secondaire  une  teinte 
jaune  verdâtre  fortement  lavée  de  blanc.  L'autre  extrémité  de  ce  spectre  est 
évidemment  formée  de  la  superposition  du  rouge  et  du  violet  qui  donnent 
du  pourpre,  en  sorte  qu'on  peut  se  faire  une  idée  assez  rapprochée  de  la 
distribution  des  teintes  dans  le  spectre  secondaire,  en  se  figurant  une  extré- 
mité d'un  jaune-verdâtre  clair,  très-vif;  l'autre  extrémité  d'une  teinte 
pourpre  sombre,  et  entre  deux  une  dégradation  établissant  la  transition 
comme  teinte  et  comme  intensité. 

Telle  est  donc  la  constitution  du  spectre  secondaire,  ainsi  qu'il  résulte 
généralement  des  actions  successives  et  opposées  de  deux  milieux  différents 
sur  la  lumière  blanche.  Pour  passer  de  cette  notion  simple  à  l'application 
précise  des  apparences  qui  se  montrent  dans  le  champ  des  lunettes  achro- 
matiques, il  suffit  de  considérer  que  la  série  des  foyers  qui  donnent  l'image 
d'un  point  affecte  la  même  distribution  que  la  série  des  teintes  dans  le 
spectre  secondaire.  Si,  par  exemple,  on  dirige  vers  quelque  étoile  une 
lunette  achromatisée  par  la  combinaison  ordinaire  de  deux  verres  en 
crown  et  en  flint,  parmi  tous  les  rayons  émanés  de  l'étoile,  il  y  aura  un 
groupe  formé  des  rayons  moyens  du  spectre  qui  donnera,  suivant  l'axe  de 
l'instrument,  une  image  dominante  de  couleur  jaune-verdâtre.  A  une  cer- 
taine dislance,  les  rayons  extrêmes  du  spectre,  rouge  et  violet,  formeront  une 
image  d'une  teinte  pourprée  sombre,  et  entre  deux  viendront  se  placer  une 
infinité  d'images  déteintes  et  d'intensités  intermédiaires.  Si  maintenant  on 
vient  à  considérer  cet  ensemble  avec  un  oculaire,  la  mise  au  point  aura 
lieu  naturellement  sur  l'image  formée  par  les  rayons  dont  Tintensité  do- 
mine, laquelle  paraîtra  entourée  d'une  auréole  formée  par  la  superposition 

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—  298  — 

de  tous  les  autres  rayons,  dont  les  cônes  convergents  sont  intercepta  par 
le  plan  de  Timage  principale.  Cest  ainsi  qu'au  foyer  des  lunettes  achroma- 
tiques rimage  d'un  point  blanc  est  formée  d'une  image  centrale  jaune-ver- 
dâtre,  entourée  d'une  auréole  dont  l'extrême  limite  est  d'un  bleu  pourpre 
d'une  intensité  décroissante  et  dont  les  zones  intermédiaires  présentent 
tontes  les  teintes  et  toutes  les  intensités  intermédiaires. 

Cette  image  d'un  point  telle  qu'elle  se  forme  au  foyer  des  lunettes 
achromatiques  participe,  comme  on  voit,  à  toute  la  complication  de  consti- 
tution du  spectre  secondaire  ;  comme  lui,  elle  présente  à  considérer  an 
groupe  de  rayons  efficaces,  formé  par  les  rayons  de  réfrangibilité  moyenne, 
condensés  en  vertu  du  maximum  de  déviation.  Ce  sont  ces  rayons  efficaces 
qui  fontenquelquesorte  tous  les  frais  de  l'image  qu'on  observe  et  des  détails 
que  l'observation  y  cherche.  Ces  rayons  sont  suivis  à  distances  variées  par 
les  différents  couples  de  rayons  diversement  colorés,  qui  ne  convergent  pas 
au  même  point  et  que  l'on  considère  volontiers  comme  étant  au  moins  inu- 
tiles à  la  vision.  Le  fait  est  que  Ton  comprendrait  difficilement  comment 
des  rayons  disséminés  dans  une  image  en  dehors  des  points  homologues  de 
ceux  qui  les  ont  émis  dans  l'objet  pourraient  ne  pas  nuire  à  la  perfection 
de  la  vision,  et  si  dans  les  lunettes  les  rayons  réfractaires  à  l'achromatisme 
ne  nuisent  pas  davantage  aux  observations,  cela  semble  conduire  à  con- 
clure que  leur  somme  d'intensité  est  négligeable  par  rapport  à  celle  des 
rayons  utiles. 

Telle  est  du  moins  l'opinion  que  je  m'étais  faîte  et  que  j'ai  conservée 
jusqu'au  jour  où  une  observation  remarquable  est  venue  changer  ma  ma- 
nière de  voir. 

C'était  en  1860.  Je  venais  de  terminer  un  télescope  de  0",33  de  dia- 
mètre et  j'avais  la  certitude  que  toute  la  surface  du  miroir  contribuait  effi- 
cacement à  la  formation  du  foyer  optique.  En  même  temps  on  venait 
d'achever  dans  la  maison  Secretan  une  lunette  achromatique  de  même  dimen- 
sion que  Ton  destinait  à  l'Observatoire  et  qui,  soumise  à  mes  procédés 
d'examen,  laissait  entrevoir  quelques  défauts  dans  la  figure  des  surfaces. 
En  outre,  comme  dans  toute  lunette  de  grande  dimension,  l'achromatisme 
était  loin  de  faire  disparaître  toute  dispersion  sensible.  J'avais  donc  deux 


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raisons  de  penser  que,  pour  l'eflFet  optique,  le  télescope  remporterait  fran- 
chement sur  la  lunette,  et  que  l'occasion  serait  toute  favorable  aux  instru- 
ments à  réflexion.  Mais,  contrairement  à  mes  prévisions,  je  dus  reconnaître 
que,  sous  certain  rapport,  la  lunette  se  montrait  manifestement  supérieure 
au  télescope.  A  quoi  pouvait  tenir  cette  différence  qui  depuis  s'est  confirmée 
en  mainte  circonstance?  Elle  tenait  précisément  à  Tinfluence  du  spectre 
secondaire  qui,  par  défaut  d'achromatisme,  intervenait  dans  la  formation 
des  images  au  foyer  de  la  lunette.  Le  télescope,  au  contraire,  était  trop 
parfaitement  achromatique,  et  c'est  de  là  seulement  que  provenait  son  infé- 
riorité relative. 

Pour  concevoir  comment  un  défaut  d'achromatisme  peut  être  favorable 
à  la  sensibilité  de  certains  détails,  il  faut  d'abord  bien  distinguer  deux 
sortes  de  détails  :  1*  ceux  qui  échappent  à  la  vue  par  leur  petitesse  angu- 
laire ;  2*  ceux  qui  sont  difficiles  à  percevoir  par  défaut  de  contraste.  Quand 
il  s'agit  de  distinguer  l'un  de  l'autre  deux  points  dont  la  distance  sous- 
tend  un  angle  d'une  petitesse  déterminée,  ce  qu'il  faut  à  l'instrument  c'est 
une  perfection  optique  absolue,  et  dans  ce  cas  un  télescope  parfait  vaudra 
toujours  mieux  qu'une  lunette  de  même  ouverture.  Tel  est  le  cas  où  il  s'agit 
de  séparer  des  étoiles  doubles.  Mais  quand  on  veut  arriver  à  saisir  des 
différences  de  nuance  ou  d'éclat  dans  des  parties  contiguês  d'un  objet  dont 
la  visibilité  ne  dépend  plus  des  dimensions  angulaires,  il  peut  arriver  et  il 
arrive  ordinairement  que  la  lunette  convienne  précisément  à  cause  de  l'im- 
perfection de  l'achromatisme;-  l'explication  ne  relève  plus  alors  des  seuls 
principes  de  l'optique,  mais  bien  des  propriétés  physiologiques  des  organes 
de  la  vision. 

On  démontre  que  l'œil  n'est  guère  sensible  à  une  différence  d'intensité 
inférieure  au  -/^  de  l'éclat  d'un  objet  observé.  Si  des  ombres  sont  projetées 
sur  un  écran  et  que  ces  ombres  correspondent  à  une  diminution  de  lumière 
moindre  que  -,^^ ,  ces  ombres  pourront  passer  inaperçues.  Mais  si,  quoique 
très-faibles,  ces  ombres  ont  une  nuance  propre  et  différente  de  celle  du 
reste  de  l'écran,  elles  pourraient  devenir  visibles  quoique  différant  très-peu 
du  fond  en  intensité  absolue.  Tel  est  le  principe  qui  donne  l'avantage  aux 
lunettes,  par  suite  du  défaut  d'achromatisme. 


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—  300  — 

En  effet,  supposons  qu'avec  une  mire  très-déliée  on  ait  tracé  sur  un 
tableau  blanc  des  bandes  d'un  gris  très-faiblement  perceptibles.  En  plaçant 
cet  objet  au  loin  et  en  l'observant  avec  un  télescope,  on  aura  une  image 
dans  laquelle  les  bandes  se  juxtaposent  en  gardant  leurs  rapports  d'inten- 
sité réelle.  Mais  qu'on  fasse  l'observation  avec  une  lunette  achromatisée  par 
les  procédés  ordinaires,  et  on  reconnaîtra,  par  une  discussion  attentive,  que 
dans  les  images  contiguês  de  deux  bandes  d'intensités  différentes  il  y  a  un 
contraste  qui  provient  non-seulement  des  différences  d'intensité,  mais  qui 
s'exalte  encore  par  l'opposition  des  teintes  propres  du  spectre  secondaire. 
Si  une  bande  claire  est  placée  auprès  d'une  bande  sombre,  non-seulement 
cette  bande  conservera  dans  l'image  un  excès  d'intensité,  mais  de  plus  elle 
prendra  une  couleur  jaunâtre  qui  tranchera  avec  la  teinte  violacée  de  la 
bande  juxtaposée  qui,  dans  la  nature,  ne  diffère  que  par  un  moindre 
éclat. 

Ce  résultat  est  surtout  sensible  quand  on  observe  les  bandes  de  Jupiter. 
Pour  peu  que  l'on  emploie  un  grossissement  de  trois  ou  quatre  cents,  ces 
bandes  ont  assez  de  largeur  pour  que  leur  invisibilité  ne  dépende  plus  de 
leurs  dimensions  angulaires.  Mais  assurément  elle  dépend  encore  du  plus 
ou  moins  de  différence  d'intensité  de  ces  bandes  et  du  corps  de  la  planète. 
Or  il  m'a  toujours  semblé  que,  vues  dans  une  lunette  même  médiocre,  les 
bandes  de  Jupiter  paraissent  plus  fortement  accusées  que  dans  le  meilleur 
télescope  à  réflexion.  C'est  que  le  télescope  les  montre  telles  qu'elles  sont, 
tandis  que  la  lunette  les  colore  en  bleu  en  même  temps  qu'elle  jette  une 
teinte  jaunâtre  sur  la  planète  même. 


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NOUVEAU 
POLARISEUR  EN    SPATH    D'ISLANDE 

EXPÉRIENCE    DB   FLUORESCENCE^ 
(Académie  des  Sciences,  17  août  1857.) 


Quand  on  se  propose  de  polariser  d'une  manière  complète  un  faisceau 
de  lumière  blanche,  le  meilleur  moyen  connu  est  de  recourir  à  l'usage  du 
prisme  de  Nicol;  cependatat,  dès  qu'on  cherche  à  opérer  sur  un  faisceau 
d'un  certain  volume,  de  0",0i  à  0",05  de  diamètre  par  exemple,  le  prisme 
de  Nicol  devient  dispendieux  et  difficile  à  se  procurer  en  raison  de  la  rareté 
des  beaux  échantillons  de  spath. 

La  coupe  adoptée  pour  la  construction  du  prisme  de  Nicol  entraîne 
nécessairement  une  assez  grande  dépense  de  matière.  Pour  que  le  prisme 
soit  entier,  il  faut  qu'il  soit  pris  dans  un  canon  de  spath  dont  les  arêtes 
longitudinales  égalent  au  moins  trois  fois  l'un  des  côtés  égaux  qui  termi- 
nent les  bases.  On  coupe  alors  la  pièce  d'angle  en  angle  obtus  par  un  plan 
incliné  à  88  degrés  sur  le  plan  des  bases  et  perpendiculaire  au  plan  de 
leurs  petites  diagonales.  On  polit  les  deux  faces  ainsi  obtenues,  et  on  les 
recolle  au  moyen  de  baume  de  Canada. 

Quand  on  dirige  un  parallélipipède  ainsi  préparé  sur  un  fond  unifor- 

4 .  Voir  Comptes  rendus  de  l'Acad,  des  Se,  t.  XLV,  p.  238.  Une  note  sur  cette  question  a 
également  été  présentée  à  la  Société  phtlomalhique  le  26  juillet  4857.  Voir  le  journal  nnsUlut  et 
Procès-Verbaux  de  la  Soc.  phiL,  4857,  p.  404. 


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—  302  — 

mément  éclairé  et  qu'on  regarde  à  travers  la  pièce  suivant  Taxe  de  figure, 
on  voit  se  dessiner  un  champ  de  polarisation  compris  entre  deux  bandes 
courbes,  l'une  rouge  et  l'autre  bleue,  qui  répondent  aux  directions  limites 
suivant  lesquelles  se  transmettent  le  rayon  ordinaire  et  le  rayon  extraordi- 
naire. Ces  bandes  comprennent  un  espace  angulaire  de  22  degrés,  ce  qui 
fait  du  prisme  de  Nicol  un  analyseur  applicable  dans  toutes  les  circonstances 
où  l'inclinaison  des  rayons  que  l'on  veut  observer  simultanément  ne  dépasse 
pas  les  22  degrés. 

Mais  cette  étendue  angulaire  du  champ  de  polarisation  que  Ton 
recherche  dans  le  prisme  de  Nicol,  considéré  comme  analyseur,  ne  présente 
plus  le  môme  intérêt  quand  l'appareil  doit  jouer  simplement  le  rôle  de  po- 
lariseur;  car  alors  l'action  qu'il  s'agit  de  produire  ne  porte  en  général 
que  sur  un  faisceau  de  lumière  à  peu  près  parallèle.  En  sorte  qu'il  y  aurait 
avantage  en  pareille  circonstance  à  augmenter  l'étendue  des  dimensions 
transversales  du  prisme,  lors  môme  qu'il  en  résulterait  une  certaine  réduc- 
tion dans  rétendue  du  champ  angulaire  de  polarisation. 

En  réfléchissant  aux  données  delà  question,  j'ai  en  eflfet  reconnu  qu'on 
peut  modifier  dans  sa  coupe  le  prisme  de  Nicol,  de  manière  à  en  diminuer 
considérablement  la  longueur  sans  nuire  aux  effets  qu'il  peut  produire  en 
qualité  de  polariseur. 

Je  prends  donc  un  parallélipipède  de  spath  dont  les  arêtes  longitudi- 
nales égalent  seulement  les  5/i  de  Tun  des  côtés  des  bases;  je  fais  passer 
d'angle  en  angle  obtus  une  section  inclinée  à  54*  1/2  sur  le  plan  des  bases, 
et  les  nouvelles  faces  étant  polies,  je  remets  les  deux  morceaux  dans  leur 
position  naturelle  sans  les  coller  et  en  ayant  soin  de  réserver  entre  les  nou- 
velles faces  un  peu  d'espace  où  l'air  persiste  et  qui,  sous  Tincidence  conve- 
nable, détermine  la  réflexion  totale  du  rayon  ordinaire. 

En  regardant  au  travers  d'un  rhombe  coupé  de  la  sorte  et  monté  d'ail- 
leurs comme  un  prisme  de  Nicol,  on  retrouve  encore  l'existence  d'un  champ 
angulaire  de  polarisation;  mais  l'indice  de  réfraction  de  l'air  étant  considé- 
rablement inférieur  à  ceux  des  deux  rayons  que  propage  le  spath,  la  pola- 
risation complète  n'a  lieu  que  dans  une  étendue  d'environ  8  degrés,  et  le 
champ  qu'elle  occupe  est  compris  entre  deux  bandes  rouges. 


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—  303  — 

La  nouvelle  combinaison  ne  satisfait  donc  pas  aux  conditions  néces- 
saires pour  former  un  bon  analyseur;  mais  quand  il  s'agit  de  polariser 
simplement  un  faisceau  de  lumière  solaire  dont  les  rayons  extrêmes  ne  sont 
inclinés  entre  eux  que  d*un  demi-degré,  le  prisme  à  lame  d'air  avec  ses 
8  degrés  de  champ  suffit  et  au  delà  à  polariser  tous  les  éléments  d'un 
pareil  faisceau.  Cette  espèce  de  polariseur  est  même,  sous  quelque  rapport, 
préférable  au  prisme  de  Nicol,  attendu  que  la  réflexion  du  rayon  ordinaire 
ayant  lieu  sous  une  incidence  qui  le  renvoie  presque  normalement  à  l'in- 
tersection de  deux  faces  latérales,  ce  rayon  n'a  aucune  tendance  à  se  réflé- 
chir de  nouveau,  pour  ensuite  sortir  par  la  base  et  se  mêler,  comme  dans 
le  prisme  de  Nicol,  au  rayon  extraordinaire.  Aussi,  quand  la  matière  du 
spath  est  bien  pure  et  qu'elle  n'est  traversée  ni  par  des  plans  de  clivage, 
ni  par  des  lames  hémi tropiques,  l'extinction  se  produit-elle  par  un  analy- 
seur d'une  manière  complète  sur  toute  l'étendue  de  faisceau  transmis.  Il  est 
à  croire  que,  dans  les  circonstances  où  le  prisme  de  Nicol  était  employé 
comme  polariseur,  la  nouvelle  coupe  sera  préférée,  puisqu'elle  produit 
un  effet  plus  complet,  tout  en  épargnant  près  des  deux  tiers  de  la  masse 
du  spath. 

Ces  essais  ayant  attiré  mon  attention  sur  toutes  les  particularités  qu'on 
observe  dans  le  prisme  de  Nicol,  j'ai  été  frappé  de  trouver  les  teintes  in- 
terverties dans  la  bande  de  réflexion  totale  qui  correspond  à  la  direction 
limite  de  transmissibilité  du  rayon  extraordinaire.  Cette  interversion  pro- 
vient assurément  de  ce  que,  malgré  la  faible  difl'érence  des  indices  moyens 
de  réfraction,  le  pouvoir  dispersif  du  baume  de  Canada  est  plus  grand  que 
celui  du  spath  pour  la  direction  limite  du  rayon  extraordinaire.  Il  suit  de 
là  que  les  indices  relatifs  des  divers  rayons  simples  vont  en  augmentant  du 
violet  au  rouge,  ce  qui  explique  pourquoi  ces  différents  rayons  sont  réflé- 
chis totalement  dans  l'ordre  inverse  de  leurs  réfrangibilités  absolues. 

On  peut  mettre  à  profit  cette  remarque  pour  se  procurer,  au  moyen  du 
prisme  de  Nicol,  un  faisceau  exclusivement  formé  des  radiations  les  plus 
réfrangibles  contenue^  dans  la  lumière  solaire.  Pour  cela,  il  suffit  de  placer 
le  prisme  sur  le  trajet  des  faisceaux  lumineux  et  de  l'incliner  progressive- 
ment dans  le  sens  où  se  produit  l'extinction  complète;  on  voit  alors  le 


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—  304  — 

faisceau  transmis  passer  au  bleu,  puis  au  violet,  et  enfin  se  réduire  à  un 
rayonnement  presque  invisible,  mais  éminemment  propre  à  développer 
avec  intensité  les  phénomènes  de  fluorescence  découverts  par  M.  Stokes. 

Le  sulfate  de  quinine,  le  verre  d'urane  et  certains  diamants  plongés 
dans  ce  faisceau  prennent  aussitôt  un  très-vif  éclat  ^ 

4.  Deux  erreurs  portant  sur  des  valeurs  numériques  d'angles  et  qui  existent  dans  les  C.  R,  de 
VAc,  des  SCj  ont  été  rectifiées  d*après  une  note  manuscrite  de  L.  Foucault. 


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ÉLECTRICITÉ 


SUR 
UN   MOYEN   DE    TRANSMETTRE    L'HEURE    A    DISTANCE 

AVEC      LE     DE6EB      DB     PEBGISION 

NÉCESSAIRE  AUX  USAGES  ASTRONOMIQUES  ^ 
(Académie  des  Sciences,  13  septembre  1847.) 


Du  moment  où  Ton  vit  fonctionner  un  télégraphe  électrique  on  dut 
comprendre  combien  il  serait  facile  de  transmettre  Theure  dans  les  diffé- 
rents quartiers  d'une  ville,  sur  des  cadrans  qui  dépendraient  tous  d'une 
horloge  type.  MM.  Steinheil,  Al.  Bain,  et  dans  ces  derniers  temps  M.  Paul 
Garnier,  on  ont  donné  la  démonstration  matérielle  et  complète. 

Mais,  suivant  les  indications  de  M.  Paye,  si  l'on  pense  à  recourir  à 
quelque  moyen  analogue  pour  reproduire  dans  les  différentes  parties  d'un 
observatoire  la  marche  d'une  pendule  type,  il  faudra  que  cette  transmission 
s'exécute  avec  une  régularité  à  laquelle  on  n'a  pas  songé  jusqu'à  présent 
et  dont  les  constructeurs  n'avaient  pas  à  se  préoccuper  pour  l'établissement 
des  appareils  télégraphiques  ordinaires.  Ce  n'est  pas  que  l'on  tienne,  dans 
le  cas  qui  nous  occupe,  à  l'instantanéité  de  la  transmission;  mais  il  faut 

4.  Un  extrait  de  ce  mémoire  a  éié  publié  dans  les  C.  R.  de  l'Ac.  des  Se,  t.  XXV,    p.  380    et 
t.  LVI,  p.  645.  Voir  les  Mondes,  I,  p.  242. 

39 


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—  306  — 

que  sur  le  lieu  de  Tobservation  on  arrive  à  reproduire  le  battement  de  la 
pendule  type  avec  une  fidélité  parfaite.  Voici  comment  il  me  semble  pos- 
sible de  satisfaire  à  cette  condition  avec  un  degré  de  précision  qui  dépas- 
sera, je  l'espère,  la  portée  de  nos  sens. 

Je  supposerai  que  dans  la  pendule  principale,  construite  d*après  les 
principes  ordinaires,  il  existe   une  pièce  très-généralement  employée  et 
désignée  sous  le  nom  de  fourchette;  cette  pièce  qui  embrasse,  en  se  bifur- 
quant, la  tige  du  pendule,  oscille  avec  lui  autour  d'un  axe  horizontal  sur 
lequel  on   fera  arriver  le   courant  fourni  par  une  pile  à  effet  constant. 
Sur  cet  axe,  on  montera,  outre  les  pièces  qu'il  porte  déjà,  une  barrette  mé- 
tallique fixée  transversalement  par  son  milieu  et  portant  à  ses  extrémités 
deux  petits  boutons  en  platine.  Le  pendule  occupant  sa  position  d'équilibre, 
on  disposera  deux  ressorts  très-flexibles   isolés  l'un  de  l'autre,  dont  les 
extrémités,  garnies  en  platine,  se  prolongeront  jusqu'à  une  petite  distance 
des  boutons  qui  viendront  les  toucher  alternativement  aussitôt  que  le  pen- 
dule se  mettra  en  marche.  Les  choses  étant  ainsi  disposées,  il  est  facile  de 
maintenir  chacun  de  ces  ressorts  en  communication  permanente  avec  un 
fil  métallique  spécial,  et  de  prolonger  ces  deux  fils  jusqu'à  la  station  où 
l'on  veut  transmettre  le  battement  de  la  seconde;  là  ces  fils  animeront  deux 
électro-aimants  placés  en  regard  l'un  de  l'autre,  et  en  les  quittant,  Félec- 
tricité  fera  sa  rentrée  dans  Fappareil  électro-moteur  au  moyen  d'un  fil 
unique. 

Ainsi,  pour  définir  nettement  le  trajet  du  fluide,  je  prends  celui-ci  au 
sortir  de  la  pile  :  il  suit  une  voie  simple  jusqu'à  la  pendule,  mais  à  partir 
de  ce  point,  le  trajet  se  dédouble  et  c'est  la  pendule  qui  opère  la  distribu- 
tion et  qui  oblige  l'électricité  à  prendre  alternativement  l'une  etTautrevoie 
qui  lui  est  offerte  ;  le  trajet  reste  double  jusque  par  delà  des  électro- 
aimants,  puis  il  redevient  simple  et  mène  droit  à  la  pile. 

Les  électro-aimants  sont  donc  aimantés  chacun  à  son  tour  et  pen- 
dant la  durée  d'une  seconde.  Plaçons  entre  eux  une  pièce  de  fer  doux, 
mobile  autour  d'une  articulation  :  elle  sera  sollicitée  tantôt  d'un  côté, 
tantôt  de  l'autre,  et  en  limitant  sa  course  par  deux  obstacles,  on  Tobli- 
gera  à  produire  un   battement  périodique,  qui    sera  la  reproduction  et 


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'^ 


—  307  — 

en  quelque  sorte  le  retentissement  des  mouvements  exécutés  par  l'échap- 
pement de  la  pendule  régulateur. 

Ce  mécanisme,  facile  à  comprendre,  semble  à  première  vue  satisfaire  à 
toutes  les  données  du  problème.  La  distribution  de  Télectricité  s'effectuant 
par  des  contacts  en  métal  inoxydable  et  en  dehors  de  Téchappement,  se 
trouve  assurée  sans  compromettre  nullement  aucune  des  pièces  les  plus 
délicates  de  la  machine.  Les  ressorts  très-flexibles  dans  lesquels  le  courant 
s'engage  interviennent,  il  est  vrai,  avec  leur  élasticité  propre,  mais  on  sait 
que  ce  genre  d'action  n'est  nullement  nuisible  à  la  marche  d'un  pendule. 
On  peut  donc  être  certain  que  l'horloge  ainsi  modifiée  n'aura  pas  à  souf- 
frir du  concours  de  l'électricité.  Mais  il  est  encore  permis  de  douter  que 
le  battement  transmis  à  la  station  où  l'on  observe,  conserve  ce  rhythme  régu- 
lier et  tel  que  l'exige  l'oreille  exercée  des  astronomes.  La  moindre  pous- 
sière s'interposant  sur  le  pointde  contact,  la  moindre  efflorescence  survenue 
par  suite  de  la  rupture  réitérée  du  courant,  un  peu  d'inertie  dans  la  pièce 
soumise  à  l'action  des  aimants,  sont  autant  de  causes  de  trouble  contre 
lesquelles  peut-être  il  faudra  lutter.  L'expérience  seule  en  décidera;  dans 
tous  les  cas,  on  peut  proposer,  dès  à  présent,  un  système  plus  complet  que 
celui  qui  vient  d'être  décrit  et  qui  aurait  précisément  l'avantage  de  con- 
server dans  toute  sa  pureté  le  rhythme  si  connu  des  pendules  à  seconde. 
Conservons  le  circuit  tel  qu'il  vient  d'être  établi,  ainsi  que  le  mode  de  dis- 
tribution du  fluide  électrique;  conservons  également  les  deux  électro- 
aimants, mais  réduisons-les  à  de  très-petites  dimensions  et  plaçons-les  de 
chaque  côté  de  la  tige  d'un  pendule  appartenant  à  un  appareil  chronomé- 
trique  bien  réglé  et  installé  pour  servir  aux  observations;  au  niveau  des 
électro-aimants,  cette  tige  portera  une  traverse  en  fer  doux  sur  laquelle 
s'exercera  l'influence  magnétique.  Supposons  que  cette  seconde  pendule, 
bien  réglée  d'ailleurs,  soit  abandonnée  à  elle-même  ;  elle  subira  les  influences 
perturbatrices  signalées  par  M.  Faye,  et  en  supposant  que,  dans  le  principe, 
elle  ait  été  mise  d'accord  avec  l'horloge  type,  elle  s'en  écartera  peu  à  peu 
et  suivant  une  loi  inconnue;  mais  si,  au  contraire,  l'horloge  type  agit 
incessamment  par  le  moyen  des  électro-aimants,  elle  préviendra  tout  écart 
sensible  et,  en  définitive,  l'astronome  observateur  aura  près  de  lui  une 


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—  308  — 

pendule  donnant  la  seconde  comme  à  Tordinaire  et  assujettie  à  fournirune 
marche  régulière  à  cause  du  lien  électro-dynamique  qui  Tunit  à  une  autre 
pendule  placée  dans  des  conditions  meilleures.  Pour  assurer  la  prédomi- 
nance de  la  pendule  principale,  il  conviendra  d'affaiblir  la  force  motrice 
de  la  pendule  subordonnée  et  de  modifier  son  échappement  pour  le  rendre 
en  quelque  sorte  passif  et  l'empêcher  de  restituer,  comme  d'habitude,  an 
pendule  la  force  nécessaire  à  l'entretien  de  son  mouvement.  Il  suflBra  de 
changer  l'inclinaison  des  levées  pour  obtenir  ce  résultat.  Il  est  évident  que 
ce  projet  répond  du  moins  aux  objections  que  j'ai  moi-même  soulevées. 

Le  battement  de  la  seconde  sur  le  lieu  de  l'observation  ne  s'exécute 
plus  sous  l'influence  immédiate  de  l'électricité.  Il  pourra  donc  survenir  des 
irrégularités  dans  la  distribution  de  ce  fluide  sans  que  ces  irrégularité 
retentissent  sur  la  pendule  subordonnée.  Il  pourrait  même  arriver  que,  pen- 
dant une  ou  plusieurs  secondes,  le  courant  fût  complètement  intercepté 
sans  qu'il  en  résultât  aucun  désaccord  appréciable  dans  la  marche  des  deux 
appareils  conjugués.  Il  est  évident  que  cette  disposition  aurait  l'avantage 
de  conserver,  en  l'améliorant,  l'appareil  chronométrique  qui  fonctionne 
d'habitude  à  côté  de  l'astronome  observateur;  maison  ne  peut  pas  se  dis- 
simuler que  de  très-petites  différences  persisteraient  encore  dans  la  marche 
des  deux  appareils  conjugués.  Quand  la  pendule  auxiliaire  tend  à  prendre 
sur  l'horloge  type  de  l'avance  ou  du  retard,  l'électricité  intervient  pour 
restreindre  considérablement  ces  écarts  sans  cependant  les  rendre  absolu- 
ment nuls.  Toutefois,  si  l'on  considère  qu'en  établissant  un  pareil  système 
le  constructeur  pourrait  faire  varier  à  son  gré  et  dans  des  limites  très- 
étendues  la  grandeur  de  la  force  magnétique  et  la  masse  du  pendule  auxi- 
liaire, on  entrevoit  qu'il  serait  possible  d'arriver  à  un  degré  de  précision 
qui,  suivant  toute  probabilité,  constituerait  un  véritable  progrès  dans  l'art 
de  mesurer  le  temps. 

Quant  à  l'intensité  qu'il  conviendra  de  donner  au  courant,  il  est  clair 
qu'elle  devra  être  excessivement  faible;  il  est  clair  que  les  électro-aimants 
devront  être  réduits  à  de  très-petites  dimensions,  puisqu'il  ne  s'agit  plus 
que  de  développer  la  petite  quantité  de  force  nécessaire  pour  entretenir  les 
vibrations  |d'un  pendule  ;  dès  lors  il  y  a  bien  moins  à  redouter  les  efflores- 


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—  309  — 

cences  qui  se  produisent  aux  contacts  par  suite  de  la  rupture  du  courant 
direct  et  du  développement  du  courant  induit.  L'électromoteur  n'ayant  à 
fournir  qu'un  courant  trës-faible,  pourra  sans  difficulté  agir  pendant  un 
laps  de  temps  fort  long  et  avec  une  constance  que  favoriserait  encore  la 
température  uniforme  des  caves  si  l'on  jugeait  convenable  de  l'y  placer.  Il 
est  possible  que  la  pile  de  Young  ou  celle  de  Munch,  plongée  tout  simple- 
ment dans  l'eau  ordinaire  ou  très-faiblement  salée,  suffise  à  produire,  pen- 
dant des  mois  ou  des  années,  la  quantité  d'électricité  nécessaire  ;  je  n'ai 
pas  encore  fait  d'expérience  à  ce  sujet. 

Tel  est  le  projet  que  je  désirais,  sur  l'invitation  de  M.  Paye,  soumettre 
à  l'Académie;  s'il  a  pour  lui  quelques  chances  de  réussir,  c'est  surtout 
parce  qu'il  se  fonde  sur  des  dispositions  qui  n'altèrent  en  rien  la  composi- 
tion de  ces  mécanismes  admirables  qui  fonctionnent  déjà  d'une  manière  si 
remarquable. 

J'aurais  désiré  bien  vivement  donner,  comme  dans  une  autre  occasion, 
la  démonstration  matérielle  de  ma  pensée;  mais  des  essais  de  ce  genre, 
l'Académie  le  comprendra,  nécessiteraient  des  frais  auxquels  je  regrette  de 
ne  pouvoir  subvenir. 


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DISTRIBUTEUR  POUR  HORLOGE  ÉLECTRIQUE' 

(Société  Philooiathique.) 


Oïl  a  souvent  à  distribuer,  au  moyen  d'une  horloge  à  rouages,  un  cou- 
rant intermittent  dans  un  circuit  pour  transmettre  à  distance  un  mouve- 
ment en  concordance  avec  celui  du  pendule  lui-même.  C'est  ainsi  qu'au 
moyen  d'une  pendule  centrale  on  arrive  à  donner  l'heure  sur  des  cadrans 
disséminés  dans  toutes  les  directions.  Pour  l'usage  de  la  vie  civile  ce  genre 
d'application  n'a  pas  présenté  de  grandes  difficultés,  parce  que  les  horloges 
publiques  ne  sont  pas  tenues  de  marcher  avec  la  dernière  précision.  Mais, 
lorsqu'on  veut  plier  au  même  usage  les  instruments  plus  précis  connus  en 
horlogerie  sous  le  nom  de  régulateur,  on  reconnaît  que  la  distribution 
électrique  est  une  fonction  délicate  à  remplir  et  qui,  presque  toujours, 
altère  la  marche  des  appareils  chronométriques.  J'ai  cependant  réussi  à 
faire  battre  la  seconde  à  un  appareil  magnétique  puissant  au  moyen  d'an 
nouveau  distributeur  qui  n'a  pas  réagi  d'une  manière  fâcheuse  sur  l'horloge 
de  précision  employée  à  le  mouvoir. 

Ce  petit  mécanisme  consiste  essentiellement  en  deux  pièces  AB,  BC 


4 .  La  figure  qui  accompagne  cette  note  est  extraite  de  V Exposé  des  applications  de  l'Électricité, 
par  le  comte  Tb.  du  Moncel.  D'après  des  renseignements  particuliers  fournis  par  M.  du  Moncel,  cette 
note  a  été  présentée  à  une  séance  de  la  Société  philomathique  (4858  ou  4  859)  :  nous  n'avons  pas 
pu  en  trouver  trace  dans  les  procès-verbaux  de  cette  Société. 


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-.  311  — 

(fig.  8),  articulées  ensemble  et  figarant  une  ligne  brisée  ABC.  Des 
deux  extrémités  du  système,  la  supérieure  s'appuie  sur  un  point  flxe  et  s'y 
rattache  par  une  partie  amincie;  l'inférieure,  terminée  en  pointe,  repose  au 
fond  d'une  agate  D,  creusée  d'une  cavité  conique  et  portée  sur  un  ressort 
très-faible  DE  qui  tend  à  la  soulever.  Quant  à  la  brisure  articulée,  elle  est 
reliée  au  pendule  lui-même  et  participe  à  son  mouvement  oscillatoire  au 
moyen  d'une  mince  barrette  horizontale  BG.  Ce  mouvement  communiqué 
fait  saillir  alternativement  la  brisure  d'un  côté  et  de  l'autre,  en  rectifiant 


Kg.  8. 


dans  l'intervalle  le  système  au  moment  précis  où  le  pendule  passe  par 
la  verticale;  il  en  résulte  que  l'agate,  toujours  pressée  contre  la  pointe  qui 
s'y  trouve  engagée,  s'élève  et  s'abaisse  une  fois  par  chaque  oscillation.  Dans 
ce  mouvement,  elle  rencontre  une  pointe  de  platine  H,  et  comme  elle  est  aussi 
doublée  du  même  métal,  ce  contact  ferme  le  circuit  dans  lequel  on  veut 
distribuer  le  courant. 

11  importe  bien  de  remarquer  que  la  pression  qui  assure  ce  contact  est 
à  son  maximum  au  moment  où  le  pendule  passe  par  la  verticale,  c'est-à- 
dire  à  l'instant  précis  où  il  échappe  aux  actions  perturbatrices.  Le  pendule, 
à  toute  autre  phase  de  son  oscillation,  est  troublé  dans  son  isochronisme 
par  le  plus  léger  contact,  et  ce  contact  est  d'autant  plus   nuisible  qu'il  a 


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—  312  — 

lieu  à  une  époque  plus  rapprochée  de  celle  où  le  mobile  arrive  à  la  limite 
de  son  excursion.  Or,  puisqu'il  n'y  a  pas  de  distributeur  électrique  sans 
contact,  il  m'a  semblé  que  pour  l'établir  il  fallait  profiter  du  seul  instant  où 
le  raisonnement  lui  assigne  une  moindre  influence.  C'est  là,  en  effet,  ce  qui 
caractérise  le  nouveau  distributeur. 


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APPAREIL 

DKSTINé 

A  RENDRE  CONSTANTE  LA  LUMIÈRE 

ÉMANANT    D'UN    CHARBON 
PLACÉ  ENTRE   LES  DEUX  POLES  D'UNE   PILE». 

(Académie  des  Sciences,  15  janvier  1849.) 


Il  y  a  cinq  ans,  j*ai  présenté  à  rAcadémie,  en  commun  avec  M.  Donné, 
un  appareil  qui  permet  de  recourir  à  la  lumière  de  la  pile  pour  éclairer 
vivement  des  menus  objets,  et  pour  en  obtenir  sur  un  écran  une  image 
amplifiée,  comparable  à  celles  que  fournit  le  microscope  solaire  lui-même. 

Dans  cet  appareil,  assez  difficile  à  manier  et  à  conduire,  la  source 
lumineuse,  si  puissante  du  reste,  devait  être  l'objet  d'une  surveillance  con- 
tinuelle, et  elle  imposait  à  l'opérateur  une  préoccupation  nuisible  aux 
expériences  qui,  à  elles  seules,  réclamaient  tous  ses  soins.  Aujourd'hui 
mon  appareil  photo-électrique  a  reçu  un  complément  dont  je  ne  voudrais 
pas  m'exagérer  l'importance,  mais  qui  me  semble  susceptible  de  le  rendre 
utile  à  la  science. 

Les  pôles  de  charbon  qui,  autrefois,  devaient  être  incessamment  rap- 
prochés par  l'opérateur  lui-même,  s'avancent  maintenant  d'eux-mêmes  avec 
des  vitesses  qui  font  respectivement  équilibre  à  l'usure  inégale  de  chacun 

4.  Une  noie  sur  le  même  sujet  a  été  présentée  A  ia  Société  philomathique  le  20  janvier  4849.  Voir 
C.  R.  de  VAc.  des  Se,  t.  XXVIll,  p.  68  ;  Procès-verbaux  de  la  Soc.  phiL  4849,  p.  46. 

40 


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—  314  — 

d'eux;  en  sorte  que,  non-seulement  ils  se  maintiennent  spontanément  à  la 
petite  distance  la  plus  propre  à  exciter  une  vive  lumière,  mais  qu'en  outre 
le  point  radieux  qu'on  veut  utiliser  conserve  une  position  invariable  dans 
l'espace.  Pour  en  arriver  là,  j'ai  disposé  les  choses  de  la  manière  sui- 
vante : 

Les  deux  porte-charbons  sont  sollicités  l'un  vers  l'autre  par  des  res- 
sorts, mais  ils  ne  peuvent  aller  à  la  rencontre  l'un  de  Tautre  qu'en  faisant 
défiler  un  rouage  dont  le  dernier  mobile  est  placé  sous  la  domina- 
tion d'une  détente.  C'est  ici  qu'intervient  l'électro-magnétisme  :  le  courant 
qui  illumine  l'appareil  passe  à  travers  les  spires  d'un  électro-aimant  dont 
l'énergie  varie  avec  l'intensité  du  courant;  cet  électro-aimant  agit  sur  un 
fer  doux  sollicité  d'autre  part  à  s'en  éloigner  par  un  ressort  antagoniste. 
Sur  ce  fer  doux  mobile  est  montée  la  détente  qui  enraye  le  rouage  ou  le 
laisse  défiler  à  propos,  et  le  sens  du  mouvement  de  la  détente  est  tel, 
qu'elle  presse  sur  le  rouage  quand  le  courant  se  renforce,  et  qu'elle  le 
délivre  quand  le  courant  s'affaiblit.  Or,  comme  précisément  le  courant  se 
renforce  ou  s'affaiblit  quand  la  distance  interpolaire  diminue  ou  augmente, 
on  comprend  que  les  charbons  acquièrent  la  liberté  de  se  rapprocher  au 
moment  même  où  leur  distance  vient  à  s'accroître,  et  que  ce  rapproche- 
ment ne  peut  aller  jusqu'au  contact,  parce  que  l'aimantation  croissante 
qui  en  résulte  leur  oppose  bientôt  un  obstacle  insurmontable,  lequel  se 
lève  de  lui-même  aussitôt  que  la  distance  interpolaire  s'est  accrue  de 
nouveau. 

Le  rapprochement  des  charbons  est  donc  intermittent  ;  mais,  quand 
l'appareil  est  bien  réglé,  les  périodes  de  repos  et  d'avancement  se  succè- 
dent assez  rapidement  pour  qu'elles  équivalent  à  un  mouvement  de  pro- 
gression continu. 

Ce  résultat  étant  obtenu  depuis  onze  mois,  je  me  plaisais  à  grouper 
autour  de  mon  nouvel  appareil  les  expériences  d'optique  les  plus  brillantes 
et  les  plus  délicates. 

J'ai  été  interrompu  dans  ce  travail  par  la  nouvelle  qu'un  appareil 
analogue  venait  d'être  construit  en  Angleterre.  V Illustration  anglaise  contient, 
dans  son  numéro  du  18  novembre  18^8,  la  description  d'une  lampe   élec- 


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—  315  — 

trique  pour  laquelle  Tinventeur,  M.  W.   Edward  Staite,  a  pris  un  brewt. 

Je  n'ai  donc  pas  Tintention  de  contester  à  M.  Staite  le  mérite  d'une 
idée  qu'il  a  eue  en  même  temps  que  moi.  Mais  puisque  j'ai,  de  mon  côté, 
pleinement  réalisé  un  projet  que  je  poursuivais  depuis  nombre  d'années, 
oserai-je  demander  à  l'Académie  qu'une  commission  veuille  bien  se  trans- 
porter aussitôt  chez  moi  pour  constater  mes  résultats,  pour  prononcer  sur 
l'impossibilité  matérielle  qu'il  y  aurait  eu  pour  moi  d'improviser  en  si  peu 
de  temps  des  appareils  nombreux  et  confectionnés  pour  la  plupart  entière- 
ment de  ma  main.  C'est  le  seul  moyen  qui  mereste  pour  conserver  ma  juste 
part  d'une  invention  dont  je  me  réserve  de  faire  ressortir  ultérieurement 
l'utilité  dans  certaines  recherches  expérimentales. 

Si  la  commission  daigne  se  rendre  à  mon  laboratoire,  je  lui  soumettrai 
en  même  temps  une  nouvelle  disposition  de  la  pile  de  Bunsen,  qui  me 
permet  de  la  mettre  en  activité  et  la  replacer  au  repos  en  moins  de  cinq 
minutes.  Ainsi,  la  commission  se  convaincra,  je  l'espère,  que  je  suivais  une 
ligne  bien  déterminée  et  que,  dans  ces  conjonctures  si  fâcheuses  pour  moi, 
j'ai  été  victime  du  désir  de  ne  soumettre  à  l'Académie  qu'un  travail 
complet. 


A  la  suite  de  cette  communication,  une  commission  composée  de  MM.  Dumas  et 
Regnault  fut  nommée,  et  dans  la  séance  du  22  janvier  1849,  M.  Dumas,  rapporteur,  pré- 
sentait en  son  nom  le  rapport  suivant  que  nous  croyons  devoir  reproduire  *. 

«  Conformément  aux  ordres  de  l'Académie,  nous  nous  sommes  rendus,  à  Tissue  de 
la  séance  dernière  (15  janvier  1849),  dans  le  laboratoire  de  M.  Foucault,  pour  constater 
rétat  dans'  lequel  se  trouvaient  les  appareils  construits  par  ce  physicien  pour  rendre 
régulière  et  permanente  la  lumière  produite  par  la  pile  au  moyen  du  charbon. 

((  Nous  avons  trouvé  chez  M.  Foucault  des  piles  disposées  de  façon  qu'on  puisse,  en 
quelques  minutes,  les  mettre  en  activité  et  propres  à  être  mises  au  repos  dans  un  temps 
également  très-court. 

«  M.  Foucault  nous  a  présenté,  en  outre,  un  ancien  appareil  disposé  pour  obtenir 

1.  Voir  C.  R.  de  VAc.  des  Se,  t.  XXVIH,  p.  420. 


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le  rapprochement  des  charbons  par  l'action  même  de  la  pile  et  à  remploi  duquel  il  avait 
renoncé,  ainsi  qu'on  pouvait  facilement  le  constater  par  son  état  actuel. 

((  En  outre,  M.  Foucault  nous  a  soumis  un  second  appareil  plus  commode  et  plus 
exact,  destiné  à  produire  le  même  effet;  c'est  celui  auquel  il  s'est  arrêté. 

«  Cet  appareil  a  fonctionné  sous  nos  yeux  avec  un  succès  complet.  La  lumière  s'est 
montrée  permanente  et  égale,  autant  qu'on  peut  le  souhaiter  pour  des  expériences  dans 
lesquelles  la  lumière  électrique  peut  remplacer  celle  du  soleil. 

«  Ainsi,  sans  prétendre  en  rien  atténuer  les  droits  que  peut  avoir,  de  son  côté, 
M.  Staite,  qui  a  fait  connaître,  en  Angleterre,  l'appareil  pour  lequel  il  est  breveté  dans 
ce  pays,  nous  croyons  pouvoir  déclarer  à  l'Académie,  en  toute  sûreté  de  conscience,  que 
d'après  l'état  des  appareils  que  nous  avons  visités  chez  M.  Foucault,  que  d'après  les 
pièces  et  factures  d'artistes  qu'il  a  mises  entre  nos  mains,  enfin  que  d'après  le  témoi- 
gnage de  plusieurs  personnes  favorablement  connues  de  l'Académie,  les  procédés 
imaginés  par  M.  Foucault  l'ont  été  d'une  manière  originale  et  indépendante  de  ceux  qae 
M.  Staite  a  inventés  de  son  côté  dans  le  même  but.  » 

Le  k  juin  18(|9  l'appareil  était  soumis  à  l'Académie*  par  L.  Foucault,  qui  profitait 
de  la  circonstance  pour  remercier  M.  Froment,  qui  avait  construit  ce  régulateur,  de 
Taide  qu'il  lui  avait  apportée  par  son  talent  et  ses  connaissances  spéciales. 

4.  Voir  C.  R.  de  VAc,  des  Se,  t.  XXVIIl,  p.  698. 


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SUR   LES 
APPAREILS  FIXATEURS  DE  LA  LUMIÈRE  ÉLECTRIQUE' 

(1852.) 


On  commence  déjà  à  parler  de  réclairage  électrique,  et  les  personnes 
amies  du  progrès  se  plaisent  à  devancer  en  imagination  l'époque  où  Télec- 
tricitéy  se  substituant  au  gaz  carboné,  émanera  d'un  électromoteur  central 
et  circulera  dans  des  conducteurs  ramifiés  pour  alimenter,  de  distance  en 
distance,  des  foyers  de  lumière  blanche  et  vive. 

Si  jamais  cette  conception  se  réalise,  c'est  que  l'on  aura  beaucoup  per- 
fectionné ce  que  l'on  possède  actuellement  :  peut-être  aussi  faudra-t-il 
qu'on  invente  quelque  chose  de  nouveau  et  dont  nous  n'avons  encore  aucune 
idée.  Néanmoins,  comme  la  production  de  la  lumière  électrique  est  un  fait 
intéressant  en  lui-même  et  comme  son  usage  commence  à  se  répandre  dans 
les  fêtes  et  dans  les  théâtres,  il  est  convenable  de  donner,  comme  annexe 
à  l'article  Éclairage,  la  description  des  appareils  qui  servent  à  la  produire 
et  à  la'  diriger. 

La  première  expérience  de  lumière  électrique  est  due  à  Davy,  qui, 
ayant  fait  construire  la  grande  pile  de  la  Société  royale  de  Londres,  eut 
l'idée,  au  commencement  du  siècle,  d'en  armer  les  pôles  de  deux  cônes  de 
charbon  et  d'opérer  la  décharge  par  leurs  extrémités  ;  il  vit  aussitôt  jaillir 
une  lumière  d'un  éclat  supérieur  à  celui  de  toute  autre  lumière  artificielle 

4.  Extrait  de  Tarlicle  Éclairage  électrique  du  Dictionnaire  des  Arts  el  Manufactures. 


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9 

et  comparable  à  celui  du  soleil.  Persuadé  que  la  combustion  du  charbon 
n'était  pour  rien  dans  la  beauté  du  phénomène,  il  plaça  les  charbons  dans 
le  vide  et  il  obtint,  en  effet,  autant  de  lumière  tout  en  évitant  la  consomp- 
tion du  charbon  par  Foxygène  de  Tair.  Pour  rendre  ce  charbon  plus  con- 
ducteur, il  le  calcinait  à  haute  température  etl'éteignait  brusquement  dans 
le  mercure. 

Pendant  bien  des  années  Texpérience  fut  répétée  solennellement  dans 
les  cours  publics,  en  suivant  exactement  les  indications  de  Davy.  Elle  était 
nécessairement  de  courte  durée  :  les  piles  dont  on  usait  alors  ne  fournis- 
sant pas  un  courant  persistant,  et  puis  les  charbons  incandescents  déga- 
geaient d'abondantes  fumées  qui  en  peu  d'instants  obscurcissaient  la  paroi 
des  globes  destinés  à  les  contenir  dans  le  vide.  On  en  serait  sans  doute 
encore  au  même  point  si  la  pile  de  Grove,  modifiée  par  Bunsen,  ne  fût  venue 
mettre  aux  mains  des  physiciens  un  courant  fort  et  durable. 

La  pile  de  Bunsen  parut  en  1843,  et  de  ce  moment  un  physicien, 
M.  Léon  Foucault,  conçut  la  pensée  de  tirer  parti  de  la  lumière  électrique  et 
de  l'appliquer  au  microscope  solaire,  et  généralement  à  toutes  les  expé- 
riences d'optique  qui  nécessitaient  l'emploi  de  la  lumière  solaire. 

Au  mois  d'avril  18/14,  M.  Foucault  présenta  à  l'Académie  des  sciences, 
en  commun  avec  le  docteur  Donné,  un  appareil  appelé  microscope  photo- 
électrique, dont  les  résultats  firent  alors  quelque  sensation.  La  lumière 
était  blanche,  vive  et  d'un  éclat  assez  continu  pour  permettre  d'observer 
commodément  les  objets  microscopiques.  L'amélioration  de  la  source  lumi- 
neuse était  due  principalement  à  la  nature  et  à  la  forme  des  charbons  dont 
les  pôles  de  la  pile  étaient  armés.  Aux  cônes  de  charbon  de  bois  éteint 
dans  le  mercure,  M.  Foucault  avait  substitué  des  baguettes  prismatiques 
carrées  de  0"*^002  ou  O'^jOOS  de  côté,  taillées  par  le  lapidaire  dans  la  masse 
du  graphite  dur  et  peu  combustible  qui  se  dépose  à  la  longue  sur  les  parois 
des  cornues  où  l'on  distille  la  houille  pour  en  obtenir  le  gaz  d'éclairage.  En 
raison  de  sa  conductibilité,  de  sa  densité  et  de  sa  lente  combustibilité,  cette 
variété  de  carbone,  communément  appelée  charbon  de  ^a3>  est  jusqu'à  pré- 
sent supérieure  à  toute  autre  pour  le  dégagement  de  la  lumière  électrique. 
Quand  il  est  taillé  en  longues  baguettes  suffisamment  minces  et  d'une  égaie 


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section  dans  toute  leur  longueur,  le  charbon  de  gaz  permet  d'opérer  assez 
longtemps  à  l'air  libre,  et  la  lumière  qui  éclate  aux  extrémités  continue  de 
rayonner  sans  obstacle  dans  toutes  les  directions.  Telles  sont  les  conditions 
qui  ont  donné  à  la  lumière  électrique  l'aspect  qu'on  lui  connaît  aujourd'hui. 

En  opérant  au  contact  de  l'air  on  acceptait  l'inconvénient  de  l'usure 
progressive  et  inégale  des  charbons.  Aussi  l'appareil  était-il  pourvu  des 
organes  nécessaires  pour  opérer  le  rapprochement  à  la  main.  C'était  là  une 
Tonction  assujettissante  et  délicate  à  remplir;  il  était  important  d'en  affran- 
chir l'opérateur  et  de  rendre  l'appareil  capable  de  se  suffire  à  lui-même. 
Quelques  personnes  ont  cru  d'abord  que  ce  soin  pourrait  être  confié  à  un 
mécanisme  indépendant  chargé  d'opérer  ce  rapprochement  avec  une  vitesse 
uniforme  et  réglée  d'avance  sur  la  valeur  probable  de  l'usure  à  réparer; 
mais  bientôt  on  s'est  aperçu  que  ce  rapport  était  insaisissable  à  l'avance  et 
que  toujours  ce  mécanisme  auxiliaire  marchait  trop  lentement  ou  trop 
vite.  Ce  qu'il  fallait  c'était  un  organe  impressionnable  au.  changement  de 
distance  survenu  entre  les  charbons  polaires  et  capable  d'agir  à  propos 
pour  contenir  ses  variations  entre  deux  étroites  limites.  Après  deux  années 
d'un  travail  assidu,  M.  Foucault  a  donné,  en  janvier  18/i9,  l'appareil  sui- 
vant qui  résout  le  problème  d'une  manière  satisfaisante. 

Cet  appareil  étant  particulièrement  destiné  aux  expériences  d'optique, 
satisfait  en  outre  à  la  condition  de  conserver  immobile  dans  l'espace  le 
point  radieux  que  l'on  veut  utiliser,  en  sorte  que  non-seulement  les  char- 
bons se  maintiennent  spontanément  à  la  distance  la  plus  propre  à  exciter 
une  vive  lumière,  mais  qu'en  outre  ils  s'avancent  d'eux-mêmes  avec  des 
vitesses  qui  font  respectivement  équilibre  à  l'usure  inégale  de  chacun 
d'eux. 

L'appareil,  considéré  dans  son  ensemble,  est  partagé  en  deux  étages 
parle  plancher  N  N'  (fig.  9);  l'étage  supérieur  est  habituellement  enfermé 
dans  une  boite  dont  une  paroi  est  enlevée  pour  laisser  en  évidence  les 
organes  qu'il  faut  décrire.  L'étage  inférieur  est  à  jour  comme  on  le  voit 
dans  la  figure. 

Les  deux  charbons  A  et  A^  taillés  en  baguettes,  sont  montés  horizon- 
talement sur  le  prolongement  l'un  de  l'autre  et  portés  sur  deux  chariots  B 


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—  320 


et  B'  qui  roulent  dans  des  coulisses  destinées  à  les  empêcher  de  dévier. 
L'un  d'eux,  le  chariot  B,  est  affecté  au  pôle  positif  et  l'autre  B'  au  pôle  né- 
gatif; ils  sont  assujettis  par  construction  et  au  moyen  du  levier  L  à  se  mou- 
voir ensemble,  mais  avec  des  vitesses  différentes.  Leur  genre  de  solidarité 


Figure  9. 


donne  la  plus  grande  vitesse  au  chariot  B,  porteur  du  charbon  positif  dont 
la  combustion  est  la  plus  rapide.  En  marchant  l'un  vers  l'autre,  ils  cèdent 
à  l'impulsion  de  deux  ressorts  conducteurs  P  et  P',  mais  ils  sont  retenus 
par  un  système  de  fils  qui  les  relie  à  un  mouvement  d'horlogerie  R  dont  la 
roue  d'échappement,  battant  sur  un  arrêt,  oblige  le  tout  à  rester  au  repos. 
Quand  l'arrêt  est  supprimé,  le  rouage  défile  et  les  chariots  cheminent  avec 


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—  321  — 

leurs  vitesses  respectives.  Toute  la  difficulté  se  trouve  donc  ramenée  à  ceci: 
supprimer  ou  rétablir  l'arrêt  quand  la  distance  interpolaire  est  trop  grande 
ou  convenable.  Or  cette  fonction  délicate»  qui  demande  très-peu  de  force,  a 
été  confiée  à  l'électricité  elle-même.  Le  courant  qui  illumine  l'appareil  passe 
à  travers  les  spires  d'un  électro-aimant  E  dont  l'énergie  varie  avec  l'inten- 
sité du  courant;  cet  électro-aimant  attire  un  contact  reposant  sur  son  arête  0 
et  sollicité  d'autre  part  à  s'en  éloigner  par  un  ressort  antagoniste  G.  Sur 
ce  fer  doux  est  montée  la  détente  D  qui  enraye  le  rouage  et  le  laisse  défiler 
à  propos,  et  le  sens  du  mouvement  de  la  détente  est  tel  qu'elle  est  pressée 
sur  le  rouage  quand  le  courant  se  renforce  et  qu'elle  le  délivre  quand  le 
courant  s'affaiblit.  Or,  comme  précisément  le  courant  se  renforce  ou  s'affai- 
blit quand  la  distance  interpolaire  diminue  ou  augmente,  on  comprend  que 
les  charbons  acquièrent  la  propriété  de  se  rapprocher  au  moment  même 
où  leur  distance  vient  à  s'accroître  et  que  ce  rapprochement  ne  peut  aller 
jusqu'au  contact,  parce  que  l'aimantation  croissante  qui  en  résulte  leur 
oppose  bientôt  un  obstacle  insurmontable,  lequel  se  lève  de  lui-même  aus- 
sitôt que  la  distance  interpolaire  s'est  accrue  de  nouveau. 

Le  rapprochement  des  charbons  est  donc  intermittent  ;  mais,  quand 
l'appareil  est  bien  réglé,  les  périodes  de  repos  et  d'avancement  se  succèdent 
assez  rapidement  pour  qu'elles  équivalent  à  un  mouvement  de  progression 
continu. 

On  voit  de  plus,  figuré  en  M,  un  modérateur  du  courant,  formé  de  deux 
lames  de  platine,  disposées  parallèlement  à  la  di&tance  deO"',01  et  plongeant 
plus  ou  moins,  à  volonté,  dans  un  liquide  conducteur,  soit  une  dissolution 
de  sulfate  de  potasse. 

Tel  est  Tappareil  qui.  malgré  sa  forme  embarrassante,  a  répondu  le 
premier  aux  exigences  d'un  service  public.  Le  concours  des  précautions 
prises  pour  assurer  la  fixité  du  point  lumineux  témoigne  des  préoccupa- 
tions d'un  physicien  qui  ne  s'inquiétait  pas  encore  de  satisfaire  auxbesoins 
de  l'industrie.  Néanmoins  cet  appareil,  tel  quel,  fut  adopté  au  grand  Opéra 
national  et  employé  à  produire  des  effets  de  scène  qui  n'ont  jamais  manqué 
et  ont  été  goûtés  du  public. 

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APPAREIL 

RÉGULATEUR  DE  LA  LUMIÈRE  ÉLECTRIQUE 

A    RECUL   ET    A    DÉTENTE    ÉQUILIBRÉES 

(15  octobre  1863.) 


L'appareil  qui  fait  l'objet  de  ce  Mémoire  est  caractérisé  par  la  propriété 
de  maintenir  les  charbons  polaires  à  la  distance  voulue  en  opérant  auto- 
matiquement l'avance  ou  le  recul,  suivant  que  cette  distance  devient  acci- 
dentellement trop  grande  ou  trop  petite. 

Le  principe  de  l'appareil  consiste  à  placer  les  charbons  sous  l'action 
de  deux  rouages  respectivement  affectés  à  les  faire  mouvoir,  l'un  pour 
l'avance,  l'autre  pour  le  recul. 

Les  derniers  mobiles  de  ces  deux  rouages  ramenés  l'un  en  face  de  l'autre 
sont  mis  en  prise  avec  la  même  détente  d' électro-aimant  qui,  s'inclinanl 
d'un  côté  ou  de  l'autre,  laisse  déQler  l'un  ou  l'autre  rouage  et  qui  dans  la 
position  intermédiaire  les  tient  tous  deux  enrayés.  Mais  pour  faire  en  sorte 
que  ces  deux  rouages  mis  en  mouvement  par  deux  forces  distinctes  puis- 
sent agir  sans  conflit  sur  les  charbons  polaires,  on  est  conduit  à  recourir 
au  rouage  planétaire,  si  utile  en  pratique  pour  faire  la  somme  algébrique 
de  deux  mouvements  indépendants.  Les  deux  rouages  sont  donc  reliés  par 

4.  Mémoire  descriptif  à  Tappui  d'une  demande  de  brevet.  —  Voir  CollecUon  des  Brevels, 
n«  60460.  -^  Une  description  de  cet  appareil,  due  à  l'inventeur,  a  paru  dans  le  Diclioftnaire  des 
Sciences  théoriques,  et  appliquées  de  MM.  Privat-Deschanel  et  Focillon,  art.  Lumière  électrique. 


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un  système  h  roue  satellite  qui  les  fait  agir  isolément  et  dans  leurs  sens 
respectifs. 

Cette  combinaison,  qui  semble  résoudre  le  problème  du  recul,  exige 
pourtant  comme  complément  indispensable  que  l'on  apporte  une  modifica- 
tion à  la  détente  placée  sous  Faction  de  l'électro-aimant. 

L'armature  en  fer  doux,  disposée  comme  elle  Test  ordinairement  en 
regard  de  Télectro-aimant.  se  trouve,  à  l'égard  des  forces  qui  la  sollicitent 
dans  un  état  d'équilibre  instable,  obligée  de  se  précipiter  sur  l'un  ou 
l'autre  des  arrêts  qui  limitent  sa  course  sans  pouvoir  jamais  séjourner 
entre  eux.  Un  pareil  état  de  chose  aurait  amené  dans  Fappareil  à  recul 
une  perpétuelle  oscillation  résultant  du  fonctionnement  alternatif  des  deux 
rouages. 

Pour  éviter  cet  inconvénient  j'ai  eu  recours  au  réparlileurde  M.  Robert 
Houdin,  par  lequel  on  rend  plus  ou  moins  stable,  à  volonté,  l'équilibre  de 
l'armature.  Au  lieu  d'agir  directement  sur  celle-ci,  le  ressort  antagoniste 
s'applique  à  l'extrémité  d'une  pièce  articulée  en  un  point  fixe  et  dont  le 
bord,  façonné  suintant  une  courbe  particulière,  presse  en  roulant  sur  un 
prolongement  de  l'armature  qui  représente  ainsi  un  levier  de  longueur 
variable.  On  voit  alors  l'armature  rester  flottante  entre  ses  deux  arrêts; 
elle  oscille  et  sa  position  est  à  chaque  instant  l'expression  de  l'intensité  du 
courant  de  la  pile.  Tant  que  cette  intensité  conserve  la  valeur  voulue  et 
corrélative  de  la  distance  gardée  entre  les  charbons,  les  rouages  sont  main- 
tenus au  repos  tous  les  deux  et  ils  ne  se  mettent  l'un  ou  l'autre  en  marche 
qu'au  moment  où  le  courant  devient  ou  trop  fort  ou  trop  faible. 

Quand  un  appareil  est  alimenté  par  la  machine  magnéto-électrique,  il 
arrive  qu'une  grande  quantité  de  chaleur  se  développe  dans  l'électro- 
aimant.  Ce  phénomène,  qu'on  attribue  à  l'intensité  du  courant,  n'a  pas  lieu, 
comme  on  est  porté  à  le  croire,  dans  les  spires  mêmes  de  la  bobine ,  mais 
bien  dans  le  fer  doux  qui,  par  le  renversement  continuel  de  l'action  ma- 
gnétique, devient  le  siège  de  courants  d'induction  intenses. 

Dans  le  but  d'écarter  cette  complication  à  laquelle  ne  remédie  pas  l'aug- 
mentation de  diamètre  du  fil,  j'ai  décomposé  le  fer  doux  ainsi  que  l'arma- 
ture en  lames  plates  juxtaposées  et  isolées  par  des  feuilles  de  papier.  Par 


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—  324  — 

ce  moyen  les  courants  d'induction  sont,  en  grande  partie,  interrompus  et 
Ton  n*a  plus  réellement  à  compter  qu'avec  la  chaleur  dégagée  dans  les 
spires. 

Tels  sont  les  principes  qui  constituent  la  nouveauté  de  l'appareil  dont 
je  vais  maintenant  donner  une  description  détaillée  et  conforme  aux  pres- 
criptions de  la  loi. 

La  figure  4  (pi.  7)  donne  une  vue  d'ensemble  de  l'appareil  représenté 
à  une  échelle  réduite*. 

A  la  partie  supérieure  on  voit  les  deux  charbons  engagés  dans  des  mâ- 
choires qui  communiquent  métalliquement avec  la  pile;  au  milieu,  le  rouage 
à  deux  barillets  qu'on  remonte  en  b  et  b'  au  moment  de  mettre  l'appareil 
en  expérience  ;  et  plus  bas  l'électro-aimant  avec  l'armature,  le  ressort  an- 
tagoniste et  le  répartiteur. 

Les  figures  2  et  3  montrent  les  détails  du  rouage  et  la  relation  des 
diverses  parties  qui  concourent  à  la  double  fonction  de  l'avance  et  du 
recul. 

6  est  un  barillet  muni  de  son  ressort  intérieur  qui  commande  un 
premier  rouage  composé  des  mobiles  e,  rf,  e,  /",  g;  B'  est  un  autre  barillet 
qui  commande  un  second  rouage  composé  des  mobiles  d',  e^,  /^  et  /. 

Entre  ces  deux  rouages  courants  est  placé  le  rouage  planétaire  formé 
de  cinq  roues  montées  concentriquement  sur  le  môme  axe  et  d'une  double 
roue  satellite  dont  l'axe  est  porté  sur  l'un  des  rayons  d'une  des  cinq  pre- 
mières roues. 

En  considérant  la  figure  3,  on  voit  distinctement  la  disposition  du 
rouage  planétaire. 

La  roue  1,  figure  %  qui  a  le  plus  grand  diamètre,  est  indépendante  par 
rapport  aux  autres  ;  les  roues  2  et  &  sont  solidaires  entre  elles  ainsi  que 
les  roues  3  et  5.  De  plus,  la  roue  1  porte  sur  un  de  ses  rayons  la  roue  sa- 
tellite, mobile,  à  deux  dentures  dont  la  plus  petite  engrène  avec  la  roue  & 
et  la  plus  grande  avec  la  roue  5. 

4.  La  disposition  primitive  de  l'appareil  tel  que  Pavait  fait  construire  d'abord  L.  Foucault,  et  tel 
qu'il  l'a  décrit  dans  le  Dictionnaire  des  Sciences,  est  celle  qui  est  représentée  ci-dessus,  fig.  9,  p.  3t0  ; 
la  délente  s'y  applique  sans  difficulté  en  H;  c'est  sur  les  indications  de  M.  Duboscq  que  la  disposition 
du  support  et  des  charbons  a  été  adoptée  comme  moins  encombrante  et  plus  commode  dans  la  pratique* 


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—  325  — 

De  cette  disposition  il  résulte  que  le  système  3  et  5  étant  fixe,  la  roue  1, 
en  tournant,  communique  une  partie  de  son  mouvement  au  système  2  et  & 
et  Tentralne  dans  le  même  sens;  et  réciproquement,  il  en  résulte  aussi  que 
le  système  2  et  4  étant  fixe,  le  système  â  et  5  en  tournant  fait  mouvoir  la 
roue  1  en  sens  contraire. 

Or  il  faut  remarquer  que  la  roue  1  reçoit  le  mouvement  du  premier 
rouage  par  le  mobile  c  et  qu'elle  le  lui  rend  par  la  roue  2;  que  d'autre  part 
la  roue  â  engrène  directement  avec  le  barillet  6'  du  second  rouage.  Il  suffit 
donc  que  Tun  ou  l'autre  de  ces  rouages  défile  séparément  pour  que  la 
roue  1  se  mette  à  tourner  dans  un  sens  ou  dans  l'autre.  Comme  d'ailleurs 
cette  roue  1  est  en  relation  d'engrenage  avec  les  crémaillères  C  et  C,  il  en 
résulte  qu'elles  avancent  ou  reculent  suivant  que  la  détente  K  laisse  échap* 
per  l'un  des  deux  mobiles  ^  ou  /• 

On  voit  ainsi  comment  s'exerce  la  double  fonction  de  l'avance  et  du 
recul.  Mais  pour  que  les  deux  mouvements  se  produisent  dans  des  condi- 
tions de  forces  et  de  vitesses  à  peu  près  comparables,  il  convient  de  com- 
poser le  rouage  planétaire  de  manière  qu'il  fonctionne  symétriquement 
dans  les  deux  sens.  On  démontre  que  cette  condition  sera  remplie  pourvu 
que  les  quatre  dentures  qui  intéressent  directement  la  roue  satellite  soient 
nombrées  de  manière  que  les  roues  qui  engrènent  ensemble  fournissent 
respectivement  deux  rapports  dont  le  produit  soit  égal  à  2. 

Si,  par  exemple,  l'un  des  rapports  est  3/2  et  l'autre  4/3,  les  deux 
rouages  agiront  également,  et  la  puissance  du  recul  sera  donnée  par  la  dif- 
férence de  la  puissance  des  ressorts. 

6,  bouton  qui  sert  à  remonter  le  premier  rouage  aifecté  au  mouvement 
d'avance;  en  le  faisant  tourner,  on  entraîne  solidairement  le  barillet  B  et  les 
dentures  inégales  qui  agissent  sur  les  crémaillères  G  et  C^ 

Le  bouton  b  agit  spécialement  sur  la  denture  i,  qui  tourne  à  frottement 
dur  sur  l'arbre  du  barillet  et  permet  de  mouvoir  séparément  la  crémail- 
lère C;  cette  disposition  a  pour  objet  de  faire  monter  ou  descendre  à 
volonté  le  point  lumineux  qui  éclate  à  la  solution  de  continuité  des  charbons. 
b',  arbre  du  ressort  moteur  du  rouage  de  recul  ;  à  mesure  qu'on  le 
remonte,  un  cliquet,  figure  1,  maintient  le  ressort  armé. 


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—  326  — 

T,  bouton  de  serrage  pour  recevoir  un  des  pôles  de  la  pile. 

Figure  û,  perspective  du  dernier  mobile  du  rouage  d'avance;  les  quatre 
barrettes  taillées  en  biseau  sont  en  acier  trempé,  et  le  volant  est  en  ala- 
minium. 

Le  dernier  mobile  du  rouage  de  recul  est  exactement  semblable  et 
symétriquement  disposé. 

Entre  les  deux  mobiles  g^  ^ ,  figure  2,  est  placée  la  détente  K,  fixée 
transversalement  au  sommet  de  la  tige  S,  figure  1,  et  assez  large  pour  arrêter 
en  même  temps  Tun  et  l'autre  mobiles,  ou  Tun  des  deux  séparément.  Cette 
détente,  porlée  surTarmature  M,  figure  1,  de  Télectro-aimant,  est  main- 
tenue dans  un  équilibre  stable  par  le  répartiteur  à  bord  curviligne  R  qui 
donne  attache  au  ressort  à  boudin  et  s'appuie  en  roulant  sur  le  proIoDg^ 
ment  de  l'armature. 

V,  vis  de  tension  qui  règle  le  ressort. 

T',  bouton  de  serrage  qui  attend  le  second  pôle  de  la  pile. 

En  résumé,  ce  nouveau  régulateur  de  lumière  électrique  est  carac- 
térisé : 

1"  Par  l'emploi  de  la  roue  satellite  combinée  avec  deux  rouages  dis- 
tincts pour  produire  l'avance  et  le  recul  des  charbons; 

2^  Par  l'équilibre  stable  d'une  détente  à  trois  eOFets,  déterminant 
l'avance,  le  repos  ou  le  recul,  équilibre  obtenu  au  moyen  d'un  réparlitear 
à  bord  curviligne; 

3^  Par  l'emploi  d'un  électro-aimant  à  lames  multiples,  à  l'effet  de  com- 
battre la  chaleur  d'induction  des  machines  magnéto-électriques. 


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—  $27  — 


CERTIFICAT  D'ADDITION  AU  BREVET  DU  45  OCTOBRE  4863^ 

(4  novembre  i867.) 

Dans  le  système  de  régulateur  que  nous  avons  décrit  au  brevet,  la 
disposition  adoptée  et  indiquée  ne  pouvait  servir  que  pour  la  transmission 
d'une  seule  vitesse  toujours  la  même,  et  dans  la  pK  7  (fig  1  à  /i)  nous  avions 
indiqué  cette  transmission  pour  satisfaire  aux  conditions  exigées  par  Tac tion 
des  piles;  on  voit,  en  effet,  que  la  vitesse  de  la  crémaillère  C,  figure  1,  est 
forcément  double  de  celle  de  la  crémaillère  motrice  C. 

Il  est  certain  que,  par  une  autre  disposition,  nous  aurions  pu  avec  la 
même  facilité  transmettre  l'action  d'une  machine  électro-magnétique  ;  il 
aurait  suffi  pour  cela  de  disposer  la  transmission  de  telle  sorte  que  les  en- 
grenages fussent  de  diamètres  égaux  pour  que  la  vitesse  des  crémaillères 
fût  égale. 

Mais  il  est  évident  que  nous  ne  pourrions  pas,  avec  la  même  trans- 
mission, agir  indifféremment  par  une  source  d'électricité  différente,  c'est- 
à-dire  par  les  piles  ou  par  les  machines  magnéto-électriques. 

Cette  addition  a  justement  pour  objet  ce  perfectionnement,  et  nous 
pouvons  maintenant,  avec  la  plus  grande  facilité,  transformer  le  mode  de 
transmission  de  mouvement,  quelle  que  soit  l'origine  de  la  force,  pile  ou 
machine  magnéto-électrique. 

L'ancienne  disposition  se  voit  sur  la  figure  2,  et  la  figure  5  représente 
le  nouveau  système. 

Sur  wne  crémaillère  mobile  C,  pouvant  se  fixer  à  deux  positions  dis- 
tinctes, nous  avons  disposé  deux  engrenages,  l'un  m,  l'autre  n  plus  petit. 

En  faisant  varier  la  position  de  la  crémaillère  C,  par  un  moyen,  du 
reste,  quelconque,  et  assujettissant  cette  crémaillère  dans  la  position  que 

4 .  Loco  cit.,  p.  27. 


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—  328  — 

nous  lui  donnons  d'une  manière  stable,  nous  arrivons  à  mettre  en  prise  la 
roue  m  avec  le  mobile  p,  qui  est  une  roue  dentée  montée  sur  le  môme  arbre 
que  la  roue  dentée  q,  ou  bien  le  pignon  n  avec  la  roue  q. 

Dans  la  position  représentée  Ggure  5,  c'est  la  roue  m  qui  est  en  prise  avec 
le  mobile/},  et,  par  suite,  la  transmission  du  mouvement  qui  est  fourni  à  cette 
roue  dentée  m  se  transmet  à  la  crémaillère  G  par  Tintermédiaire  du  mo- 
bile py  de  la  roue  9  et  du  pignon  r. 

Par  suite  des  dimensions  adoptées,  la  vitesse  est  double,  sur  la  cré- 
maillère C,  de  celle  fournie  par  la  crémaillère  C\ 

Si,  au  contraire,  nous  inversons  la  position,  il  y  a  désembrayage  de  la 
roue  dentée  m,  et  embrayage  du  pignon  denté  n  avec  la  roue  q;  en  consé- 
quence, la  transmission  s'opère  indépendamment  du  mobile  q,  et  la  vitesse 
de  la  crémaillère  C  se  trouve  la  même  que  celle  de  la  crémaillère  C, 
condition  essentielle  et  qu'il  fallait  remplir. 


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NOUVELLE 

DISPOSITION  DE  LA  PILE  DE  BUNSEN* 

(Société  Philomathique,  12  mai  I8i9.) 


M.  Foucault  met  sous  les  yeux  de  la  Société  une  pile  de  Bunsen  dis- 
posée de  manière  à  rendre  le  service  plus  facile  et  plus  prompt. 

La  pile  est  partagée  en  séries  de  vingt  couples.  Dans  chaque  série,  les 
vases  poreux  sont  rendus  solidaires  et  fixes  par  des  demi-colliers  sur  un 
support  commun  en  bois. 

Les  parties  inférieure  et  supérieure  de  ces  vases  poreux  ont  été  imbibées 
de  cire  pour  les  rendre  aptes,  d'une  part,  à  conserver  sans  perte  une  couche 
liquide  de  1  centimètre  de  hauteur,  et  d'autre  part  pourempêcher  ce  liquide 
acide  de  monter  par  capillarité  jusque  vers  le  support. 

Tous  les  vases  poreux  communiquent  entre  eux  et  avec  le  réservoir 
commun  d'acide  sulfurique  par  des  siphons  qui  posent  sur  les  fonds  sans  le 
laisser  obstruer,  parce  que  leurs  extrémités  ont  été  taillées  obliquement  ou 
en  sifflet.  Entre  les  vases  poreux  on  a  fixé  sur  la  monture  en  bois  des  con- 
tacts-ressorts mis  en  communication  permanente  avec  l'élément  charbon 
par  des  conducteurs  en  plomb. 

Aux  zincs  cylindriques  généralement  employés  on  a  substitué  des  zincs 
plats  dont  la  monture  fendue  s'engage  dans  le  contact-ressort. 

Par  ce  moyen  tous  les  vases  poreux  peuvent  être  descendus  du  même 
coup  et  plongés  dans  l'acide  nitrique  au  centre  des  charbons,  et  si  l'on  sup- 

4.  Voir  Procès-verbaux  de  la  Sociélé  Philomalhique,  4  849,  p.  48;  V Institut,  n*»  803. 

42 


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—  330  ~ 

pose  tous  les  siphons  amorcés  à  Tavance,  rabaissement  du  niyeau  du  liquide 
dans  tous  les  vases  poreux  à  la  fois  déterminera  Tafflux  de  l'acide  étendu 
contenu  en  réserve  dans  le  réservoir,  et  en  peu  d'instants  la  pile  sera  prêle 
à  fonctionner.  La  manœuvre  opposée  suffit  pour  la  remettre  au  repos  et  pour 
faire  rétrograder  l'acide  vers  le  réservoir.  Dans  cette  attitude,  la  partie 
inférieure  et  cirée  des  vases  poreux  reste  engagée  dans  les  charbons  et  joue 
le  rôle  de  bouchon  en  prévenant  d'une  manière  certaine  l'évaporatlon  de 
l'acide  nitrique. 

L'amorcement  des  siphons  par  un  liquide  acide  n'est  pas  une  difficulté. 
Il  s'opère  par  insufflation  et  non  par  aspiration.  On  remplit  à  moitié  les 
vases  poreux  de  deux  en  deux,  puis  en  posant  sur  leur  bord  libre  un  obtu- 
rateur en  liège  évidé  pour  laisser  passer  les  siphons  et  traversé  au  centre 
d'un  tube  de  fort  diamètre,  on  délimite  entre  la  surface  du  liquide  et  l'ob- 
turateur lui-même  un  espace  à  peu  près  clos  dans  lequel  on  fait  naître,  en 
soufflant  rapidement,  un  excès  de  pression  qui  sollicite  l'ascension  du  liquide 
dans  les  deux  siphons  à  la  fois. 

Toutes  les  parties  qui  constituent  la  pile,  sauf  les  zincs,  devant  rester 
perpétuellement  en  présence,  on  a  assuré  l'inaltérabilité  des  colliers  atte- 
nant aux  vases  poreux  et  aux  charbons  en  les  recouvrant  d'une  épaisse 
couche  de  cire. 

Les  vis  elles-mêmes  qui  établissent  les  contacts  ont  été  mises  à  l'abri 
de  l'oxydation,  soit  parce  qu'elles  demeurent  sous  un  enduit  de  cire,  soil 
parce  qu'elles  sont  totalement  engagées  dans  la  masse  d'un  écrou  qui  les 
protège. 

L'inamovibilité  des  couples  a  encore  rendu  nécessaire  de  pratiquer  à 
travers  les  charbons  un  orifice  destiné  à  introduire  l'acide  nitrique.  Cette 
opération  se  fait  encore  pour  chaque  couple  isolément.  On  remédiera  plus 
tard  à  cet  inconvénient  qui,  du  reste,  est  minime,  car  le  liquide  où  baigne  le 
charbon  se  renouvelle  rarement  et  s'emploie  jusqu'à  épuisement  complet 
de  l'acide  nitrique. 


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SUR  LA 

CONDUCTIBILITÉ    PROPRE   DES  LIQUIDES 


PILES    SANS    MÉTAL  1. 
(Académie  des  Sciences,  17  octobre  1S53.) 


Après  avoir  découvert  la  loi  générale  des  décompositions  électroly- 
tiques,  M.  Faraday  fut  le  premier  à  déclarer  qu'elle  comportait  quelque 
restriction  dans  le  cas  où  les  liquides  seraient  capables  de  conduire  Télec- 
tricité  sans  subir  de  décomposition.  L'illustre  savant  anglais  a  même 
publié  plusieurs  faits  à  l'appui  de  cette  supposition.  Depuis  lors,  la  plupart 
des  physiciens  ont  soutenu  l'opinion  contraire;  ils  se  sont  accordés  à  dé- 
fendre la  loi  de  Faraday  contre  M.  Faraday  lui-même^  et  à  la  considérer 
comme  l'expression  rigoureuse  des  faits.  C'en  est  assez  pour  montrer  que 
la  question  n'a  pas  été  résolue;  en  effet,  on  ne  pourrait  encore  citer  aucune 
expérience  qui  prouve  d'une  manière  décisive  que  les  liquides  soient 
capables  de  transmettre  l'électricité  sans  être  décomposés;  rien  non  plus 
ne  démontre  qu'ils  ne  possèdent  pas  cette  faculté  à  un  faible  degré.  Les 
expériences  qui  ont  eu  pour  résultat  de  faire  passer  un  courant  à  travers 
un  liquide,  sans  produire  de  décomposition  sensible,  ne  sont  pas  con- 
cluantes, parce  qu'on  peut  toujours  supposer  que  le  produit  de  la  décompo- 

4.  Voir  C.  R.  de  VAc.  des  Se,  t.  XXXVII,  p.  bSO\BibL  universelle  de  Genève^  t.  XXIV  p.  263; 
Cosmos,  t.  III,  p.  652. 


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—  332  — 

sîlion  se  réduit  au  fur  et  à  mesure  qu'il  se  forme;  d'un  autre  côté,  les 
essais  qui  montrent  un  accord  parfait  entre  les  résultats  de  la  décomposi- 
tion et  la  quantité  d'électricité  transmise,  ne  prouvent  pas  non  plus  qu'en 
opérant  avec  un  courant  plus  faible,  on  n'eût  pas  réussi  à  le  faire  passer 
sans  décomposition.  La  comparaison  des  dépôts  obtenus  dans  divers  élec- 
trolytes  ne  me  paraît  donc  pas  susceptible  de  trancher  la  question. 

Le  dernier  travail  publié  à  ce  sujet  est  dû  à  M.  Buff,  Ce  savant,  après 
avoir  opéré  sur  des  courants  très-faibles  et  dont  l'action  futjmaintenue  con- 
stante pendant  plusieurs  jours  de  suite,  crut  devoir  conclure  que,  confor- 
mément à  la  loi  de  Faraday,  la  plus  petite  quantité  d'électricité  transmise 
décompose  son  équivalent  du  liquide  traversé. 

Quelques  soins  que  M.  BuiT  ait  apportés  à  ces  expériences,  je  n'ai  pu 
me  ranger  à  l'opinion  qu'il  exprime;  au  contraire,  en  vertu  de  certaines 
considérations  que  je  vais  énoncer,  j'ai  persisté  à  croire  avec  M.  Faraday 
que  les  liquides  possèdent  un  pouvoir  conducteur  propre  et  Indépendant  de 
toute  décomposition  chimique.  La  nécessité  d'admettre  l'existence  de  cette 
propriété  se  présente  d'une  manière  pressante  lorsqu'il  s'agit  de  ramener 
aux  principes  de  l'électrochimie  les  réactions  qui  s'opèrent  entre  les  liquides 
composés. 

En  effet,  si  le  produit  de^la  combinaison  directe  conserve  le  même  état 
physique,  les  électricités  dégagées  aupremier  instant  nepeuvent  se  neutra- 
liser quen  cheminant  à  travers  tous  milieux  liquides;  il  faut  donc,  ou  que 
la  réaction  s'arrête  sous  l'influence  contraire  des  tensions  électriques,  ou 
qu'un  courant  s'établisse  sans  entraîner  de  décomposition.  Comme  en 
réalité  la  réaction  se  poursuit  et  s'achève,  on  doit  en  conclure  ;  l''  que  les 
liquides  sont  conducteurs  à  la  manière  des  métaux;  2"  que  cette  conducti- 
bilité est  sans  doute  très-faible,  car  eu  égard  aux  épaisseurs  infiniment  petites 
où  elle  s'exerce,  il  suffit,  pour  lever  tonte  difficulté,  que  cette  conductibilité 
ne  soit  pas  rigoureusement  nulle. 

Ces  réflexions  ne  me  donnaient,  il  est  vrai,  aucune  idée  de  la  grandeur 
réelle  du  phénomène,  et  il  me  semblait  possible  qu'il  restât  à  jamais  inac- 
cessible à  l'observation  ;  néanmoins  j'imaginai  l'expérience  suivante  qui 
me  parut  susceptible  de  la  mettre  en  évidence. 


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—  333  — 

Que  l'on  prenne  deux  couples  zinc  et  platine  parraitement  identiques, 
qu'on  les  réunisse  pôle  à  pôle  et  qu'on  intercale  un  galvanomètre  entre 
deux  des  plaques  de  même  sorte,  il  est  clair  que  dans  toute  hypothèse  et 
par  raison  de  symétrie,  il  ne  doit  se  manifester  aucun  courant,  ni  dans  un 
sens  ni  dans  l'autre;  pour  ceux  qui  n'admettent  pas  la  conductibilité 
propre  du  liquide,  toute  action  est  suspendue;  dans  l'hypothèse  inverse, 
il  y  a  dans  chaque  couple  une  faible  action,  mais  comme  elles  sont  égales  de 
part  et  d'autre,  le  fil  conjonctif  du  galvanomètre  ne  doit  livrer  passage  à 
aucun  courant.  Ceci  admis,  bornons-nous  à  rapprocher  les  plaques  de  l'un 
des  couples;  dans  l'hypothèse  qui  écarte  la  conductibilité  du  liquide  rien 
n'est  changé;  dans  l'hypothèse  inverse  il  y  a  diminution  de  résistance  en 
faveur  de  l'autre  couple,  il  doit  l'emporter  sur  le  premier;  c'est  en  effet  ce 
qui  arrive. 

Cette  expérience  est  délicate  et  demande  beaucoup  de  soin;  mais  on 
peut  lui  donner  une  autre  forme  qui  en  facilite  le  succès  et  en  rend  les 
résultats  beaucoup  plus  apparents.  On  monte  une  pile  à  colonne,  formée 
de  disques  de  zinc  et  de  cuivre  alternativement  superposés,  et  tous  séparés 
les  uns  des  autres  par  une  rondelle  de  drap  imbibée  d'un  acide.  La  pile 
étant  terminée  à  ses  extrémités  par  deux  plaques  du  même  métal,  il  est 
clair  que  le  système  est  en  équilibre.  Cependant  pour  faire  circuler  le  cou- 
rant dans  un  sens  déterminé,  il  suffit  de  doubler  de  deux  en  deux  l'épais- 
seur des  rondelles  humides. 'Aussi tôt  le  courant  chemine  dans  le  même  sens 
que  si  les  rondelles  les  plus  minces  étaient  totalement  supprimées;  elles 
jouent  donc  bien  réellement  le  rôle  de  conducteurs  métalliques. 

Cette  dernière  expérience  se  présente  comme  un  corollaire  de  la  pré- 
cédente, mais  elle  offre  pour  la  démonstration  un  grand  avantage  en  ce 
qu'elle  permet  d'accroître  indéfiniment  la  tension  du  courant  et  d'amener 
tout  naturellement  la  compensation  des  accidents  qui  compliquent  le  phé- 
nomène principal  lors  de  l'apposition  des  deux  couples. 

La  démonstration  de  la  conductibilité  propre  des  liquides  mène  à  une 
autre  conséquence  non  moins  remarquable,  c'est  qu'on  peut  former  des 
piles  sans  métal  uniquement  composées  de  dissolutions  capables  d'agir 
chimiquement  sans  précipiter  les  unes  par  les  autres.  Non-seulement  on 


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^ 


—  334  — 

arrive  très-facilement  à  mettre  de  pareils  courants  en  évidence,  mais  encore 
je  démontre  que  toutes  les  fois  qu'on  superpose  régulièrement,  dans  le 
môme  ordre,  les  trois  liquides  conducteurs,  on  produit  un  courant  qui 
affecte  une  direction  déterminée.  Si  Ton  prend,  par  exemple,  Tacide  sulfu- 
rique,  la  potasse  et  l'eau  distillée,  on  obtient  un  courant  qui  assigne  à 
celle-ci  le  rôle  d'un  simple  conducteur  métallique. 

Mais  pour  que  l'expérience  fût  plus  démonstrative  encore,  je  tenais  à 
n'employer  que  deux  liquides  actifs  et  séparés  par  le  produit  de  leur  com- 
binaison, comme  la  potasse,  l'acide  sulfurique  et  le  sulfate  de  potasse  en 
dissolution  saturée.  Pour  cela  on  imbibe  de  ces  différents  liquides  des  rec- 
tangles de  toile  à  voile  qu'on  superpose  dans  un  ordre  constant,  de  manière 
à  former  une  pile  d'une  dizaine  d'éléments;  on  la  ferme  à  chaque  extré- 
mité par  une  épaisseur  d'eau  distillée  recouverte  d'une  lame  de  platine, 
et  l'on  trouve  au'galvanomètre  que  le  courant  chemine  de  l'acide  sulfurique 
à  la  potasse  immédiatement  en  contact,  à  l'inverse  de  ce  qui  arrive  lors- 
qu'on emploie  un  arc  conjonctif  en  platine.  C'est  qu'en  effet  le  milieu  con- 
jonctif  est  ici  la  couche  mince  de  sulfate  de  potasse  qui  se  forme  entre  l'acide 
et  l'alcali,  tandis  que  l'action  chimique  porte  sur  la  couche  épaisse;  là 
encore  c'est  la  couche  mince  qui  joue  le  rôle  de  conducteur  métallique. 

J'ai  môme  obtenu  un  courant  avec  une  seule  substance  avide  d'eau 
comme  le  chlorure  de  calcium  employé  à  trois  degrés  de  dilution  différents; 
l'action  chimique  qui  s'accomplit  dans  ces  circonstances  est  un  simple  phé- 
nomène d'hydratation,  cependant  le  courant  est  très-appréciable  et  chemine 
dans  un  sens  qui  semble  indiquer  que  l'eau  joue  le  rôle  de  base  à  l'égard 
du  chlorure. 

J'ai  encore  observé  le  courant  résultant  de  l'action  du  sulfate  de  cuivre 
sur  le  sulfate  de  potasse  en  n'employant  que  ces  deux  liquides  séparés  par 
le  résultat  de  leur  mélange  opéré  dans  le  môme  vase.  On  a  ainsi  l'avantage 
de  faire  agir  deux  liquides  très-composés  et  de  ne  pas  compliquer  l'expé- 
rience des  phénomènes  d'hydratation  qui  se  produisent  avec  un  alcali  et  un 
acide  libres.  Le  sulfate  de  potasse  joue  alors  naturellement  le  rôle  de  base, 
et  le  sulfate  double,  qui  s'ajoute  à  celui  de  la  couche  épaisse  interposée 
aux  deux  Uouides  actifs,  donne  un  courant  qui  poursuit  ensuite  son  chemin 


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—  335  — 

du  sulfate  de  cuivre  au  sulfate  de  potasse  à  travers  la  couche  mixte  résul- 
tant de  leur  mise  en  contact. 

Quand  on  emploie  pour  former  une  pile  trois  liquides  différents,  on  ne 
peut  plus  prévoir  dans  quel  sens  le  courant  doit  se  diriger,  attendu  que  Ton 
n'a  aucune  donnée  sur  les  valeurs  respectives  de  leurs  coefficients  de  con- 
ductibilité ;  mais  comme  il  est  infiniment  peu  probable  que  l'équilibre  se 
réalise,  il  doit  arriver,  et  il  arrive  effectivement,  qu'on  observe  un  courant 
résultant. 

Parmi  les  liquides  propres  à  former  des  piles  liquides,  il  faut  compter 
l'eau  distillée,  car  elle  agit  le  plus  souvent  comme  simple  conducteur  et 
parait,  en  conséquence,  posséder,  relativement  au  genre  de  conductibilité, 
un  coefficient  assez  fort. 

Eu  résumé,  je  démontre^  par  l'apposition  des  piles  à  métaux,  que  les 
liquides  employés  possèdent  une  conductibilité  propre,  et  qu'en  vertu  de 
cette  conductibilité,  on  peut  former  des  piles  sans  métal,  à  grand  nombre 
d'éléments,  avec  tous  les  liquides  conducteurs  qui  ne  précipitent  pas  les 
uns  par  les  autres. 

Il  me  semble  encore  résulter  de  ces  expériences  qu'on  ne  doit  tenir 
pour  vraie  la  loi  de  Faraday  sur  l'équivalent  électrique,  qu'à  la  condition  de 
négliger  les  écarts  insensibles  qui  proviennent  de  la  conductibilité  propre 
des  liquides;  qu'enfin  ces  derniers  sont  susceptibles  de  transmettre  simul- 
tanément deux  courants  en  sens  opposés,  l'un  par  voie  de  décomposition 
ou  de  conductibilité  chimique,  et  l'autre  par  décomposition  et  par  voie  de 
conductibilité  propre  ou  physique. 


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—  336 


SUR    LA 

CONDUCTIBILITÉ  PHYSIQUE   DES   LIQUIDES 

GOURANT   PARTIELLEMENT   TRANSMIS  PAR   l'eAU   SANS  DiCOMPOSITlON* 


J'ai  essayé  de  démontrer,  par  une  expérience  nouvelle,  que  les  liquides 
composés  possèdent  généralement  une  conductibilité  propre  ou  physique, 
indépendante  de  leur  conductibilité  électrolytique  ou  chimique  et  qui  leur 
permet  de  transmettre  certaine  quantité  d'électricité  sans  subir  de  décom- 
position. En  vertu  de  cette  conductibilité  physique,  un  couple  hydro-électrique 
ne  demeure  jamais  au  repos  absolu,  et  lors  même  que  les  piles  ne  commu- 
niquent pas  métalliquementle  circuit  se  ferme  par  le  liquide  lui-mêmequi 
joue  alors  le  rôle  d'un  conducteur  imparfait  non  décomposable.  Prenant, 
par  exemple,  pour  origine  du  courant  la  surface  du  métal  attaqué,  j'admets 
que  l'électricité  positive  suit  d'abord  sa  marche  ordinaire  à  travers  le 
liquide,  gagne  la  lame  négative  par  voie  électrolytique,  et  qu'au  lieu  d'y 
rester  accumulée  à  l'état  de  tension,  elle  revient  ensuite  au  métal  attaqué 
à  travers  le  liquide  en  opérant  ce  retour  par  voie  de  conductibilité  physique. 
Tout  en  s'effectuant  à  travers  le  même  liquide,  l'aller  et  le  retour  ne  s'opè- 
rent donc  pas  suivant  le  même  mode  de  conductibilité;  dans  un  sens  l'agent 
électrique  se  propage  par  voie  de  conductibilité  chimique  et  dans  l'autre 
par  voie  de  conductibilité  physique;  tout  en  franchissant  le  môme  milieu 
dans  deux  directions  opposées  il  ne  suit  pas  moléculairement  le  mômecbe- 
min.  Telle  est  la  notion  nouvelle  qu'il  importe  d'introduire  dans  la  science  si 
l'on  veut,  comme  je  l'ai  déjà  dit,  ramener  aux  principes  de  l'électrochimie 
les  réactions  qui  se  passent  entre  liquides  composés. 

Tout  élément  hydro-électrique  dont  les  pôles  sont  maintenus  séparés 

1.  Voir  DM,  urnverselle  de  Genève,  t.  XXV,  p.  480. 


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—  337  — 

n^en  constitue  donc  pas  moins  réellement  un  circuit  qui  se  complète  par 
l'interposition  du  liquide  lui-même,  comme  il  se  complète  par  l'emploi 
d'un  milieu  physiquement  et  sensiblement  conducteur.  11  en  résulte  que  les 
tensions,  apparentes  des  pôles  sont  toujours  moindres  qu'elles  ne  seraient 
si  le  liquide  était  dépourvu  de  toute  conductibilité  physique.  Il  en  résulte 
aussi  que  ces  tensions  sont  d'autant  plus  faibles  que  le  liquide  a  moins 
d'épaisseur  et  permet  une  circulation  plus  active.  Voilà  pourquoi,  toutes 
choses  égales  d'ailleurS;  l'opposition  de  deux  couples  donne  toujours  l'avan- 
tage à  celui  dont  les  plaques  sont  les  plu$  écartées.  Le  phénomène  étant 
très-général,  ne  reconnaît,  selon  moi,  que  cette  explication  et  démontre* 
péremptoirement  l'existence  d'une  conductibilité  physique  dans  les  liquides 
communément  employés  r 

Néanmoins  quelques  personnes  répugnent  encore  beaucoup  à  douer 
les  liquides  composés  d'une  propriété  qui  compromettrait  dans  sa  rigueur 
la  loi  électrolytique  de  M.  Faraday;  et  suivant  la  judicieuse  remarque  de 
M.  de  La  Rive,  il  importerait  de  montrer  qu'un  même  courant  peut  effecti- 
vement traverser  plusieurs  électrolytes  sans  donner  des  produits  de  dé- 
composition proportionnels  aux  équivalents  chimiques. 

Si  un  liquide  à  décomposer  possède  les  deux  sortes  de  conductibilité, 
l'une  chimique  C,  l'autre  physique  c,  tout  courant  dirigé  à  travers  ce  milieu 
se  partagera  en  deux  autres  dont  les  intensités  seront  proportionnelles  à 
C  et  c.  La  partie  chimiquement  transmise  agira  seule  sur  l'électrolyte,  en 
sorte  que  le  produit  de  la  décomposition  sera  réduit  dans  le  rapport  de 
C  +  càC. 

Or  l'expression  ^— -  est  toujours  plus  petite  que  l'unité  et  varie  dans  le 

même  sens  que  — . 

11  suffit  donc  d'altérer  le  rapport  -;-  dans  deux  électrolytes  consécutifs, 
pour  que  les  produits  de  décomposition  dérogent  à  la  loi  de  Faraday. 

Mes  expériences  sur  les  piles  sans  métal  m'avaient  déjà  désigné  l'eau 
distillée  comme  possédant  une  conductibilité  physique  considérable  par 
rapport  à  sa  conductibilité  chimique  ;  dès  lors,  j'ai  pensé  qu'en  acidulant 
cette  eau,  je  ne  ferais  qu'accroître  sa  conductibilité  chimique  sans  faire 

43 


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—  338  — 
varier  notablement  la  conductibilité  physique  et  que,  dans  tous  les  cas^alté- 
rant  considérablement  le  rapport  — ,  je  me  procurerais  deux  liquides  très- 
propres  à  donner,  sous  Tinfluence  d*un  même  courant,  des  produits  de 
décomposition  inégaux. 

J'ai  donc  disposé  sur  le  trajet  d'un  môme  courant  fourni  par  trois 
couples  de  Grove  deux  voltamètres  identiques  en  tous  points,  si  ce  n'est  que 
l'un  contenait  de  l'eau  distillée  et  l'autre  une  eau  aiguisée  de  4t  d'acide  sul- 
furique.  Aussitôt  les  communications  établies,  les  dégagements  ont  com- 
^mencé  avec  des  activités  très-inégales  et  ont  persisté  aussi  longtemps  qu'il  a 
été  nécessaire  pour  recueillir  du  côté  de  l'eau  acidulée  10  centimètres 
cubes  de  gaz,  et  de  l'autre  1  centimètre  seulement.  L'expérience,  repro- 
duite plusieurs  fois,  a  toujours  donné  un  résultat  en  contradiction  manifeste 
avec  la  loi  électrolytique. 

Quand  on  veut  rendre  le  résultat  promptement  apparent,  il  est  utile 
de  former  chaque  voltamètre  d'un  faisceau  de  lames  de  platine  bien  dressées, 
maintenues  à  une  fraction  de  millimètre  les  unes  des  autres  et  constituées 
alternativement  par  un  système  de  contacts  dans  des  états  électriques 
opposés.  L'expérience  ainsi  produite  est  prompte,  décisive,  et  dément  en 
quelques  minutes  ce  que  l'on  croyait  savoir  de  plus  assuré  relativement 
aux  décompositions  électrolytiques. 

Si  au  lieu  de  conserver  deux  voltamètres  semblables  on  réduit  à  deui 
fils  de  platine  celui  qui  fonctionne  à  l'eau  acidulée,  on  établit  entre  les  deux 
appareils  une  différence  conditionnelle  qui  est  à  l'avantage  de  la  conducti- 
bilité physique  dans  l'un  et  de  la  conductibilité  chimique  dans  l'autre,  et 
alors  le  phénomène  s'exagère  au  point  que  le  courant  passe  au  travers  de 
l'eau  distillée  sans  décomposition  sensible  et  produit  dans Tautre  voltamètre 
une  effervescence  entière  et  soutenue.  En  opérant  de  la  sorte,  j'ai  obtenu 
des  quantités  de  gaz  assez  considérables  et  qui  se  dégageaient  en  présence 
de  quantités  de  liquides  assez  petites  pour  qu'il  ne  soit  pas  possible 
d'admettre  qu'une  simple  dissolution  des  produits  de  la  décomposition  ait 
pu  m'en  imposer. 

Il  est  donc  bien  prouvé  que  Teau  pure  possède  pour  l'électricité  une 
conductibilité  propre  et  indépendante  de  toute  décomposition  chimique.  Il 


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—  339  — 

est  même  probable  que  ce  pouvoir  conducteur  persiste  dans  les  dissolu- 
tions communément  employées  à  former  des  combinaisons  voltaïques. 
S'il  échappe  alors  aux  moyens  d'investigation  ordinaires,  cela  tient  à 
l'extrême  prédominance  de  la  conductibilité  chimique  ou  à  l'énorme 
valeur  du  rapport  — . 

La  méthode  d'opposition  que  j'ai  employée  pour  mettre  en  évidence  ce 
mode  de  transmission  de  l'électricité  dans  les  liquides  a  précisément  pour 
but  de  restreindre  les  phénomènes  concomitants  de  conductibilité  chi- 
mique et  de  faire  prédominer  ceux  qui  procèdent  de  la  conductibilité 
physique. 


SUR    LA 

CONDUCTIBILITÉ  PHYSIQUE  DES  LIQUIDES 

RÉPONSE    A     M.    BUFF^ 

Les  observations  présentées  par  M .  BuflF  sur  la  manière  d'interpréter 
mon  expérience  de  l'opposition  de  deux  couples  me  décident  à  faire  con- 
naître une  disposition  que  j'hésitais  à  décrire  par  crainte  d'insister  sur  des 
développements  superflus. 

Quand  on  opère  sur  deux  couples  seulement,  le  résultat  que  j'ai  an- 
noncé n'apparatt  qu'à  travers  de  nombreuses  complications  qui  tiennent  en 
partie  aux  [circonstances  signalées  par  M.  Buff.  Mais,  quand  l'expérience 
porte  à  la  fois  sur  un  grand  nombre  de  couples  alternativement  opposés,  les 
complications  se  compensent  et  le  phénomène  principal  devient  prédomi- 
nant. On  peut  d'ailleurs  produire  cette  opposition  entre  plaques  noyées 
dans  le  liquide  et  protégées  par  des  tissus  ou  des  membranes  contre  une 
agitation  qui,  du  reste,  s'égalise  encore  et  s'atténue  autant  qu'on  veut  par 
la  disposition  que  je  vais  décrire. 

I.  Voir  Bibl,  universelle  de  Genève,  t.  XXVI,  p.  126. 


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—  340  — 

Dans  une  auge  en  bois  sont  disposées,  verticalement  et  à  égales  dis- 
tances de  1  centimètre,  onze  plaques  de  cuivre  c  (fig,  10)  enveloppées 
de  baudruche  ou  de  papier  à  filtrer.  Sur  les  bords  de  la  cuve  pose 
une  traverse  en  bois  portant  dix  plaques  de  zinc  amalgamé  z  qui 
viennent  s'intercaler  parmi  les  cuivres  et  pareillement  équidistantes  de 
1  centimètre.  Toutes  ces  plaques,  cuivre  et  zinc,  sont  séparées  et  ne 
communiquent  entre  elles  que  par  le  liquide  acidulé  que  Ton  verse 
dans  Tauge  et  dont  le  niveau  s*élève  un  peu  au-dessus  du  bord  libre 
des  lames  de  cuivre;  les  zincs  seuls  émergent  par  le  prolongement  étroit 


Figure  10. 

qui  les  relie  à  la  traverse  en  bois.  Enfin  les  deux  cuivres  extrêmes  sont  mis 
en  communication  par  le  fil  d'un  galvanomètre.  On  reconnaît  aisément 
qu'un  pareil  système  représente  vingt  couples  cuivre  et  zinc  opposés,  dix 
contre  dix.  Lorsque  les  zincs  occupent  les  milieux  des  cellules,  l'opposition 
est  parfaite,  le  galvanomètre  reste  au  zéro;  mais  dès  qu'on  imprime  un 
déplacement  &  la  traverse  dans  un  sens  ou  dans  l'autre,  les  zincs  sont  tous 
reportés  du  même  côté;  il  en  résulte  que  tous  les  couples  qui  luttent  dans 
un  sens  sont  affaiblis  parla  diminution  d'épaisseur  du  liquide,  tandis  que 
l'effet  inverse  est  produit  sur  les  dix  autres  couples;  l'équilibre  est  donc 
rompu  et  l'aiguille  du  galvanomètre  l'indique  aussitôt,  en  montrant  daus 
tous  les  cas  un  courant  sensible  dirigé  de  chaque  zinc  au  plus  éloigné  des 
dix  cuivres  correspondants.  Les  plus  petits  mouvements  qu'on  puisse  com- 


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—  341  — 

muniquer  à  Tappareil  produisent  leur  effet,  même  en  ayint  recours  à  une 
vis  de  rappel.  Ici  Tagilation  du  liquide  n*est  plus  à  craindre,  car  en  sup- 
posant qu'elle  persiste,  elle  est  du  moins  rendue  égale  partout;  si  enfin  elle 
manquait  d'uniformité,  les  plaques  seraient  protégées  par  les  membranes 
ou  les  tissus  dont  elles  sont  enveloppées.  On  voit,  du  reste,  que  l'appareil 
est  disposé  de  manière  à  se  prêter  au  retournement. 


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DE   LA 

CHALEUR  PRODUITE  PAR  L'INFLUENCE  DE  UAIMANT 

SUR   LES   CORPS   EN   MOUVEMENT» 
(Académie  des  Sciences,  17  septembre  1855.) 


En  1824,  Arago  observa  le  fait  remarquable  de  l'entraînement  de  l'ai- 
guille aimantée  par  les  corps  conducteurs  à  l'état  de  mouvement.  Le  phé- 
nomène parut  fort  singulier;  il  resta  même  sans  explication  jusqu'au  jour 
où  M.  Faraday  annonça  l'importante  découverte  des  courants  d'induction. 
Dès  lors  il  fut  prouvé  que  dans  l'expérience  d' Arago  le  mouvement  fait 
naître  des  courants  qui,  réagissant  sur  l'aimant,  tendent  à  l'associer  au 
corps  mobile  et  à  l'entraîner  dans  le  même  sens.  On  peut  dire,  d'une  ma- 
nière générale,  que  l'aimant  et  le  corps  conducteur  tendent  par  une  in- 
fluence mutuelle  vers  le  repos  relatif. 

Si,  malgré  cette  influence,  on  veut  que  le  mouvement  persiste,  il  faut 
fournir  incessamment  un  certain  travail;  la  partie  mobile  semble  être 
pressée  par  un  frein,  et  ce  travail  produit  nécessairement  un  effet  dyna- 
mique que  j'ai  jugé,  suivant  les  nouvelles  doctrines,  devoir  se  retrouver  en 
chaleur. 

On  arrive  à  la  même  conséquence  en  ayant  égard  aux  courants  d'in- 

1.  Voir  C.  R.  de  l'Àc.  des  Se,  t.  XLÏ,  p.  450;  Ann.  de  Ch,  et  de  Ph,  [3],  t.  XLV,  p.  3<6,  et 
Cosmos,  t.  Vil,  p.  309. 


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—  343  — 

duction  qui  se  succèdent  à  l'intérieur  du  corps  en  mouvement;  mais  cette 
manière  de  considérer  les  choses  ne  donnerait  que  très-péniblement  une 
idée  de  la  quantité  de  chaleur  produite,  tandis  que,  en  considérant  cette 
chaleur  comme  due  à  une  transformation  de   travail,  il  me  parut  certain 


Fig.  11. 

qu'on  produirait  aisément,  dans  une  expérience  décisive,  une  élévation  sen- 
sible de  température. 

Ayant  précisément  sous  la  main  tous  les  éléments  nécessaires  à  une 
prompte  vérification,  j'ai  procédé  comme  il  suit  à  l'exécution. 

Entre  les  pôles  d'un  fort  électro-aimant,  j'ai  partiellement  engagé  le 
solide  de  révolution  appartenant  à  l'appareil  rotatif  que  j'ai  nommé  gyroscope 
et  qui  m'a  précédemment  servi  pour  des  expériences  d'une  tout  autre 
nature  ^  Ce  solide  est  un  tore  en  bronze  relié  par  un  pignon  denté  à  un  rouage 
moteur,  et  qui,  sous  l'action  de  la  main  armée  d'une  manivelle,  peut  ainsi 

4.  Dans  la  figure  44  qui  représente  Tappareil  tel  qu*il  est  construit  dans  le  but  de  reproduire 
spécialement  l'expérience  décrite  ci-dessus,  le  tore  est  remplacé  par  un  disque  qui  permet  de 
rapprocher  davantage  les  pôles  de  l 'électro-aimant. 


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—  344  - 

prendre  une  vitesse  de  150  à  200  tours  par  seconde.  Pour  rendre  plus  effi- 
cace l'action  de  Taimant,  deux  pièces  en  fer  doux  surajoutées  aux  bobines 
prolongent  les  pôles  magnétiques  et  les  concentrent  au  voisinage  du  corps 
tournant. 

Quand  Tappareil  est  lancé  à  toute  vitesse,  le  courant  de  six  couples 
Bunsen,  dirigé  dans  Télectro-aimant,  éteint  le  mouvement  en  quelques 
secondes,  comme  si  un  frein  invisible  était  appliqué  au  mobile  :  c'est  l'ex- 
périence d'Arago  développée  par  M.  Faraday.  Mais  si  alors  on  pousse  &  la 
manivelle  pour  restituer  à  l'appareil  le  mouvement  qu'il  a  perdu,  la  résis- 
tance qu'on  éprouve  oblige  à  fournir  un  certain  travail  dont  l'équivalent 
reparaît  et  s'accumule  effectivement  en  chaleur  à  l'intérieur  du  corps 
tournant. 

Au  moyen  d'un  thermomètre  qui  plonge  dans  la  masse,  on  suit  pas  à 
pas  l'élévation  progressive  de  la  température.  Ayant  pris,  par  exemple, 
l'appareil  à  la  température  ambiante  de  16  degrés  centigrades,  j'ai  vu  suc- 
cessivement le  thermomètre  monter  à  20,  25,  30  et  3i  degrés;  mais  déjà 
le  phénomène  était  assez  développé  pour  ne  plus  réclamer  l'emploi  des 
instruments  thermométriques  :  la  chaleur  produite  était  devenue  sensible 
à  la  main. 

Quelques  jours  après,  la  pile  était  réduite  à  deux  couples,  un  disque 
plat  formé  de  cuivre  rouge  s'est  élevé  en  deux  minutes  d'action  à  la  tempé- 
rature de  60  degrés. 

Si  l'expérience  semble  digne  d'intérêt,  il  sera  facile  de  disposer  un  ap- 
pareil pour  reproduire,  en  l'exagérant,  le  phénomène  que  je  signale.  Il  n'est 
pas  douteux  que,  par  une  machine  convenablement  construite  et  composée 
seulement  d'aimants  permanents,  on  n'arrive  ;\  produire  de  la  sorte  des  tem- 
pératures élevées,  et  à  mettre  sous  les  yeux  du  public,  assemblé  dans  les 
amphithéâtres,  un  curieux  exemple  de  la  conversion  du  travail  en  chaleur. 


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SUR 
L'EMPLOI    DES    APPAREILS    DMNDUCTION 

EFFETS  DES  MACHINES  MULTIPLES* 
^Académio  des  Sciences,  4  février  1856.) 


Les  machines  d'induction,  telles  que  les  construit  aujourd'hui  Thabile 
artiste  M.  Ruhmkorff,  passent  parmi  les  hommes  de  science  pour  avoir 
atteint  le  plus  haut  degré  de  puissance  qu'elles  comportent;  lorsqu'on  veut 
leur  donner  des  dimensions  plus  considérables,  l'effet  ne  croît  pas  propor- 
tionnellement, et  les  organes  d'interruption  du  courant  inducteur  se  dé- 
truisent avec  une  rapidité  qui  oblige  à  revenir  au  modèle  consacré  par 
Tusagc.  Cependant  ces  sortes  d'appareils  remplaceraient  sans  doute  avec 
avantage  l'ancienne  machine  électrique,  si  l'on  parvenait  à  leur  faire  pro- 
duire des  effets  plus  puissants. 

Les  étincelles  qu'on  obtient  actuellement  des  machines  inductives  ne 
s'élancent  guère  au  delà  de  8  à  10  millimètres,  et  déjà  pourtant  elles  accu- 
sent dans  le  courant  d'induction  une  forte  tension,  dont  le  développement 
dépend  de  l'intensité  du  courant  inducteur  et  de  la  longueur  du  fil  induit; 
mais  ce  qui  favorise  surtout  cette  haute  tension,  c'est  la  cessation  plus  ou 
moins  brusque  du  courant  inducteur.  Or  il  n'y  a  pas  de  moyen  connu  d'in- 
terrompre instantanément  un  courant  qui  circule  avec  intensité  dans  un 

1.  Voir  C.  R.  de  l'Ac.  de9  Se,  t.  XLII,  p.  215;  Pr.-verbaux  de  la  Soc.  phiL,  4856,  p.  6. 

44 


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long  conducteur  métallique.  La  séparation,  quelque  rapide  qu'elle  soit,  des 
pièces  contîguës  destinées  aux  contacts,  n'a  janiais  lieu  sans  production 
d'une  étincelle  plus  ou  nioins  visible,  qui  montre  que  tout  courant  qu'on 
voudrait  arrêter  court  est  effectivement  prolongé  pendant  quelques  instants 
par  un  extra- courant  dirigé  dans  lemême  sens.  Ces  étincelles d'extra-couranl 
sont  plus  vives,  plus  durables  et  plus  nuisibles  à  mesure  que  le  courant  in- 
terrompu parcourt  un  plus  long  circuit,  et  comme  celui-ci  se  développe 
nécessairement  avec  les  dimensions  de  l'appareil,  il  arrive  qu'en  cherchant 
à  les  accroître  on  finit  par  perdre  d'un  côté  ce  que  l'on  gagne  cte  l'autre. 

Tel  est  en  réalité  l'obstacle  qui,  malgré  l'adjonction  du  condensateur  de 
M.  Fizeau,  est  venu  s'opposer  à  ce  qu'on  donnât  une  plus  grande  extension 
au  phénomène  révélé  par  l'admirable  découverte  de  M.  Faraday. 

Cependant,  en  assimilant  les  appareils  d'induction  aux  autres  sources 
connues  d'électricité  dynamique  qui  toutes  sont  susceptibles  d'être  réunies 
en  série  et  de  donner  des  effets  de  tension  proportionnels  au  nombre  des 
éléments  électromoteurs,  j'arrivai  à  conclure  qu'il  en  serait  de  même  entre 
plusieurs  machines  inductives,  pourvu  qu'elles  fussent  assujetties  à  fonc- 
tionner d'une  manière  concordante. 

Si,  en  effet,  cette  condition  était  réalisée,  chaque  machine  ayant  ses 
organes  propres,  tous  les  courants  inducteurs  se  distribueraient  isolément, 
et  les  étincelles  d'extra-courant,  éclatant  par  hypothèse  au  même  instant, 
auraient  toutes  ensemble  même  durée  que  si  chaque  machine  fonctionnait 
seule;  l'influence  inductive  s'exercerait  donc  simultanément  dans  tous  les 
appareils  sans  qu'il  y  eût  réaction  croissante  et  nuisible  provenant  de  l'en- 
semble des  extra-courants. 

Toute  la  difficulté  se  trouve  ainsi  ramenée  à  établir  entre  plusieurs  ma- 
chines une  solidarité  qui  maintienne  entre  les  phases  des  courants  induc- 
teurs une  concordance  parfaite.  Quand  on  opère  avec  deux  machines,  ce 
résultat  s'obtient  d'une  manière  assez  simple  en  alimentant  les  deux  cou- 
rants inducteurs  par  une  même  pile,  et  en  faisant  communiquer  métalli- 
quement  les  interrupteurs  électro-magnétiques. 

Pour  fixer  les  idées,  je  suppose  que  le  courant  fourni  par  le  pôle  positif 
de  la  pile  pénètre  en  se  bifurquant  dans  les  bobines  inductrices;  au  sortir 


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—  347  — 

de  celles-ci,  les  deux  rameaux  rencontrent  les  interrupteurs,  traversent  les 
points  de  rupture  et  se  réunissent  au  delà  pour  rentrer  dans  la  pile  par  le 
pôle  négatif.  Dans  ces  circonstances,  les  deux  machines  marchent  à  la  fois, 
mais  d'une  manière  indépendante  et  sans  augmentation  notable  du  résultat 
flnal.  Si  alors  on  établit  une  communication  entre  les  deux  courants  partiels 
par  un  fil  métallique  inséré  de  part  et  d'autre  en  quelque  point  du  fil  in- 
ducteur situé  entre  la  bobine  et  la  pièce  vibrante,  Taccord  s'établit  et  le 
système  fonctionne  avec  la  puissance  d'une  machine  double. 

Cet  accord  résulte  évidemment  de  ce  que  celui  des  deux  marteaux  in- 
terrupteurs qui,  par  une  cause  quelconque,  tendrait  à  prendre  l'avance, 
détermine  par  son  jeu  les  mêmes  périodes  d'aimantation  dans  les  deux  ma- 
chines, et  que,  par  suite,  il  oblige  l'autre  marteau  à  le  suivre  d'assez  près 
pour  que  leurs  mouvements  simulent  un  synchronisme  parfait,  et  qu'il  y 
ait  partage  de  l'étincelle  entre  les  deux  points  de  rupture. 

On  reconnaît  qu'effectivement  les  tensions  ont  gagné,  car  les  étincelles 
du  courant  induit  sont  bruyantes,  sinueuses  et  longues  de  16  à  18  milli- 
mètres. 

Si  Ton  voulait  étendre  à  plusieurs  appareils  Texpérience  qui  m'a  réussi 
pour  deux,  il  y  aurait  encore  à  compter  avec  certaine  difficulté.  D*abord 
le  synchronisme  ne  pourrait  pas  s'établir  d'une  manière  aussi  simple,  et  de 
plus  l'isolement  des  deux  bobines  formées  par  l'enroulement  du  fil  indue 
teur  et  du  fil  induit  deviendrait  insuffisant.  Déjà,  en  opérant  avec  deux 
machines,  il  est  nécessaire,  pour  éviter  les  pertes,  d'établir  les  communi-^ 
cations  de  telle  sorte  que  les  tensions  positives  et  négatives  s'accumulent 
aux  extrémités  externes  et  libres  des  deux  fils  induits,  tandis  que  les  extré- 
mités internes  réunies  persistent  à  l'état  naturel. 

Si  l'habile  constructeur  de  qui  l'on  tient  le  bel  appareil  généralement 
désigné  sous  son  nom,  croit  pouvoir  réaliser  un  isolement  plus  parfait,  on 
arrivera  sans  doute  à  reculer  de  plus  en  plus  la  limite  qui  paraissait  s'op- 
poser à  l'extension  progressive  des  phénomènes  d'induction. 


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—  348  — 


MACHINES    D'INDUCTION   MULTIPLES; 

INTERRUPTEUR     A    MERCURE ^ 

(Société  philomatliique,  19  avril  185G.) 

M.  L.  Foucault  a  annoncé»  dans  celle  séance,  à  la  Société,  qu'en  pour- 
suivant ses  recherches  sur  les  machines  d'induction  multiples,  il  a  reconnu 
qu'il  est  avantageux  de  substituer  A  l'interrupteur  ordinaire  une  lame 
vibrante  en  métal  plongeant  d'une  manière  intermittente  par  son  exlrémilé 
libre,  dans  un  godet  de  mercure  recouvert  d'une  couche  d'alcool  ou  d'es- 
prit de  bois*.  Ce  nouvel  interrupteur  fournit,  toutes  choses  égales  d'ailleurs, 
des  effets  comparativement  plus  intenses;  il  fonctionne  indéfiniment  sans 
altération,  et  les  effets  vont  croissant  proportionnellement  avec  le  nonabre 
des  machines  réunies.  Quatre  machines,  convenablement  isolées  et  munies 
d'un  interrupteur  à  mercure,  donnent  un  jet  continu  d'étincelles  à  la  dis- 
tance de  0'",030  à  0'",OftO. 

Quand  on  éclaire  par  l'étincelle  d'induction  la  lame  vibrante  de  Tin- 
terrupteur,  celle-ci  apparaît  comme  si  elle  était  fixe;  mais  la  position 
qu'elle  semble  affecter,  bien  différente  de  celle  qui  correspond  à  la  rupture 
du  courant  inducteur,  dénote  qu'il  s'écoule  un  intervalle  de  temps  per- 
ceptible entre  la  rupture  du  courant  inducteur  et  la  décharge  du  courant 
induit. 

4.  Voir  Procès-verbaux  de  la  Soc,  phiL,  4856,  p.  34. 

5.  Voir  plus  loin  la  description  délaillée  de  Tinterrupteur. 


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—  3i9  — 


MACHINES  D'INDUCTION   MULTIPLES^ 

(Société  phi]omathi(Iu^  U  mai  1856.) 

M.  Léon  Foucault  raconte  à  la  Société  la  suite  de  ses  recherches  sur 
les  appareils  d'induction  réunis  et  fonctionnant  avec  l'interrupteur  à  mer- 
cure. A  l'air  libre,  quatre  machines  de  dimensions  ordinaires,  alimentées 
par  des  couples  de  Bunsen  grand  modèle,  donnent  l'étincelle  h  la  distance 
de  O^^O?.  L'adjonction  d'un  condensateur  en  forme  de  jarre,  dont  les  arma- 
tures agissent  dans  une  étendue  superficielle  de  0",30  sur  0™,50,  rend  l'étin- 
celle très-vive  et  très-bruyante  et  réduit  la  distance  explosive  à  0'",018.  La 
série  des  décharges  qui  se  succèdent  avec  rapidité  verse  dans  la  pièce  où 
l'on  opère  une  lumière  ambiante  dont  l'intensité  est  comparable  à  celle 
d'une  lampe  ordinaire.  Bien  qu'une  pareille  source  ne  possède  pas  en  ap- 
parence un  éclat  excessif,  elle  agit  sur  l'organe  de  la  vue  comme  la  lumière 
des  charbons  de  la  pile  et  produit,  quand  on  la  regarde  directement,  une 
douloureuse  ophthalmie  qui  se  déclare  quelques  heures  après.  L'interpo- 
sition du  verre  d'urane  prévient  cet  accident,  ce  qui  semble  démontrer 
que  l'action  physiologique  est  due  surtout  aux  radiations  très-ré frangibles 
et  en  partie  invisibles  qui  caractérisent  la  lumière  électrique. 

La  décharge  de  quatre  appareils  traverse  aisément  un  tubedeS  mètres 
de  long  dans  lequel  on  fait  le  vide  à  la  machine  pneumatique;  une  colonne 
de  lumière  se  développe  alors  de  l'une  à  l'autre  extrémité  et  présente  dans 
toute  son  étendue  les  stratifications  qui  ont  été  signalées  à  l'intérieur  de 
Tœuf  électrique. 

4.  Voir  Procès-verbaux  de  la  Soc.  phiL,  4836,  p.  37. 


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NOTE 


SUR 


L^EMPLOI   DES  APPAREILS   D4NDUCTI0N 

INTERRUPTEUR  A  MERCURE* 

(Académie  des  Sciences,  7  Juillet  1856.) 


Dans  la  plupart  des  appareils  d'induction,  le  courant  inducteur  est 
rendu  intermittent  par  le  jeu  d'un  interrupteur  qui  exerce  périodiquement 
un  contact  entre  les  extrémités  des  réophores.  Parmi  tous  les  métaux  qui 
ont  été  mis  en  usage  jusqu'ici  pour  garnir  ces  points  de  contact,  le  platine 
est  celui  qui  a  le  mieux  réussi;  l'élévation  de  son  point  de  fusion  et  son 
peu  de  tendance  à  l'oxydation  le  désignaient  d'ailleurs,  préférableraent  aux 
métaux  usuels,  comme  devant  résister  plus  longtemps  à  l'action  corrosive 
de  Tétincelle  qui  éclate  à  chaque  interruption.  ToutefoiSi  quand  Tappareil 
fonctionne  durant  un  certain  temps,  le  platine  lui-même  finit  par  être 
attaqué,  les  surfaces  de  contact  se  déforment,  se  creusent  ou  s'accroissent 
aux  dépens  l'une  de  l'autre,  la  texture  du  métal  s'altère  et  l'interrupteur* 
finit  par  cesser  de  fonctionner.  Ce  fâcheux  résultat  se  déclare  plus  vite  à 
mesure  que  l'on  opère  avec  un  courant  plus  fort,  et  quand  celui-ci  acquiert 
une  intensité  qui  dépasse  une  certaine  limite,  les  pièces  de  Tinterrupteui' 
se  soudent  au  premier  contact  et  refusent  tout  service. 

4.  Voir  C.  R,  de  VAc.  des  Se,  t.  XLIir,  p.  44;  Cosmos,  t.  IX,  p.  73. 


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—  351  — 

Comme  je  recherchais  les  moyens  d'accroître  les  phénomènes  d'indue- 
lion,  j'ai  rencontré  dans  cette  imperfection  des  contacts  solides  une  diffi- 
culté qui  semblait  assez  grave,  et  j'ai  songé,  commejbien  d'autres  sans  doute, 
à  recourir  au  mercure. 

Dès  les  premiers  essais,  j'ai  reconnu  qu'il  serait  impraticable  de  dis- 
tribuer d'une  manière  suivie  un  courant  intense  avec  le  mercure  nu;  par 
ce  moyen  l'interruption  n'est  jamais  assez  subite,  la  surface  du  métal 
s'oxyde  en  peu  d'instants,  et  elle  émet  d'abondantes  vapeurs  qui  ne  man- 
queraient pas  à  la  longue  d'exercer  leur  action  délétère*  J'ai  été  ainsi  con- 
duit à  recouvrir  le  mercure  d'une  couche  d'eau  distillée,  ou  mieux  encore 
d'une  couche  d'alcool,  ce  qui  remédie  en  même  temps  aux  divers  inconvé- 
nients que  présentait  l'emploi  du  mercure  tout  seul.  En  effet,  l'interruption 
du  courant  se  produit  sous  l'alcool  avec  un  bruit  sec  qui  dénote  un  arrêt 
brusque,  elle  donne  lieu  par  suite  à  une  forte  étincelle  d'induction  ;  l'alcool 
se  trouble  en  peu  d'instants,  mais  il  ne  cesse  pas  de  condenser  d'une  ma- 
nière efficace  les  vapeurs  émises  au  point  de  rupture,  en  même  temps  qu'il 
préserve  de  l'oxydation  la  surface  du  mercure.  L'appareil  continue  donc  de 
fonctionner  avec  régularité,  aussi  longtemps  que  la  pile  est  capable  d'ali- 
menter le  courant  inducteur. 

Considéré  au  point  de  vue  mécanique,  l'emploi  du  mercure  apporte 
dans  la  constitution  de  l'interrupteur  une  modification  heureuse.  La  pièce 
oscillante  qu'on  désignait  du  nom  de  marteau,  n'étant  plus  limitée  dans 
ses  excursions  par  l'obstacle  rigide  qu'elle  rencontrait  sur  son  enclume,  a 
pu  être  remplacée  par  une  lame  élastique  qui  vibre  par  son  propre  ressort 
sous  l'influence  d'un  électro-aimant;  cette  lame,  recourbée  et  terminée  h 
son  extrémité  libre  par  une  pointe  en  platine,  vient  fermer  une  soixantaine 
de  fois  par  seconde  le  circuit  du  courant  inducteur,  en  pénétrant  plus  ou 
moins  dans  le  mercure.  Le  contact  qui  s'établit  alors,  malgré  sa  courte 
durée,  n'en  est  pas  moins  parfait,  il  n'offre  par  lui-même  qu'une  résistance 
négligeable  par  rapport  à  celles  qui  sont  disséminées  dans  l'étendue  du 
même  circuit;  et  comme  l'organe  élastique  vibre  en  toute  liberté,  ces  con- 
tacts se  succèdent  à  des  époques  régulièrement  distribuées  dans  le  temps, 
ainsi  qu'on  eh  juge  par  la  persistance  du  son  rendu  qui  décèle  un  appareil 


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—  352  -- 

en  action.  La  série  d'éliDcelles  qui  édaieni  aux  extrémilés  du  Gl  induit  par- 
ticipe au  même  caractère,  et  dans  le  bruit  crépitant  qu'elle  fait  entendre, 
l'oreille  retrouve  une  tonalité  distincte  "et  conforme  à  celle  de  la  lame 
vibrante* 

En  même  temps  qu'il  régularise  le  départ  des  étincelles  d'inductiofl, 
le  nouvel  interrupteur,  appliqué  aux  machines  actuellement  en  usage,  est 
propre  i\  en  augmenter  jusqu'à  un  certain  point  la  puissance.  Généralement 
il  agit  de  manière  à  rendre  les  effets  proportionnels  aux  intensités  du  cou- 
rant distribué  ;  d'où  il  suit  que  c'est  particulièrement  dans  l'emploi  des 
forts  courants  qu'il  prend  un  avantage  marqué  sur  les  interrupteurs  à 
contacts  solides. 

11  y  a  même  imprudence,  avec  une  seule  machine  de  dimension  ordi- 
naire,  à  vouloir  forcer,  au  delà  d'une  certaine  limite,  l'intensité  du  courant 
inducteur,  car  on  arrive  infailliblement  à  faire  crever  intérieurement  la 
bobine  du  fil  induit.  Mais  en  réunissant  plusieurs  machines,  la  somme  des 
tensions  se  trouvant  partagée  entre  les  divers  éléments  de  celte  espèce 
de  batterie,  ou  peut  faire  agir  sur  l'ensemble  un  nombre  de  couples  pro- 
portionnel à  celui  des  machines;  ce  qui  accroît,  suivant  le  même  rapport, 
la  distance  franchie  par  l'étincelle  entre  les  deux  extrémités  de  la  série 
induite. 

Ce  système  do  réunion  s'applique  sans  difficulté  aux  cxccllonies 
machines  de  M.  lUihmkorff,  pourvu  qu'on  se  borne  à  les  assembler  par 
paire. 

On  supprime  les  marteaux  que  Ton  remplace  par  des  conducteurs  à 
demeure,  on  réunit  les  deux  fils  conducteurs  à  la  suite  l'un  de  l'autre,  et 
Ton  introduit,  dans  le  circuit,  Tinterrupteur  accompagné  du  condensateur 
d'extra-courant.  Par  précaution,  chaque  machine  doit  conserver  ses  con- 
ducteurs de  décharge  écartés  à  distance  normale;  elles  gardent  aussi  toutes 
deux  leurs  commutateurs  qui  servent  à  diriger  chacune  des  deux  portions 
du  courant,  en  sens  tels  que  les  portions  de  signes  contraires  s'accumulent 
aux  extrémités  intérieures  des  deux  fils  induits;  ceux-ci  enfin  étant  mis  en 
communication,  les  bouts  extérieurs  qui  restent  libres  deviennent  les  deux 
pôles  du  système  et  donnent  des  étincelles  à  la  distance  de  0"*,030  à  0*^,035. 


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—  353  — 

La  figure  12  représente  l'interrupteur  à  mercure  :  c  et  c'  sont  les 
deux  bobines  de  Télectro-aimant  animé  par  le  courant  inducteur,  R  est  la 
lame  vibrante  munie  d'un  fer  doux  K  et  d'un  appendice  recourbé  C  qui 
vient  plonger  par  sa  pointe  en  plaline  dans  le  mercure  du  godet  V,  que  l'on 
achève  de  remplir  avec  de  l'alcooLSi  le  courant  est  supposé  s'engager  par 
le  fil  7,  il  est  conduit  par  ce  fil  jusqu'au  mercure  qui,  par  son  contact  avec 
l'exlrémilé  de  la  lame  plongeante,  le  transmet  à  Téleclro-aimant  ;  ce  cou- 
rant gagne  ensuite  le  reste  du  circuit  par  le  fil  q'.  Il  est  clair  que,  dans  ces 
conditions,  la  lame  doit  entrer  en  vibration  et  fonctionner  comme  interrup- 
teur du  courant  qui  la  traverse;  pet/>'  sont  deux  fils  qui,  insérés  de  part 
et  d'autre  du  point  d'interruption,  se  rendent  au  conducteur  d'extra- 
courant 


Figure  18.  « 

Quand  on  veut  placer  plus  de  deux  machines  sous  la  conduite  de  l'in- 
terrupteur à^mercure,  il  devient  nécessaire  d'isoler  avec  un  soin  particulier 
les  appareils  surnuméraires.  En  effet,  relativement  aux  très-fortes  tensions 
qui  se  manifestent  dans  le  fil  induit  au  voisinage  des  extrémités,  le  fil  con- 
ducteur qui  pénètre  dans  l'axe  des  bobines  peut  être  considéré  comme  un 
conducteur  inerte,  et  si  ce  conducteur  approche  les  bobines  induites  endos 
points  plus  ou  moins  distants  de  celui  où  les  tensions  sont  nulles,  il  offre 
à  la  décharge  un  chemin  tout  tracé  ;  il  est  donc  important  d'établir  dans  les 
machines  surnuméraires  un  isolement  absolu  entre  le  fil  inducteur  et  la 
surface  interne  de  l'hélice  induite.  Cet  isolement  s'obtient  d'une  ma^iière 

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—  354  — 

complète  en  inlroduisant  un  tube  de  verre  dans  l'espace  annulaire  qui 
sépare  les  deux  hélices  concentriques.  A  partir  du  moment  où,  par  les 
soins  de  M.  Ruhmkorff,  cette  condition  a  été  remplie,  quatre  machiaes 
réunies  ont  donné  les  tensions  qu'on  en  pouvait  attendre,  et  le  flux  des 
étincelles  s'est  élancé  à  la  distance  de  0'",07  à  0",08. 

Je  n'insisterai  pas  pour  le  moment  sur  les  effets  que  l'on  peut  produire 
en  mettant  en  usage  un  appareil  aussi  puissant,  j'ajouterai  seulement  que 
l'emploi  du  condensateur  d'induction  communiquant  aux  étincelles  un  pou- 
voir éclairant  considérable,  Tisochronisme  qui  préside  à  l'interruption, 
achève  de  réaliser  pour  l'étude  des  phénomènes  périodiques  une  source 
intermittente  de  lumière  à  éclats  équidistants  et  instantanés. 


INSTRUCTION 

SUR  L'EMPLOI  DE  L'INTERRUPTEUR  A  MERCURE. 

(Sans  date.) 

-  L'interrupteur  à  mercure  remplace  avec  avantage  le  marteau  distribu- 
teur des  appareils  d'induction  en  tou  tes  les  circonstances  où  l'on  veut  employer 
des  courants  intenses.  11  s'adapte  sans  difficulté  aux  machines  de  M.  Rubm- 
korff,  et  il  permet  de  les  réunir  par  paire  sans  qu'il  soit  nécessaire  d'y 
apporter  aucun  changement. 

Supposons  d'abord,  pour  plus  de  simplicité,  qu'on  fasse  rexpérience 
avec  une  seule  machine  :  on  commence  par  supprimer  le  marteau  que  l'on 
remplace  par  un  fil  à  demeure. 

Pour  compléter  le  circuit  du  courant  inducteur  qui  dans  l'appareil  se 
termine  par  deux  boutons  d'attache,  on  met  l'un  d'eux  en  contact  avec  l'un 
des  pôles  d'une  pile  formée  au  plus  de  six  couples  de  Bunsen;  on  relie 
l'autre  bout  à  l'interrupteur  par  un  fil  qui  va  se  rendre  en  A  (fig.  13),  et  en 
face,  entre  le  boulon  P  marqué  pile  et  la  pile  elle-même,  on  établit  une 


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dernière  communication.  L'interrupteur  présente  encore  deux  boutons,  A' 
et  F,  marqués  condensateur^  pour  recevoir  les  fils  destinés  à  conduire  l'extra- 
courant  au  condensateur  à  taffetas  gommé  qui  doit  rester  en  dehors  de  la 
machine  et  présenter  une  grande  surface. 


Figure  13. 

Tout  étant  disposé  de  la  sorte,  on  verse  du  mercure  dans  le  verre  D 
jusqu'au  tiers  de  sa  hauteur  et  de  l'alcool  par-dessus  presque  autant  qu'il 
peut  en  tenir.  Ce  verre  repose  sur  un  support  qui  s'élève  ou  s'abaisse  à 
volonté  par  le  moyen  du  bouton  B  :  on  arrive  ainsi  à  mettre  la  pointe  delà 
lame  du  bouton  en  contact  avec  le  mercure.  Alors  on  ferme  le  circuit,  l'in- 
terrupteur entre  aussitôt  en  mouvement  et  il  exécute  une  suite  de  vibra- 
tions plusou  moins  étendues.  Dans  le  cas  où  ces  vibrations  ne  présenteraient 
pas  l'amplitude  convenable,  on  aurait  recours  à  l'action  du  large  bouton  G 
qui  est  destiné  à  faire  varier  la  distance  à  laquelle  l'électro-aimant  agit  sur 
le  fer  de  la  lame  vibrante.  On  voit  enfin  un  bouton  marqué  C  qui,  étant 
desserré,  glisse  dans  sa  coulisse  et  sert  à  rendre  les  vibrations  plus  ou 
moins  précipitées.  Quand  l'appareil  est  bien  réglé,  il  donne  un  jet  d'étin- 
celles à  la  distance  de  0™,015  à  0™,018. 

Mais  en  réunissant  deux  machines  on  obtient  des  effets  beaucoup  plus 
saillants.  On  commence  comme  précédemment  par  supprimer  les  marteaux 
pour  les  remplacer  par' des  conducteurs  fixes,  après  quoi  on  remet  enséries 


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—  356  — 

les  fils  inducteurs  et  les  fils  induits.  La  réunion  des  deux  fils  inducteurs 
s*opëre  de  la  manière  la  plus  simple;  les  deux  machines  étant  placées  côte 
à  côte  Tune  auprès  de  l'autre,  on  fait  communiquer  ensemble  par  un  fil  de 
cuivre  les  deux  boutons  voisins,  après  quoi  les  deux  boutons  extrêmes  sont 
reliés  comme  précédemment  l'un  à  la  pile,  l'autre  à  l'interrupteur.  Chaque 
appareil  conserve  son  commutateur,  mais  la  fonction  qu'il  faut  leur  donner 
se  subordonne  à  la  manière  dont  il  faut  réunir  les  fils  induits.  Chacun  de 
ces  fils  se  termine  par  deux  bouts  dont  l'un  émane  de  la  couche  superficielle 
et  l'autre  de  la  couche  profonde  de  la  bobine  ;  ce  qui  fait  en  tout  quatre 
bouts  que  pour  abréger  on  nomme  les  bouts  externes  et  les  bouts  internes. 
La  condition  à  remplir  pour  obtenir  des  deux  machines  tout  l'effet  qu'elles 
peuvent  donner  est  de  réunir  ensemble  les  deux  bouts  internes  et  de  placer 
les  commutateurs  de  manière  à  obtenir  dans  les  deux  bobines  des  effets 
concordants. 

Au  reste,  il  n'y  a  pas  à  s'y  tromper.  Si  les  commutateurs  sont  placés 
de  manière  à  mettre  les  machines  en  opposition,  les  effets  sont  nuls 
ou  presque  nuls  et  alors  en  intervertissant  le  courant  inducteur  dans  Tune 
quelconque  d'entre  elles,  on  rétablit  l'accord  qui  se  révèle  par  l'énergie 
des  effets  produits.  Deux  appareils  de  Ruhmkorff  réunis  comme  il  vient 
d'être  dit  supportent  douze  couples  de  Bunsen  grand  modèle  et  donnent 
l'étincelle  à  0",030  ou  O^OSS;  l'adjonction  d'un  condensateur  dont  les 
armatures  communiquent  respectivement  aux  extrémités  du  fil  induit, 
augmente  comme  on  sait  l'éclat  des  étincelles;  avec  le  concours  de  deux 
machines  et  de  Tinlerrupteur,  les  effets  deviennent  tels  qu'on  ne  peut  les 
considérer  longtemps  sans  s'exposer  à  ressentir  quelques  heures  après  les 
atteintes  d'une  douloureuse  ophthalmie.  Il  est  utile,  dans  ce  cas,  de  protéger 
les  yeux  par  l'interposition  d'un  verre  d'urane. 

Quatre  machines  réunies  suivant  le  même  système  don^nent  l'étincelle 
à  la  distance  de  0°^,07,  mais  alors  il  faut  modifier  la  construction  des  deux 
bobines  extrêmes,  afin  d'établir  entre  les  deux  hélices  concentriques  du  fil 
inducteur  et  du  fil  induit  un  isolement  plus  parfait  qu'on  n'a  l'habitude  de 
le  faire  pour  les  machines  actuelles. 


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—  357  — 

A  la  suite  de  ces  iDdications  fournies  par  L.  Foucault  à  différentes  reprises,  nous 
croyons  devoir  les  compléter  en  quelques  points  sur  lesquels  nous  n*ayons  trouvé  aucun 
renseignement  qu'il  ait  laissé. 

Après  avoir  construit  l'interrupteur  décrit  précédemment  sous  deux  formes  légère- 
ment différentes,  L.  Foucault  adopta  une  disposition  qui  est  celle  qui  est  maintenant  la 
plus  fréquemment  employée  et  dont  la  description  se  trouve  dans  la  plupart  des  ouvrages 
classiques.  Nous  reproduisons  ci-après  des  descriptions  de  l'appareil  primitif  que  nous 
extrayons  du  Traité  d'électricité  de  J.  Gavarret^  dont  l'auteur  a  fait  exécuter  les  dessins  sous 
les  yeux  de  L.  Foucault  : 

a  U  U,  U'  U',  (âg.  ilx)  sont  deux  larges  planches  de  bois  entre  lesquelles  est  placé  le 
condensateur  d'extra-courant.  Pour  former  ce  condensateur,  on  fait  une  pile  de  lames 
d'étain  rectangulaires,  en  ayant  soin  de  séparer  chaque  lame  métallique  de  celle  qui  la  pré- 
céder et  de  celle  qui  la  suitpar  une  feuille  de  taffetas  gommé.  Les  lames  d'étain  de  rang  pair 


Figure  14. 


font  saillie  sur  une  des  petites  faces  de  la  pile,  et  communiquent  toutes  entre  elles;  les 
lames  d'étain  de  rang  impair  font  saillie  sur  la  lame  opposée,  et  communiquent  aussi 
toutes  entre  elles.  L'ensemble  de  ces  lames  métalliques  et  de  ces  feuilles  isolantes  con- 
stitue un  condensateur  dont  une  armure  est  représentée  par  les  lames  de  rang  pair,  et 
la  seconde  armure  par  les  lames  de  rang  impair.  Ce  système  est  logé  entre  les  planches 
de  bois  U  U,  U'U'.  Aux  extrémités  de  la  planche  supérieure  UU  se  trouvent  deux  colon- 
nettes  de  bois  G,  H,  traversées  par  des  flls  métalliques  destinés  à  faire  communiquer  les 
armures  du  condensateur  avec  deux  points  du  circuit  inducteur.  A  cet  effet,  l'un  de  ces 
flls  communique  avec  les  lames  métalliques  de  rang  pair,  et  l'autre  avec  les  lames  de 
rang  impair. 

Les  diverses  pièces  de  l'interrupteur  sont  fixées  à  une  planchette  de  bois  I  placée 
sur  le  condensateur.  L  est  une  forte  lame  de  cuivre  rouge  horizontale  et  solide- 
ment fixée  à  un  support  de  bois  X,  qui  lui-même  fait  corps  avec  la  planchette  I.  Cette 
lame  déborde  le  support  X  et  se  continue  par  une  lame  de  cuivre  rouge  R  rigide,  étroite 
et  recourbée.  Sur  la  partie  de  la  lame  L  qui  déborde  le  support  X,  est  soudée  une  tra- 

4.T.  II,  p.  340. 


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—  358  — 

verse  T  de  fer  doux.  A  la  lame  recourbée  R  sont  fixés  deux  appendices  verticaux  de  pla- 
tine P,  P',  dont  le  bout  inférieur  est  taillé  en  pointe. 

Au-dessous  des  pointes  de  platine  P,  P',  sont  placés  deux  verres  v,  v;  chacun  de 
ces  verres  contient  du  mercure  et  de  l'alcool.  Quand  la  lame  LR  est  en  repos,  les  pointes 
de  platine  plongent  dans  l'alcool  et  ne  touchent  pas  le  mercure;  mais  quand  la  lame  LR 
est  mise  en  vibration,  ces  pointes  P,  P\  à  la  fin  de  chaque  oscillation  descendante, Tien- 
nent plonger  dans  le  mercure.  Un  fil  métallique  fait  communiquer  le  mercure  du 
verre  v  avec  le  bouton  métallique  d,  qui  lui-même  communique  d'une  part  avec  une 
des  armures  du  condensateur  à  travers  la  colonnette  H,  et,  d'autre  part,  au  moyen  da 
fil  M',  avec  l'une  des  extrémités  de  la  spirale  inductrice  de  la  bobine.  Un  second  fil  mé- 
tallique fait  communiquer  en  h  le  mercure  du  verre  v'avec  le  pôle  négatif  d*un  élément 
de  Bunsen  V. 

Au-dessus  de  la  traverse  de  fer  doux  T  est  disposé  un  électro-aimant  en  fer  à  cheval. 
Les  bobines  de  cet  électro-aimant  sont  formées  par  l'enroulement  d'un  seul  fil  dont 
Tun  des  bouts  communique  en  g  avec  le  pôle  positif  de  l'élément  Bunsen  V,  tandis  que 
l'autre  bout  communique,  en  c,  avec  la  lame  de  cuivre  LR  et  la  pointe  de  platine  P'. 

Le  commutateur  N  communique  d'une  part  à  une  pile  de  Bunsen  par  les  fils  0  el 
0',  tandis  que,  d'autre  part,  l'un  des  fils  M  se  rend  à  la  bobine  où  il  se  joint  à  la  se- 
conde extrémité  de  la  spirale  inductrice  et  l'autre  fil  Z  communique  en  b,  avec  la  lame 
de  cuivre  LR  et  la  poicte  de  platine  P. 

Le  fil  métallique  qui  traverse  la  colonnette  de  bois  G  vient  se  fixer  en  a  et  établit  la 
communication  d'une  des  armures  du  condensateur  avec  la  lame  de  cuivre  LR  el  a 
pointe  de  platine  P.  L'interrupteur  est  donc,  comme  à  l'ordinaire,  placé  entre  les  deux 
armures  du  condensateur  qui,  d'ailleurs,  communiquent  à  travers  la  spirale  inductrice, 
le  commutateur  N  et  la  pile  elle-même. 

Dans  ce  système,  il  y  a  deux  circuits  voltaîques  distincts  :  le  premier  comprend  le 
couple  V  et  l'éleclro-aimant  de  l'interrupteur.  Ce  circuit  est  fermé  dans  le  verre  v',  au 
moyen  de  la  lame  métallique  LP',  toutes  les  fois  que  la  pointe  P'  est  en  contact  avec  la 
couche  de  mercure  placée  au  fond  de  ce  verre.  Le  courant  du  couple  V  a  une  action 
toute  locale;  il  sert  uniquement  à  faire  marcher  l'interrupteur  et  à  rendre  son  jeu  indé- 
pendant du  courant  de  la  pile  qui  doit  traverser  la  spirale  inductrice  de  la  bobine. 

Le  second  circuit,  ou  celui  de  la  pile,  comprend  la  pile  elle-même,  le  commutateur 
et  l'appareil  d'induction.  Ce  circuit  est  fermé  dans  le  verre  v  au  moyen  de  la  lame  mé- 
tallique LP  toutes  les  fois  que  la  pointe  P  plonge  dans  la  couche  de  mercure  placée  au 
fond  de  ce  verre.  » 

Nous  n'insisterons  pas  sur  le  fonctionnement  de  cet  appareil  dont  il  est  très- 
facile  de  se  rendre  compte. 

Nous  donnons,  d'après  le  même  auteur  \  la  description  détaillée  du  mode  de  com- 
munication établie  entre  quatre  bobines  de  Ruhmkorff  disposées  en  séries  lors  d'expé- 
riences qui  furent  faites  dans  Tamphithéâtre  de  la  Faculté  de  médecine  de  Paris  et  qui 
donnèrent  des  résultats  remarquables  comme  intensité  des  eff^ets  obtenus  : 

a  Chacune  des  machines  est  dépouillée  de  son  interrupteur,  de  son  condensateur  et 

4.  Loc.  cit.,  t.  II,  p.  344. 


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—  359  — 

de  son  commutateur  :  elles  fonctionnent  toutes  à  la  foissousTinflueiice  d'un  môme  inter- 
rupteur à  mercure  II  (flg.  15),  du  même  condensateur  U  U  et  du  même  commutateur  N  ; 
retendue  de  la  surface  du  condensateur  commun,  annexé  aux  circuits  inducteurs,  doit 
éti-e  réglé  sur  rintensilé  du  courantinducteur  transmise  travers  l'ensemble  des  appareils. 

Les  flls  de  la  pile  0  et  0'  aboutissent  au  commutateur  N  ;  un  couple  de  Bunsen  Y 
fournit  le  courant  local  qui  fait  marcher  l'interrupteur  et  dont  la  marche  est  indiquée 
par  des  flèches  empennées. 

Les  quatre  machines  composent  deux  groupes  de  deux  appareils  symétriquement 
disposés.  Des  systèmes  de  communication  distincts  sont  établis  entre  les  extrémités  des 


Figure  15. 


bobines  inductrices  et  les  extrémités  des  bobines  induites.  Les  spirales  inductrices  sont 
reliées  par  deux  systèmes  d'arcs  métalliques;  l'un  de  ces  systèmes  est  pour  les  courants 
qui  pénètrent  dans  des  spirales,  et  Tautre  pour  les  courants  qui  sortent.  La  marche  des 
courants  qui  pénètrent  est  indiquée  par  des  flèches  pleines,  la  marche  des  courants  qui 
sortent  est  indiquée  par  des  flèches  ponctuées. 

On  voit  à  la  simple  inspection  de  la  figure  que  le  courant  arrivant  en  A  se  partage 
en  quatre  courants  inducteurs  distincts  et  de  même  intensité,  un  pour  chaque  spirale 
inductrice.  Les  spirales  inductrices  des  appareils  1  et  3  sont  toutes  deux  traversées  dans 
le  même  sens  de  D  en  F;  les  spirales  inductrices  des  appareils  2  et  ft  sont  au  contraire 
toutes  deux  traversées  de  F  en  D.  On  se  rend  facilement  compte  dès  lors  que  les  quatre 
spirales  induites  sont  des  électro-moteurs  distincts,  disposés  dans  un  ordre  tel  que  les 
deux  extrémités  homologues  de  deux  spirales  contiguès  représentent  des  pôles  désignes 
contraires.  Si  donc  on  réunit  par  des  communications  métalliques  les  colonnes  G,  G 
des  appareils  1  et  2,  les  colonnes  B,  B  des  appareils  2  et  3  et  les  colonnes  G,  G  des  appa-^ 


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—  360  — 

reils  3  et  A,  l'ensemble  des  quatre  machines  représente  une  véritable  pile  dHnduction  et 
les  pôles  de  cette  combinaison  sont  les  colonnes  B,  fi  de  Pappareil  1  et  de  l'appareil  h. 

Dans  cette  pile  de  machine  d'induction,  la  somme  des  tensions  se  trouve  partagée 
entre  les  divers  éléments  électro-moteurs,  et  dans  chacun  des  appareils  associés;  la  dif- 
férence des  tensions  des  extrémités  de  la  bobine  induite  conserve  les  valeurs  qu'elle 
aurait  atteinte,  si  cet  appareil  avait  fonctionné  seul  sous  l'influence  du  courant  panUl 
qui  traverse  sa  spirale  inductrice.  Il  en  résulte  que  sans  s'exposer  à  crever  les  bobines 
induites,  on  peut  soumettre; cette  combinaison  à  Faction  d'un  nombre  de  couples  pro- 
portionnel à  celui  des  machines  dont  elle  se  compose.  La  diflérence  des  tensions  des 
extrémités  de  la  série  induite,  et  la  longueur  des  étincelles  qui  éclatent  entre  ses  pôles, 
augmentent  nécessairement  dans  le  même  rapport. 

Avec  la  série  de  quatre  appareils  représentés  dans  la  figure  15,  H.  L.  Foucault  em- 
ploie habituellement  une  pile  de  trente  à  quarante  couples  de  Bunsen  de  dimensions 
ordinaires.  Les  étincelles  échangées  à  l'air  libre  par  les  extrémités  de  l'excitateur  Y  ont 
de  0",08à  0"',10  de  longueur;  ces  étincelles  sont  volumineuses,  trës-éclatantes,  et  se 
succèdent  avec  une  telle  rapidité,  que  les  branches  de  l'excitateur  paraissent  réunies  par 
un  trait  de  feu  continu.  » 


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\ 


INTERRUPTEUR  A  DOUBLE  EFFET 

POUR    LES    APPAREILS    D'INDUCTION* 

(Société  philomatbique,  8  août  1857.) 


J*ai  fait  connallre  à  la  Société  un  interrupteur  à  mercure  et  à  lame 
vibrante  qui  permet  d'augmenter  considérablement  les  effets  des  appareils 
d'induction.  Ces  sortes  de  machines  qui,  à  l'époque  où  j'ai  commencé  mes 
recherches,  ne  donnaient  l'étincelle  qu'à  la  distance  de  12  à  15  milli- 
mètres, ont  pu  être  réunies,  et  ont  donné  entre  mes  mains  un  jet  continu 
d'étincelles  de  8  centimètres  de  longueur;  depuis  lors,  les  constructeurs 
d'appareils  ont  senti  la  nécessité  de  réaliser  un  isolement  plus  parfait,  et 
aujourd'hui  ils  obtiennent,  en  distribuant  le  courant  inducteur  au  moyen 
de  l'interrupteur  à  mercure,  des  effets  de  plys  en  plus  développés.  Les  étin- 
celles acquièrent  jusqu'à  20  centimètres  de  long,  et  la  tension  est  telle 
qu'on  perfore  le  verre  jusqu'à  une  épaisseur  de  8  à  10  millimètres  en  diri- 
geant la  décharge  sur  une  lame  de  glace  placée  entre  les  deux  pôles. 

Voyant  que  l'interrupteur  à  mercure  atteint  réellement  son  but,  j'ai 
cru  devoir  y  apporter  un  perfectionnement  qui  permet  d'en  tirer  encore 
un  meilleur  parti. 

Lorsque  l'interrupteur  à  mercure  fonctionne,  l'interruption  du  courant 
inducteur  a  lieu  par  le  fait  de  l'én^ersion  de  la  pièce  vibrante  hors  du 
mercure  employé  à  former  le  circuit,  et  comme  l'émersion  dure  à  peu 

4.  Voir  ProcèS'Verbatuc  de  la  Soc.  phU,y  4857,  p.  406, 

46 


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—  362  — 

près  autant  que  llmmersion,  il  en  résulte  que  la  plie  chargée  de  fournir  le 
courant  inducteur  demeure  inactive  la  moitié  du  temps.  J*ai  donc  cherché 
à  utiliser  ce  temps  perdu  et  j'y  ai  réussi,  en  faisant  de  Tinterrupteur  un 
instrument  à  double  effet. 

Dans  la  nouvelle  disposition,  la  lame  vibrante  est  disposée  de  manière 
à  opérer  alternativement  la  distribution  par  l'une  et  l'autre  extrémité  ;  elle 
est  donc  terminée  par  deux  crochets  qui  plongent  de  part  et  d'autre  dans 
les  godets  à  mercure  ;  cette  lame  vibrante  est  horizontalement  suspendue 
par  une  lame  élastique  qui  lui  permet  d'osciller  de  part  et  d'autre  de  sa 
position  d'équilibre,  à  peu  près  comme  un  fléau  de  balance;  chacun  des 
bras  porte  un  barreau  de  fer  doux  placé  en  regard  d'un  électro-aimant 
destiné  à  perpétuer  le  mouvement  vibratoire.  Par  cette  disposition,  les 
deux  branches  de  l'interrupteur  fonctionnent  alternativement  pour  distri- 
buer le  même  courant  et,  tous  les  organes  étant  répétés  eu  double,  l'appa- 
reil présente  une  symétrie  parfaite.  Pour  mettre  l'appareil  en  activité,  il 
faut  verser  du  mercure  dans  les  deux  godets  jusqu'à  ce  que  la  surface 
libre  du  liquide  approche  de  très-près  l'une  et  l'autre  pointe  de  distribution. 
On  verse  ensuite  de  l'alcool  par-dessus.  Les  communications  étant  établies, 
il  suffît  de  presser  sur  la  pièce  vibrante  pour  la  faire  plonger  dans  Tun 
des  godets  et  pour  établir  un  mouvement  vibratoire  qui  se  perpétue  de 
lui-même. 

En  tenant  compte  de  la  description  qui  vient  d'être  indiquée,  on  com- 
prend aisément  que  chacune  des  branches  de  l'interrupteur  à  double  effet 
agit  au  service  du  même  courant  comme  agit  la  branche  unique  d'un  inter- 
rupteur simple  ;  mais  comme  elles  fonctionnent  alternativement,  elles  sup- 
priment le  temps  perdu  et  elles  n'interrompent  le  courant  inducteur  que 
pendant  la  durée  du  temps  strictement  nécessaire  à  la  manifestation  des 
phénomènes  d'induction.  Aussi  l'interrupteur  à  double  effet  donne-t-il  dans 
l'unité  de  temps  un  nombre  d'étincelles  double  de  celui  que  fournit  Tinter- 
rupteur  simple,  sans  qu'il  en  résulte  un  affaiblissement  sensible  dans  l'in- 
tensité de  chaque  décharge,  considérée  isolément.  Il  en  résulte  donc  que 
les  effets  sont  sensiblement  doubles,  ce  qui  justifie  la  dénomination  que 
je  propose  d'affecter  un  nouvel  interrupteur. 


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—  363  — 


INSTRUCTION 

SUR  L'INTERRUPTEUR  DOUBLE   A  MERCURE. 

(Sans  date.) 

L'înterrupleur  double  à  mercure  est  mis  en  mouvement  par  un  courant 
distinct  et  formé  par  un  élément  de  pile  dont  les  pôles  viennent  se  ratta- 
cher aux  deux  boutons  de  contact  P.  F.  Restent  alors  quatre  autres  boutons, 
deux  désignés  par  P  et  C  et  deux'autres  par  P'  et  G.  L'un  des  pôle  s  de  la 


S] 


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s' 


4 


Zj 


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r^T'^ 

Figure  16. 

pile  inductrice  étant  donc  relié  à  l'un  des  boutons  P  ou  G,  l'un  des  boutons 
P^  ou  C  est  mis  en  communication  avec  le  (il  inducteur  de  la  bobine  dont 
Taulre  extrémité  correspond  à  l'autre  pôle  de  la  pile,  et  les  deux  boutons 
disponibles  sont  mis  en  communication  avec  un  condensateur  Fizeau. 

Il  y  a  aussi  à  considérer  quatre  godets  à  mercure  D,  E,  D',  E'  :  les  deux 
plus  petits  sont  destinés  au  courant  moteur  et  les  deux  autres  au  courant 
inducteur;  tous  doivent  contenir  du  mercure  jusqu'à  un  niveau  voisin  de 
leurs  pointes  respectives  en  platine  ;  le  réglage  s'opère  au  moyen  de  petits 
supports  à  vis.  Dans  les  deux  godets  extérieurs  destinés  au  courant  induc- 
teur, il  est  bon  d'épaissir  le  mercure  par  l'addition  d'une  certaine  quantité 


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d*am[ilg<iine  pftteux  d'argent*;  par  ce  moyen  on  diminue  la  mobilité  du 
liquide  métallique  et  le  réglage  en  devient  plus  facile. 

Pour  être  sûr  d'avoir  bien  obtenu  le  double  effet,  il  convient  d'abaisser 
d'abord  l'un  des  godets  à  mercure  du  courant  inducteur,  afin  de  laisser 
l'autre  fonctionner  tout  seul,  et  quand  on  a  constaté  l'effet  produit  par  l'ap- 
pareil agissant  ainsi  comme  interrupteur  simple,  on  met  le  second  godei 


Figure   17. 

en  prise  en  élevant  le  support  sur  lequel  il  repose,  et  l'on  voit  tout  à 
coup  l'effet  doubler.  Si  les  niveaux  du  mercure  étaient  trop  élevés  dans  les 
deux  verres,  il  n'y  aurait  plus  interruption  et  les  effets  cesseraient  complè- 
tement. On  apprend  par  t&tonnement  à  régler  les  niveaux  de  manière  à 
obtenir  le  maximum  d'effet.  En  tout  cas,  il  faut  que  le  mercure  soit 
recouvert  d'une  forte  épaisseur  d'alcool  ordinaire.  L'aiguille  fendue  qui 
s'élève  verticalement  porte  une  masse  courante  M,  dont  la  position  variable 
permet  de  modifier,  entre  certaines  limites,  la  vitesse  du  mouvement  de 
vibration. 

4.  L'emploi  de  l'amalgame  d'argent  au  lieu  de  mercure  a  été  indiqué  par  L.  Foucault  à  la  Société 
philomathique,  h  1  novembre  4857.  Voir  Pr.-verb,  de  la  Soc.  phiL,  4857,  p.  433. 


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Le  dessin  reproduit  dans  In  note  précédente  est  copié  d'après  un  dessin  inédit  de 
L.  Foucault  portant  pour  titre  :  Interrupteur  à  vibrations  variable»,  ei  daté  d*août  1861.  La 
durée  des  Tibrations  dépend  non-seulement  de  la  position  de  la  masse  M,  mais  aussi  du 
rapprochement  plus  ou  moins  grand  des  pièces  H  et  K  qui  pincent  le  ressort  servant  de 
support  à  la  partie  mobile  ;  la  distance  de  ces  pièces  peut  yarier  sous  l'action  de  la 
vis  à  deux  filets  V  V  qui  les  traverse  et  que  l'on  fait  mouvoir  à  l'aide  du  bouton  U. 


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APPAREILS  D'INDUCTION 

SONS  PRODUITS  DANS  LES  CONDENSATEURS  D'BXTRA-COURANT» 

(Société  philomathiqae,  8  novembre  1856.) 


Pour  tirer  le  meilleur  parti  possible  de  Finterrupteur  à  mercure  appli- 
qué aux  machines  d*induction  multiples,  j*ai  été  conduit  à  augmenter 
considérablement  la  surface  du  condensateur  destiné  à  recevoir  et  à  réfléchir 
Textra-courant  sur  lui-même;  peu  à  peu  j'en  suis  venu  à  employer  comme 
armature  une  série  de  lames  d'étain  dont  la  surface  totale  est  de  6  mètres 
carrés.  A  mesure  qu'on  développe  ainsi  les  surfaces  de  condensation,  on 
favorise  la  production  d'un  bruit  qui  n'avait  pas  encore  été  signalé  et  qui  est 
pourtant  susceptible  d'acquérir  une  intensité  extraordinaire.  Chaque  fois 
que  l'extra-courant  se  décharge  dans  le  condensateur,  il  fait  nattre  un  brait 
de  choc  dont  l'intensité  croit  avec  l'étendue  superficielle  des  armatures; 
comme  d'ailleurs  l'interrupteur  à  mercure  exécute   des  vibrations  iso- 
chrones, il  en  résulte  que  la  succession  des  bruits  dans  le  condensateur  forme 
un  son  d'une  force  et  d'une  gravité  remarquables.  Si  l'on  transporte  le 
condensateur  dans  une  pièce  éloignée  de  celle  où  fonctionne  l'interrupteur, 
on  peut  étudier  isolément  le  son  qu'il  est  susceptible  de  rendre,   et  qui 
éclate  aussitôt  qu'on  établit  la  communication  avec  le  01  d'extra-*courant. 

4.  Voir  Procès-verbaux  de  la  Soc.  phiL,  4856,  p.  57. 


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SUR   UN  MOYEN 


DE 


PRÉVENIR  LES  ÉTINCELLES  D'EXTRA-COURANT 

DANS   LES  MOTEURS   ÉLECTRIQUES* 
(Société  philomatbique,  23  mars  1861.) 


Le  dernier  numéro  de  la  Bibliothèque  de  Genève*,  contient  une  intéres- 
sante dissertation  de  M.  de  la  Rive  sur  les  machines  mises  en  mouvement 
par  réiectricité  dynamique.  Dans  cette  note,  M.  de  la  Rive  passe  en  revue 
les  différentes  causes  qui  ont  empêché  ces  appareils  de  fonctionner  sérieu- 
sement comme  moteurs,  et  il  considère  avec  raison  Tétineelle  qui  éclate 
dans  les  organes  de  distribution  comme  un  des  obstacles  les  plus  difficiles 
à  surmonter.  Cependant,  ce  savant  physicien  fait  connaître  une  disposition 
qui  a  été  imaginée  par  M.  Froment  et  qui  aurait  pour  effet  de  réduire  con- 
sidérablement la  vivacité  des  étincelles. 

Le  procédé  consiste  &  diviser  constamment  le  courant  moteur  entre 
plusieurs  électro-aimants  et  à  renouveler  progressivement  cette  série  active 
de  manière  que  la  fraction  de  courant  détournée  d'un  électro-aimant,  soit 
au  même  instant  dirigée  dans  une  autre.  Par  cette  disposition,  il  arrive  que 
le  courant  n*est  jamais  interrompu,  ce  qui  empêche  que  Tare  voltaïque 

4.  Voir  Procès-verbaux  de  la  Soc.  phil.,  4864,  p.  44. 
%.  Bibliolhêgue  tmiverseUe  de  Genève,  4864,  t.  X,  p.  454. 


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—  368  — 

propre  de  la  pile  ne  vienne  renforcer  rëtincelle  aux  points  de  rupture  des 
courants  partiels.  Mais  cette  disposition  laisse  subsister,  sans  y  porter 
remède,  la  portion  d*étincelle  qui  est  due  à  Textra-courant  des  électro- 
aimants et  qi^i  me  parait  encore  former  la  plus  grosse  part.  Le  vrai  moyen 
de  supprimer  cette  dernière  cause  d'étincelles  consiste  à  fermer  rélectro- 
aimant  sur  lui-même  au  moment  précis  où  on  l'isole  de  la  pile;  la  même 
pièce  qui  interrompt  la  communication  peut  servir  &  former  le  pont  entre 
les  deux  fils  adducteurs  pour  fermer  le  circuit  de  l'électro-aimant.  Lorsque 
l'extra-courant  se  déclare,  il  trouve  à  circuler  librement  dans  un  circuit 
métallique  non  interrompu,  et  le  seul  effet  qu'il  puisse  alors  produire  est 
d'imprimer  à  l'aimantation  une  plus  longue  durée  qu'on  utilise  aisément 
dans  les  machines  en  donnant  de  l'avance  à  la  distribution. 

Je  n'ai  pas  eu  la  satisfaction  de  constater  l'expérience  de  ce  nouvel 
arrangement  sur  une  machine  complète,  mais  j'en  ai  fait  l'expérience  sur 
un  interrupteur  à  lames  vibrantes,  qui  est  bien  en  réalité  une  sorte  de 
moteur.  En  supprimant  ou  en  rétablissant  une  communication  placée  sur 
le  trajet  de  l'extra-courant,  on  pouvait  mettre  en  évidence  l'influence  de 
la  nouvelle  disposition  et  on  constatait  que  la  suppression  de  l'étincelle  au 
point  d'interruption  avait  aussitôt  pour  résultat  de  doubler  les  excursions 
de  la  lame  vibrante.  Je  suis  donc  porté  &  croire  que  par  un  simple  chan- 
gement apporté  dans  le  système  des  communications,  on  améliorerait  sensi- 
blement la  plupart  de  nos  moteurs  électriques.  Je  pense  également  que 
dans  l'horlogerie  [électrique,  où  il  importe  d'assurer  la  conservation  d'or- 
ganes délicats,  ce  genre  de  distribution  qui  supprime  l'étincelle  pourrait 
être  appliquée  avec  avantage. 


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EXPÉRIENCE   RELATIVE 


AUX 


EFFETS  DES  ACTIONS  SECONDAIRES  DANS  LES  PILES 

(Sans  date.) 


Parmi  les  diverses  recherches  auxquelles  se  livra  L.  Foucault  sur  réleclricité  et  dont 
nous  n'avons  pu  retrouver  aucune  trace  dans  les  mémoires  qu'il  a  publiés  ou  dans  les 
noies  manuscrites  qu'il  a  laissées,  nous  croyons  devoir  indiquer  d'une  manière  spéciale 
la  disposition  particulière  suivante  qu'il  a  imaginée  pour  expliquer  les  diverses  phases  qui 
peuvent  se  présenter  dans  le  fonctionnement  des  piles;  cette  disposition  nous  a  été 
signalée  par  M.  J.  Gavarret,  professeur  à  la  Faculté  de  médecine,  qui  la  tenait  de  L.  Fou- 
cault et  qui  la  présente  chaque  année  dans  son  cours.  Nous  la  décrivons  sous  sa  forme 
primitive. 

Dans  un  verre  à  expérience  de  grandes  dimensions  A,  on  verse  une  dissolution 
saturée  de  sulfate  de  soude  (flg.  18);  une  lame  de  zinc  D  est  placée  horizontalement  vers 
la  partie  supérieure  du  liquide  et  fixée  sur  le  bord  du  verre  par  une  pince  E  à  laquelle 
aboutit  un  fil  conducteur.  D'autre  part,  un  tube  en  verre  recourbé  et  élargi  à  sa  partie 
inférieure  en  foime  de  pipe  B,  contient  du  mercure  dans  lequel  pénètre  un  fil  de 
platine  qui  arrive  à  travers  le  tube. 

Au  commencement  de  l'expérience,  les  flis  conducteurs  sont  fixés  aux  bornes  d'un 
galvanomètre  dont  le  mouvement  de  Taiguilie  indique  l'existence  d'un  courant.  On 
conçoit,  en  effet,  que  le  zinc  est  attaqué  et  donne  naissance  à  du  sulfate  de  zinc  en 
même  temps  que  du  sodium  se  porte  sur  le  mercure  qui  joue  le  rôle  de  pôle  positif  de 
la  pile.  Mais  bientôt  l'intensité  du  courant  s'affaiblit  et  s'annule,  ce  que  démontre  le 
retour  au  zéro  de  Taiguille  du  galvanomètre  ;  c'est  qu'à  ce  moment  l'amalgame  de  sodium 
agit  sur  le  sulfate  de  zinc  formé  avec  la  même  énergie  que  le  zinc  sur  le  sulfate  de 
soude  non  encore  décomposé.  Il  suffit  d'agiter  avec  une  baguette  de  verre  l'amalgame 
formé  et,  par  suite,  de  diminuer  la  richesse  superficielle  pour  voir  le  courant  se  mani- 

47 


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—  370  — 

lester  de  uouveau;  mais  raction  s'épuise,  cl,  comme  il  est  facile  de  le  concevoir,  plus 
rapidement  que  la  première  fois.  On  peut  ainsi  renouveler  à  plusieui's  reprises  ractioa 
chimique,  jusqu'à  ce  que  l'amalgame  ait  dans  toute  sa  masse  une  composition  telle 
qu'il  équilibre  Faction  du  zinc. 

On  peut,  d'ailleurs,  poursuivre  l'expérience  ainsi  qu'il  suit  :  on  supprime  les  com- 
munications avec  le  galvanomètre  et  l'on  réunit  les  fils  conducteurs  avec  les  pôles  d'une 
pile,  le  pôle  négatif  de  la  pile  étant  relié  au  mercure  de  l'élément  que  l'on  étudie. 
Le  courant  qui  passe  alors  (et  Faction  peut  être  fort  courte)  produit  Téleclrolyse  du  sul- 


^j^Tîf^T 


l'ig.      18. 

ftUe  de  soude  et  accumule  du  sodium  au  pôle  négatif,  c'est-à-dire  dans  le  mercure: 
Pamalgame  s'enrichit  donc  encore  en  sodium.  Si  l'on  vient  à  cesser  Taclion  de  ce  cou- 
rant accessoire  et  à  rétablir  les  communications  avec  le  galvanomètre,  on  est  averti 
aussitôt  par  les  déviations  de  l'aiguille  de  Texistence  d'un  courant;  ce  courant  est 
en  sens  contraire  de  celui  que  Ton  avait  observé  tout  d'abord,  l'amalgame  riche  de 
sodium  étant  le  pôle  négatif  et  le  zinc  le  pôle  positif;  mais  l'amalgame  s^épuisejà  la  sur- 
face et  le  courant  s'affaiblit,  puis  s'éteint;  on  peut,  dans  une  certaine  mesure^  le  faire 
reparatlre,  en  agitant  la  masse.  Enfin  après  un  certain  temps,  toute  action  est  terminée  : 
l'amalgame  de  sodium  est  de  nouveau  amené  à  un  état  tel  qu'il  fait  équilibre  au  ziDC) 
au  point  de  vue  chimique. 

Cette  expérience  constitue,  on  le  voit*  un  procédé  très-élégant  pour  melti'e  en  éti- 
dence  l'importance  des  actions  secondaires  diverses  qui  se  passent  dans  les  piles  à  un 
liquide  et  dont  l'effet  est  de  diminuer  et  d'annuler  le  courant  qui  s'est  manifesté  tout 
d'abord,  souvent  d'une  manière  énergique; 


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MÉCANIQUE 


SUR 
UNE  HORLOGE  A  PENDULE  CONIQUE' 

(Académie  des  Sciences,  26  Juillet  1847.) 


La  machine  que  j'ai  l'honneur  de  présenter  à  l'Académie  répond  à  la 
nécessité  de  produire  au  service  des  sciences  astronomique  et  physique 
une  espèce  particulière  de  mouvement,  un  mouvement  uniforme^  continu  et 
mesuré. 

Les  montres,  les  pendules  et  les  horloges  qui  nous  étonnent  par  la  régu- 
larité de  leur  marche  remplissent  parfaitement  le  butauquelonles  destine; 
mais  le  mouvement  qu'elles  communiquent  aux  aiguilles  est  bien  loin  de 
présenter  une  véritable  continuité.  Ces  aiguilles,  et  généralement  tous  les 
mobiles  qui  entrent  dans  la  composition  des  instruments  destinés  à  la  me- 
sure du  temps,  sont  alternativement  en  repos  et  en  mouvement;  et,  si  l'on 
a  l'habitude  de  citer  la  marche  des  aiguilles  d'une  montre  comme  exemple 
d'un  mouvement  uniforme,  il  faut  bien  remarquer  que  cette  uniformité  ne 
s'applique  qu'à  la  vitesse  moyenne  du  rouage,  et  qu'elle  disparaît  aussitôt 
que  l'on  considère  les  mouvements  qu'il  exécute  dans  des  instants  consé- 
cutifs et  très-courts. 

^.C.R.  deVAc.  des  Se,  t.  XXV,  p.  454. 


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On  est  loin  de  considérer  oomme  une  imperreclion  ce  caractère  dio- 
termittence  qui  règne  dans  les  mouvements  propres  aux  appareils  dliorlo- 
gerie,  car  dans  les  conditions  ordinaires  de  la  vie,  il  importe  peu  de  con- 
naître Theure  à  moins  d*une  seconde  ou  d'une  demi-seconde  près;  et  dans 
les  occasions  où  il  est  nécessaire  de  mesurer  le  temps  avec  exactitude,  le 
rhythme  régulier  suivant  lequel  les  mouvements  se  succèdent  est  d'un 
grand  secours  pour  subdiviser  mentalement  l'inlervalle  de  temps  connu 
qui  les  sépare.  Ainsi  Ton  voit  que,  loin  de  considérer  comme  nuisibles  les 
changements  périodiques  de  vitesse  qui  affectent  tous  les  rouages  d'un 
chronomètre,  on  doit  en  apprécier  l'importance  et  l'opportunité. 

Mais  il  est  des  circonstances  où,  laissant  de  côté  l'application  de 
l'horlogerie  à  la  mesure  du  temps,  on  s'attache  à  imiter,  aussi  parfaitement 
que  possible,  le  mouvement  de  révolution  de  la  voûte  du  ciel.  Là,  plus 
d'intermittence;  on  observe,  au  contraire,  une  continuité,  une  régularité 
absolues. 

Veut-on,  par  exemple,  diriger  le  miroir  d'un  héliostat  de  manière  à 
fixer  un  faisceau  de  lumière  solaire,  il  faudra  imprimer  à  la  normale  de  ce 
miroir  un  mouvement,  sinon  uniforme  comme  celui  du  soleil,  du  moins 
assez  continu  pour  que  le  faisceau  réfléchi  conserve  de  la  stabilité. 

Mais  on  éprouve  bien  plus  impérieusement  le  besoin  d'engendrer,  avec 
une  grande  perfection,  un  mouvement  de  cette  espèce,  lorsqu'on  se  propose 
de  retenir  un  astre  dans  le  champ  très-étroit  d'une  puissante  lunette.  H 
faut  alo--3  que  le  mouvement  soit  très-régulièrement  communiqué  à  Tin- 
^^rument,  carson  pouvoir  amplifiant  exagéreraitles  plus  petites  divergences 
qui  pourraient  survenir  entre  la  direction  de  son  axe  optique  et  celle  du 
point  considéré  dans  le  ciel. 

On  a  déjà  construit,  sous  le  nom  de  machines  parallaclùfiies^  plusieurs 
appareils  destinés  à  diriger  spontanément  des  lunettes  vers  les  astres  em- 
portés par  le  mouvement  apparent  du  ciel.  Pour  communiquer  à  ces  ma- 
chines le  mouvement  convenable,  on  n'a  pas  cru  pouvoir  mieux  faire  que 
de  recourir  à  une  horloge  construite  d'après  les  principes  ordinaires,  à  une 
horloge  à  échappement,  et  qui,  par  conséquent,  fournissait  un  mouve- 
ment régulier,  mais  intermittent;  et,  comme  il  était  important  en  conser- 


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—  373  — 

vaut  la  régularité,  de  détruire  rinlermiltence  au  lieu  de  faire  agir  direc- 
tement l'horloge  sur  la  lunette,  on  s'est  vu  forcé  d'interposer  un  rouage  à 
ressort  spiral  et  à  volant,  destiné  à  effacer  plus  ou  moins  complètement  les 
saccades  de  l'horloge,  et  à  transformer  en  un  mouvement  continu  le  résultat 
brut  d'une  série  d'impulsions  équidistanteset  égales. 

C'est  sur  ce  principe  qu'a  été  construit  l'équatorial  de  l'Observatoire  de 
Paris.  Bien  que  cette  belle  machine,  sortie  des  mains  de  Gambey,  ait  fonc- 
tionné d  une  manière  satisfaisante,  on  ne  la  considère  plus  aujourd'hui 
comme  représentant  la  solution  définitive  de  la  question.  On  lui  reproche 
une  certaine  complication,  et  au  moment  d'entreprendre  pour  l'Observa- 
toire la  construction  d'une  nouvelle  machine  parallac tique  de  bien  plus 
grandes  dimensions,  on  hésite  sur  la  nature  du  moteur  qu'il  convient  de 
lui  appliquer. 

Dans  ces  circonstances,  j'ai  cru  que  le  moment  était  favorable  pour 
entreprendre  et  réaliser  la  construction  de  la  nouvelle  machine  qui  figure 
en  ce  moment  sur  le  bureau  de  l'Académie. 

C'est,  comme  Ton  voit,  un  modèle  d'horloge  qui  donne  immédiate- 
ment le  mouvement  uniforme,  mesuré  et  continu;  un  mouvement,  en  un 
mot,  directement  applicable  à  la  conduite  d'une  machine  parallactique. 

Ce  résultat  a  été  obtenu  en  substituant  au  pendule  ordinaire  le  pendule 
conique;  par  là  on  arrive  à  supprimer  l'échappement,  qui,  ayant  pour  effet 
de  mettre  périodiquement  et  momentanément  le  rouage  en  communication 
avec  le  pendule,  engendre  de  toute  nécessité  les  pulsations  dont  il  vient 
il'êli'e  fait  mention.  L'échappement  supprimé,  si  l'on  remplace  le  pendule 
ordinaire  par  le  pendule  conique,  celui-ci  peut  être  maintenu  constam- 
ment en  relation  avec  le  rouage  qui  défile  d'une  manière  continue,  ainsi 
qu'on  en  peut  juger  par  la  marche  de  l'aiguille  de  seconde,  fixée  directe- 
ment sur  l'un  des  axes  de  la  machine. 

L'idée  du  pendule  conique  est  déjà  fort  ancienne;  elle  remonte  à 
Huyghens,  qui  V appelait  pendule  circulaire  ou  à  pirouette;  mais  cette  idée  n'a 
jamais  été,  que  je  sache,  l'objet  d'aucune  application  sérieuse  et  durable. 
L'oubli  dans  lequel  ce  pendule  est  resté  doit  être  attribué  à  plusieurs 
causes. 


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—  37/i  — 

En  premier  lieu,  le  pendule  ordinaire  appliqué  à  la  mesure  du  temps 
atleintsi  bien  et  si  simplement  son  but,  qu*il  élait  à  peu  près  inulile  de 
chercher  mieux. 

En  second  lieu,  la  suspension  du  pendule  conique  paraissait  présenter 
quelque  difficulté. 

En  troisième  lieu,  il  semblait  assez  difficile  aussi  de  réaliser  d'une 
manière  pratique  le  mécanisme  qui  dût  jouer  à  l'égard  du  pendule  conique 
le  rôle  que  joue  l'échappement  à  l'égard  du  pendule  ordinaire.  En  effet, 
l'échappement  est  chargé  d'une  fonction  très-délicate,  celle  de  transmettre 
du  rouage  au  pendule  la  petite  quantité  de  force  nécessaire  à  l'entretien  de 
son  mouvement,  sans  influer  sur  la  durée  des  oscillations  et  sans  limiter 
leur  amplitude. 

Ajoutons  qu'il  se  présente  pour  le  pendule  conique  une  difficulté  de 
plus,  celle  de  lui  conserver  un  mouvement  parfaitement  circulaire. 

Par  quelques  observations  préliminaires,  j'ai  rappelé  que  l'horlogerie 
est,  en  effet,  destinée  à  rendre  service  à  l'astronomie  autrement  qu'en  lui 
fournissant  des  instruments  pour  la  mesure  du  temps.  11  me  reste  à  faire 
connaître  le  mode  de  suspension  que  j'ai  adopté  pour  le  pendule  conique 
et  à  décrire  le  mécanisme  chargé  de  transmettre  le  mouvement  du  rouage 
au  pendule  et  de  lui  imprimer  une  tendance  continuelle  vers  la  marche 

.  -s»  * 

circulaire. 

Pour  qu'un  pendule  puisse  engendrer  par  son  mouvement  une  surface 
conique,  il  faut  et  il  suffit  qu'il  puisse  osciller  autour  d'un  point  dans  deux 
plans  rectangulaires. 

La  suspension  de  Cardan  semble  satisfaire  à  ces  conditions,  surtout 
lorsqu'on  la  compose  avec  «des  couteaux  ;  mais  alors  sa  construction  se  com- 
plique, et  des  difficultés  s'élèvent  si  on  veut  la  réaliser  avec  précision.  J'ai 
préféré  recourir  à  un  autre  mode  de  suspension  que  j'ai  décrit  en  détail 
dans  mon  Mémoire;  ce  mode  présente  quelque  analogie  avec  la  suspen- 
sion de  Cardan,  mais  il  est  à  la  fois  plus  simple  et  plus  facile  à  construire. 

Le  pendule,  ainsi  suspendu,  peut  osciller  librement  autour  d'un  point 
bien  défini  et  dans  toutes  les  directions  possibles  ;il  peut,  conséquemment, 
se  mouvoir  en  cercle  autour  de  la  vertictile  abaissée  du  point  de  suspen- 


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—  375  — 

sion.  Pour  concevoir  comment  le  mouvement  lui  est  communiqué,  il  faut 
se  représenter  le  dernier  mobile  du  rouage  placé  verticalement  au-dessus 
du  point  de  suspension,  et  portant  à  son  extrémité  inférieure,  conservée 
libre,  une  sorte  de  doigt  qui  vient  presser  sur  l'extrémité  supérieure  de  la 
lige  du  pendule,  laquelle  a  été  prolongée  à  dessein,  afin  de  pouvoir  entrer 
en  prise. 

A  la  manière  dont  ce  doigt  presse  sur  l'extrémité  supérieure  de  la  tige 
du  pendule,  iï  semble  tout  d'abord  que  celui-ci  doive  abandonner  peu  à  peu 
la  marche  circulaire  pour  n'y  plus  revenir.  L'expérience  montre  positive- 
ment le  contraire;  et  quand  on  tient  compte  d'un  genre  de  frottement  très- 
particulier  qui  accompagne  nécessairement  l'action  de  ce  doigt,  on  voit 
que  ce  frottement  est  la  cause  efficace  de  la  stabilité  qu'on  observe  dans 
la  marche  de  la  machine.  Du  reste,  pour  montrer  combien  elle  est  puis- 
sante h  se  régulariser  elle-même,  il  suffit  de  communiquer  au  pendule  une 
impulsion  étrangère.  Sa  marche  ainsi  troublée,  on  le  voit  décrire  dans 
l'espace,  par  chacun  de  ses  points,  des  ellipses  plus  ou  moins  allongées  ; 
en  même  temps,  l'aiguille  de  seconde  accuse,  par  son  mouvement  pulsatif, 
le  trouble  survenu  dans  la  marche  de  l'instrument.  Mais  peu  à  peu  les 
ellipses  se  dilatent,  les  saccades  de  l'aiguille  s'apaisent  et  s'effacent,  et,  au 
bout  de  quelques  minutes,  une  marche  stable  et  régulière  a  succédé  à  ce 
désordre  d*un  moment. 

Sans  vouloir  entrer  dans  la  description  de  tous  les  menus  détails  de 
construction  qui  doivent  concourir  à  rendre  cette  machine  aussi  parfaite 
que  possible,  je  dois  mentionner  encore  ici  la  disposition  qui  a  été  adoptée 
pour  mettre  le  pendule  en  marche,  et  pour  le  recevoir  quand  son  mouve-^ 
ment  vient  à  être  suspendu. 

La  masse  du  pendule  étant  constituée  par  une  forte  pièce  métallique 
centrée  sur  la  tige,  on  comprend  que  celle-ci  puisse  se  prolonger  en  des- 
sous en  une  verge  cylindrique  d'un  petit  diamètre  et  de  plusieurs  milli- 
mètres de  longueur. 

Quand  l'horloge  est  en  marche,  celte  verge  délimite,  par  son  mouver 
taent,  un  espace  circulaire;  dans  cet  espacCj  on  a  monté  un  plateau  circu- 
laire dont  le  centre  se  trouve  situé  sur  la  verticale  abaissée  du  centre  des 


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mouvements  du  pendule.  On  peut,  du  reste,  communiquer  à  la  main  un 
mouvement  de  rotation  plus  ou  moins  rapide  k  ce  disque. 

Les  choses  étant  ainsi  disposées,  si  la  force  vient  à  manquer,  le  pen- 
dule s'arrête;  et,  au  lieu  de  se  rapprocher  insensiblement  de  la  verticale, 
il  vient  reposer,  par  le  prolongement  inférieur  de  sa  tige,  sur  quelqu'un 
des  points  du  pourtour  du  plateau.  Par  ce  moyen,  le  pendule,  même  à 
l'état  de  repos,  dévie  toujours  de  la  verticale  d'un  angle  qui  est  déterminé 
parle  diamètre  du  plateau.  On  empêche  ainsi  que  l'extrémité  supérieure 
de  la  tige  ne  vienne  choquer  et  fausser  l'axe  délicat  du  dernier  pignon. 

En  outre,  la  machine  étant  remontée,  ce  plateau  offre  encore  la  facilité 
de  lancer  le  pendule  circulairement,  et  d'une  manière  beaucoup  plus  sûre 
qu'on  ne  pourrait  le  faire  à  la  main.  Il  suffit  de  faire  tourner  ce  plaleau 
avec  une  vitesse  graduellement  croissante,  pour  qu'à  un  moment  donné 
on  voie  le  pendule  abandonner  son  bord  et  continuer  de  lui-même  à  marcher 
circulairement.  Gomme,  suivant  toutes  probabilités,  il  y  aura  avantage  à 
donner  au  pendule  un  poids  considérable,  il  était  important  de  trouver  un 
moyen  simple  de  le  lancer  d'emblée  circulairement;  car  autrement,  en  rai- 
son de  sa  masse,  il  aurait  employé  à  se  régulariser  spontanément  un  temps 
plus  ou  moins  long,  ce  qui  eût  nui  singulièrement  aux  applications  aux- 
quelles on  le  destine. 

Comparaison   du  nouveau  pendule   anec  celui  d'Huyghens^ 
dit  pendule  circulaire  ou  à  pirouette. 

Il  me  reste  à  signaler  en  quoi  la  nouvelle  machine  diffère  essentielle- 
ment de  celle  imaginée  par  Huyghens,  vers  l'année  1673,  et  qui,  de  l'aveu 
même  de  son  auteur,  n'a  jamais  fonctionné  d'une  manière  satisfaisante. 

Huyghens  plaçait  également  dans  la  verticale  l'axe  du  dernier  mobile  de 
on  rouage.  Cet  axe,  tournant  librement  sur  ses  deux  pivots,  dépassait  en 
longueur  celui  du  pendule  lui-même,  et  devait  être  assez  fort  pour  en  sup- 
porter tout  le  poids.  Le  pendule  n'était  pas  attaché  directement  à  cet  axe, 
mais  bien  au  bord  libre  d'une  lame  qu'il  portait  sur  le  côté,  etdontle  profil 
figurait  une  développée  de  la  parabole.  Pour  aller  se  rendre  à  son  point 


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—  377  — 

d'attache,  la  tige  du  pendule,  qui  n'était  autre  qu'un  fil  ou  qu'une  lame 
flexible,  passait  à  travers  une  fente  verticale  pratiquée  dans  l'axe. 

Dans  son  mouvement  de  rotation,  l'axe  entraînait  le  pendule,  qui,  par 
l'effet  de  la  force  centrifuge,  s'éloignait  plus  ou  moins  de  la  verticale,  en 
décrivant  un  arc  de  parabole;  sa  longueur  réelle,  comptée  à  partir  du  point 
où  sa  tige  se  dégageait  entre  les  bords  de  la  fente,  variait  ainsi  dans  les 
proportions  voulues  pour  obtenir  l'isochronisme. 

Cette  construction  ingénieuse,  comparée  à  celle  que  nous  proposons 
aujourd'hui,  présente  des  différences  fondamentales.  Le  pendule,  pesant 
de  tout  son  poids  sur  l'axe  qui  lui  communiquait  le  mouvement,  devait  être 
assez  léger.  Son  poids  étant  peu  considérable,  ses  oscillations  étaient  très- 
étendues  ;  et,  pour  conserver  l'isochronisme,  il  fallait  faire  varier  la  longueur 
réelle  du  pendule,  en  faisant  enrouler  ou  dérouler  sa  lige  flexible  sur  une 
développée  de  parabole.  Enfin,  et  ce  qui  rapproche  assez  ce  pendule  du 
régulateur  &  force  centrifuge,  c'est  que  sa  masse  tourne  une  fois  sur  elle- 
même,  en  même  temps  qu'elle  opère  une  révolution  autour  de  la  ver- 
ticale. 

En  recourant  à  une  disposition  toute  différente,  j'ai  eu  principalement 
pour  but,  tout  en  changeant  la  nature  de  son  mouvement,  de  conserver 
au  pendule  ses  attributs  ordinaires  et  consacrés  par  une  longue  expérience, 
c'est-à-dire  que  j'ai  tenu  à  respecter  son  poids,  son  indépendance  et  l'am- 
plitude modérée  de  ses  oscillations.  Je  me  suis  également  astreint  h  con- 
server au  dernier  mobile  du  rouage  la  délicatesse,  la  légèreté  et  la  liberté 
de  mouvement  qu'on  rencontre  ordinairement  dans  la  roue  d'échappement 
Je  désire  sincèrement  que  cette  machine  soit  soumise  &  toutes  les 
épreuves  qu'on  voudra  bien  lui  faire  subir,  afin  qu'on  arrive  à  juger  si  elle 
est  capable  ou  non  de  figurer  un  jour  parmi  les  inventions  utiles  à  la 
science. 


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DÉMONSTRATION   PHYSIQUE 

DU 

MOUVEMENT  DE  ROTATION  DE  LA  TERRE 

AU  MOYEN  DU  PENDULE* 

(Académie  des  Sciences,  3  février  1851.) 


Les  observations  si  nombreuses  et  si  importantes  dont  le  pendule  a 
été  l'objet,  sont  surtout  relatives  à  la  durée  des  oscillations;  celles  que  je  me 
propose  de  faire  connaître  à  TAcadémie  ont  principalement  porté  sur  la 
direction  du  plan  d*oscillatioD  qui,  se  déplaçant  graduellement  d*orient 
en  occident,  fournit  un  signe  sensible  du  mouvement  diurne  du  globe 
terrestre*.  Afin  d'arriver  à  justifier  cette  interprétation  d'un  résultat  cons- 
tant, je  ferai  abstraction  du  mouvement  de  translation  de  la  terre,  qui  est 
sans  influence  sur  le  phénomène  que  je  veux  mettre  en  évidence,  et  je  sup- 
poserai que  l'observateur  se  transporte  au  pôle  pour  y  établir  un  pendule 
réduit  à  sa  plus  grande  simplicité,  c'est-à-dire  un  pendule  composé  d'une 
masse  pesante,  homogène  et  sphérique,  suspendue  par  un  fil  flexible  à 
un  point  absolument  fixe  :  je  supposerai  même  tout  d'abord  que  ce 
point  de  suspension  est  exactement  sur  le  prolongement  de  Taxe  de 

4.  Voir  C.  R.  de  l'Ac.  des  Se,  t.  XXXII,  p.  435. 

t.  Une  note  manuscrite  de  L.  Foucault,  retrouvée  dans  ses  papiers,  contient  les  indications  sui- 
vantes qui  font  connaître  la  date  exacte  à  laquelle  a  réussi  roxpérience  décrite  dans  ce  travail  : 

Vendred.,  de  4  heure  à  t  :  première  expérience,  résultat  favorable;  le  61  casse. 

Mercredi,  8  janvier,  %  heures  du  matin  :  le  pendule  a  tourné  dans  le  sens  du  mouvement  diurne  de 
la  sphère  céleste. 


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—  379 


rotation  du  globe  et  que  les  pièces  solides  qui  le  supportent  ne  parti- 
cipent pas  au  mouvement  diurne.  Si  dans  ces  circonstances  on  éloigne  de 
sa  position  d'équilibre  la  masse  du  pendule  et  si  on  Tabandonne  à  Taction 
de  la  pesanteur  sans  lui  communiquer  aucune  impulsion  latérale,  son  centre 
de  gravité  repassera  par  la  verticale,  et  en  vertu  de  la  vitesse  acquise,  il 
s'élèvera  de  Tautre  côté  de  la  verticale  à  une  hauteur  presque  égale  à  celle 
d*où  il  est  parti.  Parvenu  en  ce  point,  sa  vitesse  expire,  change  de  signe, 
et  le  ramène,  en  le  faisant  passer  encore  par  la  verticale,  un  peu  au-des- 
sous de  son  point  de  départ.  Ainsi  Ton  provoque  un  mouvement  oscillatoire 
de  la  masse  pendulaire  suivant  un  arc  de  cercle  dont  le  plan  est  nette- 
ment déterminé  et  auquel  l'inertie  de  la   matière  assure  une  position 
invariable  dans  Tespace.  Si  donc  ces  oscillations  se  perpétuent  pendant  un 
certain  temps,  le  mouvement  de  la  terre,  qui  ne  cesse  de  tourner  d'occi- 
dent en  orient,  deviendra  sensible  par  le  contraste  de  l'immobilité  du  plan 
d'oscillation  dont  la  trace  sur  le  sol  semblera  animée  d'un  mouvement  con- 
forme au  mouvement  apparent  de  la  sphère  céleste;  et  si  les  oscillations 
pouvaient  se  perpétuer  pendant  vingt-quatre  heures,  la  trace  de  leur  plan 
exécuterait  dans  le  même  temps  une  révolution  entière  autour  de  la  pro- 
jection verticale  du  point  de  suspension. 

Telles  sont  les  conditions  idéales  dans  lesquelles  le  mouvement  de 
rotation  du  globe  deviendrait  évidemment  accessible  à  l'observation.  Mais, 
en  réalité,  on  est  matériellement  obligé  de  prendre  un  point  d'appui  sur  un 
sol  mouvant;  les  pièces  rigides  où  s'attache  l'extrémité  supérieure  du 
fil  du  pendule  ne  peuvent  être  soustraites  au  mouvement  diurne  et  l'on 
pourrait  craindre,  à  première  vue,  que  ce  mouvement  communiqué  au  fil 
et  à  la  masse  pendulaire  n'altérât  la  direction  du  plan  d'oscillation.  Toute- 
fois, la  théorie  ne  montre  pas  là  une  difficulté  sérieuse,  et,  de  son  côté, 
l'expérience  m'a  montré  que,  pourvu  que  le  fil  soit  rond  et  homogène,  on 
peut  le  faire  tourner  assez  rapidement  sur  lui-même  dans  un  sens  ou  dans 
l'autre  sans  influer  sensiblement  sur  la  position  du  plan  d'oscillation,  ea 
sorte  que  l'expérience  telle  que  je  viens  de  la  décrire  doit  réussir  au  pôle 
dans  toute  sa  pureté  ^ 

4.  L'indépendance  du  plan  d'oscillation  et  du  point  de  suspension  peut  être  rendue  évidente  par 


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^ 


^^ 


—  380  — 

Mais  quand  on  descend  vers  nos  latitudes,  le  phénomène  se  complique 
d'un  élément  assez  difficile  à  apprécier  et  sur  lequel  je  souhaite  bien  ?ive- 
ment  d'attirer  l'attention  des  géomètres. 

A  mesure  que  l'on  approche  de  l'équateur,  le  plan  de  l'horizon  pread 
sur  l'axe  de  la  terre  une  position  de  plus  en  plus  oblique,  et  la  verticale, 
au  lieu  de  tourner  sur  elle-même  comme  au  pôle,  décrit  un  cône  de  plus 
en  plus  ouvert;  il  en  résulte  un  ralentissement  dans  le  mouvement  relatif 
du.  plan  d'oscillation,  mouvement  qui  s'annule  à  l'équateur  pour  changer 
de  sens  dans  l'autre  hémisphère.  Pour  déterminer  la  loi  suivant  laquelle 
varie  ce  mouvement  sous  les  diverses  latitudes,  il  faut  recourir  soit  à  l'ana- 
lyse, soit  à  des  considérations  mécaniques  et  géométriques  que  ne  com- 
porte pas  l'étendue  restreinte  de  cette  note;  je  dois  donc  me  borner  à 
énoncer  que  les  deux  méthodes  s'accordent,  en  négligeant  certains  phéno- 
mènes secondaires,  à  montrer  le  déplacement  angulaire  du  plan  d'oscilla* 
tion  comme  devant  être  égal  au  mouvement  angulaire  de  la  terre  dans  le 
même  temps  multiplié  par  le  sinus  de  la  latitude.  Je  me  suis  donc  mis  à 
l'œuvre  avec  confiance,  et  en  opérant  de  la  manière  suivante,  j'ai  constaté 
dans  son  sens  et  dans  sa  grandeur  probable  la  réalité  du  phénomène  prévu. 

Au  sommet  de  la  voûte  d'une  cave  on  a  solidement  scellé  une  forte 
pièce  en  fonte  qui  doit  donner  un  point  d'appui  au  fil  de  suspension,  lequel 
se  dégage  du  sein  d'une  petite  masse  d'acier  trempé  dont  la  surface  libre 
est  parfaitement  horizontale.  Ce  fil  est  d*acier,  fortement  écroui  par  l'ac- 
tion même  de  la  filière,  son  diamètre  varie  entre  n  et  {^  de  millimètre,  il 
se  développe  sur  une  longueur  de  2  mètres  et  porte  à  son  extrémité  infé- 
rieure une  sphère  de  laiton  rodée  et  polie  qui  de  plus  a  été  martelée  de 
façon  à  ce  que  son  centre  de  gravité  coïncide  avec  son  centre  de  figure. 
Cette  sphère  pèse  5  kilogrammes,  et  elle  porte  un  prolongement  aigu  qui 
semble  faire  suite  au  fil  suspenseur. 

uoe  expérience  qui  m'a  mis  sur  la  voie  et  qui  est  très-facile  à  répéter.  Après  avoir  fixé  sur  Parbre 
d*un  tour  et  dans  la  direction  de  Taxe  une  verge  d'acier  ronde  et  flexible,  on  la  met  en  vibration 
en  récartant  de  sa  position  d'équilibre  et  en  l'abandonnant  à  elle-même.  Ainsi  l'on  détermine 
un  plan  d'oscillation  qui,  par  la  persistance  des  impressions  visuelles,  se  trouve  nettement  dessiné  dins 
l'espace.  Or  on  remarque  qu'en  faisant  tourner  à  la  main  l'arbre  qui  sert  de  support  à  cette  verge 
vibrante,  on  n'entraîne  pas  le  plan  de  vibration. 


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—  381  — 

Quand  on  veut  procéder  à  Texpérience,  on  commence  par  annuler  la 
torsion  du  fil  et  parfaire  évanouir  les  oscillations  tournantes  de  la  sphère; 
puis,  pour  l'écarter  de  sa  position  d*équilibre,  on  l'embrasse  dans  une  anse 
de  fil  organic^ue  dont  Textrémité  libre  est  attachée  à  un  point  fixe  pris  sur  la 
muraille,  à  une  faible  hauteur  au-dessus  du  sol.  On  dispose  arbitrairement, 
par  la  longueur  donnée  à  ce  fil,  de  Técart  du  pendule  et  de  la  grandeur  des 
oscillations  qu*on  veut  lui  imprimer.  Généralement,  dans  mes  expériences, 
cesoscillations  comprenaient*  à  Torigine^  un  arc  de  15  à  20  degrés.  Avant 
de  passer  outre,  il  est  nécessaire  d'amortir,  par  un  obstacle  que  l'on  retire 
peu  à  peu|  le  mouvement  oscillatoire  que  le  pendule  exécute  encore  sous 
la  dépendance  des  deux  fils.  Puis,  dès  qu'on  est  parvenu  à  l'amener  au 
repos,  on  brûle  le  fil  organique  en  quelque  point  de  sa  longueur;  sa  téna- 
cité venant  alors  à  faire  défaut,  il  se  rompt,  l'anse  qui  circonscrivait  la 
sphère  tombe  à  terre,  et  le  pendule  obéissant  à  la  seule  force  de  la  gravité, 
entre  en  marche.eLfbui!nit  une  longue  suite  d'oscillations  dont  le  plan  ne 
tarde  pas  à  éprouVer  un  déplacement  sensible.  Au  bout  d'une  demi-heure, 
ce  déplacement  est  tel  qu'il  saute  au  yeux.  Mais  il  est  plus  intéressant  de 
suivre  le  phénomène  de  près,  afin  de  s'assurer  de  la  continuité  de  l'effet. 
Pour  cela,  on  se  sert  d'une  pointe  verticale,  d'une  sorte  de  style  monté  sur 
un  support,  que  l'on  place  à  terre,  de  manière  à  ce  que  dans  son  mou- 
vement de  va-et-vient  le  prolongement  appendiculaire  du  pendule 
vienjie_]^r  son  extrémité  raser  la  pointe  fixe.  En  moins  d'une  minute 
l'exacte  coïncidence  des  deux  pointes  cesse  de  se  reproduire,  la  pointe  oscil- 
lante se4éplasanL-Constammenr  vers  la.  gauche  de  l'observateur,  ce  qui 
indique  que  la  déviation  du.pland.' oscillation  a  lieu  dans  le  sens  même  de 
la  composante  hori^^mtale  du  mouvement  apparent  de  la  sphère  céleste. 
La  grandeur  moyenne  de  ce  mouvement,  rapportée  au  temps  qu'il  emploie 
à  se  produire,  montre,  conformément  aux  indications  de  la  théorie,  que 
sous  nos  latitudes,  la  trace  horizontale  du  plan  d'oscillation  ne  fait  pa;  un 
tour  entier  dans  les  vingt-quatre  heures. 

Je  dois  à  l'obligeance  de  M.  Arago  et  au  zèle  intelligent  de  notre  habile 
constructeur,  M.  Froment,  qui  m'a  si  activement  secondé  dans  l'exécution 
de  ce  travail,  d'avoir  pu  déjà  reproduire  l'expérience  sur  une  plus  grande 


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—  382  — 

échelle.  Profitant  de  la  hauteur  de  la  salle  de  la  méridienne  à  l'Observatoire, 
j*ai  pu  donner  au  fil  du  pendule  une  Jongueur  de  il  mètres.  L'oscillation 
esjt  devemie  à  la  fois  plus  lente  et  plus  étendue,  en  sorte  qu'entre  deux 
retours  consécutifs  du  pendule»  au  point  de  repère,  on  constate  manifeste- 
ment une  déviation  sensible  sur  la  gauche. 

Je  présenterai  en  terminant  une  dernière  remarque  : 
C'est  que  les  faits  observés  dans  les  circonstances  où  je  me  suis 
placé  concordent  parfaitement  avec  les  résultats  énoncés  par  P^sod 
dans  un  Mémoire  très-remarquàbtë'Iii"  devan_tJ[]Ac.adémîe  le  lundi  13  no- 
vembre 1837.  Dans  ce  Mémoire,  Poisson,  traitant  du  mouvement  des  pro- 
jectiles dans  l'air  en  ayant  égard  au  mouvement  diurne  de  la  terre, 
trouve  par  le  calcul  que,  sous  nos  latitudes,  les  projectiles  lancés  vers  un 
point  quelconque  de  l'horizon  éprouvent  une  déviation  qui  a  lieu  constam- 
ment vers  la  droite  de  Tobservateur,  placé  au  point  de  départ  et  tourné  vers 
la  trajectoire.  Il  m'a  semblé  que  la  masse  du  pendule  peut  être  .assimilée  i 
un  projectile  qui  dévie  vers  la  droite  quand  il  s'éloigne  de  l'observateur  el 
qui  nécessairement  dévie  en  sens  inverse  en  retournant  vers  son  point  de 
départ  :  ce  qui  conduit  au  déplacement  progressif  du  plan  moyen  d'oscilla- 
tion et  en  iBdique4e-sens.  Toutefois  le  pendule  présente  fâVantage  d'accu- 
muler les  effets  et  de  les  faire  passer  du  domaine  de  la  théorie  dans  celui  de 
l'observation. 


LETTRE 

SDK   LA 

LOI  A  LAQUELLE  OBÉIT  LA  DÉVIATION  DU  PENDULES 

Monsieur, 

'  Je  suis  bien  charmé  d'apprendre  que  vous  avez  réussi  à  observer  à 
Lille,  comme  on  le  fait  à  Paris,  la  déviation  spontanée  du  plan  d'oscillation 

4.  Nova  avoas  trouTé  daDS  les  papiera  de  L.  Foacaalt  le  broailleo  de  oetia  leiire,  dont  nous  n'ayons 
pu  déterminer  le  destiaataire,  ot  qu'il  nous  a  paru  intéressant  de  foire  conualtre. 


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-^  383  — 

du  pendule.  Vous  me  demandez  par  quelles  considérations  je  suis  arrivé  à 
^écouyrir^la  loi  dp  sinjisjlgjajatitndft;r/fist  presque  une  confidence  à  vous 
faire,  monsieur,  et  je  ne  sais  si  elle  ne  me  nuira  pas  dans  votre  esprit.  Si  je 
ne  Tai  pas  encore  publiée,  j'en  ai  déjà  un  peu  parlé  et  je  me  suis  aperçu 
qu'elle  n'allait  pas  à  tout  le  monde. 

Je  commence  par  poser  effrontément  un  postulatum  tel  que  celui-ci  ; 
Quand  la  verticale,  toujours  comprise  dans  le  plan  d'oscillation  change  de 
direction  dans  l'espace,  les  positions  successives  du  plan  d'oscillation,  sont 
déterminées  par  la  condition  de  faire  entre  elles  des  angles  minima. 
Autrement  dit  et  en  langue  vulgaire  :  lors((^ueJa_  verticale  sort  du  plan 
d'impulsion  primitive,  le  plan  d'oscillation  la  suit  en  restant  aussi  parallèle 
^ue  possible. 


Figaro  10. 

Partant  de  \h,  on  prend  une  sphère  représentant  la  terre   (fig.  19), 
on  marque  les  pôles,  l'équateur  et  un  cercle  de  latitude  quelconque  ;  en  un 
point  M  de  ce  cercle,  on  fait  passer  un  cercle  méridien  A  G,  et  en  ce  point 
M,  on  établit  un  pendule  que  l'on  lance  dans  le  plan  même  du  méridien  A  C. 
1^  terre,  qui  touriifî„d!occident  en  orient,  enicatoe  le  point  M  et  le  transporte 
cnJB;  mais  d'une  part  elle  transporte  la  trace  du  méridien  P  M  en  P  B,  et 
d*au  tre  part  elle  déplace  le  plan  d'oscillation  qui  ne  cesse  d'être  assujetti,  à  la 
double  condition  de  contenir  toujours  la  verticale  et  de  faire  avec  le  plan 
d'impulsion  primitive  Tangle  minimum;  par  là,  on  est  conduit  à  repré- 
senter sa  trace  par  l'élément  d'un  grand  cercle  passant  en  B  et  coupant  le 


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-^  384  — 

cercle  méridien  AC  de  part  et  d'autre  à  90  degrés  de  distance';  celte  trace 
coupe  le  méridien  PB  suivant  un  angle  de  déviation  x,  facile  à  évaluer. 
En  effet,  le  triangle  PAB  est  un  triangle  sphérique  dans  lequel  on  connaît 
un  angle  supplémentaire  de  Fangle  n  et  un  côté  égal  à  90  degrés.  SI  on 
appelle  \  le  côté  opposé  à  Tangle  x,  la  relation  connue  entre  les  sinus  des 
angles  et  les  sinus  des  côtés  donne  : 

Sin  X  =  sin  n,  Sin  X. 

Mais  comme  Fangle  doit  être  infiniment  petit,  \  devient  égal  à  la  lati- 
tude et  les  sinus  se  confondent  avec  les  arcs,  ce  qui  permet  d'écrire  en 
toute  région. 

â;  =  n  sin  X. 

Voili,  monsieur,  comment  j'ai  vu  la  loi;  il  est  bien  entendu  que  je  n*ai 
nullement  la  prétention  d'imposer  cette  démonstration  ;  elle  a  seulement 
l'avantage,  quand  la  construction  est  faite  à  la  surface  convexe  d'une  véri- 
table sphère,  elle  a,  dis-je,  l'avantage  de  parler  directement  aux  yeux  et  de 
montrer  en  toute  évidence  comment  le  phénomène  s'annule  à  l'équateur 
et  change  de  signe  dans  l'autre  hémisphère. 

Faites-en,  monsieur,  tel  usage  qu'il  vous  plaira  et  veuillez  me  croire 
très-touché  de  l'intérêt  que  vous  daignez  porter  à  mon  dernier  travail,  etc. 


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EXPLICATIONS 


SDR 


L'EXPÉRIENCE  RELATIVE  AU  MOUVEMENT  DE  LA  TERRE 

(Sans  date.) 


Le  mouvement  de  la  terre  sur  eile-méme  est  ici  rendu  évident  au 
moyen  d'un  grand  pendule  dont  le  fit  attaché  au  sommet  de  la  coupole 
descend  jusqu'au  niveau  de  la  rampe  et  porte  à  son  extrémité  inférieure 
une  boule  formée  d'une  enveloppe  en  cuivre  renfermant  une  masse  de  plomb 
qui  la  remplit  complètement.  Le  fil  a  67  mètres  de  long;  son  diamètre  est 
de  i  millimètre  -^.  La  boule  pèse  28  kilogrammes  et  produit,  quand  on  en 
ciiarge  le  fil,  un  allongement  permanent  de  5  à  6  centimètres.  Elle  porte 
inférieurement  un  prolongement  pointu  implanté  suivant  la  direction  du 
fil  et  qui  sert  à  observer  la  marche  de  l'appareil.  Quand  il  est  au  repos,  le 
pendule  marque  le  point  de  centre  commun  à  la  table  et  au  grand  cercle 
de  bois  qui  l'entoure.  Ce  cercle  n'a  pas  moins  de  6  mètres  de  diamètre.  Il 
est  divisé  extérieurement  en  360  degrés  et  chaque  degré  en  quatre  parties. 
Sur  la  table  on  a  tracé  des  cercles  plus  petits  et  des  divisions  correspon- 
dant à  celles  du  grand  cercle  en  bois. 

On^lance  le  pendule  dans  toute  direction,  à  volonté,  et  pour  bien  voir 

4.  Cette  DOte  ne  paratt  pas  avoir  été  publiée.  Nous  reproduisons,  dans  les  extraits  des  feuilletons 
scient! Hques  de  L.  Foucault,  Tarticle  qu'il  a  publié  sur  le  môme  sujet  dans  le  Journal  des  Déhals  du 
34  mars  4851. 

49 


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—  386  — 

comment  il  marche,  on  place  sur  le  rebord  du  cercle  en  buis  deux  bancs 
de  sable  humide,  fraîchement  moulés.  Ils  sont  alignés  suivant  la  course 
du^peBdttle.  Celui-ci  pratique^  en  passant  sur^chacun  d'eux,  une  première 
brèche  qui  s'agrandit  de  plus  en  plus  tant  que  les  oscillations  dépassent 
lexercleettboîs.  L'agrandissement  de  la  brèche  a  toujours  lieu  vers  la 
gauche  de  la  personne  qui  regarde  vers  le  centre  comme  si  le  plan  d'oscil- 
lation tournait  de  droite  à  gauche;  mais  comme^e»  ^&Laûr  que  ce  plan  ne 
tourne  pa&-Autûur  de  la  verjiçale,jlfaut  bien  que  ce  soit  Ja  terre  qui  tourne 
de  gauchfî_à.jiraitej_c*est-^^  le  sens  des  flèches  tracées  sur  le 

plancher- 
La  montre  à  la  main,  on  voit  que,  à  Pai!is,  la  démlionjgstJe.qp 
degré  en  cinq  minutes^  à  raison  d'un  tour  entier  en  trente  heures; 
mais  au  pôle  il  ne  faudrait  que  vingt-quatre  heures.  A  Téquateur,  iinya 
pas  dedéviation  du  tout,  mais  plus  loin  encore,  c'est-à-dire  dansl^ulre 
hémisphère,  la  déviation  a  lieu  en  sens  inverse.^ 

Ce  pendule,  le  plus  grand  qui  ait  été  construit  jusqu'ici,  donne  une 
oscillation  de  huit  secondes;  il  lui  faut  seize  secondes  pour  aller  et  venir. 
Quoique  ces  oscillations  diminuent  d'amplitude  assez  rapidement,  au  bout 
de  cinq  à  six  heures,  elles  sont  encore  assez  grandes  pour  permettre  d'ob- 
server la  déviation  qui  est  alors  de  60  à  70  degrés. 

Quoique  la  terre  en  tournant  entraîne  le  point  d'attache  avec  le  mo- 
nument, le  fil  n'éprouve  aucune  torsion,  attendu  que  la  boule  obéit  i  ce 
mouvement  sans  entraîner  pour  cela  le  plan  d'oscillation. 

Avant  d'être  répétée  avec  ces  grandes  dimensions,  l'expérience  avait 
déjà  réussi  en  petit;  mais  le  président  de  la  république  en  ayant  eu  con- 
naissance a  voulu,  dans  sa  sollicitude  pour  la  science,  qu'elle  fût  ainsi  ma- 
gnifiquement reproduite  au  Panthéon. 


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—  587  — 


DONNÉES    NUMÉRIQUES 

AELATIVES    A    l'EXPÉRIENCfi    EXÉGUliB    AU   PANTUEON. 

Latitude  du  Panthéon liS^  6(y  h9^ 

Sinus  X  .   .    ., 0,7529543 

Logarithme  du  sinus 9.87676865 

Longueur  du  pendule  à  seconde,  temps  moyen  .   .  0'",9938267 

Logarithme 1.99731 

Longueur  du  pendule  au  Panthéon 67°* 

Logarithme 1.8260748 

Déviation  apparente  en  un  jour  sidéral  : 

360  sin  X  »  271»,063S5  »  271  «  3'  48",8. 

Déviation  en  une  heure  sidérale  : 

45»  sin  X=  44o,«9431  =  44<»  47'  39",5. 

en  une  seconde  : 

44'',«9i34 

Durée  du  temps  nécessaire  pour  faire  le  tour  entier  : 

t==  4^   =  34W443  — 31S5«'»,Î7%9  temps  sidéral, 

SIO  X    »         1        »  r 

OU 

34S7874=  31S47»44%6  temps  moyen. 

Purée  calcifiée  de  Foscillation  : 
ou 

8f  4 
^^^  =  8',Î33  temps  sidéral, 


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—  388  — 
le  rapport  du  temps  moyen  au  temps  sidéral  étant 

1  :  0,997«7. 

Déviation  pendant  la  durée  de  chaque  oscillation  : 

8,Î33  X  45"  Bin  X  =  92"99  =  4 ',31', 99. 

Le  cercle  du  Panthéon  ayant  18  mètres  de  circonférence,  le  pendule 
avance  à  chaque  retour  ou  à  chaque  oscillation  double  de 

s  X  92,99  X  18000 


360  X  60  X  60 


=:  S,  3  millimètres. 


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APPAREIL 


POUE 


ENTRETENIR  LE  MOUVEMENT  DU  PENDULE* 

(1855.) 


Dans  la  belle  expérience  Imaginée  par  M.  Foucault,  où  Finvariabilité 
du  plan  (Toscillation  d*un  pendule  donne  la  démonstration  de  la  rotation 
de  la  terre,  l'amplitude  des  mouvements  du  pendule  diminue  peu  à  peu  à 
cause  de  la  résistance  de  Pair.  M.  Foucault  a  trouvé  un  moyen  très-ingé-. 
nieux  de  conserver  indéfiniment  cette  amplitude  sans  influer  en  rien  sur  la 
direction  du  plan  d'oscillation,  en  se  servant  de  l'attraction  exercée  par  un 
électro-aimant  sur  la  sphère  qui  se  meut  sous  Faction  de  la  pesanteur. 
Cette  application  de  l'électro-magnétisme  a  ceci  de  remarquable  qu'elle 
présente  le  premier  exemple  d'un  commutateur  fonctionnant  sans  qu'il  y 
ait  contact  entre  la  partie  fixe  de  l'appareil  et  celle  qui  est  en  mouvement. 

Les  planches  9  et.  10  représentent  les  dispositions  adoptées  par 
M.  Foucault. 

Un  électro-aimant  E^  placé  exactement  sur  la  verticale  du  point  de 
suspension  du  pendule,  repose  sur  un  ressort  R  soutenu  par  la  plaque  A  B. 
Une  tige  verticale,  fixée  à  l'électro-aimant,  passe  à  travers  le  ressort  et  se 

1.  Nous  n'avons  pu  trouver  de  celle  disposilion  aucune  descriplion  faite  par  L.  Foucault;  la 
description  suivante  est  empruntée  au  Traité  d'électricilé  théorique  et  appliquée,  par  A.  de  La 
Rive,  t.  ni,  p.  475,  Paris,  1S58,  auquel  Tinventeur  renvoyait  dans  une  notice  sur  ses  travaux  scienti- 
es. 

L'appareil  décrit  ci-après  a  fonctionné  à  TEsposition  universelle  de  4855. 


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—  390  — 

termine  par  un  crochet  o,  dans  lequel  s'engage  le  levier  ap,  équilibré  par  le 
poids  p  et  portant  un  contact  a,  qui  peut  venir  toucher  la  pièce  b^  dont  une 
vis  sert  à  régler  la  hauteur.  Un  levier  coudé,  que  tend  à  soulever  le  ressort  R', 
porte  une  armature  e  placée  au-dessus  d'un  second  électro-aimant  E^,  plus 
petit  que  E  et  disposé  sur  la  même  verticale;  ç  et  d  constituent  un  contact 
semblable  à  celui  du  premier  levier.  La  tige  e  c  se  termine  par  une  came 
qui  s'appuie  sur  les  dents  d'une  roue  r,  laquelle  engrène  avec  le  pignon 
d'une  seconde  roue  />  qui  communique  son  mouvement  à  un  petit  volant  v. 
De  chacun  des  pôles  de  la  pile  partent  deux  fils,  de  manière  à  former  deux 
circuits  complets  et  indépendants  qui  constituent,  l'un  l'électro-aimant 
supérieur,  et  l'autre,  l'électro-aimant  inférieur. 

La  sphère  S  qui  se  meut  sous  l'action  de  la  pesanteur  est  en  cuivre  et 
contient  un  cylindre  de  fer  doux,  dont  l'axe  est  le  prolongement  du  fil  de 
suspension. 

Supposons  le  pendule  à  l'extrémité  de  sa  course  :  le  ressort  R,  légère- 
ment comprimé  par  le  poids  de  l'électro-aimant,  permet  au  contact  a  A  de 
s'établir;  il  en  résulte  que  le  courant  passe  dans  E\  que  l'armature  e  est 
attirée,  le  contact  c  d  établi, et  que,  par  conséquent,  le  courant  circule  dans  E. 
Quand  le  fil  du  pendule  arrive  près  de  la  verticale,  le  cylindre  de  fer  doux 
placé  dans  l'intérieur  de  la  sphère  se  trouvant  à  proximité  de  l'électro- 
aimant,  est  attiré,  et  le  pendule  reçoit  l'impulsion  qui  conserve  l'amplitude 
de  ses,  oscillations.  Il  faut  remarquer  que  cette  impulsion  lui  est  toujours 
donnée  dans  le  plan  où  U  se  meut,  puisque  ce  plan  passe  toujoui*s  par  la 
verticale  du  point  de  suspension  sur  laquelle  se  trouve  aussi  le  centre 
d'action  de  l'électro-aimant  E  et  celui  de  l'électro-aimant  E%  dont  la  force 
attractive,  si  elle  n^est  pas  négligeable,  est  du  moins  ainsi  sans  influence 
sur  la  directi^a  du  plan  d'oscillation. 

Voici  maintenant  comment  l'aimantation  cesse  du  moment  où  le  pen- 
dule à  dépassé  la  verticale,  et  où  par  conséquent  l'attraction  magnétique 
s'opposerait  à  son  mouvement.  La  figure  représente  l'appareil  dans  l'instant 
où  la  sphère  se  trouve  au-dessus  de  E;  celui-ci,  qu'un  très-faible  effort 
suffit  pour  soulever  à  cause  de  l'élasticité  du  ressort,  est  attiré  verticale- 
ment par  le  fer  doux,  s'élève  de  quelques  millimètres  et  soulève  le  levier  a  p. 


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—  891  — 

ce  qui  interrompt  le  contact  a6;ré]ectro-aimantE'  cessant  d'être  aimanté, 
le  ressort  R'  soulève  le  levier  coudé,  le  contact  c  d  est  interrompu  et  le 
courant  ne  peut  plus  ci rculer  dans  Télectro^aimantE.  Mais  il  était  important 
de  disposer  les  choses  de  telle  manière  que  le  courant  ne  pût  se  rétablir 
dans  E  avant  que  la  sphère  ne  fût  en  dehors  de  son  champ  magnétique. 
Or,  dès  que  le  pendule  a  dépassé  la  verticale,  Télectro-aimant  retombe,  etE', 
de  nouveau  aimanté,  attire  son  armature  ;  mais  la  came  f,  arrêtée  par  les 
dents  de  la  roue  r,  ne  permet  au  levier  que  de  descendre  d*un  mouvement 
lent  et  régulier  qui  est  réglé  par  le  volant  v,  en  sorte  que  le  contact  cdrie 
se  rétablit  qu'au  bout  d*un  certain  temps,  lorsque  la  sphère  du  pendule  est 
hors  du  champ  magnétique  de  Félectro-aimant. 


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\  » 


> 


SUR 
L'EXPÉRIENCE   DE   LA  VERGE   VIBRANTE* 

(Société  Pbiloroathiqae,  2  août  1851.) 


Le  jour  où  M.  Foucault  a  produit  son  expérience  sur  le  pendule  appli- 
qué à   rendre  sensible  la  rotation  de  la  terre»- M  a  formulé  co-inéme  tenips 
un  principe  nouveau  de  mécanique,  qui  consiste  dans  la  fixité  du  plan 
d'oscillation.  En  vertu  de  ce  principe,  qui  n'est  qu'une  conséquence  de 
Tunitë  de  la  matière,  un^  pendule  attaché  à  un  point  fixe  par  un  fil  sans 
\V'       (    ,  épaisseur  et  mis  en  oscillation  dans^  un  plan,  vertical,   doit  continuer  à 
'  osciller  dans  le  même  plan  pourvu  qu'aucune  foix^  étrangère  à  la  pesan- 
teur ne  vienne  agir  sur  lui.  Dans  le  cas  où  le  point  est  .entraîné  d'un  mou- 
vement uniforme  sans  changement  de  direction  de  la  verticale  dans  l'es- 
pace, les  choses  continuent  à  se  passer  conformément  au  principe  de  la 
fixité  du  plan  d'oscillation,  pourvu  que  le  pendule  ait  été  lancé  dans  un 
plan  supposé  entraîné  parallèlement  à  lui-même  avec  le  point  d'attache 
d'un  mouvement  commun.  Enfin,  dans  le  cas  le  plus  compliqué,  c'est-à- 
dire  lorsqu'il  y  a  en  même  temps  transport  du  point  d'attache  et  change- 
ment de  direction  de  la  verticale,  le  principe  est  encore  sauvé,  pourvu  que 
le  plan  dans  lequel  le  pendule  a  été  lancé  soit  supposé  entraîné  dans  le 
changement  de  direction  de  la  verticale  qu'il  doit  toujours  contenir,  mais 

4   Voir  Procéi-^erbaux  de  la  Soc.  phiL,  1854,  p.  58. 


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—  393  — 

sans  jamais  tourner  autour  de  cette  même  verticale.  Ainsi  cette  fixité  du  plan 
d'oscillation  n'est  pas  une  fixité  absolue,  mais  un  ï-efus  de  prendre  aucun 
iDouvement  de  rotation  autour  de  la  verticale.  Le  principe,  ainsi  compris, 
mène  tout  droit  à  Texplicationde  la  déviation  apparente  du  plan  d'oscil- 
lation sous  l'influence  du  mouvement  de  la  terre,  et  à  l'évaluation  de  sa 
vitesse  angulaire,  qui  doit  être,  comme  on  sait,  proportionnelle  au  sinus 
de  la  latitude  du  lieu  où  l'on  observe. 

Mais  les  théoriciens  savants  en  mécanique  ne  nous  concèdent  la  fixité 
du  plan  d'oscillation  qu'autant  que  la  masse  pendulaire  est  suspendue  à  un 
fil  sans  épaisseur,  à  une  ligne  géométrique  inextensible.  Du  moment  où 
vous  prenez  un  fil  véritable  ayant  son  élasticité  et  sa  rigidité  propres,  il  n'est 
plus  évident  pour  personne  que  le  plan  d'oscillation  se  conservera  malgré 
la  rotation  du  point  de  suspension.  Et  d  abord  il  est  démontré  cependant 
par  les  expériences  les  plus  nombreuses  et  les  plus  universellement  répé- 
tées qu'il  n'y  a  pas  entraînement  complet  par  le  point  d'attache,  puisque  la 
déviation  a  été  observée  en  tout  pays  ;  mais,  de  plus,  nous  allons  faire  con- 
naître par  un  nouveau  genre  d'expériences  tentées  par  M.  Foucault  quelle 
est  la  véritable  part  d'influence  que  l'on  doit  attribuer  au  fil  physique  chargé 
de   représenter  le  fil  géométrique  de  la  mécanique  rationnelle.  Nous  arri- 
verons à  cette  singulière  conséquence  que,  si  par  malheur  on  n'avait  pu  se 
procurer  un  fil  assez  parfait  pour  attacher  le  pendule  du  Panthéon,  il  res- 
tait,   comme  ressource  dernière  et  infaillible,   à  faire  tourner  le   point 
d'attache,  c'est-à-dire  à  exagérer  précisément  cette  condition  naturelle  qui 
embarrasse  encore  la  plupart  des  esprits. 

Ce  qui  a  été  dit  de  la  fixité  du  plan  d'oscillation  du  pendule  s'applique 
également  à  tout  plan  de  vibration  de  la  matière  agitée  par  une  force  quel- 
conque; ainsi  à  la  pesanteur  qui  ramène  le  pendule  dans  la  direction  de  la 
verticale,  on  peut  substituer  la  force  d'élasticité  propre  à  une  tige  rigide 
et  élastique.  Une  pareille  tige,  solidement  montée  sur  un  support  massif 
par  une  de  ses  extrémités,  peut  être  infléchie  dans  un  plan  quelconque 
passant  par  sa  direction  au  repos,  et  abandonnée  subitement  à  elle-même, 
s'animer  d'un  mouvement  vibratoire  qui  détermine  un  plan  de  vibration, 
lequel,  sous  certaines  réserves,  jouit  de  la  fixité  du  plan  d'oscillation;  et, 


50 


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en  effet,  la  matière  dont  est-  formée  la  tige  est  inerte  comme  celle  qat 
constitue  la  masse  du  pendule,  et  puisque  cette  fixité  est  une  conséquence 
de  l'inertie,  pourquoi  cette  conséquence  n*apparaltrait-elle  pas  dans  Tua 
comme  dans  l'autre  cas?  Il  y  a  pourtant  à  signaler  entre  les  deux  expériences 
une  différence  importante,  c'est  que  dans  le  pendule  la  masse  oscillante 
est  prédominante,  et  le  fil  relativement  assez  fin  pour  que  sa  réaction,  s'il 
y  en  a  une  au  point  d'attache,  soit  très-amoindrie  ;  dans  la  verge  vibrante, 
au  contraire,  la  masse  est  très-petite,  le  fil  au  point  d'attache  est  relative- 
ment très-gros,  puisque  c'est  la  tige  elle-même;  et  s'il  résulte  de  sa  solida- 
rité avec  le  support  une  influence  quelconque,  elle  doit  se  manifester  plus 
rapidement  par  le  trouble  qu'elle  apporte  dans  les  effets  de  l'inertie  : 
raison  de  plus  pour  s'adressera  une  verge  vibrante  quand  on  désire  étudier 
expérimentalement  l'influence  d'im  point  d'attache. 

Prenons  donc  un  fil  d'acier  de  2  millimètres  de  diamètre  et  à  peu  près 
rond,  tel  que  celui  que  l'on  trouve  dans  le  commerce;  laissons-lui  une 
longueur  de  2  décimètres,  et  montons-le  solidement  par  une  de  ses 
extrémités  sur  une  barre  massive  qui  puisse  elle-même  s'ajuster  sur  l'axe 
d'un  tour.  Nous  considérerons  la  projection  du  mouvement  de  l'extré- 
mité de  la  verge  d'acier  implantée  perpendiculairement  au  centre  d'une 
face  A  B,  sur  laquelle  on  peut  supposer  tracés  différents  diamètres  servant 
à  déterminer  la  position  de  certains  plans  que  nous  aurons  ik  considérer  en 
particulier. 

L'appareil  étant  monté  sur  le  tour,  la  verge  se  trouve  placée  dans  la 
direction  de  l'axe,  qui  est  elle-même,  du  reste,  tout  à  fait  arbitraire.  On 
commence  par  serrer  les  coussinets  pour  immobiliser  l'arbre  du  tour  qui, 
pendant  toute  la  première  partie  de  la  démonstration,  joue  uniquement  le 
rôle  de  support;  on  met  alors  la  verge  en  vibration  en  l'écartant  de  sa  posi- 
tion naturelle  dans  une  direction  quelconque  pour  l'abandonner  ensuite 
brusquement  à  elle-même^  et  en  dépit  du  principe  de  la  fixité  du  plan 
d'oscillation,  on  observe  quatre-vingt-dix-neuf  fois  sur  cent  que  la  verge, 
au  lieu  de  garder  un  plan  fixe  de  vibration,  dessine  dans  Tespace  par  quelque 
point  brillant  de  son  extrémité  une  courbe  elliptique  incessamment  chan- 
geante. Ce  n'est  qu*en  variant  au  hasard  la  direction  de  l'impulsion  pt*e- 


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—  395  — 

miëre  qu'on  finit  par  trouver  un  sens  suivant  lequel  les  vibrations  conli- 
nuent  à  s'exécuter  jusqu'à  leur  amortissement  complet.  Quand  on  a  trouvé 
cette  direction  LU  (fig.  20),  on  peut  être  sûr  d'en  trpuver  immédiatement 
une  autre  M  M^  qui  lui  est  perpendiculaire  et  suivant  laquelle  les  choses 
se  passent  de  même  sorte* 

Il  va  sans  dire  que  ces  deux  directions  ou  plutôt  ces  deux  plans  passant 
par  l'axe,  et  déterminés  par  les  traces  LL^  MM%  occupent  des  situations 
fixes  dans  l'appareil  même,  et  que  celui-ci  venant  à  changer  de  position, 
les  plans  se  déplaceront  avec  lui,  de  manière  à  donner  toujours  les  mêmes 
tracées  sur  la  face  A  B.  Afin  de  faciliter  l'exposé  des  faits  qui  vont  se 
grouper  autour  de  ces  deux  plans  rectangulaires  que  nous  aurons  souvent 
à  citer,  nous  les  nommerons  plans  de  vibration  stable. 


-tHm:' 


Figure». 


Ainsi,  voilà  qui  est  bien  établi  :  quand  une  fois  on  a  déterminé  par  le 
tâtonnement  les  directions  rectangulaires  LL',  MM'  suivant  lesquelles  il 
faut  écarter  la  verge  pour  que  les  vibrations  restent  planes,  on  peut  changer 
à  volonté  la  position  de  l'appareil,  et  quelle  que  soit  la  position  absolue 
dans  l'espace  des  lignes  L  L\  M  M^  elles  indiqueront  toujours  les  plans  de 
vibration  stables  et  les  deux  sens  suivant  lesquels  on  sera  certain  d'exciter 
des  vibrations  assujetties  à  garder  leur  rectitude  et  leur  direction.  On 
sera  également  certain,  en  excitant  les  vibrations  en  dehors  de  ces  plans, 
d'assister  à  leur  déformation  et  de  les  voir  tracer  dans  l'espace  une  série 
de  Ggures  qui  se  succèdent  toujours  dans  un  ordre  déterminé. 

Pour  bien  saisir  la  loi  de  ces  évolutions  de  la  figure  tracée  par  l'extré- 
mité de  la  verge,  il  faut  se  mettre  en  observation  dans  le  prolongement  de 


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—  396  — 

la  tige  d'acier;  alors  on  voit  la  figure  tracée  par  son  extrémité  se  projeter 
sur  la  face  A  B  et  prendre  successivement  diverses  positions  relativeoienl 
aux  lignes  L  L'  et  M  M'. 

Faisons  donc  abstraction  de  Tinstailation  matérielle  de  Tappareil  et 
ne  considérons  plus  que  la  face  A  B  traversée  par  les  deux  diamètres  LU 
et  M  M'  dont  la  signification  a  été  suffisamment  définie,  et  sur  cette  figure 
projetons  les  diverses  trajectoires  du  point  P,  extrémité  de  la  verge,  consi- 
dérées instantanément  aux  diverses  phases  du  phénomène. 


vm 


Figure  22. 


A  rétat  de  repos,  le  point  P  occupe  le  centre;  si  on  Técarle  de  sa  posi- 
tion d'équilibre  suivant  la  ligne  LU  ou  suivant  la  ligne  MM',  il  décrit, 
abandonné  à  lui-même,  une  série  de  vibrations  planes  et  décroissantes  qui 
continuent  à  s'effectuer,  comme  nous  l'avons  dit,  suivant  l'une  ou  l'autre 
ligne  (fig.  20). 

Mais  si  l'écart  est  produit  suivant  une  direction  quelconque  R  P  (fig.  21], 
la  verge  aussitôt  abandonnée  à  elle-même  trace  par  son  extrémité  la  série 
de  figures  suivantes  ;  c'est-à-dire  qu'aussitôt  rendue  libre,  la  tige  entre  en 
vibration.  Mais  le  mouvement  vibratoire  se  déforme  aussitôt  et  le  point  P 
au  lieu  de  continuer  à  osciller  suivant  la  ligne  R  R'  (fig.  22)  se  met  à 
tracer  une  ellipse  qui  va  se  dilatant  au  furet  à  mesure  que  son  grand  axe  se 
rapproche  du  plan  de  vibration  stable  LU  le  plus  voisin;  dans  ce  déplace- 
ment progressif  le  grand  axe  de  l'ellipse  finit  par  se  superposer  à  L  L'  (Ul) 
et  alors  l'ellipse  esta  son  maximum  de  dilatation.  Cependant  le  grand  axe 


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—  397  — 

contjaue  à  se  mouvoir  dans  le  même  sens,  mais  Tellipse  s'aplatit  de  plus 
en  plus  jusqu'à  donner  une  droite  S  S'  (V)  symétriquement  placée  à  R  R'  de 
l'autre  côté  du  plan  de  vibration  stable.  A  partir  de  ce  moment  les  choses 
se  passent  comme  si  la  verge  avait  été  lancée  suivant  S  S',  c'est-à-dire  que 
de  nouveau  l'ellipse  se  reforme  et  se  dilate  jusqu'à  ce  que  son  grand  axe 
repasse  par  L  U  (Vil)  pour  le  dépasser  ensuite  jusqu'à  ce  que  ce  nouvel  apla- 
tissement ramène  la  vibration  plane  dans  le  plan  d'impulsion  primitive. 


im. 


Figure  «3. 


On  remarque  en  même  temps  que  pendant  le  transport  du  grand  axe 
de  R  R^  en  S  S' l'ellipse  étant  parcourue  par  le  mobile  P  dans  un  sens  indi- 
qué par  les  tlèches,  ce  sens  s'intervertit  pendant  la  période  qui  correspond 
au  retour  du  grand  axe  de  S  S^  en  R  R^ 

Si  au  lieu  de  solliciter  l'écart  primitif  dans  une  direction  quelconque 
on  choisit  l'une  des  deux  directions  particulières  inclinées  à  AS  degrés  sur 
les  plans  de  vibration  stable  (fig.  23) ,  la  trajectoire  du  point  P  devient  encore 
trës-promptement  elliptique,  mais  alors  son  grand  axe  étant  également  éloi- 
gné du  plan  L  V  et  du  plan  M  M^  il  n'y  a  pas  de  raison  pour  qu'il  aille  rejoindre 
l'un  plutôt  que  l'autre  ;  aussi  l'on  remarque  que  ce  grand  axe  demeure 
immobile,  il  diminue  seulement  en  même  temps  que  l'autre  axe  augmente; 
et  tous  deux  continuant  à  varier  chacun  dans  le  même  sens,  il  arrive  néces- 
sairement un  instant  où  ils  présentent  la  même  grandeur.  En  cet  instant 
très-court  l'oscillation  est  absolument  circulaire  et  l'on  constate  à  l'œil  que 


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_  398  — 

le  point  P  décrit  un  cercle  parfait  ;  puis  révolution  continue  et  Tellipse 
s'aplatissant  de  nouveau  finit  par  se  confondre  avec  une  droite  perpendi- 
culaire à  celle  qui  représente  Timpulsion  primitive.  La  série  des  figures 
ci-jointes  représente  le  phénomène  dans  le  cas  particulier  que  nous  venons 
de  signaler  (fig.  2o). 

Écartée  d'abord  suivant  R  R',  la  verge  entre  en  vibration  et  donne  pres- 
que aussitôt  une  ellipse  qui  se  dilate  sur  place  comme  le  n*  ii,  devient  cir- 
culaire  (m),  s'aplatit  de  nouveau  (iv)  et  devient  rectiligne  (v),  en  croisant 
rectangulairement  la  direction  d'impulsion  primitive  ;  repasse  enfin  parles 
états  représentés  en  (vi,  vu,  vni)  pour  reprendre  (i)  la  direction  RR'.  Tant 
que  dure  le  mouvement  vibratoire,  les  mêmes  déformations  se  reproduisent 
périodiquement  et  impriment  la  même  série  d'aspects  à  la  figure  progres- 
sivement décroissante  tracée  dans  l'espace  par  l'extrémité  de  la  tige 
d'acier. 

Nous  ne  doutons  pas  que  tous  ceux  qui  voudront  répéter  rexpérlence 
ne  réussissent  avec  la  plus  grande  facilité  à  constater  par  eux-mêmes  la 
symétrie  parfaite  qui  donne  un  attrait  singulier  à  ce  genre  de  phénomène. 
Quand  ils  auront  monté,  conformément  à  nos  indications,  un  fil  d'acier  sur 
le  tour,  lorsqu'enle  faisant  vibrer  dans  toutes  sortes  de  directions,  ils  auront 
su  discerner  les  plans  d'oscillation  stable  et  leur  rapporter  les  évolutions 
des  trajectoires  changeantes,  ils  seront  parfaitement  préparés,  comme  doit 
rôtre  également  le  lecteur,  à  saisir  le  contraste  qui  va  résulter,  dans  les 
effets  produits,  de  la  simple  rotation  du  point  d'attache. 

Desserrons  donc  maintenant  les  coussinets  qui  enrayaient  Tarbre  du 
tour,  rendons-lui  la  mobilité  et  le  pied  sur  la  pédale,  communiquons-lui  un 
mouvement  de  rotation.  Si  la  verge  est  bien  centrée  elle  tournera  surplace 
comme  on  doit  s'y  attendre,  mais  de  plus  on  pourra,  tandis  qu'elle  tourne 
ainsi,  la  mettre  en  vibration  dans  un  plan  quelconque  avec  la  certitude  que 
ce  plan  de  vibration  sera  gardé  sans  être  entraîné  par  le  mouvement 
de  l'arbre  qui  la  porte.  Plus  l'arbre  tourne  vite  et  plus  le  résultat  est  assuré. 
Une  vitesse  de  deux  ou  trois  tours  par  seconde  suffit  généralement  i 
assurer  cette  fixité  du  plan  de  vibration.  Il  n'y  a  plus  alors  à  considérer  de 
plan  de  vibration  stable,  et  quelle  que  soit  la  direction  suivant  laquelle  vous 


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—  399  — 

agissez,  vous  voyez  les  vibrations  conserver  et  leur  rectitude  et  leur  orien- 
tation  première. 

Ce  n'est  pas  tout  :  la  rotation  de  Tarbre  a  non-seulement  pour  effet  de 
protéger  Toscillation  plane  contre  les  déformations  et  de  la  fixer  dans  sa- 
direction  première,  mais  elle  agit  encore  de  même  sur  une  oscillation  de 
forme  quelconque,  elliptique  ou  circulaire. 

Pour  s'en  assurer,  le  moyen  est  bien  simple.  On  met  la  verge  en  vibra- 
tion tandis  que  l'arbre  est  au  repos,  mais  on  se  tient  tout  prêt  à  le  faire 
marcher  à  un  moment  donné.  Suivant  ce  qui  a  été  dit  précédemment,  la 
figure  visible  de  la  verge  vibrante  suit  le  cours  ordinaire  de  ses  évolutions, 
à  moins  qu'on  n'ait  agi  par  hasard  dans  un  plan  de  vibration  stable,  ce  qui  est 
toujours  plus  facile  à  éviter  qu'à  rechercher  ;  or,  tandis  que  cette  figure  va 
toujours  changeant  de  forme  entre  deux  limites  extrêmes,  on  peut  à  un 
moment  quelconque  mettre  le  tour  en  marche  ;  aussitôt  l'on  voit  persister 
l'espèce  de  vibration  qui  a  été  surprise  par  le  mouvement  du  tour.  Du 
moment  où  l'arbre  se  met  à  rouler  sur  ses  coussinets,  la  vibration,  quelle 
qu'elle  soit,  plane,  circulaire  ou  elliptique,  tournant  k  droite  ou  à  gauche, 
se  trouve  subitement  affranchie  de  l'intluence  qui  lui  imprime  une  série  de 
métamorphoses  pendant  la  fixité  du  support.  Arrêtez  le  tour,  les  défor- 
mations reparaissent.  Mettez-le  de  nouveau  en  mouvement,  la  vibration  est 
fixée  de  nouveau  dans  une  forme  et  une  direction  qui  n'ont  aucun  rapport 
avec  les  précédentes.  Quand  on  veut  fixer  l'oscillation  circulaire,  il  faut 
profiter  de  ce  qui  a  été  dit  plus  haut,  il  faut  lancer  la  verge  dans  un  plan 
oblique  à  /i5  degrés  sur  les  plans  de  vibration  stable;  dans  ce  cas  parti- 
culier les  déformations  successives  de  la  figure  du  mouvement  vibratoire 
amènent  forcément  le  cercle  que  l'on  rend  permanent  en  mettant  le  tour 
en  marche  au  moment  même  où  le  cercle  apparaît. 

Quand  on  a  un  tour  sous  la  main,  on  a  bien  plus  tôt  fait  de  reproduire 
les  phénomènes  que  de  les  énoncer,  et  nous  ne  doutons  pas  qu'ils  ne  soient 
très-promptement  vérifiés  de  toutes  parts.  D'ailleurs  la  théorie  s'en  accom- 
mode assez  bien  et  le  temps  n'est  pas  loin  où  ils  ne  sembleront  même  plus 
curieux.  Nous  avons  cru  devoir  les  soumettre  dans  toute  leur  nouveauté 
à  nos  lecteurs  qui  les   apprécieront  pour   ce   qu'ils  valent  en  eux-mêmes 


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—  400  — 

et  surtout  pour  les  rapports  qui  les  rattachent  h  rexpérience  du  pendule. 
Voyez  maintenant  à  quoi  se  réduit  Tinfluence  du  fil  d'acier  qui  sup- 
portait la  masse  suspendue  sous  le  dôme  du  Panthéon.  En  supposant  que  ce  fil 
ait  eu  quelque  part  aux  déformations  elliptiques  qu'on  observait  quelque- 
fois dans  les  oscillations  de  ce  vaste  pendule,  on  aurait  pu  Téliminer 
momentanément  en  opérant  dans  le  plan  d'oscillation  stable  ;  bien  plus,  on 
aurait  pu  l'éliminer  complètement  en  faisant  tourner  le  point  d'attache 
comme  dans  l'expérience  de  la  verge  vibrante.  Ainsi  se  trouve  justifiée, 
malgré  sa  forme  paradoxale,  l'assertion  que  nous  avons  émise  au  début  de 
cet  article,  à  savoir,  que  la  rotation  du  point  de  suspension,  loin  de  porter 
obstacle  à  l'expérience  du  pendule,  pourrait  dans  le  cas  échéant  offrir 
une  dernière  ressource  pour  lutter  victorieusement  contre  les  influences 
perturbatrices  d'un  fil  réagissant  par  défaut  de  symétrie  ou  d'homogénéité. 


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MEMOIRE 

•  SUK 

LE  MOUVEMENT  DE  LA  TERRE  DÉMONTRÉ 

PAR   LA   ROTATION   D'UN  CORPS  * 

(Acadéaiiâ  des  Sciences.  37  septembre  1852.) 


Dans  un  précédent  mémoire,  j'ai  montré  qu'en  vertu  de  l'inertie,  le 
pkuL  d'oscillation  du  pendule  libre  est  assujetti  à  garder  relativement  à  la 
verticale  une  position  invariable,  et  j'ai  appliqué  cette  propriété  à  la 
démonstration  expérimentale  du  mouvement  de  la  terre  sur  son  axe.  Le 
phénomène  sensible  qui  apparaît  dans  cette  expérience  est  une  déviation 
relative  du  plan  d'oscillation  rapporté  à  un  plan  vertical  quelconque  soli- 
daire avec  la  terrêT  Cette  déviation  est  un  mouvement  angulaire  égal  et  de 
si^giijB-iîûntrajre^jfnoiiYemeut  de  la  terre  multiplié  par  le  sinus  de  la  lati- 
tude  où  l'on  opère. 

Cette  loi,  qu'aucune  observation  sérieuse  n'est  venue  infirmer,  implique 
une  réduction  de  la  déviation  à  partir  du  pôle  où  elle  est  totale  jusqu'à 
Téquateur  où  elle  devient  nulle;  et  sa  variation  progressive  en  présence 
d'une  rotation  réellement  constante  montre  assez  clairement  que  la  fixité 
du  plan  d'oscillation  ne  doit  être  prise  dans  un  sens  absolu  qu'au  pôle 


I .  Voir  C.  R.  de  VAc,  des  Se,  t.  XXXV,  p.  421. 

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—  ft02  — 

seulemenl,  et  que  dans  toute  autrejituation  à  la  surface  du  globe_elle  est 
seulement  relative  à  la  verticale  dcmtJa  directloix  change  incessaminent 
dansJL'iôspace. 

C'est  faute  d*avoir  compris  dans  son  acception  véritable  la  fixité  du  plan 
^  d'oscillation,  que  beaucoup  de  personnes  se  sont  fait  de  la  déviation  une 
/  idée  inexacte  et  ont  méconnu  la  valeur  de  son  uniformité. 

Il  est  pourtant  bien  évident  que  le  plan  d'oscillation  physiquement 
astreint  à  contenir  toujours  la  verticale  du  lieu  ne  peut  pas  conserveV  une 
direction  invariable  dans  l'espace  absolu  tandis  que  cette  verticale  elle-même 
se  meut  incessamment  sur  la  surface  d'un  cône  droit  à  base  circulaire. 

Mais  si  au  plan  d'oscillation  du  pendule  on  substitue  le  plan  de  rotation 
d'un  corps  librement  suspendu  par  son  centre  de  gravité  et  tournant  autour 
d'un  de  ses  axes  principaux,  on  a  à  considérer  un  plan  physiquement 
défini  et  qui  possède  réellement  une  fixité  de  direction  absolue.  C'est  pour 
réaliser  cette  conception  et  en  obtenir  de  nouveaux  signes  de  la  rotation  de 
la  terre  que  j'ai  composé  et  fait  exécuter  l'appareil  que  je  puis  mettre  dès 
aujourd'hui  sous  les  yeux  de  l'Académie. 

Le  corps  que  j'ai  choisi  préférablement  à  tant  autre  pour  lui  commu- 
niquer un  mouvement  de  rotation  rapide  et  durable  est  un  tore  circulaire 
en  bronze  monté  à  l'intérieur  d'un  cercle  métallique  dont  un  diamètre  est 
figuré  par  l'axe  d'acier  qui  traverse  le  mobile;  le  diamètre  perpendiculaire 
est  représenté  par  les  tranchants  de  deux  couteaux  implantés  dans  le  même 
alignement  sur  le  contour  extérieur  du  même  cercle.  Les  couteaux  sont 
dirigés  de  telle  sorte  que  les  tranchants  regardant  en  bas,  le  plan  du  cercle 
et  l'axe  du  tore  y  compris  soient  horizontalement  situés.  C'est  dans  cette  posi- 
tion et  après  avoir  imprimé  au  mobile  une  grande  vitesse  qu'on  introduit  le 
système  dans  un  cercle  extérieur  où  les  couteaux  trouvent  à  reposer  sur  des 
plans  horizontaux.  Ce  second  cercle  est  suspendu  à  un  fil  vertical  sans 
torsion  et  guidé  en  même  temps  par  des  pivots  qui  préviennent  tout  mouve- 
ment oscillatoire. 

Si  l'axe  du  tore  est  très-mobile  sur  ses  tourillons,  si  son  cercle  envelop- 
pant est  soutenu  par  ses  couteaux  dans  un  état  d'équilibre  indifférent,  si  le 
fil  qui  supporte  le  tore  est  réellement  sans  torsion,  il  est  clair  que  le  tore 


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—  m  — 

jouit  lui-même  d'une  entière  liberté  et  qu'il  peut  pirouetter  en  tous  sens 
autour  de  son  centre  de  gravité.  Telle  est  en  efifet  la  mobilité  de  ces  diffé- 
rentes pièces  dans  l'appareil  construit  par  M.  Froment,  qu'elles  s'agitent  au 
moindre  souffle  et  qu'il  faut  quelque  précaution  pour  les  amener  sans 
vitesse  dans  une  position  déterminée.  Toutefois  cette  extrême  mobilité  qui 
témoigne  de  l'habileté  du  constructeur  n'apparaît  qu'autant  que  le  corps 
révolutif  reste  en  repos.  Car  dès  que  le  tore  est  mis  en  mouvement  et 
déposé  en  sa  place,  le  système  tout  entier  se  consolide  dans  l'espace  avec 
une  énergie  remarquable.  Dans  cet  état,  le  corps  ne  peut  plus  participer  au 
mouvement  diurne  qui  anime  notre  globe;  et  en  effet,  bien  que  son  axe, 
en  raison  de  sa  brièveté,  semble  conserver  sa  direction  première  relati- 
vement aux  objets  terrestres,  il  suffit  d'approcher  un  microscope  pour 
constater  un  mouvement  apparent  uniforme  et  continu  qui  lui  fait  suivre 
exactement  le  mouvement  de  la  sphère  céleste.  Cet  axe  se  meut  relative- 
ment à  l'axe  du  monde  comme  une  lunette  parallactique  que  l'on  aurait 
pointée  dans  la  même  direction  sur  le  ciel.  Et  comme  on  dispose  arbi- 
trairement de  la  direction  primitive  de  cet  axe  dans  tous  les  azimuts 
autour  de  la  verticale,  on  peut  à  volonté  donner  aux  déviations  observées 
toutes  les  valeurs  comprises  entre  celle  de  la  déviation  totale  et  celle 
réduite  par  le  sinus  de  la  latitude.  Quand  à  l'origine  on  place  l'axe  dans  le 
premier  vertical,  on  a  une  déviation  parallèle  au  plan  de  l'équateur  et  qui 
augmente  proportionnellement  au  temps  à  raison  d'un  tour  entier  en 
vingt-quatre  heures. 

Quand,  au  contraire,  on  part  du  plan  du  méridien,  la  déviation  se  fait 
suivant  les  premiers  éléments  d'un  cône  semblable  au  cône  tangent  au 
parallèle  terrestre. 

Toutefois,  cette  manière  d'observer  n'est  pas  celle  que  j'ai  définitive- 
ment adoptée;  profitant  de  la  construction  de  l'instrument  qui  permet  de 
décomposer  la  déviation  en  deux  mouvements  partagés  entre  les  deux 
cercles  qui  supportent  le  tore,  j'ai  préféré  observer  isolément  la  compo- 
sante horizontale  qui  seule  déplace  un  cercle  extérieur  mobile  autour  de  la 
suspension  verticale. 

Comme  l'observation  ne  peut  être  prolongée  au  delà  de  huit  ou  dix 


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—  404  — 

minutes,  il  arrive  que  pourvu  qu'à  Torigine  Taxe  de  rotation  soit  horizon- 
talement dirigé,  la  déviation  observée  sur  le  cercle  vertical  prend  une 
valeur  indépendante  de  l'azimut  où  l'on  est  placé;  cette  valeur  est  précisé- 
ment celle  qui  est  donnée  par  la  loi  du  sinus  de  la  latitude.  Pour  s'en 
convaincre,  il  suffit  d'assimiler  la  marche  de  l'axe  de  rotation  à  celle  d'une 
ligne  menée  vers  une  étoile  quelconque  passant  à  l'horizon.  Or  il  est  facile 
de  démontrer  qu'à  tout  instant  les  mouvements  en  azimut  de  toutes  les 
étoiles  observées  très-près  de  l'horizon  sont  sensiblement  égaux  entre  eux 
et  mesurés  par  le  mouvement  de  la  terre  compté  en  sens  inverse  et  mul- 
tiplié par  le  sinus  de  la  latitude. 

Si  donc,  au  lieu  de  viser  sur  l'axe  même  du  corps  tournant,  on  dirige 
le  microscope  sur  le  cercle  des  mouvements  horizontaux,  on  doit  s'attendre, 
dans  les  premiers  instants  qui  suivent  la  mise  en  train,  à  les  voir  se 
déplacer  conformément  à  la  loi  énoncée.  Cette  loi,  il  est  vrai,  ne  s'applique 
en  toute  rigueur  qu'à  une  déviation  infiniment  petite,  mais  au  bout  de  cinq 
minutes  l'erreur  commise  est  encore  fort  petite  et  insaisissable  à  ce  genre 
d'expérimentation.  Si  d'ailleurs  on  tenait  à  élever  la  méthode  à  un  degré 
supérieur  d'approximation,  il  suffirait  d'exécuter,  dans  deux  directions 
rectangulaires,  deux  observations  de  même  durée  et  de  prendre  la  moyenne; 
comme  alors  les  erreurs  se  produisent  en  sens  inverses,  elles  s'élimine- 
raient en  grande  partie  et  le  résidu  persistant  deviendrait  tout  à  fait  négli- 
geable en  raison  de  son  extrême  petitesse. 

On  est  donc  par  là  complètement  affranchi  de  la  nécessité  d'opérer 
dans  un  azimut  déterminé,  on  est  seulement  astreint  à  partir  du  plan 
horizontal;  aussi  pour  satisfaire  à  cette  indication  a-t-on  monté  au  centre 
du  tore  une  glace  parallèle  au  plan  de  rotation  et  qui,  avec  le  concours 
d'une  mire  et  d'une  lunette  à  niveau,  permet  de  satisfaire  très-promptement 
à  cette  dernière  indication. 

Lors  donc  qu'on  opère  avec  toutes  les  précautions  requises  que  je  ne 
puis  indiquer  dans  cette  note,  quel  que  soit  le  sens  de  la  rotation  imprimée 
au  mobile,  on  obtient  à  coup  sûr  avec  une  déviation  dans  le  sens  voulu  un 
nouveau  signe  de  la  rotation  de  la  terre,  et  on  l'obtient  avec  un  instrument 
réduit  à  de  petites  dimensions,  aisément  transportable,  et  qui  donne  l'image 


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—  Û05  — 

du  mouvement  continu  de  la  terre  elle-même.  Vous  n'avez  plus  seulement 
sous  les  yeux,  comme  avec  le  pendule,  le  déplacement  progressif  d'un  plan 
idéal  plus  ou  moins  bien  défini  par  la  trajectoire  d'une  masse  oscillante, 
vous  possédez  des  pièces  matérielles  réellement  soustraites  à  Tentralne- 
ment  du  mouvement  diurne;  et  c'est,  je  crois,  un  desideratum  qu'un  des  plus 
illustres  membres  de  cette  académie,  M.  Poinsot,  signalait  dans  la  science, 
même  après  avoir  connu  l'expérience  du  pendule. 


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SUR   LES 
PHÉNOMÈNES  D'ORIENTATION  DES  CORPS  TOURNANTS 

ENTAAINfiS    PAR    UN    AXE    FIXE    A    LA    SURFACE  DE     LA    TERRE 

.  NOUVEAUX   SIGNES   SENSIBLES   DU    MOUVEMENT  DIURNE  i 

(Académie  des  Sciences,  27  septembre  1852.) 


Quand  un  corps  tournant  sur  un  de  ses  axes  principaux  est  librement 
suspendu  par  son  centre  de  gravité,  il  donne  à  la  surface  de  la  terre  les 
déviations  apparentes  que  nous  avons  étudiées  dans  le  mémoire  précédent. 
Mais,  si  au  lieu  de  laisser  ce  corps  libre  de  pirouetter  en  tous  sens,  on  assu- 
jettit son  axe  de  rotation  à  ne  pouvoir  tourner  qu'autour  d*un  axe  fixe  à 
la  surface  de  la  terre,  on  fait  naître  une  force  qui  tend  à  ramener  son  axe 
de  rotation  dans  la  direction  la  plus  voisine  de  celle  de  Taxe  du  monde  et 
à  disposer  les  deux  rotations  dans  le  même  sens.  Ces  évolutions  des  corps 
tournants  donnent  ainsi  de  nouveaux  signes  très-prompts  et  très-apparents 
du  mouvement  de  la  terre. 

Pour  procéder  méthodiquement  dans  l'exposé  de  ces  faits  et  pour  arriver 
à  les  éclairer  par  de  simples  considérations  empruntées  à  la  mécanique  et 
à  la  géométrie,  j'examinerai  d'abord  le  cas  où  le  corps  tournant  autour  de 
son  axe  propre  est  en  même  temps  assujetti  sur  un  axe  vertical  autour 
duquel  il  est  libre  de  se  mouvoir  en  même  temps.  Je  supposerai  qu*à  Tori- 

4.  Voir  C.  R,  de  VAc.  des  Se,  t.  XXXV,  p.  424. 


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—  407  — 

gine  le  corps  ait  son  axe  dirigé  de  Test  à  Touest  et  qu'il  tourne  de  droite  à 
gauche,  pour  l'observateur  qui  le  voit  devant  lui,  ayant  lui-même  la  face 
tournée  vers  l'orient*. 

Dans  cette  situation  le  mobile  est  non-seulement  animé  de  sa  vitesse 
initiale,  mais  il  ressent  encore  l'influence  de  la  composante  de  la  rotation 
diurne  autour  de  la  méridienne  du  lieu  qui  agit  à  la  façon  d'un  couple  accé- 
lérateur dont  l'axe  est  dirigé  suivant  cette  méridienne.  Or  ce  couple  très- 
petit  par  rapport  à  celui  qui  anime  le  mobile  ne  s'en  compose  pas  moins 
avec  ce  dernier  de  la  manière  suivante. 

Si  l'on  se  conforme  aux  représentations  enseignées  par  M.  Poinsot, 
le  couple  d'impulsion  du  corps  a  son  axe  qui  vise  vers  l'occident;  celui 
qui  provient  de  la  rotation  de  la  terre  a  son  axe  qui  vise  au  midi,  et  l'axe 
du  couple  résultant,  compris  dans  le  plan  des  deux  autres  et  donné  par  la 
construction  du  parallélogramme,  incline  tant  soit  peu  de  l'occident  au 
midi.  Il  en  résulte  qu'à  l'axe  principal  sur  lequel  le  corps  a  été  primi- 
tivement lancé  se  substituent  une  suite  d'axes  instantanés  de  rotation 
occupant  successivement  des  positions  différentes  dans  le  corps  et  dans 
l'espace,  et  qui  s'en  vont  gagnant  peu  à  peu  le  plan  du -méridien.  En  même 
temps  que  ce  déplacement  a  lieu,  le  moment  du  couple  terrestre  diminue 
de  valeur,  et  enfin  il  s'annule  au  moment  précis  où  l'axe  instantané 
toujours  voisin  de  l'axe  principal  atteint  le  plan  du  méridien.  Mais  en 
vertu  de  cette  nouvelle  vitesse  acquise  qui  a  modifié  le  mouvement  du 
corps,  ce  plan  est  bientôt  dépassé  ;  alors  le  petit  couple  terrestre  reparaît 
en  sens  inverse  ;  son  action  rapproche  l'axe  instantané  de  l'axe  principal, 
retarde  en  même  temps  le  mouvement  qui  les  emporte  tous  deux  hors  du 
plan  méridien,  et  quand  ils  coïncident,  ils  ont  atteint  tous  deux  le  maxi- 
mum de  leur  excursion.  Mais  le  couple  terrestre  continuant  d'agir  les 
sépare  de  nouveau  et  les  ramène  vers  le  méridien  qu'ils  dépassent 
encore,  et  ainsi  de  suite. 

Il  en  résulte,  en  définitive^  que  l'axe  principal  qui  est  le  seul  observable 

4.  Pour  que  celte  indicatioD  soit  conforme  à  la  représentation  du  couple  ci-après  spécifié,  il  faut 
que  le  corps  tourne  de  droite  à  gauche,  par-dessous,  ou  que  Tobservateur  ait  la  face  tournée  vers 
l'occident.  (G.  M.  Gj. 


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—  408  — 

s'anime  d'un  mouvement  oscillatoire  très-lent  autour  du  méridien  où  il 
finirait  par  se  fixer  si  la  rotation  persistait  assez  longtemps. 

Le  plan  du  méridien  est  donc  le  seul  dans  lequel  Taxe  de  rotation  se  trouve 
en  équilibre;  mais  il  y  peut  être  conduit  par  deux  chemins  différents  :  Tun 
qui  amène  le  mobile  tournant  parallèlement  à  la  composante  de  la  rotation 
terrestre  considérée  autour  de  la  méridienne,  chemin  qu'il  prend  spontané- 
ment, et  l'autre  qui  amènerait  le  mobile  tournant  en  sens  inverse.  Dans  ces 
deux  conditions  le  couple  terrestre  s'annule  ;  mais,  il  faut  bien  le  remarquer, 
dans  la  première  tout  écart  fait  reparaître  le  couple  affecté  du  signe  con- 
venable pour  rétablir  l'équilibre  ;  tandis  que  dans  l'autre,  le  moindre  écart 
fait  renaître  ce  même  couple  avec  le  signe  contraire  :  dans  la  première 
position  l'équilibre  est  stable,  dans  la  seconde  il  y  a  encore  équilibre,  mais 
il  est  instable* 

Donc  tout  corps  tournant  autour  d'un  aœe  libre  de  se  diriger  sans  sortir  du 
plan  horizontal  fournit  un  nouveau  signe  de  la  rotation  de  la  terre;  car  cette  rota- 
tion développe  une  force  d'orientation  qui  sollicite  Vaxe  du  corps  vers  le  méridien  et 
dispose  le  corps  à  tourner  dans  le  même  sens  que  la  terre. 

Donc  sans  le  secburs  d'aucune  observation  astronomique  la  rotation  d'un  corps 
à  la  surface  de  la  terre  suffit  à  faire  reconnaître  le  plan  du  méridien. 

Le  méridien  étant  actuellement  connu,  je  vais  disposer  l'axe  du  mobile 
dans  ce  plan  avec  liberté  de  s'y  mouvoir  sans  pouvoir  en  sortir;  c'est-à- 
dire  que  tout  en  tournant  sur  son  axe  ordinaire,  le  corps  pourra  s'incliner 
comme  une  lunette  méridienne  autour  d'une  ligne  horizontale  prise  dans  le 
premier  vertical. 

A  l'origine  je  dirige  cet  axe  horizontalement  et  je  fais  encore  tourner 
le  mobile  de  droite  à  gauche  pour  l'observateur  regardant  au  nord  *  :  autre- 
ment dit  l'axe  du  couple  qui  l'anime  vise  au  midi.  Mais  à  peine  abandonné 
dans  cette  position  l'appareil  ressent  l'influence  du  mouvement  de  la  terre 
autour  de  l'axe  du  monde. 

En  effet,  si  l'on  applique  au  cas  actuel  le  même  raisonnement  que  j'ai 
développé  pour  le  cas  précédent,  on  trouve  à  considérer  un  couple  ter- 
restre qui  incline  graduellement  l'axe  de  rotation  et  ne  devient  inactif  qu^à 

4.  Il  faut  faire  ici  une  correction  semblable  à  celle  que  nous  avons  indiquée  à  la  page  précédeDte. 


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—  m  — 

IMnstant  où  rinclinaison  donne  une  direction  parallèle  à  l'axe  du  monde. 

Quand  on  lance  le  tore  dans  l'autre  sens,  l'inclinaison  commence  aussi  en 

sens  inverse,  et  si  la  construction  de  l'instrument  le  permet  elle  s'accomplit 

en  entier  jusqu'au  point  de  ramener  l'axe  et  la  rotation  du  mobile  parallèles 

à  ceux  de  la  terre. 

Donc  tout  corps  tournant  autour  d'un  axe  libre  de  se  diriger  sans  sortir  du 

méridien  jouit  de  la  propriété  de  s'orienter  parallèlement  à  l'axe  du  monde  et  de 

manière  à  tourner  dans  le  même  sens  que  la  terre. 

Le  résultat  de  cette  expérience  doit  encore  compter  pour  un  nouveau 
signe  de  la  rotation  du  globe  ;  ainsi  que  la  précédente  elle  réussit  assez 
bien  pour  que  je  puisse  espérer  qu'elle  sera  répétée.  Ce  n'est  pas  que  je 
propose  de  déterminer  de  la  sorte  la  position  exacte  de  l'axe  du  monde, 
mais  dès  qu'on  s'est  appliqué  à  rechercher  toutes  les  conséquences  méca- 
niques de  ce  fait  :  la  terre  tourne  sur  elle-même,  il  m'a  semblé  que  parmi 
ces  conséquences  l'une  des  plus  curieuses  à  constater  expérimentalement 
était  cette  propriété  d'orientation  que  la  théorie  indique  dans  les  corps 
animés  sous  nos  yeux  d'un  mouvement  de  rotation. 

Cette  tendance  remarquable  de  l'axe  de  rotation  vers  une  direction 
définie  ne  laisse  pas  que  de  présenter  avec  la  propriété  fondamentale  de  l'ai- 
guille aimantée  une  certaine  ressemblance  extérieure  qui  est  d'autant  plus 
frappante  que  généralement  la  position  d'équilibre  autour  de  laquelle  oscille 
le  nouvel  instrument  est  oblique  sur  l'horizon,  ce  qui  permet  de  mettre  la 
force  directrice  en  évidence  en  opérant  soit  dans  le  plan  horizontal  comme 
on  le  fait  avec  la  boussole  de  déclinaison,  soit  dans  un  plan  vertical  comme 
on  le  fait  aussi  avec  la  boussole  d'inclinaison. 

L'appareil  spécialement  destiné  à  mettre  en  évidence  et  à  mesurer 
approximativement  la  déviation  d'un  corps  tournant  en  toute  liberté  peut 
servir  également  à  produire  et  à  observer  les  phénomènes  d'orientation  que 
je  viens  d'énoncer  et  de  décrire.  Comme  tous  ces  phénomènes  dépendent 
du  mouvement  de  la  terre  et  en  sont  des  manifestations  variées,  je  propose 
de  nommer  gyroscope  l'instrument  unique  qui  m'a  servi  à  les  constater. 


62 


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INFLUENCE 

DU 

MOUVEMENT  DE  LA  TERRE  SUR  LA  TOUPIE 

SON    INCLINAISON    DANS   LE   PLAN    DU   MÉRIDIEN 

ET    SA    PR0GRB8S10N    d'oGGIDBNT     EN    OEIENT    SUE     UN    PLAN    UOEIZONTAL  ^ 

(SanB  date.) 


On  a  cru  jusqu'ici  que  la  toupie,  qui  se  tient  sur  sa  pointe  en  vertu  du 
mouvement  de  rotation,  tend  encore  à  se  redresser  de  manière  à  tourner 
exactement  autour  de  la  verticale  du  lieu.  On  a  même  proposé  pour  la  marine 
un  instrument  fondé  sur  ce  principe,  et  qui  devait  donner  un  horizon  artificiel 
au  moyen  d'une  toupie  armée  d'un  miroir  plan  monté  perpendiculairement 
à  l'axe.  Cependant,  si  on  a  égard  au  mouvement  de  la  terre,  on  trouve  que 
la  position  d'équilibre  d'une  toupie  en  mouvement  n'est  pas  celle  où  son 
axe  concorde  avec  la  verticale,  mais  qu'elle  correspond  à  une  certaine  ligne 
oblique  contenue  dans  le  plan  du  méridien  et  qui  penche  vers  le  midi  ou 
vers  le  nord  suivant  que  la  toupie  tourne  à  droite  ou  à  gauche.  Il  est 
impossible  de  donner  la  valeur  de  cet  angle  qui  mesure  l'inclinaison  de  la 
toupie  en  mouvement,  attendu  que  cet  angle  varie  avec  la  forme,  la  masse 

4.  Cette  note,  retrouvée  daos  les  manuscrits  de  L.  Foucault,  faisait  suite  aux  minutes  des  deux 
mémoires  précédeots  :  elle  n'a  pas  été  publiée,  à  notre  connaissance. 


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—  411  — 
et  la  vitesse  de  rotation  de  l'appareil.  Tout  ce  qu'on  peut  dire,  c'est  qu'il 
augmente  avec  la  rapidité  du  mouvement,  avec  le  moment  d'inertie  du 
système  et  avec  rabaissement  de  son  centre  de  gravité  au-dessous  du 
point  d'appui.  Prévenu  par  le  raisonnement  que  telles  étaient  les  circon- 
stances favorables  «^  la  manifestation  de  ce  nouveau  signe  du  mouvement 
de  la  terre,  j'ai  fait  construire  un  toton  à  réflexion  que  j'ai  mis  en  observa- 
tion de  la  manière  suivante  : 

Une  glace  parallèle  et  circulaire,  montée  perpendiculairement  sur  un 
axe  d'acier  terminé  par  une  pointe  mousse  constitue  un  toton  que  l'on  met 
en  mouvement  à  la  manière  des  toupies  d'Allemagne.  Quand  l'appareil  est 
lancé,  on  s'en  sert  comme  d'un  plan  horizontal  pour  réfléchir  une  mire 
dans  l'axe  d'une  lunette  dirigée  dans  le  plan  vertical.   Si  l'appareil  est 
animé  d'un  mouvement  de  précession  qui  fasse  osciller  l'image  hors  du 
champ,  on  le  redresse  en  agissant  sur  son  axe  conformément  aux  indica- 
tions de  la  théorie  comme  pour  précipiter  son  mouvement  conique.  Avec 
un  peu  d'habitude,  on  arrive  ainsi  très-promptement  à  restreindre  telle- 
ment les   oscillations  de  l'image  qu'on  détermine  aisément  sa  position 
moyenne.  Cela  fait,  on  substitue  au  toton  la  surface  d'un  bain  de  mercure, 
et  du  changement  de  position  de  l'image  on  déduit  le  sens  et  l'amplitude 
de  l'inclinaison.  Avec  les  appareils  dont  je  me  suis  servi,  l'angle  d'inclinai- 
son s'est  produit  sensiblement  dans  le  sens  voulu  et  il  a  acquis  dans  les  plus 

grandes  vitesses  la  valeur  de 

Puisque,  en  elTet,  la  toupie  s'incline  dans  le  plan  du  méridien  et  dans  le 
sens  favorable  au  parallélisme  des  rotations,  il  devait  en  résulter  une  con- 
séquence inévitable  :  la  toupie  étant  placée  sur  un  plan  parfaitement  hori- 
zontal, le  point  de  contact  de  son  extrémité  sur  ce  plan  ne  se  trouve  pas 
exactement  sur  l'axe  de  rotation,  et  son  excentricité  donne  naissance  à  un 
petit  cercle  d'engrènement  naturel  en  vertu  duquel  la  toupie  doit  se  trans- 
porter parallèlement  à  elle-même  d'occident  en  orient,  quel  que  soit  le  sens 
de  la  rotation  du  mobile.  Pour  vérifier  cette  dernière  conséquence  qui  four- 
nit encore  un  nouveau  signe  du  mouvement  de  la  terre,  j'ai  fait  abandonner 
le    toton  sur  un  plan  de  glace  parfaitement  horizontal  et  j'ai  vu  en  effet 
la  toupie  cheminer  constamment  vers  l'orient  avec  une  vitesse  de...» 


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—  412  — 

Ces  différents  phénomènes  offerts  par  la  toupie  sont  évidemment  sous  la 
dépendance  de  la  composante  de  la  rotation  terrestre  qu'on  peut  appeler  la 
rotation  équatoriale,  parce  que,  à  Téquateur,  elle  devient  totale.  Il  en  résulte 
que  c'est  à  Féquateur  qu'ils  doivent  acquérir  la  plus  grande  intensité,  tandis 
qu'ils  s'évanouiraient  aux  pôles  et  laisseraient  la  toupie  se  comporter  comme 
sur  une  terre  en  repos. 


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SUR   QUELQUES    EXPÉRIENCES 

TENDANT    A    DÉMONTRBa 

LA  TENDANCE  DES  ROTATIONS  AU  PARALLÉLISME* 

(Académie  des  Sciences,  26  octobre  1852.) 


On  peut  énoncer  ainsi  le  principe  qui  m'a  servi  de  guide  dans  mes 
recherches  sur  Yorientalion  et  sur  Yinclinaison  des  corps  tournants  : 

Quand  un  coi^ps  tourne  autour  d'un  axe  principal  et  qu'une  force  ou  un  système 
de  forces  tend  à  produire  une  rotation  nouvelle  non  parallèle  à  la  première^  l^ effet 
résultant  est  un  déplacement  de  l'axe  de  rotation  primitive  qui  se  dirige  vers  l'axe 
de  rotation  nouvelle  par  le  chemin  favorable  au  parallélisme  des  deux  rotations. 

Dans  les  phénomènes  d'orientation  et  d'inclinaison,  la  rotation  nouvelle 
et  communiquée  est  une  composante  variable  du  couple  terrestre.  Mais  en 
combinant  artificiellement  deux  rotations  ensemble^  on  peut  varier  à  l'infini 
les  expériences  propres  à  démontrer  le  principe  précédent;  je  n'en  citerai 
que  deux. 

Que  l'on  prenne  un  corps  animé  d'un  mouvement  de  rotation  très- 

4.  Un   extrait  de   celle  noie  a  élé   publié    dans    les  Comptes    rendus  de  VAcad.  des  Se, 
l.  XXXV,  p.  60i. 


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rapide  tel  que  le  tore  que  j'ai  choisi  comme  présentant  un  grand  moment 
d'inertie  sous  une  petite  surface,  et  qu'on  le  fasse  reposer  sur  un  point  fixe 
par  un  autre  point  quelconque  pris  sur  le  prolongement  de  son  axe  hori- 
zontalement situé ,  on  aura  à  considérer  à  chaque  instant  :  1*  le  couple  qui 
anime  le  corps  et  dont  Taxe  passe  au  point  d'appui;  2^  un  couple  dû  à  la 
pesanteur  et  dont  l'axe  horizontal,  que  j'appellerai  axe  de  chute,  est  perpen- 
diculaire à  Taxe  de  rotation  primitive.  Puisque  ces  deux  axes  sont  dans  le 
plan  horizontal,  le  déplacement  aura  lieu  dans  ce  plan;  mais  comme  l'axe 
de  chute  est  essentiellement  perpendiculaire  sur  l'autre,  il  en  résulte  que 
celui-ci  ne  saurait  l'atteindre.  En  conséquence,  le  corps  circule  sans  tomber 
autour  du  point  d'appui  et  d'autant  plus  lentement  que  sa  rotation  est  plus 
rapide. 

Cette  expérience  n'est  en  réalité  que  l'exagération  du  phénomène  de 
précession;  mais  elle  est  tellement  saillante,  elle  contredit  si  directement  les 
prévisions  habituelles  de  nos  sens,  que  j'ai  cru  devoir  la  produire  à  l'appui 
de  la  tendance  des  rotations  au  parallélisme. 

La  seconde  expérience  dont  je  vais  parler,  quoique  moins  frappante 
que  la  première,  me  semble  aussi  démonstrative. 

Elle  consiste  à  suspendre  le  corps  tournant  par  les  extrémités  de  son 
axe  à  deux  fils  inextensibles  réunis  à  une  suspension  formée  par  un  fil  sans 
torsion.  Si  le  centre  de  gravité  de  l'appareil  est  abandonné  sans  vitesse 
dans  la  direction  de  la  verticale,  le  corps  s'oriente  sous  l'influence  du  chan- 
gement de  direction  de  cette  verticale  dans  l'espace;  mais  si  on  le  lance  à 
la  manière  d'un  pendule  conique,  l'action  de  la  terre  disparaît  et  le  corps 
circule  en  maintenant  son  axe  propre  constamment  dirigé  sur  la  verticale 
abaissée  du  point  de  suspension.  Quand  on  intervertit  le  sens  de  l'oscilla- 
tion conique,  l'axe  du  corps  se  retourne  bout  pour  bout  et  continue  à 
manœuvrer  de  la  même  manière.  Dans  tous  les  cas  les  deux  fils  sont  iné- 
galement tendus,  et  le  fil  intérieur  ou  le  plus  voisin  de  la  verticale  supporte 
toujours  la  plus  forte  charge. 

Cette  expérience  est  encore  assez  curieuse,  et  l'explication  en  est 
simple  :  à  chaque  instant  le  corps  oscillant  comme  pendule  conique  tourne, 
indépendamment  de  sa  rotation  propre  autour  d*un  axe  extérieur,  per- 


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—  ftl5  — 

pendiculaire  au  fil  unique,  contenu  dans  le  plan  de  ce  fil  et  de  la  verticale 
et  passant  par  le  point  de  suspension.  Or  c*est  précisément  cet  axe,  dont 
la  direction  est  continuellement  changeante,  qui  règle  à  chaque  instant , 
celle  du  corps  tournant. 


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INSTRUCTION 

SUR  LES  EXPÉRIENCES  DU  GYROSCOPE 

(Sans  date.) 


Le  gyroscope  (PI.  11  et  12),  considéré  dans  son  ensemble,  se  compose: 

1*  D'un  rouage  moteur  (fig.  2  et  3,  pi.  11)  ; 

2**  D'un  mobile  tournant  ou  gyroscope  proprement  dit; 

3*  D'un  pied  ou  support  pour  recevoir  le  mobile  en  action  (fig.  1); 

ft*»  D'un  microscope  à  pied  articulé. 

Les  expériences  à  faire  sur  le  mouvement  de  la  terre  sont  au  nombre 
de  trois:  la  déviation,  l'orientation  et  l'inclinaison. 

L'expérience  de  la  déviation  est  analogue  à  celle  du  pendule;  elle 
montre  le  mouvement  de  la  terre  par  le  contraste  de  la  fixité  de  direction  de 
l'axe  de  rotation  avec  la  mobilité  angulaire  des  objets  terrestres.  Pour  faire 
l'expérience  de  la  déviation,  il  faut  commencer  par  équilibrer  le  gyroscope 
a  en  l'observant  à  l'état  de  repos,  à  la  place  qu'il  doit  occuper  sur  le  sup- 
port. La  pièce  du  support  destinée  à  recevoir  le  gyroscope  est  un  cercle 
de  bronze  d  d!  suspendu  à  un  fil  de  soie  et  guidé  par  des  tourillons  et  un 
pivot. 

Le  cercle  est  ainsi  rendu  mobile  autour  d'un  de  ses  diamètres  que 
l'on  place  dans  la  direction  verticale  au  moyen  de  vis  calantes  y  \f ,  et  d'un 
niveau  à  bulle  d'air  posé  sur  la  plate-forme  où  le  constructeur  a  gravé  son 
nom.  Ce  cercle  présente  encore  à  signaler  deux  échancrures  c  é  placées 


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-  &i7  - 

suivant  un  diamètre  horizontal  et  au  niveau  de  ces  échancrures,  deux 
fourchettes  ff,  destinées  à  recevoir  et  à  guider  les  couteaux  du  gyroscope. 
Ces  fourchettes,  que  Ton  lève  ou  abaisse  à  volonté  en  agissant  sur  les  che- 
villes saillantes  h  h!  dont  sont  armés  leurs  prolongements  inférieurs,  laissent 
déposer  le  gyroscope  exactement  à  la  place  qu'il  doit  occuper. 

Quatre  masses  courantes  u  u'vv\  montées  sur  le  cercle  qui  supporte  Taxe 
du  tore,  servent  alors  à  amener  le  gyroscope  à  l'état  d'équilibre  indifférent, 
ou  du  moins  à  lui  laisser  très-peu  de  stabilité  sur  le  tranchant  des  couteaux. 

Pour  que  le  mobile  soit  également  libre  autour  de  la  verticale,  on  le 
soulève  au  moyen  du  fil  dont  on  annule  la  torsion  en  agissant  sur  le  bou- 
ton de  suspension  m  ou  sur  l'écrou  par  lequel  il  prend  appui  sur  le  tube 
évidé  n. 

Le  gyroscope  ayant  ainsi  acquis  toute  liberté  de  se  mouvoir  autour  de 
son  centre  de  gravité,  on  lui  imprime  la  rotation  qui  doit  fixer  sa  position 
dans  l'espace.  On  l'enlève  donc  pour  le  mettre  en  relation  avec  le  rouage 
moteur  (fig.  2  et  3,  pi.  1 1).  Une  fois  mis  en  place,  on  ferme  les  verrous  s  sY  s"' 
qui  Tem pèchent  de  s'échapper,  et  l'on  agit  sur  la  manivelle  œ  jusqu'au 
point  de  lui  communiquer  une  vitesse  d'environ  un  tour  par  seconde.  Pen- 
dant que  le  rouage  continue  de  tourner  par  la  vitesse  acquise,  on  ouvre  les 
verrous,  on  enlève  le  gyroscope  et  on  le  remet  en  place  au  moyen  des 
fourchettes  qui  servent  de  poseurs. 

Si  l'appareil  a  été  bien  équilibré  et  si  l'axe  de  rotation  a  été  abandonné 
en  position  horizontale,  la  déviation  se  produit  aussitôt.  Pour  l'observer, 
l'on  peut  employer  deux  moyens  différents,  l'aiguille  et  le  microscope. 
L'aiguille,  longue  de  30  à  &0  centimètres,  se  place  à  frottement  sur 
le  prolongement  du  pivot  inférieur  de  l'axe  vertical,  son  extrémité  est 
repérée  sur  l'une  des  divisions  de  l'arc  de  cercle  en  carton  que  l'on 
met  à  la  main  en  position  convenable,  et  peu  à  peu  Ton  voit  cette  aiguille 
dévier  vers  la  gauche  de  l'observateur  placé  en  dehors  de  l'arc  et  tourné 
vers  l'instrument. 

Le  microscope,  qui  grandit  les  distances,  rend  le  mouvement  aussitôt 
visible;  on  le  dirige  sur  de  fines  divisions,  représentant  les  dixièmes  de 
degrés,  tracées  sur  une  saillie  k  à  l'extérieur  du  cercle  vertical,  et  si  l'on  a 

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—  &18  — 

égard  à  la  direction  de  la  lumière  et  à  la  disposition  d*un  miroir  éclairant 
dont  le  microscope  est  pourvu  en  arrière  des  lentilles,  on  peut  disposer  les 
choses  de  manière  à  rendre  les  divisions  et  le  mouvement  relatif  parfaite- 
ment visibles.  Seulement,  comme  le  microscope  renverse  les  images,  ce 
mouvement  apparent  est  interverti. 

On  n'est  bien  sûr  d'avoir  observé  la  vraie  déviation  qu'après  l'avoir 
vue  se  produire  dans  le  même  sens  malgré  le  renversement  du  mouve- 
ment de  rotation  imprimé  au  gyroscope. 

L'inclinaison  et  l'orientation  diffèrent  essentiellement  de  l'expérience 
précédente  et  sont  fondées  sur  le  principe  de  la  concordance  des  rotations 
dont  il  convient  de  donner  d'abord  une  démonstration  expérimentale. 

On  met  en  place  une  tablette  tournante  qui  se  monte  sur  l'une  des 
boites  de  l'instrument;  sur  cette  tablette,  on  pose  un  support  en  acajou 
qui,  au  sommet  de  chaque  montant,  porte  une  plaque  d'acier  entaillée; 
puis,  ayant  imprimé  un  mouvement  de  rotation  peu  rapide  au  gyroscope, 
on  engage  les  tourillons  du  cercle  dans  les  entailles  des  deux  plaques 
d'acier.  Ainsi  placé,  le  gyroscope,  préalablement  équilibré,  garde  indiffé- 
remment toute  position  possible  autour  des  tourillons.  Mais  si  l'on  fait 
tourner  la  tablette  dans  un  sens  ou  dans  Tautre,  aussitôt  le  gyroscope 
s'incline,  et,  après  quelques  oscillations,  l'axe  de  rotation  se  fixe  dans  la 
verticale,  c'est-à-dire  dans  une  direction  parallèle  à  celle  de  l'axe  de  rota- 
tion du  support;  de  plus,  on  constate  que  les  deux  rotations,  celle  du  tore 
et  celle  imprimée  à  la  tablette,  deviennent  concordantes.  Pour  confirmation, 
on  fait  tourner  la  tablette  en  sens  inverse,  ce  qui  oblige  le  gyroscope  à 
culbuter,  de  manière  que  l'axe  se  retourne  bout  pour  bout. 

Appliquant  ce  principe  au  mouvement  de  la  terre,  on  met  en  évidence 
les  phénomènes  de  l'inclinaison  et  de  l'orientation. 

Pour  l'étude  de  l'inclinaison,  le  gyroscope  a  peut  aussi  prendre  place 
sur  le  support  dfif'  en  reposant  par  le  tranchant  des  couteaux;/ sur  les  sur- 
faces d'acier  poli  i  disposées  à  cet  effet.  Les  couteaux  étant  dirigés  de  l'est 
à  l'ouest,  l'axe  du  corps  est  libre  de  se  mouvoir  dans  le  plan  du  méridien. 
Au  moyen  des  masses  courantes,  on  l'amène  avec  soin  dans  un  état 
d'équilibre  indifférent  ;  maintenant,  au  moyen  du  rouage,  on  le  fait  tourner 


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—  419  — 

rapidement  d'occident  en  orient,  suivant  le  sens  de  la  composante  du 
mouvement  de  la  terre  projetée  sur  le  premier  vertical;  le  mobile  étant 
remis  en  place,  s'inclinera  de  manière  à  simuler  la  position  de  la  terre 
dans  Fespace  et  à  se  mettre  en  concordance  avec  elle  pour  la  position  de 
Taxe  et  pour  le  sens  de  la  rotation.  Si  le  gyroscope  tourne  en  sens  con- 
traire, Tinclinaison  commence  également  en  sens  opposé  ;  mais  elle  est 
bientôt  limitée  par  la  construction  des  couteaux,  qui  ne  permet  pas  à 
l'évolution  de  s'accomplir  entièrement. 

L'expérience  de  l'orientation  consiste  à  suspendre  l'axe  du  corps 
tournant  comme  l'aiguille  d'une  boussole  de  déclinaison,  et  montrer  que 
dans  ces  conditions  il  tend  à  se  placer  dans  le  plan  du  méridien. 

On  prend  le  gyroscope,  on  engage  les  collets  de  Tanneau  dans  les 
échancrures  ff  du  cercle  vertical  de  support.  Dans  cette  situation,  l'axe  du 
tore  au  repos  est  indiiTérent  à  toute  position  qu'on  lui  donne  dans  le  plan 
horizontal  dont  il  ne  saurait  sortir;  l'instrument  étant  calé,  le  fil  sans 
torsion  et  le  pivot  inférieur  soulagé  du  poids  du  mobile  et  des  anneaux, 
l'appareil  jouit  d'une  extrême  mobilité.  On  imprime  alors  au  tore  une 
vitesse,  on  le  remet  en  place,  et  on  l'abandonne  à  l'action  de  la  terre. 
Bientôt  l'influence  directrice  devient  manifeste,  et  l'on  voit  le  gyroscope 
osciller  de  part  et  d'autre  du  plan  du  méridien.  De  plus,  on  constate 
qu'en  passant  par  sa  position  d'équilibre,  le  mobile  tourne  en  concor- 
dance avec  la  composante  efficace  du  mouvement  de  la  terre. 

Cette  théorie  delà  concordance  des  rotations  conduit  à  une  conséquence 
qui  se  vérifie  par  une  expérience  curieuse. 

On  arme  d'un  crochet  le  prolongement  de  l'axe  du  gyroscope  a>  et  lui 

ayant  comnuiniqué  une  grande  vitesse,  on  pose  l'extrémité  du  crochet  dans 

une  capsule  d'acier  qui  forme  le  sommet  d'un  support,  puis  Taxe  étant 

tant  soit  peu  relevé  au-dessus  de  la  direction  horizontale,  on  le  lAche ,  en 

obéissant  doucement  au  mouvement  de  précession  qui  tend  à  se  produire, 

bien  différent  de  ce  qu'il  serait  au  repos,  le  gyroscope,  abandonné  ainsi 

dans  une  position  qui  place  sa  masse  entière  en  dehors  du  point  d'appui, 

se  soutient  en  surplomb  et  circule  lentement  autour  du  support.  A  mesure 

que  la  rotation  diminue  de  vitesse,  cette  translation  devient  plus  rapide 


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—  420  — 

et  finirait  par  compromettre  la  stabilité  du  système  si  l'on  ne  se  hâtait 
de  mettre  fin  à  rexpérlence. 

Ces  diverses  expériences  ne  réussissent  qu'autant  que  le  mobile 
tourne  exactement  autour  d'un  axe  principal;  on  arrive  à  remplir  cette 
condition  en  distribuant  convenablement  les  masses  des  vis  plongeantes  qui 
pénètrent  dans  Fépaisseur  du  tore.  L'appareil  est  à  cet  égard  livré  tout 
réglé,  et  il  est  expressément  recommandé  aux  expérimentateurs  de  ne 
point  troubler  un  état  d'équilibre  qu'ils  auraient  peine  à  reproduire. 


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SUR   UN  HÉLIOSTAT  NOUVEAU* 

(Académie  des  sciences,  18  mars  1862.) 


J'ai  rhonneur  de  présenter  à  rAcadémie  un  nouvel  hélioslat  que  je 
viens  de  construire  d'après  les  indications  qui  m'ont  été  fournies  par 
M.  Léon  Foucault.  Cet  instrument  a  spécialement  pour  objet  d'exécuter  dans 
les  conditions  d'une  extrême  stabilité  les  fonctions  nécessaires  pour  diriger 
d'une  manière  précise  des  miroirs  de  très-grande  dimension.  L'héliostat,  tel 
qu'on  Fa  construit  jusqu'à  ce  jour  pour  les  besoins  de  la  physique,  n'agis- 
sait utilement  que  sur  un  faisceau  lumineux  de  6  à  8  centimètres  de 
diamètre  ;  du  reste,  on  n'exigeait  pas  que  le  rayon  réfléchi  gardAt  une 
direction  absolument  fixe,  et  pourvu  que  les  écarts  restassent  contenus 
dans  les  limites  de  Tangle  solaire,  les  expériences  se  poursuivaient  avec 
régularité. 

Aujourd'hui,  pour  les  démonstrations  de  l'enseignement  public  comme 
pour  les  applications  variées  de  l'astronomie  et  de  la  photographie,  il 
devient  indispensable  d'opérer  sur  une  plus  grande  quantité  de  lumière, 
de  recueillir  de  larges  faisceaux  et  de  les  fixer  aussi  exactement  que  pos- 
sible dans  une  direction  déterminée. 

De  tous  les  héliostats  connus,  le  plus  élégant  et  le^plus  facile  à  mettre 
en  position,  celui  qui  résout  le  problème  de  la  manière  la  plus  générale  et 

4 .  Note  présentée  par  M.  Duboscq.  Voir  C.  R.  de  l'Acad.  des  Se,  t.  LIV,  p.  648. 


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la  plus  élégante  est  sans  contredit  rhéliostatde  M.  Silbermann.  En  plaçant 
son  miroir  au  centre  des  mouvements  et  en  prenant  ses  points  d*appui  sur 
deux  arcs  extérieurs  et  concentriques,  M.  Silbermann  a  donné  à  son  héliostat 
la  propriété  de  passer  dans  bien  des  positions  inabordables  à  tous  les  autres 
instruments  du  même  genre.  Mais  ces  avantages,  que  tout  le  monde  a 
sentis,  n'ont  pas  pu  se  concilier  avec  la  nécessité  de  supporter  et  de  faire 
mouvoir  un  puissant  miroir. 

Il  fallait  donc  recourir  à  une  autre  disposition.  Dans  le  nouvel  instru- 
ment que  je  mets  sous  les  yeux  de  l'Académie,  le  miroir  métallique,  qui 
n'a  pas  moins  de  30  centimètres  de  longueur  sur  15  de  large,  a  pour 
support  une  colonne  verticale  sur  laquelle  il  repose   par  l'intermédiaire 
d'un  disque  qui  rappelle  en  tout  point  le  miroir  circulaire  de  l'héliostal  d? 
S'Gravesande.  En  eifet,  ce  disque  est  suspendu  par  deux  tourillons  diamé- 
tralement opposés,  et  il  est  mis  en  mouvement  par  l'action  d'une  aiguille 
horaire  sur  une  tige  normale  fixée  à  son  revers.  Ce  miroir,  appliqué  sur 
ce  disque  et  qui  le  déborde  de  tous  côtés,  peut  tourner  dans  son  propre 
plan  autour  de  leur  centre  commun  ;  et  comme  il  importe  qu'à  tout  instant 
sa  plus  grande  dimension  coïncide  avec  le  plan  de  réflexion,  on  satisfait  à 
cette  condition  en  prolongeant  en  arrière  l'aiguille  directrice  et  en  enga- 
geant sa  deuxième  extrémité  dans  une  coulisse  fixée  au  revers  du  miroir 
suivant  le  sens  de  sa  plus  grande  longueur.  L'aiguille  directrice,  la  queue 
normale  du  disque  et  la  coulisse  du  miroir  forment  ainsi  un  triangle  rec- 
tangle incessamment  compris  dans  le  plan  de  réflexion  et  dont  l'hypoténuse 
a  une  longueur  invariable.  L'aiguille  directrice  représente  le  rayon  incident^ 
et  le  rayon  réfléchi  est  figuré  par  la  ligne  même  qui  passe  par  le  point  de 
croisement  de  l'aiguille  avec  l'axe  horaire  et  par  le  centre  du  disque  ;  cette 
ligne  est  égale  aux  deux  moitiés  de  l'aiguille  et  partage  le  triangle  rectangle 
en  deux  triangles  isocèles  égaux. 

Le  centre  principal  de  l'instrument  est  le  point  où  l'aiguille  conductrice 
du  miroir  croise  l'axe  horaire  qui  lui  donne  le  mouvement.  Pour  disposera 
volonté  de  la  direction  du  rayon  réfléchi,  il  suffit  de  faire  mouvoir  sphéri- 
quement  le  centre  du  disque  autour  de  ce  point  central.  Dans  ce  but, 
on  prend  comme  centre  fixe  de  tous  les  mouvements  un  autre  point  situé 


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plus  bas  dans  la  projection  verticale  du  centre  principal;  on  rattache  à  ce 
point  la  base  de  la  colonne  du  miroir  par  une  bielle  de  longueur  invariable, 
et  en  vertu  du  parallélogramme  ainsi  formé,  on  peut  déplacer  la  colonne 
en  tous  sens  et  par  ce  moyen  diriger  le  rayon  réfléchi  sans  altérer  la 
distance  des  centres. 

Le  reste  de  l'instrument  ne  présente  rien  de  particulier.  L'axe  horaire 
est  mis  en  mouvement  par  un  rouage  d'horlogerie;  son  inclinaison  fixe  est 
adaptée  à  une  localité  donnée;  en  cela  on  a  suivi  l'usage  des  construc- 
teurs des  instruments  astronomiques,  qui  ne  se  croient  pas  obligés  d'établir 
des  équatoriaux  à  latitude  variable.  L'aiguille  directrice  du  lAiroir  se  met 
à  la  déclinaison  du  jour  au  moyen  d'un  demi-cercle  gradué,  armé  d'une 
pinnule  et  monté  sur  un  centre  réel. 

Pour  mettre  l'instrument  en  position,  la  marche  à  suivre  est  exacte- 
ment celle  qui  a  été  recommandée  à  l'occasion  de  l'héliostat  de  M.  Silber- 
mann.  Des  quatre  conditions  à  remplir,  qui  consistent  à  mettre  l'instrument 
dans  le  méridien  et  à  la  latitude  du  lieu,  à  l'heure  et  à  la  déclinaison  du 
jour,  il  suffît  que  deux  quelconques  soient  primitivement  satisfaites  pour 
qu'on  puisse  généralement  remplir  les  deux  autres  en  s'aidant  de  la 
pinnule  montée  parallèlement  à  l'aiguille  directrice. 

En  résumé,  on  voit  que  le  nouvel  instrument  est  caractérisé  par  deux 
particularités  qui,  dans  les  héliostats  déjà  connus,  ne  se  rencontraient  qu'à 
Fexclusion  l'une  de  Tautre.  En  premier  lieu,  le  miroir  pose  d'aplomb  sur 
une  colonne  verticale  inflexible  capable  de  supporter  un  poids  considérable; 
en  second  lieu,  le  miroir  de  forme  allongée  s'oriente  spontanément  suivant 
le  plan  de  réflexion,  de  manière  à  se  projeter  dans  le  sens  favorable  au 
faisceau  réfléchi. 


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NOTE 
SUR   UN   GRAND   HÉLIOSTAT 

(Société  de  Photographie,  21  novembre  1862.) 


J'ai  rhonneur  de  mettre  sous  vos  yeux  un  nouvel  héliostat  dont  le 
miroir  me  paraît  de  dimension  à  satisfaire  à  toutes  les  exigences  de  Tam- 
plification  photographique.  Qu'est-ce  qu'un  héliostat?  C'est  un  porte-lumière 
qui  marche  tout  seul.  Ici,  le  miroir,  qui  n'a  pas  moins  de  80  centimètres 
sur  ÛO,  est  relié  à  un  mécanisme  qui  se  charge  pendant  toute  la  durée  du 
jour  de  le  mouvoir  peu  à  peu,  de  manière  k  faire  la  part  du  mouvement 
apparent  du  soleil  et  à  réfléchir  dans  une  direction  invariable  la  lumière 
qu'il  nous  envoie. 

Le  soleil  a,  comme  vous  savez,  une  marche  qui  varie  sans  cesse  dans 
les  différents  pays  et  aux  différentes  époques  de  Tannée.  Un  héliostat  com- 
plet devant  à  la  rigueur,  comme  celui  que  l'on  doit  à  M.  Silbermann,  faire 
face  à  toutes  les  éventualités  du  problème,  il  devrait  fonctionner  sous  toutes 
les  latitudes,  en  toute  saison,  et  renvoyer  au  gré  de  l'opérateur  le  rayon 
réfléchi  dans  une  direction  quelconque.  Je  n'ai  pas  cru  qu'il  fût  nécessaire 
de  traiter  la  question  d'une  manière  aussi  générale.  J'ai  supposé  que  cette 
machine,  installée  à  poste  fixe,  ne  ferait  jamais  partie  du  matériel  de  voyage 

<•  Voir  Bulletin  de  la  Soc,  de  Phot.,  4862,  p.  286.  Une  note  sur  le  même  sujet  a  été  présentée 
à  l'Académie  des  Sciences,  par  M.  Duboscq,  le  20  octobre  4862.  Voir  Compte  Rendu  de  lAcad. 
des  Se,  t.  LV,  p.  644. 


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—  425  — 

et  j'ai  écarté  la  complication  des  latitudes  variables.  J'ai  admis  également 
que  dans  vos  expériences  le  faisceau  de  lumière  solaire  gardait  à  peu  de 
chose  près  une  direction  horizontale  et  j'ai  limité  son  inclinaison  dispo- 
nible à  la  petite  étendue  qui  suffit  amplement  aux  nécessités  du  centrage 
et  à  l'ajustement  des  appareils  optiques. 

Ainsi  réduit  à  ses  éléments  essentiels,  l'appareil  se  compose  :  l""  d'un 
miroir  libre  de  se  mouvoir  en  tous  sens  autour  de  son  centre  et  solide- 
ment porté  sur  une  colonne  verticale; 

2^  D'une  horloge  ,  réglée  par  l'échappement  et  le  pendule  du  métro- 
nome ; 

3*  D'un  axe  horaire,  incliné  parallèlement  à  Taxe  du  monde  ; 

k"  D'une  aiguille  directrice,  montée  sur  un  arc  de  déclinaison  et 
articulée  avec  la  tige  noimale  du  miroir. 

Le  premier  soin  pour  poser  l'héliostat  est  de  caler  la  table  au 
moyen  du  niveau  et  de  placer  l'axe  moteur  à  peu  près  dans  le  plan  du  méri- 
dien. On  cherche  sur  l'arc  de  déclinaison  la  date  du  jour  qu'on  amène 
en  face  de  l'index,  et  on  met  le  cadran  à  peu  près  à  l'heure.  Dans  cette 
position  approchée,  on  voit  alors  un  filet  de  lumière  solaire  qui  passe  à 
travers  la  pinnule  et  va  former  image  sur  la  plaque  opposée  où  deux  traits 
gravés  se  coupent  à  angle  droit.  Pour  donner  à  l'héliostat  sa  position 
exacte,  il  ne  reste  plus  qu'à  ramener  l'image  sur  le  point  de  croisement; 
pour  cela  on  combine  le  mouvement  de  l'instrument  tout  entier  sur  son 
pivot  central  avec  celui  du  cadran  horaire.  On  met  enfin  l'horloge  en 
marche  et  on  serre  la  pince  qui  met  le  cadran  en  prise  avec  le  rouage.  Veut-on 
maintenant  aligner  son  faisceau  dans  une  diretUion  déterminée,  on  fait 
tourner  le  pignon  qui  déplace  la  colonne  et  les  rayons  réfléchis  sont 
obligés  de  suivre  la  direction  de  la  ligne  qui  passe  par  le  centre  des 
mouvements  du  miroir  et  par  le  milieu  de  l'aiguille  directrice. 

On  comprend  aisément  pourquoi  le  miroir  a  une  forme  allongée.  Pour 
renvoyer  horizontalement  le  soleil  dans  nos  habitations,  il  faut  toujours 
recourir  à  une  réflexion  plus  ou  moins  oblique;  il  était  nécessaire  de  faire 
la  part  de  l'inclinaison  qui  réduit  dans  une  forte  proportion  la  projection 
de  la  surface  réfléchissante.  Mais  il  ne  sufl^it  pas  de  donner  au  miroir 

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—  426  — 

cette  forme  allongée,  il  fallait  encore  qu'il  pût  de  lui-même  s*orienter  dans 
le  plan  de  réflexion  ;  c'est  pour  cela  qu'il  tourne  sur  des  galets  et  qu'il  se 
relie  à  l'aiguille  directrice  par  une  coulisse  fixée  parallèlement  au  revers 
du  cadre. 

Toutes  ces  conditions  qu'il  fallait  remplir  ont  été  parfaitement  com- 
prises par  M.  Duboscq.  Cette  grande  machine  fonctionne  comme  un  instru- 
ment de  précision.  En  la  mettant  à  exécution,  M.  Duboscq  a  trouvé  l'occasion 
d'y  apporter  le  perfectionnement  d'un  ressort  dissimulé  dans  la  colonne  da 
miroir  et  qui  l'aide  à  franchir  les  positions  diflSciles  qu'on  ne  rencontre  pas 
dans  la  pratique,  mais  qui  n'auraient  pas  manqué  de  donner  prise  à  la  cri- 
tique. C'est  une  amélioration,  que  j'apprécie  vivement,  et  qui  donnerait 
une  haute  idée  du  sens  pratique  de  l'artiste,  si  nous  n'avions  eu  déjà  tant 
de  fois  l'occasion  de  nous  faire  à  cet  égard  une  opinion  bien  motivée. 


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DESCRIPTION   DE   L'HÉLIOSTAT' 


PREMIER  MODELE. 

Le  miroir  M  (fig.  24)  de  forme  allongée  repose  sur  une  colonne  verticale  V 
h  fourchette  par  l'intermédiaire  d'un  plateau  circulaire  Psur  lequel  il  tourne 
à  frottement  doux  autour  deJeur  centre  commun.  Ce  disque  P  est  suspendu 
par  deux  tourillons  aux.  extrémités  des  deux  bras  de  la  fourche  et  il  porte 
à  son  revers  une  tige  normale  C'N  par  laquelle  le  mouvement  lui  est 
communiqué.  Un  rouage  moteur  est  contenu  dans  la  boite  cylindrique  B  et 
fait  mouvoir  à  raison  d'un  tour  en  vingt-quatre  heures  un  axe  horaire  XX' 
incliné,  suivant  la  latitude  du  lieu.  Cet  axe  contenu  à  l'intérieur  du  tube  T 
porte  à  son  extrémité  supérieure  un  centre  sur  lequel  est  monté  un  demi- 
cercle  D  qui  comprend  l'arc  des  déclinaisons  solaires.  Le  plan  de  cet  arc 
suit  le  mouvement  de  l'axe  avec  lequel  on  le  rend  solidaire  au  moyen 
d'une  vis  de  serrage.  Parallèlement  au  diamètre  de  ce  demi-cercle,  règne 
une  tige  d'acier,  sorte  d'aiguille  motrice  qui,  par  une  de  ses  extrémités  N, 
s'articule  avec  la  tige  normale  et  dont  l'autre  extrémité  N\  s'engage  dans 
une  coulisse  fixée  au  revers  du  miroir  dans  un  plan  passant  par  les  tou- 
rillons du  disque.  L'aiguille  motrice,  la  tige  normale  et  la  coulisse  du  miroir 
forment  un  triangle  rectangle  sur  lequel  repose  la  théorie  de  l'instrument. 
La  colonne  V,  qui  supporte  le  miroir  est  susceptible  de  recevoir  deux 
mouvements  différents  :  un  mouvement  de  translation  et  un  mouvement 
d'abaissement  ou  d'élévation;  mais,  quelle  que  soit  sa  position,  ilestnéces- 

4.  Mémoire  à  l'appui  d'une  demande  de  brevet  (17  mars  486Î)  et  d'une  demande  d'addition 
48  octobre  4862).  —  Voir  Collection  des  Brevets,  n«  48,900. 


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—  Ù28  — 
saire  que  le  milieu  C  de  la  droite  qui  forme  Taxe  des  tourillons  du  disqw 
se  tienne  à  une  distance  invariable  du  point  C  de  Taxe  horaire  situé  sur  k 
centre  de  Tare  de  déclinaison. 

Pour  remplir  cette  condition,  on  prend  comme  centre  de  mouvemeol 

/ 


Fig.  24. 

un  axe  vertical  A  situé  dans  la  projection  du  point  C  et  fixé  au  centre  d'an 
cercle  denté  qui  constitue  la  base  de  l'appareil.  Sur  ce  cercle  repose» 
comme  une  sorte  d'alidade,  une  large  bande  métallique  qui,  par  l'aclion 
d'un  pignon  R  circule  autour  de  l'axe  A,  entraînant  la  colonne  V  dont  le 
pied  monté  à  coulisse  est  reliée  à  l'axe  par  une  bielle  articulée  LL'.  V^^ 
de  la  colonne  est  formé  par  une  arbre  cylindrique  en  fer,  solideffieni 
rivé  sur  la  plaque  de  fond;  à  sa  partie  inférieure,  cet  arbre  est  fileléea 
pas  de  vis  pour  recevoir  un  large  écrou  moleté,  sur  lequel  repose  le  p 
de  la  colonne  creuse  qui,  par  ce  moyen,  monte  et  descend  dans  une 
étendue  sufiGsante  pour  l'usage. 


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De  la  combinaison  des  deux  mouvements  produits  par  le  pignon  et 
par  Técrou,  il  résulte  que  le  point  de  la  colonne  situé  au  niveau  de  l'in- 
sertion V  de  la  bielle  se  meut  sur  une  zone  sphérique  centrée  sur  le  point 
de  Taxe  A  correspondant  à  l'autre  extrémité  L  de  cette  bielle.  Comme 
ces  deux  points  L  U  sont  astreints  à  garder  respectivement  avec  les  points 
C  et  G'  des  distances  égales  et  invariables,  le  système  de  ces  quatre  points 
forme  un  parallélogramme  qui  oblige  le  point  G^  à  se  mouvoir  également 
sur  une  zone  sphérique  centrée  sur  G;  en  d'autres  termes,  quelles  que 
soient  les  positions  données  à  la  colonne,  le  point  G'  est  assujetti  à  garder, 
à  partir  du  point  G,  une  distance  égale  k  L  V. 

Théorie  et  mage  du  nouvel  héliostai.  —  La  théorie  de  ce  nouvel  instru- 
ment est  à  peu  de  chose  près  la  même  que  celle  de  Théliostat  de  S'Grave- 
sande  :  Taxe  moteur  X  étant  placé  dans  le  méridien  du  lieu,  on  met  le 
cercle  qui  porte  l'aiguille  motrice  à  la  déclinaison  du  jour,  puis  on  l'amène 
dans  le  plan  horaire  actuellement  occupé  par  le  soleil;  ces  conditions 
remplies,  l'aiguille  motrice  vise  droit  au  soleil  et  continue  de  le  suivre 
pendant  toute  la  journée.  Gette  aiguille  représente  donc  à  tout  instant 
la  direction  changeante  des  rayons  incidents.  Une  partie  de  ces  rayons 
tombent  sur  le  miroir;  il  s'agit  de  montrer  que  par  leur  réflexion,  ces 
rayons  ne  cesseront  pas  de  prendre  la  direction  de  la  droite  fixe  CG'. 

En  effet,   par  construction,  la  longueur  G  N  de  l'aiguille  est  égale 
à  ce  ;  au  contraire  G'N  est  variable,  mais  le  triangle  CG'N  est  toujours 
isocèle  et  compris  dans  le  plan  de  réflexion  et  comme  le  côté  variable  C  N, 
est  formé  par  la  normale  au  miroir,  ce  dernier  occupe  la  position  vou- 
lue pour  réfléchir  le  rayon  suivant  GC;  car,  1^  il  est  perpendiculaire 
au  plan  de  réflexion,  et  2**  sa  normale  est  parallèle  à  la  bissectrice  de 
l'angle  formé  par  les  directions  croisées  du  rayon  incident  et  du  rayon 
réfléchi.  Ainsi  il  est  démontré  que,  pendant  toute  la  durée  du  jour,  les 
rayons  réfléchis  sur  le  plan  mouvant  du  miroir  prendront  la  direction 
fixe  ce. 

Mais  l'instrument  exécute  encore  une  autre  fonction  :  outre  qu'il 
dispose  le  plan  réflecteur  sous  l'incidence  voulue,  il  oriente  le  miroir  dans 
ce  même  plan  de  manière  que,  dans  les  positions  obliques  où  il  se  projette 


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—  ftafo  — 

habituellement,  la  réflexion  qu'il  subit  porte  exclusivement  sur  sa  plus  grande 
longueur.  C*esl  pour  remplir  cette  condition  que  le  miroir  qui  est  plas 
long  que  large  a  été  rendu  mobile  sur  le  plan  du  disque  qui  le  supporte. 
Dès  lors,  en  prolongeant  l'aiguille  motrice  au  delà  du  point  C,  et  en  enga- 
geant la  deuxième  extrémité  dans  la  coulisse,  menée  parallèlement  au 
grand  diamètre  du  miroir,  on  est  assuré  de  le  maintenir  orienté  dans  la 
direction  utile.  Cette  dernière  particularité,  combinée  avec  la  condition  de 
faire  porter  le  miroir  sur  un  support  vertical,  constitue  la  nouveauté  et 
l'avantage  de  la  nouvelle  disposition  en  ce  qu'elle  permet  de  donner  au 
miroir  un  poids  et  des  dimensions  considérables  sans  compromettre  le 
jeu  du  mécanisme  destiné  à  le  faire  mouvoir  avec  précision.  Aucun  des 
héliostats  précédemment  décrits  ne  jouissant  à  beaucoup  près  de  cet 
ensemble  de  propriétés,  il  m'a  semblé  qu'en  les  réunissant  dans  un  même 
instrument  j'obtenais  un  résultat  nouveau  qu'il  était  intéresssant  de 
signaler. 

Pour  faciliter  la  pose  de  l'instrument  comme  pour  le  surveiller  dans  sa 
marche,  j'ai  conservé  l'usage  de  la  pinnule  fixée  parallèlement  à  l'aiguille 
motrice;  mais  au  lieu  de  monter  tout  l'instrument  sur  une  plate-forme 
tournante  qu'on  jugeait  nécessaire  pour  rechercher  le  méridien,  je  le  fais 
reposer  directement  sur  des  vis  calantes^  combinées  avec  une  vis  centrale 
sur  laquelle  il  pivote  au  moment  de  la  pose  et  qui,  en  se  relevant,  le  laisse 
reprendre  son  assiette  normale. 


DEUXIÈME  MODÈLE. 

HÉLIOSTAT    DB    GRANDES    DIMENSIONS. 

Ce  modèle  est  conforme,  comme  description  générale,  à  l'appareil  pré- 
cédemment décrit;  il  en  diffère  seulement,  indépendamment  des  grandes 
dimensions  du  miroir  (0'°,80  sur  0",/iO) ,  par  les  détails  suivants  : 

La  colonne  V  (pi.  13)  qui  porte  le  miroir,  au  lieu  d'être  montée  à  cou- 
lisse sur  l'alidade  qui  la  transporte  autour  du  centre,  est  fixée  directement  sur 


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—  431  — 

cette  alidade.  Le  mécanisme  primitif  avait  été  imaginé  en  vue  de  permettre 
de  varier  l'inclinaison  du  rayon  réfléchi;  on  a  pu  le  supprimer  parce  que, 
dans  la  pratique,  cette  inclinaison  est  toujours  très-faible.  On  profite  alors 
de  l'espace  rendu  libre,  pour  y  établir  le  demi-cercle  denté  D,  sur  lequel 
engrène  le  pignon  P  qui  sert  à  transporter  le  miroir  et  à  diriger  le  rayon 
réfléchi  à  droite  et  à  gauche  du  plan  du  méridien. 

Le  moteur  a  dû  être  approprié  aux  dimensions  de  l'appareil,  il  consiste 
en  un  rouage  à  cinq  mobiles  réglé  par  le  pendule  et  l'échappement  du 
métronome  et  qui  reçoit  le  mouvement  d'un  ressort  d'acier,  représentant 
une  force  motrice  d'environ  6  kilogrammètres.  Ce  rouage  marche  six  heures 
et  il  est  contenu  tout  entier  à  l'intérieur  de  la  boite  B.  Le  mouvement  se 
transmet  par  un  pignon  0  à  la  roue  H  dont  le  limbe  est  divisé  en  heures  et 
minutes. 

Quelle  que  soit  l'énergie  du  moteur  et  la  perfection  d'exécution,  on 
reconnaît  aisément  qu'il  y  a  des  positions  où  l'amplification  du  mouvement 
crée  d'énormes  résistances.  Cette  imperfection  qui  subsistait  dans  le  premier 
appareil  a  complètement  disparu  par  l'addition  d'un  ressort  spiral  R  (fig.  2 
pi.  13)  fixé  d'une  part  à  la  partie  fixe  de  la  colonne  et  d'autre  part  h  la  par- 
tie mobile  qui  supporte  le  miroir.  Ce  ressort  est  armé,  une  fois  pour  toutes, 
de  manière  à  agir  sur  les  pièces  qu'il  entraîne  dans  le  sens  du  mouvement 
du  ciel.  Par  la  considération  des  espaces  relativement  parcourables  aux 
différentes  positions  de  l'appareil,  on  s'assure  aisément  que  ce  ressort  ainsi 
placé  vient  en  aide  au  rouage  moteur  dans  les  circonstances  précises  où  la 
force  viendrait  à  manquer.  Par  ce  moyen  l'appareil  passe  également  bien 
dans  toutes  les  positions  usuelles  ^ 

Il  faut  ajouter  enfin  que  le  grand  miroir  repose  sur  trois  galets  équi- 
distants  G  G,  montés  sur  le  contour  du  cercle  sous-jacent  et  dont  l'établis- 
sement a  été  nécessité  par  le  poids  du  miroir. 

4.  L'idée  de  remploi  de  ce  ressort  auxiliaire  fut  indiqué  à  L.  Foucault  par  M.  Duboscq,  Thabile 
<:oDStrucleur  qui  avait  établi  déjà,  avec  un  soin  extrême,  le  premier  modèle  d'I^éliostat. 


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SIDÉROSTAT 


M.  Foucault,  on  le  sait,  a  fait  construire  par  M.  Duboscq,  en  1863,  un 
nouvel  héliostat  susceptible  de  comporter  de  grandes  dimensions.  Ce  qu'on 
ne  sait  pas,  c'est  qu'il  avait,  en  améliorant  encore  les  conditions  de  stabilité 
de  cet  instrument,  appliqué  son  idée  à  la  construction  d'un  appareil  astro- 
nomique, le  sidérostal  '.  Pour  le  décrire  sommairement,  j'ai  eu  recours  i 
mes  souvenirs,  aux  souvenirs  de  quelques  amis  de  M.  Foucault,  et  enfin  au 
magnifique  modèle  en  bois  construit  aux  frais  de  notre  confrère  et  con- 
servé par  M.  Eichens,  l'habile  et  consciencieux  artiste  qui  lui  a  prêté  dans 
bien  des  circonstances  un  si  précieux  concours. 

La  disposition  habituelle  des  instruments  astronomiques,  lunettes  ou 
télescopes,  ne  permet  pas  d'y  adapter  aisément  des  appareils  nécessaires  à 
l'étude  des  propriétés  de  la  lumière  des  astres  (photométrie,  photographie, 
polarisation,  spectroscopie).  De  plus,  l'instabilité  des  équatoriaux  devient 
très-grande  lorsqu'on  y  adapte  des  appareils  souvent  lourds  et  excentriques 
qui  dérangent  l'équilibre. 

Le  sidérostat  a  pour  but  d'éviter  ces  inconvénients  et  de  permettre  à 
l'astronome  d'observer  la  lumière  des  astres  exactement  comme  lephysi- 


4.  Extrait  d'une  note  lue  à  rAcadémie  des  sciences  par  M.  H.  Sainte-Claire  Deville,  le 
2  mars  4868.  Comptes  rendus  de  VAcad.  des  Se,  t.  LXVI,  p.  387.  Aucune  note  de  L.  Foucault  rela- 
tive à  cet  instrument  n'a  pu  êlre  retrouvée. 

2.  Il  semble  que  depuis  longtemps  L.  Foucault  s'occupait  de  cette  idée,  car  il  existe  dans  les 
papiers  qu'il  a  laissés  plusieurs  croquis  portant  la  date  de  novembre  i86i,  et  portant  le  titre  Sidé- 
rosUU. 


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—  Û33  — 

cien  étudie  la  lumière  du  soleil  dans  la  chambre  obscure,  en  employant  à 
ces  recherches  des  instruments  qui  se  trouvent  dans  les  cabinets  de  phy- 
sique, et  sans  avoir  à  en  changer  ni  la  forme  ni  la  disposition. 

Le  sidérostat  se  compose  essentiellement  :  l''  d'un  miroir  plan  argenté, 
mû  par  une  horloge,  de  manière  à  renvoyer  dans  une  direction  horizontale 
constante  les  rayons  de  Taslre  que  l'on  veut  observer;  2°  d'un  appareil 
objectif  fixe,  réflecteur  ou  réfracteur,  qui  concentre  ces  rayons  en  un 
foyer  *.  Ce  foyer  se  trouve  à  l'orifice  d'une  chambre  obscure  qui  peut  être 
chauffée  au  besoin,  et  dans  laquelle  l'astronome  se  livre  à  son  aise,  sans 
fatigue  et  sans  souffrance,  à  toutes  les  expériences  et  à  toutes  les  mesures 
qu'il  désire  exécuter.  Des  manettes  lui  donnent  le  moyen  d'agir  sur  le  miroir 
et  d'en  changer  à  volonté  la  direction. 

Si  le  miroir  plan  reste  immobile ,  cet  appareil  peut  être  employé 
comme  un  équatorial  aux  mesures  des  positions  relatives  des  astres.  C'est 
aussi  le  véritable  instrument  pour  la  construction  des  cartes  célestes,, et 
M.  Wolf  s'est  mis  en  mesure  d'y  adapter  un  appareil  au  moyen  duquel 
l'astronome  obtiendrait  immédiatement  la  reproduction  des  constellations 
célestes. 

M.  Foucault  avait  associé  M.  Wolf  à  la  conception  d'un  projet  de 
sidérostat  à  construire  à  l'Observatoire.  11  s'était  réservé  le  miroir  et  son 
mouvement  :  M.  Wolf  avait  fait  le  projet  du  télescope  horizontal  et  de  la 
chambre  noire. 

Ce  projet  n'ayant  pas  été  mis  à  exécution,  M.  Foucault  prit  le  parti  de 
construire  chez  lui  le  premier  sidérostat.  Il  disposa  pour  le  recevoir  le 
second  étage  de  la  maison  de  la  rue  d'Assas  (appartenant  à  sa  mère),  con- 
verti en  chambre  obscure  avec  ses  dépendances.  Un  modèle  de  miroir  fut 
exécuté  pour  lui  par  M.  Eichens ,  avec  l'ensemble  des  dispositions  néces- 
saires pour  modifier  l'angle  horaire  et  la  déclinaison.  Notre  malheureux 
confrère  a  été  frappé  le  jour  même  où  se  terminaient  ces  préparatifs. 

1.  La  fixité  de  Tappareil  objectif  présente  cet  avantage  considérable  d'éliminer  toute  influence 
des  flexions  du  miroir  ou  des  lentilles,  flexions  impossibles  à  empêcher  complètement  lorsque  ces  verres 
ont  à  prendre  diverses  positions  dans  Tespace.  11  est  vrai  qu'il  reste  la  flexion  du  miroir  plan;  mais 
rien  ne  limite  l'épaisseur  du  miroir,  puisqu'il  est  porté  par  des  axes  excessivement  courts. 

55 


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-  43i  - 

L'astronomie  physique  en  France  ne  peut  disposer  d'appareils  aussi 
parfaits  que  ceux  qui  sont  possédés  par  les  étrangers.  Avec  le  sidérostat, 
notre  pays  prenait  immédiatement  Tavance  :  telle  était  l'opinion  de 
M.  Foucault;  elle  détermina  la  résolution  qu'il  ne  put  accomplir. 

Une  des  applications  les  plus  intéressantes  du  sidérostat  était  celle 
qu'en  voulait  faire  M.  Foucault  à  l'étude  permanente  du  soleil*  Dans  uDe 
des  salles  les  plus  fréquentées  d'un  observatoire,  il  voulait  disposer  un 
appareil  donnant  sur  un  écran  quadrillé  une  image  fixe  et  amplifiée  du 
soleil.  L'apparition  et  la  forme  de  taches,  le  passage  d'un  astéroïde  sur  le 
disque  solaire,  auraient  été  un  sujet  d'études  continuelles  faites,  sans  danger 
pour  les  yeux,  par  toutes  les  personnes  que  leurs  occupations  amènent  sans 
cesse  à  traverser  cette  salle. 

Dans  la  photographie  du  soleil,  M.  Foucault  voulait  employer,  avecle 
sidérostat,  un  objectif  de  très-long  foyer  achromatisé  pour  les  rayons  chi- 
n^iques.  Un  second  miroir  presque  normal  au  faisceau  réfracté  recevait 
celui-ci  à  une  distance  égale  à  la  moitié  de  sa  longueur  focale  et  ramenait 
l'image  à  se  former  sur  la  paroi  antérieure  de  la  chambre  noire  auprès  de 
l'objectif  même.  L'observateur  se  trouvait  ainsi  à  portée  de  l'image  et  du 
miroir  mobile,  malgré  la  grandeur  de  la  distance  focale  de  l'objectif. 

On  voit  comment  l'étude  du  sidérostat  avait  été  poussée  par  notre 
confrère  jusque  dans  ses  derniers  détails,  et  combien  il  est  à  regretter  que 
cet  appareil  n'ait  pu  être  réalisé  dans  le  cabinet  de  la  rue  d'Assas. 


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SUR   UN 
RÉGULATEUR  ISOCHRONR  DU  MOUVEMENT  UNIFORME^ 

(23  août  1862.) 


Ce  mémoire  a  spécialement  pour  objet  d'établir  d'une  manière  rigou- 
reuse les  conditions  d*isochronisme  du  pendule  conique  pour  en  faire  le 
régulateur  naturel  des  machines  motrices. 

L'application  déjà  ancienne  du  pendule  aux  horloges  offre  le  plus  par- 
fait exemple  du  rôle  que  peut  jouer  un  pareil  mobile  associé  à  un  méca- 
nisme moteur.  Le  pendule  une  fois  lancé  et  livré  à  lui-même  rentrerait 
bientôt  dans  le  repos;  de  son  côté,  le  rouage,  s'il  agissait  seul,  prendrait 
une  vitesse  variable  et  indéterminée;  mais,  associés  l'un  à  l'autre,  le  rouage 
et  le  pendule  forment  un  système  dont  le  mouvement  se  perpétue  avec  une 
régularité  qui  le  rend  spécialement  propre  à  la  mesure  du  temps. 

Le  mouvement  des  horloges  réglées  par  le  pendule  ordinaire  est  néces- 
sairement intermittent,  et  le  système  d'échappement  qui  en  modère  la 
vitesse  devient  Inapplicable  dès  que  l'on  veut  produire  un  mouvement 
continu;  de  là  est  venue  la  pensée  de  recourir  au  pendule  conique  dans  les 
circonstances  où  Ton  se  propose  de  régler  une  machine  qui  doit  se  mouvoir 
uniformément;  mais,  comparé  au  pendule  ordinaire,  le  pendule  conique, 
oscillant  circulairement,  présente  une  infériorité  très-grande  provenant  de 
l'accélération  qu'il  subit  dans  les  grandes  amplitudes.  Théoriquement,  l'iso- 

4.  Notes  manuscrites  de  l'auteur.  —  Voir  aussi  CoUection  des  BreveU,  n«  60,642. 


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—  436  — 

chronisme  n'a  lieu  qu'à  la  limite  des  petites  oscillations,  et,  par  le  fait, 
cette  limite  reste  beaucoup  trop  restreinte  pour  qu'on  puisse  utilement  eQ 
tirer  parti. 

Huyghens,  qui  le  premier  appliqua  le  pendule  aux  horloges,  indiqua 
pour  le  pendule  conique  une  disposition  qui  devait  remédier  aux  yariations 
de  vitesse.  La  condition  essentielle  pour  que  le  pendule  conique  conserve 
une  durée  de  révolution  constante  et  indépendante  de  l'angle  d'écart,  c'est 
que  la  distance  verticale  entre  le  point  de  suspension  et  le  centre  de  niasse 
demeure  invariable;  or,  si  l'on  suppose  ce  centre  assujetti  à  se  mouvoir 
sur  un  paraboloïde  de  révolution  centré  sur  l'axe  de  suspension,  comme 
dans  la  parabole  la  sous-normale  est  constante,  la  condition  posée  se 
trouve  exactement  remplie.  La  masse  du  pendule  était  donc  suspendue  à 
une  lame  flexible  appliquée  sur  une  développée  qui  tournait  avec  Taxe; 
dès  lors,  la  lame  de  suspension,  se  déroulant  plus  ou  moins,  obligeait  le 
centre  de  masse  à  se  maintenir  à  la  surface  du  paraboloïde.  Cet  appareil, 
analogue  au  pendule  cycloïdal,  en  avait  tous  les  défauts,  et  fut  également 
abandonné. 

En  1847,  Pecqueur,  attaquant  la  question  par  un  autre  côté,  voulut  réa- 
liser l'invariabilité  de  la  distance  verticale  en  allongeant  la  tige  de  suspen- 
sion proportionnellement  à  la  sécante  de  l'angle  d'écart.  En  conséquence,  il 
composa  cette  tige  avec  des  tubes  et  des  ressorts-hélices  tellement  combinés 
que,  la  masse  une  fois  suspendue,  la  longueur  réelle  de  cette  tige  complexe 
fût  égale  à  Vallmgement  total  des  ressorts.  Cette  condition  une  fois  remplie, 
la  force  centrifuge  développée  dans  les  grandes  amplitudes  produisait  sur 
les  ressorts  un  surcroît  d'extension  qui,  dans  l'hypothèse  la  plus  probable 
sur  l'élasticité,  devait  maintenir  la  masse,  quelle  que  fût  sa  vitesse,  dans  un 
même  plan  horizontal.  C'était  là  une  ingénieuse  conception,  mais  elle  ne 
tenait  pas  compte  de  l'imperfection  des  ressorts  qui ,  soumis  à  l'influence 
d'une  tension  continue,  s'allongent  progressivement  et  ne  permettaient  pas 
d'assigner  au  pendule  une  longueur  définie. 

Depuis  bien  des  années,  Watt  avait  régularisé,  jusqu'à  un  certain 
point,  la  marche  des  machines  à  vapeur  au  moyen  de  son  modérateur,  qui 
n'est  qu'une  extension  du  pendule  circulaire,  mais  qui,  ayant  à  fonctionner 


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—  437  — 

sous  de  grands  angles,  manque  essenliellement  de  la  propriété  d*isochro- 
nisme. 

Dans  ces  derniers  temps  (1860),  MM.  Farcot  et  fils  en  ont  très-ingé- 
nieusement modifié  la  construction  de  manière  à  corriger  son  défaut  d'iso- 
chronisme  dans  des  limites  acceptables  pour  les  applications  industrielles. 
En  croisant  les  deux  bras  qui  supportent  les  masses  ainsi  que  les  deux 
côtés  du  parallélogramme  qui  les  relient  au  manchon  mobile  le  long  de 
l'axe,  ils  ont  déterminé  un  angle  de  stabilité  pour  la  vitesse  de  révolution 
de  part  et  d'autre  duquel  cette  vitesse  tend  également  à  s'accélérer.  Cet 
angle  de  vitesse  maxima  correspond  à  rinclinaison  des  bras  où  leur  extré- 
mité décrit  rélément  osculateur  à  la  parabole  d'Huyghens.  Mais  comme 
cette  approximation  était  encore  insuffisante,  MM.  Farcot  ont  eu  l'idée 
d'agir  sur  les  masses  en  mouvement  au  moyen  d'un  contre-poids  fixé  à 
l'extrémité  d'un  levier  coudé  et  dont  l'autre  bras,  façonné  suivant  une 
courbe  particulière ,  appuie  sur  un  galet  solidairement  uni  avec  le  man- 
chon. Le  tout  constitue  une  solution  empirique  qui  a  donné  de  bons  résul- 
tats, mais  qui  ne  procède  pas  d'un  principe  rigoureux  et  qui  ne  saurait 
dépasser  un  certain  degré  de  précision. 

La  construction  que  je  vais  décrire  repose,  au  contraire,  sur  l'exacti- 
tude d'un  principe  qui  n'est  pas  contestable  et  qui  permet  au  besoin  de 
communiquer  au  pendule  circulaire  le  degré  de  précision  d'un  appareil 
chronométrique. 

THÉORIE    ET    DESCRIPTION    DU   MODÉRATEUR    ISOCHRONE 
A   FORGE   CENTRIFUGE. 

Comme  point  de  départ,  j'adopte,  à  peu  de  chose  près,  le  modérateur  de 
Walt  (fig.  1,  pi.  16),  et  je  le  mets  en  relation  avec  un  mécanisme  qui  a 
spécialement  pour  fonction  de  maintenir  la  vitesse  constante  dans  toutes 
les  positions  du  système. 

L'arbre  vertical  SB  donne  attache  aux  deux  bras  S  M,  SM',  suspendus 
en  un  même  point  et  qui  portent  à  leur  extrémité  les  masses  M  et  M^  Au 
milieu  des  deux  bras  s'articulent  les  extrémités  des  deux  côtés  égaux  qui 


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,       -  438  - 

complètent  le  parallélogramme,  et  dont  les  autres  extrémités  s'articulent 
ensemble  en  un  même  point  D  avec  le  manchon  qui  glisse  le  long  de  Taxe 
et  se  termine  inférieurement  par  un  rebord  saillant. 

Maintenant  énumérons  les  organes  qui  concourent  à  produire  Tisochro- 
nisme. 

Si  à  partir  du  point  S  (fig.  1),  centre  de  suspension  des  bras,  on  prend 
sur  Tarbre  une  longueur  égale  à  deux  des  côtés  du  parallélogramme  aug- 
mentée de  la  distance  CD,  on  détermine  un  point  R  correspondant  i  la 
limite  géométrique  des  excursions  du  bord  inférieur  du  manchon.  Ce  point 
ainsi  déterminé  on  en  fait  un  centre  de  mouvement  pour  le  rayon  OB. 
D'un  autre  côté,  on  prend  en  F  un  second  point  fixe  autour  duquel  sèment 
un  levier  coudé  AEjx.  Par  son  extrémité  supérieure,  ce  levier  s'articule 
avec  une  barrette  ÂC,  qui,  par  son  milieu,  est  reliée  à  la  tige  OB. 

La  barrette  AC  a  une  longueur  quelconque  que,  pour  plus  de  simpli- 
cité, on  suppose  dans  la  figure  égale  à  SM  ;  et  de  son  mode  d'articulation 
il  résulte  que  tandis  que  son  extrémité  A  marche  suivant  une  direction 
sensiblement  horizontale,  l'autre  extrémité  C  se  meut  suivant  une  direction 
sensiblement  verticale.  Or  cette  extrémité  C  est  armée  d'un  bouton  qui 
s'appuie  de  bas  en  haut  sur  le  rebord  du  manchon.  Enfin  à  la  partie  infé- 
rieure du  levier  coudé  se  trouve  fixée  une  masse  (x  dont  le  poids  et  la  posi- 
tion se  déterminent  de  manière  à  exercer  en  A  et  suivant  AC  une  pression 
égale  à  Pcos  ç,  P  étant  le  poids  des  deux  masses  réunies  M  M',  et  ç  l'angle 
de  la  barrette  AC  avec  l'horizontale  AB.  Ces  conditions  étant  remplies,  le 
système  aura  une  vitesse  de  révolution  qui,  au  lieu  de  s'accélérer  avec 
l'écartement  des  masses  comme  dans  le  modérateur  de  Watt,  gardera,  ainsi 
que  je  vais  le  démontrer,  une  vitesse  constante  pour  toutes  les  valeurs  de 
l'angle  a. 

De  même  que  le  simple  pendule  circulaire,  le  modérateur  de  Watt, 
ayant  ses  deux  bras  suspendus  en  un  même  point,  accomplit  sa  révolution 
entière  dans  un  temps  qui  a  pour  expression  : 


v/^ 


,^.,.cos. 


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—  439  — 

tj  le  temps  de  la  révolution,  dépend  donc  de  Tangle  a  ;  mais  si  le  dénomi- 
nateur g  était  aussi  multiplié  par  cos  «,  la  formule  se  réduirait  à 


=*Vf 


et  dans  ce  cas,  t  étant  indépendant  de  a,  l'isochronisme  serait  réalisé. 

Or,  multiplier  g  par  cos  a,  cela  revient  en  pratique  à  agir  verticalement 
sur  les  masses  avec  une  force  : 

(I)  P(l  — cosa). 

11  ne  reste  plus  qu'à  démontrer  qu'en  effet  le  mécanisme  précédem- 
ment décrit  amène  identiquement  ce  résultat. 

Pour  aider  à  la  démonstration,  réduisons  l'appareil  à  ses  éléments 
géométriques,  et  conservons  dans  la  nouvelle  figure  les  mêmes  lettres  que 
précédemment  (fi g.  2). 

Prenons  AC  =  BS  =  SM  =  Z;  nommons  ç  l'angle  B A  C,  A  lî  devient 
/cos  (p. 

Continuons  d'appeler  P  le  poids  total  des  masses  M  et  M\ 
Les  côtés  du  parallélogramme  étant  tous  égaux  à  ^/^  les  trois  points 
M,  M',  G,  restent  contenus  dans  un  même  plan  horizontal,  quelle  que  soit 
la  position  du  système;  il  en  résulte  qu'une  force  appliquée  en  G  et  agissant 
de  bas  en  haut  se  transmet  tout  entière  aux  masses  M  et  M\ 

Supposons  maintenant  qu'une  force  P  égale  au  poids  des  masses  et 
appliquée  sur  la  droite  A  G  agisse  suivant  la  direction  même  de  cette  droite, 
la  force  décomposée  par  la  résistance  qu'elle  éprouve  perpendiculaire- 
ment à  l'axe  BS  donne  une  composante  verticale  ascendante  égale  à 
P  sin  9. 

Mais  Isin  <p  ==  BC  =  /(i  —  cos  a),  donc  Psin  <p  =  P(l  —  cos  a). 
Telle  est  la  force  qui  sollicite  verticalement  le  point  C,  et  qui,  agissant 
pareillement  sur  les  masses  M  et  M\  satisfait  à  la  condition  (1)  nécessaire 
pour  réaliser  l'isochronisme. 

Mais  pour  que  la  droite  A  G  soit  sollicitée  par  une  force  constante  P 


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—  uo  — 

et  suivant  la  direction  variable  A  C,  il  faut  évidemment  que  le  point  A  soit 
sollicité  dans  la  direction  constante  A  B  par  la  force  variable  Pcos  f. 

Si  la  droite  A  G  avait  une  longueur  n  différente  de  Ij  on  trouverait  de 
même  que  la  force  appliquée  en  A  devrait  avoir  pour  valeur  P-^cos  9. 

Ainsi  quelle  que  soit  la  longueur  de  la  droite  A  G,  il  faut  que  la  force 
appliquée  au  pied  de  cette  droite  et  perpendiculairement  à  l'axe  soit  égale 
au  poids  des  masses  multiplié  par  la  projection  horizontale  de  cette 
droite  rapportée  à  la  longueur  des  bras. 

Dans  l'exécution  représentée  figure  i,  cette  pression  est  communiquée 
par  le  levier  coudé  A  F  (/.,  qui  transmet  une  partie  variable  du  poids  fixé 
sur  le  bras  oblique;  il  reste  à  déterminer  la  longueur  du  levier  et  la  valeur 
du  poids. 

Inclinons  les  bras  du  modérateur  sous  Tangle  de  AS*",  qui  sera  dans 
l'application  la  position  la  plus  favorable  à  la  fonction  du  régulateur 
(fig.  i);  prenons  sur  la  verticale  du  point  A  un  point  fixe  F  à  une  distance 
arbitraire  A  F,  et  de  ce  point  menons  une  droite  en  B,  nous  aurons  un 
angle  <o  =  AFB  qui  détermine  l'inclinaison  à  donner  au  bras  oblique  ¥\i; 

enfin  /'  et  l''  étant  les  longueurs  des  deux  bras  FA  et  F|x  du  levier  coudé, 

p      r 
fixons  en  |x  une  masse  d'un  poids  égal  à  -^^  jr  cos  ç,  la  pression  hori- 
zontale transmise  en  A  aura  évidemment  pour  valeur  Pcos  <p. 

Mais  il  faut  encore  justifier  le  choix  de  l'angle  <»,  qui  a  précisément 
pour  but  de  faire  que,  dans  les  changements  de  position  du  système,  la 
composante  transmise  en  A  par  le  bras  vertical  conserve  sensiblement 
cette  valeur  variable  Pcos  ç. 

Gherchons  donc  la  valeur  à  donner  à  l'angle  œ  de  l'inclinaison  de  F|i 
sur  le  prolongement  de  FA,  pour  que  la  composante  utile  du  poids  jx  varie 
comme  la  distance  AB.  Cette  condition  s'exprime  en  posant  : 


dsmx         dx 


tang  ù»        sin  x        tang  x 

Mais,  puisque  A  F  et  F  pt.  sont  solidaires, 

dfàssdx  eX^v  suite  â?  «=  «•» 


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-  441  - 
Ainsi,  à  la  condition  d'incliner  le  bras  F  p.  suivant  J*angle  w,  et  de 
donner  au  poids  et  aux  bras  de  levier  les  valeurs  ci-dessus  déterminées,  ce 
poids,  agissant  par  Fintermédiaire  du  système  arlicuié,  communique  fina- 
lement aux  masses  M  et  M'  une  pression  ascendante  qui  a  précisément  Ja 
valeur  voulue  : 

(4)  P  (I  -cos«). 

Toutefois  ce  résultat  n'est  obtenu  rigoureusement  qu'à  la  limite  des 
variations  de  Tangle  c*i,  et  qu'autant  que  l'arc  décrit  par  le  point  A  peut 
être  confondu  avec  l'horizontale  AB;  mais  s'il  y  a  là  une  cause  d'erreur 
elle  est  extrêmement  petite  et  peut  devenir  moindre  que  toute  valeur 
sensible. 

Elles  sont  les  données  sur  lesquelles  on  peut  s'appuyer  pour  arriver 
d'une  manière  certaine  à  faire  du  modérateur  de  Watt  un  appareil  réelle- 
ment isochrone  et  directement  applicable  à  la  régularisation  du  mouvement 
des  machines  et  des  moteurs  industriels.  En  effet,  quand  le  modérateur 
de  Watt  a  été  modifié  comme  il  vient  d'être  dit,  il  constitue  un  indicateur 
très-précis  des  moindres  variations  de  force  qui  agissent  sur  lui,  et  pour 
en  faire  le  régulateur  d'une  machine  quelconque,  il  suffit  de  mettre  le 
système  articulé  en  relation  avec  les  organes  capables  de  réprimer  la  puis- 
sance ou  la  résistance.  On  peut  l'employer  également  à  diriger  une  horloge, 
ou  une  machine  à  vapeur,  ou  un  motçur  mécanique  de  quelque  nature 
qu'il  soit. 


56 


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NOTES   Eï   MÉMOIRES 

SUR  LES  APPAREILS  RÉGULATEURS  DE  VITESSE' 


CONDITIONS    GÉNÉRALES    D'ISOCHRONISME. 

L'objet  de  ce  mémoire  est  de  faire  connaître  un  certain  nombre  d'ap- 
pareils propres  à  régler  la  vitesse  des  moteurs  mécaniques.  Ils  fonctionnent 
tous  en  veritt-  de  la  force  centrifuge  développée  par  le  mouvement  de 
rotation  et,  malgré  la  diversité  des  dispositions,  ils  sont  tous  doués  |de  Tiso- 
chronisme  ou  de  la  propriété  d'exécuter  leur  révolution  dans  le  même 
temps  et  indépendamment  des  variations  d'amplitude  des  aires  décrites 
par  les  masses  en  mouvement. 

Le  point  de  départ  des  dispositions  que  j'aurai  successivement  à 
décrire  est  le  pendule  régulateur  normal  ayant  ses  deux  bras  suspendus 
à  un  seul  point  pris  sur  l'arbre  et  articulés  en  leur  milieu  avec  un  coulant 
mobile  par  deux  bielles  de  longueur  égale  à  la  moitié  des  bras. 

Quand  ce  pendule  est  mis  en  mouvement  de  rotation  sur  son  axe,  ses 
bras  s'inclinent  plus  ou  moins  sous  l'angle  variable  «,  et  Ton  a  pour  la 
durée  de  sa  révolution  : 


(0 


l=%nyjl 


Cosa 


9 

expression  dans  laquelle  la  longueur  des  bras  est  représentée  par  /  et  où 
Ton  ne  tient  compte  que  de  la  matière  des  boules. 

1.  Voir  C,  n,  de  VAc.  des  Se,  I.  LVir,  p.  738.  —  Collection  des  Brevets,  n»»»  60,64î  et  addi- 
tions. Ces  noies,  extraites  de  publications  Taites  à  diverses  époques,  sont  classées  par  ordre  de  matières 
et  non  par  ordre  chronologique. 


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-  WS  - 
p 

Remplaçant  g  par  sa  valeur  -^  cette  formule  devient  : 


(2)  t^tlJTK^ 

et  Ton  voit  ainsi  plus  clairement  comment  interviennent  respectivement 

la  masse  et  le  poids. 

p 
En  effet,  la  formule  est  vraie  quel  que  soit  ^  dont  la  valeur  diffère  de 

g  dès  que  l'on  vient  à  tenir  compte  des  masses  centrées  sur  Taxe  et  non 
représentées  par  M  :  P  est  alors  la  résultante  des  forces  verticales  qui  sol- 
licitent les  masses  M  soumises  en  même  temps  à  la  force  centrifuge. 

La  condition  d'isocbronisme  serait  que  i  fût  constant;  mais  pour  que 
t  devint  constant  il  faudrait  que  P  fût  multiplié  par  cos  a;  on  aurait  alors, 
quel  que  soit  a  pour  la  durée  constante  de  révolution, 


--n/? 


Ainsi  la  condition  d*isochronisme  du  pendule  régulateur  normal  est 
que,  au  lieu  d'une  force  constante  P  égale  au  poids  des  boules  agissant 
verticalement  sur  la  masse  même  des  boules  M,  on  ait  une  force  variable 
p  =r  p  cos  a;  en  d'autres  termes,  il  faut  qu'au  poids  constant  des  boules 
on  substitue  une  force  verticale  et  proportionnelle  en  intensité  à  la  distance 
verticale  du  centre  des  masses  au  point  de  suspension. 

Les  boules  ont  par  elles-mêmes  un  poids  invariable  ;  mais  comme  les 
deux  bras  sont  reliés  à  un  coulant  mobile  sur  Taxe  par  deux  tiges  égales 
à  i  /  qui  complètent  un  losange  articulé,  on  peut,  tout  en  faisant  tourner  le 
système,  exercer  sur  ce  coulant  ou  manchon  une  pression  variable  qui, 
dans  les  diverses  positions  du  système,  se  compose  avec  le  poids  des  boules 
de  manière  à  former  une  résultante  précisément  égale  à  Pcosa.  Cette 
force,  égale  au  poids  des  boules  quand  les  bras  sont  relevés  à  90%  devient 
nulle  quand  les  bras  pendent  et  se  confondent  avec  l'axe,  et  sa  valeur 
est  en  fonction  de  l'angle  d'écart 

/•«-p  (4  —  cos  a). 


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-  hhh  — 

Telle  est  donc  la  force  qui,  appliquée  verticalement  de  bas  en  haut  sur  le 
coulant  mobile»  rendra  le  pendule  régulateur  rigoureusement  isochrone 
dans  toutes  les  positions  possibles,  en  lui  conservant  pour  la  durée  de 

révolution  la  valeur  limite  t  =2ir[/^-?~. 

Je  vais  donner  Texpression  générale  dey  conditions  d'isochronisme, 
puis,  en  cherchant  à  interpréter  les  formules  et  à  les  traduire  en  organes 
réels,  on  en  verra  découler  tout  naturellement  la  raison  des  différentes 
dispositions  qui  se  prêtent  le  mieux  aux  applications  industrielles. 

Tant  qu'on  ne  considère  dans  le  pendule  régulateur  que  le  poids  et 
l'inertie  des  boules,  les  formules  (1)  et  (2)  sont  absolument  équivalentes;  mais 

du  moment  où  Ton  vient  à  tenir  compte  de  Tinfluence  des  parties  arlicu- 

p 
lées,  le  rapport  —  cesse  d'être  égal  à  g^  et  pour  avoir  la  durée  du  temps 

de  la  révolution  il  devient  nécessaire  de  recourir  à  la  formule  (2) 


'=*«V^ 


COSa 


dans  laquelle  M  représente  les  masses  soumises  à  la  force  centrifuge,  cl  H 
la  somme  des  poids  constants  agissant  sur  ces  masses. 

De  même  que  le  régulateur  normal,  un  pareil  système  deviendra  iso- 
chrone, pourvu  qu'au  poids  constant  P  agissant  sur  M,  on  substitue  la  forco 
variable  ;)  =  P  cos  a,  ce  qui  donne  comme  précédemment,  pour  la  durée 
constante  de  révolution,  la  valeur  limite. 


i=«VT 


Mais  puisqu'on  peut  varier  à  volonté  le  poids  du  coulant  mobile,  P  est 
arbitraire  et  la  condition  de  l'isochronismc  considéré  indépendamment 
de  la  valeur  de  t  se  réduit  uniquement  à  ce  que,  au  lieu  d'une  force 
constante  agissant  verticalement  sur  M,  on  ait  une  force  variable  et  pro- 
portionnelle à  la  dislance  verticale  du  centre  des  masses  au  point  de 
suspension. 

Supposons  donc  qu'on  exerce  sur  le  manchon  une  pression  f  unifor- 


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-  hhb  — 

mément  variée  avec  la  hauteur  h^  de  telle  sorte  qu'au  niveau  même  du' 
point  de  suspension  où  h  est  nulle,  cette  force  fasse  équilibre  h  la  résul- 
tante P  des  poids  du  système,  exercée  sur  M,  pour  aller  en  diminuant  au- 
dessous  de  ce  point;  quel  que  soit  d'ailleurs  le  coefficient  A  de  sa  variation, 
Tisochronisme  sera  réalisé. 

Cette  force  ainsi  définie  a  pour  expression 

et  en  nommant  h^,  la  valeur  de  h  pour  /*==  o, 

"0 

Or,  quand  on  fait  mouvoir  le  manchon  suivant  la  longueur  de  Taxe, 
on  a  pour  le  travail  de  cette  force  : 


iî'-j:!'-^- 


Si  donc  on  emploie  pour  fournir  ce  travail  un  contre-poids  constant 

(^gal  à   l\  il  est  nécessaire  que  sa  chute  soit  égale  à    ^^^Jl         ou ,   en 

d'autres  termes,  qu'elle  soit  proportionnelle  au  carré  de  la  distance  du 
manchon  au  point  de  Taxe  où  l'action  de  ce  contre-poids  est  nulle. 

Il  est  utile  de  remarquer  ici  que  cette  loi  des  espaces  solidairement 
parcourus  de  part  et  d'autre  ressort  du  calcul  sans  qu'on  ait  à  tenir 
compte  de  la  construction  du  mécanisme  employé  à  transmettre  l'effort  du 
contre-poids.  On  peut  en  effet  recourir  ii  différentes  combinaisons  que 
j'examinerai  par  la  suite,  et  qui  n'offrent  plus  d'autre  intérêt  que  celui  de 
savoir  jusqu'à  quel  degré  de  précision  elles  satisfont  à  cette  loi  des  espaces 
qui  constitue  à  vrai  dire  la  condition  précise  de  l'isochronisme. 

Quand  le  manchon  occupe  la  position  A^,  l'action  du  contre-poids  est 
nulle  et  la  durée  de  révolution  est  alors  donnée  par  la  formule   (2)   en 

fonction  de  l'angle  a;  mais  comme  on  a  /  cos  a  =  h^   -,  cette  durée  de 


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révolution,  qui,  par  le  fail  de  risocbronisme,  s'étend  à  toutes  les  ampli- 
tudes, est  finalement  donnée  par  la  formule 

qui  ne  contient  plus  h  et  dans  laquelle  M  représente  les  masses  soumises  à 
la  force  centrifuge,  A  le  coefficient  de  variation  de  la  force  ^'et  P  la  somme 
des  poids  exercés  sur  les  masses  :  toutes  quantités  constantes  qui 
déterminent  la  vitesse  et  résument  les  conditions  essentielles  de  Tisochro- 
nisme. 

Étant  donc  donné  un  pendule  régulateur  de  longueur  quelconque,  on 
peut  donc  toujours  lui  imprimer  avec  Tisochronisme  une  vitesse  de  révo- 
lution quelconque  en  lui  associant  un  contre-poids  dont  la  chute  s'accélère 
uniformément  avec  la  hauteur  des  masses  en  mouvement. 

Au  lieu  de  la  force  f,  si  l'on  considère  la  résultante  variable  p  de  Ten- 
semble  des  poids  et  contre-poids  du  système  exercé  sur  le  manchon, 
comme  on  a 

p  =  M  p  A 


on  trouve  pour  le  travail  de  p 


Jào 


ce  qui  donne  l'expression  la  plus  simple  des  conditions  générales  d'iso- 
chronisme  du  pendule  régulateur,  à  savoir,  que  le  travail  de  la  résultante 
de  tous  les  poids  du  système  soit  proportionnel  au  carré  de  la  hauteur  du 
manchon,  à  partir  du  point  de  suspension. 

Quand  on  a  reconnu  la  généralité  des  principes  que  je  viens  d'exposer, 
on  arrive  aisément  à  imaginer  un  grand  nombre  d'appareils  qui  satisfont 
théoriquement  aux  conditions  prescrites,  mais  l'industrie  veut  des  combi- 
naisons simples  et  des  organes  faciles  à  construire.  J'ai  donc  cru  utile 
d'exclure  toute  complication,  et  dans  les  dispositions  que  je  propose,  je  me 
suis  systématiquement  astreint,  à  l'exemple  de  Watt,  à  n'employer  que  des 


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-U7- 

leviers  ou  des  bielles  articulés  pour  transmettre  l'effort  du  contre-poids 
compensateur.  On  verra  que,  malgré  ces  restrictions,  on  peut,  suivant  le 
cas  qui  se  présente,  graduer  la  précision  et  la  pousser  au  delà  de  toute 
limite  utilement  prescrite. 

I^  disposition  la  plus  simple  consiste  à  prendre  un  point  fixe  F  en 
dehors  de  Taxe  (fig.  3)  et  d'articuler  en  ce  point  un  levier  coudé  à  angle 
droite  dont  l'un  des  bras  s'engage  dans  la  rigole  du  manchon  C,  et  dont 
l'autre  bras  porte  un  contre-poids  p.  déterminé  de  manière  que  l'effort 
exercé  sur  le  manchon  varie  comme  le  veut  la  formule  /*=  P  (A  A  —  1)> 
en  considérant  que  P  égale  la  somme  des  poids  construits  exercés  sur  les 

boules,  y  compris  celui  du  manchon,  et  que  A  égale  j-  ,  A^  étant  la  valeur 
de  h  pour  f=o.  Évidemment  cette  condition  ne  peut  être  satisfaite  qu'à 
la  limite  d'inclinaison  du  levier  coudé;  mais,  en  pratique,  cet  angle  d'incli- 
naison a>  peut  s'étendre  jusqu'au  point  où  cesserait  d'être  sensiblement  vraie, 
la  formule 


_ —  =  4  —  COS  (0 


qui,  à  la  limite,  exprime  sensiblement  la  relation  des  déplacements  en 
hauteur  du  contre-poids  et  du  mancîlion. 

Quoique  très-simple,  cette  disposition  présente,  l'inconvénient  de 
prendre  son  point  fixe  à  une  trop  grande  distance  de  l'axe,  et  de  ne  pas 
accompagner  le  manchon  en  ligne  droite. 

En  ramenant  le  point  fixe  en  B  (fig.  A),  en  prenant  un  second  point 
fixe  en  F,  et  en  introduisant  deux  tiges  articulées  A  F  et  AC,  on  oblige  le 
point  C  à  cheminer  en  ligne  droite,  et  l'on  transmet  au  manchon  une  action 
qui,  pour  les  grands  écarts,  comporte  la  même  erreur  que  dans  le  cas  pré- 
cédent, 

Mais  si  l'on  admet  le  système  articulé  AFCB  (fig.  1),  il  vaut  mieux 
placer  le  contre-poids  sur  le  levier  coudé  AF[a,  car  la  précision  devient 
d'un  ordre  plus  élevé. 

On  retombe  alors  sur  une  disposition  analogue  à  celle  qui  a  été  décrite 
précédemment,  et  qui  n'en  diffère  que  par  la  position  arbitraire  du  point  B^ 


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-  ftl|8  - 

qui,  au  lieu  de  se  Gxer  à  la  limite  inférieure  des  excursioDs  du  manchon, 
est  relevé  à  un  niveau  quelconque  au-dessus  de  celle  limite.  Cette  modifi- 
cation a  dans  la  pratique  industrielle  une  certaine  importance  qui  résulle 
de  ce  que  dans  les  excursions  du  manchon  le  point  G  passe  également  au- 
dessus  et  au-dessous  du  point  B.  En  conséquence,  l'angle  BAC  n'atteint 
jamais  la  même  valeur  que  si  les  excursions  avaient  lieu  tout  entières  du 
même  côté;  on  en  profite  pour  donner  au  syslème  articulé  des  dimensions 
moindres,  et  pour  réduire  d'autant  la  valeur  du  contre-poids.  11  y  a  donc 
bénéfice  évident  à  relever  la  ligne  A  B  au-dessus  du  niveau  correspondant 
à  la  limite  inférieure  des  excursions  du  manchon.  Pour  des  raisons  que  je 
dirai  plus  loin,  la  hauteur  à  laquelle  il  convient  de  fixer  le  point  B  est 
celle  qui  correspond  au  niveau  de  la  rigole  du  manchon,  les  bras  étant 
inclinés  à  k^  degrés. 

La  hauteur  du  point  B  étant  ainsi  déterminée,  j'ai  encore  reconnu 
qu*il  y  avait  intérêt  à  le  placer  à  une  certaine  distance  y  de  l'axe  (fig.  5), 
de  manière  à  permettre  d'éviter  le  manchon  sans  recourir  à  des  formes 
contournées  et  coûteuses.  Mais  alors  pour  que  le  point  C  continue  de  se 
mouvoir  parallèlement  à  l'axe,  il  est  nécessaire  d'articuler  le  rayon  B  O  en 
un  point  de  AC^  situé  à  une  dislance  x  du  milieu  de  cette  droite;  on 
détermine  celle  valeur  de  x  par  la  formule 


r  If 
X  =  , ~ 


dans  laquelle  r  est  la  moitié  de  AC. 

L'appareil  étant  ainsi  disposé,  il  ne  reste  plus  qu'à  déterminer  le  moment 
du  contre-poids  p..  Or  il  s'agit  encore  ici  d'exercer  au  point  C  une  force 
variable  /*==  P  (A  A  —  d  ),  laquelle  force  est  nulle  lorsque  C  se  trouve  au 
niveau  de  B,  auquel  cas  le.sommet  supérieur  du  losange  articulé  se  trouve 

au-dessous  du  point  de  suspension,  à  une  dislance  A^  =  —  ,  c'est-à-dire 

que  cette  force  doit  croître  uniformément  à  partir  du  niveau  B,  de  façon 
que,  à  une  distance  h^,  en  dessus  ou  en  dessous,  elle  soit,  en  valeur  abso- 
lue, égale  à  P.  On  a  déjà  montré'  que  cette  condition  sera  remplie  pourvu 


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-449  - 

I» 

qu*on  exerce  au  point  A  'et  suivant  AB  une  pression  P  ces  ç  -r-,  l'  étant  la 
longueur  de  AC. 

Si  donc  le  bras  oblique  F  ja  du  levier  coudé  est  incliné  sous  Tangle  ç, 
il  faudra  qu'on  ait  pour  la  composante  du  poids  (/.  transmise  en  A 

fx  Bin  •  -777  ==  p  C08  ç  T—  ♦ 

*  /ifl 

r  et  V"  étant  la  longueur  des  deux  bras  du  levier  A  F  et  F(a.  Quant  à  la 
valeur  de  Tangle  ç,  elle  est  bien  celle  qu'indique  le  tracé  de  la  figure,  car 
c'est  la  seule  pour  laquelle  la  variation  différentielle  du  levier  soit  la  même 
que  celle  de  /  cos  ?. 


DÉTAILS  PRATIQUES 

SUR    L'APPLICATIOiN  DE  L'ISOGHRONISME 

AU  PENDULE  RÉGULATEUR  DE  LA  MACHINE  A  VAPEUR. 

Lorsqu'on  cherche  à  appliquer  rigoureusement  le  principe  de  l'iso- 

chronisme  au  régulateur  des  machines  à  vapeur,  on  rencontre  des  diffi-* 

cultes  qui  proviennent  surtout  de  l'imperfection  de  la  valve,  de  Tintermit- 

tence  de  la  force  motrice,  de  la  grandeur  des  masses  en  mouvement  et  des 

défauts  de  transmission. 

Tous  ces  obstacles  dont  les  influences  se  confondent  ont  déjà  fait 
échouer  bien  des  recherches,  et  ce  n'est  qu'en  les  discutant  séparément  à 
la  lumière  d'un  principe  nettement  défini  que  Ton  peut  arriver  à  s'en 
rendre  maître. 

L'idée  de  compenser  le  défaut  d'isochronisme  par  l'adjonction  d'un 
contre-poids  est  déjà  fort  ancienne;  mais  il  est  constamment  arrivé  qu'eii 

57 


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—  450  — 

voulant  forcer  son  influence  on  communiquait  au  régulateur  une  instabilité 
qui  avait  pour  conséquence  d'amener  dans  la  machine  une  variation  pério- 
dique de  vitesse.  Cet  accident  semble  se  moptrer  d*une  manière  si  fatale, 
que  beaucoup  d'ingénieurs  ont  fini  par  le  considérer  comme  une  consé- 
quence nécessaire  et  inévitable  de  l'espèce  d'équilibre  indifférent  qui 
résulte  de  l'isochronisation  du  régulateur.  J'aurais  sans  doute  partagé  moi- 
même  cette  erreur  si  les  circonstances  ne  m'avaient  conduit  à  faire  mes 
premiers  essais  sur  de  simples  rouages,  où  décidément  j'avais  réussi 
à  atteindre  et  à  dépasser  l'isochronisme  sans  voir  survenir  l'inconvénieat 
d'une  vitesse  périodique.  J'arrivais  donc  à  ce  résultat  remarquable  de 
régler  un  petit  moteur  de  telle  sorte  que  la  vitesse  augmentait  unifor- 
mément pour  une  diminution  progressive  de  la  résistance  et  réciproque- 
ment. Ayant  acquis  la  conviction  que  la  variation  fonctionnelle  du  pendule 
régulateur  peut  être  intervertie,  j'ai  dû  persister  A  considérer  comme  un 
simple  accident  ces  alternatives  de  vitesses  qui  tendent  à  se  produire  dans 
la  marche  des  machines  à  vapeur.  L'expérience  est  venue  prouver  que 
j'étais  dans  le  vrai,  en  sorte  qu'aujourd'hui  je  me  trouve  en  mesure  de 
discuter  les  causes  multiples  qui  provoquent  l'établissement  des  viti^sses 
périodiques,  et  par  suite  je  puis  consigner  ici  les  renseignements  utiles 
pour  parvenir  à  éviter  cet  écueil. 

En  principe,  il  est  rigoureusement  impossible  d'empêcher  que  les 
variations  de  la  puissance  motrice  ou  de  la  résistance  n'amènent  dans  la 
machine  une  variation  temporaire  de  vitesse;  mais  il  est  également  vrai  de 
dire  que  l'on  peut  arbitrairement  restreindre  ces  variations  dans  des  limites 
déterminées. 

Telle  est,  en  effet,  dans  son  acception  propre,  la  véritable  signification 
du  difficile  problème  de  la  régularisation  du  mouvement  des  machines. 

Puisqu'il  est  impossible  d'empêcher  les  variations  temporaires  de 
vitesse,  le  côté  pratique  du  problème  est  d'empêcher  que  ces  variations 
ne  dégénèrent  en  vitesse  périodique.  Mais  le  phénomène  de  la  période 
reconnaît  plusieurs  causes,  et  pour  procéder  par  ordre,  je  vais  les  examiner 
successivement  en  indiquant  le  moyen  de  les  combattre. 

La  première  cause  devant  laquelle  tant  d'inventeurs  ont  échouo,  c'est 


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—  451  — 

l'inégalité  d'isochronisme  aux  différentes  hauteurs  du  manchon.  Quand  un 
contre-poids  intervient  empiriquement  pour  égaliser  un  régulateur  dont  les 
proportions  ne  sont  pas  géométriquement  définies  par  la  suspension  unique 
des  bras  et  par  Tégalité  des  côtés  du  quadrilatère  articulé,  on  commence 
par  lui  donner  une  valeur  insuffisante  qui  produit  relativement  un  excel- 
lent effet,  puis  on  augmente  la  charge,  et,  finalement,  on  réalise  Tisochro- 
nisme  pour  un  point  déterminé  de  la  course  du  manchon;  mais  en  dessus 
et  en  dessous  de  ce  point  Fisochronisme  est  Taussé  en  deux  sens  opposés. 
Si  d'un  côté  il  pèche  par  excès,  de  Tautre  c'est  par  défaut.  Si  donc  le  régu- 
lateur est  en  équilibre  stable  au-dessous  de  ce  point,  en  dessus  il  sera 
instable  ou  réciproquement,  et  quand  la  machine  sera  en  action,  le  régu- 
lateur fonctionnera  comme  ces  mauvaises  balances  qui  sont  paresseuses 
d'un  côté  et  folles  de  l'autre. 

Voilà,  à  propos  du  régulateur,  ce  que  j'appelle  l'inégalité  d'isochro- 
nisme;  c'est  en  réalité  l'influence  du  second  terme  de  la  loi  des  pressions  à 
exercer  sur  le  manchon,  terme  qui,  dans  les  combinaisons  empiriques,  ne 
s'annule  pas  en  même  temps  que  le  premier. 

Quand,  au  contraire,  une  construction  est  susceptible  de  fournir  l'iso- 
chronisme  rigoureux,  ce  second  terme  est  rigoureusement  nul,  c'est-à-dire 
que  pour  toute  valeur  des  contre-poids  la  vitesse  angulaire  est  toujours, 
comme  dans  le  régulateur  normal  (mais  à  une  constante  près) ,  en  raison 
inverse  de  la  racine  carrée  de  la  distance  du  point  articulé  sur  le  manchon 
au  point  de  suspension. 

Dans  les  conditions  d'isochronisme  partiel,  on  trouve  [comme  expres- 
sion générale  de  la  vitesse  angulaire  du  régulateur 


n  étant  un  coefficient  qui  pour  l'isochronisme  absolu  est  égal  à  1  et  qui 
devient  plus  grand  ou  plus  petit  que  l'unité,  suivant  que  la  force  variabU 
est  plus  petite  ou  plus  grande  que  celle  désignée  précédemment  (page  /l39) 
par  P  (1  — cosa),  ou,  en  d'autres  termes,  suivant  que  le  mouvement  du 


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~  452  ~ 

contre-poids  est  inférieur  ou  supérieur  à  celui  qui  produit  exactement 
i'isoctironisme. 

Les  diverses  constructions  que  j*ai  données  précédemment  tendent 
toutes  vers  la  solution  exacte  avec  un  degré  de  précision  qui  ne  dépend  que 
de  la  dimension  des  organes.  Soit  donc  que  l'on  s'en  serve  pour  approcher, 
pour  atteindre  ou  pour  dépasser  Tisochronisme,  elles  constituent  des  appa- 
reils qui  dans  toute  l'étendue  de  la  course  du  manchon  reconnaissent,  à  un 
coefficient  près,  la  même  loi  de  stabilité  que  le  pendule  régulateur  normal. 
C'est  là  un  caractère  distinclif  que  je  signale  et  que  je  définis  par  Texpres- 
sion  d'égalité  d'isochronisme.  Dans  l'application,  celle  égalité d'isochronisme a 
une  valeur  pratique  en  ce  qu'elle  constitue  un  des  éléments  de  stabilité  do 
système.  Elle  offre,  en  outre,  l'avantage  de  laisser  à  l'ingénieur  la  fticullé 
de  varier  l'isochronisme  à  son  gré. 

En  effet,  dans  les  circonstances  diverses  où  le  pendule  régulateur  est 
appelé  à  fonctionner,  la  variété  des  cas  exigera  tantôt  une  grande  régula- 
rité, comme  dans  les  filatures,  tantôt  une  grande  stabilité,  comme  daus  les 
scieries  et  dans  les  usines  à  laminoirs  où  le  travail  est  irès-variable,  et  il  im- 
portequC;  sans  rien  changerdans  la  construction,  on  puisse  sacrifier  au  besoin 
l'extrême  précision  à  la  stabilité  ou  Textréme  stabilité  à  la  précision.  Quaud 
on  est  assuré  d'avance  de  l'égalité  d'isochronisme,  on  disposera  l'appareil 
pour  l'une  ou  pour  l'autre  spécialité  en  variant  simplement  le  mouvemeat 
des  contre-poids. 

En  résumé,  l'égalité  d'isochronisme,  qui  est  un  des  caractères  du  nou- 
veau régulateur,  est  en  même  temps  un  élément  de  stabilité  et  une  facilité 
d'adaptation  aux  divers  usages. 

Une  autre  cause  d'instabilité,  que  l'on  rencontre  encore  dans  la  pra- 
tique, consiste  principalement  dans  les  défauts  de  transmission  du  mou'^ 
vement  de  la  machine  au  régulateur*  Supposons  un  régulateur  faisant 
1  tour  par  seconde  et  compensé  assez  exactement  pour  agir  sous  une  varia* 
tion  de  ^^  de  la  vitesse,  si  le  temps  perdu  dans  les  engrenages  est  de  -^  de 
tour  et  que  la  machine  vienne  à  perdre  ^  de  sa  vitesse  normale,  il  est 
clair  qu'il  s'écoulei*a  une  seconde  avant  que  le  régulateur  ressente  l'effet, 
et  quand  il  ouvrira  la  valvej  il  l'ouvrira  trop  tard  et  de  plus  il  rouvrira 


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—  453  — 

trop  longtemps,  car  à  cause  de  ce  même  temps  perdu  il  ne  ressentira 
Taccélération  qu'un  certain  temps  après  qu'elle  sera  survenue.  On  volt 
ainsi  comment  une  variation  périodique  de  vitesse  est  la  conséquence 
nécessaire  d'un  défaut  de  solidarité  entre  la  machine  et  le  régulateur. 
L'élasticité  ou  le  défaut  de  tension  d'une  courroie  employée  à  commander 
le  régulateur,  donne  lieu  au  même  résultat  et  généralement  l'élasticité  ou 
le  défaut  de  tension  des  courroies  de  toute  la  série  des  transmissions  qui 
distribuent  la  force  motrice  est  une  cause  d'altération  périodique  de 
vitesse  d'autant  plus  à  redouter  que  la  quantité  de  force  vive  du  matériel 
en  mouvement  est  plus  grande  par  rapport  au  travail  actuel.  Si  donc  on 
veut  approcher  de  très-près  l'isochronisme  absolu,  il  faut  éviter  les  cour- 
roies horizontales  à  longue  portée,  les  tendre  fortement  et  réduire  autant 
que  possible  le  temps  perdu  dans  les  engrenages.  Si  enfin  l'engrenage  est 
donné  avec  du  temps  perdu  et  qu'il  faille  l'accepter  tel  quel,  il  reste  un 
moyen  certain  d*en  éviter  l'effet,  c'est  d'appliquer  sur  l'arbre  du  régulateur 
un  frein  que  l'on  serre  à.point  de  manière  à  maintenir  les  engrenages  en 
tension  et  en  contact  permanent. 

En  résumé,  tout  défaut  de  solidarité  entre  le  régulateur  et  la  machine, 
y  compris  les  masses  qu'elle  met  en  mouvement,  est  une  cause  de  varia^ 
tion  périodique  de  la  vitesse  du  système. 

Une  troisième  difficulté  qui  se  présente  lorsqu'on  veut  compléter  Tiso-» 
chronisme  du  régulateur  appliqué  à  la  machine  à  vapeur  provient  de 
l'intermittence  delà  force  motrice  qui  entretient  le  système  en  mouvements 
Cette  intermittence  de  la  force  motrice  imprime  nécessairement  à  la  vitesse 
du  système  une  variation  dont  la  période  coïncide  avec  celle  des  coups  de 
piston.  Dans  ces  conditions,  un  régulateur  bien  équilibré  aura  aussi  un 
mouvement  périodique  des  bras,  une  sorte  de  pulsation  qui  se  transmettra 
à  la  valve;  d'où  il  suit  que,  même  dans  le  cours  du  régime  régulier,  l'admis- 
sion de  vapeur  par  la  valve  est  perpétuellement  et  inutilement  modifiée. 
Tant  que  ces  mouvements  ne  dépassent  pas  une  certaine  étendue,  leur 
influence  est  plutôt  favorable  en  mettant  dans  tout  le  mécanisme  une  mobi- 
lité qui  élimine  les  résistances  passives,  mais  quand  ils  s'exagèrent  au  point 
de  représenter  une  fraction  notable  du  mouvement  disponible  entre  les 


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—  45i  — 

deux  positions  extrêmes  de  la  valve,  la  foiiciion  se  U  ouvc  compromise  par 
des  cahots  accidentels  qui  n'ont  aucune  relation  avec  le  besoin  actuel.  La 
vitesse  moyenne  peut  n'être  pas  sensiblement  altérée,  mais  le  rhythme  est 
troublé  dans  sa  régularité  et  l'oreille  cesse  d'être  pleinement  satisfaite.  Cet 
inconvénient  se  produil  surtout  dans  les  machines  h  marche  lente,  lorsque 
la  vitesse  du  régulateur  est  plus  grande  que  celle  de  la  machine  elle-même. 
Il  faut,  dans  ce  cas,  se  garder  de  charger  le  manchon  comme  la  mode  s'en 
est  répandue  dans  ces  derniers  temps,  t  répartir  la  masse  sur  les  boules. 
On  ralentira  par  ce  moyen  la  vitesse  du  régulateur  et  l'on  modérera  ses 
excursions  sans  rien  perdre  du  pouvoir  réglant. 

En  général,  pour  qu'un  régulateur  ait  le  degré  de  promptitude  suffi- 
sant sans  trop  accuser  les  coups  de  piston,  il  convient  de  lui  donner  la 
même  vitesse  que  celle  de  la  machine.  Il  importe,  en  outre,  de  le  faire 
fonctionner  sous  l'angle  moyen  de  &5  degrés. 

Il  existe  encore  une  autre  cause  dinstabiiité  qui  tend  également  à  pro- 
duire la  vitesse  périodique,  c'est  l'inertie  des  boules  estimée  parallèle- 
ment à  l'axe  de  rotation  du  régulateur;  mais  comme  cette  inertie  ne  peut 
être  éliminée  qu'en  remplaçant  la  gravité  par  l'élasticité  de  ressorts  à  masse 
négligeable,  je  renvoie  le  lecteur  à  un  autre  chapitre  où  il  trouvera  la  des- 
cription du  régulateur  à  ressort  complètement  à  l'abri  des  effets  de 
l'inertie. 

Je  profite  cependant  de  l'occasion  pour  signaler  l'inconvénient  du 
levier  en  charge  (fig.  6),  employé  pour  accélérer  la  rotation  du  pendule  et 
généralement  de  toute  combinaison  ayant  pour  objet  de  produire  cette 
accélération  par  l'amplification  du  parcours  de  masses  additionnelles  dont 
l'inertie  augmente  avec  le  carré  de  leur  propre  vitesse. 

Une  autre  cause  d'instabilité  dont  il  sera  parlé  plus  loin  consiste  dans 
les  conditions  d'établissement  de  la  valve  et  de  sa  mise  en  relation  avec  le 
régulateur. 

Hésiimé  des  détails  pratiques.  —  L'instabilité  du  régulateur  est  un  danger 
et  non  une  conséquence  nécessaire  de  l'isochronisme. 

L'instabilité  n'altère  pas  la  vitesse  moyenne  de  la  machine,  mais  elle 
détermine  l'établissement  d'une  variation  périodique  de  marche  absolu- 


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—  455  — 

ment  inacceptable  dans  les  applications  industrielles.  LMnstabilité  procède 
de  plusieurs  causes  qui  ordinairement  se  combinent  ensemble  et  sont  assez 
difficiles  à  démêler. 

La  première  cause  à  signaler  est  due  à  Tinégalité  d'isochronisme.  Cette 
inégalité  résulte  nécessairement  de  Tapplication  empirique  d'un  contre-poids 
à  tout  régulateur  qui  s'écarte  plus  ou  moins  du  type  que  je  désigne  par 
Tex pression  de  pendule  régulateur  normal  (point  de  suspension  unique 
pour  les  bras,  articulation  unique  pour  les  côtés  additionnels,  égalité  des 
côtés  du  quadrilatère  articulé). 

Cette  inégalité  consiste  en  ce  que  Tisochronisme  n'est  réalisé  que  pour 
un  point  de  la  course  du  manchon;  il  en  résulte  nécessairement  que  le  pen- 
dule n*a  plus  d'équilibre  possible  en  dessus  ou  en  dessous  de  ce  point.  Les 
diverses  combinaisons  décrites  au  brevet  échappent  à  cet  inconvénient 
parce  qu'elles  réalisent  Tisochronisme  dans  toute  l'étendue  de  la  course  du 
manchon. 

L'égalité  d'isochronisme  est  une  condition  de  stabilité  en  ce  qu'elle 
rend  possible  l'équilibre  du  pendule  dans  toute  l'étendue  delà  course  du 
manchon;  mais  elle  fournit  encore  le  moyen  de  faire  varier  à  volonté  la 
sensibilité  du  régulateur  par  le  seul  déplacement  d'un  contre-poids  sur 
sa  tige. 

Une  seconde  cause  d'instabilité  provient  du  temps  perdu  dans  les 
engrenages  ou  de  l'élasticité  de  courroies  légères  ou  mal  tendues.  Je  recom- 
mande de  tendre  les  courroies,  de  leur  donner  l'épaisseur  voulue,  et 
pour  supprimer  le  temps  perdu  des  engrenages,  j'indique  d'appliquer 
un  frein  modérément  serré  sur  l'arbre  du  régulateur. 

Comme  troisième  cause  d'instabilité  je  signale  un  défaut  de  proportion 
entre  la  vitesse  de  la  machine  et  celle  du  régulateur,  et  je  conseille  de  dis- 
poser  de  la  charge  du  manchon  et  de  la  longueur  des  bras,  de  manière  à 
ramènera  peu  près  ces  deux  vitesses  à  l'égalité.  C'est  pour  moi  la  seule 
valeur  pratique  de  cette  surcharge  appliquée  au  manchon  d'une  disposition 
dont  on  a  tant  abusé  dans  ces  derniers  temps. 


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-  456  -- 


DU   POUVOIR  RÉGLANT   ET  DE  SON  TRAVAIL  TOTAL. 

Dans  chaque  position  du  pendule  régulateur,  il  y  a  un  rapport  variable 
entre  le  changement  de  vitesse  et  la  pression  correspondante  qui  se 
transmet  verticalement  sur  le  manchon;  mais  à  mesure  que  ce  change- 
ment devient  plus  petit,  ce  rapport  tend  vers  une  limite  déterminée  que  je 
désigne  sous  le  nom  de  pouvoir  réglant. 

Dans  le  régulateur  normal  la  vitesse  angulaire  et  le  poids  agissant  sur 
les  masses  ont  entre  eux  une  relation  qui  est  de  la  forme  V=C  l/T,  d'où  il  suit 

qu'à  la  limite  des  changements  de  vitesse  on  a  -y-  =  j-p  »  et  comme  cette 

relation  est  indépendante  de  la  hauteur  du  manchon  variable  avec  Tnngle 
d'écart,  on  en  conclut  que  dans  le  régulateur  normal  le  pouvoir  réglant 

^-rr-  est  constant.  Il  est  vrai  que  la  vitesse  varie  d'un  point  à  un  autre  de 

la  course   du  manchon  ;  mais  en  chaque  point   une  même  variation  de 
vitesse  détermine  la  même  pression  statique  verticale. 

Mais  quand  le  pendule  régulateur  est  devenu  isochrone  par  l'accession 
de  la  force  variable  /*=  P  (  A  A  —  1),  résultante  verticale  qui  agit  sur  les 
masses  aux  différentes  hauteurs  du  manchon  p  =:  A  P  A,  on  a  alors  entre 
la  vitesse  angulaire  et  la  résultante  variable  p,  une  relation  qui  est  de  la 

forme  V=  C  [/^  et  qui  donne  comme  pouvoir  réglant  -5^=1^,  lequel, 

rapporté  au  poids  constant  des  boules,  devient 

dp  idV 

Ainsi,  dans  le  régulateur  isochrone  la  vitesse  est  constante,  mais  le  pou- 
voir réglant  varie  comme  la  hauteur  du  manchon,  à  compter  du  point  de 
suspension. 

En  pratique  on  restreint  ces  excursions  du  manchon  entre  deux  limites 
correspondant  à  deux  hauteurs  arbitraires  A„  et  h^.  Lorsque  par   une 


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—  457  — 

variation  de  vitesse  rfVle  manchon  passe  continuement  de  l'une  à  l'autre 
limite,  la  somme  des  produits  des  pouvoirs  réglants  par  le  chemin  par- 
couru dh  représente  un  travail  total  infiniment  petit  par  rapport  au  travail 
de  P,  mais  qui  doit  être  supérieur  au  travail  résistant  de  la  valve  à  mou- 
voir. La  valeur  limite  de  ce  travail  total  infiniment  petit  est 

Cette  expression  n'est  rigoureuse  qu'à  la  limite  des  petites  variations 
de  vitesse  ;  mais  en  pratique  elle  représente  assez  exactement  le  travail 
disponible  dans  un  régulateur  qui,  sous  l'influence  d'une  variation  donnée 
de  la  vitesse,  passe  de  l'une  à  l'autre  de  ces  positions  extrêmes.  Pour  qu'il 
fonctionne  eiTectivement,  il  faut  que  ce  travail  soit  au  moins  égal  à  celui 
que  consomme  la  valve  dans  l'hypothèse  d'une  répartition  convenable  des 
résistances.  Si  cette  répartition  n'est  pas  convenablement  faite,  il  faut  aug- 
menter la  puissance  du  régulateur  de  manière  à  le  mettre  en  rapport  avec 
la  résistance  maximum;  c'est  donc,  en  définitive,  augmenter  l'effet  utile  du 
régulateur  que  de  répartir  avec  soin  et  d'une  manière  aussi  exacte  que  pos- 
sible la  résistance  de  la  valve  suivant  le  pouvoir  réglant. 


DES  MOYENS  DE  RALENTIR  LE  POUVOIR  RÉGULATEUR. 

J'ai  montré  précédemment  que,  pour  les  machines  à  un  seul  cylindre, 
il  y  avait  utilité  à  donner  au  régulateur  la  même  vitesse  qu'à  la  machine 
elle-même.  Dans  le  plus  grand  nombre  des  cas,  ce  précepte  conduit  à 
accélérer  le  pendule  par  une  surcharge  appliquée  au  manchon;  mais  quel- 
quefois il  arrive,  comme  dans  les  anciennes  machines,  que  pour  se  con- 
former à  leur  lenteur  de  marche,  il  faudrait  non-seulement  décharger  le 

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—  458  — 

manchon,  mais  encore  lui  attribuer  un  poids  nc^gatif.  On  est  ainsi  conduit 
à  appliquer  un  contre-poids  fixe  ]jJ  sur  un  levier  rectiligne  et  au  delà  d'un 
point  fixe. 

On  peut,  en  effet,  compter  que  si  Ton  a  F  [/  =  F  C  (fig.  7),  le  poids[i'est 
k  déduire  sur  le  poids  des  boules  M  et  M',  et  que  si  Ton  fait  varier  F  [i', 
la  pression  constante  exercée  en  C  varie  dans  le  même  rapport;  d'où  il 
suit  qu'en  disposant  d'une  charge  positive  et  directe  sur  le  manchon,  ou 
d'une  charge  agissant  négativement  par  un  levier  rectiligne,  on  peut  com- 
muniquer arbitrairement  au  pendule  régulateur  une  vitesse  de  révolulion 
quelconque  et  conforme  à  celle  de  la  machine. 

Mais  il  est  bien  évident  que  l'action  du  contre-poids  p/  n'est  rigoureu- 
sement assimilable  à  une  diminution  de  poids  opérée  sur  les  boules,  qu'autant 
que  les  bras  articulés  en  un  même  point,  ainsi  que  les  bielles  du  manchon, 
forment  ensemble  un  quadrilatère  équilatéral  ou  losange  parfait,  car 
autrement  le  mouvement  des  contre-poids  en  hauteur  ne  serait  pas  pro- 
portionnel à  celui  des  boules. 

Or  cette  disposition  des  bras  et  des  bielles  qui  seule  permet  de  consi- 
dérer les  boules  comme  partiellement  et  rigoureusement  contre-balancés 
dans  toutes  les  positions  par  le  poids  (jl',  est  également  la  seule  à  se  prêtera 
la  transmission  de  la  force  capable  d'opérer  l'isochronisme. 

Considérons  donc  le  système  représenté  (fig.  8)  comme  un  régulateur 
normal  dans  lequel  le  poids  P  est  réduit  dans  le*  rapport  du  poids  des  boules 
à  ce  même  poids  diminué  du  contre -poids  [/  et  appliquons  (fig.  8)  le 
contre -poids  compensateur  (jl,  nous  aurons,  par  ce  moyen,  un  pendule 
régulateur  isochrone  à  marche  aussi  lente  que  l'on  voudra. 

Puis  enfin  réunissant  les  deux  contre-poids  en  un  seul  (it*^,  on  aura  le 
pendule  isochrone  retardé  et  ramené  à  la  plus  grande  simplicité  (fig.  9).  Que 
si  maintenant  on  cherche  à  se  rendre  compte  comment  un  pareil  système 
rentre  dans  le  principe  général  qui  domine  le  brevet,  on  reconnaîtra 
aisément  que  l'isochronisme  dépend  encore  de  la  condition  que  le  tra- 
vail des  poids  et  contre-poids  du  système  soit  proportionnel  au  carré  de 
l'espace  parcouru  par  le  point  articulé  du  manchon  à  compter  du  point  de 
suspension. 


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—  459  — 

Si  Ton  a  bien  compris  Tobjet  que  nous  avons  en  vue  en  discutant  cette 
disposition,  on  doit  en  conclure  qu'elle  n'a  de  raison  d'être  que  dans  les 
cas  très-rares  où  il  importe  de  diminuer  la  vitesse  naturelle  du  pendule. 
Charger  le  manchon  et  couder  à  angle  obtus  le  levier  du  contre-poids, 
sont  deux  manières  d'agir  en  sens  opposé  sur  la  vitesse  du  pendule,  et  c'est 
faire  une  chose  qui  n'aurait  pas  sa  raison  d'être  que  de  les  associer  dans 
un  même  appareil,  car  c'est  agir  contradictoirement  sur  la  vitesse  en  intro- 
duisant dans  le  système  des  masses  dont  les  poids  se  détruisent  et  dont  les 
inerties  s'ajoutent  au  détriment  de  la  fonction. 

D'après  ce  qui  vient  d'être  dit  sur  la  manière  de  considérer  l'action 
du  contre-poids  à  levier  coudé  suivant  un  angle  obtus^  rien  n'est  plus  simple 
que  de  calculer  directement  et  sans  tâtonnement  la  valeur  du  contre-poids 
et  l'angle  du  levier. 

On  commence  par  affecter  une  composante  (z'  au  retardement  du  pen- 
dule, puis  on  détermine  l'autre  composante  \l  de  manière  qu'elle  exerce 
sur  le  manchon  une  force  variable  : 


P  étant  le  poids  des  boules,  h  la  hauteur  variable  du  manchon  au- 
dessous  du  point  de  suspension  A^,  la  hauteur  particulière  où  l'action  du 
contre-poids  est  nulle;  on  représente  ces  contre-poids  par  leurs  centres  de 
gravité  sur  les  bras  rectangulaires  de  leurs  leviers  respectifs  et  on  en 
déduit  le  centre  résultant  dont  la  position  détermine  la  direction  du  levier 
oblique  F  [jt";  enfin  on  prend  [a''  =  (i  +  i^'. 

On  voit  ainsi  combien  tout  devient  simple  du  moment  oii  les  bras  et 
les  bielles  donnent  un  losange  parfait.  J'en  puis  citer  encore  un  exemple 
en  donnant  une  autre  solution  du  retardement  du  régulateur  isochrone. 

Dans  la  disposition  que  je  viens  de  décrire,  le  levier  compensateur  ne 
cesse  pas  d'exercer  sur  le  manchon  une  pression  qui  peut  amener  une  rapide 
usure.  On  évitera  cet  inconvénient  en  revenant  au  levier  perpendiculaire 
(fig.  10),et  en  équilibrant  les  boules  par  des  masses  m,  m'  fixées  au-dessus 
de  la  suspension  sur  des  prolongements  ajoutés  aux  bras.  Il  ne  reste  plus 


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—  460  — 

alors  pour  réaliser  Fisochronisme  qu'à  calculer  le  poids  [l  de  manière  à 
exercer  sur  le  manchon  la  force  variable  : 

(P-P>)(A-A) 

P  et  P'  étant  les  poids  des  grosses  et  des  petites  boules,  cette  combi- 
naison aura  sur  la  précédente  un  avantage  marqué  qui  provient  de  ce  que 
rinertie  des  masses  équilibrantes  s'obtient  par  leur  propre  force  centri- 
fuge- 
En  résumé,  dans  les  cas  très-rares  où  Ton  a  à  reproduire  en  même  temps 
le  retard  et  Tisochronisme  du  pendule  régulateur  normal,  on  peut  recourir 
à  un  levier  coudé  à  angle  obtus,  chargé  d'un  contre-poids  qui  est  la  résul- 
tante de  deux  autres  poids  calculés  séparément.  L'un  est  pour  produire 
rigoureusement  une  diminution  constante  du  poids  des  boules  et  l'autre 
pour  exercer  approximativement  sur  le  manchon  les  variations  de  pression 
nécessaires  à  l'isochronisme. 

Mais  si  l'on  prend  le  parti  d'équilibrer  directement  les  boules  sur  les 
bras,  on  peut  revenir  purement  et  sintplement  aux  combinaisons  déjà 
décrites. 


RÉGULATEUR    A   VITESSE   VARIABLE 

ET  A   ISOGHRONISME   PARTIEL   ARBITRAIRE. 

Après  avoir  démontré  qu'on  peut  obtenir  de  bien  des  manières  diffé- 
rentes l'isochronisme  des  appareils  régulateurs  à  forcp  centrifuge,  j'ai  encore 
à  faire  voir  qu'on  peut  à  volonté  varier  la  vitesse  sans  troubler  l'isochro- 
nisme et  qu'on  peut  également  altérer  plus  ou  moins  l'isochronisme  dans 
un  sens  ou  dans  l'autre  sans  changer  la  vitesse  moyenne,  le  tout  au  moyen 
d'un  seul  contre-poids. 


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—  461  — 

Quand  le  pendule  régulateur  normal  a  été  rendu  isochrone  par  l'acces- 
sion d'une  force  variable  fournie  par  un  contre-poîds,  on  peut  se  demander 
à  quelle  condition  on  en  changera  la  vitesse  sans  troubler  Tisochronisme. 

Si,  par  hypothèse,  le  système  représenté  ici  (fig.  11)  est  isochrone, 
cela  revient  à  dire,  comme  il  a  été  précédemment  démontré,  que  la  résul- 
tante p  des  poids  et  contre-poids  exercée  au  sommet  inférieur  du  losange 
articulé  est  dans  les  positions  variées  du  système  constamment  propor- 
tionnel à  la  distance  h  de  ce  point  au  point  de  suspension.  Or,  si  Ton  veut 
changer  la  vitesse  en  gardant  Tisochronisme,  il  faut  ajouter  ou  retrancher 
à  cette  résultante  p  une  force  variable p'  également  proportionnelle  à  h. 

En  montant  solidairement  (fig.  12)  avec  le  levier  coudé  C  F  |jl  un  troi- 
sième bras  F  L  chargé  d'un  contre-poids  (i',  on  aura  évidemment  le  moyen 
d'agir  sur  la  durée  de  révolution. 

Mais  dès  lors  le  problème  consiste  à  déterminer  l'inclinaison  de  telle 
sorte  que  la  composante  efficace  de  ce  nouveau  contre-poids  éprouve,  à  la 
limite  des  écarts,  une  variation  proportionnelle  à  celle  de  h. 

Pour  cela,  je  prends  sur  l'axe  un  point  S'  situé  à  la  distance  K,  au- 
dessus  de  C,  et  je  mène  la  droite  S' F,  faisant  aiinsi  avec  C  F  un  angle  que 
j'appelle  w;  puis  sous  ce  même  angle  to  avec  la  ligne  F(x,  je  mène  la  droite 
FL  et  je  dis  que  sa  direction  est  précisément  celle  qui  convient  un  troi- 
sième bras  pour  recevoir  un  contre-poids  sans  troubler  l'isochronisme. 

En  effet,  on  voit  par  les  triangles  semblables  F  C  S^  et  F  {*'  D  que  pour 
es  petites  variations  de  w  la  composante  (l' D  varie  proportionnellement 
avec  Aj  et  cela  quelle  que  soit  la  position  du  contre-poids  (a'  en  dessus  ou  en 
dessous  du  point  fixe.  Si  donc  on  déplace  ce  contre-poids  le  long  du  troi- 
sième bras  figuré  par  F  L,  on  pourra  faire  varier  d'une  manière  certaine  la 
vitesse  du  pendule  sans  altérer  l'isochronisme. 

Dans  celte  manœuvre,  il  y  a  lieu  de  se  demander  ce  que  devient  le 
centre  de  gravité  de[xet(A',  et  si  Ton  en  fait  le  tracé  (fig.  13),  on  s'aperçoit 
qu'il  chemine  sur  une  droite  E  L'  parallèle  au  troisième  bras  FL.  On  peut 
donc  réunir  les  deux  contre-poids  en  un  seul  (fig.  13),  à  la  condition  de  le 
faire  mouvoir  sur  une  tige  inclinée  à  l'angle  w  et  qui  passe  à  la  distance 
voulue  du  centre  de  mouvements 


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—  662  — 

Si,  de  plus,  celle  lige  est  montée  de  manière  qu'on  puisse  faire  varier 
la  dislance  verticale  FE  (fig.  1&),  où  elle  passe  au-dessus  du  point  fixe,  on 
pourra  altérerl'isochronisme  dans  un  sens  ou  dans  Tautre  sans  faire  changer 
la  vilesse  moyenne.  En  effet,  par  ce  changement  de  dislance  on  agit  abso- 
lument de  même  que  sijes  contre-poids  étant  restés  distincts,  on  déplaçait 
le  long  de  sa  tige  le  contre-poids  [^  spécialement  affecté  à  Tisochroaisalioa 
du  syslëme  des  boules. 

En  résumé,  on  arrive  donc  ainsi,  et  par  un  seul  contre-poids,  à  faire 
fonctionner  le  régulateur  en  variant  à  volonté  la  durée  de  révolution  et  en 
plaçant  Tappareil  dans  des  conditions  arbitraires  d'isochronisme  partiel. 


SUR  IJN  MOYEN  DE  VARIER  EN   TOUTE  PROPORTION 

LA    VITESSE    DU    PENDULE    RÉGULATEUR*. 

Après  avoir  indiqué,  pour  les  différents  cas  qui  peuvent  se  présenter, 
les  moyens  à  employer  pour  subordonner  la  vilesse  du  régulateur  à  celle 
de  la  machine  à  régler,  j'essaierai  encore  de  montrer  qu'il  existe  une  dis- 
posilion  qui  résout  la  question  d'une  manière  générale  et  continue  par  le 
seul  déplacement  des  masses  sur  les  bras. 

Imaginons  que  les  extrémités  inférieures  des  bras  soient  réunies  sur 
un  manchon  mobile  (fig.  15),  puis,  que  ces  bras  soient  reliés  en  leur  milieu 
avec  les  côtés  qui  complètent  un  losange  articulé  et  suspendu  en  S  sur 
l'arbre.  Si  l'on  fait  abstraction  de  la  matière  répartie  dans  les  pièces  du 
système  et  qu'on  applique  des  masses  en  M  et  M',  l'appareil,  en  tournant,  se 
comportera  évidemment  comme  un  régulateur  ordinaire  qui  aurait  pour 

(4).  Voir  aussi  C.  R.  de  VAcad.  des  Se,  t.  LXI,  p.  t78,  avec  ud  erratum  dans  le  Certificai 
d^ addition  du  6  septembre  4865. 


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—  463  — 

longueur  de  bras  le  c6té  l  du  losange  articulé  ;  on  aurait  donc  pour  la 
durée  de  révolution  : 


'=«"V^ 


COSOI 


Si  maintenant  on  transporte  les  niasses  à  rextrémîté  supérieure  des 
bras  (fig.  16),  le  système  sera  dans  un  état  d'équilibre  indifférent  qui  ne 
comporte  pas  la  moindre  vitesse  de  rotation;  on  aura  donc  pour  la  durée 
de  rotation 

Concentrons  alors  les  deux  masses  sur  le  manchon  (fig.  17),  et  nous 
trouverons  qu'aucune  vitesse  finie  ne  peut  amener  Téquilibre,  ce  qui  donne 
pour  la  durée  de  révolution  ; 

t  =  o 

Mais  en  donnant  aux  masses  des  positions  intermédiaires  (fig.  18),  on 
aura  pour  la  durée  de  révolution  des  valeurs  correspondantes  et  susceptibles 
de  passer  par  tous  les  états  de  grandeur.  Mettons  donc  les  masses  en  M 
dans  une  position  quelconque  et  appelons  x  la  distance  comprise  entre  le 
centre  des  masses  et  le  milieu  des  bras.  On  remarque  alors  que  cette  lon- 
gueur a?,  ajoutée  aux  bras,  augmente  d'autant  la  force  centrifuge,  tandis 
qu'elle  diminue  la  composante  efficace  de  la  pesanteur  en  restreignant 
l'étendue  de  l'espace  verticalement  parcourable.  Si  d'ailleurs  on  compte 
positivement  les  x  de  bas  en  haut,  on  trouve  que  pour  toutes  les  positions 
des  masses  sur  les  bras  la  formule  ordinaire,  modifiée  comme  il  suit,  donne 
généralement  la  durée  de  révolution  : 


Le  facteur  qui  vient  modifier  la  valeur  de  t  ne  change  pas  la  forme  de 
Texpression,  en  sorte  que  le  système  conserve  toutes  les  propriétés  du  régu- 
lateur normal  et  notamment  celle  de  s'isochroniser  par  l'ascension  d'une 
force  uniformément  variable  avec  la  hauteur  du  manchon;  en  sorte  que, 
un  pareil  système  peut,  sous  toutes  les  dimensions  possibles,  prendre  toute 


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-  464  - 
vitesse  de  révolution  donnée  et  garder  cette  noéme  vitesse  dans  toutes  les 
positions  et  pour  toutes  les  valeurs  de  a.  En  pratique,  on  tirera  certaine- 
ment parti  de  cette  propriété  dans  les  circonstances  où  Ton  manque  de  la 
place  qui  serait  nécessaire  pour  installer  un  régulateur  à  marche  lente. 

En  introduisant  dans  la  formule  ci-dessus  la  masse  et  le  poids  des 
boules  M  et  en  appliquant  sur  le  manchon  (fig.  19),  une  force  variable  à 
partir  du  point  Ao,  on  a  pour  l'expression  de  cette  force  : 

p;/  +  ar)(/*-Ao) 


^*0 


et  pour  la  durée  constante  de  révolution 


91«(/-a?)i/n-??-^ 


J'ajoute  que  par  la  variation  du  contre-poids,  ce  système  de  régulateur 
est  susceptible  de  passer,  comme  l'appareil  normal,  par  tous  les  états 
d'isochronisme  partiel.  On  trouve  alors  comme  expression  générale  de  la 
durée  de  révolution  : 


?  ■=  8ir  (/  —  a?)  i/>-  ^AoA 


n)] 

formule  dans  laquelle  n  diffère  en  plus  ou  en  moins  de  l'unité  suivant 
que  le  contre-poids  s'écarte  par  excès  ou  par  défaut  de  la  valeur  corres- 
pondante à  l'isochronisme  complet. 

En  résumé,  si  l'on  prend  pour  type  de  régulateur  la  disposition  déjà 
décrite  au  sujet  du  régulateur  à  ressorts  et  qu'on  se  réserve  la  faculté  de 
déplacer  les  masses  sur  les  bras,  on  disposera  d'un  appareil  susceptible  de 
marcher  à  toutes  les  vitesses  et  dans  tous  les  états  d'isochronisme  partiel. 


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—  465  — 


NOTE    RELATIVE 

AU  MOUVEMENT  D'UN  POINT  MATÉRIEL 

OSCILLANT   GTRGULA1REMENT   SUR   DIFFÉRENTES   SURFACES   DE   RÉVOLUTION 
ENGENDRÉES   PAR    LES    SECTIONS   CONIQUES*. 

(20  septembre  1865.) 

Si  on  prend  une  sphère  de  rayon  R  et  qu'on  fasse  osciller  circulaire- 
ment  un  mobile  à  sa  surface,  on  a  pour  la  durée  de  révolution 


— s/f 


COS  et 


a  étant  l'angle  du  diamètre  vertical  de  la  sphère  et  du  rayon  passant  par 
Je  mobile. 

Faisant  R  cos  a  =  A,  on  a  : 


(==2ir4/A 


le  rayon  de  la  sphère  disparaît  et  il  devient  évident  que  la  durée  de  révo- 
lution ne  dépend  que  de  la  hauteur  h  du  mobile  au-dessous  du  plan  hori- 
zontal passant  par  le  centre. 

Mais  si,  à  la  sphère  on  substitue  la  figure  engendrée  par  la  révolution 
d'une  ellipse  autour  de  son  axe  vertical  a,  on  trouve  pour  le  temps  d'une 
révolution  complète  : 


a  \  g 


4.  Note  lae  au  Bureau  des  Longitudes.  —  Voir  aussi  C.-fl.  de  l*Ac.  des  Se,  t.  LXI,  p.  545. 

59 


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—  466  — 
expression  qui  répond  au  cas  d'un  ellipsoïde  allongé  ou  aplali  suivant  qo^ 
a  est  plus  grand  ou  plus  petit  que  b. 

D'un  autre  côté,  si  on  prend  la  surface  engendrée  par  la  révoluiioD 
d'une  hyperbole  équilatère  tournant  autour  de  l'un  ou  de  l'autre  de  ses 
axes  verticalement  situé,  on  trouve  comme  pour  la  sphère 


t  =  tv 


s/ï 


h  étant  compté  positivement  au-dessus  et  à  partir  du  plan  horizontal  pas- 
sant par  le  centre. 

Puis,  si  l'on  donne  à  la  courbe  génératrice  des  axes  inégaux  a  et  M» 
trouve  comme  précédemment  : 

^  y  9 

et  comme  les  quantités  a  et  6  n'interviennent  que  par  leur  rapport  et  indé- 

pendami 
donne  : 


pendamment  de  leurs   valeurs   absolues,  on   peut  faire  —  =  w,  ce  qoi 


t  =  2  -Ktn 


v^f 


expression  qui  l'ait  abstraction  des  dimensions  de  Thyperboloïde  et  qui 
convient  aussi  bien  à  la  surface  limite  du  cône  asymptotique. 

On  peut  donc  avancer  d'une  manière  générale  que  lorsqu'un  poioi 
matériel  est  assujetti  i\  osciller  circulairement  sur  une  surface  engendrée 
par  la  révolution  d'une  section  conique  autour  de  l'un  de  ses  axes  vertica- 
lement situé,  on  a  pour  le  temps  d^'uneoscillationcomplèle  et  dans  (ouste 
cas  une  expression  qui  est  de  la  forme 

l^  kyj'h' 

Quant  au  paraboloïde  de  révolution,  il  se  présente  naturelleffleol 
comme  établissant  une  transition  entre  les  deux  séries  de  surface  que  je 
viens  de  considérer. 


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—  467  — 


RÉGULATEUR  ISOCHRONE  A  VITESSE  VARIABLE. 

La  durée  de  révolution  du  pendule  régulateur  est  donnée  par  la  for- 
mule déjà  citée 

,      ^         /  /  cos  * 

Supposons  maintenant  qu*on  équilibre  (fig.  20)  les  boules  MM'  par 
d'autres  boules  mm'  égales,  fixées  sur  des  prolongements  de  même  lon- 
gueur que  celle  des  bras.  Si  en  même  temps  on  charge  le  manchon  d'un 
poids  égal  à  celui  des  quatre  boules,  rien  ne  sera  changé  dans  la  marche 
du  système,  car  si  la  force  centrifuge  est  doublée  par  l'adjonction  des  nou- 
velles boules,  l'action  de  la  pesanteur  sera  également  doublée  par  la  charge 
ajoutée  au  manchon. 

Mais  si  cette  surcharge  n'est  pas  égale  au  poids  des  boules,  il  faudra 
que  le  rapport  de  ces  poids  entre  dans  la  formule.  Nommons  donc  Pb  les 
poids  des  quatre  boules  et  P„  le  poids  du  manchon,  on  aura  généralement 
la  durée  de  révolution  en  posant 


cos« 


Appliquant  à  cette  formule  le  raisonnement  déjà  invoqué  dans  le  bre- 
vet principal,  on  voit  que  pour  obtenir  l'isochronisme,  ou  pour  rendre  t 
constant,  au  lieu  du  poids  constant  P„  agissant  sur  le  manchon,  il  suffirait 
d'appliquer  une  force  variable  /)  =  Pin  cos  a,  dès  lors  on  aurait  pour  durée 
de  révolution  la  valeur  constante 


Or,  pour  appliquer  au  manchon  cette  force  variable  p^  il  suffit  de 
recourir  au  système  articulé  déjà  décrit  (page  û 37),  avec  cette  précaution 
de  placer  le  point  fixe  B  à  la  hauteur  du  manchon  qui  correspond  à  la  valeur 
de  a  =  90*^;  dès  lors  le  système  sera  rendu  isochrone,  quelle  que  soit  la 


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—  468  — 

valeur  du  contre-poids  (t,  et  la  vitesse  y  variera  proportionnellement  avec 
la  racine  carrée  du  mouvement  de  ce  contre-poids. 

La  Ggure  21  représente  la  disposition  qu'il  convient  d'adopter.  Les 
lettres  Â,  B,  G,  F,  0,  or,  a»,  \l,  conservent  la  même  signification  que  dans  le 
brevet  principal.  B  Y  est  un  levier  solidaire  avec  BO  et  qui  reste  disponible 
pour  utiliser  l'effet  du  régulateur. 

Avec  ce  système  de  régulateur,  je  pourrais  à  volonté  changer  la  vitesse 
que  je  voudrais  avoir  pour  la  machine  ;  il  me  suffira,  en  effet,  de  changer  la 
position  du  poids  \l  sur  son  levier,  et  je  pourrai  d'avance  graduer  le  levier 
pour  marquer  la  position  de  ce  poids  pour  chaque  vitesse  que  l'on  voudra 
obtenir  et  que  l'on  obtiendra  avec  un  isochronisme  parfait  tant  que  le 
poids  (A  restera  dans  la  position  qu'on  lui  aura  donnée. 


TtÉGULATEUR  ISOCHRONE 

ET    INDÉPENDANT    DBS    VARIATIONS    DE   LA    PESANTEUR. 

Dans  l'appareil  précédemment  décrit,  l'isochronisme  provient  de  ce 
que  le  contre-poids  y  exerce,  par  l'intermédiaire  du  levier  coudé,  une  pres- 
sion sur  A  sensiblement  dirigée  suivant  A  B  et  proportionnelle  à  cette  même 
distance.  Si  donc  on  supprime  ce  contre-poids  et  qu'on  le  remplace  par  un 
ressort  qui  agisse  sur  le  levier  A  F,  on  trouvera  dans  la  loi  de  l'élasticité 
une  cause  de  variation  susceptible  de  s'adapter  à  la  fonction.  En  effet,  pourvu 
que  le  ressort  appliqué  sur  A  F  (fi,:^.  22)  se  trouve  détendu  quand  A  F  s'in- 
cline suivant  FB,  l'isochronisme  en  résultera  et  la  vitesse  de  révolution— 
sera  proportionnelle  à  la  racine  carrée  de  l'élasticité  propre  du  ressort.  On 
arrive  ainsi  à  réaliser  un  système  de  régulateur  qui  fonctionne  indépen- 
damment de  la  pesanteur  et  qui  répond  pleinement  aux  besoins  de  la 
navigation. 


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—  469  — 

La  figure  22  suffit  à  donner  une  idée  claire  sur  la  manière  de  disposer 
les  organes  constituants  de  ce  nouveau  régulateur.  Le  ressort  RT  prend 
point  d'appui  en  T,  exerce  traction  en  R  et  se  trouve  détendu  quand  son 
extrémité  mobile  est  ramenée  en  R\ 


APPLICATION  DES  RESSORTS   EN  REMPLACEMENT  DU   CONTRE-POIDS 

DBSTINÉ    A    ISOCHRONISER    LB    PENDOLE     RjécCLATEUR    NORMAL. 

Dans  la  combinaison  que  j'ai  recommandée  comme  étant  la  meilleure 

pour  communiquer  l'isochronisme  au  pendule  régulateur,  le  contre-poids  (^ 

agit  par  l'intermédiaire  d'un  système  articulé  qui  exige  deux  points  fixes. 

En  remplaçant,  comme  je  vais  l'indiquer,  l'action  du  contre-poids  par  la 

force  élastique  d'un  système  de  ressorts,  on  arrive  à  supprimer  le  levier 

coudé  et  à  ne  conserver  que  le  seul  point  fixe  qui  donne  appui  au  levier  de 

la  brimbale.  On  s'interdit  alors  de  profiter  du  changement  de  signe  de  la 

force  accessoire,  ce  qui  oblige  d'une  part  à  abaisser  le  point  zéro  où  cette 

force  devient  nulle  au-dessous  de  la  limite  inférieure  des  excursions  du 

manchon,  et,  d'autre  part,  à  excentrer  le  point  fixe  à  une  distance  de  l'axe 

égale  à  la  longueur  naturelle  des  ressorts  détendus. 

Le  régulateur  est  alors  disposé  comme  dans  la  figure  23;  F  est  le  point 
fixe  qui  devient  en  même  temps  le  centre  de  mouvement  du  levier  de  la 
brimbale  et  le  point  d'attache  des  ressorts  de  tension. 

AC  est  la  barrette  oblique  :  son  extrémité  A  est  tirée  par  les  ressorts  et 
son  autre  extrémité  G  est  guidée  par  le  manchon;  de  plus  elle  est  articulée 
en  O  avec  le  prolongement  du  levier  de  la  brimbale. 

La  figure  â/i  montre  en  projection  horizontale  les  ressorts,  la  barrette 
et  le  mobile  articulé  qui  comprend  le  levier  de  la  brimbale. 

On  règle  l'élasticité  des  ressorts  par  la  condition  que  pour  un  allonge- 


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—  670  — 
ment  égal  à  la  longueui  V  de  la  barrette  ÂC,  ils  exercent  à  eux  deux  une 
traction  égale  à  P  y,  P  étant  le  poids  des  deux  boules  réunies,  l  la  longueur 
des  bras,  et  les  côtés  du  losange  articulé  étant  égaux  chacun  à  \  L  Cepen- 
dant, pour  éviter  Tinstabilité  du  régulateur,  il  convient,  en  pratique,  de 
rester  un  peu  en  dessous  de  cette  limite  qui  correspond  à  l'isochronisme 
complet. 

Lorsque  le  point  fixe  se  trouve  placé  hors  de  Taxe  à  une  distance  y,  le 
point  d'articulation  de  la  barrette  A  G  s'éloigne  du  milieu  de  cette  droite 
à  une  distance  x  dont  la  distance  est 

—    ^y 
r  étant  la  moitié  de  la  droite  AC;  si  donc  y  est  lui-même  égal  à  r  il  vient  : 

et  faisant  AC  =  1,  on  a  finalement  ^=  iV* 

En  résumé,  il  est  établi  dans  celte  note  qu'en  acceptant  le  ressort  hélice 
on  peut  réaliser  Usochronisme  en  ne  gardant  qu'un  seul  point  fixe  et 
en  supprimant  le  levier  coudé. 

Et  si  Ton  cherche  comment  cette  combinaison  se  rattache  à  l'objet  du 
brevet,  on  reconnaît  encore  que  le  travail  des  ressorts  est  proportionnel  au 
carré  du  mouvement  du  manchon. 


RÉGULATEUR   A   EFFET  IMMÉDIAT. 

J'ai  été  conduit  à  me  demander  si  le  pendule  régulateur,  même  avec 
les  modifications  que  je  lui  ai  apportées  pour  lui  communiquer  l'isochro- 
nisme, pourrait  faire  face  aux  circonstances  dans  lesquelles  se  produisent 


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-  Ù71  - 

des  variations  brusques  de  la  puissance  motrice  ou  du  travail  résistant.  Je 
me  suis  alors  aperçu  que,  tout  en  conservant  Tisochronisme  proprement 
dit,  Tappareil  devient  de  plus  en  plus  tardif  à  mesure  qu'il  s'éloigne  de  la 
position  où  les  bras  sont  inclinés  à  45  degrés.  On  peut  même  donner  de 
cette  inertie  progressive  une  expression  simple,  en  disant  qu'elle  est  pro- 
portionnelle à  la  cosécante  du  double  de  l'angle  d'écart  a. 

Or,  comme,  d'autre  part,  le  pouvoir  réglant  diminue  avec  le  cosinus  de 
cet  angle,  on  voit  qu'il  y  a  deux  raisons  pour  éviter  de  faire  fonctionner 
l'appareil  sous  des  amplitudes  voisines  de  0  ou  de  90  degrés. 

Dans  les  cas  les  plus  ordinaires  où  l'on  emploie  le  pendule  régulateur, 
les  deux  inconvénients  que  je  signale  ne  commencent  à  se  manifester  que 
bien  au  delà  de  l'angle  de  AS  degrés;  mais  il  y  a  des  circonstances  particu- 
lières où  il  dévient  très-important  de  rendre  le  régulateur  aussi  prompte- 
ment  efficace  que  possible  : 

V  Lorsque  le  matériel  mis  en  mouvement  par  la  machine  à  régler  est 
animé  d'une  force  vive  relativement  grande  par  rapport  au  travail  actuel  ; 

2"*  Lorsque  le  travail  varie  brusquement,  à  l'exemple  de  ce  qui  arrive 
dans  les  bateaux  à  vapeur,  quand  l'hélice  vient  à  émerger  par  le  tangage. 

Pour  ces  applications  spéciales  on  ne  saurait  trop  s'appliquer  h  rendre 
le  régulateur  aussi  prompt  que  possible. 

La  principale  cause  qui  rend  tous  les  régulateurs  plus  ou  moins  tardifs 
provient  de  ce  que  les  masses  soumises  à  la  force  centrifuge  n'obéissent  j!i 
cette  force  qu'en  subissant  en  même  temps  un  déplacement  dans  le  sens 
perpendiculaire;  c'est  même  cette  dernière  composante  du  mouvement 
des  masses  qu'on  utilise  pour  agir  sur  les  organes  destinés  à  réprimer  la 
force  motrice. 

Mais  si  telle  est  véritablement  la  principale  cause  de  l'inertie  des  régu- 
lateurs, il  y  a  pour  la  faire  disparaître  un  moyen  qui  consiste  à  obliger  les 
masses  à  se  mouvoir  dans  le  plan  même  de  la  force  centrifuge;  cette  con- 
dition une  fois  remplie,  les  masses  ne  sont  plus  rappelées  par  leur  poids 
vers  le  centre  du  mouvement,  et  pour  compléter  l'appareil  il  devient  néces- 
saire d'y  introduire  des  ressorts  qui  luttent  contre  la  force  centrifuge. 

En  partant  de  ce  principe,  on  arrive  à  composer  un  régulateur  que  je 


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—  472  — 

vais  décrire  et  qui  joint  à  la  promptitude  d'action  la  propriété  de  rester 
inaccessible  aux  variations  delà  pesanteur. 

Considérons  le  pendule  régulateur  normal  et  supposons  qu'on  inter- 
vertisse le  point  de  suspension  et  le  sommet  mobile  du  losange  articuléje 
point  de  suspension  se  trouve  en  S  (fig.  25),  et  le  sommet  articulé  avec  le 
manchon  se  trouve  reporté  en  C.  Par  cette  disposition,  les  boules,  en 
s*écartant  ou  en  se  rapprochant  de  Taxe,  restent  toujours  dans  le  plan  MM'; 
il  en  résulte  qu'au  moindre  mouvement  de  rotation  imprimé  au  système, 
les  boules  s'écartent  et  se  rendent  à  la  limite  extrême  d'excursion  possible. 

Mais  si  les  boules  sont  ramenées  l'une  vers  l'autre  par  des  ressorts 
(fig.  25  et  26),  l'appareil  fonctionnera  comme  régulateur  et  il  deviendra  iso- 
chrone à  la  condition  que  les  ressorts  se  trouvent  détendus  quand  leurs 
extrémités  mobiles  sont  ramenées  en  face  de  l'axe. 

Pour  déterminer  la  durée  de  révolution,  on  aura  recours  à  la  formule 


^«tc^Mp 


dans  laquelle  M  est  la  masse  des  boules,  r  leur  distance  à  l'axe  et  /*la  force 
d'élasticité  qui  les  ramène  au  centre.  Cette  durée  t  sera  exprimée  en 
secondes  de  temps,  pourvu  qu'on  prenne  pour  les  valeurs  de  M  le  poids 
des  boules  estimé  en  kilogrammes  et  divisé  par  la  gravité,  pourvu  égale- 
ment que  r  soit  évalué  en  mètres  et  fen  kilogrammes. 

D'après  la  formule  ci-dessus,  la  condition  d'isochronisme  est  évidem- 
ment d'avoir  y-  constant,  et  le  moyen  de  la  réaliser  est  d'attacher  les  res- 
sorts de  manière  qu'ils  soient  détendus  pour  les  positions  des  boules  sup- 
posées ramenées  au  centre;  car  si  l'on  admet  que  les  ressorts  s'allongent 
proportionnellement  à  la  tension,  ^  sera  constant. 

Le  rapport  y  ^s*  l'inverse  de  ce  qu'on  peut  appeler  le  coeflBcienl 

d'élasticité  du  système  des  ressorts.  Si  donc  on  fait  "t'^'c"»  '^   formule 
devient  : 

VI 


^  =  ««1 


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—  473  — 

dans  laquelle  on  voit  clairement  comment  la  raideur  des  ressorts  doit  être 
proportionnée  à  la  grandeur  des  masses  en  mouvemenL 

11  importe  de  rappeler  que  la  condition  d'isochronisme  du  régulateur 
décrit  page  /i&5  est  que  la  chute  ou  le  travail  des  poids  du  système  soit 
proportionnel  au  carré  de  Tespace  parcouru  par  le  point  articulé  du  man- 
chon à  partir  du  point  de  suspension;  or,  dans  la  nouvelle  disposition  où 
les  poids  sont  remplacés  par  des  ressorts,  ce  sont  eux  qui  fournissent  le 
travail;  et  la  condition  d'isochronisme  est  encore  formulée  d'une  manière 
précise,  en  disant  qu'elle  exige  que  le  travail  des  ressorts  soit  proportionnel 
au  carré  de  l'espace  parcouru  par  l'articulation  du  manchon  à  partir  du 
point  de  suspension. 

On  peut  donner  à  l'appareil  la  disposition  représentée  figure  27  qui 
peut  être  avantageuse  dans  certains  cas;  elle  sert  à  montrer  ici,  par  le 
renversement  des  organes,  que  la  pesanteur  n'a  pas  d'action  sur  le  régula- 
teur qui  pourrait  être  utilisé  dans  la  marine. 

En  obligeant  les  masses  à  se  mouvoir  dans  un  plan  et  en  cherchant 
dans  l'élasticité  des  ressorts  la  force  qui  doit  ramener  ces  masses  vers  la 
position  d'équilibre,  j'ai  été  conduit  à  réaliser  d'emblée  les  conditions  d'iso- 
chronisme.Si  donc  Tindustrie  n'oppose  pas  àTemploi  des  ressorts  une  répu- 
gnance absolue,  il  est  possible  qu'elle  profite  d'une  disposition  qui  réunit 
d'une  manière  inespérée  les  qualités  qu'on  recherche  dans  un  régulateur 
de  machines. 

Outre  son  extrême  simplicité,  le  régulateur  à  ressorts  a,  en  effet,  cer- 
taines qualités  que  je  crois  à  propos  d'énumérer  ici. 

Quand  l'écartement  des  masses  est,  dans  toute  position,  égal  à  l'allon- 
gement des  ressorts  et  qu'on  néglige  les  poids  des  organes  articulés,  on 
trouve  que  le  système  est  complètement  isochrone.  Mais,  comme  je  l'ai  dit 
au  chapitre  des  Détails  pratiques,  il  importe  de  pouvoir  s'écarter  à  volonté 
de  cette  limite  théorique  et  de  fonctionner  dans  des  conditions  arbitraires 
d*isochronisme  partiel. 

Disons  d'abord  comment  on  réalise  Tisochronlsme  absolu  : 

Le  régulateur  représenté  figure  25  est  instable  à  cause  du  poids  des 
manchons  qui  luttent  contre  les  ressorts  quand  les  boules  s'écartent.  Le 

60 


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-474- 

régulateur  représenté  figure  27  a  un  excès  sensible  de  stabilité  à  cause 
du  poids  du  manchon  qui  vient  en  aide  aux  ressorts  dans  les  grandes 
amplitudes.  Mais  ces  deux  appareils  deviendront  absolument  équivalents 
si  Ton  déplace  les  boules  en  les  éloignant  du  point  G  sur  les  bielles  de  ma- 
nière à  équilibrer  le  poids  du  manchon  et  des  pièces  articulées.  Si  d'ailleurs 
Técartement  des  masses  est  égal  à  l'allongement  des  ressorts,  les  deux  appa- 
reils seront  exactement  isochrones. 

Il  existe  un  autre  moyen  d'agir  sur  la  stabilité,  c'est  de  changer  le  zéro 
des  ressorts  de  manière  que  leur  allongement  soit  plus  grand  ou  plus  petit 
que  l'écartement  des  masses;  mais  ce  procédé  complique  la  loi  des  vitesses 
et  ne  permet  plus  d'appliquer  la  formule  de  l'isochronisme  partiel. 

J'ai  enfin  à  mettre  en  évidence  une  dernière  propriété  qui,  dans 
bien  des  circonstances,  doit  faciliter  l'application  du  régulateur  à  res- 
sorts :  c'est  la  faculté  qu'on  a  de  pouvoir  le  faire  marcher  à  toutes  sortes  de 
vitesses. 

Dans  le  chapitre  rélatit  aux  Détails  pratiques,  on  a  vu  qu'il  est  urgent 
de  subordonner  la  vitesse  du  régulateur  à  celle  de  la  machine.  Quand  U 
s'agit  de  machines  à  grandes  vitesses,  on  a  la  ressource  d'accélérer  le  régu- 
lateur par  la  surcharge  du  manchon;  mais  quand  la  machine  est  lente,  on 
est  conduit  à  soulager  le  manchon  au  détriment  du  pouvoir  réglant,  ou 
bien  à  augmenter  la  longueur  des  bras  dans  des  proportions  qui  peuvent 
devenir  inacceptables.  Avec  le  régulateur  à  ressorts  cet  embarras  disparaît, 
car  la  vitesse  ne  dépend  plus  aucunement  de  la  longueur  des  bras  ;  elle  est 
déterminée  par  le  rapport  des  masses  à  l'élasticité  des  ressorts.  On  pourra 
donc  toujours,  dans  un  emplacement  déterminé,  loger  un  régulateur  mar- 
chant à  une  vitesse  donnée. 

C'est  'peut-être  ici  le  cas  d'établir  l'importante  distinction  qu*îl  faut 
faire  entre  la  promptitude  et  la  sensibilité  des  appareils  régulateurs,  car, 
autrement,  on  ne  comprendrait  pas  comment  le  régulateur  à  ressorts,  qui, 
en  toutes  circonstances,  se  recommande  par  sa  promptitude,  peul  encore, 
dans  certains  cas,  devenir  utile  par  la  faculté  qu'on  a  de  modérer  la  sen- 
sibilité. 

La  promptitude,  considérée  dans  un  régulateur,  est  la  propriété  de 


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—  475  — 

s'influencer  aussitôt  que  survient  un  changement  de  vitesse;  la  sensibilité 
consiste  dans  V étendue  des  mouvements  qu'exécute  le  pendule,  à  partir  du 
moment  où  il  commence  à  accuser  le  changement  de  régime.  Un  régula- 
teur peut  donc  manquer  de  promptitude  et  pécher  par  un  excès  de  sen- 
sibilité, ou  inversement.  La  sensibilité  doit  être  subordonnée  à  la  marche 
de  la  machine.  Quant  à  la  promptitude,  elle  est  toujours  à  l'avantage  du 
régulateur. 


SUR    LES 

CAS  SINGULIERS  OU  L'ON  PEUT  SÉPARER  LES  POINTS 

DE    SUSPENSION. 

Dans  tout  ce  qui  précède,  j'ai  fait  de  la  réunion  des  points  de  sus- 
pension sur  l'axe  du  régulateur  une  des  conditions  essentielles  de  l'îsochro- 
nisme;  cependant  il  existe  deux  cas  que  je  vais  citer  où  cette  condition 
est  en  quelque  sorte  étrangère  à  la  question. 

L'un  des  cas  est  celui  qui  se  rapporte  à  la  disposition  du  régulateur  à 
ressort  précédemment  décrit.  En  effet,  dans  ce  système  de  régulateur  l'une 
des  conditions  à  remplir  est  de  guider  les  masses  de  manière  qu'elles  soient 
assujetties  à  se  mouvoir  dans  un  plan  perpendiculaire  à  l'axe.  Ce  résultat 
a  été  obtenu  en  se  fondant  sur  les  propriétés  cinématiques  du  triangle  rec- 
tangle SCB  (fig.  27),  dont  l'hypoténuse  CM  est  guidée  par  son  extré- 
mité G  suivant  un  des  côtés  qui  comprennent  l'angle  droit  etdont  le  milieu 
est  maintenu  à  une  distance  constante  du  sommet  de  cet  angle;  il  en  résulte 
que  le  lieu  des  points  qui  peuvent  être  occupés  par  M  est  une  droite  for- 
mant l'autre  côté  de  l'angle  droit. 

Or,  il  en  serait  encore  de  même  si  les  points  S  et  C  étaient  écartés  à 
égale  distance  de  Taxe  (6g.  28).  La  seule  conséquence  de  cette  nouvelle 


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—  476  — 

disposition  serait  un  changement  dans  la  loi  du  pouvoir  réglant  qui,  pour 
la  position  où  les  bras  deviennent  parallèles,  change  signe  en  passant  par 
rinfini.  Ce  serait  en  pratique  une  conséquence  fâcheuse,  mais  qui  n'empê- 
cherait pasTisochronisme  de  subsister,  à  la  condition  que  rallongement  des 
ressorts  fût  égal  à  l'écartement  des  masses. 

Mais  il  y  a  un  autre  cas  à  signaler  où  Ton  peut  encore  séparer  les 
points  de  suspension  sans  troubler  en  rien  les  lois  du  pendule  régulateur, 
c'est  celui  qui  se  rapporte  au  système  dans  lequelles  boules  sont  équilibrées 
par  des  masses  fixées  sur  des  prolongements  ajoutés  aux  bras. 

Supposons  donc  les  bras  su  pendus  en  deux  points  S  et  S'  (fig.  29), 
placés  à  égale  distance  de  part  et  d'autre  de  Taxe;  prolongeons  les  bras 
au-dessus  de  ces  points  et  chargeons-les  de  quatre  masses  équilibrées  deux 
à  deux,  puis  suspendons  le  manchon  à  des  bielles  articulées  formant  avec 
les  bras  et  les  traverses  T  et  V  un  hexagone  symétrique. 

En  appelant  P  le  poids  des  quatre  boules,  F  le  poids  du  manchon,  /  la 
longueur  des  bras  à  partir  des  points  de  suspension  et  a  leur  degré  d'obli- 
quité, on  aura  pour  la  durée  de  révolution  : 


'-'-/ 


COS  a   P 


y     *" 
ou,  en  désignant  par  M  la  masse  totale  des  quatre  boules, 


=  ..yŒM^ 


On  arrive  ainsi  à  une  formule  indépendante  de  la  distance  même  des 
points  de  suspension  et  qui  est  identiquement  la  même  que  celle  du 
pendule  régulateur  normal;  ce  qui  démontre  que  cette  combinaison  jouit 
absolument  des  mêmes  propriétés.  Si  donc  on  avait  quelque  motif  pour 
vouloir  séparer  les  points  de  suspension,  le  seul  moyen  qui  permit  de  le 
faire  sans  altérer  les  conditions  essentielles  de  l'isochronisme,  serait  d'équi- 
librer les  boules,  afin  d'annuler  leur  poids  sans  changer  les  effets  qui  pro- 
cèdent de  leur  masse. 

Voilà  ce  que  nous  enseigne  la  réapparition  de  la  formule  ci-dessus,  et 


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—  477  — 

cela  est  d'autant  plus  remarquable  qu'elle  met  en  évidence  la  possibilité 
de  séparer  les  points  de  suspension  dans  le  seul  cas  peut-être  où  les  con- 
structeurs se  soient  avisés  de  les  réunir;  ce  qui  montre  une  fois  de  plus  ce 
que  la  théorie  laissait  à  désirer  sur  ce  sujet. 


REGULATEUR  A   RESSORTS 

DIRECTEMENT   ATTACHÉS  SUR    LES   BRAS. 

11  est  donc  établi  que,  les  boules  une  fois  équilibrées,  la  séparation  des 
points  de  suspension  n'apporte  aucune  complication  dans  l'expression  des 
lois  du  pendule  régulateur.  Quelle  que  soit  la  distance  de  ces  points,  rien 
n'est  changé^  ni  dans  la  durée  de  révolution,  ni  dans  les  conditions  d'iso- 
chronisme,  ni  dans  la  grandeur  du  pouvoir  réglant;  c'est  là  une  particula- 
rité remarquable  dont  je  me  propose  de  tirer  parti  pour  l'établissement 
d'un  nouveau  régulateur  à  ressorts. 

Je  suppose  les  bras  suspendus  aux  extrémités  d'une  traverse  T(fig.30) 
de  longueur  arbitraire  et  chargés  à  leurs  extrémités  de  boules  équilibrées; 
je  suspens  le  manchon  par  des  bielles  de  telle  sorte  que  le  système  articulé 
forme  un  hexagone  à  traverses  égales  et  à  quatre  côtés  complémentaires 
égaux.  J'ajoute  aux  masses  un  excès  de  poids  pour  que  le  système  soit  en 
équilibre  dans  toutes  les  positions  et  j'attache  sur  les  bras  des  ressorts  en 
hélice  dont  la  longueur  naturelle  soit  égale  à  celle  des  traverses  du  man- 
chon et  des  points  de  suspension.  Si  alors  on  met  en  rotation  un  pareil 
système,  je  dis  qu'il  aura  l'isochronisme  d'emblée. 

En  effet,  dans  les  différentes  positions  des  bras  la  résultante  des  forces 
centrifuges  est  proportionnelle  au  sinus  de  l'angle  a,  mais  d'un  autre  côté 
les  ressorts  ayant  une  longueur  naturelle  égale  à  celle  de  la  traverse,  leur 
allongement  et,  par  suite,  la  traction  exercée  en  sens  contraire  de  la  force 


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centrifuge  sont  aussi  proportionnels  à  sin  «.Donc  dans  toutes  les  positions 
du  système  et  pour  une  certaine  vitesse  de  rotation,  il  y  aura  équilibre 
entre  les  deux  forces. 

En  suivant  les  conséquences  de  ce  raisonnement,  on  arrive  à  déter- 
miner ainsi  la  durée  de  révolution: 


'-^'s/^^W^ 


expression  dans  laquelle  M  est  la  somme  des  masses  portées  sur  chaque 
bras,  r  la  distance  à  l'axe  du  point  d'attache  des  ressorts,  T  la  demi-lon- 
gueur de  la  traverse,  f  la  force  des  ressorts  évaluée  en  kilogrammes,  /  la 
longueur  des  bras,  et  V  la  longueur  comprise  entre  le  point  de  suspension 
et  le  point  d'attache. 

Si  donc  on  varie  simplement  le  point  d'attache  des  ressorts,  on  agira 
sur  la  vitesse  dans  des  limites  très-étendues. 

Quand  on  compare  ce  régulateur  à  celui  qui  a  été  décrit  page  472,  on 
trouve  qu'il  présente  dans  sa  composition  des  différences  qui,  en  pratique, 
pourraient  offrir,  suivant  les  cas,  des  avantages  particuliers. 

Dans  le  nouveau  régulateur  les  ressorts  sont  attachés  de  part  et  d'autre 
sur  les  bras  sans  qu'ils  aient  besoin  de  prendre  point  d'appui  sur  un  appen- 
dice tournant  solidairement  avec  l'arbre;  les  masses  constamment  équi- 
librées permettent  d'incliner  l'arbre  dans  toute  direction  sans  qu'il  en 
résulte  aucune  variation,  aucune  pression  sur  l'arbre  qui  nuise  à  la  mobi- 
lité du  manchon.  Ce  sont  là  des  avantages  réels  sur  le  premier  régulateur  à 
ressort,  mais  en  revanche  celui-ci  a  pour  la  promptitude  une  supériorité 
qui  tient  à  ce  que  les  masses  n'ont  pas  à  subir  de  déplacement  parallèle  à 
l'axe;  j'ajoute,  au  détriment  du  nouveau  régulateur,  que  les  masses  équi- 
librantes, ayant  à  s'éviter  en  se  croisant  au  niveau  de  l'axe,  doivent  être 
rejetées  sur  le  côté  à  une  petite  distance  qui  altère  la  symétrie  et  la  correc- 
tion du  dessin.  Pour  moi,  j'en  conclus  que  l'un  et  l'autre  sont  appelés  à 
rendre  des  services  dans  des  circonstances  plus  ou  moins  favorables  aux 
applications  de  leurs  propriétés  respectives. 

Il  est  à  remarquer  (^ue,  malgré  la  séparation  des  points  de  suspension, 


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—  479  — 

l*isochronisme  du  nouveau  régulateur  est  lié,  aussi  bien  que  dans  le  premier, 
à  la  condition  que  le  travail  des  ressorts  soit  projportionnel  au  carré  du 
mouvement  du  manchon  à  partir  des  points  de  suspension,  ou,  en  d'autres 
termes,  que  la  pression  transmise  sur  le  manchon  soit  uniformément 
croissante  avec  la  distance  aux  points  de  suspension. 


RÉGULATEUR  HORIZONTAL  A  DEUX  MASSES 

ET     A     RESSORTS     DIRECTEMENT     ATTACHÉS     SUR     LES     BRAS. 

Quand  on  place  horizontalement  le  régulateur  à  points  de  suspension 
séparés,  on  forme  un  système  en  équilibre  (6g.  31),  sans  qu'il  soit  néces- 
saire de  prolonger  les  bras  pour  y  fixer  des  contre-poids. 

De  plus,  on  peut  rendre  le  système  isochrone  en  attachant  les  ressorts 
de  manière  qu'ils  aient  une  tension  nulle  pour  la  position  particulière  des 
bras  où  les  masses  se  superposeraient  en  coïncidence  avec  l'arbre.  On 
trouve  facilement  la  longueur  des  ressorts  ainsi  détendus  en  déterminant, 
ainsi  qu'il  est  indiqué  en  S  D  et  S'  D,  les  positions  fictives  des  bras  dans  le 
cas  où  les  masses  se  superposeraient  sur  l'axe  en  D;  les  ressorts  prennent 
alors  une  longueur  R  R'  qui  dépend  de  la  position  choisie  pour  les  points 
d'attache. 

Si  alors  on  articule  les  bielles  du  manchon  au  centre  des  masses  et 
qu'on  leur  donne  même  longueur  qu'aux  bras,  elles  pourraient  fournir 
des  points  d'attache  pour  d'autres  ressorts  R^'R'",  et  l'appareil  ramené 
à  la  forme  la  plus  simple  présentera  en  même  temps  une  symétrie  par- 
faite. 


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—  480  — 


RÉGULATEUR  A  PLAN  FIXE 

ET   A    RESSORTS    DIRE  CTBMENT  ATTAGUiS   SUR    LES   BRAS. 

J'ai  étudié,  à  diverses  reprises,  l'influence  de  la  longueur  réduite  des 
ressorts  dont  j'ai  proposé  l'emploi  pour  les  régulateurs  ;  dans  le  régulateur 
à  plan  fixe  précédemment  décrit,  j'ai  considéré  comme  indispensable  d'at- 
tacher les  ressorts  sur  des  appendices  spéciaux,  dans  le  but  de  faire  agir 
sur  les  masses  une  force  élastique  qui  s'accrût  dans  la  même  proportion 
que  la  force  centrifuge. 

En  employant  des  ressorts  dépourvus  de  tension  initiale^  on  devait 
nécessairement  avoir  une  longueur  d'appendice  égale  à  celle  des  ressorts 
détendus.  Mais,  à  mesure  que  les  ressorts  prennent  de  la  tension  initiale, 
on  peut  diminuer  les  appendices  de  tout  l'excès  des  ressorts  fermés  sur  leur 
longueur  fictivement  réduite  à  zéro-tension. 

On  arrive  ainsi  à  concevoir  la  possibilité  de  les  supprimer  complète- 
ment et  d'attacher  directement  les  ressorts  d'une  masse  sur  l'autre.  Outre 
que  l'appareil  en  serait  simplifié,  on  aurait  encore  l'avantage  de  rétablir 
dans  l'action  des  ressorts  une  symétrie  que  la  disposition  actuelle  ne  com- 
porte pas. 

Cette  amélioration  m'a  semblé  tellement  désirable  que  j'ai  cherché  à  la 
réaliser  sans  avoir  des  ressorts  dont  la  longueur  réduite  fût  absolument 
nulle.  L'appareil,  il  est  vrai,  n'est  plus  rigoureusement  isochrone,  mais  les 
écarts  de  vitesse  qui,  en  principe,  existent  encore,  sont,  dans  l'application, 
complètement  négligeables. 

Considérons  le  régulateur  à  plan  fixe  (fig.  32),  avec  son  point  de  sus- 
pension en  S;  ne  mettons  plus  d'appendices  tournants  et  attachons  les  res- 
sorts directement  de  masse  en  masse  en  des  points  0  et  0'  placés  hors 
des  centres  des  disques. 

Pour  déterminer  quelle  sera  la  marche  d'un  pareil  système,  il  faut 


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-^  481  — 

considérer  :  4*  Tangle  6  formé  par  les  bras  avec  la  droite  qui  passe  par  le 
point  d'attache  des  ressorts  et  par  le  point  articulé  D  des  bras  et  du  man- 
chon; 2Ma  longueur  réduite  des  ressorts,  rr'  ==  c,  déduite  de  leur  tension 
initiale  et  de  leur  allongement  pour  un  accroissement  de  charge  déterminé. 
Dans  les  diverses  positions  qu'il  peut  prendre,  le  régulateur  fournira 
un  nombre  de  tours  qui  dépend  dans  chaque  position  du  rapport  entre 
l'action  des  ressorts  et  le  diamètre  du  cercle  décrit  par  les  masses  M.  En 
désignant  par  k  un  coefficient  qui  résume  la  combinaison  de  toutes  les 
quantités  constantes  et  indépendantes  des  ressorts  on  aura  l'expression  de 
tours  en  fonction  de  l'angle  d'écart  et  en  pesant. 


n  =  k  \/  [2  sin  (a  +  6)  —  c\  [\  —  /</  6  ig  a)  sin  a 

D'un  autre  cAté  on  a  pour  la  hauteur  de  manchon  : 

^r=  i  (1  —  COSa) 

Si  donc  on  prend  pour  abscisses  les  hauteurs  du  manchon  et  pour 
ordonnées  les  vitesses  correspondantes,  on  aura  la  représentation  graphique 
de  la  marche  du  régulateur. 

En  construisant  la  courbe  point  par  point,  d'après  un  certain  nombre 
de  valeurs  calculées,  oa  trouve  qu'elle  aflfecte  la  forme  représentée 
figure  33,  laquelle  montre  clairement  que^  dans  la  partie  moyenne  de  la 
course,  la  vitesse  passe  par  un  maximum  où  elle  est  sensiblement  con- 
stante. 

Mais  si  l'on  veut  obtenir  une  marche  encore  plus  exacte,  il  y  a  un 
moyen  très-simple  d'arriver  à  un  plus  haut  degré  d'approximation.  Ce 
moyen  consiste  à  abaisser  les  masses  au-dessous  du  point  de  suspension. 

Pour  faire  comprendre  comment  on  peut,  en  pratique,  tirer  un  excel- 
lent parti  de  ce  moyen  de  compensation,  il  suffit  de  montrer  que  l'abaisse- 
ment des  masses  au-dessous  du  point  de  suspension  tend  à  produire  dans 
la  distribution  des  vitesses  une  variation  inverse  de  celle  qui  provient  de  la 
combinaison  de  l'extrémité  de  l'attache  des  ressorts  et  de  la  valeur  précise 
de  leur  longueur  réduite. 

6< 


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—  482  — 

Lorsque  les  masses  sont  abaissées  au-dessous  du  point  de  suspension 
(fig.  3&),  leur  centre  de  gravité  se  trouve  cinématiquement  assujetti  à  se 
mouvoir  à  la  surface  d*un  ellipsoïde  plus  ou  moins  aplati.  Or,  on  a  démontré 
que,  dans  ce  cas,  le  régulateur  abandonné  à  la  seule  influence  de  la  gravité 
suit  exactement  la  loi  du  pendule  conique  (page  &66).  On  a  doue  pour 
représenter  sa  marche  et  en  suivant  la  même  notation  que  ci-dessus  : 

V    COStt 

A*'  étant  un  coefficient  constant  qui  comprend  Texpression  des  masses. 
Rapportant  ces  vitesses  à  la  position  du  manchon, 

h  =  l{\  ^  cos «) 

on  peut  également  tracer  la  courbe  des  vitesses  du  régulateur  fonctionnant 
sous  la  seule  influence  de  la  gravité.  On  trouve  aussi  une  courbe  qui  a  la 
forme  représentée  figure  35. 

Si  donc  on  combine  Taction  des  ressorts  avec  celle  de  la  gravité 
(fig.  36),  on  pourra  s'arranger  de  manière  à  obtenir  une  marche  qui  ait 
pour  représentation  une  courbe  résultante  présentant  ufl  point  d'inflexion. 

Cette  courbe  sera  celle  représentée  figure  37,  où  l'on  voit  que  la  partie 
moyenne  se  confond,  à  peu  de  chose  près,  avec  la  droite  horizontale  qui 
représente  l'isochronisme  parfait  *. 

On  peut  donc  attacher  directement  les  ressorts  de  masse  en  masse, 
pourvu  qu'on  prenne  le  point  d'attache  à  une  certaine  distance  en  dehors 
de  la  direction  des  bras;  on  a  ainsi  trois  constantes  dont  on  peut  disposer 
pour  obtenir  approximativement  l'isochronisme  dans  la  partie  moyenne  de 
la  course  du  manchon. 

De  ces  trois  constantes  il  y  en  a  deux  qui  sont  explicitement  dési- 

4 .  En  nommant  F  la  force  élastique  des  ressorts  pour  un  allongement  égal  à  Tuniié,  m  la  masse 
(les  disques,  P  leur  poids,  e  le  double  du  côté  du  losange  articulé,  a  l'abaissement  des  masses,  «el4 
les  angles  déjà  définis,  on  a  dans  ce  système  pour  la  durée  de  révolution. 


V 


(«awi/ rnsmajl+a)* 


2  F  [5  (/  +  a)  sin  (a  +  ô)  -  c]  (4  —  ^^  ô  tg  «)  {l  +  a)  +  ?a  tg  « 


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—  483  — 

gnées  dans  les  formules  ci-dessus  par  Jes  lettres  6  et  e;  6  est  Tangle 
d'excentricité  du  point  d'attache  des  ressorts  (fig.  36),  et  c  est  la  longueur 
réduite  des  ressorts  à  zéro  tension.  La  troisième  constante  implicitement 
comprise  dans  A'  est  l'abaissement  a  des  masses  au-dessous  du  point  de 
suspension. 

Le  problème  étant  ainsi  posé,  rien  n'est  plus  facile,  en  s'aidant  des 
constructions  graphiques,  que  de  reconnaître  la  part  d'influence  qui  appar- 
tient à  chacune  des  trois  constantes. 

On  reconnaîtra  également  que  cette  combinaison  admet  une  infinité 
de  solutions,  parmi  lesquelles  un  constructeur  intelligent  saura  choisir  la 
combinaison  qui  convient  le  mieux  dans  un  cas  donné. 

Mais,  de  ces  trois  constantes,  la  plus  délicate  à  manier  et  à  déter- 
miner dans  sa  valeur  précise  est  assurément  celle  que  j'ai  désignée  sous 
le  nom  de  longueur  réduite  des  ressorts. 

En  considérant  la  figure  36  on  se  rend  Irès-bien  compte  de  ce  que 
devient  le  régulateur  à  ressort  en  lui  appliquant  les  principes  qui  viennent 
d'être  exposés. 

Supposons  que  les  ressorts,  par  l'effet  de  leur  tension  initiale,  aient 
une  longueur  réduite  égale  au  tiers  de  leur  plus  petite  longueur  réelle;  cela 
étant,  il  est  évident  que  les  ressort»  attachés  au  centre  des  masses  ne  don- 
neraient pas  un  régulateur  isochrone,  car  dans  les  petites  amplitudes  leur 
force  élastique  diminuerait  plus  vite  que  la  force  centrifuge. 

Mais  on  compense  en  partie  cet  inconvénient  en  reculant  le  poinl 
d'attache  sur  le  bord  des  disques;  par  ce  moyen,  on  gagne  l'espace  néces- 
saire pour  loger  la  longueur  réduite  des  ressorts,  mais  on  altère  la  marche 
du  régulateur  en  produisant  un  ralentissement  qui  ne  se  manireste  que 
dans  les  grandes  amplitudes;  puis  finalement  on  combat  cette  dernière 
imperfection  en  abaissant  les  masses  au-dessous  du  point  de  suspension; 
correction  qui  n'est  pas  encore  tout  à  foit  rigoureuse,  mais  qui  décidément 
sufSt  amplement  aux  besoins  de  la  pratique. 

Si  le  régulateur  était  placé  dans  la  position  inverse,  le  manchon  en 
bas,  cette  dernière  correction  s'obtiendrait  encore,  soit  par  le  poids  du 
manchon  lui-même,  soit  par  l'abaissement  des  masses  au-dessous  du  point 


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-484- 
dè  suspension,  car,  dans  ce  cas  ehcore,  leurs  centres  seraient  assujettis  à  se 
mouvoir  sur  un  ellipsoïde  de  révolution. 


RÉGULATEURS   A  MANCUON    FILETÉ. 

Les  perfectionnements  décrits  dans  la  présente  note  ont  pour  objet 
spécial  Tapplication  du  régulateur  isochrone  à  la  machine  à  vapeur  et  au 
moyen  de  prévenir  les  vitesses  périodiques. 

Lorsqu'on  installe  sur  une  machine  à  vapeur  un  régulateur  complète- 
ment isochrone,  il  arrive  presque  nécessairement  que  la  machine  se  met 
en  régime  de  vitesse  périodique,  de  telle  sorte  qu'elle  prend  une  vitesse 
tantôt  plus  grande,  tantôt  plus  petite  que  celle  qui  correspond  à  l'équilibre 
du  régulateur. 

Cet  accident  pont  tenir  à  plusieurs  causes  qui,  dans  la  pratique,  se 
combinent  ensemble  et  compromettent  fort  souvent  le  succès  des  appli- 
cations. 

A  la  suite  de  nombreuses  observations,  je  suis  arrivé  à  connaître  que, 
de  toutes  les  causes  qui  tendent  à  faire  varier  périodiquement  la  vitesse 
d'une  machine,  celle  qui  est  à  la  fois  la  plus  commune  et  la  plusjdifficile  à 
combattre  consiste  dans  l'exagération  de  la  masse  du  volant. 

Certainement  le  volant  est  utile  pour  passer  les  points  morts  et  pour 
atténuer  l'intermittence  des  coups  de  piston  ;  mais  en  exagérant  ses  dimen- 
sions, on  arrive  forcément  à  établir  un  équilibre  de  plus  en  plus  tardif 
entre  la  vitesse  de  la  machine  et  le  travail  fourni  par  la  vapeur. 

Or,  comme  le  régulateur  est  influencé  par  la  vitesse  et  non  parla  quan- 
tité de  force  motrice  actuellement  développée  dans  le  cylindre,  il  arrive 
un  moment  où  l'effet  transmis  à  la  valve  agit  à  contre-sens. 

Mais  si,  au  lieu  d'agir  sur  la  valve  en  vertu  d'un  excès  déterminé  de 


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vitesse,  le  régulateur  est  disposé  de  manière  à  intervenir,  en  vertu  de  la 
variation  plus  ou  moins  rapide  de  la  vitesse,  on  comprend  que  TefTet  se 
produira  en  temps  voulu,  car  la  variation  de  la  vitesse  est  l'expression 
actuelle  de  la  force  accélératrice  qu'il  s'agit  do  régler. 

Tout  revient  donc  à  disposer  le  régulateur  de  manière  à  le  faire  agir 
en  vertu  des  accélérations  plutôt  que  par  l'effet  des  vitesses  accomplies. 

Le  moyen  est  très-simple  :  il  consiste  à  commander  le  régulateur  par 
le  manchon  de  manière  à  faire  réagir  sur  ce  dernier  une  force  dirigée  sui- 
vant l'axe  et  proportionnelle  à  l'accélération. 

Supposons  dans  le  régulateur  à  ressorts  (flg.  38)  que  la  traverse  de 
suspension  S  soit  rendue  folle  sur  son  arbre  A,  et  concevons,  d'autre  part, 
que  l'arbre  A  et  le  manchon  M  soient  filetés  d'un  pas  très-allongé.  Dans 
ces  conditions,  l'arbre  A  en  tournant  entraînera  le  manchon  qui  commu- 
niquera le  mouvement  au  régulateur  ;  mais  au  moment  de  l'accélération, 
le  manchon  sera  soulevé  par  la  réaction  de  la  force  empruntée  à  la  rotation 
de  l'arbre,  et  du  même  coup  on  verra  les  masses  s'écarter  et  la  valve 
fonctionner  dans  le  sens  d'une  diminution  de  l'admission  de  vapeur. 

Quand  surviendra  une  cause  de  ralentissement,  les  mêmes  effets  se 
produiront  en  sens  contraires,  en  sorte  que,  dans  tous  les  cas,  la  valve  sera 
ramenée  à  la  position  voulue  avant  que  l'accélération  positive  ou  négative 
ait  produit  d'écart  susceptible  de  dégénérer  en  vitesse  périodique. 

Lorsque  décidément  la  machine  a  repris  son  régime  normal,  la  résis- 
tance passive  au  point  de  suspension  suffit  à  conduire  le  régulateur  qui 
rentre  alors  dans  les  conditions  d'équilibre  ordinaire. 

11  va  sans  dire  que  l'hélice  devra  être  dextrorsum  ou  sinistrorsum  sui- 
vant que  le  régulateur  devra  tourner  dans  un  sens  ou  dans  l'autre,  et,  dans 
tous  les  cas,  lé  sens  de  l'inclinaison  du  pas  sera  déterminé  par  la  condition 
que  l'accroissement  de  la  vitesse  conspire  avec  la  vitesse  elle-même  à  aug- 
menter l'écartement  des  masses. 

Quant  au  degré  d'inclinaison  du  pas,  il  dépendra  évidemment  du  rap- 
port entre  le  travail  moyen  de  la  machine  et  la  force  vive  du  volant  ainsi 
que  du  rapport  entre  la  vitesse  de  la  machine  et  celle  du  régulateur. 

On  reconnaît  facilement  que  l'inclinaison  du  filet  de  l'hélice  a  pour 


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effet  de  diminuer  la  sensibilité  du  régulateur  et  de  le  rendre  comparable 
dans  sa  manière  d'agir  à  un  régulateur  plus  grand  et  animé  d'une  moindre 
vitesse.  D'où  l'on  peut  tirer,  par  réciproque,  la  conclusion  suivante  :  qu'en 
inclinant  de  plus  en  plus  le  pas  de  l'hélice  on  peut,  sur  une  machine  donnée, 
appliquer  un  régulateur  de  plus  en  plus  petit  animé  d'une  vitesse  de  plus 
en  plus  grande.  Ainsi  se  trouve  résolu  ce  problème  posé  depuis  si  long- 
temps, à  savoir  :  Régler  une  machine  lente  par  un  régulateur  isochrone  el 
à  grande  vitesse. 

Le  principe  qui  sert  de  base  à  ce  perfectionnement  est  applicable  in 
tous  les  régulateurs  à  force  centrifuge. 

Pour  la  rigueur  de  l'exposition,  j'ai  dû  choisir  parmi  les  combinaisons 
les  plus  simples  celle  qui  réalise  le  plus  correctement  les  conditions  d'iso- 
chronisme;  mais  il  est  facile  de  voir  que  ce  système  de  transmission  s*ap- 
plique  à  toute  combinaison  qui,  dans  les  applications,  menace  de  mettre 
la  machine  en  état  permanent  de  vitesse  périodique. 

Régulateur  à  manchon  filelé  et  à  volant  de.  masse.  —  Généralement  ce  moyen 
de  transmission  par  le  manchon  fileté  suffit  à  donner  au  régulateur  la  sta- 
bilité nécessaire  au  maintien  d'une  vitesse  uniforme.  Cependant,  en  pré- 
sence du  préjugé  qui  porte  encore  beaucoup  de  constructeurs  à  donner  au 
volant  de  la  machine  des  proportions  exagérées,  j'ai  senti  la  nécessité  de 
me  réserver  une  dernière  ressource  qui  vient  encore  augmenter  reflficacité 
du  nouveau  système.  En  surmontant  le  régulateur  (fig.  39)  d'un  volant  de 
masse  plus  ou  moins  développé,  on  augmente  à  volonté  le  moment  d'inertie 
et  par  suite  on  fait  prédominer  arbitrairement  la  fonction  d'accélération 
sur  la  fonction  de  vitesse.  En  combinant  la  grandeur  de  la  masse  avec  l'incli- 
naison du  pas  on  peut  donc»  suivant  les  cas,  augmenter  la  sensibilité  du 
régulateur  ou  favoriser  sa  stabilité.  La  position  de  ce  volant  est  actuel- 
lement indiquée  par  la  condition  de  se  mouvoir  solidairement  avec  le  plan 
des  masses  réglantes. 

Régulateur  à  manchon  fileté  et  à  ressorts  directement  attachés  sur  les  massés. 
—  La  figure  40  rappelle  le  type  moyen  du  régulateur  le  plus  générale^ 


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—  487  — 

ment  employé.  Dans  les  applications,  ce  régulateur  présente  le  défaut  d'avoir 
une  vitesse  très-variable  et  qui  s*accrott  de  plus  en  plus  à  mesure  que  les 
masses  s'élèvent  et  s*écartent.  Cependant,  comme  ce  modèle  est  très-adopté, 
que  la  construction  en  est  simple  et  peu  coûteuse,  j'ai  pensé  qu'il  y  avait 
intérêt  à  s'en  rapprocher  le  plus  possible,  en  cherchant  toutefois  à  lui 
communiquer  les  qualités  qui  lui  manquent  absolument.  Son  défaut  le 
plus  grave  est  cette  variation  de  vitesse  qui  est  directement  contraire  à  la 
fonction  d'un  régulateur. 

Pour  le  corriger,  sinon  pour  l'annuler  en  principe,  j'ai  imaginé  de 
faire  agir  sur  les  masses  des  ressorts  transversaux,  attachés  en  des  points 
situés  en  dehors  de  la  direction  des  bras. 

Quand  on  vient  à  analyser,  comme  nous  l'avons  fait  précédemment, 
les  effets  produits  par  cette  combinaison,  on  reconnaît  que  l'action  des 
ressorts,  en  se  composant  avec  le  poids  des  masses,  a  pour  effet  d'augmenter 
généralement  la  vitesse  du  régulateur.  Mais  si  l'on  s'impose  la  condition 
de  donner  aux  ressorts  une  tension  initiale  suffisante,  on  arrive  à  obtenir 
que  l'accroissement  de  vitesse  porte  particulièrement  sur  les  petites  ampli» 
tudeS;  d'où  résulte  une  tendance  marquée  vers  l'isochronisme.  On  peut 
même  arriver  à  ce  résultat  :  que  la  courbe  des  vitesses  rapportée  aux  dif- 
férentes hauteurs  occupées  par  le  manchon  présente  un  point  d'inflexion 
correspondant  à  la  partie  moyenne  de  la  course.  Si  de  plus  la  tangente  en 
ce  point  est  parallèle  à  Taxe  qui  figure  les  hauteurs  du  manchon,  il  n'est 
guère  possible  de  distinguer  dans  les  effets  produits  en  quoi  ce  genre 
d'approximation  diffère  de  l'isochronisme  rigoureux. 

On  peut  donc,  en  adoptant  ce  genre  de  correction,  communiquer  «lu 
régulateur  vulgaire  un  isochronisme  approximatif  qui  suffit  amplement 
aux  besoins  de  la  pratique,  et  si  la  vitesse  est  suffisamment  grande,  on  peut, 
sans  amener  d'erreur  sensible,  séparer  les  points  articulaires  des  bras  et 
des  bielles,  ce  qui  diminue  les  frais  de  construction. 

Mais  comme  par  ce  moyen  la  vitesse  du  régulateur  se  trouve  consi- 
dérablement augmentée,  on  est  certain,  en  l'appliquant  sur  la  plupart  des 
machines,  de  les  mettre  en  régime  de  vitesse  périodique. 

L'application  du  manchon  fileté  et  du  mode  de  suspension  qui  l'accom- 


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-  488  — 

pagne  est  donc  le  complément  indispensable  du  système  de  correction 
fondé  sur  l'emploi  des  ressorts  transversaux.  Le  régulateur  ordinaire  ainsi 
modifié  acquiert  alors  toutes  les  qualités  nécessaires  aux  applications 
industrielles.  Les  frais  de  construction  sont  à  peine  augmentés,  maisTappa- 
reil  devient  beaucoup  plus  puissant,  Tisochronisme  est  suffisamment 
approché  et  la  stabilité  est  complètement  assurée. 


srn 


UN  MOYEN  DE  RÉGLER  LA  SENSIBILITÉ  DU  REGULATEUR. 


En  cherchant  à  satisfaire  à  la  condition  favorable  que  la  m.ichine  et  le 
régulateur  aient  la  même  vitesse,  on  se  trouve  conduit,  dans  le  cas  de 
machines  à  marche  lente,  à  donner  au  régulateur  des  proportions  qui 
deviennent  de  plus  en  plus  difficiles  à  accepter. 

J'ai  dû  rechercher  s'il  n'y  aurait  pas  moyen  de  laisser,  dans  tous  les 
cas  et  au  minimum^  une  vitesse  de  soixante  tours  au  régulateur,  quitte  à 
recourir  pour  modérer  sa  sensibilité  à  quelque  nouvel  artifice. 

Le  moyen  qui  s'est  d'abord  présenté  à  mon  esprit  consiste  à  rattacher 
au  levier  de  brimballe  qui  s'engage  dans  la  rigole  du  manchon  une  sorte 
de  pince  à  coussinets  embrassant  l'arbre  du  régulateur  et  développant  par 
son  frottement  une  résistance  capable  de  ralentir  les  évolutions  du  man- 
chon sans  toutefois  l'empêcher  d'obéir,  à  chaque  instant  et  dans  une  cer- 
taine mesure,  à  la  résultante  actuelle  des  forces  verticales.  En  effet,  quelle 
que  soit  la  pression  des  mors  de  cette  pince,  par  cela  seul  que  l'arbre 
tourne  entre  les  deux  coussinets,  ces  derniers  obéiraient  avec  le  temps  à 
la  plus  petite  force  exercée  parallèlement  à  Tarbre. 

Le  principe  consiste  donc  à  introduire  un  frottement  retardateur  d'une 


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—  489  — 

-valeur  arbitraire  et  à  l'éliminer  dans  la  suite  du  temps  par  un  mouvement 
relatif  des  parties  frottantes. 

Mais  pour  tirer  de  ce  principe  le  meUleur  parti  possible,  il  faut  pouvoir 
disposer  à  son  gré  de  la  vitesse  relative  des  parties  frottantes  ;  on  arrive 
ainsi  à  comprendre  Tutilité  de  la  disposition  suivante,  qui  est  applicable 
aussi  bien  aux  grandes  machines  qu'aux  instruments  chronoscopiques  de 
haute  précision. 

L'arbre  A  du  régulateur  (pi.  18,  fig.  8  et  9)  est  enveloppé  d'un  canon  C 
qui  s'élèvejusqu'à  la  région  occupée  par  le  manchon  M;  déplus  celui-ci  est 
garni  intérieurement  d'un  tube-ressort  fendu  T,  qui  presse  et  qui  frotte  à 
la  surface  extérieure  du  canon  ;  enfin  le  canon  et  l'arbre  sont  mis  en  com- 
munication de  mouvement  par  un  système  de  roues  dentées  R,  R',  R",  R'", 
qui  leur  donne,  l'un  par  rapport  à  l'autre,  un  mouvement  relatif  aussi  lent 
qu'on  veut,  soit,  par  exemple,  ^j^  de  la  vitesse  absolue  du  régulateur. 

Ceci  admis,  on  voit  que,  pendant  la  marche  du  régulateur,  ce  mou- 
vement s'effectue  perpendiculairement  à  la  direction  des  forces  qui  solli- 
citent le  manchon  à  monter  ou  à  descendre  ;  il  en  résulte  que  ces  forces, 
quelque  petites  qu'elles  soient,  doivent  être  obéies  dans  la  suite  du  temps. 

En  introduisant  ainsi  dans  le  régulateur  de  machine  un  frottement 
plus  ou  moins  énergique  entre  le  manchon  et  le  canon  tournant,  on  peut 
modérer  à  son  gré  la  sensibilité  du  régulateur  et  neutraliser  les  effets 
d'inertie  qui  compromettent  si  souvent  la  fonction. 

Dans  le  régulateur  de  rouages  d'horlogerie  on  se  gardera  bien  d'intro- 
duire un  pareil  frottement,  mais  on  utilisera  la  vitesse  différentielle  du 
canon  tournant  pour  détruire  l'influence  d'un  reste  d'adhérence  qui,  s'exer- 
çant  entre  l'arbre  et  le  manchon,  pourrait  empêcher  le  système  de  fonc- 
tionner rigoureusement  comme  corps  libre. 

Ce  procédé  pourrait  donc  suppléer  à  l'emploi  des  galets  dont  j'ai 
souvent  garni  le  manchon  dans  les  applications  aux  instruments  de  pré- 
cision. 

Le  principe  de  la  composition  des  deux  mouvements  rectangulaires 
dont  l'un  s'effectue  à  la  faveur  de  l'autre  trouve  ainsi  son  application  dans  des 
conditions  aussi  différentes  que  possible,  et  il  est  assurément  remarquable 

6S 


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—  490  — 

de  voir  un  même  expédient  qui  intervient  dans  les  grandes  machines  pour 
modérer  la  sensibilité  du  régulateur  et  qui  est  également  désigné  dans  la 
fine  mécanique  pour  atteindre  aux  dernières  limites  de  la  perfection  du 
mouvement  uniforme. 


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DISPOSITIONS    PRATIQUES 


DES 


PRINCIPAUX   MODÈLES   DE    RÉGULATEURS 


REGULATEUR   A  CONTRE-POIDS*. 

Les  figures  représentent  un  ensemble  de  l'appareil  avec  les  formes 
réelles  qu'il  convient  de  donner  aux  différents  organes. 

Le  régulateur  est  monté  dans  une  arcade  en  fonte  (pi.  17,  fig.  1).  L'arbre 
vertical  A  porte  supérieurement  un  axe  transverse  S  où  sont  suspendus  les 
deux  bras  largement  bifurques  en  fourchette  (fig.  3)  à  leurs  extrémités 
supérieures. 

Cette  manière  d'attacher  les  bras  constitue  une  suspension  nouvelle  et 
spéciale  qui  permet  de  supprimer  les  arcs-guides  ordinairement  employés, 
et  qui,  en  même  temps,  représente  une  des  conditions  essentielles  de  l'iso- 
chronisme. 

Aux  tiers  inférieurs  des  bras  sont  attachées  les  bielles  qui  soutiennent 
le  manchon  ;  elles  sont  doublées  (fig.  2)  pour  se  réunir  en  un  même  point  M, 
formant  ainsi  une  articulation  analogue  à  celle  des  bras  et  pareillement 

4.  Les  dispositions  ont  été  classées  en  réunissant  d'abord  tous  les  modèles  destinés  à  agir  sur  an 
moteur,  machine  à  vapeur,  ou  autre;  puis  ensuite  les  appareils  qui  produisent  uue  variation  de  travail 
résistant  susceptible  d'amener  Tisocbronisme. 

2.  Certificat  d'addition  (24  août  4864)  au  Brevet  du  S3  août  486S. 


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—  492  — 

essentielle  à  l'isochronisme  ;  ces  bielles  forment  avec  les  bras  un  losange 
articulé  dans  lequel  Tégalité  des  quatre  côtés  constitue  encore  une  des 
conditions  essentielles  de  risochronisme. 

D  est  un  axe  horizontal  soutenu  à  ses  deux  extrémités  par  deux  piliers 
F,  F.  Cet  axe  est  le  centre  de  mouvement  des  pièces  J  et  K  calées  solidaire- 
ment de  manière  à  former  un  levier  coudé  dont  le  bras  oblique  J  porte  ua 
contre-poids  (x,  et  dont  l'autre  bras,  redressé  plus  ou  moins  verticalement, 
se  termine  en  fourchette.  Cette  fourchette  supporte  Textrémité  d'une  autre 
pièce  Q,  également  en  fourchette,  qui  suspend  un  anneau  engagé  dans  la 
rigole  du  manchon. 

Ë  est  un  autre  axe  horizontalement  porté  entre  les  piliers  B,  B'  qui 
font  saillie  de  l'autre  côté  de  l'arcade.  Il  porte  un  levier  I  qui  contourne 
l'arbre  et  se  termine  par  une  cheville  qui  s'engage  dans  un  trou  percé  dans 
l'épaisseur  de  la  pièce  Q. 

B,  R^  sont  deux  roues  d'angle  qui  communiquent  à  l'arbre  le  mouve- 
ment de  rotation. 

La  figure  k  fait  voir  sous  un  autre  aspect  la  relation  des  diverses  par- 
ties désignées  par  les  mêmes  lettres;  elle  montre  que  le  régulateur  fonc- 
tionne sous  l'angle  moyen  de  /tô""  et  que  le  maximum  de  l'angle  d'écart  est 
de  15^  de  part  et  d'autre.  Elle  fait  voir  aussi  que  le  contre-poids,  dont  l'ac- 
tion est  nulle  pour  la  position  des  bras  inclinés  à  45%  agit  sur  le  manchon 
en  deux  sens  opposés  suivant  que  celui-ci  s'élève  ou  s'abaisse  à  partir  de  la 
position  moyenne.  Elle  montre  enfin  comment  on  utilise  les  mouvements 
du  manchon  pour  agir  sur  la  valve  ou  papillon  qui  modère  l'admission  de 
la  vapeur*. 

4.  La  forme  ordiDaire  de  la  valve  ou  papilloQ,  constiluée  par  uqo  plaque  elliptique  venant 
obturer  plus  ou  moins  complètement  le  tuyau  d'arrivée  de  vapeur,  paraissait  à  L.  Foucault  un 
organe  défectueux,  d'une  exécution  difficile  :  il  proposa  de  la  remplacer  par  une  valve  rectangulaire 
tournant  dans  une  boite  en  fonte  spéciale,  sorte  de  cadre  également  rectangulaire  intercalé  snr  le  par- 
cours du  tuyau  d'arrivée  de  \apeur. 

De  même,  la  valve  tournante  à  ouvertures  multiples,  telle  que  l'employait  M.  Flaud,  fut  modiGé 
par  L.  Foucault  :  dans  l'un  des  deux  plateaux  il  substituait,  à  celui  des  bords  rectilignes  qui  fonctionne 
pour  produire  l'occlusion,  un  bord  curviligne  taillé  de  manière  à  retarder  progressivement  la  diminution 
de  la  section  d^ouverture  libre.  (Certificat  d'addition,  pris  le  25  septembre  4863  au  Brevet  du 
83  août  4862.) 


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—  493  — 

Les  constructeurs  se  sont  fait  un  précepte  de  partager  y  comme  ils  disent, 
Tobliquité  des  leviers  de  transmission,  ce  qui  est  un  parfait  moyen  de  res- 
pecter Finégalité  vicieuse  entre  la  puissance  (pouvoir  réglant  du  modérateur 
qui  diminue  à  mesure  que  le  manchon  s'élève)  et  la  résistance  provenant 
de  ce  que  la  pression  exercée  sur  le  papillon,  ainsi  que  les  frottements  sur 
les  tourillons  qui  en  sont  la  conséquence,  devient  maximum  au  moment  de 
la  fermeture  complète. 

Je  m'attache  à  faire  tout  autrement  et  à  disposer  les  leviers  de  manière 
à  faire  varier  les  longueurs  de  bras  dans  le  sens  convenable  pour  rétablir 
l'équilibre  entre  la  puissance  du  régulateur  et  la  résistance  de  la  valve.  Au 
lieu  de  la  disposition  (flg.  5)  exclusivement  consacrée  par  l'usage,  j'adopte  à 
dessein  la  disposition  représentée  flgure  6,  dans  laquelle  la  projection  du 
levier  R  va  en  diminuant  de  R  à  R  cos  p,  tandis  que  celle  de  V  va  en  aug- 
mentant de  y  cosç  à  Y.  Comme  d'ailleurs  on  peut  changer  les  inclinaisons 
extrêmes  des  leviers  (fig.  6),  la  longueur  et  la  direction  de  la  brimbale, 
on  peut  augmenter  ou  diminuer  en  toute  proportion  cette  variation  des 
rapports  des  projections  efficaces  des  leviers  de  transmission. 

En  même  temps  que  cette  disposition  favorise  l'équilibre  entre  la 
puissance  et  la  résistance,  elle  a  encore  l'avantage  de  ralentir  progressi- 
vement la  fermeture  de  la  valve  à  mesure  qu'elle  approche  de  l'occlusion 
complète. 


RÉGULATEUR   MIXTE^ 


J'ai  montré  qu'on  peut  réaliser  rigoureusement  Tisochronisme  du  légu- 
lateur  normal  par  le  moyen  de  ressorts-hélices  qui  agissent  horizontale- 
ment sur  l'extrémité  de  la  barrette  employée  dans  les  précédentes  com- 
bioaisons  à  transmettre  au  manchon  l'action  variée  du  contre-poids. 

4.  Certificat  d'addition  (24  août  4864)  au  Brevet  du  23  août  4862. 


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-  m  - 

En  attendant  les  figures  7,  8  et  9  de  la  planche  17,  on  peat  voir  com- 
ment cette  combinaison  se  ramène  à  des  organes  faciles  à  construire. 

L'arbre  A  du  régulateur  est  enfilé  dans  Taxe  d'une  colonne  en  fonte 
P  P  (fig.  8)  qui  lui  sert  de  base;  à  son  extrémité  supérieure,  terminée  par 
un  axe  transverse  (fig.  7  et  8),  sont  suspendus  les  deux  bras  qui  forment 
avec  les  bielles  du  manchon  (fig.  8)  un  losange  parfait. 

M  est  le  manchon  avec  son  anneau  engagé  dans  une  virole  et  saisi 
(fig.  8)  entre  les  branches  de  la  pièce  bifurquée  E  F. 

Par  son  milieu  la  pièce  E  F  est  articulée  de  telle  sorte  que  dans  les 
mouvements  qu'elle  exécute  en  suivant  le  manchon,  ce  point  milieu  est 
maintenu  à  une  distance  constante  de  l'axe  BB  (fig.  8);  il  en  résulte  que 
l'extrémité  E  ne  peut  se  mouvoir  que  dans  la  direction  E  G. 

En  G  se  trouvent  des  crochets  portes  par  un  appendice  de  la  colonne 
et  à  ces  crochets  s'attachent  des  ressorts  R,  R,  qui,  d'autre  part,  agissent  en 
tirant  sur  E  ;  les  ressorts  détendus  ont  une  longueur  précisément  égale  à  B  G, 
leur  allongement  est  égal  à  E  B,  et  à  cette  condition  la  pression  transmise 
en  F  sur  le  manchon  est,  dans  toute  position,  proportionnelle  à  B  F  ;  T  est  la 
transmission  à  roues  d'angle. 

Lors  donc  que  le  régulateur  vient  à  tourner  sous  l'action  des  roues 
d'angle,  les  boules  s'écartent,  se  soulèvent  plus  ou  moins  et  se  trouvent 
soutenues  en  partie,  de  manière  à  resserrer  leur  révolution  dans  un  temps 
qui  reste  indépendant  de  l'angle  de  l'écart. 

Pour  mettre  l'appareil  en  relation  avec  la  valve  de  vapeur  on  utilise  le 
le  levier  L,  dont  l'extension  varie  avec  la  hauteur  du  manchon. 


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—  W5  — 


RÉGULATEUR  A  PLAN    FIXE». 

Gel  appareil  est  représenté  dans  les  ligures  10,  il  et  12  de  la  planche  17. 

Sur  l'arbre  A  est  flxée  une  pièce  qui  porte  tout  le  système  et  dont  la 
forme  ne  sera  bien  comprise  qu'en  la  considérant  dans  les  trois  figures. 

Elle  est  formée  d'une  traverse  T  T  recourbée  à  ses  extrémités  S  S  et  sur 
laquelle  sont  implantés  deux  appendices  excentriques  a,  a,  recourbés  en 
crochets  pour  l'attache  des  ressorts.  La  pièce  est  d'un  seul  morceau  et  elle 
tourne  solidairement  avec  Tarbre. 

Aux  extrémités  S,  S,  recourbées  de  cette  pièce  viennent  s'articuler  deux 
bielles  fourchues  qui,  vues  de  champ  dans  la  figure  10,  forment  les  côtés  infé- 
rieurs d'un  losange  articulé  et  qui,  dans  la  figure  11,  apparaissent  avecl'écar- 
tement  réel  de  leurs  branches.  D'autre  part,  ces  fourches  s'articulent  avec 
le  milieu  B  des  bras  qui  se  bifurquent  (fig.  11)  à  leur  extrémité  inférieure 
pour  se  réunir  sur  le  manchon  M  et  complètent  ainsi  le  parallélogramme 
losange. 

A  l'autre  extrémité  des  bras  sont  fixées  les  masses  D  qui  ont  la  forme 
de  disques  aplatis  (fig.  12).  Gette  forme  combinée  avec  l'écartement  des 
fourches  permet  de  livrer  passage  aux  ressorts  R  qui  ainsi  se  développent 
le  plus  près  possible  de  l'axe. 

Ges  ressorts  sont  terminés  de  part  et  d'autre  par  des  boucles,  dont 
Tune  s'attache  simplement  au  crochet  de  l'appendice  (fig.  10),  et  dont  l'autre 
s'engage  dans  la  gorge  d'un  œillet  o  enfilé  comme  une  petite  poulie  sur  un 
bout  d'axe  implanté  au  centre  de  chacun  des  disques  (fig.  12). 

La  vitesse  de  rotation  dépendra  généralement,  comme  il  a  été  dit,  du 
rapport  des  masses  à  la  raideur  des  ressorts,  et  la  condition  d'isochronisme 
sera  d'autant  mieux  satisfaite  qu'on  aura  mis  plus  de  soin  à  régler  la  lon- 
gueur des  ressorts  détendus  d'après  celle  des  appendices  tournants. 

4.  Certificat  d'addition  (24  avril  4865)  au  Brevet  du  S3  août  4862. 


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—  496  — 

On  voit  par  cette  description  que,  malgré  Tintroduction  des  ressorts,  ce 
nouveau  régulateur  conserve  tous  les  caractères  d'une  évidente  simplicité  ; 
c'est  là  une  des  conditions  nécessaires  du  succès  industriel,  mais  elle  ne 
suffirait  pas  pour  déterminer  la  préférence  s'il  n'y  avait  encore  à  faire 
valoir  un  ensemble  de  propriétés  qui  sont  tout  à  l'avantage  du  nouvel 
appareil. 

Ce  régulateur  à  ressort,  que  l'on  peut  nommer  régulateur  à  plan  fixe,  se 
recommande  par  un  ensemble  de  propriétés  qu'il  possède  à  l'exclusion 
de  tout  autre  système  actuellement  connu  (page  A 80). 


RÉGULATEUR  A  CONTRE-POIDS  TOURNANTS*. 

On  voit  figures  1,  2  et  3,  pi.  18,  le  régulateur  à  contre-poids  tournants 
représenté  dans  ses  proportions  vraies. 

Au  sommet  de  l'arbre  A  est  fixée  une  traverse  T  largement  bifurquée 
de  part  et  d'autre  (fig.  1,  2),  et  donnant  attache  en  S  et  S'  aux  deux  bras 
qui  portent  les  boules.  Au-dessus  des  points  de  suspension  S  et  S'  les  bras 
se  prolongent  pour  recevoir  les  contre-poids  P  et  F. 

M  est  le  manchon  qui  fait  corps  avec  une  traverse  V  égale  à  T.  Celle 
traverse  est  suspendue  à  deux  bielles  b  et  6' qui  forment  avec  des  longueurs 
égales  B  et  B'  interceptées  sur  les  bras  et  avec  les  traverses  T  et  T' un  hexa- 
gone symétrique  par  rapport  à  l'axe  et  au  diamètre  variable  0  O'. 

Pour  une  certaine  valeur  des  contre-poids  un  pareil  système  à  l'état  de 
repos  se  trouve  en  équilibre  indifférent  dans  toutes  les  positions.  Et  si  l'on 
met  l'appareil  en  rotation  sur  son  axe  on  trouve  que  la  résultante  des  forces 
centrifuges  croît  avec  Técartement  des  boules  à  partir  d'une  certaine  posi- 
tion où  le  système  se  trouve  en  équilibre  instable. 

4.  Certi6cat  d'addition  (%i  avril  4865)  au  Brevet  dn  23  août  486S. 


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—  497  — 

Quand  le  manchon  a  peu  de  poids,  cette  position  diffère  peu  de  celle 
où  les  bras  sont  parallèles  à  Tarbre;  mais  dans  cette  position  quelle  qu'elle 
soit,  les  points  articulaires  0  et  (X  se  trouvent  à  une  distance  qui  pour 
risochronisme  parfait  doit  être  la  mesure  exacte  de  la  longueur  des  ressorts 
détendus.  En  supposant,  comme  dans  Texposé  théorique,  le  manchon  non 
pesant,  cette  distance  est  rigoureusement  égale  à  celle  des  points  S  et  S'. 

Les  ressorts  R  agissent  de  part  et  d'autre  sur  les  bras  et  leur  attache 
se  fait  aux  deux  extrémités  par  des  boucles  terminales  engagées  dans  des 
œillets  aux  extrémités  0,  (Y  de  la  broche  articulaire  (fig,  1). 

Ce  dernier  régulateur,  quoique  moins  parfait  que  le  précédent,  peut 
cependant  offrir  dans  l'application  des  avantages  qui  proviennent  d'une 
remarquable  économie  de  construction  alliée  à  d'autres  qualités  qui  ne 
sont  pas  sans  importance  :  isochronisme  plus  ou  moins  parfait  et  variable  h 
volonté;  vitesse  arbitraire  et  indépendante  de  la  longueur  des  bras;  inertie 
nuisible  des  masses  réduites  à  moitié  de  ce  qu'elles  sont  dans  le  régula- 
teur ordinaire  ;  symétrie  parfaite  dans  l'action  des  ressorts  et  indif- 
férence complète  à  la  direction  de  l'arbre  et  aux  variations  relatives  de  la 
pesanteur. 


RÉGULATEUR    A    MANCHON     FILETÉ'. 


Cet  appareil  a  été  conçu  de  manière  à  réaliser  une  sorte  de  compro- 
mis entre  la  rigueur  des  principes  et  les  exigences  d'une  application  indus- 
trielle. 

Il  représente  dans  sa  simplicité  le  résumé  d'une  longue  série  d'études 
éclairées  par  la  théorie  et  secondées  par  une  observation  attentive  des  faits. 

4.  Brevet  da  6  décembre  4865  et  Certificat  d'addition  da  9  janvier  4866. 

63» 


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~  498  — 

La  figure  k,  pi.  18,  est  un  dessin  d'ensemble. 

A  est  Tarbre  du  régulateur;  c'est  lui  qu'on  met  en  communication 
de  mouvement  avec  la  machine  au  moyen  de  poulies  ou  de  roues  dentées. 
Cet  arbre  est  fileté  hélicoïdalement  dans  une  partie  de  sa  hauteur  corres- 
pondant à  la  course  du  manchon.  La  partie  supérieure  de  cet  arbre  est 
engagée  dans  la  suspension  S,  qu'il  traverse  et  qui  repose  librement  sur 
son  extrémité. 

La  suspension  S,  folle  sur  l'axe,  porte  divers  appendices  latéraux  : 
deux  sont  verticaux  et  descendent  de  part  et  d'autre  de  l'axe  ;  ils  donnent 
attache  en  0  à  deux  bielles  en  forme  de  fourche  B,  B'  dont  les  extrémités 
inférieures  sont  ainsi  astreintes  à  se  mouvoir  dans  un  même  plan  avec 
l'axe. 

Ces  bielles  sont  articulées  d'autre  part  au  milieu  des  tiges  6,  V  qui,  par 
une  extrémité,  s'articulent  aux  oreilles  du  manchon  en  c,  et  qui,  à  leur 
extrémité  supérieure,  portent  les  disques  D. 

Chaque  disque  porte  d'un  côté  un  appendice  saillant  sur  lequel  vient 
se  fixer  l'extrémité  d'un  ressort  R  dont  l'autre  extrémité  est  passée  dans  un 
appendice  vertical  d'une  traverse  X  qui,  avec  Ja  traverse  X'  située  de  l'autre 
côté  de  l'arbre  où  elle  joue  un  rôle  analogue,  complète  les  quatre  pièces 
que  nous  avons  signalées  comme  portées  par  la  suspension  S. 

M  est  le  manchon  fileté  intérieurement  d'un  pas  concordant  avec  celui 
de  l'arbre;  il  en  résulte  que  l'écarlement  des  masses  ne  peut  varier,  ainsi 
que  la  hauteur  du  manchon,  qu'en  obligeant  le  régulateur  à  tourner  d'un 
certain  angle  par  rapport  à  Tarbre. 

Le  sens  du  filetage  doit  être  combiné  avec  celui  de  la  rotation  du 
régulateur,  de  manière  que,  par  le  fait  de  l'accroissement  de  la  vitesse,  la 
réaction  exercée  sur  le  manchon,  suivant  la  direction  de  l'axe,  tende  à 
produire  l'écarlement  des  masses,  et  que  l'action  inverse  ait  lieu  par  le  fait 
du  ralentissement. 

Les  deux  ressorts  attachés  aux  masses  agissent  de  telle  sorte  que 
la  vitesse  s'accroit  plus  dans  les  petites  oscillations  que  dans  les 
grandes;  d'où  il  suit  qu'en  augmentant  la  vitesse  du  régulateur  on 
le  fait  tendre  vers  l'isochronismei  Pour  cela,  il  faut  que  les  ressorts  aient 


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—  499  — 

une  certaine  tension  initiale  qui,  dans  Tétat  de  relâchement,  maintient  les 
spires  appliquées  les  unes  contre  les  autres.  Ce  résultat  s'obtient  par  la 
manière  dont  on  procède  à  l'enroulement  du  fil  de  laiton  sur  le  mandrin. 


RÉGULATEUR  A   MANCHOxN    FILETE 

ET   RESSORTS   DIRECTEMENT   ATTACHES   SUR   LES   MASSES. 

La  figure  10  représente  ce  régulateur  réduit  à  une  échelle  qui  n'em- 
pêche pas  de  saisir  les  proportions  des  diverses  parties. 

A  est  l'arbre  du  régulateur;  c'est  lui  qu'on  met  en  communication  de 
mouvement  avec  la  machine  au  moyen  de  poulies  ou  de  roues  dentées.  Cet 
arbre  est  fileté  hélicoïdalement  dans  une  partie  de  sa  hauteur  correspon- 
dante à  la  course  du  manchon.  A  sa  partie  supérieure,  cet  arbre  est  pourvu 
d'un  épaulement  saillant  sur  lequel  repose  à  frottement  libre  la  pièce  de 
suspension  qui  donne  attache  aux  bras. 

La  suspension  S  est  percée  d'un  trou  cylindrique,  correctement  alésé, 
et  dans  lequel  s'engage  librement  la  partie  qui  termine  l'exlrémité  supé- 
rieure de  Tarbre.  Le  corps  de  cette  suspension  représenté,  en  plan  figure  7, 
est  surmonté  d'une  sorte  de  lanterne  qui  fait  corps  avec  elle  et  dont  le 
sommet  repose  directement  sur  le  bout  de  l'arbre;  cette  suspension  est 
façonnée  de  manière  à  s'articuler  avec  les  bras  en  deux  points  distincts 
0  et  (/  que  l'on  a  soin  de  tenir  aussi  rapprochés  que  possible. 

Les  bras  B  et  B'  sont  terminés  supérieurement  par  une  partie  trans- 
versale qui,  en  s'articulant  avec  la  suspension,  les  maintient  dans  un  même 
plan  avec  l'arbre;  à  l'extrémité  inférieure,  ils  sont  chargés  l'un  et  l'autre 
d'un  disque  massif  D  et  D'  qui  constituent  les  masses  réglantes. 

Les  disques  D  et  D'  portent  chacun  un  appendice  destiné  à  donner 
attache  à  des  ressorts  transversaux. 


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—  500  — 

b  et  b'  sont  des  bielles  qui  s'articulent  par  une  extrémité  avec  les  bras 
et  par  l'autre  avec  les  oreilles  du  manchon  aux  points  c  et  c';  de  même  que 
les  bras,  les  bielles  se  terminent  par  des  parties  transversales  qui,  en  s'ar- 
ticulant  avec  le  manchon,  les  maintient  dans  le  plan  de  l'arbre. 

M  est  le  manchon  fileté  intérieurement  d'un  pas  concordant  avec  celui 
de  l'arbre  ;  il  en  résulte  que  l'écartement  des  disques  ne  peut  varier,  ainsi 
que  la  hauteur  du  manchon,  qu'en  obligeant  le  régulateur  à  tourner  d'un 
certain  angle  par  rapport  à  l'arbre. 

R  est  un  ressort  hélice  tendu  de  masse  en  masse  ;  un  ressort  semblable 
est  symétriquement  disposé  de  l'autre  côté  des  masses.  Par  la  manière 
dont  ces  ressorts  agissent,  la  vitesse  du  régulateur  acquiert  un  accroisse- 
ment plus  considérable  dans  les  petites  que  dans  les  grandes  amplitudes; 
d'où  il  suit  que,  en  augmentant  de  vitesse,  le  régulateur  tend  vers  l'isocbro- 
nisme.  Pour  cela  il  faut  que  les  ressorts  aient  une  tension  initiale  consi- 
dérable qui  leur  assigne  à  0  tension  une  longueur  fictive  beaucoup 
moindre  que  leur  longueur  réelle.  Ce  résultat  s'obtient  par  la  manière  dont 
on  procède  à  l'enroulement  du  fil  de  laiton  sur  le  mandrin  qui  détermine 
le  calibre  intérieur. 

Les  ressorts  sont  terminés  à  leurs  extrémités  par  des  boucles  qui  s'en- 
gagent de  part  et  d'autre  dans  la  gorge  de  petites  poulies  ou  œillets  dont 
les  axes  sont  fixés  sur  les  appendices  des  disques  figure  10. 

Le  tout  constitue  une  combinaison  qui  semble  réunir  les  principales 
qualités  d'un  bon  régulateur  de  machine.  Par  les  ressorts  on  obtient  une 
précision  de  marche  qui  coïncide  avec  l'augmentation  du  pouvoir  réglant, 
et,  de  plus,  on  arrive  par  le  jeu  du  manchon  fileté  à  un  degré  de  stabilité 
inconnu  jusqu'ici. 


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—  501  — 


ROUAGE  MOTEUR  A  MOUVEMENT  CONTINU 

ET    A    VITESSE     CONSTANTE 

POUR  LES   OPÉRATIONS   D*ASTR0N01I1E    ET   DE    CHRONOGR  APHIE  ^ 

Ce  rouage  moteur  est  destiné  à  produire  un  travail  extérieur  ;  la  force 
motrice  est  variable  et  le  travail  aussi,  et  pourtant  il  faut  que,  malgré  les 
variations  de  Tune  et  de  l'autre,  la  machine  conserve  une  marche  uniforme. 
Il  est  donc  nécessaire  de  faire  intervenir  une  résistance  auxiliaire  égale- 
ment variable,  toujours  prête  à  consommer  la  force  motrice  en  excès. 
Dans  le  nouvel  appareil  cette  résistance  variable  est  fournie  par  un  venti- 
lateur de  petite  dimension  V  (fig.  1,  pi.  19)  dont  les  orifices  s'ouvrent  et  se 
ferment  par  Faction  même  du  modérateur  ;  et  les  choses  sont  disposées  de 
manière  que  cette  fonction  s'accomplisse  sans  exercer  de  réaction  sensible 
ou  capable  de  troubler  Tisochronisme  de  l'appareil  régulateur.  11  y  a  même 
dans  la  disposition  de  ce  dernier  un  détail  de  construction  qui  a  pour  effet 
d'éliminer  l'influence  des  résistances  passives  et  de  lui  restituer  sensible- 
ment les  conditions  d'un  corps  libre.  Ce  dernier  perfectionnement  sera 
traité  à  part. 

Un  puissant  ressort  moteur  enfermé  dans  son  barillet  B  communique 
par  une  série  d'engrenages  la  force  motrice  au  modérateur  ;  mais  au  delà 
le  rouage  se  prolonge  de  manière  à  faire  tourner  à  la  vitesse  de  30  à 
35  tours  par  seconde  la  roue  à  ailettes  du  ventilateur  contenue  dans  la 
boîte  cylindrique  V.  Cette  boite  est  percée  à  jour  de  12  ouvertures  équidi- 
stantes  (fig.  2  et  3)  qui  alternent  avec  des  parties  pleines  de  même  étendue  ; 
elle  est  recouverte  d'une  enveloppe  extérieure  suspendue  sur  un  pivot 
central  et  percée  d'un  même  nombre  d'ouvertures.  Il  suffit  donc  que 
cette  enveloppe  fasse  sur  elle-même  ^i  de  tour  pour  que,  du  même  coup.. 

4.  Brevet  du  ^3  août  4862. 


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—  502  — 

tous  les  orifices  soient  ouverts  ou  fermés,  pour  que  la  circulation  de  l'air 
soit  libre  ou  interceptée. 

Une  mince  traverse  T  (fig.  i),  fixée  près  du  pivot  central,  établit  la 
communication  avec  la  branche  verticale  du  levier  coudé  annexé  au  modé- 
rateur, et  par  ce  moyen  les  changements  de  position  dus  aux  moindres 
variations  de  la  force  motrice  sont  aussitôt  suivis  d'un  changement  corres- 
pondant du  travail  résistant.  Tant  que  les  ouvertures  du  ventilateur  ne  sont 
ni  complètement  ouvertes  ni  complètement  fermées,  la  résistance  qu'A 
oppose  au  mouvement  demeure  subordonnée  aux  évolutions  du  modératear, 
et  comme  celui-ci  possède  Tisochronisme,  il  faut  que  la  machine  et  tous  les 
mobiles  qui  en  dépendent  partagent  cette  nécessité  du  mouvement  uniforme. 

Jusqu'ici  j'ai  fait  abstraction  des  résistances  passives  inhérentes  au 
mode  de  construction  du  modérateur  de  Watt,  ainsi  que  de  celles  qui  se 
sont  introduites  avec  les  organes  qui  lui  donnent  l'isochronisme. 

Ces  résistances  ont  cependant  une  influence  qui  n'est  pas  négligeable 
et  qui  deviendrait  prédominante  à  mesure  que  Ton  supprime  les  autres 
causes  d'erreur. 

Si  donc  on  ne  parvenait  pas  à  les  écarter,  le  seul  bénéfice  de  la  nou- 
velle construction  serait  d'assurer  à  la  machine  une  vitesse  moyenne  dont 
elle  s'écarterait  sans  cesse  plus  ou  moins,  et  jusqu'à  concurrence  des  varia- 
tions correspondantes  à  l'influence  de  ces  résistances.  Heureusement  il  est 
possible  de  supprimer  cette  imperfection,  et  le  moyen  consiste  dans  la  con- 
figuration de  la  surface  qui  termine  inférieurement  le  rebord  de  la  douille 
articulée  au  parallélogramme.  Ce  rebord  de  douille  est  ondulé   à  deux 
périodes  entières  (fig.  ft  et  5),  de  manière  à  passer  deux  fois  et  alternative- 
ment en  dessus  et  en  dessous  du  plan  qui  coïnciderait  avec  la  surface  de 
révolution.  Cette  surface,  en  glissant  au-dessus  de  la  cheville  C  (fig.  1) ,  qui 
presse  sur  elle,  fait  naître  dans  toutes  les  parties  du  système  un  mouve- 
ment alternatif,  par  suite  duquel  chacune  des  pièces  qui  le  composent 
oscillant  autour  de  sa  position  moyenne,  transmet  intégralement  dans  la 
moyenne  du  temps  les  plus  petites  forces  qui  la  sollicitent.  Pour  produire 
son  effet,  il  n'est  pas  nécessaire  que  l'ondulation  soit  très-prononcée. 

Dans  le  rouage  en  question  il  n'y  a  pas  plus  de  \  de  millimètre  entre  le 


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—  503  — 

creux  et  la  figure  saillante  de  Tonde.  Le  résultat  est  bon,  et,  malgré  les 
variations  de  la  puissance  du  ressort  et  les  inégalités  du  travail  extérieur, 
le  rouage  fournit  du  commencement  jusqu'à  la  fin  une  vitesse  qui  ne  varie 
pas  de  la  cinq-millième  partie  de  sa  valeur.  Le  principe  théoriquement 
certain  est  donc  aussi  jugé  dans  sa  valeur  pratique. 


RÉGULATEUR    A    AILETTES 

APPtIGABLb      AUX      EOUAGES      d' HOBLOGERIE  *. 

J'ai  décrit  antérieurement  une  combinaison  du  régulateur  isochrone  à 
contre-poids  et  d'un  ventilateur  qui  s'applique  avec  avantage  aux  rouages 
d'horlogerie,  pour  la  production  du  mouvement  uniforme. 

Mais  depuis  l'époque  où  j'ai  imaginé  cette  disposition,  j^ai  reconnu  que 
dans  les  circonstances  qui  ne  requièrent  pas  une  extrême  précision  le  régu- 
lateur à  ressort  résout  la  question  d'une  manière  bien  plus  simple. 

Le  régulateur  à  ressorts  a  été  décrit  en  principe  dans  un  Mémoire 
précédent  (page  1x95),  et  pour  l'adapter  à  l'application  des  ailettes  spéciales 
des  rouages  moteurs  à  vitesse  constante,  il  suffit  d'y  apporter  quelques 
modifications  que  je  vais  indiquer  ici. 

Le  régulateur  à  ressorts,  précédemment  décrit,  est  caractérisé  par  l'in- 
terversion du  point  de  suspension  et  du  lieu  occupé  par  le  manchon.  Cette 
interversion  a  pour  effet  d'assujettir  les  masses  à  se  mouvoir  dans  le  plan 
même  du  point  de  suspension  et^  par  conséquent,  d'établir  un  équilibre 
qui  ne  peut  être  troublé  ni  par  les  mouvements  imprimés  au  système,  ni 
par  les  changements  de  direction  de  Taxe.  Les  masses  ainsi  soustraites  aux 
effets  de  la  pesanteur  sont  sollicitées  vers  l'axe  par  des  ressorts-hélice  qui 

4.  Certificat  d'addition  (47  novembre  4864)  au  Brevet  du  S3  août  4862. 


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—  50ft  — 

prennent  leur  point  fjxe  sur  des  appendices^  tournant  solidairement  avec 
l'arbre. 

Pour  faire  d'un  pareil  système  un  bon  régulateur  de  rouage,  il  suflSt 
d'augmenter  dans  une  certaine  mesure  la  vitesse  de  rotation  par  la  rai- 
deur des  ressorts  et  d'élaler  les  masses  en  surfaces  pour  développer  une 
résistance  dans  l'air,  qui  devra  croître  avec  l'amplitude  du  cercle  orbilairc 
décrit  par  le  centre  de  gravité.  On  disposera  donc  les  parties  de  la  manière 
suivante  : 

Deux  plaques  de  métal  découpées  en  formes  d'ailettes  sont  articulées 
par  leur  étroite  extrémité  sur  un  mancbon  M  (fig.  9.  PI.  19),  qui  se  meut 
librement  suivant  la  longueur  de  l'arbre;  ces  plaques  seront  tout  à  la  fois 
les  ailettes,  les  masses  et  les  bras  du  régulateur.  Comme  masse,  elles  ont 
leur  centre  de  gravité  en  C.  Comme  longueur  de  bras,  elles  mesurent  la 
distance  C  M.  Au  milieu  de  cette  longueur  s'articulent  les  bielles  de  suspen- 
sion 0  S.  L'articulation  S  a  lieu  sur  une  traverse  faisant  corps  avec  l'arbre, 
et  qui  porte  deux  appendices  pour  l'attache  des  ressorts. 

Comme  cette  traverse  a  une  forme  assez  difficile  à  comprendre,  on  Ta 
représentée  sous  deux  aspects  différents,  ainsi  que  les  bielles  qui  suspen- 
dent les  plaques.  Ces  bielles  sont  contournées  de  manière  à  entrer  l'une 
dans  l'autre,  et  à  s'articuler  suivant  une  même  droite  avec  la  traverse  de 
suspension,  puis  elles  reviennent  en  s'arrondissant  regagner  le  plan  des 
lames,  l'une  d'un  côté,  et  l'autre  du  côté  opposé;  cette  inflexion  a  pour 
objet  de  réserver  l'espace  nécessaire  au  passage  des  ressorts. 

Les  ressorts  sont  au  nombre  de  deux,  et  ils  sont  disposés  de  chaque 
côté,  comme  l'indique  la  figure  qui  représente  l'appareil  en  plan.  La  con- 
dition à  remplir  pour  que  l'appareil  exécute  toutes  ses  révolutions  dans  le 
même  temps,  est  que  la  longueur  des  ressorts  détendus  soit  égale  à  celle  de 
l'appendice  tournant;  quanta  la  vitesse  de  révolution,  elle  dépend,  comme 
il  a  été  dit  ci-dessus  (page  472]  du  rapport  des  masses  à  la  racine  carrée  de 
l'élasticité  des  ressorts. 

D'après  cela,  pour  varier  la  vitesse,  on  peut,  à  volonté,  changer  les 
ressorts  ou  modifier  la  masse  des  ailettes;  mais  comme  il  importait,  en 
outre,  de  pouvoir  agir  sur  l'appareil  en  marche,  on  a  dû  mettre  le  man- 


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—  505  — 
chon  en  prise  avec  un  levier  coudé  I,  dont  Fun  des  bras,  à  longueur 
variable,  est  sollicité  par  un  ressort.  Mais  comme  il  faut  éviter  que  cette 
nouvelle  force  ne  vienne  troubler  l'isochronisme,  on  a  placé  ce  bras  de 
levier  sous  une  inclinaison  telle  que  la  force  communiquée  au  manchon  fût 
assujetae  à  varier  proportionnellement  avec  la  diagonale  du  losange  arti- 
culé, parallèle  à  Taxe,  condition  qui  est  sensiblement  satisfaite  pour  une 
certoine  inclinaison  relative  des  deux  bras  du  levier,  et  qui  se  maintient 
sensiblement  aux  diiïérentes  positions  du  point  d'attache. 

Un  régulateur  ainsi  construit  répond  à  la  double  condition  d'avoir  une 
vitesse  de  révolution  propre  et  de  déterminer  par  ses  changements  de  posi- 
tion le  rétablissement  d'un  équilibre  constant  entre  le  travail  moteur  et  le 
travail  résistant.  La  constance  dans  la  durée  de  révolution  est  la  propriété 
du  régulateur  à  ressort;  quant  à  la  variation  du  travail  dépensé,  elle  résulte 
de  la  ventilation  opérée  par  les  lames,  et  dont  l'énergie  augmente  avec 
rétendue  du  cercle  décrit.  11  est  à  présumer  que  ce  régulateur,  en  raison 
de  son  extrême  simplicité,  trouvera  son  application  dans  les  diverses  cir- 
constances où  l'on  a  déjà  cherché  à  produire  le  mouvement  uniforme. 


RÉGULATEUR  A   AILETTES   ET   A  CONTRE-POIDS^ 


On  peut  combiner,  dans  un  régulateur,  les  masses  ailettes  avec  des 
contre-poids,  de  manière  à  exclure  l'emploi  des  ressorts  et  à  éviter  Tin- 
fluence  des  changements  qu'ils  peuvent  subir  avec  le  temps. 

S  (fig.  il.  PI.  19)  est  une  suspension  où  sont  attachées  deux  petites 
bielles,  articulées  avec  des  ailettes  dont  les  fourches  viennent  se  réunir  sur 
un  manchon  pesant.  Un  pareil  système  mis  en  mouvement  de  rotation  est 
susceptible  de  prendre  une  très-grande  vitesse  et  de  produire  une  venti- 

4.  Certificat  d'addition  (17  novembre  4864)  au  Brevet  du  23  août  4862. 

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—  506  — 

lation  énergique.  De  plus^  il  suit  exactement  les  lois  du  régulateur  ordi- 
naire, et  il  subit  les  mêmes  variations  avec  Tangle  d'écart.  Si  donc  on  lui 
applique  le  système  de  levier  et  de  contre-poids  déjà  décrit,  on  pourra  le 
rendre  isochrone  et  l'appliquer  aux  usages  de  hante  précision. 

La  vitesse  de  rotation  et,  par  suite,  la  quantité  de  travail  dépensé  dans 
Tair  ambiant  dépendent  du  rapport  des  masses  des  ailettes  au  poids  da 
manchon.  En  supposant  ces  masses  M  concentrées  en  leur  centre  de  graTité, 
en  prenant  pour  /  la  distance  de  ce  centre  C  au  point  articulé  sur  le  man- 
chon, et  pour  P  le  poids  total  de  ce  dernier  diminué  de  l'action  du  contre- 
poids régleur,  on  a,  suivant  le  tracé  de  la  figure,  pour  la  durée  desrévola- 
tionS;  la  valeur  constante  : 

Dans  l'application  aux  rouages  d'horlogerie,  on  peut  disposer  du  rap- 

port  —  de  telle  sorte  que  le  système  prenne  une  vitesse  de  5  à  iO  tours  par 

seconde,  ce  qui,  dans  les  dimensions  de  la  figure  ci-jointe'*,  représente  une 
dépense  qui  peut  s'élever  jusqu'à  trente  kilogrammëtres  dans  une  heure. 
C'est  là  une  force  motrice  considérable,  maintenue  comme  en  réserve  et 
toujours  prête  à  se  déplacer  et  à  réagir  contre  l'obstacle  qui  tendrait  à  s'op- 
poser au  mouvement  de  la  machine.  Tant  que  la  résistance  ne  donne  pas 
lieu  à  une  consommation  de  travail  supérieure  à  la  réserve  dépensée  par 
le  régulateur,  la  vitesse  se  maintient  sensiblement  la  même  et  n'a  à  subir 
en  toute  rigueur  que  des  variations  temporaires  absolument  insignifiantes 
et  qui  signalent  la  période  de  transition  correspondante  au  changement  de 
régime. 


4,  Le  dessin,  fig.  44.  PI.  49,  est  la  réduction  aux  |  du  dessia  original. 


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—  507  — 


RÉGULATEUR   A    FROTTEMENT*. 

Au  lieu  de  chercher  dans  Tair  une  résistance  variable  pour  faire  équi- 
libre à  la  force  motrice,  on  peut  se  proposer  de  recourir  à  un  frottement 
entre  corps  solides.  Dans  les  combinaisons  qui  ont  été  proposées  jusqu'ici, 
ce  frottement  avait  le  grand  inconvénient  d'exercer  une  réaction  qui  trou- 
blait la  marche  du  régulateur.  Je  vais  montrer  qu'en  adoptant  le  système  de 
régulateur  à  ressorts  décrit  page  477  on  peut  introduire  un  frottement  qui  se 
gradue  par  l'action  même  des  ressorts,  et  qui  ne  peut  également  réagir  sur 
le  régulateur. 

Si  l'on  considère  (fig.  11.  PI.  18)  le  système  articulé  suspendu  en  S,  on 
reconnaît  tous  les  éléments  du  régulateur  à  ressorts;  seulement,  au  lieu 
d'attacher  les  ressorts  sur  une  partie  rigide  tournant  tout  d'une  pièce  avec 
Tarbre,  on  prend  les  points  d'attache  sur  des  leviers  articulés  aux  extrémités 
de  la  traverse,  on  prolonge  ces  leviers  et  on  les  arme  de  frottoirs  qui,  par 
Faction  des  ressorts,  s'appliquent  sur  une  surface  cylindrique  centrée  sur 
l'arbre.  En  fait,  les  ressorts  fonctionnent  comme  si  les  leviers  ne  faisaient 
qu'un  avec  la  traverse,  car  l'articulation  qui  mobilise  ces  leviers  ne  sert 
qu'à  transmettre  une  pression  qui  se  gradue  sans  nécessiter  aucun  mouve^ 
ment  appréciable.  Pour  assurer  le  centrage  de  la  surface  frottée,  on  peut 
la  monter  à  frottement  libre  sur  l'arbre,  et,  pour  la  maintenir  au  repos, 
réserver  une  saillie  qui  vienne  butter  sur  un  obstacle. 

On  peut  encore  se  proposer  de  faire  en  sorte  que  les  frottoirs  n'entrent 
en  action  que  pour  un  certain  écart  que  l'on  déterminerait  arbitrairement. 
Pour  cela,  on  tend  entre  les  deux  frottoirs  un  ressort  dont  l'élasticité  est 
constante  et  qui  ne  peut  résister  aux  autres  ressorts  que  jusqu'à  concurrence 
d'une  égale  tension.  Cet  état  d'équilibre  correspond  à  un  certain  écarte- 
ment  des  masses  et  marque  la  limite  à  laquelle  le  régulateur  commence  à 
entrer  réellement  en  action. 

4.  Certificat  d'addition  (17  novembre  4864]  au  Brevet  du  23  aotlt  1862. 


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—  508  — 

Je  ne  pense  pas  qu'en  principe  Taction  d'un  frottoir  sur  une  paroi  rigide 
puisse  être  considérée  comme  aussi  correcte  et  aussi  continûment  graduée 
que  celle  qu'exercent  des  ailettes  se  mouvant  dans  l'air,  mais  la  combinai- 
son que  je  viens  de  décrire  offre  pourtant  ceci  de  bien  curieux,  c'est  de 
mettre  en  jeu  un  frottement  qui,  sans  exercer  aucune  réaction  sur  la  fonc- 
tion propre  du  régulateur,  fait  naître  une  résistance  d'une  incomparable 
énergie  et  qui  n'a  de  limites  que  dans  la  résistance  des  matériaux. 


REGULATEUR  A    AILETTES  SANS    AîANCHON. 

Ce  régulateur  est  formé  par  deux  ailettes  pendantes  B,  B'  (fig.  7  et  8. 
PL  19)  supendues  aux  extrémités  d'une  traverse  A  A'  fixée  sur  Tarbre  D 
et  entraînée  dans  son  mouvement  de  rotation.  Les  deux  ailettes  sont  solli- 
citées l'une  vers  l'autre  par  des  ressorts  à  spirale  R,  attachés  l*un  d'un 
côté,  le  second  de  l'autre  côté  en  un  point  situé  vers  le  milieu  de  la  lon- 
gueur. Les  ressorts  sont,  du  resle,  terminés  par  des  boucles  embrassant  des 
anneaux  I  d'acier  à  tranchant  intérieur,  lesquels  s'engagent  sur  des  cou- 
teaux boutonnés  également  en  acier. 

Puis,  pour  maintenir  entre  les  deux  ailettes  une  solidarité  de  posi- 
tion à  peu  près  symétrique,  on  les  a  reliées  entre  elles  par  une  bielle 
E  E'  oblique  et  légère  qui  les  oblige  à  s'écarter  et  à  se  rapprocher  en  mêoie 
temps  ^  Cette  bielle  est  fixée  d'un  bout  sur  l'une  des  ailettes,  en  dessous 
du  point  de  suspension  et  de  l'autre  sur  les  bras  des  leviers  L  formant 
prolongement  des  ailettes  au-dessus  du  point  de  suspension. 

4.  Dans  un  système  imaginé  antérieurement  les  deux  ailettes  étaient  indépendantes  (fig.  6.)  :  la 
bielle  n'existait  pas  et  les  res^rts  reliaient  chaque  ailette  à  i'e^trém  té  d*un3  traverse  horizontale 
tournant  solidairement  avec  Taxe,  comme  dans  le  régulateur  à  plan  fixe;  mais  les  résultits  obtenus  ne 
parurent  pas  suffisants  à  L.  Foucault  pour  les  appareils  de  grande  précision. 


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—  509  — 

Sans  les  ressorts,  on  voit  que  les  deux  ailettes  seraient  pendues  verti- 
calement et  oscilleraient  au  moindre  écart  comme  deux  pendules  librement 
suspendus;  mais  les  ressorts  étant  mis  en  place,  les  ailettes  sont  ramenées 
vers  Taxe  et  y  demeurent  fortement  appuyées,  à  moins  que  l'appareil  ne 
soit  soumis  à  un  mouvement  de  rotation  assez  rapide  pour  développer  une 
force  centrifuge  qui  fasse  équilibre  à  l'élasticité  des  ressorts  ou  qui  la 
surmonte. 

Lorsque  cet  équilibre  entre  les  forces  centrifuges  et  l'élasticité  des 
ressorts  a  lieu  pour  une  vitesse  déterminée  indifféremment  à  toute  dis- 
tance de  l'axe  ou  pour  toute  longueur  des  ressorts  plus  ou  moins  détendus, 
on  dit  que  le  système  est  isochrone  et  l'on  est  assuré  de  voir  le  régulateur 
prendre  et  garder  la  même  vitesse  pour  toute  espèce  de  position. 

La  condition  à  remplir  pour  mettre  le  régulateur  en  état  d'isochro- 
nisme  plus  ou  moins  parfait,  c'est  que  les  ressorts  se  trouvent  complète- 
ment détendus  pour  une  distance  du  point  d'attache  correspondante  à 
l'annulation  de  la  résultante  des  forces  centrifuges,  ou,  en  d'autres  termes, 
il  faut  à  très-peu  près  que  les  longueurs  réduites  des  ressorts  à  zéro-ten- 
sion soit  égale  à  la  distance  entre  ces  points  d'attache  pour  la  position  où 
les  centres  résultant  des  forces  centrifuges  seraient  fictivement  ramenés 
sur  l'axe. 

Si  donc  le  régulateur  est  associé  à  un  rouage  qui  lui  communi(|ue  le 
mouvement  tout  en  exécutant  un  travail  au  dehors,  les  ailes  s'écartent  jus- 
qu'à dépenser  par  ventilation  dans  l'air  tout  l'excès  disponible  de  la  force 
motrice,  et  si  le  travail  exécuté  vient  à  changer  de  valeur  le  régulateur 
changera  de  position  de  manière  que  son  travail  propre  de  ventilation 
reste  complémentaire  de  l'autre,  et  que  la  somme  de  tous  ces  travaux  soit 
équivalente  à  la  force  motrice  dépensée  dans  le  même  temps. 

Le  régulateur  étant  isochrone,  ces  changements  de  régime  auront  lieu 
sans  changement  permanent  de  vitesse,  et  les  variations  temporaires 
seront  d'autant  plus  abrégées  qu'il  tournera  lui-même  plus  vite  et  qu'il 
aura  moins  de  masse.  A  cet  effet,  on  donne  de  préférence  au  régulateur 
une  vitesse  de  douze  à  quinze  tours  par  seconde  et  l'on  construit  en  ahimi- 
nium  la  traverse  A,  la  bielle  oblique  E  et  les  deux  bras  de  levier  F  et  L 


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—  510  — 

prolongeant  ces  dernières  au  delà  du  point  de  suspension.  Pour  biendéter- 
miner  le  centre  des  forces  centrifuges,  on  garnit  la  partie  élargie  d^ 
ailettes  de  disques  de  cuivre  C,  G'  fixés  sur  Taluminium.  Deux  petites  boules 
de  cuivre  M,  M'  se  vissent  sur  les  bras  L  F  des  leviers  prolongés  et  forment 
de  petites  masses  destinées  à  faciliter  le  réglage  déGnitif  de  TappareiLOa 
comprend  qu'en  les  approchant  ou  en  les  éloignant  des  centres  de  suspen- 
sion on  modifie  Teffet  des  forces  centrifuges  et  on  produit  ainsi  des  chan- 
gements dans  une  petite  mesure. 

Cette  disposition  du  régulateur  est  spécialement  destinée  aux  applica- 
tions à  la  chronographie. 


RENSEIGNEMENTS    PRATIQUES 

SUR  L'EMPLOI  DU  RESSORT   HÉLICES 

Dans  un  certain  nombre  de  modèles  de  régulateurs,  la  force  qui  est 
opposée  à  la  force  centrifuge  est  empruntée  à  des  ressorts  à  boudin  ou  res- 
sorts hélices.  Le  métal  qui  convient  le  mieux  pour  former  ces  ressorts  est 
le  laiton  en  fil  fortement  récroui  au  moment  de  l'enroulement  par  des  pas- 
sages réitérés  à  travers  la  filière. 

La  force  des  ressorts  ou  l'inverse  de  leur  allongement  par  kilogramme 
de  charge  dépend  de  la  grosseur  du  fil,  du  diamèlre  et  du  nombre  des  spires; 
elle  est  sensiblement  proportionnelle  au  cube  du  diamètre  du  fil, 'en  raison 
inverse  du  diamètre  des  spires,  ainsi  que  du  nombre  de  ces  spires*. 


4.  Certificats  d'addition  du  24  avril  1865  et  du  9  janvier  4866  aux  Brevets  du  23  aoilit  4862  et  do 
6  décembre  4865. 

8.  La  rorce  des  ressorts  a  été  étudiée  expérimentalement  par  L.  Foucault  sur  un  grand  nombre  de 
ressorts;  les  chiffres  qu'il  a  trouvés  ainsi  ne  présentent  pas  d'ailleurs  un  intérêt  suffisant  pour  qu'on  ait 
cru  devoir  les  publier. 


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—  5!1  — 

On  a  ainsi  trois  éléments  à  faire  varier  et  qui  permettent  toujours  de 
composer  un  ressort  conforme  aux  conditions  prescrites. 

Toutes  les  fois  que  Tempioi  du  ressort  hélice  a  été  indiqué  dans  le 
cours  de  ces  notes,  on  a  eu  bien  soin  de  définir  la  longueur  du  ressort 
détendu  qu'il  convient  d'employer,  et  de  la  rapporter  à  quelqu'une  des 
données  principales  de  l'appareil  à  construire.  Par  ce  moyen  on  est  tou- 
jours sûr  de  pouvoir  tomber  directement,  sans  tâtonnement  aucun,  sur  les 
conditions  d'îsochronisme,  ou  de  s'en  écarter  arbitrairement  dans  un  sens 
ou  dans  l'autre.  Mais,  pour  éviter  toute  méprise,  il  est  important  de  ne 
pas  confondre  la  longueur  matérielle  avec  la  longueur  réduite  d'un  ressort 
réellement  détendu.  Quand  un  ressort  hélice,  abandonné  à  lui-même,  laisse 
voir  du  jour  entre  les  torons  de  spire,  on  est  sûr  que  sa  tension  est  nulle  et 
Ton  peut  prendre  directement  sa  longueur  naturelle  en  mesurant  la  distance 
comprise  entre  les  deux  extrémités;  mais  quand  le  ressort  a  été  enroulé 
dans  un  état  de  tension  initiale  qui  tient  les  spires  appliquées  les  unes 
contre  les  autres,  il  faut  recourir  à  une  petite  opération  pour  reconnaître 
la  longueur  qu'il  prendrait  si  les  spires,  en  se  pénétrant  les  unes  les  autres, 
pouvaient  librement  obéir  à  leur  élasticité. 

Cette  longueur  fictive  d'un  ressort  qui  tend  à  rentrer  en  lui-même 
joue,  pour  l'établissement  des  conditions  d'isochronisme,  le  même  rôle 
que  la  longueur  naturelle  des  ressorts  dépourvus  de  tension  initiale  et,  pour 
la  déterminer,  on  n'a  qu'à  procéder  de  la  manière  suivante  : 

On  charge  le  ressort  du  poids  justement  nécessaire  pour  faire  équilibre 
à  sa  tension  initiale,  ce  qu'on  reconnaît  à  ce  que  les  spires  sont  sur  le  point 
de  s'écarter  les  unes  des  autres  ;  puis  on  double  ce  poids  et  l'on  mesure 
l'allongement  qui  en  résulte;  la  longueur  ainsi  observée  est  à  retrancher  de 
la  longueur  matérielle  du  ressort  non  chargé,  pour  en  déduire  la  longueur 
fictive  qui  correspond  à  l'absence  de  tension.  Cette  longueur  réduite  des  res- 
sorts à  tension  inidale  est  de  tout  point  assimilable  à  la  longueur  des 
ressorts  sans  tension. 

Théoriquement,  il  est  indifférent  d'employer  des  ressorts  avec  ou  sans 
tension  initiale  ;  mais,  dans  la  pratique,  ilya  uq  certain  intérêt  à  façonner 
les  ressorts  de  manière  h  leur  communiquer  une  tension  initiale  aussi 


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—  512  — 

grande  que  possible.  En  effet,  plus  on  diminue  la  longueur  des  ressorts  à 
zéro-lension,  et  plus  ils  deviennent  faciles  à  introduire  dans  les  méca- 
nismes. 


DÉTAILS     PRATIQUES 

SUR   LA   CONSTRUCTION    DES   RESSORTS  HÉLICES. 


Il  importe  de  pouvoir  produire^  dans  un  ressort  hélice,  la  tension  ini- 
tiale qui  a  été  définie  plus  haut;  pour  obtenir  ce  résultat,  j'ai  recours  au 
procédé  de  fabrication  suivant  : 

L*état  de  tension  initiale  ne  peut  être  obtenu  avec  des  ressorts  hélices 
en  acier  trempé,  attendu  qu'il  disparaît  par  le  recuit  qui  précède  néces- 
sairement la  trempe.  C'est  là  une  des  raisons  pour  lesquelles  j'emploie  de 
préférence  Jes  fils  en  laiton  qui  se  récrouissent  de  plus  en  plus  par  des 
passages  réitérés  à  travers  la  filière. 

En  étudiant  attentivement  les  circonstances  qui  accompagnent  l'enrou- 
lement des  ressorts,  j'ai  reconnu  que  le  plus  sûr  moyen  de  leur  communi- 
quer une  forte  tension  initiale  est  d'imprimer  au  fil  sortant  de  la  filière  et 
immédiatement  avant  l'enroulement  une  courbure  perpendiculaire  au  plan 
même  des  spires  et  dont  la  concavité  soit  tournée  du  côté  de  la  partie  du 
ressort  déjà  formé.  On  est  ainsi  conduit  à  donner  à  la  filière  une  forte 
inclinaison  sur  la  direction  de  l'axe  du  mandrin  qui  détermine  le  calibre 
du  ressort. 

Les  choses  sont  alors  disposées  de  la  manière  suivante  :  je  suppose 
que  le  fil  a  déjà  été  enroulé  une  ou  plusieurs  fois,  uniquement  pour  obte- 
nir un  commencement  de  récrouissage.  Ce  ressort  (fig.  25)  est  enfilé  dans 
une  broche  B  prenant  point  d'appui  sur  un  support  qui  conduit  la  filière  F. 
Le  bout  du  fil  déroulé  et  aminci  est  engagé  dans  le  trou  qui  doit  lui  faire 


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—  513  — 

subir  une  nouvelle  réduction  de  diamètre;  au  delà  le  fil  s'enroule  sur  le 
mandrin  M  qui  est  monté  sur  un  tour  et  mis  en  mouvement  par  un  toc  T. 
A  mesure  que  l'enroulement  s'opère,  on  conduit  à  la  main^  en  V,  le  chariot 
qui  porte  la  filière,  et  pour  que  ce  mouvement  soit  exécuté  avec  précision 
on  arme  le  support  d'une  aiguille  indicatrice  A  que  l'on  s'applique  à  main- 
tenir en  contact  avec  le  dernier  tour  de  spire  formé. 

Par  ce  moyen,  toutes  les  parties  du  fil  déroulé  par  l'appel  du  mandrin 
qui  tourne  sur  lui-même  cheminent  au  sortir  de  la  filière  suivant  une 


Fig.  25.1 

courbure  constante  qui  se  transporte  parallèlement  à  elle-même,  et  c'est 
en  subissant  cette  inflexion  constante  que  le  fil  contracte  l'état  de  ressort 
qui  maintient  les  spires  appliquées  les  unes  contre  les  autres. 

Quant  à  la  nécessité  de  conduire  le  support  à  la  main  par  un  engre- 
nage indépendant  des  transmissions  qui  agissent  sur  le  mandrin,  elle  ré- 
sulte de  l'absence  de  relation  simple  entre  les  deux  vitesses  et  de  la  variété 
infinie  des  rapports  à  établir  entre  elles.  On  peut,  suivant  les  cas,  varier 
l'inclinaison  de  la  filière  et  le  retard  du  chariot,  et  l'on  constate  qu'en  opé- 
rant dans  des  conditions  identiques  on  arrive  à  coup  sûr  à  des  résultats 
semblables. 

Une  circonstance  dont  l'influence  est  peu  connue  et  qui  tend  à  aug- 
menter la  tension  du  ressort  sur  lui-même  consiste  à  produire  l'enroule- 
ment définitif  en  faisant  passer  le  fil  dans  la  filière  directrice  à  travers  le 

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—  514  — 

dernier  tron  qu'il  a  déjà  franchi;  le  récrouissage  et  la  tension  s'opèrent 
ainsi  par  deux  opérations  distinctes,  et  Ton  est  sûr  que  Tune  ne  nuira  pas 
à  Tautre. 

En  inclinant  la  filière  de  30  à  &0*  sur  la  direction  du  mandrin,  on  arrive 
à  produire  des  ressorts  dans  un  état  de  tension  inconnu  jusqu'ici,  et  quand 
le  diamètre  du  fil  ne  dépasse  pas  ^  du  diamètre  des  spires,  on  réussit  à  réa- 
liser le  ressort  hélice  ayant  une  longueur  réduite  nulle  ou  négatiye. 

Quand  on  veut  exagérer  les  choses,  et  pousser  à  outrance  l'application 
du  principe,  on  fixe  sur  le  support  une  sorte  de  buttoir  G,  avec  ou  sans 
galet,  qui  exagère  la  courbure  du  fil  sans  qu'il  cesse  de  traverser  normale- 
ment la  filière. 

Ce  qu'il  y  a  de  mieux  pour  une  fabrication  courante,  c'est  d'obtenir  le 
ressort  d'emblée  dans  l'état  de  tension  qui  convient  à  l'application  qu'on  en 
veut  faire;  mais  quand  cette  tension  a  été  exagérée,  il  est  facile  de  la  rame- 
ner à  la  valeur  voulue  :  on  attache  par  une  de  ses  extrémités  le  ressort  à 
un  point  fixe  et  on  exerce  sur  Fautre  extrémité  une  tension  capable  de 
dépasser  plus  ou  moins  la  limite  d'élasticité.  On  éprouve  ensuite  le  ressort 
en  mesurant  sa  longueur  sous  deux  charges  différentes,  et  l'allongement 
étant  considéré  comme  propo  rtionnel  à  la  charge,  on  peut  calculer  la  ten- 
sion initiale  du  ressort  et  sa  longueur  réduite . 


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ROUAGE  COMMUTATEUR  A  SYSTÈMES  SATELLITES 


Il  s'agit  d'un  rouage  commutateur,  à  systèmes  satellites,  qui  se  trouve 
en  relation  constante  avec  le  moteur  à  régler,  et  j'utilise  ce  système  pour 
transmettre  l'action  de  mon  modérateur  à  force  centrifuge,  soit  à  la  vanne 
d'admission  de  l'eau  dans  le  cas  où  le  moteur  est  hydraulique,  soit  à  la 
valve  d'arrivée  de  vapeur,  dans  le  cas  d'une  puissante  machine  à  vapeur. 

Le  dessin  annexé  permettra  de  se  rendre  facilement  compte  des  dispo- 
sitions spéciales  que  j'ai  combinées  et  qui  sont  représentées  fig.  12.  PL  19 
en  perspective. 

Le  rouage  se  compose  de  deux  systèmes  satellites  composés  chacun 
de  la  même  manière,  de  telle  sorte  que  la  description  de  l'un  des  systèmes 
est  la  description  de  l'autre  ;  j'ai  eu  soin  d'indiquer  dans  la  figure  12  les 
pièces  correspondantes  de  chaque  système  par  les  mêmes  lettres,  seule- 
ment les  unes  sont  des  lettres  simples  et  les  autres  des  lettres  primées. 

Chacun  des  deux  systèmes  se  compose  : 

!•  D'une  roue  E  ou  E'  folle  sur  l'axe  I  J  (ou  F  J')  et  portant  un  man- 
chon dans  lequel  tourne  librement  l'axe  des  deux  roues  fixes  B  et  D  (ou 
B'  et  IX)  ; 

2*"  D'un  pignon  A  (ou  A')  qui  est  en  relation  avec  les  rouages  exté- 
rieurs à  l'appareil  et  qui  engrène  avec  la  roue  B  (ou  B')  ; 

4 .  Certificat  d'addition  (S8  août  4867)  au  Brevet  da  6  décembre  4865. 


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—  516  — 

S""  D'un  pignon  G  (ou  G')  fixé  ainsi  qu'une  roue  à  cheville  H  (ou  H') 
sur  un  même  manchon  lequel  est  fixé  sur  l'arbre  I J  (ou  V  V)  ;  le  pigaon 
G  (ou  G')  engrène  avec  la  roue  D  (ou  D'). 

Les  deux  systèmes  sont  réunis  parce  que  la  roue  à  cheville  H  engrène 
avec  la  roue  folle  E'  et  la  roue  à  cheville  H',  avec  la  roue  folle  E. 

Les  palettes  K,  K'  d'une  ancre  d'arrêt  et  commandée  par  le  régula- 
teur à  l'aide  du  levier  L,  peuvent  à  volonté  s'engager  dans  les  chevilles  de 
la  roue  H,  ou  dans  celles  de  la  roue  H',  ou  bien  même  se  tenir  en  dehors 
de  ces  deux  roues. 

Le  rouage  étant  ainsi  disposé  constitue  deux  séries  d'engrenages  ou 
trains  pouvant  fonctionner  indépendamment  l'un  de  l'autre. 

L'un  des  systèmes  ou  trains  se  trouve  formé  par  les  mobiles  A  B  D  — 
GHE'  — D'B'A'; 

L'autre  par  les  mobiles  ABD  —  EH'G'  —  D'B'A'. 

11  est  facile  de  se  rendre  compte  que'  pour  une  même  rotation  directe 
du  pignon  A  le  mouvement  transmis  par  le  premier  train  au  pignon  A^ 
sera  égal  et  de  sens  contraire  à  celui  que  transmet  le  second. 

En  effet,  si  nous  supposons  que  Tancre  fixe  la  roue  à  cheville  H'  et 
par  suite  la  roue  E,  le  mouvement  de  rotation  directe  imprimé  au  pigaoa 
A  fournira  un  mouvement  direct  à  la  roue  H,  d'où  il  résultera  que  le  mou- 
vement sera  inverse  pour  E'  et  par  conséquent  pour  A'. 

Si,  au  contraire,  H  et  par  conséquent  E'  sont  rendus  immobiles 
(fig,  12),  le  même  mouvement  direct  de  A  donnera  à  E  un  mouvement 
inverse  et  par  conséquent  la  rotation  de  H'  G'  A' sera  directe,  et  comme  les 
rapports  des  nombres  de  dents  sont  les  mêmes  dans  les  deux  trains,  le 
mouvement  direct  de  A  aura  la  même  vitesse  que  le  mouvement  inverse 
donné  par  le  premier  train. 

Si  les  deux  trains  fonctionnent  en  même  temps,  la  rotation  de  A'  sera 
nulle. 

La  rotation  de  A'  transrpettra  dès  lors,  sous  l'influence  du  régulateur 
agissant  en  L,  le  mouvement  dans  un  sens  convenable  soit  à  une  vanne 
d'admission  de  l'eau,  soit  à  une  valve  d'arrivée  de  vapeur. 


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EXTRAITS 


DBS 


FEUILLETONS    SCIENTIFIOUES 

DU    JOURNAL    DES   DÉBATS 


VITESSES   RELATIVES 
DE   LA  LUMIÈRE  DANS  L'AIR  ET  DANS    L'EAU* 


(Lettre  au  Rédacteur,  30  avril  1850.) 


Monsieur, 

Je  n'attendrai  pas  l'expiration  de  la  quinzaine  pour  vous  rendre  compte  du  prin- 
cipal événement  de  la  séance  que  l'Académie  des  sciences  a  tenue  aujourd'hui.  On  savait 
que  M.  Arago  devait  parler  et  continuer  de  raconter  ses  belles  recherches  de  polarisation 
et  de  photométrie;  Taffluence  était  grande,  et  l'Académie  comptait  dans  son  sein  un 
associé  étranger  et  deux  membres  correspondants,  M.  David  Brewster,  lord  Brougham 
et  M.  de  La  Rive,  de  Genève.  Mais  ce  à  quoi  Ton  ne  s'attendait  pas,  c'est  que  M.  Arago 
devait  rappeler  un  des  plus  beaux  projets  qu'ait  enfantés  le  génie  d'un  savant,  et  déclarer 
qu'après  ravoir  conçu  il  laissait  à  la  jeune  génération  le  soin  et  l'honneur  de  le  mettre 
à  exécution.  Ce  projet,  il  en  a  été  plus  d'une  fois  question  ici  :  il  consistait  à  décider, 
au  moyen  d'un  miroir  tournant,  si  la  lumière  se  meut  plus  vite  ou  dans  l'air,  ou  dans 
Feau,  et  à  chercher  dans  le  résultat  probable  de  cette  expérience  la  confirmation  de  la 
théorie  aujourd'hui  en  faveur  pour  expliquer  l'ensemble  des  phénomènes  lumineux. 
Jugez,  monsieur,  de  l'émotion  avec  laquelle  je  dus  écouter  cette  généreuse  déclaration 

i.  Voir  page  173. 


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moi  qui  tenais  depuis  quelques  jours  ^  entre  mes  mains  la  solution  expérimentale  de  ce 
grand  I  problème  I  Néanmoins  j'ai  cru  convenable  de  diflérer  jusqu'à  la  séance  prochaine 
la  lecture  du  Mémoire  où  j'ai  consigné  mes  résultats.  En  attendant,  monsieur,  permet- 
tez-moi de  vous  énoncer  en  peu  de  mots  ce  que  j*ai  observé. 

La  lumière  emploie  plus  de  temps  à  parcourir  le  même  chemin  dans  l'eau  que  dans 
l'air,  et  la  durée  de  son  parcours  dans  ces  deux  milieux  différents  est  accusée  par  une 
déviation  du  rayon  qui  se  réfléchit  à  un  moment  donné  sur  un  miroir  tournant  avec 
une  grande  rapidité. 

Toutes  choses  égales  d'ailleurs,  les  déviations  se  sont  montrées  sensiblement  pro- 
portion nelles  aux  indices  de  réfraction  de  l'air  et  de  l'eau. 

Il  n'est  pas  possible  de  conserver  le  moindre  doute  sur  la  réalité  de  ces  résultats  : 
ils  ont  été  obtenus  de  deux  manières  différentes. 

Les  deux  déviations  ont  d'abord  été  observées  successivement  et  trouvées  inégales 
pour  une  même  vitesse  de  rotation  du  miroir.  Puis  elles  ont  été  vues  simultanément,  ce 
qui  rendait  encore  l'observation  plus  certaine.  Permettez-moi  de  m'en  tenu",  pour  le 
moment,  à  l'expression  un  peu  technique  de  ces  nouveaux  résultats.  Quand  les  colonne 
du  feuilleton  seront  libres,  j'entrerai  dans  les  développements  nécessaires  pour  rendre 
ces  propositions  plus  intelligibles  à  vos  lecteurs. 

Recevez,  monsieur,  etc. 


4.  Une  feuille  trouvée  dans  les  papiers  de  L.  Foucault  porte  à  la  suite  les  deux  indications 
suivantes  écrites  de  sa  main  : 

Dimanche  47  févriW  4850,  le  rayon  a  dévié. 

Samedi  27  avril  4850,  à  une  heure,  il  est  constaté  que  la  lumière  va  plus  vite  dans  l'air  que  dans 
Teau  :  à  quatre  heures,  quatre  personnes  en  sont  témoins. 


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DEMONSTRATION  EXPERIMENTALE 

DU  MOUVEMENT  DE  ROTATION  DE  LA  TERRE' 

(31  mai  1851.) 


La  notion  du  mouvement  de  rotation  de  la  terre  est  aujourd'hui  tellement  répandue, 
elle  a  si  victorieusement  passé  du  domaine  de  la  science  dans  celui  des  idées  vulgaires, 
qu'il  pourra  sembler  superflu  de  cherchera  en  donner  une  preuve  nouvelle.  Cependant, 
si  l'on  considère  que  les  principaux  arguments  à  Tappui  de  ce  mouvement  sont  tirés  de 
l'observation  des  phénomènes  célestes,  on  accordera  peut-être  encore  quelque  attention 
au  résultat  d'une  expérience  qui  permet  de  conclure  à  la  rotation  de  la  terre  par 
^inspection  d'unjihénomène^prod^^  à  domicile  et  sans  jeter  uncojip  d'œil  sur  le  ciel. 
De  même  que,  en  pleine  mer,  à  perte  de  vue  du  rivage,  le  pilote,  les  yeux  fixés  sur  le 
compas,  prend  connaissance  des  changements  de  direction  accidentellement  imprimés 
au  navire,  de  même  Thabitaùt  de  la  terre  peut  se  créer^  au  moyen  du  pendule,  une 
sorte  de  boussole  arbitrairement^orientée  dans  l'espace  absolu,  et  dont  le  mouvement 
.ig^j^arent  lui  révèleie  mouvement  réel  du  globe  qui  le  supporte.  Quand  l'aiguille 
aimantée,  qui  ne  cesse  de  viser  vers  le  nord,  a  l'air  de  tourner  dans  un  sens  ou  dans 
l'autre,' on  en  conclut  que  c'est  le  navire  qui  vire  de  bord  en  sens  opposé. 

En  voyant  tout  à  l'heure  lejjlôa4toaciLlaliûnu-d'ui)  pendule  libre  dévier  constamment 
dans  unjens  déterminé^  noua  conclurons  également,  en  présence  de  ce  plan  qui  ne 
doit  pas  tourner,  que  c'est  nous  qui  tournons  en  sens  contraire.  Sur  ce  point  donc,  nous 
serons  encore  une  fois  obligés  de  redresser  par  le  raisonnement  le  témoignage  de  nos 


sens.  c^^va^>•a-^^ 


En  mettant  le  pendule  en  branle,  nous  commencerons  par  établir,  en  nous  fondant 
4.  Voir  page  378. 


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sur  une  propriété  essentielle  de  la  matière,  sur  Tinertie,  gua  le  plan  déterminé  par  les 
oscillaUoAs  ne  peut  totir aer  autour  de  la  verticale  ;'  et  si,  contrairement  aux  lois  de 
la  mécanique  les  plus  absolues,  il  neuJs  semble  ^'animer  d'ua  mouvement  de  rotation 
conforme  à  celui  de  la  sphère  céleste,  nous  lutterons  contre  l'apparence  et  nous  Doas 
appiiquerons  à  nous-mêmes»  au  sol,  aux  objets  environnants,  ce  mouvement  en  sens 
contraire. 

Toutefois,  il  faut  bien  le  reconnaître,  si  Texpérience  nouvelle  parait  aujourd'hui 
concluante,  décisive,  on  doit  en  savoir  gré  au  progrès  du  temps.  Entre  les  maios  de 
Goperni£.Jl«  6alilée«  £etta.eipérience_n^eilt-été.âu'an£mbarras  de  plus,  par  la  dilQcultë 
'  qu'il  y  aurait  eu  alors  de  saisir  le  lien  qui,  pour  nous,  plus  avancés  en  mëcanigut^^  la 
rattache  au  mouvement  d^Ja^teire^  G* est  donc  bien  plutôt  une  conséquence  de  ce 
mouvement  qu'une  preuva  à  l'appui  d'une  vérité  incontestée  que  nous  voulons  produire 
ici;  car  si,  par  impossible,  il  se  trouvait  encore  des  personnes  entêtées  à  faire  tourner 
le  soleil  autour  de  la  terre,  il  est  certain  que,  pour  ces  esprits  prévenus,  la  déviation 
spontanée  du  plan  oscillatoire  d'un  pendule  resterait  sans  portée.  JULais^.considërée 
..xomme  une  simple  vérification,  cette  expérience  a. du  moins  pouj^elle  l'avantage  d'une 
exécution  facile,  d'une  réussite  assurée^  Le  phénomène  se  développe  ave^  calme^  il  est 
lÊeitaljJrrésistible  comme  la  cause  supérieure  qui  le  produit.  On  sent,  en  le  voyant  naître 
et  gfandir,  qu'il  n'est  pas  au  pouvoir  de  Teipérimentateur  d'en  hÀter  ni  d'en  retarder  la 
manifestation.  Tout  homme  mis  en  présence  du  fait,  converti  ou  non  aux  idées 
régnantes,  demeure  quelques  instants  pensif  et  silencieux,  et  généralement  il  se  retire 
emportant  par  devers  lui  un  sentiment  plus  pressant  et  plus  vif  de  notre  incessante 
mobilité  dans  l'espace. 

Gomme  nous  l'avons  déjà  dit,  l'observation  'porte  sur  la  marche  du  pendule,  l'un 
des  plus  précieux  instruments  de  la  physique,  l'une  des  plus  belles  conceptions  de 
Galilée. 

Lapendule  simple  est  une  abstraction  pure,  une  création  de  l'esprit  impossible  à 
réaliser  matériellement;  on  le  suppose  formé  d'une  molécule  pesante  suspendue  à  un 
fil  flexible,  inextensible  et  sans  pesanteur,  attaché  supérieurement  à  un  point  fixe,  et 
destiné  à  maintenir  une  distance  constante  entre  ce  point  fixe  et  la  molécule.  La 
flexibilité  parfaite  du  fil  au  point  d'attache  permet  à  la  molécule  de  se  mouvoir  sur  la 
surface  d'une  sphère  ayant  le  fil  pour  rayon  et  le  point  fixe  pour  centre.  Dans  lapratigue, 
on  approche  autant  que  possible  des  conditions  du  pendule  simple,  en  figurant  la  molé- 
cule pesante  par  une  sphère  métallique  très-dense,  et  le  ûl  mathématique  par  le  fil  le 
plus  ténu  qui  puisse  résistera  la  rifpture.  Muni  d'un  pareil  pendule,  le  physicien  yérifie, 
à  très-peu  près,  les  lois  que  la  mécanique  indique  comme  devant  représenter  la  marche 
du  pendule  simple.^G'est  ainsi  que  ce  pendule  physique,  écarté  de  la  verticale  de  deiix-ea 
trois  degrés  et  abandonné  à  lui-même,  passe  et  repasse  ^ar  celte  verticale  en  décrivant 


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de  part  et  d'autre  une  longue  série  d'oscillations  décroissantes  en  amplitude,  mais  dont 
jtesjfertes  Testent  sensibtOTrEUt  Tes.  mêmes,  depuis  les  plus  grandes  jusqu'aux  plus 

Cette  propriété  fondamentale  du  pendule,  découverte  par  GalîlJei„désigjiée..sous .  le 
nom^Msoc^jamigme,  a  été  depuis  plus  de  deux  sièclçs J!ûtÔjet.d!ol)seryatiQns  ianoin- 
^b£ables^  et  Huyghens,  en  appliquant  le  pendule  aux  horloges,  en  a  fait  Tinstrument  le 
plus  précieux  pour  la  mesure  du  temps.  Mais  en  s'emparant  du  pendule,  Thorlogerie  lui 
a  fait  subir  une  modification  qui  masquait  une  autre  propriété  remarquable,  celle  dont 
nous  Tenons  de  tirer  parti,  celle  enfin  de  garder  fidèlement  son  plan  d'impulsion  primi- 
tive. En  appliquante  pendule  aux  horloges,  on  a  trouvé  commode  de  le  suspendre, 
non  plus  par  un  fil,  mais  au  moyen  d'un  couteau  ou  d'une  lame  qui  Tastreintà  exécuter 
sa  digression  dans  un  plan  déterminé  par  construction  et  orienté  fixement  par  rapport 
aux  pièces  immobiles  de  la  machine,  d'où  il  suit  que  le  pendule  des  horlogers  n'oscille 
plus  librement  autour  d'un  point  sur  une  surface  de  sphère,  mais  bien  suivant  un  arc 
et  autour  d'un  axe  fixe. 

^ur  mettre  en  évidence  le  mouvement  de  la  terre,  il  a  fallu  rompre  cette  solidarité 
4iu^an  d'oscillation  avec  lejjoint  d'attache  et  revenir  au  pendule  libre|UafelliLxiélivrer 
l'admirable  instrug^int  dp.  ftglil<^ft  des  liens  qui  l'attachent  habituellement  à  la  terre  et 
lui  rendre  avec  son  indépendance  originelle,  ses  relations  naturelles  avec  l'espace 
absolu^ 

Une  sphère  bien  jcmdfii  suspendue  à  un  point  fixe  jar  un  fil  métallique  aussi  fin, 
aussi  homogène,  aussi  exactement  cylindrique  que  possible,  tel  est  jusqu'à  présent, 
_dajis4eate^sa  simplicité  galiléenne,  rinstrument  le  plus  propre  à  donner  à  l'homme  un 
^signe  sensible  de  la  rotation  du  globe  qu'il  habite.  Dès  qu'il  entre  en  mouvement,  ce 
pendule  appartient  en  quelque  sorte  aux  espaces  célestes,  et  s'il  tient  encore  par  un 
point  à  la  terre,  ce  n'est  que  pour  demeurer  sous  les  yeux  du  spectateur  et  lui  laisser 
un  témoignage  de  sa  propre  mobilité. 

Il  est  d'ailleurs  facile  de  prouver,  par  expérience,  jusqu'à  quel  point  on  peut 
compter  sur  l'indépendance  du  plan  d'oscillation. 

Avant  da^s^ prendre. au.nmayement  de  la  terre,  qui  par  sa  lenteur  même  oblige 
xte  recaurir  à  des  appareils  assez  développés,  installons  sur  une  table,  que  l'on  fera  mou- 
voir à  volonté,  un  petit  pendule:  une  balle  de  plomb  suspendue  à  un  fil.  La  chambre  où 
nous  opérons  sera  pour  nous  l'univers;  le  meuble  représentera  la  terre.  Le  pendule, 
attaché  à  un  support,  fonctionnera  au-dessus  d'un  cercle  traversé  par  différents  dia- 
mètres dont  le  point  d'intersection  corresponde  à  la  direction  du  pendule  au  repos.  Le 
pendule,  le  support  et  le  cercle  forment  un  tout  solidaire,  un  appareil  complet,  que 
nous  plaçons  d'abord  au  centre  de  la  table.  On  saisit  alors  la  balle  de  plomb;  on  l'écarté 
de  sa  position  d'équilibre  en  suivant  la  direction  d'un  des  diamètres  du  cercle,  puis  on 

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l'abandonne  à  elle-même  pour  se  mettre  en  observation.  Qu'arrive-t-il  alors?  La  chose 
du  monde  la  plus  simple  et  la  plus  évidente.  Aussitôt  devenu  libre,  le.jtendule  s'élance 
.vers  |ep.oint  du  cfinlre,.lç,  dépasse  en  vertu  de  sa  vitesse  acquise,  y  revient  encore,  passe 
et  repasse,  jusqu'à  l'expiration  de  son  mouvement  au-dessus  de  ce  centre,  en  oscillant 
-dftns^tt»  plan  invariable  dans  la  direction  du  diamètre  âuivaat  lequel  a  eu  lieu  l'écart 
primitif.  Que  Ton  cherche  à  prendre  ses  points  de  repère  en  dehors  de  la  table,  sur 
les  murs  de  la  chambre,  on  conclura  également  à  Timmobilité  du  plan  d'oscillation. 
Mais  si,  tandis  que  le  pendule  fonctionne,  on  vient  à  faire  tourner  doucement,  sans 
secousses,  la  table  sur  elle-même,  quelles  seront  les  relations  du  plan  d'oscillation  soit 
avec  les  objets  pris  en  dehors  de  ce  meuble,  soit  avec  des  rayons  du  cercle  divisé?  Vous 
tous  qui  n'avez  pas  encore  fait  Texpérience,  quelle  serait  votre  réponse  à  pareille  ques- 
tion? Ne  TOUS  semble-t-il  pas,  à  première  vue,  que  le  plan  d'oscillation,  entraîné  par  le 
mouvement  de  la  table,  va  changer  de  direction  dans  la  chambre,  en  conservant  la 
même  position  relative  sur  son  cercle  divisé?  Erreur  profonde!  c'est  justement  tout  le 
contraire  qui  arrive.  Le  plan  d'oscillation  n'est  pas  un  objet  matériel;  il  n'appartient  ni 
au  support  ni  à  la  table,  il  appartient  à  l'espace,  à  l'espace  absolu.  Le  mouvement  com- 
muniqué aux  objets  matériels  qui  environnent  le  pendule  change  leurs  rapports  avec 
son  plan  d'oscillation,  d'où  il  résulte  que  la  rotation  de  la  table  a  simplement  pour  effet 
de  faire  passer  successivement  les  différents  diamètres  du  cercle  divisé  sous  le  plan 
d'oscillation,  qui  demeure  invariable. 

Ceci  bien  établi,  il  est  nécessaire  d'aborder  l'expérience  dans  des  circonstances  un 
peu  plus  compliquées.  Tant  que  Tappareil  est  au  centre  de  la  table  et  que  celle-ci  se 
borne  à  tourner  sur  elle-même,  le  plan  d'oscillation  reste  absolument  fixe.  Mais  si  Ton 
place  Tappareil  sur  le  bord  de  la  table  tandis  qu'elle  se  meut  autour  de  son  centre  de 
figure,  la  verticale  du  pendule,  qui  doit  toujours  être  comprise  dans  le  plan  d'oscillation, 
devient  excentrique,  et  par  suite  elle  est  matériellement  assujettie  à  un  mouvement  de 
translation  qui  était  nul  dans  le  cas  précédent.  Ce  mouvement  entraîne  le  plan  d'oscilla- 
tion, et  l'on  ne  peut  plus  compter  sur  sa  fixité  absolue.  Est-ce  à  dire  qu'il  va  perdre  sa 
fixité  d'orientation?  Nullement.  Il  suit  la  verticale  dans  son  déplacement,  cela  est  vrai, 
mais  sa  direction  ne  change  pas.  Si,  à  l'origine,  il  était  parallèle  à  l'un  des  murs  de  la 
chambre,  il  lui  reste  parallèle  tout  en  se  plaçant  successivement  à  des  distances  variables. 
Ainsi  ferait  une  boussole  que  vous  transporteriez  de  ci  et  de  là  :  le  pivot  entraîne 
l'aiguille,  mais  l'aiguille  ne  tourne  pas.  Pour  le  plan  d'oscillation,  le  point  de  suspen- 
sion est  le  pivot;  il  entraîne  le  plan  d'oscillation  parallèlement  à  lui-même;  il  ne  saurait 
le  faire  dévier.  Or,  tandis  que  la  table  tourne  sur  son  axe  fictif  emportant  l'appareil  pen- 
dulaire placé  hors  du  centre,  elle  imprime  un  mouvement  de  translation  commun  au 
plan  d'oscillation  et  au  cercle  divisé;  de  plus,  elle  communique  à  celui-ci  un  meuve, 
ment  angulaireauquel   résiste  le  plan  d'oscillation.  On  peut  donc  négliger  le  mouve- 


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—  523  — 

ment  commun  de  translation,  et  Ton  retombe  alors  dans  le  cas  précédent,  où  l'on  n'avait 
qu*à  considérer  le  contraste  de  l'immobilité  du  plan  d'oscillation  et  de  la  rotation  du 
cercle  autour  de  son  centre.  On  pourrait  introduire  encore  dans  l'expérience  un  surcroît 
de  complication  qui  ne  serait  pas  sans  analogie  avec  la  complication  des  mouvements 
des  corps  célestes.  On  pourrait,  en  même  temps  qu'on  fait  tourner  la  table  sur  elle- 
même,  la  faire  circuler  autour  de  la  chambre.  Dans  ce  cas,  le  point  de  suspension 
décrirait  dans  l'espace  une  courbe  sinueuse,  sans  porter  atteinte  au  parallélisme  du  plan 
d'oscillation. 

Jusqu'ici  l'observateur  est  placé  en  dehors  du  petit  théâtre  où  se  manifestent  les 
déplacements  relatifs  du  plan  d'oscillation  et  des  repères  sous-jacents,  et  par  là  il  acquiert 
expérimentalement  la  notion  de  l'invariabilité  de  ce  plan.  En  cela  le  témoignage  de  ses 
sens  reste  parfaitement  d'accord  avec  les  résultats  qu'on  aurait  pu  produire,  a  priori, 
des  principes  de  la  mécanique  rationnelle.  Hais  si  le  théâtre  de  l'expérience  s'agrandit 
au  point  d'englober  l'expérimentateur  lui-môme,  si  au  lieu  de  s'appliquer  uniquement 
à  la  table  le  mouvement  de  rotation  emporte  la  maison  tout  entière,  oh!  alors  les  appa- 
rences deviennent  tout  à  fait  inverses.  C'est  le  plan  d'oscillation  qui  semble  se  dévier 
par  rapport  aux  objets  réellement  mobiles  qui  l'environnent.  A  plus  forte  raison  si  c'est 
la  terre  elle-même  qui  tourne  dans  l'espace,  l'illusion  sera-t-elle  complète  ;  et  voilà  pour- 
quoi un  pendule  libre,  dès  qu'il  oscille,  soit  au  fond  d'une  cave,  soit  dans  la  salle  de  la 
méridienne  de  l'Observatoire,  soit  sous  la  belle  coupole  du  Panthéon,  voilà  pourquoi  le 
pendule,  par  sa  tendance  à  garder  son  plan  d'impulsion  primitive,  dessine  en  présence 
de  l'observateur  une  série  de  trajectoires  illusoirement  inclinées  les  unes  sur  les  autres. 
Que  si,  par  la  force  du  raisonnement,  nous  parvenons  à  triompher  de  ces  apparences, 
il  faudra  bien  en  conclure  que  c'est  la  terre  et  nous-mêmes  qui  tournons  en  sens 
inverse. 

Mais,  dira-t-on,  le  globe  de  la  terre,  sensiblement  sphérique,  peut- il  être  comparé 
dans  son  mouvement  de  rotation  à  cette  table  plate  que  vous  faites  manœuvrer  au 
milieu  d'un  salon?  Il  faut  Tavouer,  la  comparaison  ne  peut  être  soutenue  comme  exacte 
qu'autant  qu'on  suppose  le  pendule  installé  au  pôle  même  de  la  terre  ou  sur  une  région 
tellement  voisine,  qu'il  n'y  ait  pas  lieu  à  se  préoccuper  de  la  courbure  de  la  terre.  Dès 
qu'on  s'éloigne  notablement  du  pôle,  il  survient  une  complication  provenant  de  ce  que 
la  verticale  inclinée  sur  l'axe  du  monde  décrit  en  vingt-quatre  heures  une  surface 
conique  et  change  incessamment  de  direction  dans  l'espace.  Changeant  ainsi  de  direc- 
tion, elle  entraîne  le  plan  d'oscillation  qui  la  contient  toujours  et  qui  dès  lors  ne  peut 
plus,  comme  dans  les  expériences  en  petit,  rester  parallèle  à  elle-même.  Faut-il  pour 
cela  abandonner  la  partie,  se  jeter  à  corps  perdu  dans  l'analyse  pure,  renoncer  à 
pénétrer  par  la  vue  directe  de  l'esprit  dans  l'intimité  du  phénomène?  Nous  ne  le  pen- 
sons pas. 


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Prenons  une  sphère,  marqaons-y  deux  pôles  opposés,  traçons  un  cercle  de  latitude 
représentant  celui  qui  passe  par  Paris.  En  un  petit  point  de  ce  cercle  imaginons  un  petit 
pendule  battant  dans  le  plan  du  méridien  :  du  moment  où  le  globe  vient  à  tourner,  la 
verticale  s'inclina  en  dehors  du  plan  d'impulsion  primitive;  dès  lors  le  plan  d'oscillation 
change,  mais  l'inertie  de  la  matière  est  toujours  là  qui  ne  perd  pas  ses  droits,  elle  réduit 
au  minimum  l'angle  qui  mesure  l'inclinaison  du  plan  d'oscillation,  considéré  dans 
deux  positions  successives  correspondant  à  deux  directions  infiniment  voisines  de  la 
verticale.  Guidé  par  ces  considérations,  on  est  conduit  à  construire  sur  un  cercle  de 
latitude  quelconque  une  série  de  petites  lignes  sensiblement  parallèles  les  unes  aux 
autres,  représentant  les  traces  du  plan  d'oscillation  dans  ses  positions  diverses,  et  en 
comparant  leurs  directions  avec  les  différents  méridiens  qu'elles  croisent,  on  trouve  : 

1«  Que  pour  un  observateur  attaché  au  sol,  la  déviation  du  plan  d'oscillation  a  lien 
en  sens  inverse  du  mouvement  de  la  terre  ; 

2»  Que  le  mouvement  d'oscillation,  égal  sur  le  pôle  au  mouvement  de  la  terre,  se 
ralentit  à  mesure  qu'on  approche  de  l'équateur  où  il  devient  nul,  et  qu'il  a  lieu  en  sens 
opposé  dans  les  deux  hémisphères  ; 

S<»  Que  la  vitesse  angulaire  du  plan  d'oscillation  est  égale  à  celle  de  la  terre,  mul- 
tipliée par  le  sinus  de  la  latitude  du  lieu  où  Ton  opère;  d'où  il  résulte  que  cette  vitesse 
est  uniforme,  et  que  le  plan  d'impulsion  primitive  est  réellement  arbitraire. 

Nous  donnons  avec  confiance  ces  indications  théoriques  auxquelles  on  arrive  de 
tout  côté,  soit  qu'en  suivant  M.  fiinet,  qui  s'y  est  avancé  le  premier,  on  prenne  la  voie 
de  l'analyse,  considérée  par  les  uns  comme  étant  la  plus  sûre,  soit  qu'à  la  manière  de 
M.  Liouville  et  de  M.  Poinsot,  on  se  laisse  guider  par  des  considérations  empruntées  à 
la  mécanique  et  la  géométrie. 

Au  reste,  ces  diverses  conséquences  ne  s'appliquent  qu'au  pendule  simple,  qu'à 
Tétre  de  raison  que  tout  d'abord  nous  avons  défini  géométriquement;  encore  faut-il  que 
ses  oscillations  soient  réduites  à  des  amplitudes  infiniment  petites.  En  passant  de  la 
théorie  à  l'expérience  le  physicien  doit  s'attendre  à  des  mécomptes;  et,  dans  le  cas 
présent,  il  devait  s'estimer  très-heureux  s'il  parvenait  avec  un  pendule  matériel  à  obtenir 
une  déviation  non  équivoque  dans  le  sens  prévu.  Quant  à  nous,  l'entreprise  nous  sem- 
blait tellement  téméraire,  qu'avant  de  l'aborder  de  front  nous  avons  voulu  nous  assurer, 
par  une  expérience  préliminaire,  de  l'indépendance  du  plan  d'oscillation  dans  des 
circonstances  où  l'on  peut  conclure  du  petit  au  grand,  aussi  bien  dans  le  temps  que 
dans  l'espace. 

Une  verge  d'acier  sensiblement  ronde  étant  fixée  sur  l'arbre  d'un  tour  dans  le 
prolongement  même  de  Taxe  était  mise  en  vibration  dans  un  plan  quelconque  qui  était 
nettement  accusé  dans  l'espace  par  la  persistance  des  impressions  visuelles.  Tandis 
qu'elle  vibrait  encore,  on  faisait  tourner  à  la  main  l'arbre  qui  lui  servait  de  support,  et 


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l'on  constatait  que,  bien  que  la  verge  tournât  elle-même,  le  plan  de  vibration  résistait 
à  l'entraînement  d'une  manière  manifeste. 

Bien  que  la  verge  fût  courte  et  les  vibrations  peu  persistantes,  rexpérience  parut 
très-concluante,  attendu  qu'en  quelques  secondes  le  nombre  des  oscillations,  déjà  consi- 
dérable, représentait  une  épreuve  de  bien  plus  longue  durée  sur  le  pendule.  Toutes 
réflexions  faites,  il  n'y  avait  plus  qu'à  se  préoccuper  des  moyens  de  construire  un  pen- 
dule réellement  libre.  Pour  qui  n'a  plus  à  redouter  que  des  difficultés  d'exécution, 
iallût-il  compter  sur  des  prodiges,  M.  Froment  est  là,  dont  le  talent  accompli  n'es 
jamais  resté  en  défaut  devant  un  problème  nettement  posé.  Les  conditions  mécaniques 
à  remplir  dans  cette  circonstance  étaient  clairement  définies  :  fixité  absolue  du  point  de 
suspension,  symétrie  parfaite  de  l'appareil  dans  toutes  ses  parties.  M.  Froment  a  su  les 
réaliser  d'une  manière  admirable  et  procurer  au  physicien  qui  s'est  conGé  à  lui  la  con- 
firmation complète  et  rapide  de  l'idée  préconçue. 

L'appareil  qui  a  le  premier  fonctionné  utilement  n'avait  pas  plus  de  2  mètres 
de  haut  ;  il  consistait  en  une  sphère  de  laiton  pesant  5  kilogrammes,  suspendue  par 
un  fil  d'acier  à  un  support  en  fonte  solidement  scellé  au  sommet  de  la  voûte  d'une  cave. 
On  mettait  le  pendule  en  marche  dans  une  direction  quelconque  en  saisissant  la  boule 
dans  une  anse  de  fil  combustible,  en  la  maintenant  écartée  de  sa  position  d'équilibre 
jusqu'à  ce  que  le  système  rentrât  dans  le  repos;  puis  on  mettait  le  feu  au  fil,  qui,  par 
ce  moyen,  rompu  sans  secousse,  laissait  le  pendule  osciller  dans  un  plan  bien  déter- 
miné. Une  demi-heure  plus  tard,  ce  plan  avait  tellement  changé  de  direction  qu'on  s'en 
apercevait  au  premier  coup  d'oeil.  Répétée  une  multitude  de  fois  dans  des  directions 
variées,  Texpérience  a  toujours  donné  le  même  résultat.  Le  plan  a  constamment  dévié; 
et  même  il  a  toujours  tourné  autour  de  la  verticale  dans  un  sens  tel,  que  dans  ses 
retours  successifs  au-devant  de  l'observateur,  la  boule  se  portait  de  plus  en  plus  vers  la 
gauche.  Si  parfois  deis  irrégularités  entachaient  les  résultats,  elles  portaient  seulement 
sur  la  grandeur,  jamais  sur  le  sens  de  la  déviation,  qui  toujours  semblait  entraîner  le 
plan  d'oscillation  d'un  mouvement  apparent  conforme  à  celui  de  la  voûte  céleste.  Il  était 
évident  qu'on  opérait  sur  une  trop  faible  hauteur.  £n  effet,  le  même  appareil  transporté 
à  l'Observatoire,  installé  avec  Tautorisation  de  M.  Arago  dans  la  salle  de  la  méridienne 
et  suspendu  à  11  mètres  de  fil,  prit  aussitôt  une  marche  beaucoup  plus  régulière, 
beaucoup  plus  apparente.  Partout  où  Ton  pourra  disposer  librement,  sans  restriction, 
d'une  hauteur  de  10  à  12  mètres,  on  sera  à  même  d'étudier  sérieusement  et  à  fond 
l'influence  de  la  rotation  de  la  terre  sur  la  marche  du  pendule. 

Mais  sous  les  voûtes  élevées  de  certains  édifices  le  phénomène  devait  prendre  une 

splendeur  magnifique.  Nous  avons  trouvé  dans  le  Panthéon  un  emplacement  merveil- 

eusement  approprié  à  Tinstallation  d'un  pendule  gigantesque;  nous  avons  trouvé  pareil- 

lement  dans  l'administration  les  dispositions  les  plus  favorables  à  l'exécution  du  progrès 


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que  suggérait  la  vue  de  cette  immense  coupole.  Sur  une  simple  description  da  projet 
d'expérience,  sur  l'énoncé  des  résultats  probables  qu'elle  fournirait  à  la  science  et  qu'elle 
mettrait  sous  les  yeux  de  tout  le  monde,  le  Président  de  la  République  résolut  que  la 
chose  serait  faite,  et  a?ec  la  rapidité  de  l'éclair  sa  haute  protection  réagissant  jusqu'au 
dernier  degré  de  l'échelle  administrative,  on  vit,  en  moins  de  quinze  jours,  se  dresser 
les  appareils  qu'il  nous  reste  à  décrire. 

Au  sommet  de  la  coupole,  ornée  par  les  peintures  de  Gros,  se  trouvait  un  tampon, 
une  sorte  de  couvercle  qui,  une  fois  enlevé,  a  laissé  béante  une  ouverture  circulaire 
d'un  mètre  et  demi  de  diamètre.  On  a  commencé  par  jeter  en  travers,  d'un  bord  à 
l'autre,  comme  un  pont  d'une  seule  pièce,  un  fort  madrier  en  sapin  deO*",2iO  d^équarris- 
sage,  et  l'on  a  comblé  par  un  plancher  l'espace  resté  libre  de  chaque  côté.  Au  milieu  du 
madrier,  on  a  percé  un  trou  évasé  par  le  bas  dont  l'axe  se  confond  avec  celui  du  dôme. 
C'est  par  ce  trou  que  passe  le  fll  attaché  aux  pièces  métalliques  posées  sur  la  face  supé-  • 
rieure  du  madrier.  Tandis  qu'on  travaillait  activement  &  consolider  ainsi  le  point 
d'attache,  ou  prenait  possession  de  l'espace  circulaire  occupé  sur  le  sol  parla  mosaïque 
et  circonscrit  par  la  rampe  d'acajou.  Pour  se  mettre  en  garde  contre  les  accidents  qui 
auraient  pu  résulter  de  la  rupture  du  fll  et  du  choc  de  la  masse  qu'il  supporte,  on 
recouvrait  la  mosaïque  d'un  plancher,  et  sur  ce  plancher  on  déposait  une  couche  de 
terre  épaisse  d'une  vingtaine  de  centimètres.  En  même  temps  on  élevait,  à  peu  près  à  la 
hauteur  de  la  rampe,  un  cercle  en  bois  de  6  mètres  de  diamètre  divisé  en  degrés  et 
quarts  de  degré  et  centré  sur  la  verticale  passant  par  le  point  de  suspension.  D'autre 
part,  on  repoussait  dans  une  forte  plaque  de  laiton  deux  calottes  hémisphériques;  on  les 
réunissait  par  une  soudure  équatoriale  et,  en  y  coulant  du  plomb,  on  formait  un  globe 
très-dense  qui,  sous  un  diamètre  de  0'',i8,  pèse  28  kilogrammes.  Ce  globe,  armé  d'un 
prolongement  aigu,  a  été  attaché  à  l'extrémité  libre  d'un  fll  métallique,  qui,  sous 
l'influence  de  l'eS'ort  exercé  par  un  poids  si  considérable,  s'est  allongé  une  fois 
pour  toutes  de  5  à  6  centimètres.  Ainsi  constitué,  le  pendule  a  été  mis  en  branle 
avec  les  précautions  déjà  indiquées,  et  après  une  oscillation  double  de  seize  secondes 
de  durée,  on  Ta  vu  revenir  à  2  millimètres  et  demi  environ  à  gauche  du  point  de 
départ.  Le  même  ettei  continuant  A  se  produire  à  chaque  oscillation,  la  déviation  va 
grandissant  toujours  proportionnellement  au  temps,  et  s'évalue  clairement  sur  le  cercle 
gradué  tant  que  le  mobile,  armé  de  sa  pointe,  continue  à  dépasser  de  part  et  d'autre  les 
moteurs  mobiles  sur  la  division;  mais  quand  les  oscillations  diminuent  d'amplitude,  le 
phénomène  deyient  moins  facile  à  observer  :  c'est  pourquoi  l'on  a  placé  au  milieu  du 
cercle  une  table  d'une  étendue  beaucoup  moindre,  dont  la  surface  horizontale  est 
traversée  par  une  série  de  diamètres  s'entre-coupant  les  uns  les  autres  sous  l'angle  de 
cinq  degrés.  Par  ce  moyen,  le  plan  des  oscillations,  quelque  petites  qu'elles  soient,  peut 
être  suivi  dans  son  mouvement  apparent  pendant  cinq  ou  six  heures. 


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—  527  — 

Pendant  le  premier  quart  d'heure  qui  suit  l'impulsion  première,  nous  avons  trouvé 
commode  pour  Tévidence  de  la  démonstration,  de  déposer  sur  le  pourtour  du  cercle 
de  petits  monticules  de  sable  fin  dans  lesquels  le  pendule  pratique,  à  son  premier 
passage,  une  brèche  qui  s'agrandit  progressivement  aux  passages  successifs  et  laisse 
ainsi  une  trace  matérielle  du  mouvement  de  la  terre  estimé  parallèlement  à  l'horizon 
pendant  la  durée  de  Texpérience. 

Jusqu'à  présent  l'appareil  n'a  encore  fonctionné  que  pour  la  démonstration  ;  à  notre 
avis  c'est  déjà  beaucoup,  car  à  la  vue  de  ce  public  éclairé  venant  spontanément 
s'accouder  sur  la  rampe  intérieure  du  Panthéon,  il  est  évident  que  nous  ne  serons  pas 
seul  à  profiter  de  la  faveur  qui  nous  a  été  faite,  à  la  reconnaître  et  à  Tapprécier 
dignement. 

,  Hais,  en  outre,  la  science  y  gagnera  plus  qu'on  ne  pouyait  s'y  attendre.  Sous  ces 
grandes  dimensions,  l'appareil  présente  des  qualités  qu'on  tenterait  yainement  de  lui 
communiquer  en  le  construisant  en  petit  arec  tous  les  soins  imaginables.  Déjà  la  régu- 
larité de  sa  marche  promet  les  résultats  les  plus  concluants;  on  recueillera  des  nombres 
qui,  comparés  avec  les  prévisions  de  la  théorie,  permettront  d'apprécier  jusqu'à  quel 
point  ce  pendule  véritable  se  rapproche  ou  diffère  du  système  abstrait  désigné  sous  le 
Dom  de  pendule  simple.  Le  travail  analytique  et  profond  de  M.  Binet,  les  remarques 
nettes  et  vives  de  M.  Liouyille  et  les  aperçus  ingénieux  de  M.  Poinsot  nous  font  un 
devoir  de  continuer  notre  œuvre  avec  persévérance. 

Assurément  nous  n'y  manquerons  pas. 


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MOUVEMENT  DE  LA  TERRE 

DÉMONTRÉ  PAR  LA   ROTATION   D'UN  CORPS^ 


(Lettre  au  Rédacteur,  23  leptombre  1852.) 

Monsieur, 

Permettez- moi  de  tous  communiquer  quelques  nouveaux  résultats  d'expérienœs 
que  je  poursuis  depuis  un  certain  temps  et  qui  fournissent  encore  quelques  preuves 
physiques  du  mouvement  de  la  terre. 

En  cherchant  à  découvrir  de  nouveaux  signes  de  ce  grand  phénomène,  j'ai  rai- 
sonné sur  le  pian  de  rotation  d'un  corps  qui  tourne,  comme  je  l'avais  fait  précédemment 
sur  le  plan  d'oscillation  du  pendule. 

Il  m*a  semblé  qu'un  corps  tournant  autour  d'un  axe  principal  et  librement  sus- 
pendu par  son  centre  de  gravité  devait  tout  aussi  bien  qu'un  pendule  mis  en  branle 
résister  à  l'entraînement  de  la  rotation  du  globe.  Un  appareil  que  j'ai  fait  construire  sur 
cette  donnée  a,  en  effet,  fourni  du  mouvement  de  la  terre  le  nouveau  signe  que  je  cher- 
chais. Fixement  orienté  dans  l'espace  absolu,  Taxe  du  corps  tournant,  examiné  au 
microscope,  semble  rétrograder  lentement  d'orient  en  occident  et  chemine  d'une 
manière  continue  dans  le  champ  de  Tinstrument,  comme  Timage  des  corps  célestes  au 
foyer  de  la  lunette. 

J'ai,  de  plus,  reconnu  par  expérience  dans  les  corps  tournant  sur  eux-mêmes  une 
propriété  singulière  que  le  raisonnement  m'avait  désignée  d'avance  ;  je  veux  parler 
d'une  force  d'orientation  qui  tend  à  diriger  Taxe  du  corps  parallèlement  à  celui  de  la 
terre  et  à  disposer  en  même  temps  les  deux  rotations  dans  le  même  sens. 

Cette  force  d'orientation  se  manifeste  toutes  les  fois  que  l'axe  du  corps  tooroaot 

4.  Voir  page  401. 


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—  529  — 

est  maintenu  dans  un  plan  fixe  avec  la  terre,  tout  en  conservant  la  liberté  de  se  diriger 
dans  ce  plan. 

Cette  nouvelle  propriété  des  corps  tournants  donne  du  mouvement  de  la  terre  des 
signes  très-apparents  et  qui  rappellent  jusqu'à  un  certain  point  les  évolutions  de 
l'aiguille  aimantée. 

Opère-t-on  dans  le  plan  horizontal,  l'axe  du  corps  se  dirige  vers  le  nord  et  l'appa- 
reil fonctionne  à  la  manière  de  la  boussole  de  déclinaison.  Opère-t-on  dans  un  plan 
vertical  quelconque,  Taxe  de  rotation  s'incline  et  figure,  en  se  rapprochant  de  la  direc- 
tion de  Taxe  terrestre,  l'aiguille  qui  manœuvre  dans  les  boussoles  d'inclinaison. 

Depuis  quatre  mois,  tous  ces  faits  sont  pour  moi  hors  de  doute,  et  pour  en  faire 
part  à  l'Académie  des  sciences  j'attendais  paisiblement  l'expiration  des  vacances  et  le 
retour  d'une  époque  plus  favorable  à  la  présentation  d'un  assez  long  travail.  Mais  ayant 
appris  qu'un  savant  des  plus  honorables  allait  s'engager  dans  la  voie  que  j*avais  suivie, 
j'ai  cru  devoir,  monsieur,  sans  larder  d'un  seul  jour,  préciser  devant  vous  et  devant  le 
public  les  faits  acquis  par  mes  efforls  à  cette  partie  de  la  science. 

Veuillez  agréer,  etc. 


(I*'"  octobre  1852.) 

Nous  avons  publié  dans  le  numéro  du  22  septembre  une  lettre  au  rédacteur  conte- 
nant l'exposé  sommaire  de  quelques  expériences  nouvelles  sur  le  mouvement  de  rota- 
tion de  la  terre.  L'obligation  où  nous  étions  alors  de  dire  beaucoup  de  choses  en  peu  de 
mots  a  dû  nous  rendre  presque  inintelligible  aux  personnes  qui  n'ont  pas  fait  de  la 
mécanique  l'objet  de  leurs  préoccupations  habituelles.  Il  ne  s'agissait  pas  alors  d'entre- 
prendre une  démonstration,  il  fallait  tout  simplement  consigner  des  faits  et  écarter 
jusqu'à  l'imminence  d'une  discussion  de  priorité.  Dieu  soit  loué,  le  but  a  été  rempli  ! 
La  présentation  du  travail  complet  a  eu  lieu  sans  encombre  devant  l'Académie;  les  expé- 
riences ont  été  reproduites  devant  les  spectateurs  compétents,  et  nous  pouvons  en  toute 
sécurité  raconter  les  opérations  nouvelles  qui,  de  concert  avec  le  pendule,  confirment  la 
théorie  déjà  si  solide  de  la  rotation  du  globe. 

Personne  assurément  ne  conteste  aujourd'hui  la  déviation  apparente  offerte  par  le 
pendule,  et  il  en  est  bien  peu  qui  refusent  de  considérer  cette  déviation  comme  un  signe 
irrécusable  du  mouvement  de  la  terre;  mais  quand  il  s'agit  d'interpréter  l'expérience, 
des  difficultés  se  présentent  encore  à  l'esprit  de  beaucoup  de  gens  pour  qui  la  fixité  du 

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—  530  — 

plan  d'oscillation  est  resiée  un  mystère.  Puisque  le  point  d'attaché  voyage  avec  la  sur- 
face de  la  terre,  puisque  la  verticale  du  lieu  où  Ton  opère  s'incline  à  tout  moment  dans 
l'espace,  comment  le  plan  d'oscillation  peut-il  rester  fixe  ou  seulement  conserver  sa 
direction  initiale?  Voilà  la  pierre  d'achoppement  de  tous  ceux  qui,  sans  tenir  compte  de 
la  décomposition  des  mouvements  de  rotation,  entrent  de  confiance  dans  le  domaine  de 
la  mécanique  et  pensent  s'y  diriger  avec  les  lumières  du  simple  bon  sens.  L'erreur  ou 
Finsuffisance  de  vue  tient  à  ce  qu'on  prend  dans  un  sens  absolu  cette  fixité  de  plan  qui, 
est  seulement  relative  à  la  verticale  du  lieu.  C'est  faute  d'avoir  compris  dans  son  accep- 
tion véritable  la  fixité  du  plan  d'oscillation  que  beaucoup  de  personnes  se  sont  fait  delà 
déviation  du  pendule  une  idée  inexacte  et  ont  méconnu  sa  valeur  et  son  uniformité. 

Mais  si  dans  Texpérimeutation  on  remplace  le  plan  de  vibration  du  pendule  par  le 
plan  de  rotation  d'un  corps  librement  suspendu  par  son  centre  de  gravité,  on  fait  dispa- 
raître l'embarras  de  cette  fixité  relative,  et  l'on  n  a  plus  à  considérer  qu'un  plan  physi 
quement  défini  et  qui  jouit  réellement  d'une  fixité  de  direction  absolue.  Si,  au  moment 
où  on  le  met  en  rotation,  ce  corps  vise  par  son  axe  sur  une  étoile  du  ciel  pendant  tout  le 
temps  que  durera  le  mouvement,  cet  axe  restera  dirigé  vers  le  même  point  du  firma- 
ment, et  cela  en  veitu  de  l'inertie  de  la  matière  ou  par  cette  bonne  raison  qu'il  est 
incapable  de  se  déplacer,  de  se  désorienter  tout  seul.  Si  donc  on  fait  choix  d'une  bonne 
étoile  ou  si  l'on  vise  sur  un  des  points  du  ciel  qui  ont  l'air  de  se  mouvoir  le  plus  vite, 
l'axe  de  rotation  examiné  avec  attention  participera  au  môme  déplacement  apparent  et 
donnera  du  mouvement  de  la  terre  un  signe  manifeste.  Il  ne  faudrait  pas,  par  exemple, 
pointer  dans  la  direction  qui  mène  à  l'étoile  polaire,  car  cette  étoile  n'ayant  pas  de  mou- 
vement apparent,  l'instrument  se  comporterait  de  môme.  Il  faut,  au  contraire,  viser 
dans  la  direction  perpendiculaire,  afin  d'obtenir  l'efi'et  le  plus  maixjué. 

Peu  nous  importe  donc  d'habiter  les  pôles  ou  l'équateur  pour  vérifier  la  rotation  de 
la  terre  à  l'aide  du  plan  de  rotation.  La  seule  indication  à  suivre  exactement  est  de  sous- 
traire le  corps  qui  tourne  à  la  pesanteur,  de  le  supporter  par  son  centre  de  gravité  sans 
agir  autrement  sur  lui,  sans  lui  imposer  aucun  lien  qui  le  rattache  à  la  terre  ;  il  faut  en 
faire  plus  qu'une  planète,  il  faut  en  faire  un  petit  astre  isolé,  peixiu  en  quelque  sorte 
dans  les  espaces  et  dégagé  de  toute  action  perturbatrice. 

Mais  où  trouver,  s'il  vous  plaît,  un  constructeur  disposé  à  accepter  une  pareille 
commande?  C'était  à  désespérer  du  succès  si  nous  n'eussions  connu  dès  longtemps 
H.  Proment,  dont  la  main  sûre  et  légère  a  déjà  réalisé  tant  de  merveilles,  u  Veuillez 
monter  sur  un  axe  d'acier  une  couronne  de  bronze,  avons-nous  dit  à  cet  artiste  incom- 
parable ;  faites  qu'il  puisse  tourner  vivement  à  l'intérieur  d'un  cercle  reposant  par  des 
couteaux  sur  un  second  cercle  extérieur,  qui  lui-môme  sera  suspendu  à  un  fil  sans  tor- 
sion ;  armez  tout  le  système  de  contre-poids  à  vis  pour  obtenir  un  équilibre  parfait,  et  si 
véritablement  la  terre  tourne,  on  le  verra  bien  au  microscope.  »  Après  huit  mois  de 


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—  531  — 

surveillance  assidue,  nous  sommes  entré  en  possession  d'un  appareil  si  parfait,  que, 
maigre  leurs  masses,  les  pièces  qui  le  composent  se  meuvent  au  moindre  souffle  les  unes 
sur  les  autres. 

ê 

Cependant  cette  extrême  mobilité  que  Ton  constate  avec  admiration  disparaît  aussi- 
tôt que  la  couronne  de  bronze  se  met  à  tourner;  car  alors,  en  vertu  de  la  fixité  du  plan 
de  rotation,  le  système  tout  entier  se  consolide  dans  l'espace  avec  une  énergie  véritable- 
ment surprenante.  Dans  cet  état,  le  corps  tournant  cesse  de  participer  au  mouvement 
diurne  qui  anime  notre  globe,  et,  en  effet,  bien  que  son  axe,  en  raison  de  sa  brièveté, 
semble  conserver  sa  direction  première  relativement  aux  objets  terrestres,  il  suffit  d'en 
approcher  le  microscope  pour  constater  un  mouvement  apparent,  uniforme  et  continu 
qui  lui  fait  suivre  exactement  le  mouvement  de  la  sphère  céleste.  Ainsi  l'on  obtient  avec 
une  déviation  de  nouvelle  espèce  un  nouveau  signe  de  la  rotation  de  la  terre,  et  on 
Tobtient  avec  un  instrument  réduit  à  de  petites  dimensions,  aisément  transportable  et 
qui  donne  l'image  du  mouvement  continu  de  la  terre  elle-même.  Vous  n'avez  plus 
seulement  sous  les  yeux,  comme  avec  le  pendule,  le  déplacement  progressif  d'un  plan 
idéal  plus  ou  moins  bien  défini  parla  trajectoire  d'une  masse  oscillante;  vous  possédez 
des  pièces  matérielles  réellement  soustraites  à  Tentraînemcnt  du  mouvement  diurne  et 
qui  ne  retombent  sous  la  commune  loi  qu'après  l'amortissement  de  la  vitesse  du  mobile. 

Il  nous  reste  maintenant  à  décrire  des  phénomènes  d'un  autre  ordre  qui  sont  plus 
promptement  visibles  qu'aucun  de  ceux  déjà  connus.  Ces  phénomènes  manifestent  dans 
les  corps  tournant  à  la  surface  de  la  terre  une  force  d'orientation  qu'on  n'avait  pas  aper- 
çue et  qui  pourtant  ressort  en  toute  évidence  de  l'admirable  théorie  de  la  composition 
des  couples  telle  que  l'a  créée  M.  Poinsot.  Le  système  d'expérimentation  à  suivre  dans 
cette  seconde  série  d'expériences  consiste  à  supprimer  le  jeu  d'une  des  articulations  qui 
laissent  à  la  couronne  ou  mieux  au  loreA^  bronze  son  entière  liberté  autour  du  centre 
de  gravité. 

On  doit  comprendre  au  peu  que  nous  avons  dit  de  la  construction  de  l'appareil  que 
ce  tore  est  soutenu  par  une  sorte  de  suspension  de  Cardan  analogue  à  celle  qui  supporte 
les  montres  marines  et  les  compas  des  navires,  avec  cette  seule  différence  que  les  deux 
cercles  concentriques,  au  lieu  de  se  trouver  dans  le  même  plan,  sont  dans  leur  position 
moyenne  perpendiculaires  l'un  sur  Tautre.  L'un  d'eux  joue  autour  du  diamètre  hori- 
zontal représenté  par  les  deux  tranchants  de  deux  couteaux  alignés  avec  précision,  et 
l'autre  est  mobile  autour  d'un  diamètre  vertical  représenté  par  une  suspension  à  fil  sans 
torsion. 

Supprimons  le  jeu  des  couteaux,  et  l'axe  du  corps  tournant  est  assujetti  dans  le  plan 
horizontal,  où  il  peut  s'orienter  à  la  manière  de  la  boussole  ordinaire,  dite  de  déclinai- 
son, ou  bien  enrayons  la  suspension  à  fil,  et  les  couteaux,  redevenus  libres,  permettent 
au  même  axe  de  s'incliner  seulement  dans  un  plan  vertical  arbitrairement  choisi.  Or, 


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quand  on  opère  successivement  dans  ces  deux  conditions,  voici  les  faits  qui  se  pro- 
duisent de  la  manière  la  plus  nette  et  la  plus  décisive  :  supporté  par  la  suspension  verti- 
cale, le  mobile,  tournant  avec  vitesse,  se  montre  aussitôt,  sollicité  par  une  force 
directrice  qui  tend  à  ramener  son  axe  dans  le  plan  du  méridien,  c'est-à-dire  dans  ce 
plan  qui  contient  l'étoile  polaire  et  le  soleil  à  midi,  ou,  ce  qui  intéresse  plus  directement 
le  phénomène,  dans  le  plan  qui  contient  Taxe  du  monde;  et  quand  il  a  atteint  sa  posi- 
tion d'équilibre,  le  corps  tourne  dans  le  même  sens  que  la  terre,  c'est-à-dire  d'occident 
en  orient. 

On  peut  donc  par  ce  moyeu  retrouver  à  peu  près  son  méridien  sans  jeter  un  regard 
sur  le  ciel.  On  peut  faire  plus  encore,  car,  ce  méridien  étant  connu,  on  réussit  par  une 
expérience  analogue  à  reconnaître  l'inclinaison  de  l'axe  du  monde.  Pour  cela,  on  enraye 
la  suspension  à  fil,  on  remet  les  couteaux  en  fonction  en  disposant  leurs  tranchants 
perpendiculairement  au  méridien,  on  lance  enûn  le  mobile  et  on  observe.  Bientôt  Taxe 
s'incline  dans  un  sens  ou  dans  l'autre,  et  quand  il  a  pris  une  position  définie,  on 
trouve  que  son  axe  vise,  en  effet,  aux  pôles  du  monde  et  que  sa  rotation  est  conforme 
pour  le  sens  à  celle  de  la  terre. 

Ce  ne  sont  plus  là  des  faits  microscopiques;  ce  sont  des  évolutions  tout  aussi  mani- 
festes que  celles  d'une  aiguille  faiblement  aimantée.  Nous  devons  écarter  jusqu'à  la 
supposition  d'une  méprise  ou  d'une  illusion  fâcheuse,  car,  encore  une  fois,  c'est  le 
raisonnement  qui  nous  a  conduit  et  nous  a  dicté  les  observations  à  faire  et  les  disposi- 
tions à  adopter. 

Au  reste,  l'appareil  compoiie  en  lui-môme  plusieurs  sortes  de  vérifications  :  Tune 
des  plus  simples  et  des  plus  convaincantes  consiste  à  accélérer  artificiellement  et  aussi 
peu  qu'on  voudra  la  composante  efficace  du  mouvement  que  la  terre  communique  à 
l'instrument  par  son  pied;  aussitôt  les  phénomènes  d'orientation  sont  surexcités  sans 
changer  de  nature. 

Nous  devrions  peut-être  faire  actuellement  un  petit  bout  de  théorie  et  donner, 
comme  on  dit,  la  raison  du  fait;  mais  de  peur  de  nous  laisser  entraîner,  nous  nous  bor- 
nerons à  exprimer  un  principe  très-général  et  très-propre  à  guider  l'esprit  dans  la  pro- 
vision des  phénomènes  complexes  qui  dépendent  des  mouvement  de  rotation. 

Quand  un  corps  tourne  autour  d'un  axe  principal  et  qu'aucune  force  étrangère  ne 
vient  agir  sur  lui,  il  y  a,  comme  nous  l'avons  dit  au  commencement,  fixité  absolue  du 
plan  de  rotation.  Mais  quand  une  force  ou  un  système  de  force  tend  à  produire  une 
nouvelle  rotation  non  parallèle  à  la  première,  l'effet  résultant  est  un  déplacement  pro- 
gressif de  l'axe  de  rotation  primitive  qui  se  dirige  vers  l'axe  de  rotation  nouvelle  par  le 
chemin  qui  tend  à  les  rendre  toutes  deux  parallèles. 

Armé  de  ce  principe,  qui  n'est  peut-être  pas  très-conforme  aux  règles  de  l'étiquette 
matUéJiatique,  vous  arrivez  à  vous  rendre  compte  des  phénomènes  grands  et  petits  qui 


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relèvent  de  la  rotation  des  corps.  Vous  expliquez  aussi  bien  la  précession  des  équinoxes 
et  les  pirouettes  d'un  toton  sur  le  marbre  d'une  commode.  Vous  vous  rendez  compte 
des  réactions  singulières  que  l'on  éprouve  en  agitant  à  la  main  un  corps  qui  tourne 
avec  vitesse  ;  vous  arrivez  à  prévoir  dans  la  marche  d'un  convoi  de  chemin  de  fer  sur 
une  ligne  courbe  une  cause  de  déraillement  qui  s'ajoute  à  la  force  centrifuge  et  qui  tend 
à  faire  chavirer  en  dehors  toutes  les  roues  animées  d'un  mouvement  de  rotation  si 
rapide;  vous  annoncez,  contrairement  à  l'opinion  admise,  que  la  toupie  dont  on  a  voulu 
faire,  par  Taddition  d'un  miroir,  un  horizon  artificiel,  ne  tend  pas  exactement  vers  la 
position  verticale,  qu'elle  penche  au  midi  ou  au  nord,  suivant  qu'elle  tourne  à  droite 
ou  à  gauche,  et  que,  dans  tous  les  cas,  sur  un  plan  parfaitement  horizontal,  elle  s'avance 
lentement  vers  l'orient,  etc.;  de* sorte  que,  pour  démontrer  expérimentalement  le  mou- 
vement de  la  terre  parmi  tant  de  phénomènes,  on  n'aura  bientôt  plus  que  l'embarras  du 
choix. 

En  attendant,  il  faut  s'en  tenir  au  positif;  on  peut  considérer  comme  définitivement 
acquis  à  l'étude  expérimentale  du  mouvement  diurne  la  déviation  apparente  du  plan  de 
rotation  et  les  phénomènes  d'orientation  qui  décèlent  la  direction  de  l'axe  du  monde. 
Comme  tous  ces  faits  dépendent  de  la  rotation  de  la  terre  et  en  sont  des  manifestations 
variées,  nous  proposons  de  nommer  gyroscope  l'instrument  unique  qui  a  servi  à  les 
constater. 


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ÉCLIPSE   TOTALE  DU  18   JUILLET    1860' 

(!•'  septembre  I86'2.) 


Malgré  les  appréhensions  que  faisait  concevoir  Tétat  eiceptionnel  de  la  saison 
d'été,  i* éclipse  totale  du  18  juillet  s'est  montrée  dans  toute  sa  splendeur  en  Espcigne  et  en 
Algérie.  Les  savants,  les  amateurs,  les  curieux  de  tous  les  pays  qui  se  sont  distribués  le 
long  du  parcours  de  l'ombre  n'ont  à  regretter  ni  les  dépenses  qu'ils  ont  faites,  ni  les 
fatigues  qu'ils  se  sont  imposées  pour  assister  à  un  spectacle  si  fugitif,  si  grandiose  et  si 
rare.  Au  moment  solennel,  la  moindre  couche  de  nuage  suspendue  dans  l'atmosphère 
eût  sufQ  pour  paralyser  tant  de  généreux  efforts.  Mais  l'époque  de  Tannée,  mais  l'heure 
du  jour  désignée  à  l'avance,  ainsi  que  la  situation  géographique  des  contrées  privilégiées 
où  réclipse  allait  se  montrer  au  complet,  offraient  aux  intéressés  un  ensemble  de  pro- 
babilités favorables  qui,  sans  équivaloir  à  la  certitude,  devait  les  décider  à  se  mettre  en 
campagne.  Pour  secouer  toute  hésitation,  pour  apprécier  ce  que  valait  une  occasion 
pareille,  il  suffirait  de  jeter  les  yeux  sur  le  tableau  des  éclipses  futures.  Dès  Tannée  pro- 
chaine, au  31  décembre,  il  y  aura  une  éclipse  totale,  mais  elle  n'aura  qu'une  très-courte 
durée  et  elle  ne  sera  visible  que  dans  l'Atlantique,  aux  lies  du  cap  Vert  et  dans  le  désert 
de  Sahara;  après  quoi,  il  faut  attendre  jusqu'en  1870  pour  guetter  également  pendant 
Thiver  une  éclipse  totale  en  Espagne  et  en  Algérie.  En  1887  et  en  1896  ce  sera  pour  le 
mois  d'août,  puis  en  1900  aura  lieu  la  dernière  éclipse  totale  du  siècle;  C'est  donc  un 
spectacle  dont  la  nature  est  avare.  Ceux  qui  en  ont  joui  doivent  s'estimer  heureux,  ils 

1.  L'éclipsé  totale  du  48  juillet  4860  fut  observée  en  Espagne  par  une  commission  envoyée  par 
Je  Ministre  de  l'instruction  publique  et  composée  de  MM.  Le  Verrier,  Yvon  A'^illarceau*  Cbacoroac  cl 
L.  Foucault.  Ce  dernier  était  spécialement  chargé  d'étudier  la  couronne  et  de  faire  des  expériences  de 
photomélrie  photographique.  Deux  télescopes  du  système  de  L.  Foucault  furent  emportés  pour  effectuer 
les  mesures  :  ils  étaient  montés  équatorialement  et  munis  de  micromètres  particuliers,  d'un  emploi 
rapide,  imaginés  par  M.  Villarceau.  —  Voir  le  rapport  adressé  par  M.  Le  Verrier  sur  l'observation  de 
réclipse  du  48  juillet.  Moniteur  universel,  iO  juillet  4860. 


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doivent  aussi  se  faire  Un  cas  de  conscience  de  rassembler  leui^  souvenii^  et  de  comnou- 
niquer  fidèlement  leurs  impressions  à  tant  d'autres  qui  n'ont  pas  eu  le  même  sort. 

Les  éclipses  de  soleil  sont  toujours  goûtées  du  public  comme  ponant  témoignage 
de  l'exactitude  des  prédictions  astronomiques.  Quelques  jours  à  l'avance,  on  lit  dans  le 
journal  qu'à  telle  heure  précise  le  disque  du  soleil  commencera  à  s'entamer  par  l'empié- 
tement du  corps  opaque  de  la  lune;  que  l'échancrure  ira  en  augmentant  jusqu'à  un 
certain  point,  puis  qu'elle  diminuera  pour  s'effacer  complètement  à  une  heure  également 
précisée  à  l'avance.  Malgré  l'incertitude  des  tables,  les  choses  se  passent  correctement  à 
quelques  secondes  près.  Si  l'éclipsé  est  considérable  il  survient  un  abaissement  sensible 
de  la  lumière  du  jour,  qui  ne  laisse  pas  de  produire  une  certaine  impression,  et  chaque 
fois  que  l'événement  se  renouvelle,  l'astronomie  conquiert  dans  le  public  de  nouveaux 
partisans.  Sans  attacher  énormément  d'importance  à  cette  vérification,  les  astronomes 
restent  fidèlement  à  leur  poste;  ils  observent,  comme  on  dit,  les  contacts;  ils  notent  les 
instants  précis  où  ils  se  produisent,  et  ils  constatent  entre  la  théorie  et  l'observation  des 
écarts  minimes  qui  échappent  nécessairement  au  public.  Mais  quand  Téclipse  est  totale 
c'est-à-dire  dans  les  circonstances  fort  rares  où  la  lune,  agrandie  par  sa  proximité  du 
centre  de  la  terre,  vient  à  passer  exactement  au  devant  du  soleil,  celui-ci  disparaît  tota- 
lement pendant  quelques  instants,  l'illumination  atmosphérique  se  supprime  en  majeure 
partie,  une  nuit  exceptionnelle  règne  aux  alentours  du  soleil  et  permet  d'explorer  les 
régions  de  l'espace  qui  sont  habituellement  noyées  dans  l'éclat  du  jour.  Cette  phase  ne 
dure  que  peu  de  temps,  quatre  minutes  au  plus,  et,  pour  la  bien  employer,  le  mieux  est 
de  se  partager  la  besogne,  afin  de  ne  laisser  à  chacun  que  peu  de, chose  à  faire. 

Pour  observer  la  dernière  éclipse,  l'expédition  française  était  allée  s'établir,  comme 
on  sait,  sur  le  flanc  de  Moncayo,  à  la  station  dite  du  Sanctuaire,  où  la  prévoyance  du 
gouvernement  espagnol  lui  a  prodigué  les  précieuses  ressources  de  l'hospitalité  la  plus 
attentive.  Deux  ou  trois  jours  d'avance  tous  les  instruments  étaient  en  bon  ordre,  et 
chacun  se  sentais  dispos  et  bien  armé  pour  la  circonstance.  Mais  les  montagnes  ont  la 
fâcheuse  propriété  de  condenser  les  brouillards,  et  tandis  que  le  soleil  brillait  dans  la 
plaine,  on  voyait  souvent  le  Moncayo  garder  son  bandeau  de  nuages.  Cette  tendance 
bien  connue  des  vapeurs  à  séjourner  au-dessus  du  Sanctuaire  a  décidé  l'expédition  à 
se  partager  et  à  descendre  en  partie  dans  la  plaine  pour  y  improviser  un  observatoire 
composé  d'instruments  portatifs*.  En  fait,  à  l'heure  deTéclipse,  le  beau  temps  est  devent 
à  peu  près  général  ;  le  Moncayo  s'est  découvert,  et  les  astronomes  qui  y  sont  restés  ont 
pu  profiter  de  leurs  grands  instruments. 

Au  reste,  il  ne  s'agit  plus,  au  bout  de  cinq  semaines,  de  raconter  Fhistoire  de  telle 

4.  MM.  Le  Verrier  et  L.  Foucault,  accompagnés  d'un  convoi  considérable,  deâcendiront  danà  la 
plaine  et  s'installèrent  près  du  cimetière  de  Tarazona. 


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ou  telle  expédition  ;  ce  qu'il  importe,  c'est  de  prendre  acte  des  faits  acquis  et  de  constaler 
si  les  observateurs,  prévenus  de  longue  date,  ont  su  s'organiser  de  manière  à  employer 
fructueusement  les  quelques  instants  où  le  corps  même  du  soleil  a  complètement 
disparu. 

On  imagine  bien  à  peu  près  comment  les  choses  se  passent  jusqu'au  moment  ou 
s'évanouit  le  dernier  rayon  de  soleil  direct  : 

La  lune,  qui  plane  invisible  dans  les  espaces  célestes,  s'avance  d'un  pas  lent  et  uni- 
forme ;  elle  empiète  sur  le  disque  solaire,  et  l'on  voit  naître  une  échancrure  qui  va  gran- 
dissant de  plus  en  plus.  Ceux  qui  observent  au  moyen  d'instruments  grossissants,  avec 
la  précaution  indispensable  d'obscurcir  les  images  au  moyen  d'un  verre  noir,  distinguent 
en  même  temps  les  inégalités  du  contour  de  la  lune  et  les  taches  dont  la  surface  da 
soleil  est  presque  toujours  parsemée.  A  la  manière  dont  ces  détails  disparaissent  succes- 
sivement et  sans  déformation  sous  l'obstacle  qui  s'avance,  on  juge  que  la  lune  est 
dépourvue  d'atmosphère,  ou  plutôt  que,  s'il  en  existe  une,  elle  est  tellement  rare  qu'elle 
n'exerce  aucune  action  sensible  sur  la  direction  des  rayons  qui  la  traversent.  Peu  à  peu 
l'étendue  visible  du  soleil  diminue  et  elle  se  réduit  à  la  figure  d'un  croissant  de  plus  en 
plus  aminci.  Au  moment  où  il  va  disparaître,  l'intensité  du  jour  tombe  à  vue  d'œil 
comme  si  un  rideau  se  tirait  sur  toute  la  nature,  et  pendant  les  derniers  instants  des 
ombres  vagues  et  diversement  configurées  circulent  sur  le  sol  dans  la  direction  du  vent 
régnant. 

Ce  phénomène  a  échappé  à  presque  tous  les  astronomes,  qui,  absorbés  dans  leurs 
observations,  n'avaient  pas  le  loisir  de  regarder  autour  d'eux  ce  qui  se  passait  en  dehors 
du  champ  de  leurs  lunettes.  Mais  les  amateurs  et  les  simples  curieux,  qui  n'avaient  que 
leurs  deux  yeux  pour  voir,  ont  été  frappés  de  Tapparition  de  ces  ombres  serpentantes 
dont  la  mobilité  leur  semblait  une  preuve  palpable  du  déplacement  de  la  lune  dans 
l'espace.  Quand  on  songe  qu'en  réalité  l'ombre  de  l'éclipsé  se  transportait  à  la  surface 
du  globe  avec  une  vitesse  de  près  de  1,000  mètres  par  seconde,  il  semble  peu  croyable 
qu'un  mouvement  si  rapide  ait  pu  produire  une  impression  sensible  aux  yeux  de  ceux 
qui  avaient  le  regard  fixé  sur  des  objets  rapprochés.  Les  ombres  qu'on  a  vues  courir 
sur  le  sol  étaient  simplement  dues  aux  mouvements  de  l'atmosphère  dont  les  couches 
d'inégales  densités  agissaient  par  interférence  sur  les  minces  filets  de  lumière  émis  par 
l'extrême  bord  de  l'astre.  En  pareille  circonstance,  les  dernières  parties  visibles  du  soleil 
se  comportent,  en  vertu  de  leur  extrême  petitesse  angulaire,  comme  une  étoile  qui  scin- 
tille. En  Espagne  le  soleil  était  trop  élevé  au-dessus  de  l'horizon  pour  que  cette  scintil- 
lation produisit  autre  chose  que  des  ombres  ou  des  variations  d'éclat  ;  mais  aux  extrémités 
de  la  ligne  centrale,  c'est-à-dire  dans  les  localités  pour  lesquelles  l'éclipsé  a  eu  lieu  prteda 
lever  ou  du  coucher  du  soleil,  les  rayons,  ayant  à  traverser  une  plus  grande  épaisseur 
d'atmosphère,  ont  dû  en  être  influencés  au  point  de  donner  de  vives  couleurs,  comme 


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celles  qui  ont  été  vues  à  Perpignan  lors  de  Téclipse  de  1862.  C'est  un  phénomène  de 
pure  optique  physique,  qui  n*a  rien  à  démêler  avec  l'astronomie  et  qui  ne  commence  à 
se  produire  qu'aux  limites  de  notre  atmosphère. 

Enfin  ces  derniers  rayons  vacillants  s'éteignent  ^t  la  scène  change  brusquement. 
La  lune,  dont  le  bord  ne  se  dessinait  franchement  que  dans  retendue  correspondante  la 
concavité  du  croissant  solaire,  apparatt  tout  entière  d'un  noir  absolu  et  s'entoure  d'une 
belle  auréole  d'un  blanc  pur  dont  la  douce  clarté  trahit  encore  la  présence  d'un  ardent 
foyer  de  lumière.  A  l'œil  nu,  on  distingue  des  traînées  lumineuses  qui  vont  en  divergeant 
dans  tous  les  sens  comme  les  rayons  d'une  gloire,  et  dont  l'intensité  graduellement 
décroissante  se  perd  insensiblement  dans  le  fond  ardoisé  du  ciel.  Çà  et  là  se  montrent 
Jupiter,  Vénus  et  des  étoiles  de  première  grandeur.  L'obscurité  incomplète  qui  règne 
alors  est  tempérée  par  l'éclat  argenté  de  la  couronne,  et  surtout  par  les  reflets  atmosphé-* 
riques  qui,  répercutés  de  tous  les  points  de  l'horizon,  semblent  un  crépuscule  circulaire 
orné  de  tous  les  feux  d'un  beau  soleil  couchant.  Entre  le  zénith,  où  le  ciel  est  d'un  gris 
foncé,  et  les  assises  horizontales  de  la  voûte  atmosphérique  où  rampent  des  teintes 
ardentes  et  cuivrées,  se  succèdent  avec  une  admirable  gradation  toutes  les  teintes  ima- 
ginables dont  la  résultante  communique  aux  objets  terrestres  un  aspect  indéfinissable. 
On  voudrait,  à  la  vue  d'un  si  imposant  spectacle,  dominer  l'émotion  dont  on  est 
oppressé,  suspendre  le  coure  du  temps  et  concentrer  toutes  les  forces  de  l'attention  sur 
la  scène  grandiose  dont  les  phases  se  succèdent  avec  une  effrayante  rapidité. 

Mais  déjà  trois  minutes  se  sont  écoulées,  Tauréole  blanchit  en  un  point  où  l'on  s'at- 
tend à  voir  poindre  le  soleil;  effectivement,  l'éclair  d'un  premier  rayon  annonce  la  fin 
de  la  crise  et  le  retour  des  choses  à  l'ordre  accoutumé  I  Du  moment  où  chacun  a 
reti'ouvé  son  ombre,  le  phénomène  perd  aux  yeux  du  public  presque  tout  sou  prestige, 
et  tandis  qu'on  repasse  par  les  mêmes  phases  qui,  dans  la  période  ascendante,  excitaient 
un  si  vif  intérêt,  on  voit  l'assistance  se  dissoudre,  retourner  à  ses  occupations,  laissant 
aux  seuls  astronomes  le  soin  de  clore  la  séance  et  de  déterminer  l'instant  précis  où  la 
lune  cesse  de  faire  impression  sur  le  disque  du  soleil. 

Cette  courte  durée  de  l'éclipsé  totale  était  parfaitement  prévue.  On  savait  que  dans 
les  endroits  le  plus  favorablement  situés,  c'est-à-dire  le  long  de  la  ligne  centrale  du 
parcours  de  l'ombre  en  Espagne,  elle  ne  se  prolongerait  pas  au  delà  de  trois  minutes  et 
demie.  A  Tarazona,  où  s'était  réfugiée  une  partie  de  l'expédition  française,  marchant 
au-devant  du  beau  temps,  à  la  suite  de  MM.  Le  Verrier  et  Novella,  la  période  d'occulta- 
tion complète  a  duré  trois  minutes  quatorze  secondes. 

Pendant  ce  temps,  les  astronomes  se  sont  bien  préservés  de  la  tentation  de  regarder 
ce  qui  se  passait  ici-bas  sur  la  terre;  ils  avaient  pour  mission  d'appliquer  leurs  instru- 
ments d'optique  à  l'examen  des  particularités  qui  ne  se  montrent  que  par  la  disparition 
complète  du  soleil.  Cet  astre,  que  nous  voyons  à  la  distance  de  plus  de  30  millions  de 

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lieues,  ne  nous  apparaît,  dans  les  circonstances  ordinaires,  qu'à  tiavci-s  notre  propre 
atmosphère,  qui  s'interpose  comme  un  voile  vivement  éclairé.  Ce  voile  atmosphérique, 
qui  pendant  le  jour  nous  dérobe  la  vue  des  étoiles,  peut  également  nous  cacher  l'exis- 
tence de  corps  qui  ne  s'éloigneraient  jamais  du  soleil.  Cela  est  si  vrai,  que  les  planètes 
elles-mêmes,  que  Ton  retrouve  en  plein  jour  au  moyen  des  lunettes,  finissent  par  s'effa- 
cer dans  la  clarté  atmosphérique  aussitôt  que 'leur  marche  les  amène  à  se  projeter  dans 
le  ciel  au  voisinage  du  soleil.  Mais  quand  la  lune  vient  faire  écran,  cette  lumière  atmo- 
sphérique est  supprimée  et  permet  à  nos  instruments  de  sonder  l'espace  jusqu'au  plus 
proche  voisinage  de  la  surface  incandescente  de  l'astre.  Or,  qu'a-t-on  vu  aussitôt  que 
notre  ciel  terrestre  a  été  assombri?  On  a  vu  à  l'œil  nu  se  dessiner  l'auréole  lumineuse, 
et,  de  plus,  on  a  aperçu  même  à  travers  les  moindres  lunettes  des  appendices  rougeàtres 
de  formes  variées  et  irrégulièrement  distribuées  sur  le  contour  noir  et  opaque  de  la  lune. 
De  plus,  au  moment  qui  a  suivi  la  disparition  du  soleil  et  dans  le  point  où  le  croissant 
est  éteint,  les  forts  instruments  ont  permis  de  constater  la  présence  fugitive  d'un  ruban 
vivement  coloré  en  rose  qui,  à  la  fin  de  l'obscurité  totale,  a  reparu  sur  le  bord  opposé, 
précédant  et  annonçant  l'émersion  comme  il  avait  suivi  l'immersion  complète. 

Tels  sont  les  faits  qui  ont  été  vus  à  peu  près  par  tout  le  monde  et  sur  lesquels  on 
discute  depuis  que  le  beau  phénomène  est  tombé  pour  jamais  dans  l'abîme  du  passé. 

Que  sont  ces  appendices  rougeâtres  qui,  nettement  observés  dès  l'année  18^2,  lors 
de  réclipse  totale  visible  à  Perpignan,  n'ont  pas  manqué  de  reparaître  dans  les  trois 
occasions  qui  se  sont  présentées  depuis?  Que  penser  aussi  de  cette  auréole  et  des  rayons 
qui  la  traversent?  Sont-cedes  illusions  d'optique  qu'il  faut  expliquer  ou  des  réalités  dont 
il  faut  définir  la  nature,  la  grandeur  et  la  position  dans  l'espace? 

L'auréole  bien  plus  anciennement  connue  et  plus  apparente  que  les  appendices 
colorés  qui  l'accompagnent,  a  présenté  en  Espagne  un  éclat  et  des  dimensions  qui 
n'avaient  jamais  été  signalés.  Sous  ce  climat  méridional  de  i'Aragon,  et  à  la  hauteur  où 
se  trouvait  le  soleil  au-dessus  de  l'horizon,  l'auréole  ne  perdait  sans  doute  que  fort  peu 
de  son  intensité  absolue;  et  tandis  qu'au  foyer  de  la  chambre  noire  elle  impressionnait 
presque  instantanément  les  substances  photogéniques,  l'œil  pouvait  la  suivi'e  sur  le  fond 
du  ciel  jusqu'à  une  distance  égale  à  une  fois  et  demie  le  diamètre  solaire.  L'expédition 
française  a  rapporté  des  plaques  de  verre  collodionnées  sur  lesquelles  l'auréole  a  laissé 
des  traces  d'impression  qui  ont  varié  en  durée  d'un  quart  de  seconde  à  une  minute;  les 
images  engendrées  par  les  temps  les  plus  courts  se  réduisent  à  une  circonférence  de 
cercle  embrassant  le  corps  obscur  de  la  lune  et  offrant  dans  la  direction  sud-est  des 
inégalités  constamment  reproduites.  Dans  les  autres  images,  l'étendue  de  la  couronne 
augmente  avec  la  durée  d'exposition  à  la  chambre  noire,  et  alors  on  voit  se  dessiner  le 
beau  rayon  divergent  qui  a  été  généralement  remarqué,  et  qui,  prolongé  dans  le  sens 
rétrograde,  aboutit  précisément  aux  anfractuosités  du  bord  lunaire.  Cette  observation. 


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qui  repose  sur  l'existence  de  pièces  authenliques  et  inaltérables,  est  favorable  à  l'opinion 
qui  ferait  jouer  à  la  diffraction  le  principal  rôle  dans  la  formation  de  Pauréole.  Mais, 
d'un  autre  côté,  si  cette  couronne  lumineuse  était  un  phénomène  de  diffraction  pure, 
elle  ne  présenterait  aucune  trace  sensible  de  polarisation.  Et  pourtant,  il  semble  bien 
établi,  par  les  observations  de  M.  Prazmowski,  qu'à  une  certaine  distance  du  bord 
la  lumière  s'est  montrée  fortement  et  symétriquement  polarisée  dans  des  plans  qui 
passent  tous  par  le  centre  delà  lune.  M.  Prazmowski  avait  pris  d'avance  ses  dispositions; 
de  Varsovie,  où  il  réside  habituellement  en  qualité  d'astronome  de  l'Observatoire,  il  a 
traversé  TEurope  pour  se  rendre  à  Briviesca,  en  Espagne,  apportant  une  lunette  à  pola- 
riscope  spécialement  disposée  pour  l'analyse  de  la  couronne.  Il  n'y  a  donc  pas  à  douter 
de  résultats  qui  ont  été  recueillis  dans  de  bonnes  conditions.  Ils  ne  sont  pas  de  nature  à 
faire  écarter  de  la  discussion  la  part  qui  revient  nécessairement  à  la  diffraction;  mais  ils 
suffisent  pour  montrer  que,  suivant  toute  probabilité,  il  existe  quelque  part  sur  le  trajet 
des  rayons  lumineux  un  milieu  qui  trouble  la  transparence  absolue  de  Tespace. 

A  regard  des  appendices  rougeâtres  généralement  désignés  sous  le  nom  de  protu- 
bérances, les  renseignements  recueillis  de  tous  les  points  ^u  parcours  de  l'ombre  s'ac- 
cordent à  les  faire  considérer  comme  des  objets  réels,  comme  des  dépendances  maté- 
rielles du  soleil  situées  à  l'extérieur  de  sa  surface  incandescente  et  à  une  distance  assez 
faible  pour  que,  dans  les  circonstances  ordinaires,  elles  soient  complètement  masquées 
par  la  lumière  du  jour.  Ces  protubérances  se  ressemblent  entre  elles  comme  un  nuage 
ressemble  à  un  autre  nuage;  mais  il  semble  peu  probable  qu'elles  conservent  une  figure 
permanente  ;  elles  se  distribuent  irrégulièrement  et  indistinctement  sur  tous  les  points 
du  contour  du  soleil.  Quelquefois  la  matière  dont  elles  sont  formées  se  rassemble  en 
masse  complètement  détachée  du  corps  de  l'astre;  alors  on  dirait  un  nuage  de  feu  sus- 
pendu dans  une  atmosphère  transparente.  Le  18  juillet,  on  a  vu  un  de  ces  nuages  de 
forme  oblongue  et  sinueuse  flottera  une  minute  du  soleil,  vers  un  point  de  la  circonfé- 
rence situé  entre  le  zénith  et  le  pôle.  M.  Le  Verrier  a  donné  au  Moniteur  les  détails 
de  cette  apparition  remarquable,  et  quand  on  a  su  par  les  journaux  anglais  que 
ce  nuage  isolé  avait  laissé  sa  traoe  sur  les  images  photographiques  de  M.  Warren  de  La 
Rue,  on  a  pu  reconnaître  que  la  description  de  M.  Le  Verrier  s'y  appliquait  en  toute 
exactitude. 

A  peu  de  distance  de  ce  nuage,  c'est-à-dire  au  pôle  même,  s'élevait,  comme  un 
buisson  ardent,  une  protubérance  qui  pour  les  dimensions  était  entre  toutes  assurément 
la  plus  remarquable.  Sa  position  la  faisait  échapper  aux  changements  de  hauteur  qu'elle 
aurait  certainement  subis  si  elle  se  fût  montrée  dans  la  région  équatoriale;  mais,  tout  eu 
conservant  sensiblement  les  mêmes  dimensions,  elle  parut  animée  d'un  mouvement 
relatif  qui  l'entraînait  en  sens  inverse  du  mouvement  de  la  lune.  C'est  là  un  fait  d'une 
haute  importance,  parce  qu'il  prouve  que  décidément  les  protubérances  font  partie 


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intégrante  du  soleil;  on  tenait  à  le  constater  d'une  manière  positive,  et  dans  ce  but  on 
avait  fait  des  préparatifs  qui  n*ont  pas  été  perdus.  Deux  des  télescopes  qui  ont  été  portés 
au  Moncayo  se  trouvaient  pourvus  de  micromètres  oculaires  qui  ont  été  imaginés  pour 
la  circonstance  par  M.  Villarceau,  et  au  moyen  desquels  on  pouvait  relever  pour  ainsi 
dire  à  tâtons  soit  les  changements  de  grandeur,  soit  les  angles  de  position  par  lesquels 
passeraient  les  protubérances.  HM.  Villarceau  et  Ghacornac  ont  donc  constaté  et  mesuré 
chacun  séparément  ce  déplacement  relatif  à  la  protubérance  solaire  qui  restait  mani- 
festement indépendante  du  mouvement  de  la  lune  et  qui,  par  conséquent,  était  fixement 
attaché  au  soleil.  On  doit  en  dire  autant  de  la  substance  rose  vif  du  ruban  incandescent 
qui  a  suivi  de  si  près  Timmersion  et  qui  a  précédé  de  quelques  secondes  Témersion  des 
parties  équatoriales  du  bord  du  soleil.  Cette  substance  est  évidemment  de  la  même  nature 
que  celle  des  protubérances,  et  comme  elle  apparaît  indifféremment  en  tout  point  où 
les  bords  des  deux  astres  se  projettent  tangentiellement  Tun  sur  l'autre,  il  faut  en  con- 
clure qu'elle  environne  le  soleil  de  toutes  parts  sous  une  épaisseur  à  peu  près  égale  à  la 
deux-centième  partie  de  son  diamètre  et  que  dans  certains  points  et  sous  certaines 
influences  qui  nous  sont  inconnues  cette  matière  s'accumule  et  se  configure  en  grandes 
masses,  de  manière  à  former  ce  que  l'on  a  appelé  tour  à  lourdes  nuages,  des  montagnes 
et  des  protubérances. 

L'existence  de  ces  corps  est  donc  bien  constatée,  et  malgré  l'opposition  de  quelques 
savants  qui  forment  aujourd'hui  la  petite  minorité,  on  est  généralement  disposé  à 
croire  qu'en  tout  temps  le  corps  radieux  du  soleil  est  enveloppé  d'une  couche  de  cette 
substance  nuageuse  qui  modère  son  éclat  et  ralentit  sans  doute  son  refroidissement. 
Sans  la  présence  de  cette  couche  absorbante,  on  serait  d'ailleurs  bien  embarrassé  d'expli- 
quer pourquoi  l'intensité  du  soleil  va  en  décroissant  vers  les  bords.  Si,  au  contraire, 
on  admet  une  enveloppe  absorbante,  rien  n'est  plus  simple,  car  les  rayons  qui  nous 
viennent  des  bords  de  l'astre,  ayant  à  traverser  obliquement  cette  enveloppe,  doivent  eo 
être  d'autant  plus  affaiblis.  Si,  de  plus,  la  substance  nuageuse  participe,  en  raison  du 
voisinage,  aux  révolutions  dont  la  surface  incandescente  qu'elle  recouvre  est  vraisembla- 
blement le  théâtre,  on  ne  s'étonnera  pas  que  son  épaisseur  varie  d'un  point  à  un  autre 
dans  des  limites  très-étendues,  et  que  pour  nous  autres  qui  observons  le  soleil  à  travers 
ces  variations  d'épaisseur,  ces  amoncellements,  ces  surcharges  locales  et  changeantes  se 
traduisent  par  des  accidents  de  lumière  semblables  à  ceux  qu'on  désigne  sous  le  nom 
de  taches,  de  pénombres  et  de  facules. 

Sans  doute,  on  est  encore  loin  de  se  former  une  idée  précise  de  la  nature  de  ces 
nuages.  Ce  qu'on  sait  de  positif  sur  leur  compte,  c'est  qu'ils  sont  doués  d'une  cer- 
taine transparence  ;  c'est  qu'à  la  distance  oà  nous  les  observons,  ils  présentent  des  formes 
définies,  des  contours  limités  qui  ne  sauraient  appartenir  à  un  gaz  parfait;  c'est  qu'enfin 
ils  émettent  une  lumière  d'un  rose  vif  non  polarisée  sans  qu'on  puisse  affirmer  si. 


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comme  de  véritables  flammes,  ils  brillent  d'une  lumière  propre  ou  s'ils  diflfusent  en  la 
colorant  la  lumière  empruntée  au  soleil. 

Si  jamais  on  désire  sincèrement  pénétrer  le  mystère  de  la  constitution  physique, 
il  faudra  profiter  de  l'occasion  d'une  éclipse  totale  pour  établir  dans  une  station  bien 
choisie  des  instruments  du  plus  haut  pouvoir  optique.  Déjà  M.  Chacornac,  armé  d'un 
télescope  de  0™,/iO  de  diamètre,  a  pu  voir  au  Moncayo,  dans  la  conflagration  de  la  pro- 
tubérance solaire,  des  détails  qui  certainement  ont  échappé  aux  observateurs  moins 
bien  armés  que  lui.  Sans  abuser  des  grossissements,  sans  être  assuré  d'avoir  fait  rendre 
à  l'instrument  tout  ce  qu'il  pouvait  donner,  il  a  vu  la  substance  rose  de  l'appendice 
lumineux  se  partager  en  langues  de  feu  projetées  les  unes  sur  les  autres  et  terminées 
par  des  sommets  brusquement  rabattus  dans  un  sens  et  dans  l'autre.  M.  Chacornac  s'est 
hâté  le  jour  même,  et  pour  ainsi  dire  séance  tenante,  de  rendre  ses  impressions  par  un 
dessin  qu'on  ne  peut  considérer  sans  vivement  regretter  de  n'en  avoir  vu  autant  par 
soi-même. 

Déjà  les  relations  d'éclipsé  sont  presque  innombrables,  et  dans  l'impossibilité  de 
citer  nominalement  tous  les  observateurs  qui  ont  payé  leur  tribut,  nous  avons  dû  nous 
borner  à  raconter  les  faits  les  mieux  établis.  En  somme,  l'astronomie  physique  a  fait 
une  bonne  campagne  :  les  instants  étaient  rigoureusement  comptés;  mais  les  travailleurs 
étaient  en  grand  nombre,  et  ils  ont  recueilli  des  données  qui  pourront  bien  ne  pas 
assouvir  la  curiosité  humaine,  mais  qui,  soumises  à  la  discussion  et  envisagées,  sous 
toutes  les  faces  par  tant  d'esprits  divers,  ne  manqueront  pas  d'augmenter  la  somme  de 
nos  connaissances  sur  la  constitution  du  système  solaire.  Dans  une  autre  occasion^  les 
idées  étant  mieux  arrêtées,  les  appareils  mieux  disposés  d'avance,  la  photographie  ayant 
aussi  réalisé  de  nouveaux  progrès,  les  observations  seront  plus  fructueuses  encore,  et 
tant  de  questions  que  nous  agitons  aujourd'hui  finiront  par  trouver  leur  solution.  Mais 
en  admettant  qu'un  jour  la  science  se  rendit  entièrement  maltresse  du  sujet,  que  tout 
ce  qui  nous  échappe  encore  fût  par  elle  complètement  expliqué,  l'aspect  que  revêt  la 
nature,  au  moment  suprême  d'une  éclipse  totale  de  soleil,  n'en  restera  pas  moins  Tun 
des  plus  beaux  spectacles  qui  puisse  sortir  de  l'ordre  naturel  des  choses  pour  s'oflfrir  à 
Tadmiralion  des  hommes. 


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DOCUMENTS    ANNEXES 


EXPLICATION   DES   PLANCHES 


A  la  suite  des  pages  qui  précèdent  et  qui  contiennent  seulement  les  mémoires 
écrits  par  L.  Foucault,  ou  tout  au  plus  des  documents  qu'il  avait  directement  inspirés, 
nous  croyons  devoir  joindre,  avec  l'explication  des  planches  dont  quelques-unes  n*ont 
été  que  mentionnées  dans  le  texte,  des  indications  complémentaires  qui  nous  ont  été 
fournies  par  diverses  personnes  depuis  le  commencement  de  cette  publication  et  qui 
sur  certains  points  pourront  être  utiles  à  divers  égards.  La  nature  même  de  cette  annexe 
explique  le  manque  d'homogénéité  que  Ton  y  voit  et  que  nous  n'avons  pu  parvenir  à 
éviter:  nous  n'osons  espérer  avoir  réuni  tous  les  renseignements  désirables, encore  que 
nous  nous  soyons  adressé  à  un  grand  nombre  de  savants  et  d'amis  de  L.  Foucault; 
mais  nous  croyons  pouvoir  affirmer  l'exactitude  de  toutes  les  indications  qui  suivent. 


DAGUERRÉOTYPE  (PI.  1). 


La  figure  1  représente  une  image  daguerrienne  du  soleil  obtenue  par  MM.  Fizeau 
et  Foucault.  On  lit  à  ce  sujet  dans  V Astronomie  populaire  d'Arago  (t.  II,  p.  169   : 

tt  Deux  physiciens  très-distingués,  MM.  Fizeau  et  Foucault,  en  recevant,  à  ma  prière, 


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sur  des  plaques  daguerrienoes  l'impression  très-rapide  du  disque  du  soleil,  oot  vérifié 
par  la  photographie  les  résultats  auxquels  je  suis  arrivé  par  la  photométrie.  La  figure  163 
représente  fidèlement  Timage  photographique  du  soleil  qu'ils  obtinrent  en  1865;  cette 
image  très-remarquable  montre  parfaitement  le  léger  excès  d'intensité  lumineuse  du 
centre  sur  les  bords.  MM.  Fizeau  et  Foucault  ont,  en  outre,  eu  lebonhourde  saisir 
les  images  des  deux  groupes  de  taches  qu'on  aperçoit  dans  la  figure  avec  tous  leurs 
détails.  » 

Les  figures  2  et  3  reproduisent  des  images  daguerrîennes  prises  en  commun  avec 
M.  Fizeau  à  Tobligeance  dequi  nous  devons  d'avoir  pu  les  reproduire  et  qui  se  rapportent 
à  la  question  des  intensités  relatives  des  bords  et  du  centre  du  soleil.  Dans  la  figure  2  les 
images  successives  du  soleil,  prises  pendant  des  temps  dépose  très-variable,  présentaient 
toutes  un  décroissement  sur  les  bords.  La  figure  3  reproduit  les  images  d'un  disque  de 
carton  blanc  placé  au  soleil  et  dont  les  dimensions  et  la  distance  avaient  été  déterminées 
dv3  manière  à  donner  une  image  comparable  en  grandeur  k  celles  du  soleil. On  voit  que, 
dans  ces  deux  épreuves  qui  correspondent  à  des  temps  de  pose  très-différents,  le  disque 
présente  en  tous  les  points  une  égale  intensité  (page  97). 

La  figure  k  est  la  reproduction  d'une  épreuve  daguerrienne  qui  a  été  présentée  à 
l'Institut  le  5  août  18^6  :  elle  a  été  obtenue  en  impressionnant  à  point  une  plaque  iodée 
et  bromée,  puis  à  faire  tomber  à  sa  surface  un  spectre  de  manière  à  mettre  en  évidence 
les  actions  sur  la  couche  sensible  des  rayons  diversement  réfrangibles  (page  27). 

La  figure  5  est  la  reproduction  d'une  épreuve  daguerrienne  obtenue  en  opérant 
comme  nous  venons  de  l'indiquer,  mais  en  employant  un  spectre  cannelé  pour  agir  sur 
la  plaque  sensible.  Dans  ces  deux  épreuves  la  partie  noire  qui  existe  vers  la  partie 
moyenne  du  spectre  ne  correspond  pas  à  une  action  négative  des  rayons,  mais 
représente  au  contraire  une  partie  solarisée,  une  partie  où  Taclion  a  été  très-énergique. 

La  figure  6  est  la  reproduction  d'un  certain  nombre  de  diagrammes  par  lesquels 
L.  Foucault  a  indiqué  dans  ses  notes  les  intensités  d'action  positive  et  négative  des 
rayons  de  diverse  réfrangibilité  dans  des  circonstances  variables  et  sur  des  substances 
différentes  :  la  seule  différence  qui  ait  été  apportée  consiste  en  ce  que,  pour  plus  de 
netteté  et  conformément  aux  conventions  généralement  adoptées,  les  différences  d'action 
positive  et  négative  sont  manifestées  par  la  situation  de  la  courbe  au-dessus  ou  au- 
dessous  de  la  ligne  horizontale  qui  passe  par  son  origine.  L.  Foucault  avait  indiqué 
toutes  les  courbes  au-dessus  et  un  petit  signe  +  ou  —  rappelait  la  nature  de  l'action. 
Toutes  les  courbes  indiquées  dans  le  mémoire  inédit,  insérées  page  19,  sont  reproduites, 
sauf  celles  qui  ne  figurent  pas  sur  le  cahier  de  notes  ou  elles  ont  été  relevées,  à  savoir, 
n^  II,  k  et  n«  III.  ù. 


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MICROSCOPE   PHOTO-ÉLECTRIQUE  (PI.  2). 


Cette  planche  est  la  reproduction,  à  la  disposition  des  figures  près,  de  celle  qui  a 
paru  dans  le  Bulletin  de  la  Société  d'encouragement,  18^5.  —  La  description  de  cet  appareil 
ayant  élé  donnée  très-complètement, page  72,  il  est  inutile  d'insister  davantage.  Nous 
croyons  devoir  rappeler  cependant  que  c'est  avec  cet  appareil  que  L.  Foucault  a,  pour  la 
première  fois,  obtenu  Tirnage  des  charbons  pendant  la  production  de  l'arc  voltaîque  et 
qu'il  a  réalisé  la  projection  de  quelques  phénomènes  relatife  à  la  lumière  polarisée. 


INTERFÉRENCES    DES    RAYONS   LUMINEUX    ET    CALORIFIQUES    (PI.  3). 


Les  figures  1,  2,  3  et  ^  nous  ont  été  obligeamment  fournies  par  M.  Fizeau  :  elles  sont 
reproduites  d'après  des  calques  pris  sur  les  dessins  du  mémoire  qui  avait  été  présenté  à 
l'Académie  par  MM.  H.  Fizeau  et  L.  Foucault,  le  27  septembre  1847  :  le  mémoire  fut 
remisa  M.  Babinet  désigné  pour  faire  un  rapport,  il  n'a  jamais  été  rapporté  à  l'Académie 
et  a  été  perdu.  Cette  circonstance  explique  que  les  indications  de  la  fig.  3,  relativement 
aux  intensités  des  bandes  qui  devraient  correspondre  aux  intensités  calorifiques,  n'aient 
pas  pu  être  nettement  conservées. 

La  figure  5  représente  les  divers  thermomètres  qui  ont  été  essayés  :  ces  instruments,  qui 
sont  actuellement  entre  les  mains  de  M.  J.  Regnauld,  professeur  à  la  Faculté  de  médecine 
de.  Paris,  sont  peut-être  en  réalité  plus  fins,  plus  délicats  que  le  dessin  ne  semblerait 
l'indiquer.  Les  traits  figurés  sur  les  diverses  tiges  et  qui,  sur  les  thermomètres,  sont  mar- 
qués seulement  par  un  petit  point  à  l'encre  font  connaître  les  intervalles  correspondant  à 
des  variations  de  température  de  l^  Le  thermomètre  1  a  sans  doute  été  cassé  dans  les 
expériences  préliminaires;  il  ne  figure  pas,  si  ce  n'est  par  une  place  en  blanc,  sur  un 
croquis^de  la  main  de  L.  Foucault,  représentant  la  grandeur  des  appareils  et  retendue 
du  degré  dans  chacun  d'eux.  Le  thermomètre  n''  2  est  fait  avec  de  l'éther,  les  ther- 

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momètres  q<"  3,  fi  et  5  sont  construits  avec  de  Falcool,  c'est  ie  dernier  qai  a  servi  aui 
expériences  (voir  le  Mémoire,  page  137). 

Les  figures  6,  6  6is  et  7  se  rapportent  à  un  système  de  miroirs  de  Fresnel,  construits 
par  L.  Foucault,  et  qui  appartient  maintenant  à  M.  Regnauld.  Cet  appareil  établi  avec  des 
éléments  très-simples  a  cependant  permis  de  faire  des  recherches  délicates. 

La  figure  6  est  la  vue  de  face;  la  figure  6  bis  une  coupe  verticale  suivant  g  fin 
plan,  et  la  figure  7  est  une  coupe  horizontale  par  le  milieu  de  l'appareil.  Dans  ces 
figures  les  mêmes  lettres  indiquent  les  mômes  parties. 

Les  miroirs  sont  montés  sur  une  planchette  en  bois  aa'  bb'  portée  par  une  tige 
verticale  c  d  fixée  sur  un  pied  en  bois  S  qui  supporte  tout  l'appareil.  Cette  planchette, 
vers  l'une  de  ses  extrémités,  est  percée  d'une  ouverture  circulaire  e  devant  laquelle  est 
placé  le  premier  miroir  mm';  une  petite  tige  métallique  /"  terminée  par  un  anneau  est 
fixée  perpendiculairement  derrière  le  miroir  à  l'aide  d'une  goutte  de  soudure  ;  dans 
Fanneau  passe  l'extrémité  d'un  fil  métallique  g  h  formant  ressort,  dont  l'autre  extrémité 
s'implante  dans  la  planchette  a  b,  et  qui  tend  à  ramener  le  miroir  en  arrière  en  l'ap- 
puyant sur  les  pointes  dp  trois  vis  u,  v,  v  passant  également  dans  la  planchette  et 
susceptibles  par  leur  mouvement  de  faire  varier  dans  certaines  limites  rinclinaison 
du  miroir  m  m'.  Le  second  miroir  n  n'  est  porté  à  l'extrémité  d'une  mince  planchette 
i  h  relié  au  support  principal  a  b  par  deux  vis  à  bois  1 1' qui  lui  laissent  un  certain  jeu  ; 
l'assemblage  n'étant  pas  parfaitement  rigide,  un  ressort  p  q  fixé  en  q  tend  à  éloigner 
l'extrémité  i  et  le  miroir  n  n'  de  la  planchette  en  les  portant  en  avant;  mais  on  peut  les 
ramener  en  arrière  à  l'aide  des  vis  s  et  t.  On  voit  que  les  mouvements  du  miroir  n  n' 
sont  plus  limités  que  ceux  du  miroir  n,  n,  n,  et  c'est  celui-ci  que  Ton  doit  dès  lors 
régler  en  dernier  lieu. 

La  figure  que  nous  avons  donnée  dans  le  texte  (page  129)  est  prise  à  peu  près 
textuellement  du  Traité  d^optique  physique  de  Billet  ;  nous  n'avons  trouvé  aucun  dessin 
ou  croquis  accompagnant  la  note  que  nous  avons  publiée  ;  cette  figure  est  d'ailleurs  en 
parfaite  concordance  avec  le  texte. 


DÉTERMINATION  DE  LA   VITESSE  DE  LA  LUMIÈRE   (PL  4  et  5  ). 

La  planche  k  est  la  reproduction  de  la  planche  que  L.  Foucault  avait  joiute  à  la 
thèse  pour  le  doctorat  es  sciences  physiques  qu'il  a  soutenue  le  25  avril  1853  (voir  page 


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185)  ;  les  diverses  figures  que  contient  cette  planche  sont  suffisamment  expliquées  dans 
le  mémoire  pour  qu'il  ne  soit  pas  nécessaire  d'y  revenir. 

La  planche  5  contient  quelques  détails  sur  la  disposition  pratique  de  l'expérience,  telle 

qu'elle  a  été  réalisée  par  L.  Foucault,   sous  la  dernière  forme  qu'il  lui  a  donnée  pour 

la  détermination  de  la  valeur  numérique  de  la  vitesse  de  la  lumière.  La  fig.  1  indique  la 

marche  générale  des  rayons  et  la  situation  effective  des  organes.  Le  rayon  lumineux 

dirigé  par  un  héliostat  pénètre  dans  la  chambre  noire  par  l'ouverture  a;  il  traverse  une 

mire  graduée  b,  une  lame  de  glace  e  inclinée  à  45%  et  va  tomber  sur  le  miroir  tournant 

c;  passant  ensuite  à  travers  l'objectif  achromatique  d  il  arrive  sur  le  miroir  concave  m^ 

et  de  là  successivement  sur  les  miroirs  m,,  m^,  m^  et  m^  qui  satisfont  aux  conditions 

indiquées  dans  le  mémoire  :  le  rayon  revient  alors  en  suivant  un  chemin  inverse,  et  après 

s*étre  réfléchi  sur  le  miroir  tournant  e,  il  arrive  sur  la  lame  de  glace  où  une  partie  se 

réfléchit,  passe  sur  le  bord  de  la  roue  dentée  f  et  pénètre  dans  un  microscope  g,  muni 

d'un  micromètre  h,  où  l'observateur  place  son  œil  pour  observer  ou  mesurer  la  déviation 

de  l'image. 

Disons  tout  d'abord  que  la  disposition  adoptée  par  la  figure  1  est  conforme  à  la 
description  que  L.  Foucault  a  donnée  de  l'expérience  (voir  page  219)  ;  mais  que,  dans 
les  dessins  minutes  qui  ont  servi  à  l'exécution  de  l'appareil  et  qui  ont  été  mis  obligeam- 
ment à  notre  disposition  par  M.  Dumoulin-Froment,  la  lentille  achromatique  d  n'occupe 
pas  la  place  qui  a  été  représentée,  mais  qu'elle  est  située  sur  le  trajet  du  rayon  incident 
entre  e  et  c. 

Cette  figure  1  représente  la  disposition  finale  dans  laquelle  L.  Foucault,  cherchant  à 
obtenir  une  déviation  constante  de  0"'",7,  faisait  varier  la  distance  de  la  mire  au  miroir 
tournant:  on  voit  que  le  système  composé  de  la  mire  6,  de  la  lame  de  glace  e,  de  la 
roue  dentée  /",  du  rouage  chronométrique  qui  la  met  en  mouvement  et  du  microscope 
g,  est  porté  sur  un  chariot  A  B  qui  se  déplace  parallèlement  à  lui-môme,  son  déplacement 
étant  facilité  et  guidé  par  les  roues  C,  G',  D  et  D'  qui  se  meuvent  sur  des  rails. 

Les  figures  2,  3,  4  et  5  de  la  planche  5  donnent  les  détails  du  miroir  tournant  e  qui 
est  porté  sur  un  plateau  E  muni  de  vis  calantes  :  la  figure  2  montre  une  coupe  longi- 
tudinale, la  figure  4  une  coupe  transversale  et  la  figure  5  le  plan  du  support  du  miroir 
et  de  la  turbine,  la  turbine  étant  supposée  enlevée.  (Ces  figures  sont  faites  à  l'échelle 
de  moitié  de  grandeur  naturelle.)  La  figure  3  est  la  coupe  du  miroir  et  de  sa  monture. 
On  voit  facilement  le  tube  d'arrivée  de  l'air  comprimé  l  muni  d'un  robinet  z,  ainsi 
que  les  ouvertures  par  lesquelles  cet  air  s'échappe  pour  passer  dans  la  turbine  t  qu'il 
fait  tourner.  Il  résulte  d'une  note  présentée  à  l'Académie  des  sciences  le  9  février  1863*, 
que  le  tracé  des  aubes  a  été  méthodiquement  déterminé  par  M.  Girard,  l'ingénieur 

4.  Voir  C.  R.  del'Ac.  des  Se,  t.  LVl,  p.  Î58. 


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bien  connu  par  ses  recherches  sur  Thydraulique  :  cette  turbine  fonctionnait  parfaite- 
ment. Il  est  facile  de  se  rendre  compte  également  de  la  disposition  de  l'axe  et  de  ses 
supports  X,  y  ainsi  que  celle  de  la  masse  n  et  des  vis  qu'elle  contient  et  qui  constituent 
le  compensateur  d'inerlie. 

Quant  au  miroir  m  il  est  enchâssé  dans  un  anneau  d'acier  p  qui  est  partie  intégrante 
de  Taxe  et  qui  est  taraudé  vers  ses  deux  bases  :  des  viroles  à  vis  permettent  et  de  fixer  la 
position  du  miroir  et  de  maintenir  celui-ci  dans  la  direction  qu'on  lui  a  assignée. 
La  figure  6  représente  deux  miroirs  adossés  comme  il  est  dit  page  216,  de  telle  sorte 
que  la  réflexion  se  produit  à  chaque  demi-révolution  du  miroir.  Hais,  au  moins  dans 
les  dernières  expériences,  il  n'y  avait  qu'un  miroir  argenté  sur  une  face  et  noirci  sur 
l'autre  :  la  face  argentée  était  en  dehors  et  le  faisceau  lumineux  ne  pénétrait  pas  ainsi  à 
travers  la  glace.  Il  n'y  avait  réflexion  qu'après  une.  révolution  complète  de  Taxe  et  du 
miroir. 

La  figure  6  donne  l'apparence  que  l'on  observe  en  regardant  au  microscope  lorsque 
le  miroir  est  immobile  et  que  la  roue  fne  tourne  pas  :  les  dents  de  la  roue  cessent  d'être 
visibles  lorsque  la  roue  tourne  seule  ou  lorsque  son  mouvement  de  rotation  n'est  pas  en 
parfaite  concordance  avec  la  rotation  du  miroir  tournant  ;  elles  deviennent  également 
nettes  lorsque  la  concordance  est  atteinte,  mais  alors  l'image  de  la  mire  est  déviée  et 
n'occupe  plus  le  milieu  du  champ  du  microscope  :  le  déplacement  de  l'image  est  évalué 
à  l'aide  du  déplacement  du  réticule  obtenu  par  le  micromètre,  et  celui-ci,  dans  chaque 
série  d'expériences,  était  mesuré  absolument  en  le  comparant  à  l'image  de  la  mire 
(le  miroir  tournant  étant  immobile)  qui  était  formée  de  divisions  égales  à  0«",i  et 
qui  servait  ainsi  d'étalon  de  mesure. 


TÉLESCOPES.— MIROIRS    PARABOLIQUES   ET   MIROIR    PLAN* 

MÉTHODE  DES  RETOUCHES  LOCALES  (PI.  6). 

Nous  croyons  devoir  joindre  aux  mémoires  publiés  par  L.  Foucault,sur  les  questions 
qui  se  rattachent  au  sujet  des  retouches  locales,  les  notes  suivantes  qui  ont  été 
présentées  à  l'Académie  des  sciences  par  M.  Ad.  Martin,  qui  avait  aidé  L.  Foucault  dans 
la  mise  en  pratique  de  ces  méthodes. 


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SUR  LA  CONSTRUCTION  DU  PLAN  OPTIQUE*. 


En  rédigeant  la  Note  qui  précède,  L.  Foucault  ne  voulait  que  s'assurer  la  priorité  de 
la  méthode  qu'il  employait,  dans  le  cas  où  un  travail  analogue  serait  venu  à  se  produire. 
Aussi  n'a-t-il  donné  qu'un  résumé  très-succinct  de  cette  méthode  sans  s'occuper  en 
aucune  manière  de  Tinterprétation  des  apparences  que  présente  l'image  de  la  source 
lumineuse  observée  par  réflexion  oblique  à  l'aide  de  la  lunette  lorsque  la  surface  (qui 
est  de  révolution  par  la  manière  même  dont  elle  est  engendrée)  est  convexe  ou  concave, 
au  lieu  d'être  plane. 

C'est  par  cette  étude  que  nous  commencerons,  avant  de  donner  les  quelques  perfec- 
tionnements qui  ont  été  appportés  à  la  méthode  ci-dessus  décrite;  mais  nous  rappel- 
lerons d'abord,  en  quelques  mots,  les  données  qui  ont  permis  à  Foucault  de  résoudre  le 
problème. 

Lorsqu'on  veut  étudier  la  formation  des  images  par  réflexion  ou  par  réfraction,  on 
est  amené,  pour  simplifier  le  problème,  à  ne  considérer  que  le  cas  od  des  rayons 
émanant  d'un  point  rencontrent  les  surfaces  réfléchissantes  ou  réfringentes  suivant  une 
direction  presque  normale,  c'est-à-dire  sous  un  angle  d'incidence  tel,  que  le  cube  de 
son  sinus  puisse  être  négligé  par  rapport  aux  autres  quantités  qui  entrent  dans  le 
calcul.  La  théorie  peut  alors  donner  des  résultats  parfaitement  nets  et  que  vérifie 
l'expérience. 

Mais,  quand  la  condition  précédente  n'est  pas  remplie,  les  rayons  ne  convergent  pas 
tous  vers  un  même  foyer,  ils  se  coupent  en  des  points  successifs,  dont  le  lieu,  connu 
sous  le  nom  de  surfaces  caustiques,  a  fourni  aux  mathématiciens  le  sujet  de  travaux 
nombreux  et  généralement  remarquables  par  leur  élégance,  mais  qui  étaient  restés  à 
peu  près  sans  autre  application  que  de  montrer  la  valeur  des  observations  dues  à 
l'emploi  de  surfaces  trop  étendues  pour  la  production  d'images  nettes. 

Entre  les  mains  de  L.  Foucault  la  question  s'est  complètement  modifiée.  Il  a 
compris  qu'il  fallait  d'abord  se  rendre  compte,  expérimentalement,  de  la  nature  de  la 
caustique  engendrée  par  l'action  des  surfaces  qui  ont  mission  de  produire  les  images, 
et  modifier  ensuite  ces  surfaces  de  manière  à  réduire  ces  caustiques  à  un  point  unique, 
autant  que  cela  est  possible. 

4 .  Note  présentée  à  l'Académie  des  sciences,  le  29  novembre  4869.  Voir  G.  R.  de  VAc,  des  Se. 
t.  LXIX.  ' 


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—  550  — 

Il  substituait  à  la  combinaison  des  surfaces  idéales,  que  doit  admettre  le  calcul  et 
et  qui  ne  sont  jamais  réalisées,  celle  des  surfaces  réelles  qu'a  pu  donner  le  trayail  de 
l'artiste,  et  il  a  ouvert  ainsi  une  voie  toute  nouvelle  à  la  construction  d'instruments 
d'optique  parfaits. 

Dans  son  mémoire  sur  la  construction  des  télescopes  en  verre  argenté,  il  a  indiqué 
comment,  après  avoir  réalisé  une  petite  source  lumineuse  d'une  étendue  comparable  à 
un  point,  il  a  pu,  à  l'aide  du  microscope,  analyser  les  diverses  sections  des  caustiques 
produites  par  la  réflexion  sur  une  surface  donnée  ;  puis,  par  un  second  procédé,  comparer 
les  images  d'un  même  objet  formées  par  les  diverses  parties  de  la  surface  réfléchissante; 
et  enfin,  comment,  par  l'interposition  du  bord  d'un  écran  devant  une  partie  du  faisceau, 
il  retrouvait,  dans  l'apparence  qu'il  a  nommée  solide  différeiuiel,  les  points  de  la  surface 
auxquels  appartenaient  les  points  masqués  de  la  caustique. 

Dans  son  mémoire,  L.  Foucault  traitait  une  question  spéciale,  et  il  ne  s'est  pas 
appesanti  sur  l'extension  que  l'on  peut  donner  à  ses  méthodes;  et  même,  dans  les 
applications  qu'il  en  a  pu  faire  ultérieurement  à  l'étude  de  l'homogénéité  des  milieux, 
aux  objectifs  de  lunettes  et  au  miroir  plan,  il  ne  se  servait  de  la  connaissance  du  solide 
difl^érentiel  que  pour  le  guider  dans  la  correction  à  faire  subir  aux  surfaces  optiques, 
laissant  ainsi  de  côté  ce  qui,  dans  la  question,  se  présentait  avec  un  caractère  plus  par- 
ticulièrement mathématique.  Il  est  nécessaire,  en  faisant  connaître  la  Note  laissée  par 
lui  sur  la  construction  du  miroir  plan,  et  pour  rendre  sa  publication  profitable  à  la 
science,  de  procéder  d'une  manière  analogue  à  celle  qui  lui  a  permis  d'établir  le  prin- 
cipe même  de  ses  méthodes. 

Nous  allons  chercher  quelles  sont  les  caustiques  que  forment  les  rayons  émanant 
d'un  point  S  lorsqu'ils  se  réfléchissent  obliquement  sur  une  portion  limitée  de  sphère  AB, 
et  nous  étudierons  les  apparences  optiques  que  présente  leur  observation. 

Pour  cela,  nous  partagerons  ces  rayons  en  deux  groupes  : 

1»  Ceux  qui  appartiennent  à  un  même  plan  méridien,  tel  que  celui  de  la  figure  26, 
sont  réfléchis  dans  ce  même  plan  et  forment  la  caustique  MF. 

An 


Kg.  «6. 

2''  Ceux  qui  subissent  la  réflexion  sur  un  même  parallèle,  par  exemple  sur  celui 
de  AA',dont  A  est  la  trace,  se  coupent  tous  en  D;  ceux  qui  la  subissent  en  BB'  se  coupent 


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—  551  — 

en  E,  et  ainsi  de  suite  :  la  caustique  des  rayons  réfléchis  sur  la  série  des  parallèles  se 
confond  ainsi  avec  Taxe  CF. 

Dès  iors,  dans  le  plan  de  la  figure,  les  portions  de  la  caustique  sont  ab  et  DE,  et  les 
deux  surfaces  caustiques  qui  conviennent  à  la  surface  AB  (que,  pour  plus  de  simplicité, 
nous  supposerons  limitée  aux  deux  parallèles  AA',  BB'  (figure  27),  passant  par  A  et  B 
d'une  part,  et  de  l'autre  à  deux  méridiens  AB,  A'  B',  peu  inclinés  sur  celui  de  la  figure) 


Pig.  27. 

seront  donc  d'abord  la  surface  en  forme  de  trapèze  terminée,  en  a  et  b,  aux  petits  cercles 
de  la  surface  caustique  passant  par  ces  points,  et,  d'ailleurs,  aux  plans  des  méridiens  qui 
limitent  également  la  surface  AB. 

La  seconde  surface  caustique  se  confond  avec  la  portion  d'axe  DE. 

11  résulte  de  ce  qui  précède,  que  si  l'on  fait  mouvoir  un  microscope  faible  dans  la 
direction  du  rayon  central  du  faisceau,  en  avançant  vers  le  miroir,  on  verra  d'abord  la 
ligne  lumineuse  DE,  qui,  appartenant  à  Taxe,  est  contenue  dans  le  plan  de  réflexion, 
c'est-à-dire  dans  celui  qui  contient  à  la  fois  le  point  lumineux,  le  centre  de  la  sphère  et 
le  milieu  de  la  surface  ;  puis  en  se  rapprochant  du  miroir,  la  surface  de  la  caustique  a  b 
se  projettera  à  peu  près  suivant  un  petit  cercle  perpendiculaire  au  plan  de  la  réflexion 
et  la  demi-netteté  que  présentera  celte  petite  ligne  lumineuse  se  conservera  pendant  que 
l'on  fera  subir  au  microscope  un  déplacement  assez  notable  (égal  à  a  b). 

Il  est  à  remarquer  que  la  première  surface  caustique  se  présentant  en  projection,  et 
la  seconde  formant  une  ligne  droite,  ces  apparences  ne  sont  que  peu  dépendantes  de  la 
forme  de  la  petite  portion  de  surface  réfléchissante  et  resteront  sensiblement  les 
mêmes  si,  au  lieu  de  la  limiter  aux  plans  et  parallèles  que  nous  avons  indiqués,  on  lui 
conserve  le  contour  circulaire  qu'on  lui  donne  ordinairement. 

Les  phénomènes  que  nous  venons  d'indiquer  sont,  en  effet,  ceux  qui  se  présentent  à 
l'observation,  mais  ils  sont  rendus  encore  plus  sensibles  si,  au  lieu  d'un  simple  point 
lumineux,  on  place  en  S  une  série  de  petits  points  lumineux  égaux,  équidistants  et 
disposé  suivant  deux  lignes,  Tune  située  dans  le  plan  de  la  réflexion  et  l'autre  dans  -une 
direction  perpendiculaire. 

Le  plan  focal  du  microscope  d'observation  étant  en  DE,  tous  les  points  lumineux  de 
la  ligne  située  dans  le  plan  de  la  réflexion  donnent  naissance  à  autant  de  petites  lignes 


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—  552  — 

lumineuses  situées  dans  le  même  plan,  et  qui,  étant  dans  le  prolongement  Tune  de 
l'autre,  se  rejoignent  pour  former  une  ligne  lumineuse  continue,  tandis  qnfi  les  points 
de  l'autre  ligne  perpendiculaire  donnent  de  petites  lignes  parallèles  Tune  à  l'autre,  qui, 
conservant  la  même  distance  que  les  points,  restent  ainsi  séparées  (fig.  28). 


E5I 


Fig.  28. 


Le  foyer  du  microscope  se  portant  de  a  en  6,  ce  sont  les  points  de  la  ligne  perpendi- 
culaire au  plan  de  la  réflexion  qui  donnent  naissance  à  de  petits  traits  lumineux  qui  se 
rejoignent,  tandis  que  ceux  de  la  ligne  située  dans  le  plan  de  la  réflexion  restent  paral- 
lèles et  séparés. 

On  peut  inversement  employer  des  points  noirs  se  détachant  sur  un  fond  blanc,  et  ce 
genre  de  test  a  déjà  été  employé  pour  constater  des  effets  optiques  qui  tiennent  aussi  à 
l'obliquité  des  surfaces. 

Nous  avons  supposé  que  les  caustiques  étaient  directement  accessibles  à  l'aide  du 
microscope  ;  mais  si  le  rayon  de  courbure  de  la  surface  était  trop  grand  par  rapport  aux 
dimensions  de  celle-ci,  on  arriverait  difficilement  à  réaliser  Texpérience.  On  peut  alors 
se  servir  d'une  lunette  munie  d'un  oculaire  mobile  à  Taide  d'une  crémaillère,  et  on 
visera  la  surface  dans  la  direction  du  rayon  réfléchi,  et  la  lunette  donnera  successivement, 
pour  des  ajustements  convenables,  les  images  nettes  des  lignes  caustiques  à  observer, 
bien  qu'elles  soient  virtuelles  dans  le  cas  qui  nous  occupe. 

Si  nous  revenons  à  l'observation  des  caustiques  d'un  seul  point  lumineux  à  l'aide 
du  microscope,  nous  remarquerons  que  les  phénomènes  gagneront  en  netteté,  si  nous 
réduisons  les  dimensions  de  la  surface  AB,  en  lui  conservant  le  même  bord  A,  par 
exemple.  On  arrive  alors  à  avoir  en  a  une  petite  ligne  suffisamment  nette,  et  dont  la 
mise  au  foyer  ne  présente  pas  la  même  indécision  que  lorsque  l'étendue  de  A  B  est  plus 
grande,  et  DE  est  plus  net  également. 

Ces  deux  circonstances  permettent  de  mesurer  assez  facilement  la  distance  a  D  de 
ces  sortes  de  foyers,  dans  le  plan  de  la  réflexion  et  dans  le  plan  qui  lui  est  perpendicu- 
laire ;  cela  est  utile  dans  la  pratique. 

On  trouve  alors  par  expérience,  ce  qui  se  voit  d'ailleurs  facilement  sur  la  figure,  que, 
pour  une  même  position  du  point  S,  la  distance  aD  augmente  en  même  temps  que 
l'inclinaison  de  SA  sur  Taxe,  et  ceci  permettra  de  reconnaître,  pour  une  obliquité  suffi- 
sante, si  la  surface  sur  laquelle  a  eu  lieu  la  réflexion  présente  une  trace  de  courbure. 

On  voit  enfin  que,  la  position  du  point  S  changeant,  la  caustique  change  de  forme, 
et  que,  pour  une  même  inclinaison,  la  distance  a  D  prendra  des  valeurs  différentes. 


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—  553  — 

Les  phénomènes  produits  par  la  réflexion  oblique  sur  une  surface  sphérique  étant 
ainsi  connus  d'une  manière  générale,  si  on  veut  les  rendre  susceptibles  de  mesure,  il 
suffit  de  rappeler  les  propriétés  sur  lesquelles  est  basée  la  construction  des  caustiques 
par  points.  Elles  montrent  qu'indépendamment  du  changement  de  direction  des  rayons 
qui  la  subissent,  la  réflexion  oblique  a  pour  eSet  de  réduire  dans  le  plan  méridien  le 
rayon  de  courbure  dans  le  rapport  de  1  au  cosinus  de  Tangle  i  d'inclinaison  des  rayons 
sur  la  normale,  et  de  l'accroître  dans  le  rapport  de  cosi  à  1  dans  le  plan  perpen- 
diculaire. 

Le  miix)ir  plan  de  35  centimètres,  dont  la  construction  est  décrite  par  L.  Foucault, 
était  destiné,  ainsi  qu'il  le  dit,  à  la  collimation  des  objectifs  par  eux-mêmes.  II  se  réser- 
vait de  reprendre  la  question  lorsqu'il  devrait  construire  un  autre  miroir  destiné  au 
sidérostat,  dont  l'emploi  exige  que  les  images  soient  parfaites  avec  des  grossissements 
quelquefois  considérables  et  sous  des  incidences  souvent  très-obliques. 

Le  miroir  du  sidérostat  qui  sera  bientôt  présenté  à  l'Académie  a  30  centimètres  de 
diamètre,  et,  sous  quelque  incidence  qu'il  réfléchisse  les  rayons  venant  d'une  étoile, 
l'image  observée  à  l'aide  d'une  lunette  de  16  centimètres  de  diamètre,  grossissant  environ 
300  fois,  et  sous  une  incidence  d'à  peu  près  50  degrés  avec  la  normale,  est  aussi  parfaite 
que  celle  que  donne  l'observation  directe  avec  la  même  lunette. 

La  marche  que  j'ai  suivie  pour  arriver  à  ce  résultat  est  identique  à  celle  qui  est 
indiquée  dans  la  Note  de  L.  Foucault,  et  il  n*y  a  de  difiérence  que  dans  les  procédés 
d'examen ,  qui  sont  semblables  à  ceux  décrits  dans  le  mémoire  sur  la  construction  des 
télescopes. 

Un  point  lumineux  formé  par  une  petite  ouverture  circulaire  percée  dans  une  plaque 
fixée  devant  la  flamme  d'une  lampe,  ou  devant  son  image  obtenue  à  l'aide  d'une  forte 
lentille,  est  installé  à  18  mètres  environ  d'une  lunette  dont  l'objectif  a  été  tout  d'abord 
reconnu  bien  aplanélique  et  achromatique  pour  cette  distance. 

Le  miroir  supporté  verticalement  est  placé  sur  le  trajet  des  rayons  lumineux,  sous 
un  angle  tel  que  le  cône  des  rayons  réfléchis  couvre  entièrement  la  surface  de  l'objectif 
de  la  lunette  (ce  qu'on  reconnaît  en  s'assurant,  à  l'aide  d'une  loupe,  que  l'anneau 
oculaire  ou  cercle  de  Ramsden  est  complet).  Faisant  alors  mouvoir  l'oculaire,  on  examine 
si  l'image  du  point  lumineux  est  nette  et  bien  circulaire,  et  si  en  deçà  et  au  delà  du  foyer 
elle  ne  se  transforme  pas  en  ellipse.  Celte  condition  étant  remplie,  la  surface  est  plane. 
Si  elle  était  convexe  ou  concave,  les  phénomènes  étudiés  plus  haut  se  manifesteraient, 
et  on  dirigerait  le  travail  de  correction  en  conséquence. 

Un  second  test  était  employé  concurremment  avec  le  premier.  C'était  un  quadrillé 
tracé  sur  verre  argenté,  et  dont  les  traits,  placés  les  uns  dans  le  plan  de  la  réflexion,  les 
autres  dans  le  plan  perpendiculaire,  étaient  distants  de  1  millimèti^e. 

70 


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—  554  — 

Si  la  surface  réfléchissante  était  bien  plane,  les  traits  croisés  apparaissaient  en  même 
temps  avec  une  grande  netteté  au  foyer  de  la  lunette.  Dans  le  cas  contraire,  la  mise  au 
point  était  différente  pour  les  traits  croisés.  Le  jeu  de  l'oculaire  en  deçà  et  au  delà  du 
foyer  donne  une  grande  sensibilité  à  ce  mode  d'examen. 

La  lunette  employée  dans  ces  expériences  donnait  un  grossissement  de  120  fois 
environ  et  recevait  le  faisceau  sous  un  angle  d'à  peu  près  12  degrés  avec  la  surface. 

Ce  premier  procédé  renseigne  bien  sur  la  qualité  de  l'image  que  donnera  la  réflexion 
sur  le  plan,  mais  il  ne  montre  pas  les  portions  du  miroir  dont  l'action  est  en  désaccord 
avec  le  reste  de  la  surface.  Il  faut,  pour  les  connaître,  recourir  au  troisième  procédé 
décrit  dans  le  mémoire  sur  les  télescopes. 

Après  avoir  étudié  le  solide  différentiel  que  donne  l'objectif  de  la  lunette  loi-squ'on 
vise  directement  sur  le  point  lumineux  à  cette  môme  distance  de  18  mètres,  on  cherche 
si  ce  solide  n'est  pas  modifié  par  la  réflexion  sur  le  miroir,  et,  si  la  lunette  est  bien 
aplanétique,  ce  solide  est  à  peu  près  annulé  dans  les  deux  cas.  Quoi  qu'il  en  soit, 
la  forme  qu'il  représente  renseigne  l'opérateur  sur  les  points  de  la  surface  qui  doivent 
subir  l'action  des  retouches  locales. 

La  nullité  du  solide  différentiel  n'indique  pas  autre  chose  que  la  concordance  des 
actions  des  diverses  parties  de  la  surface  :  elle  n'implique  en  aucune  façon  sa  planité, 
mais  celle-ci  est  assurée  par  l'examen  à  l'aide  du  premier  procédé. 


SLR    LA    MÉTHODE    SUIVIE    PAR    LÉON    FOUCAULT 

l'OUtt  RECONNAITRE  SI  LA   SURFACE   d'uN  MIROIR   EST  RIGOUREUSEMENT  PARABOLIQUEi. 

Dans  le  Mémoire  sur  la  construction  des  télescopes  en  verre  argenté,  inséré  dans  le 
cinquième  volume  des  Annales  de  l'Observatoire  impérial,  L.  Foucault  a  exposé  la  méthode 
qu'il  suivait  alors  pour  transformer  en  paraboloïde  la  surface  du  miroir  qu'il  avait  amenée 
à  la  figure  d'un  ellipsoïde  de  révolution.  Ses  travaux  ultérieurs  l'ayant  conduit  à  la 
modifier,  je  crois  utile  de  publier  celle  qu'il  lui  a  substituée  et  de  donner  quelques  indica- 
tions théoriques  sans  lesquelles  elle  ne  pourrait  être  comprise.  Je  dois  d'ailleurs  suppo* 
ser  que  le  lecteur  a  sous  les  yeux  le  Mémoire  cité. 

4.  Note  présentée  à  l'Académie  des  sciences,  le  Î4  février  4870.  Voir  C.  /?.  de  VAc.  des  Sc.j 
l.  LXX,  p.  389. 


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—  555  — 

Si,  devant  un  miroir  rigoureusement  parabolique,  on  place  un  point  lumineux  au 
voisinage  du  centre  de  courbure  correspondant  au  sommet,  les  rayons  qui  en  émanent 
viennent,  après  leur  réflexion  à  la  surface,  se  couper  en  des  points  successifs  dont  l'en- 
semble constitue  une  caustique  analogue  à  celle  représentée  dans  la  fig,  11  du  Mémoire 
cité,  et  qui,  pour  une  position  du  point  lumineux  très-voisine  du  centre  de  courbure, 
devient  facile  à  construire  à  Taide  de  la  développée  de  la  parabole.En  plaçant  l'œil  dans 
des  conditions  telles  qu'il  reçoive  le  faisceau  réfléchi  entier  sur  la  pupille,  ce  qui  fait 
paraître  le  miroir  uniformément  éclairé  (p.  7,  2*  paragraphe),  et  faisant  mouvoir  un  écran 
h  bords  rectilignes  transversalement  au  faisceau  réfléchi,  de  droite  à  gauche  par  exemple, 
et  en  avant  du  sommet  de  la  caustique,  on  inlercepte  successivement  les  rayons  qui 
viennent  des  bords  de  droite  du  miroir,  tandis  que  si  Técran  est  en  arrière  du  sommet 
de  la  caustique,  vers  l'observateur,  les  rayons  interceptés  seront  ceux  qui  viennent  des 
bords  de  gauche. 

On  voit  donc  que  la  concordance  entre  la  marche  de  récran  et  celle  de  Textinction 
annonce  que  les  rayons  éteints  n'étaient  pas  encore  arrivés  à  converger  avec  ceux  qui 
les  avoisinent,  ei  que  la  marche  inverse  de  l'écran  et  de  l'extinction  qu'il  produit 
indique  que  la  convergence  est  dépassée  et  que  ces  rayons  divergent.  Appliquons  ceci 
à  reflet  produit  par  l'écran  marchant  transversalement  de  droite  à  gauche,  d'abord 
au  sommet  de  la  caustique,  puis  successivement  dans  des  plans  qui  s'éloignent  de  plus 
en  plus  du  miroir. 

Au  sommet  de  la  caustique,  l'écran  rencontre  d'abord  les  rayons  qui,  venant  du 
bord  de  droite  du  miroir  dont  le  rayon  de  courbure  est  un  peu  plus  grand  que  celui  du 
centre,  convergent  tardivement  ;  il  les  arrête  ;  la  surface  s'assombrit  donc  vers  la  droite, 
et,  comme  au  voisinage  du  sommet,  les  rayons  qui  viennent  du  centre  sont  en  concor- 
dance à  peu  près  parfaite,  on  verra  au  centre  du  faisceau  une  étendue  paraissant  à  peu 


Fig.  29. 

drès  uniformément  éclairée,  et  qui,  ainsi  que  cela  a  été  expliqué  dans  ce  cas  (p.  8, 
ligne  2),  s'assombrira  d'une  manière  égale  en  tous  ses  points  avant  de  subir  l'extinction 


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—  556  — 

complète.  L'aspect  qui  se  produira  k  Toeil  en  ce  moment  sera  donc  celui  d*un  plateau 
à  bords  renversés,  dont  la  section  s'obtient  par  la  construction  ordinaire  du  solide  que 
Foucault  a  appelé  solide  di/férentiel,  et  qui,  dans  ce  cas,  est  donné  par  la  différence  entre 
les  ordonnées  de  la  surface  parabolique  en  observation  et  celle  de  l'ellipsoïde  osculateur 
au  sommet,  dont  les  foyers  sont  :  l'un  le  point  lumineux  et  Tau  Ire  le  point  de 
l'axe  coupé  par  l'écran. 

La  production  de  l'apparence  du  plateau  donne  donc  la  position  du  foyer  des  rayons 
réfléchis  par  la  partie  centrale  du  miroir. 

Si  maintenant  on  dispose  Técran  dans  un  plan  plus  reculé  vers  l'observateur,  il 
donne  d'abord  l'apparence  représentée  dans  la  fig.  U  du  Mémoire  cité;  puis,  dans  une 
station  plus  éloignée  en  s"  par  exemple,  au  delà  du  point  s'  où.  il  cesse  de  rencontrer 
des  rayons  qui  n'ont  pas  encore  convergé,  il  coupe  d'abord  la  caustique  dans  la  région 


Fig.  30. 

de  droite  et  arrête  par  conséquent  les  rayons  qui  viennent  de  la  gauche  du  miroir  au 
point  de  celui-ci,  où  se  réfléchissent  les  rayons  qui  viennent  se  couper  en  a.  L'écran, 
continuant  à  se  mouvoir  dans  le  même  plan  s'\  éteindra  successivement  tous  les  rayons, 
et  lorsqu'il  arrivera  en  a\  il  ne  laissera  plus  passer  que  quelques  rayons  qui  formeront 
l'apparence  d'une  tache  blanche  sur  la  droite  du  miroir.  Ces  rayons  ont  subi  la  réflexion 
au  lieu  même  où  se  produit  la  tache  blanche. 

L.  Foucault  cherchait  la  position  s"  de  l'écran  qui  produit  l'extinction  dernière,  sur 
les  bords  mêmes  du  miroir.  Cette  distance,  qui  est  liée  à  la  différence  des  rayons  de 
courbure  aux  bords  et  au  centre  du  miroir,  c'est-à-dire  à  la  forme  de  celui-ci,  avait  été 
déterminée  avec  soin  par  lui  pour  les  diverses  grandeurs  de  miroirs,  et  par  des  mesures 
nombreuses.  Il  l'appelait  la  mesure  de  parabollcitè. 

Pour  les  miroirs  qu'il  a  construits,  le  diamètre  était  le  sixième  du  foyer  ou  le 
douzième  du  rayon  de  courbure  ;  ces  miroirs  étaient  donc  semblables,  et  la  mesure  de 
parabolicité  était  proportionnelle  au  diamètre  du  verre,  et  dans  les  expériences  où  il 
employait  toujours  le  même  point  lumineux  de  |  de  millimètre  environ  de  diamètre, 
cette  mesure  était  égale  à  sept  fois  (à  très  peu  près)  la  flèche  des  bords  du 
miroir. 

Un  autre  moyen  de  mesure  lui  servait  concurremment  avec  le  précédent  ;  il  était 


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fondé  sur  remploi  du  microscope  oculaire,  avec  lequel  il  recevait  le  faisceau  de  rayons 
réfléchis. 

Lorsque  le  foyer  de  ce  microscope  est  placé  en  s  au  sommet  de  la  caustique,  on  a 
une  image  bien  nette  du  point  lumineux  et  des  petites  irrégularités  qui  peuvent  se 
trouver  sur  le  contour  de  celui-ci  ;  cette  image  est  entourée  d'une  auréole  d'aberration 
qui  va  en  se  fondant  vers  les  bords,  et  qui  est  due  aux  rayons  marginaux  qui  convergent 
tardivement.  Si  Ton  recule  le  microscope  vers  soi,  jusqu'à  ce  que  son  foyer  soit  en  s\  au 
point  de  croisement  des  rayons  des  bords,  avant  leur  convergence  avec  les  rayons  cen- 
traux qui  commencent  à  diverger,  tous  les  rayons  passent  alors  dans  Tanneau  s\  et, 
sans  donner  d'image  proprement  dite,  produisent  en  ce  point  l'apparence  d'un  cercle 
dépourvu  d*aberration  et  à  bords  bien  déterminés.  Puis,  au  delà,  les  rayons  coupent 
Taxe,  et  l'image  se  perce  au  centre  en  s"\  d'un  point  relativement  obscur,  qui  s'élargit 
en  reculant  encore  le  microscope. 

Ce  phénomène,  qui  se  produit  d'une  manière  bien  nette,  permet  de  constater  la 
valeur  de  la  courbure  des  bords  :  si  la  source  lumineuse  était  un  point  mathématique, 
la  distance  s$'"  serait  précisément  égale  au  double  de  la  flèche  ou  abscisse  du  bord  du 
miroir,  et  si  la  surface  est. bien  parabolique,  en  limitant  son  étendue  par  des  dia- 
phragmes de  grandeur  convenable,  on  doit  trouver  que  la  distance  ss"\  qui  varie  avec 
chaque  grandeur  de  diaphragme,  est  proportionnelle  au  carré  de  l'ouverture  de 
celui-ci. 

L.  Foucault  ne  s'est  pas  borné  à  l'observation  précédente,  faite  au  centre  de  cour- 
bure, il  a  aussi  déterminé  la  mesure  de  parabolicité  relative  à  d'autres  stations  du  point 
lumineux.  Un  miroir  qui,  étudié  sur  les  étoiles,  avait  justifié  de  la  perfection  de  sa 
surface,  lui  servait  alors  à  trouver  les  valeurs  numériques  de  la  parabolicité  par  l'emploi 
de  l'écran  à  bords  rectilignes. 

La  recherche  à  l'aide  du  microscope  de  la  distance  ss"  se  fait  ici  très-facilement,  en 
considérant  que,  au  point  où  se  perce  l'image  du  point  lumineux,  on  est  au  foyer  annu- 
laire des  bords,  et  que,  pour  trouver  cette  position,  il  suflit  de  résoudre  le  problème 
suivant  :  La  position  de  la  parabole  et  du  point  lumineux  L  situé  sur  son  axe  restant  fixes^ 
chercher  les  foyers  conjugués  L'  des  ellipses  successives  qui,  ayant  le  même  axe  que  la  parabole, 
sont  tangentes  à  celle-ci  en  des  points  qui,  partant  du  sommet,  s'éloignent  de  plus  en  plus 
de  lui. 

Celui  de  ces  points  L'  pour  lequel  l'image  se  perce  est  celui  pour  lequel  le  contact 
de  l'ellipse  et  de  la  parabole  a  lieu  sur  le  bord  même  du  miroir. 

Les  résultats  que  donne  le  calcul  dans  la  résolution  du  problème  précédent  sont 
parfaitement  d'accord  avec  les  nombres  que  fournissent  des  miroirs  qui,  étudiés  sur  le 
ciel  ou  par  collimation  avec  d'autres  miroirs  identiques,  amenés  à  la  même  mesure  de 


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parabolicité  étudiée  au  centre  de  courbure,  donnent  les  meilleurs  signes  de 
perfection. 

Il  y  a  lieu  de  remarquer  que  cette  recherche  de  la  parabolicité  est  plutôt  un  guîdeà 
consulter  qu'un  but  à  atteindre  effectivement,  Tinfluence  des  oculaires  se  faisant  toujours 
sentir  dans  l'image  définitive.  Quand  on  a  obtenu  une  surface  qui  approche  de  cette 
forme  théorique,  il  y  a  encore  lieu  d'associer  le  miroir  à  l'oculaire  comme  Foucault  l'a 
indiqué  et  constamment  mis  en  pratique. 

Enûn,  il  a  imaginé  une  méthode  à  laquelle  il  a  donné  le  nom  d'autocollimation,  et 
qui  lui  permettait  de  s'assurer  de  la  perfection  d'une  lunette  destinée  aux  observations 
astronomiques  :  je  la  décrirai  rapidement,  et  je  donnerai  les  modifications  que  j'ai  dû 
lui  faire  subir  pour  l'appliquer  à  l'étude  des  miroirs  paraboliques. 

Ce  sera  l'objet  d'une  prochaine  Communication. 


MÉTHODE    D'AUTOCOLLIMATION   DE   L.    FOUCAULT 

SON  APPLICATION  A   l'ÉTUDE  DES  MIROIRS  PARABOLIQUES^ 


Les  procédés  d'examen  décrits  dans  la  précédente  communication  permettent  de 
reconnaître  la  position  du  foyer  qui  serait  donné  par  chacun  des  éléments  de  la  surface 
d'un  miroir  dans  les  conditions  indiquées,  d'en  déduire  la  courbure  en  chaque  point,  et, 
par  suite,  de  s'assurer  si  un  miroir  a  atteint  la  forme  parabolique  ;  mais  ils  ne  peuvent 
aisément  être  mis  en  pratique  que  par  des  observateurs  assez  habitués  aux  travaux  de 
cette  nature  pour  pouvoir  tirer  des  déductions  certaines  des  apparences  qui  se  présentent 
à  eux.  Il  y  avait  lieu  de  chercher  un  procédé  d'observation  plus  direct.  Il  se  présentait 
dans  l'emploi  d'un  collimateur  parfait,  ou  mieux  encore  dans  l'application  de  la  méthode 
que  Foucault  a  nommée  méthode  d'autocoUimation  et  à  laquelle  il  fait  allusion  dans  la  der- 
nière phrase  de  sa  Note  sur  le  plan  optique.  Il  l'avait  imaginée  pour  se  guider  dans  la 
construction  des  lunettes  astronomiques  sans  recourir  à  l'observation  sur  le  ciel  que  les 
circonstances  atmosphériques  rendent  si  rarement  praticables.  Elle  lui  offrait,  toujoursà 
sa  portée,  un  point  lumineux  qui  lui  envoyait  des  rayons  parallèles  comme  s'il  eût  été 

4 .  Note  présentée  è  l'Académie  des  sciences  le  28  février  4  870.  Voir  C.  R.  de  VAc.  des  5c., t.  LXX, 
p.  446. 


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réellement  situé  à  Tinûai.  On  sait  d'ailleui*s  que  cette  méthode  lui  a  permis  d'obtenir 
des  résultats  d'une  rare  perfection. 

La  disposition  employée  est  semblable  à  celle  qui  sert  à  la  détermination  du  nadir 
k  Paide  du  bain  de  mercure.  Un  point  lumineux  est  placé  au  foyer  principal  de  l'objectif 
qu'on  se  propose  d'étudier  et  près  de  son  axe,  le  faisceau  de  rayons  parallèles  auquel 
son  action  donne  naissance  est  reçu  presque  normalement  par  un  miroir  argenté  aussi 
parfaitementplan  qu'il  estpossiblede  l'obtenir;  les  rayons  reviennent  donc  sensiblement  sur 
eux-mêmes  et,  réfractés  de  nouveau  par  l'objectif,  convergent  vers  un  point  très-voisin 
de  la  source  lumineuse  dont  ils  donnent  l'image.  Si  l'objectif  est  parfait,  les  rayons  qu'il 
a  rendus  rigoureusement  parallèles  sans  aberration  par  sa  première  action,  revenus  vers 
lui  dans  les  mêmes  conditions  et  subissant  de  nouveau  son  action,  donnent  un  point 
unique  de  convergence.  L'emploi  des  procédés  d'analyse  du  faisceau  lumineux  par  le 
microscope  et  le  bord  d'un  petit  écran  constate  cet  état  de  perfection  que"  nous  avons 
admis.  Mais  si  l'objectif  est  entaché  d'aberration  de  sphéricité,  par  exemple,  les  rayons 
deux  fois  réfractés  engendrent  une  caustique  dont  l'étude  permet  de  reconnaître 
les  régions  de  l'objectif  sur  lesquelles  doit  porter  le  travail  des  retouches  qu'il  y  a  lieu 
d'exécuter. 

Il  faut  remarquer  que  chaque  petit  pinceau  élémentaire  rencontre  la  surface  de  l'ob- 
jectif pre^çwe  exactement  au  même  point  à  l'aller  et  au  retour,  de  telle  sorte  que  la  caustique 
définitive  est  engendrée  par  l'action  deux  fois  répétée  de  la  même  portion  de  surface 
sur  les  mêmes  rayons,  ce  qui  augmente  la  sensibilité  et  la  sûreté  de  la  méthode. 

J'ai  pu  appliquer,  avec  les  mêmes  avantages,  l'autocollimation  à  l'étude  des  miroirs 
de  télescopes  pour  m'assurer,  d'une  manière  directe,  de  la  perfection  de  Tétat  de  parabo- 
licité  de  leur  surface.  Pour  cela,  un  point  lumineux  étant  placé  au  foyer  principal  de  ce 
miroir,  je  dispose  un  plan  argenté  et  percé  d'une  ouverture  centrale  dans  une  position 
telle,  que  les  rayons  qui  émanent  de  la  source,  passant  à  travers  l'ouverture  de  ce  plan, 
puissent  librement  atteindre  tous  les  points  de  la  surface  du  miroir  à  étudier.  L'action 
de  ce'.ui-ci  les  rend  parallèles,  et,  réfléchis  presque  normalement  par  le  plan,  ils 
reviennent  subir  de  nouveau  la  réflexion  sur  le  miroir  qui  les  fait  converger  en  un 
point  voisin  de  la  source  ;  l'analyse  du  faisceau  réfléchi  se  fait  alors  avec  facilité.  La 
réalisation  de  cette  expérience  demande  quelque  soin  pour  le  centrage  des  surfaces 
d'abord,  et  ensuite  pour  la  détermination  de  la  distance  à  laquelle  il  convient  de  placer 
le  miroir  plan,  afin  que  le  faisceau  ne  soit,  en  aucune  manière,  entamé  par  lui,  soit  à 
l'aller,  soit  au  retour.  S'il  en  était  autrement,  la  surface  ne  pourrait  être  étudiée  dans 
toute  son  étendue,  et  le  faisceau  qui  subit  deux  fois  la  réflexion  presque  normale  sur  le 
verre  non  argenté  du  miroir  à  étudier,  serait  trop  peu  lumineux  pour  permettre  un 
examen  sérieux. 


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Lorsqu'on  a  égard  aux  couditions  qui  prëcëdeut,  on  se  trouve  en  présence  d'un 
faisceau  lumineux  qui  doit  avoir  un  sommet  unique,  la  caustique  doit  être  réduite  à  un 
point,  ce  que  Texamen  à  l'aide  du  microscope  ou  de  l'écran  permet  de  constater  ;  et  si 
ce  résultat  n'a  pas  été  complètement  obtenu,  les  mêmes  moyens  permettent  de  recon- 
naître la  nature  du  travail  à  effectuer  pour  amener  les  apparences  à  être  celles 
qui  conviennent  à  une  surface  parabolique  parfaite. 


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EXPÉRIENCE 

SUR  L'ACTION  EXERCÉE  PAR   LE   MOUVEMENT   DE   LA  TERRE 

SUR    LES    PHÉNOMÈNES    LUMINEUX. 


Nous  avons  trouve  dans  les  papiers  de  L.  Foucault  les  lignes  suivantes,  qui  sont  le 
commencement  d*une  note  ou  d'un  mémoire  dont  l'objet  ne  nous  était  pas  connu,  et 
qui  par  elles-mêmes  ne  présentaient  pas  assez  d'intérêt  pour  figurer  dans  le  cours  de 
cet  ouvrage.  M.  A.  Cornu,  professeur  à  TÉcole  polytechnique,  qui  avait  été  en  relations 
intimes  avec  L.  Foucault  et  à  qui  nous  avons  montré  ces  lignes,  s'est  rappelé  une 
conversation  qu'il  avait  eue  avec  ce  savant  et  dont  il  nous  a  donné  la  substance  que 
nous  reproduisons  ci- dessous,  quelque  incomplète  qu'elle  soit;  nous  donnons  d'abord  le 
texte  de  L.  Foucault: 

a  Dans  toutes  les  expériences  qui  ont  été  proposées  jusqu'ici  pour  comparer  le 
«  mouvement  de  la  terre  avec  la  vitesse  de  la  lumière,  on  découvre  après  coup  des 
«  causes  de  compensation  qui  rendent  le  phénomène  insensible.  En  sorte  que  le  résultat 
«  négatif  peut  recevoir  deux  explications  différentes,  l'une  fondée  sur  les  causes  de 
c(  compensation  et  l'autre  qui  se  tire  tout  naturellement  de  la  supposition  que  tous  les 
«  phénomènes  se  passent  entre  milieux  placés  dans  les  conditions  du  repos  relatif. 

«  Mais  s'il  était  possible  dinstituer  une  expérience  à  l'abri  des  causes  de  compen- 
cc  sation ,  cette  expérience  porterait  conclusion  lors  même  que  le  résultat  en  serait 
«  franchement  négatif.  Or,  voici  le  cas  qui  s'est  présenté  à  mon  esprit  : 

«  Les  milieux  transparents  employés  à  réfléchir  la  lumière  sont  caractérisés  par 
«  Tangle  de  polarisation  maximum  qui  est  en  relation  définie  avec  l'indice  de  réfraction. 

((  Dans  rétat  de  repos  les  angles  observés  sont  les  angles  réels,  mais  si  Ton  fait 
«  intervenir  le  mouvement  planétaire  et  qu'on  adopte  l'hypothèse  de  Fresnel,  on  trouve 
«  que  les  angles  réels  sont  changés  et  que  les  angles  apparents  restent  sensiblement  les 
«  mêmes. 

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—  562  — 

«  Od  reconnatt  effectiYement  que  dans  aacune  circonstance  le  moa?emeDt  de  la 
a  terre  ne  déplace  Timage  au  foyer  des  lunettes.  Pour  ce  qui  est  de  Tétat  de  polarisation, 
«  comme  Faction  du  milieu  dépend  des  angles  réels,  il  semble  au  premier  abord  qu'il 
((  devrait  y  avoir  une  influence  sensible  sur  les  rayons  réOéchis  et  réfractés.  Hais,  en 
«  restant  ûdèle  à  l'hypothèse  de  Fresnel ,  on  trouve  qu'il  existe  une  cause  de  compen- 
«  sation  qui  détruit  l'effet  de  la  variation  d'incidence  :  elle  provient  de  ce  que  la  vitesse 
c(  de  la  lumière  dans  le  milieu  absolu  diminue  en  même  temps  que  Tincidence  à  la 
(c  surface  d'entrée.  Si  donc  on  observait  un  phénomène  sensible,  le  résultat  serait  en 
«  désaccord  avec  l'hypothèse  de  Fresnel.  » 

c(  Si  maintenant  on  examine  ce  qui  en  revient  au  rayon  réfléchi  on  trouve  un  ré- 
«  sultat  bien  différent.  » 

Voici,  d'après  H.  A.  Cornu,  l'idée  de  l'expérience  qui  paraît  se  rapporter  aux  lignes 
précédentes  : 

On  sait  que  l'angle  de  polarisation,  par  réflexion  sur  une  surface  transparente,  varie 
avec  rindice  de  réfraction  des  radiations  employées  pour  satisfaire  à  la  loi  de  Brewster, 
tang  I  a  n.  11  en  résulte  un  phénomène  bien  connu  de  ceux  qui  ont  déterminé  l'angle 
de  polarisation  moyen  d'un  faisceau  de  lumière  blanche  en  éteignant  le  faisceau  réfléchi 
par  le  passage  à  travers  un  prisme  de  Nicol  convenablement  orienté  :  Fextinction  n'a 
pas  lieu  pour  toutes  les  couleurs  simultanément  ;  il  en  résulte  une  frange  irisée  sur 
laquelle  les  pointés  sont  très-incertains. 

On  peut  rendre,  parait-il,  les  pointés  beaucoup  plus  exacts  en  achromatisant  la 
frange,  c'est-à-dire  en  supprimant  Tirisation  de  ses  bords.  On  y  parvient  à  l'aide  d'un 
prisme  d'angle  convenable  calculé  pour  ramener  au  parallélisme  les  directions  que  la 
dispersion  sépare  angulairement.  Par  raison  de  symétrie  on  peut  faire  porter  la  correction 
moitié  sur  le  faisceau  incident,  moitié  sur  le  faisceau  réfléchi,  à  l'aide  de  deux  prismes 
d'angle  moitié  moindre. 

L'appareil  était  destiné  à  observer  la  variation  hypothétique  de  Tindice  de  réfrac- 
tion avec  la  direction  du  mouvement  de  la  terre  :  un  dispositif  que  L.  Foucault  n'a  pas 
indiqué  à  M.  Cornu  lui  permettait  de  mettre  en  évidence  un  dèpointement  de  la  frange 
égal  à  quelques  secondes  d'arc. 

Le  résultat  de  l'observation  fut  négatif,  parait-il,  bien  que  la  sensibilité  de  l'appareil 
fût  très-supérieure  à  la  quantité  à  mesurer. 


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APPAREIL  RÉGULATEUR  DE  LA  LUMIÈRE  ÉLECTRIQUE 

A  RECUL  ET  A  DÉTENTE  ÉQUILIBRÉE  (PL  7). 


Le  mémoire  principal  (page  322)  donne  une  description  suffisamment  complète  de 
l'appareil  (flg.  1  à  1)  ainsi  que  de  la  modification  représentée  figure  5  pour  qu'il  soit 
nécessaire  d'insister  davantage.  Nous  dirons  seulement  que  la  figure  1  représente 
'élévation  de  l'appareil  à  l'échelle  de  2/5,  les  figures  2  à  5  sont  de  grandeur  naturelle; 
la  figure  2  représente  une  vue  du  mécanisme,  la  paroi  antérieure  étant  supposée  enlevée, 
la  figure  3  est  une  vue  par-dessous.  Nous  croyons  devoir  faire  remarquer  en  outre  que 
que  pour  plus  de  commodité  dans  la  disposition  des  engrenages,  le  mobile  d  n'est  pas 
en  relation  directe  avec  le  mobile  c,  mais  que  l'effet  produit  est  le  même  puisqu'ils 
engrènent  l'un  et  l'autre  avec  la  même  roue  2.  Ajoutons  que  l'axe  satellite  non  désigné 
spécialement  dans  le  mémoire  est  représenté  eu  h  h  et  que  les  deux  roues  qu'il  porte  sont 
numérotées  6 et  7  engrenant  respectivement  avec  4  et 5. 

La  figure  6  de  la  planche  7  est  la  reproduction  d'un  croquis  trouvé  dans  les  papiers 
deL.  Foucault  et  qui,  d'après  M.  Duboscq,  est  une  seconde  solution  du  problème  résolu 
par  l'appareil  reproduit  en  détail  par  les  figures  que  nous  venons  de  citer.  L.  Foucault 
aurait  proposé  à  M.  Duboscq,  au  moment  d'étudier  le  détail  de  la  construction, 
deux  dessins  sommaires  dont  Tua  a  été  adopté  et  dont  l'autre  est  celui  que  représente 
la  figure?.  Voici  comme  il  nous  paraît  que  doit  être  interprété  ce  croquis  qui, à  la 
netteté  des  traits  près,  a  été  reproduit  avec  la  plus  grande  fidélité. 

Un  poids  P  est  fixé  à  une  corde  enroulée  sur  le  tambour  a  qui  engrène  en  A  avec 
le  mobile  h  par  Tintermédiaire  duquel  le  mouvement  produit  par  la  chute  du  poids  se 
transmet  successivement  aux  mobiles  c  et  d,  tant  que  la  rotation  de  ce  dernier  mobile 
n'est  pas  empêché,  comme  nous  allons  le  dire  :  une  crémaillère  reliée  à  a  ou  un  fil 
monté  sur  le  tambour  se  mouvra  donc  dans  le  sens  que  détermine  pour  là  rotation 


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de  a  la  descente  du  poids  P.  D'autre  part,  E  est  un  barillet  assez  puissant  qui,  lorsque  le 
ressort  se  débande,  tourne  dans  le  sens  de  la  flèche.  Le  mouvement  se  transmet  aux 
divers  mobiles  f,  g,  h  et,  par  suite,  à  la  roue  H.  L'axe  commun  des  deux  roues  /i  et  H 
n'est  pas  Oie  :  il  est  monté  sur  une  pièce  t  A  l  constituant  un  levier  coudé,  mobile  autour 
du  point  g;  lorsque  cette  pièce  occupe  la  position  indiquée  par  la  figure,  la  roue  H 
n'engrène  pas  avec  le  pignon  d;  au  contraire  il  y  a  engrènement  lorsque  la  pièce  k  l 
venant  à  se  déplacer  sous  Faction  de  bascule  de  i  ^  le  point  l  se  relève  ;  dans  ce  cas, 
si  rien  ne  s'y  oppose,  le  mouvement  du  mobile  h  est  communiqué  à  d  et,  comme  il  est 
de  sens  contraire  et  que  l'action  du  barillet  est  plus  puissante  que  celle  du  poids  P,  les 
divers  mobiles  d,  c,  b,  a  se  meuvent  dans  le  sens  opposéj  aux  flèches  :  il  y  aura  donc 
recul  des  pièces  en  relation  avec  a,  si  le  mouvement  que  nous  avons  indiqué  lorsque 
d  était  libre  constituait  une  avance. 

Il  faut  maintenant  montrer  comment,  suivant  les  cas,  l'appareil  aurait  pu  rester  en 
équilibre,  produire  l'avance  ou  le  recul  suivant  la  force  du  courant,  c'est-à-dire  suivant 
réioignement  des  charbons.  Nous  croyons  que  l'explication  suivante  peut  faire  com- 
prendre ce  fonctionnement.  Le  levier  ki  aurait  été  rattaché  comme  la  tige  S  dans  la 
figure  1  à  l'armature  de  l'électro-aimant  de  manière  à  être  entraîné  dans  un  sens  ou 
dans  l'autre  suivant  Ténergie  du  courant  :  la  pièce  i  étant  portée  vers  la  droite,  les 
roues  d  et  H  ne  peuvent  engrener,  c'est  le  cas  de  la  figure;  cette  dernière  porte  un 
doigt  q  qui  vient  buter  contre  un  arrêt  fixe  porté  par  la  platine  de  l'appareil  et  empêche 
les  mobiles  h,  g,  f,  E  de  défiler;  le  mouvement  du  système  a,  b,  c,  d  est  possible  au  con- 
traire. Si  la  pièce  ki  se  rapproche  de  la  verticale,  la  partie  k  l  se  rapprochera  de 
l'horizontale  et  fera  mouvoir  le  système  articulé  m  nop  ayant  un  point  fixe  en  o,  la 
pièce  nop  étant  rigide;  par  suite  de  ce  mouvement  le  doigt  p  entrera  dans  les  échan- 
crures  de  la  roue  D  et  empêchera  cette  roue  et  par  suite  le  mobile  d  d'obéir  à  l'action 
du  poids  P.  On  conçoit  que  d'ailleurs  le  mouvement  qui  a  commencé  à  mettre  en  prise 
p  et  D  puisse  être  assez  faible  pour  que  Ueid  n'aenit  pas  engrené  et  que  le  doigt  q  n'ait 
pas  été  rendu  libre;  le  système  sera  tout  entier  au  repos.  Mais  si  le  mouvement  de  A  i  se 
continue  vers  la  gauche,  kh  se  relevant  le  doigt  q  sera  dégagé,  la  roue  H  entrera  en  prise 
avec  le  pignon  d,  et  si  la  liaison  entre  d  et  D  est  faite  par  Tintermédiaire  d'un  encli- 
quelage,  le  mouvement  de  H  sera  communiqué  au  mobile  d  malgré  l'action  du  doigt  p 
sur  la  roue  D,  et  les  mobiles  d,  c,  b  ei  a  prendront  un  mouvement  inverse  du  précédent 
et  qui  durera  tant  que  ne  se  déplacera  pas  en  sens  inverse  la  tige  k  l  sous  l'action 
d'une  Vciriation  inverse  dans  l'intensité  du  courant. 


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APPAREIL  A  MOUVEMENT   DE    ROTATION    CONTINU 


ET 


A  MOUVEMENT  DE  TRANSLATION  ALTERNATIF  (PL  8.) 


Nous  igDoroDS  complétemeat  quelle  était  la  destination  de  cet  appareil  dont  H.  J.  Re- 
gnauld,  professeur  à  la  faculté  de  médecine  de  Paris,  possède  le  modèle  construit  sous 
la  direction  de  L.  Foucault:  nous  n'avons  rien  trouvé  qui  pût  s'y  rapporter  dans  les 
papiers  de  celui-ci  et  nous  avons  fait,  auprès  des  personnes  que  nous  espérions  pouvoir 
nous  donner  quelques  renseignements  spéciaui,  dUnutiles  recherches.  Dans  l'incerti- 
tude, nous  en  donnons  la  description  après  celle  des  appareils  de  lumière  électrique  à 
cause  d'une  certaine  ressemblance  avec  la  dernière  disposition  dont  nous  avons  parlé 

m 

en  ce  qui  concerne  le  changement  de  dircîction   de  mouvement. 

Indiquons  d'abord  le  fonctionnement  général  de  l'appareil,  nous  ferons  connaître 
ensuite  la  combinaison  qui  permet  d'atteindre  le  but  proposé.  Les  diverses  figures  de 
la  planche  8  se  rapportent  à  cet  appareil  :  les  figures  1,  2  et  3  représentent  l'instru- 
menta demi-grandeur;  les  figures  6  à  8  donnent,  de  grandeur  naturelle,  la  représen- 
tation des  divers  organes  :  dans  ces  diverses  figures,  les  mêmes  lettres  se  rapportent  aux 
mêmes  parties. . 

La  roue  T  qui  est  folle  sur  son  axe  recevant  un  mouvement  de  rotation  continu 
d'un  moteur  quelconque,  la  tige  AB  prend  également  un  mouvement  de  rotation  con- 
tinu en  même  temps  qu'un  mouvement  de  translation  parallèle  à  son  axe,  de  telle  sorte 
que  chacun  de  ses  points  décrit  une  hélice  :  cette  tige  est  terminée  supérieurement  par 
une  virole  G  qui  devait  porter  la  pièce,  Toutil  pour  la  mise  en  jeu  duquel  cet  appareil  a 
été  construit.  De  plus,  lorsque  la  tige  AB  s'est  déplacée  d'une  certaine  quantité  dans  l'un 
ou  l'autre  sens,  le  mouvement  de  translation  est  automatiquement  renversé  et,  la  rotation 
ayant  toujours  lieu  dans  le  même  sens,  la  virole  G  reçoit  ainsi  un  mouvement  rectiligne 
alternatif.  D'ailleurs  l'étendue  de  la  course  peut  être  limitée  à  volonté,  comme,  aussi, 


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—  566  — 

Ton  peut  établir  des  rapports  variables  entre  les  vitesses  de  translation  et  de  rotation. 

La  roue  motrice  T,  folle  sur  son  axe,  engrène  avec  la  roue  S  lui  communiquant 
ainsi  un  mouvement  de  rotation  continu  auquel  participe  le  cylindre  cannelé  F  monté 
sur  Taxe  de  la  roue  S  et  solidaire  avec  celle-ci  :  les  cannelures  ont  un  profil  de  dents  d'en- 
grenage, et,  en  effet,  le  cylindre  engrène  avec  la  roue  E  montée  sur  un  axe  parallèle 
qui  n'est  autre  que  la  tige  AB  :  celle-ci  est  mobile  et  peut  glisser  le  long  de  son  axe, 
guidée  dans  son  mouvement  par  les  ouvertures  circulaires  pratiquées  dans  les  platines 
X  X'  et  Y  Y',  et  dans  lesquelles  elle  est  passée.  Quelle  que  soit  sa  hauteur,  la  roue  £  conti- 
nuera à  recevoir  le  mouvement  de  rotation  par  l'intermédiaire  du  cylindre  F  de  manière 
à  tourner  dans  le  même  sens  que  la  roue  T. 

Indiquons  maintenant  le  dispositif  qui  communique  à  la  tige  A  B  son  mouvement  de 
translation  :  au-dessus  de  la  roue  E,  la  tige  AB  porte  deux  collets  G  et  G'  entre  lesquels 
est  engagée  une  fourchette  DD'  munie  d'un  galet  destiné  à  diminuer  le  frottement;  cette 
fourchette  est  placée  à  l'extrémité  d'une  tige  reliée  à  un  cadre  mobile  autour  d'un  aie 
horizontal  NN'  dont  nous  supposerons  la  position  invariable  jusqu'à  nouvtl  ordre;  cette 
même  tige  porte  en  I  (6g.  7}  un  écrou  dans  lequel  est  engagée  une  vis  qui  règne  sur  la 
hauteur  de  l'arbre  H  H,  arbre  qui  a  le  même  axe  géométrique  que  la  roue  T,  mais  qui 
est  indépendant  de  celle-ci.  Get  arbre,  comme  nous  allons  le  dire,  tourne  par  suite  de 
la  rotation  du  cylindre  cannelé  F  et,  suivant  que  la  rotation  s'effectue  dans  un  sens  ou 
dans  l'autre,  l' écrou  I  est  entraîné  également  dans  un  sens  ou  dans  l'autre.  Mais  le 
mouvement  de  translation  de  l'écrou  étant  communiqué  à  la  tige  dont  il  est  solidaire  et 
par  suite  à  la  fourchette  DD\  les  collets  G  G'  et,  par  suite,  la  tige  A  B  et  la  virole  parti- 
cipent également  à  ce  mouvement.  Le  sens  du  déplacement  de  ces  diverses'pièces  est  le 
même  que  celui  du  déplacement  de  l'écrou  I  ;  mais  le  chemin  parcouru  est  plus  consi- 
dérable. 

Étudions  maintenant  le  mode  de  transmission  du  mouvement  du  cylindre  cannelé  F 
à  la  vis  H  H'  et  le  dispositif  employé  pour  faire  changer  le  sens  de  la  rotation  de  celle-ci. 
A  la  partie  inférieure,  le  cylindre  cannelé  F  engrène  avec  la  roue  U  ;  l'axe  de  cette  roue 
n'est  pas  fixe,  mais  il  est  porté  par  l'un  des  bras  d'un  levier  coudé  abc  dont  le  point  fixe 
coïncide  avec  l'axe  du  cylindre  cannelé  F  :  le  second  bras  de  ce  levier  bc  (flg.  i,  5  et  8) 
supporte  une  roue  V  qui  est  de  môme  diamètre  que  U  et  engrène  constamment  avec 
cette  dernière  ;  le  levier  est  commandé  par  la  tige  a  de  dont  nous  exposerons  toutà  Theure 
le  fonctionnement.  Lorsque  le  levier  coudé  est  dans  la  position  représentée  figure  h  et 
figure  8,  le  mouvement  de  rotation  du  cylindre  cannelé  F  est  communiqué  à  lavis  H  par 
l'intermédiaire  de  la  seule  roue  U  et  la  vis  tourne  alors  dans  le  même  sens  que  le  cy- 
lindre cannelé.  Mais  si,  par  suite  de  l'action  de  la  tige  ad,  le  levier  coudé  est  déplacé  et 
amené  à  la  position  de  la  figure  5,  le  mouvement  du  cylindre  cannelé  F  est  transmis  à  la 
vis  H  par  les  deux  roues  U  et  V  :  comme  elles  sont  de  même  diamètre,  les  vitesses  angu- 


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—  567  — 

iaîres  de  F  et  de  H  sont  dans  le  même  rapport  que  précédemment,  mais  les  rotations 
s'effectuent  en  sens  contraires. 

Le  changement  de  position  du  levier  coudé  amène  ainsi  le  changement  de  sens 
de  la  rotation  de  la  vis  H  et  par  suite  le  changement  de  sens  du  mouvement  de  transla- 
tion de  récrou  I  et  de  la  tige  AB;  mais,  d'autre  part,  c*est  le  mouvement  de  translation 
qui  commande  le  déplacement  du  levier  coudé  de  la  manière  suivante  :  l'extrémité  e  de  la 
tige  a  de  est  articulée  avec  une  branche  d'un  levier  à  trois  bras  efgh  pouvant  tourner 
autour  du  point  fixe  f.  L'extrémité  h,  par  l'intermédiaire  de  la  bielle  hi,  est  reliée  à  un 
ressort  ik  qui  maintient  le  levier  dans  chacune  des  positions  extrêmes  qu'il  peut  occuper 
jusqu'à  ce  qu*une  action  directement  appliquée  en  g  le  fasse  passer  à  l'autre  position.  Cette 
action  est  transmise  par  la  tige  II'  qui  est  guidée  d'autre  part  dans  la  platine  XX'  et  dans 
laquelle  elle  passe;  sur  cette  tige,  deux  vis  de  pression  m,m'  permettent  de  fixer  à 
diverses  hauteurs  des  taquets  mobiles  n,n'.  Un  doigt  K,  porté  par  le  cadre  mobile  qui  est 
relié  à  Técrou  I,  se  meut  entre  les  taquets  et  peut  venir  les  toucher  dans  son  mouvemen 
et  presser  sur  eux  assez  fortement  pour  les  entraîner  malgré  l'action  du  ressort  ik.  On 
peut  alors  comprendre  l'action  de  ces  pièces  :  supposons  que,  par  suite  de  la  rotation  de 
la  vis  H,  l'écrou  I  descende  entraînant  dans  son  mouvement  la  tige  AB,  le  cadre  mobile 
et  le  doigt  K  qui  y  est  fixé  :  lorsque  ce  mouvement  aura  été  continué  pendant  un  certain 
temps,  ce  doigt  viendra  appuyer  sur  le  taquet  inférieur  n',  et,  continuant  à  descendre,  le 
forcera  également  à  s'abaisser  entraînant  la  tige  H';  au  moment  où  la  pression  sera  suf- 
fisante pour  vaincre  l'action  du  ressort  ik  la  tige  //'  s'abaissera,  le  bras  fe  du  levier  triple 
se  déplacera  entraînant  la  tige  ea,  et  celle-ci  agissant  sur  le  levier  coudé  a6c  fera  changer 
le  mode  d'engrènement  des  roues  U  et  V  et,  par  suite,  le  sens  de  rotation  de  la  vis.  Aus- 
sitôt le  mouvement  de  l'écrou  deviendra  ascendant  ainsi  que  celui  de  toutes  les  pièces 
qui  y  sont  reliées,  cadre  mobile  et  tige  AB,  jusqu'à  ce  que  le  doigt  K  vienne  rencontrer 
le  taquet  supérieur  n  et  que  le  même  effet  se  reproduise  en  sens  conti^aire.  La  distance 
des  deux  taquets  n  et  n'  limite  par  suite  l'étendue  du  déplacement  de  la  tige  A  fi  dans  l'un 
et  l'autre  sens. 

Nous  avons  dit  enfin  que  l'on  pouvait  faire  varier  le  rapport  des  vitesses  de  translation 
et  de  rotation  de  la  tige  AB.  La  vitesse  de  rotation  de  AB,  ainsi  que  celle  de  la  vis,  dé- 
pend uniquement  de  celle  de  la  roue  motrice  T,  les  transmissions  se  faisant  par  des  par- 
ties invariables;  quant  à  la  vitesse  de  translation,  elle  dépend  de  celle  de  l'écrou  I  et  de 
leurs  distances  respectives  à  Taxe  de  rotation  du  cadre  mobile.  La  translation  de  l'écrou 
est  liée  invariablement  à  la  vitesse  de  la  roue  motrice  T,  mais  les  distances  peuvent 
varier,  l'axe  du  cadre  pouvant  se  déplacer.  Ce  cadre  LL'MM'  porte  en  effet  sur  chacun 
des  deux  côtés  LM  et  L'M'  une  coulisse  dans  laquelle  passe  un  bouton  N,N'  ;  mais  ces 
boutons  sont  eux-mêmes  portés  par  deux  bielles  N  0,N'0'  tournant  avec  l'axe  00'  qui  se 
meut  entre  des  coussinets  fixés  sur  la  plaque  métallique  sur  laquelle  repose  le  système 


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—  568  — 

entier;  les  bielles  N PO,  N'P'O'  sont  elles-mêmes  mues  par  la  pièce  deux  fois  reconrbëe 
PQP'Q'  que  l'on  pouvait  sans  aucun  doute  fixer  à  telle  position  que  l'on  Toulait  en 
plaçant  le  bouton  R  dans  un  cran  d'arrêt  dont  il  ne  reste  pas  trace.  Ajoutons  que  ce 
bouton  est  taraudé  et  peut  par  suite  se  déplacer  le  long  de  la  tige  filetée,  de  telle  sorte 
que  le  bouton  étant  dans  le  cran  d'arrêt  il  était  possible,  sans  interrompre  la  marche  de 
la  machine,  d'agir  sur  la  position  des  points  N  et  N'  et  par  suite  de  modifier  le  rapport 
des  vitesses  de  translation  et  de  rotation  de  la  tige  AB. 

Ajoutons  que  des  ressorts  placés  en  diverses  positions  et  sur  lesquels  il  n'est  pas 
nécessaire  d'insister  assurent  la  fixité  momentanée  de  diverses  pièces  mobiles. 

On  voit  que  cet  appareil  répond  bien  à  dés  indications  diverses  et  dont  renoncé  qae 
nous  avons  donné  au  début  est  assez  complexe;  nous  n'avons  pu  deviner  à  quel  usage 
ces  conditions  peuvent  être  utiles.  Ajoutons  que  nous  ignorons  même  quelle  devait  être 
la  véritable  position  de  cet  appareil  ;  il  est  placé  aujourd'hui  comme  il  est  représenté 
dans  la  planche  8  ;  mais  des  trous  pratiqués  dans  la  plaque  métallique  qui  supporte  le 
tout  permettent  de  supposer  qu'il  avait  une  autre  situation,  soit  que  la  tige  AB  fût  alors 
horizontale,  soit  qu'elle  fût  verticale,  mais  la  virole  G  étant  alors  placée  à  la  partie 
inférieure. 

La  figure  1  représente  une  vue  de  face  de  l'appareil  ;  la  figure  2  est  l'élévation  laté- 
rale, et  la  figure  3  est  une  vue  par-dessus,  la  virole  G  étant  supposée  enlevée. 

La  figurée  montre  le  détail  d'élévation  latérale  de  la  communication  de  mouvement 
de  la  roue  motrice  T  à  la  tige  AB  par  l'intermédiaire  du  pignon  S  et  du  cylindre  cannelé  F. 

La  figure  7  est  une  coupe  horizontale  faite  au-dessous  du  collier  G'  et  montrant  la 
communication  du  mouvement  de  translation  à  la  tige  B  par  l'intermédiaire  de  l'écrou  I 
et  de  la  fourchette  DD'. 

Enfin  la  figure  8  représente  une  coupe  horizontale  faite  au-dessus  du  levier  triple  egi 
et  donnant  la.disposition  de  la  transmission  variable  du  mouvement  du  cylindre  cannelé  F 
à  la  vis  H  :  les  figures  &  et  5  permettent  de  suivre  les  deux  états  extrêmes  qu'il  y  a  à 
considérer. 


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569  — 


INTERRUPTEUR  A  MERCURE, 


M.Lissajous,  à  qui  nous  devons  plusieurs  renseignements  intéressants  sur  les  travaux 
de  L.  Foucault,  nous  a  dit  que  celui-ci  se  proposait  d'appliquer  un  interrupteur  double 
à  rétude  de  diverses  questions  se  rattachant  à  Tinduction:  il  nous  a  indiqué,  et  M.Worms 
de  Rofflilly  nous  a  fourni  d'autre  part  la  même  indication,  une  disposition  qu'il  a  appli- 
quée, mais  sur  laquelle  nous  n'avons  trouvé  aucun  autre  renseignement.  Les  deux  inter- 
rupteurs étaient  placés  d'un  même  côté  du  centre  d'oscillation,  mais  le  plus  éloigné  était 
porté  par  un  ressort  et,  par  suite  de  la  flexion,  entrait  dans  le  mercure  et  en  sortait 
plus  tard  que  celui  qui  était  ûxé  directement  à  la  tige  rigide.  On  faisait  varier  la  diffé- 
rence de  phase  en  allongeant  ou  en  raccourcissant  le  ressort,  qui  pouvait  être  arrêté  à 
tel  point  qu'il  paraissait  convenable  sur  la  tige  rigide. 

Pour  évaluer  le  retard,  la  différence  de  phase  qui  s'établissait,  les  deux  interrup- 
teurs étaient  reliés  par  un  système  de  bielles  articulées  telles  qu'un  point  de  Tune  décri- 
vait des  courbes  analogues  aux  figures  acoustiques  de  Lissajous;  en  plaçant  en  ce  point 
une  perle  métallique  sur  laquelle  tombait  un  faisceau  de  lumière,  on  voyait  se  dessiner 
une  courbe  lumineuse  dont  la  forme  faisait  connaître  la  différence  de  phase. 

Nous  ignorons  si  des  expériences  suivies  ont  été  faites  et  si  même  Fappareil  a  été 
construit  complètement  :  nous  n'avons  rien  pu  trouver  sur  cette  question  dans  les  papiers 
de  L.  Foucault. 


72 


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—  570  — 


DÉMONSTRATION  DU  MOUVEMENT  DE  ROTATION  DE  LA  TERRE 


AU    MOYEN    DU    PENDtLB. 


Les  divers  mémoires  que  nous  avons  publiés  donnent  des  détails  assez  drconstao- 
ciés  sur  Texpérience  du  pendule  telle  qu'elle  a  été  faite  au  Panthéon.  Nous  n'avons  pas 
trouvé  d*indications  particulières  dans  les  papiers  de  L.  Foucault;  mais  nous  devons  à 
M.  Lissajous  de  pouvoir  indiquer  un  mode  de  suspension  qui  lui  paratt  se  rapporter  à 
cette  mémorable  expérience  (flg.  31).  Sur  un  épais  plateau  en  chêne  fixé  au-dessus  de 


if) 


:/ 


Fig.  31. 

la  voûte  du  dôme  on  fixait  une  plaque  d'acier  (/  à  Faide  de  vis  passant  dans  qualité  trous 
disposés  à  cet  effet;  celte  plaque  présente  au  centre  une  ouverture  dans  laquelle  on  in- 
troduit un  bouchon  de  suspension  a  qui  s'y  adapte  exactement.  Ce  bouchon  est  une 
filière  dans  laquelle  passe  un  fil  d'acier  de  0",00128  de  diamètre,  dont  rexti:émité  qui  n'a 
pas  traversé  la  filière  est  fixée  à  l'aide  d'une  vis.  Le  fil  /*  a  une  longueur  de  0'>12  environ  et. 


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—  571  — 

h  son  extrémitë  infërieuret  il  porte  une  garniture  à  vis  6  à  laquelle  s'adaptait  une  auti*e 
pièce  portant  la  seconde  partie  du  fll  de  suspension  dont  le  diamètre  atteignait  0",00178. 

D'après  M.  Lissajous,  ce  fll  flexible  qui  devait  offrir  la  même  résistance  à  la  flexion 
dans  tous  les  sens  était  retouché  localement  par  L.  Foucault  qui  n'a  laissé  aucune  indi- 
cation à  ce  sujet. 

La  rupture  du  fll  de  suspension  se  produisit  une  fois  &  la  partie  supérieure  ;  le  fll 
descendit  en  tournoyant  de  cette  hauteur  de  67  mètres  et  il  eût  pu  occasionner  des  acci- 
dents; il  fallut  d'ailleurs  rétablir  à  nouveau  la  suspension.  Pour  éviter  qu'un  pareil  fait 
pût  se  reproduire,  L.  Foucault  flt  établir  un  parachute  dont  nous  avons  trouvé  les  élé* 
ments  chez  M.  Dumoulin-Froment  qui  a  bien  voulu  les  mettre  à  notre  disposition. 

Au-dessous  de  la  plaque  d'acier  ci-dessus  décrite  et  suspendue  par  trois  brides  se 
trouve  une  autre  plaque  h  percée  d'une  ouverture  circulaire  dont  le  diamètre  est  plus 
grand  que  la  plus  grande  course  que  puisse  faire  le  fll  de  suspension  à  cette  faible  dis* 
tance  du  point  d'attache.  Le  fll  suspenseur  f  est  rattaché  à  la  tige  d'acier  f  par  une 
garniture  en  bronze  c  portant  un  écrou  dans  lequel  pénètre  le  bouchon  à  vis  b  décrit 
plus  haut  et  présentant  une  base  plus  large  que  l'ouverture  circulaire  d;  cette  garniture 
est  placée  à  1  ou  2  millimètres  du  support  et  ne  gène  en  rien  l'oscillation  du  pendule* 
Mais  si  la  rupture  se  produit,  elle  doit  avoir  lieu  dans  la  partie  supérieure  du  fll  d'acier 
de  suspension  f  dont  le  diamètre  est  le  plus  faible  et  qui  se  trouve  le  plus  fatigué  par 
les  flexions  auxquelles  il  est  soumis  ;  dès  lors  le  système  tout  entier  est  arrêté  dans  sa 
chute  au  moment  où  la  garniture  arrive  au  contact  du  support  et  avant  qu'il  ait  pu 
prendre  assez  de  vitesse  pour  qu'un  arrêt  brusque  soit  susceptible  d'amener  la  rupture 
du  fll  principal. 

Nous  n'avons  pu  savoir  d'ailleurs  si  cette  disposition  simple  a  produit  l'effet  que  Ton 
pouvait  en  attendre,  car  nous  n'avons  entendu  parler  que  de  la  rupture  qui  décida 
L.  Foucault  à  faire  établir  ce  système. 

L'expérience  du  Panthéon  a  été  répétée,  au  mois  de  mai  1851,  dans  la  cathédrale 
de  Reims,  par  M.  Maumené  qui  l'a  reproduite  en  juin  1868  dans  la  cathédrale  d'Amiens. 
H.  Maumené  a  bien  voulu  nous  communiquer  les  renseignements  suivants  sur  ses 
expériences  dont  la  première  surtout,  à  cause  de  sa  date  et  des  indications  qui  avaient 
été  fournies  parL.  Foucault,  est  particulièrement  intéressante. 

Le  fll  de  suspension  avait  à  Reims  une  longueur  de  40  mètres  environ  *,  il  était  con- 
stitué par  une  corde  de  piano  en  acier;  la  masse  du  pendule  était  une  sphère  de  plomb 
de  19^^,8.  L'amplitude  des  oscillations  atteignait  au  départ  6'",50  et  dès  la  première 
oscillation  le  déplacement,  évalué  à  l'aide  de  monticules  de  sable,  comme  cela  avait 
lieu  au  Panthéon,  était  appréciable  (plus  de  1  millimètre). 

Le  fll  de  suspension  n'avait  pas  été  choisi  d'une  manière  spéciale  et  n'avait  subi 
aucune  retouche;  mais,  sur  les  indications  de  L.  Foucault  (qui,  paratt-il,  avait  employé  oe 


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—  572  — 

syslëmeau  Panthéon),  ce  fil  fut,  pendant  une  semaine  environ,  soumis  à  des  oscillations 
dans  toutes  les  directions  ;  le  travail  moléculaire  résultant  de  ces  oscillations  forcées 
dans  tous  les  azimuts  paraît  avoir  donné  au  fil  une  grande  symétrie  au  point  de  vue  de 
l'élasticité.  Le  mode  de  suspension  était  fort  simple  :  il  consistait  en  deux  mâchoires 
verticales  présentant  chacune  une  rainure,  et  entre  lesquelles  le  fil  était  pincé  et  serré  à 
Taide  de  vis  de  pression.  La  masse  pesante  avait  été  obtenue  par  un  procédé  très-ingénieux  : 
du  plomb  pur  (25  kilogrammes  environ)  ayant  été  amené  à  la  fusion  fut  versé  dans  un 
ballon  en  verre  que  Ton  venait  de  placer  dans  un  bain  de  sable  chauffé  au  rouge  ;  une  tige 
de  fer  avait  été  placée  suivant  l'axe  du  col;  l'opération  réussit  parfaitement,  et  après  le 
refroidissement  qui  dura  fort  longtemps,  on  trouva  une  masse  à  très-peu  près  sphérique 
à  laquelle  on  donna  la  forme  définitive  en  la  mettant  sur  le  tour. 

Ces  diverses  pièces  existent  encore  en  la  possession  de  M.  Maumené,  qui  a  bien  voulu 
se  mettre  à  notre  disposition  pour  nous  fournir  les  explications  que  nous  venons  de 
résumer*. 

Ajoutons  que  la  grandeur  de  la  déviation  a  été  trouvée  conforme,  dans  ces  deui 
séries  d'expériences,  à  ce  qu'indiquait  la  loi  énoncée  par  L.  Foucault. 

L'expérience  du  pendule  fut  répétée  lors  de  l'Exposition  de  1855.  Dans  le  but  de 
faire  durer  l'expérience  plus  longtemps  et  de  permettre  à  un  plus  grand  nombre  de 
personnes  de  voir  nettement  la  déviation  du  plan  d'oscillation,  sans  qu'il  fût  nécessaire 
de  lancer  le  pendule  à  plusieurs  reprises  dans  une  même  journée,  L.  Foucault  imagina 
un  appareil  destiné  à  entretenir  ce  mouvement,  dont  il  a  été  donné  déjà  (page  389)  une 
description  abrégée  et  que  nous  décrivons  d'une  manière  plus  complète  ci-après. 


ENTRBTRNEUR    ÉLEGTRIQUK 

DU  MOUVEMENT  DU  PENDtJLE   (PI.  9  et  10). 

En  cours  de  publication,  et  après  avoir  donné  le  texte  de  la  description  de  cet  appareil 
d'après  le  Traité  de  de  La  Rive,  nous  avons  eu  connaissance  d'un  modèle  plus  complet  dont 
nous  avons  fait  reproduire  les  dessins.  Nous  donnons  ci-dessous  le  dessin  schématique 
de  l'appareil  primitif  en  renvoyant,  pour  l'explication,  au  texte  inséré  ci-dessus  (page  389  ). 

4 .  Pour  la  description  pittoresque  des  expériences  de  M.  Maumené  on  peut  se  reporter  aux  jour- 
naux suivants  :  la  Concorde,  journal  de  la  Champagne,  21  mai  1851;  le  Mémorial  (f  Amiens,  10  mai 
1868;  et  le  Journal  d'Amiens,  i*'  et  2  juin  1868. 


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—  573  - 


Fîg.  32. 


Nous  allons  maintenant  décrire  l'appareil  représenté  dans  son  ensemble  dans  la 
plancbe  9  et  dont  la  planche  10  fait  connaître  les  principaux  détails,  et  nous  en  expli- 
querons le  fonctionnement. 

L'appareil  comprend  deux  électro-aimants  placés  sur  la  même  verticale  :  l'un  d'eux 
£'  est  fixe  et  repose  sur  la  base  de  l'appareil;  l'autre  Ë  repose  sur  un  ressort  R  dont  une 
extrémité  s'appuie  sur  le  cercle  A  B  de  l'appareil  par  l'intermédiaire  de  la  garniture  à 
vis  C,  qui  permet  le  réglage  de  la  tension  du  ressort  R.  Le  mouvement  de  cet  électro- 
aimant est  guidé  verticalement  par  des  galets  G  placés  sur  un  bâti  porté  par  les  co- 
lonnes D;  la  course  est  limitée  inférieurement  par  une  vis  F  contre  laquelle  bute  un 
taquet  fixé  à  l'électro-aimant  E.  Cet  électro-aimant  porte  une  tige  métallique  1  qui 
prolonge  inférieurement  son  npyau  jusqu'au-dessous  du  cercle  AB  et  qui  est  guidé  par 
la  bielle  L;  de  plus  une  lame  métallique  circulaire  M  percée  en  son  centre  pour  livrer 
passage  à  la  tige  I  est  placée  au-dessous  de  l'électro-aimant  par  l'intermédiaire  d'un 
support  isolant  N  :  cette  lame  est  affaiblie  vers  son  point  d'attache  de  manière  à  pouvoir 
osciller  avec  facilité. 

La  tige  1  porte  vers  sa  partie  inférieure  une  lame  de  ressort  a  o!  qui  repose  sur  un 
corps  isolant  (dans  ces  planches  les  corps  isolants  sont  caractérisés  par  des  hachures 
verticales  équîdistantes)  ;  lorsque  l'électro-aimant  E  descend  avec  la  tige  I,  cette  lame 
vient  toucher  une  vis  h  fixée  à  la  colonne  H  par  Tintermédiaire  d'une  lame  d'ivoire  ; 
cette  vis  est  en  communication  par  un  fil  avec  la  poupée  h\  et  d'autre  part  un  fil  réunit 


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—  574  — 

la  lame  mobile  ao!  au  point  fixe  c  auquel  aboutit  le  fil  de  Télectro-aimant  E'.  Une  pièce 
métallique  doublement  recourbée  P,  dont  on  voit  le  détail  dans  les  figures  6  et  8  de  la 
planche  10,  est  fixée  à  l'extrémité  inférieure  de  la  tige  I  :  elle  se  termine  par  une  vis  à. 

Deux  leviers  mobiles  sont  placés  au-dessus  de  Télectro-aimant  E';  leurs  axes  de 
rotation  sont  placés  suivant  la  même  droite  xx\  mais  ils  sont  indépendants.  Le  pi*emier, 
équilibré  parle  contre-poids  Q,  est  mis  6n  mouvement  par  la  tige  I  qui  le  soulève  par 
l'intermédiaire  de  la  vis  d  venant  s^appuyer  sur  la  palette  t\  il  redescend  sous  l'action 
de  son  propre  poids  lorsque  rien  ne  s'y  oppose,  et  alors  la  palette  «'  vient  s'appuyer 
sur  la  borne  métallique  /*.  Le  second  levier,  qui  est  représenté  en  perspective  figure  9, 
planche  10,  est  soumis  à  Taction  du  ressort  R'  qui  tend  à  le  relever;  il  est  arrêté  dans 
son  mouvement  ascendant  par  le  taquet  S.  D'autre  part,  lorsque  le  courant  passe  dans 
rélectro-aimant  E',  celui-ci  attire  la  plaque  de  fer  doux  T  qui  est  reliée  au  levier  et  qui 
tend  à  faire  descendre  celui-ci;  mais  cette  action  est  réglée  et  ralentie  par  la  disposition 
suivante:  un  doigt  termine  le  levier  U  et  s^engage  dans  une  roue  à  rochets,  qui,  par  Fin- 
termédiaire  de  roues  dentées  et  de  pignons  fait  tourner  un  volant  V  qui  crée  une  ré- 
sistance par  sa  rotation  dans  l'air,  résistance  réglée  à  l'avance.  Ajoutons  que  la  plaque  T 
porte  latéralement  une  broche  Y  contre  laquelle  s'appuie  le  levier  précédent  qui  peut 
dès  lors  monter  indépendamment  de  celui-ci,  mais  qui  ne  saurait  descendre  plus  vite. 

Indiquons  maintenant  l'ordre  des  communications  électinques.  Le  pôle  positif  de  la 
pile  aboutit  à  la  borne  gf;  de  celle-ci  partent  deux  conducteurs  :  l'un  gi  amène  l'électricité 
dans  l'électro-aimant  E\  l'autre  arrive  à  la  poupée  A;  d'où  un  fil  enroulé  en  hélice  conduit  le 
courant  en  {dans  le  fil  de  l'électro-aimant  E;  l'autre  extrémité  de  ce  dernier  fil  est  en  com- 
munication avec  le  noyau,  et  par  suite  le  courant  entré  en  I  sortira  finalement  à  la  vis  é. 

Deux  autres  fils  ma,  mn*  sont  fixés  à  l'électro-aimant  :  le  fil  m'ri  commence  A  la 
borne  m'  qui  communique  invariablement  avec  le  point  c  et  par  suite  avec  l'électro- 
aimant  E^  et  Qnit  à  la  lame  isolée  n'y  l'autre  va  de  la  pièce  symétrique  n  à  la  borne  m: 
cette  pièce  n  est  en  contact  métallique  avec  la  lame  M  qui  au  repos  s^appuie  sur  la  vis 
isolée  0,  mais  qui,  lorsqu'elle  est  attirée,  vient  s^appliquer  contre  n'  et  par  suite  permet 
le  passage  du  courant  de  n'  en  n. 

Enfin,  les  trois  poupées  h\  feim  sont  reliées  par  des  conducteurs  à  la  borne  hvd  Ton 
adapte  le  fil  aboutissant  au  pôle  négatif  de  la  pile. 

Trois  courants  distincts  peuvent  exister  dans  cet  appareil  ;  nous  allons  les  indiquer 
en  signalant  en  même  temps  les  conditions  dans  lesquelles  ils  peuvent  avoir  lieu. 

Le  premier  1  suit  le  trajet  g  kl,  passe  dans  le  fil  de  l'électro  qu'il  rend  actif,  suit  la 
tige  I,  sort  par  la  vis  d,  traverse  le  levier  ee',  arrive  à  la  borne  f  d'où  il  se  rend  en  ^  et  à 
la  pile.  Pour  qu'il  puisse  se  produire,  il  faut  qu'il  y  ait  contact  en  de  et  en  e'f,  ce  qui  ne 
peut  avoir  lieu  si  le  levier  est  soulevé  suffisamment  par  la  vis  d,  ou  si  celle-ci  étant 
redescendue  il  reste  maintenu  par  la  broche  Y  de  l'autre  levier. 


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—  575  — 

Le  second  2  et  le  troisième  courant  3  passent  par  le  conducteur  gi,  traversent  en- 
semble rélectro  E'  pour  sortir  en  c;  le  second  courant  2  suit  le  fli  ca',  la  lame  a'a  jus- 
qu'à la  yis  b  et  de  Ik  se  rend  à  la  borne  extrême  h  par  le  flI  bb'  et  le  conducteur  b'h. 
Il  peut  exister  s*il  y  a  contact  entre  la  lame  a  a'  et  la  vis  6,  c'est-à-dire  si  Télectro-aimant 
E  est  à  la  limite  inférieure  de  sa  course. 

Le  troisième  courant  3  passe  de  c  en  m' et  de  là  en  n'  à  la  surface  de  F  électro-aimant  E  ; 
il  traverse  la  lame  M,  sort  en  n,  suit  le  flI  nm  et  se  rend  à  la  borne  h.  Il  ne  peut  exister 
que  si  la  lame  M  est  attirée  par  Télectro  £ ,  c'est-à-dire  que  si  celui-ci  est  en  action, 

L'électro-aimant  E  est  en  action  lorsque  passe  le  courant  1  seulement  ;  Télectro- 
aimant  E'  est  aimanté  sous  l'influence  soit  du  courant  2,  soit  du  courant  3. 

Supposons  maintenant  que  le  système  fonctionne  pendant  que  le  pendule  oscille  et 
considérons-le  un  instant  avant  que  celui-ci  arrive  à  la  verticale  :  l'électro  E  est  à  sa 
position  inférieure,  le  courant  1  passe,  l'électro  E  est  aimanté  et  attire  le  pendule;  les 
courants  2  et  3  passent  à  la  fois,  l'électro  E'  maintient  la  plaque  de  fer  doux  au  contact 
malgré  l'action  du  ressort  R'. 

Le  pendule  arrive  à  la  verticale  :  par  suite  de  son  noyau  de  fer  doux  il  agit  sur  l'élec- 
tro E  qu'il  attire  et  soulève,  le  courant  1  cesse  immédiatement  de  passer,  l'électro  E  cesse 
d'être  aimanté,  il  n'agira  donc  pas  sur  le  pendule  pendant  la  période  ascendante  de  son 
oscillation.  En  même  temps  le  courant  3  ne  passe  plus,  puisque  la  lame  M  n'est  plus  attirée, 
et  pendant  que  l'électro  E  est  soulevé  le  courant  2  ne  passe  pas,  puisque  le  courant  a  été 
rompu  en  a6  :  l'électro  E'  cesse  d'agir  et  le  ressort  antagoniste  R'  soulève  le  levier  UU'. 

Presque  aussitôt  l'électro-aimant  retombe  ;  par  suite  le  contact  a  6  est  rétabli,  et 
l'électro-aimant  E'  attirant  le  levier  U  U\  celui-ci  tend  à  descendre  ;  mais  à  cause  du  volant  V 
ce  mouvement  est  assez  lent  pour  qu'il  ne  soit  terminé  que  lorsque  le  pendute  com- 
mence sa  demi-oscillation  descendante;  pendant  ce  mouvement  le  levier  Qe  doit  suivre 
le  mouvement  de  UU'  et  par  suite  le  courant  1  ne  peut  s'établir.  L'électro  E  ne  com- 
mence donc  à  attirer  le  pendule  que  lorsque  celui-ci  a  entamé  son  oscillation  descen- 
dante, ce  qui  est  une  condition  essentielle. 

De  cette  étude  de  la  marche  des  courants  il  résulte  que  la  lame  élastique  a  a'  et  le 
cercle  métallique  M  agissent  l'une  et  l'autre  comme  rbéotomes,  et  que  de  leur  action 
dépend  celle  de  l'électro  E'.  Il  semble  au  premier  abord  que  l'un  de  ces  deux  organes 
est  inutile  et  que,  comme  dans  le  modèle  primitif,  la  lame  aa'  peut  sufûre.  Nous  n'avons 
pu  obtenir  de  renseignements  précis  sur  le  rôle  de  la  lame  M  qui  parait  presque  cer- 
tainement avoir  été  ajoutée  après  coup  ;  il  serait  possible  que  son  action  fût  seulement 
d'empêcher  la  cessation  brusque  du  courant  dans  E'  lors  du  soulèvement  de  la  lame  aa' 
par  la  tige  I:  l'action  du  magnétisme  rémanent  étant  de  prolonger  un  peu  le  contact  de 
la  lame  M  après  la  cessation  du  courant  en  E,  le  levier  UU'  ne  pourrait  pas  obéir  aussi 
rapidement  à  l'action  du  ressort  antagoniste. 


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—  576  — 

D'autre  part,  chacun  des  deux  rhéotomes  suffisant  pour  faire  fonctionner  l'appareil 
(nous  avons  pu  le  vérifier  grâce  à  l'obligeance  de  M.  G.  Tresca),  peut-être  n'y  a-t-ilJà 
qu'une  garantie  pour  assurer  que  le  contact  pourra  passer  dans  Télectro  E,  même  lors- 
que, pour  une  raison  quelconque,  le  contact  ne  serait  pas  bon  à  la  partie  inférieure. 
Nous  n'avons  pu  trouver  nulle  part  trace  du  but  que  s'est  proposé  L.  Foucault  par 
cette  disposition  complexe. 

La  figure  1  de  la  planche  9  est  une  élévation  latérale  de  l'appareil;  la  figure  2  repré- 
sente une  coupe  horizontale  faite  au-dessous  de  la  base  AB  en  supposant  enlevées  la 
tige  I  et  les  diverses  pièces  mobiles  P,  L,  aa!  qui  s'y  rattachent. 

La  figure  1  de  la  planche  10  montre  par  côté  le  détail  de  la  plaque  M  et  des  contacts 
métalliques  que  l'on  voit  d'autre  part  figures  2  et  3.  La  forme  exacte  de  la  lame  est 
indiquée  figure  4.  La  figure  6  montre  schématiquement  la  lame  élastique  ao!  et  le 
contact  6  ainsi  que  la  pièce  P  dont  on  voit  le  plan  figure  8,  et  la  bielle  L  qui  guide  le 
mouvement  dont  le  plan  est  indiqué  figure  7.  Enfin  la  figure  9  montre  en  perspective 
l'armature  de  Télectro-aimant  E'  ainsi  que  les  pièces  qui  y  sont  reliées. 


GYROSCOPE    (PI.  11  et  12), 

Nous  n*avons  aucune  indication  spéciale  à  ajouter  à  ce  qui  se  trouve  expliqué  dans 
les  mémoires  originaux  (page  ^06),  et  nous  devons  nous  borner  à  donner  l'explication 
des  planches  11  et  12. 

Dans  ces  planches  les  mêmes  lettres  représentent  les  mêmes  parties  de  l'appareil. 

a,  tore  en  bronze  ou  gyroscope  proprement  dit'. 

h  h\  cercle  qui  sert  de  support  au  tore. 

c,  c',  tourillons  fixés  à  ce  cercle. 

dd',  cercle  vertical  sur  lequel  repose  le  cercle  cc\ 

e,  e',  échancrures  pratiquées  dans  le  cercle  àd!  aux  extrémités  du  diamètre  hori- 
zontal. 

/",/•,  fourchettes  qui  servent  à  caler  les  couteaux;,/  fixés  au  cercle  hV  et  qui  sont 
mues  à  l'aide  des  chevilles  saillantes  /i,  h\ 

g,  demi-cercle  vertical  fixe  servant  de  support  à  l'appareil. 

i,  t,  plans  d'acier  horizontaux  montés  dans  les  échancrures  c,  e\  et  sur  lesquels 
peuvent  s'appuyer  les  couteaux  d'acier  ;,/,  fixés  au  cercle  bb'  par  les  tourillons  c  et  c\ 

/c,  pièces  portant  des  divisions  en  dixièmes  de  degré. 


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—  577  — 

kl,  k\,  pièces  entaillées  vissées  invariablement  sur  le  cercle  dd'  et  permettant  de  le 
fixer  en  le  rendant  solidaire  du  cercle  g  par  Tinlermédiaire  de  la  came  excentrique  l 
portée  par  le  cercle  g. 

m,  bouton  de  suspension  du  fil  supportant  le  gyroscope. 

n,  tube  évidé  dans  lequel  passe  le  fil  de  suspension. 

0,  crochet  auquel  est  attaché  le  fil  de  suspension. 

p  p',  collets  dans  lesquels  passent  les  extrémités  de  Tax^  vertical  du  cercle  dd'  :  le 
collet  p  est  muni  d'une  vis  qui  lui  permet  de  produire  un  serrage  suffisant  pour  em- 
pêcher la  rotation  du  cercle  d  d\ 

q,  q\  écrous  servant  à  fixer  Taxe  du  gyroscope  a. 

r,  pignon  monté  sur  cet  axe  et  qui  lui  communique  un  rapide  mouvement  de 
rotation  quand,  le  système  étant  fixé  sur  le  rouage  moteur,  on  met  celui-ci  en  action  à 
l'aide  de  la  manivelle  x, 

s,  s',  s",  $"\  verrous  servant  à  maintenir  le  gyroscope  sur  le  rouage  moteur  pendant 
qu'on  fait  tourner  celui-ci. 

1,  (',  supports  de  fer  de  6  h'  pendant  que  Ton  communique  au  gyroscope  le  mou- 
vement de  rotation. 

tt  u',  u  v\  vis  plongeantes  servant  à  amener  le  gyroscope  à  Tétat  d'équilibre 
indifférent  autour  de  Taxe  jj". 

Planche  11. 

Fig.  1.  —  Élévation  de  l'appareil  tout  monté. 

Fig.  2.  —  Vue  par-dessus  du  rouage  moteur. 

Fig.  3.  —  Élévation  du  rouage  moteur,  les  deux  verrous  antérieure  s"  et  s'"  étant 
supposés  enlevés. 

Planche  12. 

Fig.  1.  —  Extrémité  supérieure  du  tube  de  suspension. 

Fig.  2  et  3.  —  Collier  servant  à  fixer  le  tourillon  supérieur  du  cercle  vertical  d  d'  : 
fig.  2,  vue  par-dessus;  fig.  3,  vue  de  côté. 

Fig.  4  et  5.  —  Partie  du  cercle  dd'  montrant  la  disposition  des  échancrures  laté- 
rales e,  des  fourchettes  f,  du  plan  d'acier  t,  de  l'arc  divisé  k  et  de  la  pièce  entaillée  fc,  ; 
fig.  4,  vue  latérale  extérieure  ;  fig.  5,  vue  de  face. 

Fig.  6.  —  Coupe  du  tore  ou  gyroscope  proprement  dit. 

Fig.  7.  —  Vue  par-dessus  du  tore  et  du  cercle  b  qui  lui  sert  de  support  direct. 

Fig.  8.  —  Vue  de  côté  du  tourillon  c  et  du  couteau  j  fixés  au  cercle  6. 

Fig.  9.  —  Vis  plongeantes. 

Fig.  10.  —  Coupe  horizontale  du  tube  évidé  n  qui  sert  de  support  au  fil  de  suspension  • 

Fig.  11, 12.  —  Partie  du  cercle  d  montrant  la  disposition  des  fourchettes /•  et  de  la 
pièce  entaillée /c\;  fig.  11,  vue  latérale  intérieure;  fig.  12,  vue  de  face. 

7S 


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—  578  — 

Fig.  13,  U  et  15.  —  Partie  du  support  g  montrant  la  disposition  de  la  came  excen- 
trique* et  ses  relations  avec  la  pièce  entaillée  ft';  fig.  13,  vue  de  face;  fig.  H,  coupe 
horizontale  ;  fig.  15,  vue  latérale  intérieure. 

Fig.  16.  —  Microscope  monté  sur  un  support  pour  observer  les  divisions  tracées 
sur  la  pièce*'. Ce  microscope,  que  Ton  doit  approcher  très-près  de  l'arc  gradué,  présente 
une  disposition  spéciale  pour  produire  Téclairementdes  divisions;  le  corps  de  l'appareil 
est  entaillé  latéralement  et  donne  passage  à  un  faisceau  lumineux  qui  se  réfléchit  sur 
un  miroir  z  incliné  et  percé  en  son  centre,  pour  donner  un  passage  aux  rayons  qui 
doivent  former  l'image  de  la  mire  dans  le  microscope. 


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—  579  — 


HÉLIOSTAT  (PI.  13). 

Le  grand  modèle  d'béliostat  que  représente  la  planche  13  diffère  assez  peu  du  mo- 
dèle décrit  précédemment  (page  627)  pour  qu'il  ne  soit  pas  nécessaire  d'en  donner  une 
description  détaillée  et  qu'il  suffise  de  donner  une  explication  sommaire  des  figures. 

La  figure  1  représente  une  élévation  latérale  de  l'ensemble  de  l'héliostat  ;  la  figure  3 
représente  la  partie  principale  du  plan.  Le  miroir  M,  dont  on  voit  la  demi-projection 
(Qg.  6),  est  porté  au  sommet  d'une  colonne  V  terminée  en  fourche  S  à  sa  partie  supérieure  ; 
il  repose  sur  un  disque  Q  par  Tintermédiaire  de  trois  galets  G  :  le  disque  Q  est  mobile 
autour  de  tourillons  et  le  mouvement  lui  est  communiqué  par  la  tige  normale  FF.  Un 
rouage  moteur  contenu  dans  le  bâti  B,  par  l'intermédiaire  d'un  pignon  et  de  la  roue 
d'angle  H,  fait  tourner  l'axe  XX  qui  porte  le  cercle  de  déclinaison  AA  auquel  est  liée  la  tige 
NN'  qui  d'une  part,  à  l'aide  d'un  manchon,  entraîne  la  tige  FF  et  dont  l'autre  extrémité 
glissant  dans  la  coulisse  £  (que  l'on  voit  par-dessus  dans  la  figure  5),  maintient  la  grande 
dimension  du  miroir  dans  le  plan  d'incidence.  Le  cercle  de  déclinaison  tourne  autour 
du  point  G  et  peut  être  fixé  dans  la  position  convenable  à  l'aide  de  la  vis  de  serrage  d; 
on  voit,  dans  la  figure  k,  l'autre  face  de  ce  cercle  et  l'on  y  distingue  en  a  le  trou  circu- 
laire dont  l'image  doit  se  faire  k  la  croisée  du  réticule  b  pour  que  Tappareil  soit  bien 
orienté. 

La  colonne  V  qui  porte  le  miroir  est  portée  sur  une  pièce  mobile  glissant  sur  un  arc 
métallique  et  tournant  autour  de  Taxe  vertical  I  :  le  mouvement  est  communiqué  à  cet 
ensemble  par  l'intermédiaire  du  cercle  denté  D  et  du  pignon  P  :  un  niveau  sphérique  K 
permet  de  s'assurer  de  l'horizontalité  de  la  base  de  Théliostat. 

Les  figures  2  et  2  ^t5  monti^ent  à  une  grande  échelle  le  détail  de  la  colonnç  qui  sert 
de  support  :  la  tige  centrale  T  est  invariablement  fixée  sur  la  base;  la  fourche  S  est  por- 
tée par  un  manchon  V  centime  sur  cette  tige  et  pouvant  tourner  autour  de  son  axe  lors- 
qu'elle y  est  sollicitée  par  l'action  de  la  tige  normale  FF.  Ce  manchon  repose  sur  un 
cylindre  taraudé  L  qui  est  en  prise  avec  la  vis  taillée  à  la  base  de  la  tige  T,  de  telle  sorte 
que,  en  faisant  tourner  ce  cylindre  L  dans  un  sens  ou  dans  Tautre,  on  fait  monter  ou 
descendre  de  petites  quantités  la  fourchette  S  et  le  centre  du  miroir.  Enfin,  à  la  partie 
supérieure,  on  voit  en  R  le  ressort  bandé  dont  l'action,  ainsi  qu'il  est  expliqué  au  mémoire, 
aide  à  l'appareil  à  franchir  les  passages  difficiles. 


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—  580  — 


SIDÉROSTAT  (PI.  U  et  15). 


L'idée  qui  avait  conduit  L.  Foucault  à  construire  le  sidérostat!  a  été  signalée  précé- 
demment (page  632)  et  il  n'y  a  pas  lieu  d'y  revenir;  nous  devons  seulement  Ici  nous 
borner  à  donner  quelques  détails  sur  l'appareil  tel  qu'il  a  été  construit  par  M.  Eichenset 
qu'il  a  été  décrit  par  M.  C.  Wolf  dans  les  Annales  scienti^ques  de  F  École  normale  supé- 
rieure *. 

Le  principe  géométrique  est  le  même  que  celui  du  grand  héliostat  ;  mais,  destiné  à 
l'observation  des  astres  entre  le  pôle  et  l'horizon  sud,  Tinstrument,  à  l'inverse  des 
héliostats,  renvoie  les  rayons  du  nord  au  sud  dans  le  plan  du  méridien  ;  aussi  le  miroir 
est-il  placé  à  l'extrémité  inférieure  de  l'axe  horaire. 

La  direction  du  rayon  réfléchi,  qui  est  donnée  par  la  ligne  qui  joint  l'extrémité  de 
Taxe  horaire  au  milieu  de  Taxe  horizontal  autour  duquel  tourne  le  miroir,  est  inclinée 
à  10«  au-dessous  de  l'horizontale,  dans  le  but  de  permettre  l'observation  des  astres  très- 
voisins  de  l'horizon  sud,  par-dessus  la  lunette  qui  doit  être  jointe  au  sidérostat. 

L'appareil  présente  à  considérer,  indépendamment  de  son  support,  trois  éléments 
essentiels  :  le  miroir  et  sa  monture,  l'axe  polaire,  et  le  mécanisme  qui  établit  la  liaison 
de  cet  axe  avec  le  miroir,  enfin  le  moteur  et  le  régulateur. 

Les  planches  U  et  15  représentent  l'appareil  et  les  détails  divers  qui  s'y  raltactent, 
ainsi  qu'il  suit  : 

PI.  Ift.  —  Fig.  1,  élévation  latérale;  flg.  2,  vue  de  face  du  miroir  et  coupe  verticale 
du  support;  flg.  3,  coupe  du  miroir. 

PI.  15.  —  Fig.  1,  élévation  de  la  tête  de  l'axe  polaire;  flg.  2,  vue  par-dessus  de  la 
transmission  de  mouvement;  flg.  3,  coupe  et  élévation  latérales  de  l'axe  polaire,  mon- 
trant le  mouvement  de  rappel  du  cercle  de  déclinaison;  fig.  4,  vue  de  face  de  la  four- 
chette directrice;  fig.  5,  vue  par-dessus  du  cercle  de  déclinaison  et  de  la  transmission 
de  mouvement;  fig.  6,  plan  général  du  support  du  sidérostat. 

Dans  ces  diverses  figures,  les  mêmes  lettres  se  rapportent  aux  mêmes  objets. 

L'appareil  repose  sur  un  socle  en  fonte  porté  par  trois  vis  calantes  U,  U' U",  avec 
deux  niveaux  rectangulaires  et  mouvement  de  réglage  en  azimut,  le  galet  sur  lequel 
s'appuie  l'une  des  vis  étant  muni  d'une  coulisse  mobile  à  l'aide  d'une  vis  à  tête.  NN  est 
un  support  en  fonte  mobile  autour  d'un  axe  vertical  et  dont  la  rotation  est  facilitée  par 

1.  2«  série^  t.  I,  p.  51.  —  Voir  aussi  C.  R.  de  l'Académie  des  sciences,  t.  LXÏX,  page  1124. 


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—  581  — 

rinterposition  de  trois  galets  G  qui  roulent  en  tournant  entre  la  base  et  le  plateau  P. 
A  l'autre  extrémité  se  trouve  le  moteur  au-dessus  duquel  est  une  pièce  horizontale  F  P 
portée  par  trois  colonnes  0  et  sur  laquelle  est  ûxée  la  monture  qui  porte  l'axe  polaire. 

H  est  le  miroir  de  0",30  de  diamètre  sur  0*,05  d'épaisseur;  il  a  été  fondu  à  Saint- 
Gobain  et  travaillé  par  M.  Ad.  Martin  ;  il  est  fixé  dans  le  barillet  Q  à  l'aide  de  trois  ta- 
quets extérieurs  t  contre  lesquels  l'appuie  un  ressort  à  trois  branches  h.  Le  miroir  est 
porté  par  Taxe  horizontal  xx  au  sommet  du  montant  N  :  la  queue  directrice  est  solide- 
ment ûxée  à  la  partie  inférieure  de  ce  barillet,  elle  est  constituée  par  un  tube  creux. 

L'axe  horaire  XX^  en  acier,  est  maintenu  dans  une  position  invariable  dans  des  cous- 
sinets ûxés  aux  montants  TT;  cet  axe  se  prolonge  par  une  pièce  en  bronze  g  qui  fait 
corps  avec  lui  et  qui  sert  de  support  au  cercle  de  déclinaison  dd  qui  est  réduit  à  un  peu 
plus  de  la  moitié  pour  ne  pas  gêner  le  miroir  dans  son  mouvement;  il  porte,  suivant  un 
diamètre,  à  l'aide  de  deux  colliers/,  la  queue  l  de  la  fourchette  directrice  en  aluminium 
f  qui  va  guider  la  tige  directrice  du  miroir  S.  La  liaison  de  ces  deux  pièces  se  fait  à  l'aide 
du  manchon  m  que  Ton  a  fait  assez  long,  mais  dont  la  surface  frottante  est  réduite  à 
deux  colliers  conservés  à  ses  extrémités. 

Le  cercle  de  déclinaison  est  divisé  en  tiers  de  degré  et  porte  un  vernier  6  qui  donne 
la  minute.  A  la  partie  supérieure.  Taxe  horaire  porte  un  cercle  H  H  divisé  en  24  heures, 
concenlriquement  auquel  tourne  un  cercle  alidade  VV  sur  lequel  se  trouvent  deux 
verniers  donnant  les  2  secondes  de  temps;  ce  cercle  est  monté  sur  un  manchon  mobile 
autour  de  Taxe  dont  on  fixe  la  position  i\  l'aide  d'un  bras  I  qui  est  maintenu  entre  deux 
vis  butantes  :  on  peut  régler  les  verniers  de  manière  à  faire  marquer  0"»  O"  0'  au  cercle 
horaire  lorsque  la  réflexion  se  fait  dans  le  plan  du  méridien.  Le  mouvement  du  moteur  R 
est  communiqué  par  une  tige  verticale  et  par  l'intermédiaire  de  roues  d'angle  et  d'une 
vis  sans  fin  à  la  roue  K  :  sur  l'arbre  de  celle-ci  est  monté  un  pignon  a^  de  18  dents,  qui 
engrène  avec  une  roue  A^,  de  200  dents,  folle  sur  Taxe,  mais  pouvant  être  rendue  soli 
daire  du  cercle  horaire  H  à  Taide  de  la  pince  P  :  lorsque  celle-ci  est  serrée,  le  mouvement 
du  moteur  est  donc  transmis  à  l'axe  horaire  et  par  suite  au  cercle  de  déclinaison. 
Diverses  autres  roues  existent  encore,  folles  sur  Taxe;  nous  en  indiquerons  l'usage  plus 
loin. 

Le  rouage  R  qui  communique  le  mouvement  à  Taxe  est  placé  sous  une  cage  à  parois 
de  glace  dans  le  pied  même  de  l'instrument  :  il  est  mis  en  mouvement  par  un  poids  qui 
descend  dans  un  puits  à  travers  un  trou  percé  dans  le  pilier  de  pierre  sur  lequel  repose 
les  idérostat  ;  le  mouvement  est  rendu  uniforme  à  l'aide  d'un  régulateur  à  ailettes  et 
à  contre-poids  de  L.  Foucault  (page  505),  qui  avait  été  appliqué  antérieurement  par 
M.  Eichens  à  divers  équatoriaux  et  qui  donne  un  mouvement  d'une  régularité  parfaite  : 
nous  avons  dit  plus  haut  comment  le  mouvement  de  ce  rouage  était  communiqué  à  l'axe 
horaire. 


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—  582  — 

Il  était  nécessaire  pour  l'usage  du  sidérostat  de  disposer  de  moyens  de  rappel  pour 
faire  varier  de  petites  quantités  l'angle  horaire  ou  la  distance  polaire,  sans  arrêter  la 
marche  du  rouage  d'horlogerie.  Ce  résultat  a  été  obtenu  par  l'emploi  d*un  rouage  satel- 
lite que  l'on  voit  en  élévation  en  n,  p  (flg.  1,  pi.  U),  et  qui  est  semblable  à  celui  que 
H.  Eichens  adapte  depuis  longtemps  aux  équatoriaux.  Ce  rouage  est  mû  à  l'aide  d'une 
manette  q  dont  la  poignée  est  à  poiiée  de  l'observateur. 

II  fallait,  d'autre  part,  produire,  à  Taide  d'une  manette  immobile,  un  mouvement  de 
rappel  du  cercle  de  déclinaison  placé  à  l'extrémité  d'un  axe  mo  bile,  sans  altérer  le  mou 
vement  de  cet  axe.  L.  Foucault  avait  indiqué  que  la  solution  devait  en  être  cherchée  dans 
l'emploi  d'un  rouage  satellite,  mais  il  n'avait  donné  ni  laissé  aucune  explication  du  sys- 
tème qu'il  comptait  appliquer.  La  disposition  imaginée  et  appliquée  par  M.  Eichens  est 
indiquée  figure  1,  planche  14,  et  figure  3,  planche  15  f  dans  la  coupe  (flg.  3,  pi.  15) 
les  pièces  qui  sont  solidaires  sont  indiquées  par  des  hachures  dirigées  dans  le  même 
sens  et  celles  qui  sont  indépendantes  présentent  des  hachures  en  sens  contraire.  Nous 
n'avons  pas  à  insister  sur  le  fonctionnement  de  ce  dispositif  qui  satisfait  aux  conditions 
imposées  et  nous  nous  bornerons  à  indiquer  les  données  numériques  qui  permettent  de 
se  rendre  compte  des  effets  qu'il  produit. 

a,  pignon  de  18  dents;  a^,  pignon,  monté  sur  le  même  arbre,  20  dents. 

A^,  roue  de  200  dents;  A,  roue  de  200  dents. 

Le  rouage  satellite  entraîné  par  la  roue  A  est  porté  par  l'axe  mobile  Y  Y  :  il  existe 
entre  les  roues  qui  sont  en  prise  les  relations  suivantes  :  B  =  5  b  et  G  »  Vi  c*  ^  i^ue 
G  est  solidaire  de  D  qui  reçoit  son  mouvement  de  la  roue  E  (flg.  1,  pi.  \k)  qui,  par  l'in- 
termédiaire de  roues  d'angle  et  d'arbres  de  diverses  directions,  est  mue  par  l'observateur 
à  l'aide  de  la  manette  u.  Le  mouvement  transmis  par  le  système  satellite  à  la  roue  B  en- 
traîne un  manchon  en  bronze  qui  entoure  Taxe  XX'  et  se  termine  par  la  roue  d'angle  r; 
le  déplacement  de  celte  roue  est  transmis  au  cercle  de  déclinaison  par  l'intermédiaire 
de  la  roue  d'angle  r,  du  pignon  i  et  de  la  denture  h  qui  est  taillée  sur  le  bord  du  cercle. 


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r 


—  583  — 


APPAREILS   RÉGULATEURS    DE   VITESSE 

(PL  16,  17,  18  et  19), 


La  question  des  appareils  régulateurs  de  vitesse,  sous  les  diverses  formes  qu  il  a  ima- 
ginées, est  la  seule  sur  laquelle  L.  Foucault  ait  donné  de  nombreuses  descriptions  écrites 
que  nous  avons  retrouvées  dans  ses  papiers  :  mémoires  aux  Sociétés  savantes,  brevets 
en  France  et  à  Tétrauger,  les  documents  étaient  multiples.  Mais  nous  ne  pouvions  songer 
à  publier  le  tout  :  les  doubles  emplois  eussent  été  nombreux,  des  dispositions  acceptées 
à  une  époque  par  L.  Foucault  sont  modifiées  par  lui  peu  après;  il  fallait  faire  un  choix. 
Il  était  nécessaire,  de  plus,  de  mettre  dans  les  notes  admises  un  certain  ordre  autre  que 
Tordre  chronologique;  après  une  étude  sérieuse  de  la  question  et  après  avoir  pris  Tavis 
de  personnes  compétentes,  au  premier  rang  desquelles  nous  devons  placer  M.  Rolland,  le 
savant  directeur  général  des  Manufactures  de  l'État,  nous  avons  établi  la  classification 
suivante  : 

L'étude  théorique  des  dispositions  proposées  par  L.  Foucault  devait  précéder  les 
descriptions  pratiques  des  modèles  construits;  cette  étude  théorique  pouvait  elle-même 
présenter  une  certaine  méthode  ;  c'est  ainsi  que  nous  avons  commencé  par  réunir  les 
diverses  notes  qui  se  rapportent  aux  régulateurs  dans  lesquels  on  emploie  seulement 
des  contre-poids  ;  viennent  ensuite  ceux  dans  lesquels  à  l'action  des  contre-poids  se  joint 
l'action  de  ressorts,  puis  les  régulateurs  où  les  ressorts  sont  seuls  employés;  enfin  nous 
avons  placé  en  dernier  lieu  les  régulateurs  à  manchon  fileté,  régulateurs  (Taccélèraiion, 
comme  les  appelait  L.  Foucault.  Disons  aussi  que  pour  chaque  genre  d'appareil  nous 
avons  joint  à  la  description  et  à  la  théorie  les  notes  qui  s*y  rapportaient  directement. 

La  description  des  modèles,  des  dispositions  pratiques  a  été  également  subdivisée; 
nous  avons  adopté  la  classification  suivante  : 

L  Régulateurs  destinés  à  agir  sur  le  moteur  de  manière  à  obtenir  Tisochronisme 
par  la  variation  du  travail  moteur. 

IL  Régulateurs  créant  un  travail  résistant,  variable  et  susceptible  de  conserver  Tiso- 
chronisme  malgré  les  variations  des  résistances.  Dans  ces  deux  groupes  nous  avons 
également  décrit  d*abord  les  régulateurs  à  contre-poids,  pour  arriver  aux  ressorts,  etc. 

III.  EnQn  nous  avons  ajouté  deux  notes  sur  l'emploi  et  la  construction  des  res- 


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—  584  — 

sorts  hélices,  notes  qui  complétaient  utilement  la  description  pratique  des  appareils  eux* 
mêmes. 

Les  descriptions  données  par  Tauteur  sont  assez  claires  pour  qu'il  n'y  ait  pas  lieu 
d'insister  davantage.  Nous  nous  bornons  à  dire  que  le  régulateur  représenté  figures  9  et 
10,  planche  19,  qui  est  employé  usuellement,  par  exemple  pour  régler  le  mouyement  des 
cylindres  sur  lesquels  se  fait  l'enregistrement  de  phénomènes  physiologiques  ou  autres, 
a  été  simplifié  en  ce  que  la  tige  coudée  et  le  ressort  n'existent  pas.  Les  varia tions  dé 
travail  résistant  sont  faibles  dans  ce  cas  et  le  travail  de  ventilation  variable  avec  l'écarte- 
ment  des  ailettes  suOit  pour  assurer  Tisochronisme. 


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TABLE   ANALYTIQUE 


ABERRATION  dans  les  miroirs  con- 
caveSf  236. 

—  de  réfrangibilité,  soq  rôle  dans  la 
vision  dans  les  instruments  d*opti- 
que,  296. 

Absorption  des  rayons  D  de  la 
lumière  solaire  par  l'arc  voilai- 
que,  170. 

Action  continuatrice  des  rayons  so- 
laires  sur  les  substances  sensi- 
bles, 50. 

—  positive  ou  négative  des  rayons 
solaires  sur  les  substances  sensi- 
bles, 35. 

Actions  secondaires  dans  les  piles, 
369. 

Aimant  (chaleur  produite  par  Tac- 
tion  de  V)  sur  les  corps  en  mou- 
vement, 342. 

Appareils  d'induction;  mode  d'em- 
ploi, machines  multiples,  etc.,  345, 
348,  349,  350,  366. 

Arago,  87,  145,  173, 185,  191,  342, 
381.  517. 

Aroentorb  des  miroirs  en  verre, 
229,  269. 

--  des  objectifs,  289,  293. 

Atlas  du  cours  de  microscopie,  83. 

Adtocollivation  (Méthode  d'},  558. 

Bain,  305. 

Becquerel,  23,  42,  50. 

BELFIKLD-LKFÈVRE,  9,  54. 

Binbt,  527. 

Bior,  114. 

Bobine  d'induction,  345,  348,  349, 
350,  366. 

Bougies.  Leur  emploi  comme  terme 
de  comparaison  dans  la  photo- 
métrie,  103. 

Bradley,  187. 


Brégubt,  177,  193,  207. 
Brbwstbr,  166. 

Brome.  Son  emploi  dans  le  daguer- 
réotype, 1. 

—  Plaques  bromées  au  second  de- 
gré, 54. 

BuFP,  331,  339. 

Bunsen  (pile  de)  ;  nouvelle  disposi- 
tion, 329. 

Ca VAILLE  COLL,  222. 

Cracornac,  534,  540. 
Chaleur  produite  par  Tare  électri- 
que, 61. 

—  produite  par  l'influence  de  l'aimant 
sur  les  corps  en  mouvement,  342. 

Charbon  de  cornue.  Son  emploi 
dans  la  production  de  la  lumière 
électrique  ;  modifications  qu'il 
éprouve,  59,  65,  99. 

Chevalier  (Ch.),  1,  71. 

Chevreul,  292. 

Chlore.  Son  emploi  dans  le  daguer- 
réotype, 25. 

Claudet,  48. 

Condensateurs  d'extra  courant.  (Sons 
produits  dans  les),  366. 

CoNDUCTiBtLrré  propre  des  liquides, 
331,  336,  339. 

Cornu,  561. 

Couche  sensible  (Préparation  delà) 
qui  doit  recevoir  l'image  de  la 
chambre  noire^  9. 

Couleurs  (mélange  des)  en  teintes 
plates,  36,  51. 

Courant  d'induction  dans  un  corps 
en  mouvement  devant  un  aimant, 
342. 

Coussin  pneumatique  pour  les  miroirs 
de  télescope,  281. 

Daguebrb,  6,  9. 


Daguerréotype.  Emploi  du  brome,  1. 
>-  Préparation  de  la  couche  sensi- 
ble, 9. 

—  Plaques  bromées  au  second  de- 
gré, 54. 

—  Emploi  d'un  diaphragme  étoile,  57. 
Davy,  68,  87,  98. 

De  la  Rive,  98,  337,  368,  389. 

DEVIATION  du  pendule  dae  à  la  ro- 
tation de  la  terre,  378,  383,  385, 
517,  570. 

Diaphragme  étoile.  Son  emploi  dans 
le  daguerréotype,  57. 

Diffraction  des  rayons  calorifiques, 
152. 

Distributeur  pour  horloge  électri- 
que, 310. 

DONNÉ  (D'),  65,  67,  83. 

Double  réfraction  produisant  des 
bandes  d'interférence,  112. 

Draper,  22. 

Dhuhmomd,  68. 

DuBoscQ,  324,  421,  424,  431,  563. 

Dumas,  315. 

Du  MONCEL,  310. 

Éclairage  électrique  :  historique, 
317. 

—  Description  des  régulateurs,  317. 
563. 

ÉCLIPSE  de  soleil  de  1860,  534. 

EiCHENS.  282,  432,  580. 

ÉMISSION  (Théorie  de  V)  en  désac- 
cord avec  la  détermination  des 
vitesses  relatives  de  la  lumière 
dans  l'air  et  dans  l'eau,  214. 

Entreteneur  électrique  du  pendule, 
389,  572. 

Épreuves  daouerriennbs  d'objets  mi- 
croscopiques, 12,  59,  83. 

—  du  soleil,  543. 

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—  586  — 


Éprbovbs  dagdbrribnnes  ayant  subi 
l'action  de  rayons  de  diverses  ré- 
frangibilités,  544. 

Étincblles  d*extra-coarant  dans  les 
moteurs  électriques;  moyen  de  les 
prévenir,  367. 

EssBNCB  de  térébenthine.  Son  emploi 
dans  la  préparation  des  plaques 
daguerriennes,  0. 

Examen  optique  des  miroirs  conca- 
ves, 230. 

Extra-courant.  Voir  Étincelle,  367  ; 
Moteur  électrique,  367  ;  Sons,  366. 

Faraday,  330,  337,  343,  345. 

Fargot,  437. 

Faye,  291,  305. 

Fixité  du  plan  de  vibration  d*une 
verge,  302. 

—  du  plan  d'oscillation  du  pen- 
dule, 378. 

FIZEAU,  14,  19,  87,  104,  130,  135 
161.  543,  545. 

Fizeau  1,  183, 185,  194,  346. 

Fluorescbngb produite  parles  radia- 
tions les  plus  réfrangibles  de  la 
lumière  solaire,  303. 

Fonds  dégradés  des  épreuves daguer- 
rien nés  obtenus  par  remploi  d'un 
diaphragme  étoile,  57. 

Franges  de  diffraction  des  rayons 
calorifiques,  152. 

—  d'interférences  calorifiques,  140. 

—  d'interférences  à  grande  diffé- 
rence de  marche,  105,  128. 

Fraunhopbr,  116. 

Fresnrl,  108, 114,118, 124,133,161. 

Froment,  178,  212,  268,  316,   381, 

525,  530. 
Garnier  (Paul),  305. 
Gacdin,  8. 
Gavarrbt,  357,  360. 
Girard,  547. 

Gyroscope,  528.  533,  576. 
Hblgkbr,  105. 
HÉLiosTAT  :  description   de  divers 

modèles,  421,  4-24,  427,  430,  579. 
Hblmholtz,  51. 
Hbrschell,  21,  45,  232. 
Horloge  à  pendule  conique,  371. 

—  ÉLECTRIQUE  ;  description  d'un  nou- 
veau système,  305. 

—  (Distributeur  pour),  310. 
HuTOHENS,  373,  37  7,  436. 
Induction,  Appareils,  345,  348,  340, 

350, 366;  Courants,  342;  Étincelles, 
367;  Condensateurs,  366. 
Instruments  d'optique.  Effetsproduits 
par  le  spectre  secondaire,  296. 


Iaitknsité  de  la  lumière  électrique, 
87. 

Interférences  entre  deux  rayons  de 
lumière  dans  le  cas  de  grandes 
différences  de  marches,  104  ;  leur 
production  par  les  miroirs  de 
Fresnel,  lOi  ;  par  la  réflexion  sur 
des  lames  minces,  111  ;  par  la 
double  réfraction,  112. 

—  à  grande  différence  de  marche; 
instruction  sur  la  manière  de  les 
produire,  128. 

—  des  rayons  calorifiques,  130, 135, 
545. 

Interrupteur  à  double  effet  pour  les 
appareils  d'induction^,  361,  363, 
560. 

—  à  mercure  pour  les  bobines  d'in- 
duction, 348,  350,  354. 

IsoGHRONiSME  des  régulateurs.  (Voir 
Régulateur,  Pendule  régulateur.) 

—  partiel,  460. 

LvMES  épaisses  cristallisées  produi- 
sant des  phénomènes  de  polarisa- 
tion, 115. 

—  minces  (Réflexion  sur  des)  pro- 
duisant des  bandes  dlnterf ère  ice, 
111. 

Lampe  électrique  ;  description  de  di- 
vers modèles,  313,  317,  322. 

Lentilles  achromatiques  :  leur  in- 
fluence sur  la  vision  dans  les  in- 
struments d'optique,  296. 

Lerebours,  14, 23. 

Le  Verrier,  534,  535,  539. 

Lteberkuhn,  67. 

LiouviLLE,  527. 

Liquides  (Conductibilité  propre  des) 
331,  336,  339. 

LissAJOU  s,  569,570. 

Longueurs  d'onde  des  rayons  calori- 
fiques, 161. 

Lumière  de  l'arc  voltalque  :  raie  D, 
170. 

»  DKuhmond,  mesure  de  son  inten- 
sité, 87. 

—  électrique  employée  pour  obtenir 
des  épreuves  d'objets  microscopi- 
ques, 59. 

—  électrique;  son  application  au 
microscope  solaire,  65,  67. 

—  électrique ,  mesure  de  son  inten- 
sité, 87. 

—  électrique;  appareils  destinés  à 
la  rendre  constante,  313,  317, 
322,  563. 

Martin,  548.  . 

Haumené,  571. 


MÉUNGE  des  rayons  colorés  en  tein- 
tes plates,  36,  51. 

Mellont,  136, 156,  183. 

Métaux;  leur  emploi  dans  la  pro- 
duction de  l'arc  électrique,  63,  97. 

Microscope  catadioptrique  avec  mi- 
roir en  verre  argenté,  285. 

—  daguerréotype,  83. 

—  photo-électrique,  65, 67. 
Miroir  Iconcave;  son   emploi   pour 

concentrer  la  lumière  dans  le  mi- 
croscope photo-électrique,  60,  65, 
67. 

—  en  verre  argenté  pour  micro- 
scope, 285. 

—  pour  télescope,  227,  232,  548. 

—  tournant;  son  emploi  pour  la 
détermination  de  la  vitesse  de  la 
lumière,  173, 185,  216,  221,  517. 

—  de  Fresnel,  108,  5i6. 
&I0NCAY0,  535. 

Moteurs  électriques  ;  moyen  dâ 
prévenir  les  étincelles  d'extra-ccu- 
rant,  367. 

Mouvement  d'un  point  matériel  os- 
cillant sur  des  surfaces  de  révolu- 
tion du  deuxième  degré,  4d5. 

NicoL  (Prisme  do).  ModiflcatioDs  ap- 
portées à  sa  construction,  301. 

Objectifs  aplanctiques  obtenus  par 
la  méthode  des  retouches  locales, 
288. 

—  argentés  pour  affaiblir  l'intensité 
des  rayons  solaires  au  foyer  des 
lunettes,  289,  293. 

Ondulations  (Théorie  [des)  ;  son  ac- 
cord avec  la  détermination  des 
vitesses  relatives  de  la  lumière 
dans  l'air  et  dans  l'eau,  214. 

Panthéon  (Expérience  du  pendule  au) 
385,  387,  519,  525,  S70. 

Parallaxe  du  soleil;  sa  détermina- 
tion, 216. 

Pecqubur,  436. 

Pendule;  son  emploi  pour  la  dé- 
monstration de  la  rotation  de  la 
terre,  378,  383,  385,  519,  570. 

—  entretenu  par  un  appareil  élec- 
trique, 389,  572. 

—  à  pirouette  d'Huyghens,  376. 

—  conique;  son  application  aux  hor- 
loges, 371. 

—  régulateur  de  la  machine  à  va- 
peur, 449. 

Photographie  d'objets  microscopi- 
ques, 83. 
PHOTOMkTRE  à  couipaTtitDents,  100. 
Photométrib  :   lumière  électrique, 


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—  587  — 


soleil;  lumière  Drummond,  87; 
gaz  de  la  tourbe,  100. 

Physiologie  de  la  vision  ;  recherches 
sur  la  TÎsioD  binoculaire  des  ima* 
ges  colorées,  103. 

Pile  de  Bunsen  ;  nouvelle  disposi- 
tion, 329. 

-^  de  L.  Foucault,  360. 

—  sans  métal,  333. 

Plan  de  vibration  d'une  verge;  sa 
fixité  dans  l'espace,  392. 

—  d'oscillation  du  pendule  ;  sa  fixité 
dans  Tespace,  378,  383,  385. 

—  optique  (Sur  la  construction  du), 
287,  549. 

Plaques  daguerrienaes.  Votr  Brome, 
1,  54  ;  Couche  sensible,  ^  ;  Rayons 
rouges,  14, 19  ;  Action  positive  ou 
4gative,  35  ;  Action  continuatrice, 
ôO  ;  Intensité  de  la  lumière  élec- 
trique, 87. 

P0I2ISOT,  527i  530. 

Poisson,  382. 

Polarisation  chromatique  produite 
par  les  lames  épaisses  cristalli- 
sées, 115. 

—  des  électrodes,  369. 
PoLARiSEOR  en  spath  d'Islande,  301. 

PODILLBT,  51. 

Pouvoir  optique  des  télescopes,  259. 

—  réglant  des  régulateurs,  456. 
Praxmowski,  539. 

Prisme  de  Mcol;  modification  ap- 
portée à  sa  construction,  301. 

Raie  D  dans  la  lumière  de  Tare 
voltalque,  170. 

Rayons  calorifiques;  leurs  interfé- 
rences, 130,  135.  Mesure  de  leurs 
longueurs  d'ondes,  161. 

—  du  soleil  affaiblis  par  les  objec- 
tifs argentés  ;  examen  des  rayons 
transmis,  293. 

—  ronges;  leur  influence  sur  les 
plaques  daguerriennes,  14, 19. 

Recomposition  de  la  lumière  blan- 
che, 36.  51. 

Réflexion  sur  des  lames  minces 
produisant  des  bandes  d'interfé- 
rences, 111. 

Réfraction  (Double).  {\oiv  Double 
réfraction,) 

REGNAULD  (J.),  163,  545,  563. 

Régulateur  de  lumière  électrique, 
313,  317. 

—  à  recul  et  à  détente  équilibrée, 
3îÈ2,  563. 

—  isochrone  du  mouvement  unifor- 
me. Théorie,  435. 


Régulateur  de  vitesse.  Exposé  des 
conditions  générales  d'isochro- 
nisme,  442  ;  Détails  pratiques, 
449;  Du  pouvoir  réglant  et  de  son 
travail  total,  456;  Des  moyens  de 
ralentir  le  pouvoir  réglant,  457  ; 
Régulateur  à  vitesse  variable  et  à 
isochronisme  partiel  arbitraire, 
460;  Sur  uu  moyen  de  varier  la 
vitesse,  462. 

—  Moyen  de  régler  sa  sensibilité, 
488. 

—  à  effet  immédiat,  470. 

—  à  manchon  fileté,  484. 

—  à  plan  fixe,  480. 

^  à  points  de  suspension  séparés, 
475. 

—  à  ressorU,  469,  478. 

—  horixontal  à  ressort,  477. 

—  isochrone  à  vitesse  variable,  467. 

—  indépendant  des  variations  de  la 
pesanteur,  468. 

•—  Description  des  principaux  mo- 
dèles; renseignements  pratiques  : 

I.  Régulateur  à  contre-poids,  491. 

—  mixte,  493. 

—  à  plan  fixe,  495. 

—  à  contre-poids  tournants, 
496. 

—  à  manchon  fileté,  497, 499. 

II.  —  à  ventilateur,  501. 

—  à  ailettes,  503. 

—  à  ailettes  et  à  contre-poids, 
505. 

--  à  frottement,  507. 

—  à  ailettes  sans  manchon, 
508. 

111.  Renseignements  pratiques  sur 
l'emploi   des  ressorts    hé- 
lices, 510. 
Deuil   de   construction    des 
ressorts  hélices,  512. 

Répartiteur  de  Robert-Houdin.  Son 
emploi  dans  les  régulateurs  de 
lumière  électrique,  322. 

Ressorts  (Application  des)  pour  ob- 
tenir risochronisme  du  pendule 
régulateur,  469. 

—  hélices  ;  renseignements  pratiques 
sur  leur  emploi,  410  ;  sur  leur 
construction,  412. 

Retouches    locales   (Méthode    des) 

23i,  247,  548. 
Robmer,  186. 
Robert  Houdin,  322. 
Rotation  de  la  terre  démontvée  par 


le  mouvement  du  pendule,  378, 
383,  385,  519. 

—  de  la  terre  démontrée  par  Tob* 
servation  du  gyroscope,  528. 

Rotations,  410,  413. 

Rouage  commutateur  à  systèmes  sa- 
tellites, 515. 

Roues  satellites,  515. 

RuHMKORPF,  345,  352. 

Sainte- Claire  Dbvillb,  291,  432. 

Satellites  (Roues  et  systèmes), 
515. 

Secretan,  229,  293. 

Seebeck,  45. 

Sensibilité  des  plaques  daguerrien- 
nes, 1,  9, 19,  35,  64. 

—  du  régulateur;  moyens  de  la  ré- 
gler, 488. 

Sidérostat.  Présentation  à  l'Acadé- 
mie, 432.  Description,  580. 

SiLBERHANN,  422,  424. 

Soleil;  détermination  de  sa  paral- 
laxe, 210. 

—  éclipse  do  1860,  534. 

—  images  daguerriennes  de  cet  as- 
troi  97,  543. 

—  mesure  de  l'intensité  de  sa  lu- 
mière, 87. 

—  Étude  de  cet  astre  à  l'aide  des 
objectifs  argentés,  289,  293. 

Sons  produits  dans  les  condensateurs 
d'extra- courants  des  appareils  d'in- 
duction, 366. 

Spectre.  (  Koir  Interférence,  Polari- 
sation.) 

—  (action  de  la  partie  la  moins  ré- 
frangible  du)  sur  les  substances 
impressionnables  à  la  lumière,  19. 

»  lumineux  produit  par  une  frange 
d'interférence,  108. 

—  secondaire  ;  son  influence  sur  la 
vision  dans  les  instruments  d'op- 
tique, 296. 

Staite,  315. 
Stbinbbu,  233,  305. 
Stoms,  304. 

Substances  accélératrices  dans  le 
daguerréotype,  1,  25. 

—  impressionnables  à  la  lumière 
(Action  produite  sur  les)  par  les 
rayons  les  moins  réfrangibles  du 
spectre,  19. 

Taille  des  miroirs  en  verre,  247. 
TÉLESCOPE  en  verre   argenté,  227, 

232. 
Terril;  sa  rotation  démontrée    par 

l'observation  du  gyroscope,  528. 

—  sa  rotation  démontrée  par  Tob- 


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—  583  — 


servftUon  du  pendale,  378,  383, 

385,  510. 
THBRMOvfcTRB   microscopique ,    137, 

545. 
TftBSCA  (G.),  576. 
TuRBiNB  pour  le  miroir   loumaDt, 

mue  par  la  vapeur,  208;  par  l*air 

comprimé,  221,  547. 


Vebob  Tibraate;  fixité  de  sou  plan 

de  vibration,  392. 
Vbrbb  argenté  pour  les  miroirs  des 

télescopes,  227,  232. 
—  tfUrane,  304. 
Villarcbau  (Y von),  534, 540. 
Vision  binoculaire  (PhénomèDes  do 

la),  163. 


ViTBSSB  de  la  laoïière  dans  l'air  et 
les  milieux  transparents,  173, 185, 
216,  221,  517,  546. 

Warren  de  la  Roe,  539. 

Watt,  436. 

WHE4TST0NB,  164,166, 183,189,207. 

Woip,  ï94,  432, 580. 

WOLLASTON,  21. 


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TABLE  DÈS  MATIÈRES 


Notice  sur  les  travaux  de  L.  Foucault,  par  M.  J.  Bertrand 


OPTIQUE,  PHOTOGRAPHIE. 

Méthode  pour  appliquer  le  brome  à  la  production  des  épreuves  daguerriennes 4 

De  la  préparation  de  la  couche  sensible  qui  doit  recevoir  l'image  de  la  chambre  noire 9 

Notes  sur  quelques  expériences  tentées  pour  obtenir  des  épreuves  d'objets  microscopiques  ...  it 

Observations  concernant  l'action  des  rayons  rouges  sur  les  plaques  daguerriennes 44 

Étude  sur  l'action  spéciale  exercée  par  la  partie  la  moins  réfrangible  du  spectre  sur  les  substances 

impressionnables  à  la  lumière 49 

Sur  la  recomposition  des  couleurs  du  spectre  eu  teintes  plates 54 

Note  sur  les  plaques  bromées  au  second  degré 54 

Note  sur  l'emploi  d'un  diaphragme  étoile  pour  l'obtention  des  fonds  dégradés  dans  les  épreuves 

daguerriennes • 57 

Observations  sur  la  lumière  électrique 59 

Application  de  la  lumière  voltaïque  au  microscope  solaire 65 

Notice  sur  le  microscope  photo-électrique 67 

Atlas  du  cours  de  microscopie  complémentaire  des  études  médicales.  Description  du  microscope 

daguerréotype  et  des  procédés  photographiques  employés  dans  l'exécution  de  cet  atlas.   •  •  83 

Recherches  sur  l'intensité  de  la  lumière  émise  par  le  charbon  dans  l'expérience  de  Davy  .  •  •  •  87 

Photomètre  à  compartiments 400 

Sur  le  phénomène  des  interférences  entre  deux  rayons  de  lumière  dans  le  cas  de  grandes  diffé- 
rences de  marche  et  sur  la  polarisation   chromatique   produite  par  les  lames  épaisses 

cristallisées 405 

Instruction  sur  la  manière  de  produire  les  interférences  à  grandes  différences  de  marche.  .   .  •  4S8 

Recherches  sur  les  interférences  des  rayons  calorifiques 430 

Recherches  sur  les  interférences  calorifiques 435 

Longueurs  d'ondes  des  rayons  calorifiques 4  64 

Sur  quelques  phénomènes  de  la  vision  au  moyeu  des  deux  youx ,  463 


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—  590  — 

Note  sur  la  lumière  de  Tare  yoltaïque 470 

Méthode  générale  pour  mesurer  la  vitesse  de  la  lumière  dans  Tair  et  les  milieux  transparents  .   .  473 

Sur  les  vitesses  relatives  de  la  lumière  dans  l'air  et  dans  Teau 483 

Détermination  expérimentale  de  la  vitesse  de  la  lumière.  Parallaxe  du  soleil 246 

Détermination  expérimentale  de  la  vitesse  de  la  lumière.  Description  des  appareils 249 

Sur  un  nouveau  télescope  en  verre  argenté 227 

Mémoire  sur  la  construction  des  télescopes  en  verre  argenté 232 

Microscope  catadioptrique  avec  miroir  en  verre  argenté ....  285 

Sur  la  construction  du  plan  optique 287 

Sur  un  moyen  d'affaiblir  les  rayons  du  soleil  au  foyer  des  lunettes 2S9 

Application  du  procédé  d'argenture  à  un  objectif  de  0'",2I5  de  diamètre 293 

Du  spectre  secondaire  et  de  son  influence  sur  la  vision  dans  les  instruments  d'optique t96 

Nouveau  polariseur  en  spath  d'Irlande.  Expérience  de  fluorescence 304 


ÉLECTRICITÉ. 

Sur  un  moyen  de*  transmettre  l'heure  à  distance  avec  le  degré  de  précision  nécessaire  aux  usages 

astronomiques 303 

Distributeur  pour  horloge  électrique. 340 

Appareil  destiné  à  rendre  constante  la  lumière  émanant  d'un  charbon  placé  entre  les  deux  pôles 

d'une  pile 343 

Sur  les  appareils  fixateurs  de  la  lumière  électrique 347 

Appareil  régulateur  de  la  lumière  électrique  à  recul  et  à  détente  équilibrée 322 

Nouvelle  disposition  de  la  pile  de  Bunsen 329 

Sur  la  conductibilité  propre  des  liquides.  Piles  sans  métal -  .  .   .  .  334 

Sur  la  conductibilité  physique  des  liquides.  Courant  partiellement  transmis  par  l'eau  sans  dé- 
composition  l 336 

De  la  chaleur  produite  par  l'influence  de  l'aimant  sur  les  corps  en  mouvement 342 

Sur  l'emploi  des  appareils  d'induction.  Effets  des  machines  multiples 345 

Note  sur  l'emploi  des  appareils  d'induction.  Interrupteur  à  mercure  :  Instruction  pratique.   ...  350 

Interrupteur  à  double  effet  pour  les  appareils  d'induction 364 

Appareils  d'induction.  Sons  produits  dans  les  condensateurs  d'extra-courant 366 

Sur  un  moyen  de  prévenir  les  étincelles  d'extra-coiirant  dans  les  moteurs  électriques 367 

Expérience  relative  aux  effets  des  actions  secondaires  dans  les  piles 369 


MÉCANIQUE. 

Sur  une  horloge  à  pendule  conique 374 

Démonstration  physique  du  mouvement  de  rotation  de  la  terre  au  moyen  du  pendule 378 

Explications  sur  Texpérieuce  relative  au  mouvement  de  la  terre 385 

Appareil  pour  entretenir  le  mouvement  du  pendule •.....•••  389 

Sur  l'expérience  de  la  verge  vibrante •..*••  392 

Mémoire  sur  le  mouvement  de  la  terre  démontré  par  la  rotation  d'un  corps 404 

Sur  les  phénomènes  d'orientation  des  corps  tournants  entraînés  par  un  axe  fixe  à  la  surface  de  la 

terre.  Nouveaux  signes  sensibles  du  mouvement  diurne •  •  .  406 


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—  691  — 

Influence  du  mouvement  de  la  terre  sur  la  toupie;  de  son  inclinaisoa  dans  le  plan  du  méridien  et 

sa  progression  d'occident  en  orient  sur  un  plan  horizontal ûlO 

Sur  quelques  expériences  tendant  à  démontrer  la  tendance  des  rotations  au  parallélisme UiS 

Instructions  sur  les  expériences  du  gyroscope /il6 

Sur  un  héliostat  nouveau. 421 

Note  sur  un  grand  héliostat 424 

Description  de  Théiiostat 427 

Sidérostat 432 

Sur  un  régulateur  isochrone  du  mouvement  uniforme 435 

Notes  et  mémoires  sur  les  appareils  régulateurs  de  vitesse  : 

GonditiooB  géoérales  dlsochronisme 442 

Détails  pratiques  sarrapplicatlon  de  Tisochronisme  au  pendule  régulateur  de  la  machine  à  vapeur  449 

Du  pouvoir  réglant  et  de  son  travail  total • 456 

Des  moyens  de  ralentir  le  pouvoir  régulateur 457 

Régulateur  à  vitesse  variable  et  à  isochronisme  partiel  arbitraire 460 

Sur  un  moyen  de  varier  en  toute  proportion  la  vitesse  du  pendule  régulateur 462 

Note  relative  au  mouvement  d*un  point  matériel  oscillant  circulairement  sur  dlfTérentes  surfaces 

de  révolution  engendrées  par  les  sections  coniques 465 

Régulateur  isochrone  à  vitesse  variable 467 

Régulateur  isochrone  et  indépendant  des  variations  de  la  pesanteur 468 

Application  des  ressorts  en  remplacement  du  contre-poids  destiné  à  isochroniser  le  pendule  régu- 
lateur normal 469 

Régulateur  à  effet  immédiat 470 

Sur  les  cas  singuliers  où  Ton  peut  séparer  les  points  de  suspension 475 

Régulateur  à  ressorts  directement  attachés  sur  les  bras  .  •  .  .4b 477 

Régulateur  horizontal  à  deux  masses  et  à  ressorts  directement  attachés  sur  les  bras 479 

Régulateur  à  plan  fixe  et  à  ressorts  directement  attachés  sur  les  bras 480 

Régulateurs  à  manchon  fileté 481 

Sur  un  moyen  de  régler  la  sensibilité  du  régulateur 488 

Dispositions  pratiques  des  principaux  modèles  de  régulateur  : 

I.  —  Régulateur  à  contre-poids 491 

Régulateur  mixte 493 

Régulateur  à  plan  fixe 495 

*            Régulateur  à  contre-poids  tournants 496 

Régulateur  à  manchon  fileté 497 

Régulateur  à  manchon  fileté  et  ressorts  directement  attachés  sur  les  bras 499 

II.  —  Rouage  moteur  à  mouvement  continu  et  à  vitesse  constante  pour  les  opérations  d'astronomie 

et  de  chronographie  ;  régulateur  à  ventilateur 501 

Régulateur  à  ailettes,  applicable  aux  rouages  d'horlogerie 503 

Régulateur  à  ailettes  à  contre-poids 505 

Régulateur  à  frottement 507 

Régulateur  à  ailettes  sans  manchon 508 

ni.  —  Renseignements  pratiques  sur  remploi  du  ressort  hélice 510 

Détails  pratiques  sur  la  construction  des  ressorts  hélices 512 

Rouage  commutateur  à  systèmes  satellites 517 


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—  592  — 


EXTRAIT  DES  FEUILLETONS  SCIENTIFIQUES  DU  JOURNAL  DES  DÉBATS. 

Vitesse  relative  de  la  lumière  dans  Tair  et  dans  Teau ^ 547 

Démonstration  expérimentale  du  mouvement  de  rotation  de  ia  terre 519 

Mouvement  de  la  terre  démontré  par  la  rotation  d'un  corps 528 

Éclipse  totale  du  18  juillet  1860 534 


DOCUMENTS  ANNEXES.  -  EXPLICATION  DES  PLANCHES. 

Daguerréotype  (PI.  4) ^ 643 

Microscope  photoélectrique  (PI.  S) 545 

Interférences  des  rayons  lumineux  et  caloriûques  (PI.  3) 545 

Détermination  de  la  vitesse  de  la  lumière  (PI.  4  et  5) 546 

Télescopes.  Miroirs  paraboliques  et  miroirs  plans;  méthodes  des  retouches  locales  (PI.  6)  .  .  .  548 

Sur  la  constniction  du  plan  optique 549 

Sur  la  méthode  suivie  par  L.  Foucault  pour  reconnaître  si  la  surface  d*un  miroir  est  rigoureuse- 
ment parabolique 554 

Méthode  d'autocollimation  de  L.  Foucault;  son  application  à  Tétude  des  miroirs  paraboliques.  .  554 

Expérience  sur  l'action  exercée  par  le  mouvement  de  la  terre  sur  les  phénomènes  lumineux.  .   .  564 

Appareil  régulateur  de  la  lumière  électrique  à  recul  et  à  dét^nte  équilibrée  [PI.  7) 563 

Appareil  à  mouvement  de  rotation  c(tbtinu  et  à  mouvement  de  translation  alternatif  (PI.  8j.   .  .  565 

Interrupteur  à  mercure 569 

Démonstration  du  mouvement  de  rotation  de  la  terre  au  moyen  du  pendule 570 

Entreteneur  électrique  du  mouvement  du  pendule  (PI.  9  et  40) 57S 

Gyroscope  (PI.  44  et  4î) 576 

HéliosUt  (PL  43) 679 

Sidérostat  (PI.  44  et  46) 580 

Appareils  régulateurs  de  vitesse  (PI.  46,  47,48,  49) 583 

Table  analytique 585 


PAHIS.  —   Impr.   J.  CLAYR   —  A.  QUAHTIH  tt  C-,  ra«  Saint-Banott 


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RECUEIL 


TRAVAUX  SCIENTIFIQUES 


LÉON  FOUCAULT 


PLANCHES 


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o 


RECUEIL 


DES 


TRAVAUX  SCIENTIFIQUES 


DB 


LEON  ^OUCAULT 

MBMBRB    DB    L*INSTITOT 

PHTSICIBN    DB    l'OBSERVATOIBB   DB  PARIS 

CORHBSPONDART    DB    LA    SOCliT^     ROTALB     DB    LONDRBS,    DB     L*ACAD<HIB     DB      BBRLIN 

DB    l'ACADÉMIB    DB    SAINT-PiTBRSBOURO,   BTC,    BTC. 


PLANCHES 


PARIS 


GAUTHIER-VILLARS,    IMPRIMEUR-LIBRAIRE 

on   BUREAU   DES    LONGITUDES,    DE    L'ÉCOLE    POLYTECHNIQUE 
BUCGES8EUR  DE  KALLET-BAGHELIER 

Quai  des  Âugustios,  65' 

1878 


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NOTICE    HISTORIQUE 


SUR  LA  vu  BT  LBS  TRAVAUX 


DE   LÉON   FOUCAULT 

PAR     M.     LISSAJOnS 


Messieurs, 

Notre  Société  a  le  pieux  usage  de  payer  dans  sa  séance  annuelle  un 
tribut  légitime  de  regrets  aux  hommes  éminents  qu'elle  a  perdus.  Pouvait-* 
elle,  cette  année,  oublier  Léon  Foucault,  dont  la  fin  cruelle  et  prématurée 
a  laissé  un  si  grand  vide  dans  nos  rangs  ? 

11  eût  fallu  une  main  plus  illustre  et  plus  exercée  pour  retracer  avec 
autorité  devant  vous  le  portrait  de  cet  homme  de  génie  dont  la  carrière  fut 
si  brillante  et  si  courte. 

  défaut  d'un  plus  digne,  Fun  des  plus  obscurs,  mais  des  plus  dévoués 
parmi  les  amis  de  Foucault,  a  dû  accepter  ce  périlleux  honneur,  autant 
par  déférence  pour  une  Société  dont  il  est  un  des  fondateurs,  que  par 
dévouement  pour  une  mémoire  qui  lui  est  bien  chère. 

Puissent  donc  les  sentiments  qui  l'animent  remonter  de  son  cœur  à 
ses  lèvres;  puisse-t-il,  à  défaut  d'éloquence,  trouver  quelques  accents  vrais 

4.  Cette  notice  a  été  lue  en  4869  à  la  séance  annuelle  de  la  Société  des  Amis  des  sciences, 
par  M.  Lissajous,  alors  professeur  de  physique  au  Lycée  Saint-Louis,  aujourd'hui  recteur  de  l'Académie 
de  Besançon. 

4 


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dans  les  inspirations  d'une  admiration  profonde,  et  les  souvenirs  d'une 
vieille  amitié  ! 

Jean-Bernard-Léon  Foucault  naquit  à  Paris,  le  19  septembre  1819. 
Rien  dans  son  enfance  n'annonçait  qu'il  dût  être  illustre  un  jour  ;  il  était 
d'une  santé  délicate,  d'un  caractère  doux,  timide  et  peu  expansif.  La  fai- 
blesse de  sa  constitution,  la  lenteur  qu'il  mettait  dans  son  travail,  rendirent 
impossible  pour  lui  la  fréquentation  du  collège  :  ses  études,  poursuivies 
dans  diverses  pensions,  furent  terminées  tardivement,  grâce  aux  soins  de 
maîtres  dévoués,  sous  les  yeux  de  sa  mère. 

Ce  fut  d'abord  par  les  côtés  pratiques  qu'il  révéla  des  aptitudes 
exceptionnelles.  Dès  l'âge  de  treize  ans,  il  commençait  â  construire  de  ses 
mains,  et  presque  sans  outils,  divers  jouets  scientifiques,  œuvre  de 
patience  où  se  manifestaient  â  la  fois  des  goûts  sérieux,  l'observation 
exacte  des  formes,  l'étude  approfondie  des  mécanismes.  Ce  fut  d'abord  un 
bateau,  puis  un  télégraphe  imité  de  ceux  de  Saint-Sulpice,  dont  il  aper- 
cevait de  sa  fenêtre  les  gestes  répétés,  puis  une  machine  à  vapeur.  Cette 
machine  existe  encore,  précieuse  relique,  où,  sous  les  traces  de  l'inexpé- 
rience juvénile,  se  révèlent  dans  une  exécution  consciencieuse  cette 
ténacité  au  travail  et  cette  habileté  de  main  dont  Foucault  devait  tirer  un 
si  grand  parti  plus  tard,  lorsqu'il  aborderait  dans  le  silence  du  cabinet, 
avec  des  appareils  entièrement  construits  par  lui,  les  recherches  les  plus 
délicates. 

Après  avoir  conquis  ses  diplômes  de  bachelier,  il  commença  l'étude  de 
la  médecine  :  son  intention  était  de  se  livrer  de  préférence  à  Tart  chirur- 
gical. Il  remplit  quelque  temps  les  fonctions  d'externe  dans  les  hôpitaux. 
Sa  dextérité  naturelle,  la  sûreté  de  son  coup  d'œil,  cet  instinct  du  vrai  qu'il 
possédait  à  un  haut  degré,  faisaient  espérer  qu'il  réussirait  dans  cette 
carrière;  il  y  renonça  cependant  tout  d'un  coup,  arrêté  par  la  vue  du  sang 
et  le  spectacle  douloureux  des  souffrances  qu'il  devait  soulager  au  prix  de 
souffrances  plus  grandes  encore. 

Pendant  ses  études  médicales,  il  fit  la  connaissance  du  docteur  Donné, 
dont  il  suivait  le  cours  de  microscopie  à  la  clinique  de  l'École  de  Médecine. 
M.  Donné  eut  en  lui  d'abord  un  élève  assidu,  puis  un  préparateur  sans 


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—  5  — 

égal,  et  enfin  un  collaborateur  précieux.  Foucault  lui  succéda  en  18/1.5  au 
Journal  des  Débats  comme  rédacteur  du  compte  rendu  scientifique ,  et 
Tétroite  amitié  qui  les  lia  l'un  à  l'autre  dura  jusqu'au  dernier  jour. 

Dès  que  la  découverte  de  Daguerre  fut  connue,  Foucault,  un  des 
premiers,  se  mit  à  l'œuvre  avec  un  appareil  construit  de  ses  mains.  Il 
arriva  bientôt  à  une  habileté  exceptionnelle  qui  lui  permit  plus  tard  de 
reproduire  avec  une  fidélité  remarquable  les  objets  microscopiques  les  plus 
délicats. 

Lorsque  la  pile  de  Grove,  modifiée  par  Bunsen,  eut  rendu  facile  la 
reproduction  de  la  lumière  électrique,  Foucault  voulut  substituer  au 
microscope  à  gaz,  dont  l'emploi  n'était  pas  alors  sans  danger,  un  appareil 
éclairé  par  cette  lumière  si  brillante  et  si  blanche.  Dans  la  production  de 
ce  soleil  artificiel,  il  eut  l'heureuse  idée  de  substituer  au  charbon  de  bois 
des  baguettes  de  graphite  des  cornues  à  gaz.  Puis,  par  un  ensemble  de 
dispositions  heureuses,  il  arriva  à  maîtriser  cette  lumière  capricieuse  et 
variable,  et,  après  de  nombreux  essais,  réalisa  en  1844  le  microscope  photo- 
électrique. Ceux  d'entre  nous  qui  étudiaient  les  sciences  à  cette  époque 
n'ont  pas  oublié  les  séances  publiques  où  M.  Donné  faisait  la  démonstra- 
tion de  cet  ingénieux  instrument,  et  se  souviennent  aussi  de  l'habileté  et 
du  sang-froid  avec  lequel  Foucault  le  faisait  fonctionner. 

Ce  fut  la  première  révélation  publique  de  son  talent  d'expérimentateur. 
En  1849,  il  perfectionna  son  appareil,  forçant  la  lumière  à  se  régler  elle- 
même  à  l'aide  d'un  mécanisme  automoteur.  Cet  instrument  fut  appliqué  à 
l'art  théâtral  dans  le  Prophète^  où  il  servait  à  l'imitation  du  soleil.  Foucault 
l'utilisa  également  à  l'exécution  d'une  série  nombreuse  d'expériences  de 
démonstration. 

Malheureusement  le  retard  qu'il  mit  dans  la  publication  de  son  travail 
lui  enleva  l'avantage  d'annoncer,  avant  tout  autre,  au  monde  savant  la 
solution  de  cet  important  problème.  Mais  il  avait  été  le  premier  à  le 
résoudre  de  la  façon  la  plus  heureuse  et  la  plus  sûre,  comme  le  démon- 
trèrent les  preuves  palpables  qu'il  put,  grâce  au  concours  empressé  de 
M.  Dumas,  mettre  en  temps  utile  sous  les  yeux  de  l'Académie  des  sciences. 
Son  appareil,  d'ailleurs,  a  servi  de  point  de  départ  à  tout  ce  qui  s'est  fait  de 


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-h- 

sérieux  et  de  pratique  dans  cet  ordre  d'idées,  et  quand  plus  tard,  se  sentant 
dépassé,  il  se  remit  à  l'œuvre,  ce  fut  pour  donner  à  la  science  et  à  l'indus- 
trie un  régulateur  de  lumière  électrique  satisfaisant  de  la  façon  la  plus 
complète  aux  préyisions  de  la  théorie  et  aux  exigences  de  la  pratique, 
véritable  chef-d'œuvre  qui  jusqu'à  présent  n'a  pas  été  surpassé. 

C'est  ainsi  que,  suivant  l'expression  heureuse  de  M.  Dumas,  il  a  été 
donné  à  Foucault  d'avoir  dans  cette  question  le  premier  et  le  dernier 
mot. 

Aussi,  messieurs,  quand  nous  voyons  aujourd'hui  la  science  se  popula- 
riser dans  les  amphithéâtres  en  France  et  à  l'étranger,  grâce  à  l'emploi  si 
répandu  de  la  lumière  électrique;  quand  nous  voyons  cette  brillante 
lumière  ajouter  à  l'éclat  de  nos  fêtes  publiques,  de  nos  représentations 
théâtrales,  et  permettre  d'utiliser  les  nuits  elles-mêmes  à  l'exécution  de 
ces  travaux  gigantesques,  monuments  de  l'activité  fiévreuse  de  notre 
époque  ;  quand  l'électricité  entretient  au  sein  de  nos  phares  un  flambeau 
plus  puissant;  quand  les  navires  munis  de  ce  flambeau  protecteur  peuvent 
sillonner  les  mers  sans  craindre  de  funestes  rencontres,  n'est-il  pas  légi- 
time que  la  reconnaissance  publique  réserve  un  souvenir  à  l'homme  qui 
a  fait  le  premier  et  le  dernier  pas  dans  cette  voie  si  féconde? 

Vers  l'époque  où  M.  Foucault  révélait  son  génie  inventif  à  côté  de 
M.  Donné,  il  entreprenait  quelques  recherches  en  collaboration  avec 
M.  Fizeau.  L'union  de  deux  esprits  aussi  originaux  ne  pouvait  produire  que 
des  œuvres  remarquables  ;  et,  en  eS'et,  ils  firent  en  commun,  sur  les  inter- 
férences des  rayons  lumineux  et  calorifiques,  des  expériences  de  la  plus 
haute  importance.  Les  unes  établissaient  l'identité  des  radiations  calorifique 
et  lumineuse,  les  autres  révélaient  dans  les  mouvements  vibratoires  de 
l'éther  lumineux  une  régularité  persistante  qui  s'étendait  à  plusieurs 
milliers  d'oscillations. 

Mais  leur  collaboration  eut  peu  de  durée.  En  dehors  du  fonds  commun, 
chacun  d'eux  avait  une  série  d'idées  personnelles  qu'il  désirait  exploiter 
seul.  Ils  se  séparèrent  donc,  non  sans  déchirement  de  part  et  d'autre,  et 
si  leur  amitié  eut  à  en  soufi'rir,  la  science  n'y  perdit  pas.  Elle  a  fait  avec 
équité  la  part  de  chacun,  et  nous  ne  pouvons  qu'applaudir  à  la  détermi- 


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nation  qni  porta  ces  deux  intelligences  d'élite  à  affirmer  de  bonne  heure 
leur  originalité  propre  dans  des  recherches  complètement  indépendantes. 

Le  premier  travail  que  Foucault  exécuta  sans  le  secours  d'aucun 
collaborateur  fut  son  expérience  si  remarquable  sur  la  comparaison  de  la 
vitesse  de  la  lumière  dans  l'air  et  les  milieux  transparents.  Cette  compa* 
raison  avait  aux  yeux  des  savants  la  plus  haute  importance,  car  elle  résolvait 
une  question  théorique  sur  laquelle  la  science  ne  s'était  pas  encore  pro- 
noncée ;  elle  permettait  de  décider  si  la  lumière  est  une  émanation  matérielle 
des  corps  lumineux  ou  un  mouvement  ondulatoire  transmis  au  sein  d'un 
fluide  répandu  dans  tout  l'univers. 

Arago  avait  donné  l'idée  première  de  la  méthode  et  tenait  à  attacher 
son  nom  à  une  expérience  qui  permettait  de  prononcer  sans  appel  Newton 
et  Huyghens.  Ce  travail  était  commencé,  mais  l'exécution  fut  retardée  par 
des  difficultés  expérimentales  jusqu'au  moment  où  la  vue  aOfaiblie  d'Ârago 
ne  lui  permit  plus  d'en  espérer  la  réalisation. 

Foucault  avait  été  frappé  des  difficultés  presque  insurmontables  que 
présentait  l'expérience  d'Arago.  Il  s'agissait,  en  effet,  de  saisir  au  passage 
une  image  instantanée  de  position  indéterminée  qu'un  hasard  heureux 
pouvait  seul  amener  dans  l'œil  de  l'observateur.  Par  une  disposition  aussi 
ingénieuse  qu'inattendue,  véritable  trait  de  génie,  Foucault  rendait  l'expé- 
rience facile,  en  substituant  à  cette  image  fugitive  et  mobile  une  image 
permanente  et  fixe,  qui  en  était  la  reproduction  fidèle. 

L'expérience  fut  faite  pour  la  première  fois  le  samedi  17  mai  1850. 
Foucault  avait  porté  le  dernier  coup  à  la  théorie  de  l'émission.  Qu'il  nous 
soit  permis  de  rappeler  qu'au  moment  de  faire  fonctionner  son  appareil, 
fruit  de  longues  études,  Foucault  eut  l'extrême  délicatesse  d'aller  demander 
à  Arago  une  autorisation  que  celui-ci  ne  pouvait  guère  lui  refuser.  Néanmoins 
elle  lui  fut  accordée  avec  tant  de  bonne  grâce,  qu'on  ne  sait  ce  qu'on  doit 
le  plus  admirer  de  la  déférence  modeste  du  jeune  savant  ou  de  la  noble 
condescendance  du  vieillard. 

Plus  tard  Foucault  compléta  son  travail.  L'addition  d'un  rouage  chro- 
nométrique,  construit,  sur  ses  indications,  par  Froment,  lui  permit  de 
mesurer  dans  l'intérieur  d'une  chambre  la  vitesse  absolue  de  la  lumière,  et 


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—  6  — 

d'apporter  un  élément  nouveau  et  certain  dans  la  détermination  de  la 
dislance  qui  sépare  la  terre  du  soleil. 

te  fut  en  J850  que  Foucault  exécuta  Texpérience  à  jamais  célèbre  du 
pendule.  Installé  d*abord  dans  une  cave  de  sa  maison/rue  d*Âssas,  Tappareil 
fut  transporté  à  TObservatoire  dans  la  salle  de  la  Méridienne.  Puis,  comme 
l'écrivait  Foucault  :  «  Le  président  de  la  République,  dans  sa  haute  solli- 
citude ppur  la  science,  voulut  que  celte  expérience  fût  répétée  magnifi- 
quement au  Panthéon.  »  Le  pendule  avait  57  mètres  de  hauteur,  ses 
oscillations  majestueuses  duraient  chacune  8  secondes.  De  petits  monticules 
de  sable  humide,  installés  sur  une  tablette  circulaire  autour  de  l'appareil, 
recevaient  à  chaque  oscillation  le  choc  d'une  pointe  fixée  à  la  boule  du 
pendule,  et  la  brèche  ainsi  formée  s' agrandissait  à  chaque  fois  de  quelques 
millimètres  vers  la  gauche  de  l'observateur.  Par  cet  artifice  aussi  simple 
qu'ingénieux,  l'habile  expérimentateur  rendait  visible  à  tous  le  sens 
invariable  suivant  lequel  se  produisait  la  déviation  du  plan  d'oscillation. 

Peu  d'expériences  eurent  un  aussi  grand  succès  de  popularité.  L'Aca- 
démie recevait  chaque  semaine  quelque  note  sur  ce  sujet.  L'auteur  était 
accablé  de  lettres  de  toute  nature.  C'était  à  qui  lui  demanderait  des  éclair- 
cissements, à  qui  lui  adresserait  des  félicitations  ou  des  critiques,  à  qui  lui 
ferait  hommage  de  théories  destinées  à  expliquer  ou  à  contredire  son 
expérience.  Dans  cette  correspondance  volumineuse  où  la  vérité  se  mêle  à 
l'erreur,  le  grotesque  même  a  sa  part  : 

«  Monsieur,  lui  écrivait  une  personne,  je  serais  désireux  d'avoir  une  de 
vos  pendules  marchant  par  le  mouvement  de  la  terre.  Où  pourrais-je  mêla 
procurer?  Je  vous  serais  très-reconnaissant  de  vouloir  bien  me  l'indiquer.  » 

On  se  demanda  naturellement  comment  il  se  faisait  que  personne  n'eût 
pensé  à  cette  expérience  si  frappante,  si  démonstrative  et  si  simple.  Une 
recherche  faite  dans  les  procès-verbaux  inédits  de  l'Académie  del  Cimento 
fit  trouver  quelques  vagues  indications  d'une  expérience  analogue  dans  une 
phrase  de  Viviani,  que  personne  n'avai  t  remarquée  auparavant.  Erudition 
tardive,  qui  tout  en  servant  la  science,  eut  surtout  pour  effet  de  venir  en 
aide  aux  esprits  jaloux  à  qui  le  succès  de  Foucault  commençait  à  porter 
ombrage. 


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•     -7- 

Ceux  qui  ont  répété  consciencieusement  son  expérience  ont  pu  seuls 
se  rendre  compte  des  difficultés  pratiques  que  présentait  sa  réalisation. 
Foucault  a  avoué  qu  'il  ne  les  avait  surmontées  qu'aprëç  plusieurs  années 
d'essais.  C'est  à  sa  persévérance,  à  sa  ténacité,  à  la  fermeté  de  ses  convie-* 
tions  quHl  a  dû  d'atteindre  le  but,  dans  une  voie  que  d'autres  avaient 
peut-être  tenté  de  parcourir  avant  lui,  mais  certainement  sans  succès. 
i  Néanmoins,  il  eut  à  cœur  de  prouver  qu'il  pouvait  plus  encore  :  l'expé- 

rience du  pendule  pouvait  passer  pour  une  heureuse  inspiration;  l'inveation 
du  gyroscope  fut  une  œuvre  savante  longuement  méditée,  et  par  laquelle 
Foucault  révélait  un  esprit  d'analyse  exceptionnel,  et  un  sentiment  profond 
des  vérités  mécaniques.  C'était  dans  les  considérations  les  plus  délicates  de 
la  dynamique  qu'il  lui  fallait  puiser  ses  arguments  pour  expliquer  les 
évolutions  singulières  de  cet  appareil  capricieux  qui  offre  dans  certaines 
directions  des  résistances  inattendues  au  déplacement,  se  comporte  parfois 
comme  s'il  était  soustrait  à  l'action  de  la  pesanteur,  et  enfin,  sert  à  démon- 
trer sans  aucune  observation  astronomique  l'existence  de  la  rotation  terrestre 
et  jusqu'à  la  direction  de  l'axe  autour  duquel  cette  rotation  s'effectue. 

Les  expériences  de  Foucault  ont  fourni  une  confirmation  brillante  des 
principes  formulés  par  Poinsot  dans  son  élégante  théorie  des  rotations,  et 
n'ont  pas  été  sans  inQuence  sur  les  études  pratiques  faites  depuis  cette 
époque,  pour  élucider  la  théorie  des  prdjectiles  à  rotation  rapide. 

Le  mouvement  du  gyroscope  durait  quelques  minutes,  celui  du  pendule 
durait  plus  longtemps,  mais  en  s'affaiblissant  avec  rapidité;  Foucault,  à 
l'aide  d'un  mécanisme  électro-magnétique,  dont  les  fonctions  étaient  mer- 
veilleusement étudiées,  parvint  à  entretenir  pendant  plusieurs  heures  le 
mouvement  du  pendule,  et  cet  appareil  ingénieux  fut  installé  à  l'Exposition 
de  1855. 

Foucault  ne  restait  étranger  à  aucun  des  progrès  de  la  science.  Dès 
qu'une  idée  nouvelle  se  faisait  jour,  il  en  saisissait  la  portée  avec  un  admi- 
rable instinct.  C'est  ainsi  qu'il  fut  un  des  premiers  en  France  à  comprendre 
toute  l'importance  de  la  théorie  mécanique  de  la  chaleur,  et  il  imagina 
pour  en  démontrer  le  principe  fondamental  une  expérience  devenue  aujour- 
d'hui classique. 


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-8-    • 

Parmi  les  excursions  qu'il  fit  dans  le  domaine  de  Télectricité,  une  des 
plus  heureuses  fut  la  suite  de  ses  études  sur  l'appareil  qui  a  popularisé  le 
nom  de  M.  Ruhmkorff. 

Masson  et  M.  Bréguet  avaient  les  premiers  obtenu  d'une  bobine  à 
double  fil  des  étincelles  à  distance,  la  lumière  dans  le  vide,  et  la  charge 
d'un  condensateur.  M.  Ruhmkorffy  en  donnant  de  meilleures  proportions 
au  fil  inducteur  et  au  fil  induit,  en  remplaçant  le  noyau  de  fer  doux  par  un 
faisceau  de  fils  de  fer,  la  roue  dentée  de  Masson  par  l'interrupteur  auto* 
matique  de  Neef,  avait  constitué  un  instrument  nouveau,  inférieur  par  les 
dimensions  à  l'appareil  de  Masson,  plus  commode  et  plus  puissant.  M.  Fizeau, 
par  l'adjonction  d'un  condensateur  annexé  au  circuit  Inducteur,  en  aug- 
menta la  puissance.  Foucault  eut  l'idée  de  grouper  méthodiquement 
plusieurs  bobines  d'induction,  de  les  mettre  en  jeu  au  moyen  d*un  interrup- 
teur à  mercure  de  son  invention,  et  obtint  ainsi  le  premier  ce  flot  d'étin- 
celles que  donnent  ces  instruments  merveilleux.  Sans  l'interrupteur  de 
Foucault,  il  eût  été  bien  difficile  et  peut-être  même  impossible  de  porter 
ces  appareils  au  degré  de  puissance  que  M.  Ruhmkorff  atteint  aujourd'hui. 

Lorsqu'il  exécutait  ces  brillantes  expériences,  il  circulait  avec  calme 
au  milieu  de  ces  générateurs  d'électricité  d'où  jaillissait  la  foudre,  une 
main  systématiquement  fixée  dans  sa  poche,  l'autre  armée  d'une  pince  en 
bois,  exécutant  toutes  les  manœuvres  nécessaires  avec  une  aisance  et  un 
sang-froid  admirable,  et  jamais  aucun  faux  mouvement  ne  l'exposa  à  une 
de  ces  décharges  terribles  qui  pour  lui  surtout  n'eussent  pas  été  sans 
danger. 

La  réorganisation  de  l'Observatoire  impérial  donna  à  Foucault  une 
position  officielle,  il  fut  attaché  à  cet  établissement  sous  le  titre  de  physicien. 
Ces  fonctions  offraient  un  champ  nouveau  à  son  activité.  11  s'était  tracé  et 
avait  tracé  à  l'administration  un  brillant  programme  qu'il  aurait  certai- 
nement rempli.  C'est  pendant  cette  période  de  sa  vie  scientifique  qu'il  fit 
faire  un  pas  considérable  à  la  fabrication  des  grands  instruments  d'optique* 

L'Observatoire  avait  fait  en  1855  l'acquisition  de  deux  disques  de  flint 
et  de  crown  fondus  par  MM.  Chance  de  Birmingham.  Ces  disques  devaient 
servir   à  la  construction  d'une  lunette  dépassant  en  puissance  tous  les 


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—  9  — 

instruments  connus;  Foucault  fut  chargé  d'en  diriger  Texécution.  C'est 
surtout  dans  ce  long  travail  que  Ton  peut  saisir  les  caractères  de  cette 
méthode  lente,  progressive ,  mais  sûre,  qu'il  appliquait  à  toutes  ses 
recherches.  Son  intuition  merveilleuse  lui  fit  comprendre  dès  le  début 
qu'il  aurait  bien  plus  à  compter  avec  la  pratique  qu'avec  la  théorie;  il 
commença  donc  par  étudier,  dans  les  ateliers  de  la  maison  Sécretan,  les 
moyens  de  travail  utilisés  chez  tous  les  opticiens.  Il  apporta  dans  cette 
étude  toutes  les  ressources  de  son  esprit  d'analyse,  et  pour  compléter  son 
instruction  il  se  fit  ouvrier  lui-même. 

Les  objectifs  travaillés  sous  ses  yeux  furent  soumis  par  lui  aux  essais 
habituels,  c'est-à-dire  à  l'examen  des  objets  terrestres  et  des  astres.  Méthode 
défectueuse  et  incertaine  que  les  opticiens  employaient  faute  de  mieux,  et 
qui  rendait  toutes  les  appréciations  essentiellement  dépendantes  de  la 
pureté  si  variable  de  l'atmosphère. 

De  pareils  moyens  ne  pouvaient  satisfaire  un  expérimentateur  aussi 
consciencieux;  il  les  pratiqua  pour  en  constater  l'imperfection,  et  leur 
substitua  immédiatement  un  procédé  plus  sûr  et  plus  correct.  11  réalisait 
au  foyer  d'un  miroir  un  point  brillant,  sorte  d'astre  artificiel  dont  les  rayons 
réfléchis  par  la  surface' du  miroir  rejaillissaient  sous  forme  de  faisceau 
parallèle,  comme  s'ils  émanaient  d'une  étoile  virtuelle  située  à  une  distance 
infinie  :  c'était  sur  cette  étoile  qu'il  visait  à  l'aide  des  lunettes  dont  il  vou- 
lait apprécier  le  degré  de  perfection. 

Il  se  servit  dans  ses  premiers  essais  d'un  miroir  concave  en  verre; 
mais  la  lumière  réfléchie  faisait  défaut.  Ce  fut  alors  qu'il  eut  l'idée  heureuse 
de  recouvrir  la  surface  du  verre  d'un  dépôt  infiniment  mince  d'argent, 
afin  de  décupler  le  pouvoir  réflecteur  sans  altérer  aucunement  la 
courbure. 

Le  procédé  d'argenture  sur  verre  dû  à  M.  Drayton,  dont  il  avait  pu 
apprécier  l'efficacité  dans  ses  recherches  sur  la  vitesse  de  la  lumière,  lui 
permit  de  réaliser  son  idée.  C'est  ainsi  qu'il  imagina,  chemin  faisant,  le 
télescope  à  miroir  de  verre  argenté. 

Foucault  ignorait  que  peu  de  temps  auparavant  M.  Steinheil,  avec  le 
concours  de  M.  Liebig,  avait  réalisé  la  môme  idée  de  l'autre  côté  du  Rhin* 

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—  10  — 

Heureusement  la  réclamation  de  priorité  faite  à  ce  sujet  n*arrêta  pas 
rélan  de  Foucault  ;  il  fit  construire  plusieurs  télescopes,  et  reconnut  avec 
surprise  que  les  miroirs  travaillés  par  des  mains  également  habiles  ou  par 
la  même  main  présentaient  au  point  de  vue  optique  une  valeur  très- 
différente. 

Ce  fut  alors  qu'il  imagina  des  moyens  entièrement  nouveaux  d'explorer 
les  surfaces  optiques.  L'un  de  ces  moyens  avait  pour  effet  de  centupler  en 
quelque  sorte  le  relief  des  plus  faibles  Irrégularités  de  la  surface  et  de  les 
faire  apparaître  sous  forme  de  saillies  et  de  dépressions  saisissables  pour 
l'œil  le  moins  exercé.  Immédiatement  Foucault  eut  l'idée  de  niveler  en 
quelque  sorte  ces  saillies  imperceptibles  en  les  usant  par  un  polissage 
méthodique.  11  y  réussit. 

L'ouvrier  lui  donnait  une  surface  au  poli  éclatant,  œuvre  terminée  en 
apparence,  médiocre  en  réalité;  Foucault  l'amenait  en  quelques  heures  au 
dernier  degré  de  perfection  :  il  aimait  à  se  comparer  au  sculpteur  qui,  par 
quelques  retouches  habiles,  complète  le  travail  du  praticien,  et  donne  au 
modelé  d'un  médaillon  toute  sa  pureté  artistique. 

Avant  lui  le  meilleur  auxiliaire  de  l'opticien  était  un  heureux  hasard. 
Pouvait-il  en  être  autrement?  Quand  un  verre  est  usé  jusqu'à  ce  dépoli 
presque  transparent  que  les  opticiens  appellent  le  dernier  douci,  les 
aspérités  de  la  surface  sont  tellement  faibles  qu'elles  sont  invisibles  même 
au  microscope,  le  poli  n'a  d'autre  effet  que  de  régulariser  la  surface  en 
abaissant  le  niveau  de  ces  éminences  imperceptibles  dont  l'épaisseur  est  à 
peine  de  quelques  dix-millièmes  de  millimètre.  Or,  c'est  précisément  dans 
cette  épaisseur  infiniment  mince  que  peuvent  trouver  place  une  infinité  de 
surfaces  dont  l'effet  optique^peut  varier  de  la  médiocrité  à  l'extrême  per- 
fection. Ces  considérations  nous  donnent  la  mesure  de  la  hardiesse,  de  la 
méthode,    et    de    l'importance  du  service   rendu    par   Foucault. 

11  est  donc  légitime,  malgré  les  essais  antérieurs,  de  laisser  son  nom  à 
ces  télescopes  en  verre  argenté  dont  son  système  de  retouche  locale  assure 
la  perfection.  Sans  lui  l'astronomie  posséderait-elle  aujourd'hui  ces  instru- 
ments légers  et  peu  coûteux?  Sous  un  faible  volume  ils  présentent  un  pouvoir 
optique  considérable,  on  peut  les  mouvoir  aisément,  les  abriter  à  peu  de 


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—  11  — 

frais;  leur  emploi  est  certainement  appelé  à  populariser  l'étude  de  l'astro- 
nomie physique  si  délaissée  en  France,  en  dehors  des  établissements  de 
rÉtat.  Si  la  détermination  des  constantes  de  l'astronomie  exige  des 
instruments  d'une  haute  précision,  d'une  installation  coûteuse,  et  reste  par 
cela  même  le  privilège  des  grands  observatoires,  l'observation  pure  et 
simple  des  faits  astronomiques  est  à  la  portée  des  volontaires  de  la  science, 
et,  pour  les  esprits  indépendants  qui  ont  la  noble  ambition  de  se  rendre 
utiles  sans  aliéner  leur  liberté,  la  création  du  télescope  Foucault  est  un 
véritable  bienfait. 

Si  Foucault  s'était  arrêté  quelque  temps  à  perfectionner  les  télescopes, 
c'est  qu'il  comprenait  que  cette  première  étude  avait  l'avantage  de  le  mettre 
en  possession  complète  du  travail  des  surfaces  optiques,  mais  il  ne  perdait 
pas  de  vue  les  lunettes,  et  lorsqu'il  jugea  le  moment  venu,  il  aborda  réso- 
lument cette  seconde  partie  de  ses  études  sur  les  instruments  d'optique. 
Mais  cette  fois  les  difficultés  étaient  bien  plus  grandes;  en  effet,  dans  un 
objectif  de  lunette  il  y  a  deux  verres  et  quatre  surfaces.  11  faut  combiner 
les  courbures  de  ces  surfaces  de  façon  à  obtenir  des  images  parfaitement 
achromatiques,  il  faut  de  plus  donner  à  ces  surfaces  la  forme  particulière 
qui  assure  à  la  vision  son  maximum  de  netteté.  Si  le  résultat  est  imparfait, 
il  faut  pouvoir  en  déterminer  la  cause  ;  imperfection  de  la  matière  vitreuse, 
mauvais  choix  des  courbures,  ou  défaut  dans  le  travail  des  surfaces. 

Toutes  ces  difficultés,  Foucault  les  avait  résolues.  Il  avait  une  méthode 
sûre  pour  reconnaître,  avant  tout,  le  degré  de  pureté  des  verres,  un 
système  rapide  pour  arriver  expérimentalement  à  l'achromatisme,  un  moyen 
certain  de  reconnaître  et  de  corriger  l'imperfection  de  l'une  quelconque 
des  surfaces. 

Il  donna  la  mesure  de  son  habileté  dans  la  construction  de  deux 
objectifs  :  le  premier  qu'il  voulait  améliorer  encore  était  excellent,  il 
appartient  à  l'Observatoire  de  Paris.  Le  deuxième,  supérieur  à  tout  ce  qui 
a  été  fait  de  meilleur  dans  les  mêmes  dimensions,  est  destiné  à  l'Obser- 
vatoire  de  Lima.  Il  était  donc  à  la  veille  d'aborder  la  construction  du 
grand  télescope  de  i*",20  de  diamètre  et  de  la  lunette  de  74  centimètres 
destinés  à  l'Observatoire  impérial  de  Paris.   Si  ce  travail  avait  subi  en 


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—  12  — 
apparence  quelque  retard,  c'est  que  Foucault  n'aimait  pas  à  s'engager  à  la 
légère  et  n'entrait  définitivement  en  lice  qu'armé  de  toutes  pièces  et  assuré 
de  la  victoire. 

Les  moyens  si  ingénieux  imaginés  par  Foucault  pour  le  travail  des 
objectifs  sont  connus  dans  tous  leurs  détails  du  confident  discret  qu'il  avait 
associé  depuis  cinq  ans  à  ses  travaux  d'optique.  Ils  ne  seront  pas  perdus 
pour  la  science  et  pour  le  pays. 

Par  une  des  dernières  manifestations  de  sa  volonté,  Foucault  a  mis  à 
la  disposition  de  M.  Adolphe  Martin  les  instruments  mêmes  qui  lui  avaient 
permis  de  réaliser  son  chef-d'œuvre.  11  ne  pouvait  pas  manifester  d'une 
façon  plus  éclatante  qu'il  lui  léguait  le  soin  de  continuer  son  œuvre  et  qu'il 
le  considérait  comme  son  seul  collaborateur. 

Puissions-nous  donc  voir  terminer  sans  entraves  ces  travaux  si  impor- 
tants à  l'exécution  desquels  Foucault  s'était  longuement  préparé!  Puissions- 
nous  ne  pas  avoir  la  douleur  de  voir  l'étranger  prendre  l'avance,  et  enlever 
à  notre  pays  la  gloire  d'appliquer  pour  la  première  fois  à  des  instruments  de 
premier  ordre  les  procédés  si  remarquables  dont  Foucault  est  l'auteur! 

Le  dernier  travail  de  ce  savant  si  regretté,  celui  dans  lequel  malheu- 
reusement il  usa  ses  forces,  fut  également  conçu  pour  aider  au  progrès  de 
l'astronomie  :  nous  voulons  parler  de  ses  recherches  si  étendues  sur  les 
régulateurs  de  vitesse. 

La  réalisation  d'un  mouvement  rigoureusement  uniforme  dans  les 
machines  est  un  problème  difficile  et  du  plus  grand  intérêt.  Sa  solution  rend 
possible  la  mesure  des  fractions  les  plus  petites  du  temps.  Elle  permet  de 
communiquer  aux  lunettes  et  aux  télescopes  ce  mouvement  régulier  qui 
maintient  l'astre  observé  dans  le  champ  de  l'instrument,  malgré  la  rota- 
tion de  la  terre,  et  assure  à  la  fois  la  commodité  des  observations  et  la  pré- 
cision des  mesures. 

Ce  problème,  Foucault  le  résolut  par  une  modification  ingénieuse  du 
modérateur  de  Watt.  Séduit  par  le  succès  complet  de  l'application  de  son 
appareil  aux  instruments  astronomiques  et  aux  chronographes,  il  conçut  la 
pensée  de  faire  entrer  son  régulateur  dans  le  domaine  de  l'industrie.  En 
eflfet,  la  réalisation  du  mouvement  uniforme  ne  présente  pas  moins  d'inlé- 


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—  13  — 

rêt  pour  rindustrie  que  pour  la  science.  Les  machines-outils  ne  produisent 
d'elTets  satisfaisants  que  quand  elles  sont  employées  à  une  vitesse  conve- 
nable et  toujours  la  même,  et  le  moteur  qui  donne  la  vie  à  tout  un  atelier 
doit  conserver  la  régularité  de  son  mouvement,  quel  que  soit  à  chaque  in- 
stant le  travail  qui  lui  est  accidentellement  imposé.  Ce  problème,  James 
Watt  en  donna  le  premier  la  solution  élégante,  mais  imparfaite,  et  c'était 
une  tentation  bien  séduisante  pour  Foucault  de  triompher  là  où  James 
Walt  n'avait  obtenu  qu'une  victoire  incomplète.  Et  d'ailleurs,  à  la  suite,  et 
comme  sanction  du  succès,  Foucault  entrevoyait  une  brillante  fortune  ; 
non  point  qu'il  fût  avide  d'argent,  mais  la  fortune,  c'était  pour  lui  l'indépen- 
dance. Cette  indépendance  complète  et  absolue  qu'il  désirait  si  ardemment, 
c'était  la  possibilité  de  réaliser  ses  grandes  idées  dans  un  laboratoire  mo- 
dèle avec  des  instruments  de  prix.  C'était,  après  tant  d'années  de  travail 
pénible,  le  confortable  dans  le  travail. 

Mais  dès  que  Foucault  fut  engagé  dans  la  voie  industrielle,  il  comprit 
trop  tard  que  la  tâche  était  plus  lourde  qu'il  ne  l'avait  pensé  ;  il  ne  s'agis- 
sait pas  d'apporter  sur  chaque  machine  un  organe  nouveau,  le  substituant 
à  un  organe  ancien,  il  fallait  modifier  les  conditions  de  l'exécution  suivant 
la  disposition  de  chaque  moteur,  suivant  les  exigences  particulières  de 
chaque  industrie.  Il  avait  cru  le  problème  limité,  le  terrain  circonscrit,  et 
il  se  trouvait  chaque  jour  en  présence  de  solutions  nouvelles  et  de  circon- 
stances imprévues. 

Chaque  nouveau  choc  faisait  jaillir  une  étincelle  de  génie  de  sa  tête 
surexcitée,  chaque  diflBculté  nouvelle  était  pour  lui  l'occasion  d'une  nouvelle 
victoire.  Tous  les  appareils  réglés  par  lui  ont  fonctionné  avec  une  admi- 
rable précision. 

Une  des  épreuves  les  plus  décisives  qu'il  eut  à  subir  fut  celle  de 
l'Exposition  de  1867.  Son  dernier  modèle  de  régulateur  était  instalr 
une  machine  française  de  M.  Flaud,  chargée  de  la  mise  en  mouvement  des 
outils  de  la  section  américaine.  Par  un  hasard  malheureux,  il  avait  à  vaincre 
une  difficulté  qui  ne  se  rencontre  jamais  dans  l'industrie  :  faire  mouvoir  à 
la  fois  un  métier  à  tisser  des  plus  délicats  et  des  outils  à  travailler  le  bois, 
absorbant  par  moments  une  quantité  énorme  de  travail  mécanique,  c'est- 


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-  1û- 

à-dire  deux  types  exlrêmes  dans  les  machines-outils,  Tun  exigeant  la  régu- 
larité la  plus  absolue  dans  le  mouvement,  et  l'autre  apportant  dans  cette 
régularité  le  plus  puissant  élément  de  trouble.  Tel  fut  le  problème  qu'il 
parvint  à  résoudre,  mais  au  prix  de  quelle  assiduité,  de  quelles  angoisses  ! 
Chaque  matin,  dès  l'ouverture  des  portes,  il  était  à  la  section  américaine 
surveillant  la  marche  de  son  régulateur,  et  quand  il  s'éloignait  pour  prendre 
part  aux  opérations  du  Jury,  il  était  encore  en  esprit  auprès  de  sa  machine, 
prêt  à  parer  ;\  tout  événement,  tremblant  de  voir  quelque  circonstance 
imprévue  donner  prise  à  ses  rivaux.  Tant  de  persévérance  fut  récompensée 
par  un  triomphe  complet,  triomphe  bien  cruel,  hélas!  puisqu'il  hâta  sa 
fin. 

Depuis  plusieurs  mois,  en  effet,  Foucault  se  sentait  fatigué,  les  travaux 
multipliés  qu'il  poursuivait  usaient  à  la  fois  ses  forces  physiques  et  intel- 
lectuelles. 11  luttait  contre  cette  fatigue  avec  une  sorte  d'activité 
fébrile,  accumulant  invention  sur  invention,  car  il  avait  hâte  de  terminer 
cette  campagne  des  régulateurs  qu'il  avait  entreprise  un  peu  pour  justifier 
l'empressement  avec  lequel  la  section  mécanique  de  l'Institut  l'avait 
accueilli.  11  voulait  revenir  aux  travaux  de  pure  physique  qui  avaient  été  sa 
gloire.  Son  programme  était  tracé.  «  J'ai  devant  moi,  disait-il,  pour  vingt 
ans  de  recherches.  »  Dans  le  charmant  pavillon  de  la  rued'Âssas  qui  devait 
lui  appartenir  un  jour,  tout  se  préparait  pour  lui  rendre  le  travail  facile, 
un  large  balcon  avait  été  construit  pour  recevoir  le  sîdérostat  qui  devait 
lui  permettre  de  faire  de  l'astronomie  physique  au  coin  de  son  feu.  Son 
cabinet  de  travail  avait  été  tendu  d'une  étoffe  moelleuse  aux  tons  doux,  des- 
tinée à  amortir  les  sons  et  à  reposer  la  vue.  Des  doubles  fenêtres  garnies 
de  glaces  épaisses  arrêtaient  les  bruits  du  dehors,  et  il  se  préparait  à 
recommencer,  dans  une  douce  retraite  troublée  de  temps  en  temps  par  la 
causerie  d'amis  dévoués,  ces  méditations  fécondes,  qui  avaient  déjà  tant 
donné  à  la  science.  Malheureusement,  nous  le  comprenons  trop  aujourd'hui, 
cette  recherche  du  confortable  était  certainement  inspirée  par  le  désir 
instinctif  de  conserver  à  l'intelligence  toute  sa  puissance  créatrice  en  épar- 
gnant la  fatigue  à  un  organisme  affaibli. 

Mais  il  était  trop  tard  ;  le  10  juillet  1867  les  symptômes  décisifs  de  la 


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—  15  — 

paralysie  s'annonçaient  chez  lui  par  un  engourdissement  de  la  main  qui 
Fempêchait  de  signer  son  nom.  Dès  la  première  heure  il  se  sentit  perdu, 
ses  études  médicales  avaient  été  trop  complètes  pour  qu'il  pût  se  faire  illu- 
sion. Bientôt  la  langue  s'embarrassa,  puis  la  vue  fut  atteinte  :  tout  ce  qui  pou- 
vait aider  à  la  manifestation  extérieure  de  la  pensée  lui  faisait  défaut,  alors 
que  son  intelligence  restait  presque  intacte.  Cette  intelligence  merveilleuse, 
il  remployait  à  suivre  les  progrès  de  son  mal,  à  en  analyser  les  symptômes,  et 
quand  il  s'efforçait  de  peindre  ses  souffrances  à  l'aide  de  ces  mots  incohé- 
rents qui  s'échappaient  de  sa  bouche  par  un  violent  effort,  c'était  en  termes 
d'une  précision  saisissante  qui  accusaient  la  netteté  persistante  de  ses  idées. 
Cette  justesse  d'expression  qui  était  une  de  ses  préoccupations  constantes, 
il  aimait  à  la  retrouver  chez  les  autres,  et^  quand  un  de  ses  amis  venait 
à  traduire  fidèlement  sa  pensée^  sa  figure  s'illuminait  un  instant.  «  C'est 
ça,  disait-il,  c'est  ça  »,  puis  il  retombait  dans  ses  sombres  préoccupations, 
le  désespoir  l'envahissait  de  nouveau,  et  alors  ses  yeux  privés  de  lumière  se 
remplissaient  de  larmes,  ses  mains  tremblantes  s'étendaient  dans  l'obscu- 
rité comme  pour  implorer,  a  Mon  Dieu  !  Dieu!  Dieu!  s'écriait-il,  qu'ai-je 
fait?  »    Affreux   supplice  pour  lui  et  aussi  pour  sa  mère,  ses  parents  et 
ses  amis  qui   eurent   six  mois  durant   ce  douloureux  spectacle!   Enfin 
il  succomba,  le  11  février  1868  ;  Dieu  mettait  un  terme  à  ce  long  mar- 
tyre. 

Quoique  prévue,  la  mort  de  Léon  Foucault  causa  en  France  et  à  l'étran- 
ger une  douloureuse  émotion.  On  sentait  que  notre  pays  perdait  une  de 
ses  illustrations,  la  science  une  de  ses  gloires.  La  foule  de  ses  admirateurs 
et  de  ses  amis  accompagna  sa  dépouille  mortelle  jusqu'au  champ  du  repos. 
Le  général  Morin  au  nom  de  l'Institut,  et  M.  Villarceau  au  nom  du  Bureau 
des  longitudes,  prirent  la  parole  sur  sa  tombe.  Enfin  M.  Bertrand  parla  le 
dernier  au  nom  des  amis  que  Foucault  comptait  dans  les  rangs  de  l'Insti- 
tut et  en  dehors,  et  se  rendit  l'interprète  de  leur  douleur  dans  des  adieux 
d'une  touchante  simplicité. 

Il  semblait  que  la  nature  eût  pris  à  tâche  d'établir  un  contraste  saisis- 
sant entre  l'organisation  physique  de  L.  Foucault  et  sa  puissance  intellec- 
tuelle. Qui  aurait  pu  deviner  l'homme  de  génie  sous  cette  frôle  apparence? 


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—  16  — 

Sa  taille  était  peu  élevée,  sa  tête  petite,  le  front  peu  développé,  les  yeux 
inégaux,  Tun  franchement  myope,  l'autre  presbyte.  Aussi  ne  regardait-il 
que  de  Toeil  droit,  tandis  que  Tœil  gauche  semblait  abandonné  dans  le 
vague.  A  cette  disposition  s'ajoutait  une  légère  nuance  de  strabisme  diver- 
gent qui  donnait  à  son  regard  quelque  chose  d'étrange  et  de  très-caractérisé. 
L'expression  de  sa  physionomie  était  ordinairement  froide,  son  attitude 
modeste,  son  langage  réservé;  néanmoins  l'ensemble  de  sa  personne  était 
distingué,  il  avait  même  dans  la  conversation  un  charme  tout  particulier 
qu'augmentaient  encore  la  finesse  de  son  sourire,  le  timbre  agréable  de  sa 
voix,  l'expression  douce  et  parfois  caressante  de  son  regard.  11  s'étudiait  à 
racheter  par  l^exquise  urbanité  des  formes  ce  qu'il  y  avait  d'absolu  dans 
ses  idées  et  d'invariable  dans  ses  convictions. 

C'est  qu'en  effet  il  n'avançait  jamais  une  opinion  sans  s'y  être  mûre- 
ment arrêté,  et  tout  ce  qu'il  affirmait  était  le  fruit  de  longues  études  et  de 
méditations  sérieuses.  Aussi  était-on  étonné  de  la  profondeur  et  de  l'origi- 
nalité de  ses  vues  lorsqu'il  se  livrait  un  peu  dans  ces  causeries  intimes  du 
jeudi  qui  réunissaient  chez  lui  de  nombreux  savants.  C'est  ainsi  que  sans 
effort,  et  par  la  sûreté  de  son  jugement,  il  avait  conquis  sur  tous  ceux  qui 
l'entouraient  une  véritable  autorité. 

Malgré  les  lacunes  de  ses  premières  études,  il  eut  la  hardiesse,  dès  le 
début  de  sa  carrière  scientifique,  d'aborder  les  questions  les  plus  ardues  et 
les  plus  délicates.  Chemin  faisant,  il  complétait  son  instruction  mathéma- 
tique, apportant  dans  ce  travail  réparateur  sa  ténacité  et  son  indépendance 
de  caractère.  Aussi  se  fit-il  une  science  à  lui,  à  laquelle  il  imprima  le  cachet 
indélébile  de  son  originalité.  Il  en  résumait  les  principes  dans  un  langage 
symbolique  dont  ses  amis  les  plus  intimes  avaient  seuls  l'habitude. 

Comme  expérimentateur,  Foucault  était  d'une  adresse  sans  égale.  Tous 
les  appareils  destinés  à  ses  premiers  essais  furent  construits  de  ses  mains 
avec  une  simplicité  qui  n'excluait  pas  l'élégance,  et  un  soin  qui  en 
assurait  la  précision.  S'il  fut  secondé  parfois  par  les  plus  habiles  construc- 
teurs, il  reconnut  toujours  loyalement  ce  qu'il  devait  à  leur  coopération; 
mais,  s'il  trouva  chez  quelques-uns  un  concours  utile  et  précieux,  il  ne  fut 
à  la  merci  d'aucun. 


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—  17  — 

Il  ne  réservait  d'ailleurs  qu'à  lui-même  le  soin  de  mettre  la  dernière 
main  à  ses  appareils,  et  d'en  opérer  le  réglage  définitif.  Il  les  faisait  fonc- 
tionner avec  une  rare  habileté  et  une  sorte  de  coquetterie.  Dès  qu'il  avait 
réalisé  une  de  ses  merveilleuses  expériences,  il  l'installait  à  demeure  dans  sa 
modeste  chambre  qui  devenait  le  rendez-vous  des  savants  du  monde  entier  ^ 

C'est  là  qu'il  recevait  tour  à  tour  les  Magnus,  les  Jacobi,  les  Wheat- 
stone,  les  Tyndall  et  tant  d'autres,  et  Faraday,  dont  le  cœur  égalait  le  génie, 
et  cet  excellent  M.  de  La  Rive  non  moins  aimé  des  savants,  et  toutes  les 
illustrations  de  l'Institut  de  France  que  je  ne  puis  nommer,  car  je  craindrais 
que  la  présence  de  plusieurs  d'entre  eux  ne  gênât  l'expression  de  ma  respec- 
tueuse admiration. 

C'est  là  que  Foucault  a  vu  venir  à  lui  les  hommes  'les  plus  éminents  de 
la  France  et  de  l'étranger.  C'est  là  qu'il  a  contracté  d'illustres  amitiés  dont 
il  avait  le  droit  d'être  fier,  car  elles  n'avaient  d'autre  origine  que  l'attrait 
de  son  talent.  Mais,  hàtons-nous  de  le  dire,  elles  ne  l'ont  jamais  rendu 
moins  accessible  à  des  amitiés  plus  obscures,  mais  aussi  dévouées,  aux- 
quelles il  a  tenu  à  honneur  de  rester  fidèle  dans  la  bonne  comme  dans  la 
mauvaise  fortune. 

Foucault  écrivait  dans  un  style  simple  et  correct,  et  dédaignait  les  arti- 
fices de  langage  sous  lesquels  se  dissimule  le  vide  de  la  pensée;  il  avait 
horreur  du  charlatanisme  et  de  l'a  peu  près. 

Tout  travail,  quelle  que  fût  son  origine,  trouvait  en  lui  un  critique 
impartial  et  indépendant.  Sans  indulgence  pour  les  œuvres  médiocres,  il 
avait  des  élans  d'enthousiasme  pour  toute  idée  neuve,  pour  toute  conception 
vraiment  originale. 

Incapable  de  dissimulation,  il  disait  la  vérité  à  tous  sous  une  forme 
parfois  incisive,  jamais  malveillante,  mais  avec  tant  de  netteté  et  de  finesse 
que  le  trait  portait  toujours  au  défaut  de  la  cuirasse.  Plût  à  Dieu  que  tous 
ceux  qu'il  blessa  ainsi  eussent  eu  la  générosité  de  lui  pardonner  ! 

Jamais  dans  la  presse  scientifique  aucune  plume  ne  fut  tenue  avec 

4.  Foucault,  par  son  testament,  a  légué  au  Collège  de  France  le  gyroscope;  au  Conservatoire  des 
arts  et  métiers,  le  pendule  du  Panthéon  et  celui  de  TËxposilion  de  4855;  à  TObservatoire,  Tapparetl 
qui  a  servi  à  la  mesure  de  la  vitesse  de  la  lumière,  et  laissé  tous  les  autres  appareils  et  instruments  de 
travail  à  M.  Jules  Regnault,  le  plus  ancien  de  ses  amis. 

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—  18  — 

plus  d'indépendance  et  de  dignité.  Si,  faute  d'emploi,  il  demanda  au  jour- 
nalisme les  ressources  de  chaque  jour,  il  ne  releva  jamais  que  de  sa 
conscience;  il  aima  mieux  manquer  de  souplesse  que  de  droiture,  et 
s'aliéner  par  sa  sincérité  la  sympathie  de  quelques-uns,  que  de  ne  pas 
mériter  par  son  courage  l'estime  de  tous. 

S'il  fut  incontestablement  un  homme  de  génie,  il  fut  avant  tout  un 
honnête  homme,  et,  dans  sa  vie  trop  courte  mais  si  bien  remplie,  il  n'eut 
jamais  à  se  reprocher  aucune  faiblesse.  Simple  et  modeste,  il  avait  néan- 
moins le  jugement  trop  sûr  pour  ne  pas  avoir  le  sentiment  exact  de  sa 
valeur,  et,  s'il  n'en  tirait  pas  vanité,  il  avait  assez  d'estime  de  lui-même 
pour  ne  vouloir  dans  toutes  ses  épreuves  d*autre  appui  que  ses  titres 
scientifiques. 

Sa  vie  a  été  une  lutte  opiniâtre  contre  les  difficultés  de  toute  sorte  qui 
attendent  en  ce  monde  les  esprits  indépendants.  Son  intelligence  si  puis- 
sante s'est  usée  avant  l'âge  dans  le  travail,  mais  du  mouis  il  a  eu  la 
satisfaction  de  voir  qu'avant  sa  mort  on  lui  rendait  complète  justice. 

Il  avait  reçu  dès  1855  une  des  plus  hautes  récompenses  qu'un  savant 
puisse  ambitionner,  cette  médaille  de  Copley  que  la  Société  royale  de 
Londres  décerne  chaque  année^  sans  distinction  de  nationalité,  aux  travaux 
les  plus  éminents,  aux  découvertes  les  plus  originales.  En  1862,  il  prenait 
place  au  Bureau  des  longitudes.  Plus  tard  l'Académie  de  Berlin,  la 
Société  royale  de  Londres  et  tous  les  corps  savants  de  l'étranger  l'appelaient 
spontanément  dans  leur  sein.  Ënfm,  en  1866,  les  portes  de  l'Institut  s'ou- 
vraient devant  lui. 

C'était  la  sanction  suprême  donnée  à  ses  éminents  travaux.  Il  l'avait 
attendue  longtemps  et  laborieusement  conquise.  II  n'en  jouit,  hélas!  que 
bien  peu.  Mais  du  moins  les  amis  des  sciences  sont  heureux  de  penser  que 
notre  premier  corps  savant,  qui  a  toujours  tenu  à  honneur  d'appeler  dans 
son  sein  les  illustrations  scientifiques  de  la  France,  n'a  pas  eu  le  regret  de 
dire  de  Léon  Foucault  ce  que  l'Académie  française  écrivit  tardivement  sous 
le  buste  de  Molière  : 

RieD  DO  manque  à  sa  gloire,  il  manquait  à  la  nôtre. 


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